‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 4)Chapitre 22 sur 109 · LES · texte numérisé non relu

LES

Lo d BARNES.

de son livre des Equivoques, que le docteur Gamaches ( estimé l'un des premiers théologiens de son siècle ) | ne voulut approuver en élant requis ; et qu'il fit ce livre pendant qu'il fut confesseur au couvent de Chelles (3).

(B) Son Catholico-Romanus pacificus est tout plein de choses qui ne sauraient étre au gout dés... bons pa- … pistes. ] Il a été imprimé à Londres, - en 1690, dans l’appendix du Fasci- culus rerum expetendarum. L'auteur de l’Appendix nous apprend qu’il a eu trois manuscrits de cet ouvrage de Barnes ; et il rapporte ces paroles de Jean Basier , professeur en théologie :

… Bonus ille 1renœus (4), tametsi vitæ … inculpatæ et famæ integræ fuit, medid Lutetid correptus , suo habitu exutus, et quadrupedis instar barbarum in modum alligatus ad equum , et ita vehementissimé avectus primo in Flandriam , deindè Romam , ibi in inquisitionis barathrum , deindè in maniacorum ergastulum erat detrusus (5).

(C) LL était à Paris lorsqu'on se saisit de lui. ] On l’eût fait partir le jour même de la capture, si le chevalier du Guet avait eu autant d’impatience, que lé père procureur des bénédictins de Douai. Maïs il fallut que cette impatience souffrît jusqu’au lendemain.

Âlors on meña le père Barnes en carrosse jusqu’à la Villette , où deux bénédictins l’attendaient pour faire le voyage avec lui, et avec les archers qui avaient ordre de le conduire jus- … ques à Cambrai. On le lia sur un cheval ,eton le remit au gouverneur de Cambrai, qui le fit conduire au château de Waerden(6). Le père Théophile Raynaud n'avait que faire de parler des ordres d’Albert d'Autriche : cet

archiduc était mort depuis long-temps ,

lorsque Barnes fut saisi. J’ai cité les paroles de ce jésuite dans la première remarque.

(D) Le père Théophile Raynaud, déguisé sous un masque de nom, écrivit contre son traité des Equivnques. | Je parle du livre qui a pour titre $plendor veritatis moralis, seu de licito usu

(3) Mercure Français, tom. XIT, pag, 755.

a (4) C'est-à-dire , le bénédictin Barnes.

j (5) Brown, in Append. Fasciculi rerum expe- … tend. Jl cite Jean Basier in Diatribâ de antiquæ … Ecclesiæ Britannicæ libertate, Brugis impressa. ann. 3656.

(6) Mercure Français, tom. XII, pag. 753.

Æquivocationis, pro Leonardo Lessio,

advershs Joannem Barnesium, anglum

monachum. Il fut imprimé à Lyon, en 1627, in 8°. : l’auteur se donna le nom de $tephanus Emonerius. Y'en aï

‘une preuve plus forte , que celle que

M. Placcius a formée de la jonction de deux passages du père Alegambe (7), dans l’un desquels il est dit que'Théophile Raynaud a composé sub nomine alieno le traité dont je viens de donner le titre (8); et dans l’autre, qu'il s'est déguisé sous le nom de S. Emonerius (9). Voici cette preuve.

Le père Abram rapporte dans son traité du Mensonge (10), que Theophile Raynaud reconnaît pour un de ses ouvragg$ le livre d’£monerius, intitulé $plendor veritatis moralis, et qu’on l’y reconnaissait aisément.

Miror te hunc pro Theophili partu agnoscere | c’est ainsi que parle l’un des interlocuteurs du père Abram :

l’autre répond , quid ni verd agnoscam, cum illum in suis Moralibus suum esse fateatur (11) ? Quem si abdicaret , nullo tamen negotio patrem vel ex ipsd filii facie cæterisque corporis lineamentis agnoscere possemus.

Sic oculos, sic ille manus , sic ora ferebat.

Voici un passage de Théophile Raynaud, qui nous apprendra qu’il reconnaissait pour son ouvrage la réfutation de Barnes, et que ce bénédictin vivait encore l’an 1650. Dixi ego sanè in præfatione operis de æquivocatione , advershs Caetani germanum, bipedum omnium efjrontissimum , Joannem Barnesium Anglum , qui vicenario carcere in quem curante summo pontifice reclusus est, necdum detersit multiplicis adversus Deum , et religionem catholicam, ac $. Bene-

dicti familiam, malignitatis rubigi-

nem... societatem Jesu , etc. (12).

(E) Voici pourquoi il était ennemi

des jésuites, ] Étant revenu d’Espagne

au Pays-Bas , il assista à une de leurs

(7) Placcius, de Pseudou., pag. 189.

(8) Alegambe , Biblioth. soc. Jesu, pag. 432.

(9) Idem, pag. 452. Fee]

(xo) Imprimé avec son Pharus Veteris Testamenti, & Paris, en 1648 , in-folio.

(11) IL fait la méme chose dans son Syntagma de Libris proprius. Foyez la remarque suivante.

(12) Theophil. Raynaud, Hoploth. , sect. IT, serm. II, cap. XII, pag. 256; edit. Lugd., an, 1650,

disputes publiqües, où le soutenant proposait ainst la thèse quodlibétale : An Joannes in Hispanid infamis, possit hic in Belgio absque peccato infamari. C'est-à-dire, Jean infdme en Espagne, peut-il étre diffamé innocemment dans le Pays-Bas? Cette espèce de cas de consciente a été examinée par Soto, par Molina, ét par plusieurs autres écrivains ; mais d’une facon générale , quoiqu’avec l’apposition de certaines circonstances. On ne s’en tint pas à ces généralités dans la dispute où Jean Barnes assista ; car on réduisit la question à des termes si précis, en désignant d’une façon trésparticulière les temps et les lieux, qu’il crut que c'était de lui qu’il s’agissait personnellement, et il ne voulut jamais démordre de cette pensée, quoiqu'’on lui fit des protestations fort humbles qu’on n'avait eu nul dessein de le noter. IL médita la vengeance, et 1l choisit la matière des équivoques. C’est Théophile Raynaud qe conte cela lorsqu'il fait mention

e la réponse qu’il écrivit contre l’ouvrage de Barnes. 44 singularia locorum ac lemporum adjuncta, illis in oris perfamiliaria , difficultas restricta est... ... Clar4 locorum designatione , petitum se ratus Barnesius , bellum indixit inconciliabile societatis Jesu doctoribus ; nec se ullis unquam vel contestationibus, vel mollibus ac propé supplicibus verbis, flecti passus est, ut nihil minüs quäm de eo notando cogitaium esse , in eo T'hesiumt programmaie ac proloquio , persuaderetur (13). Il n'oublie point de dire que Barnes fut condamné à une prison perpétuelle ; et qu'ayant perdu l'esprit on le transféra à l'hôpital des fous : Barnesium ob periculosas novi- . tales ,.....carceri esse mancipatum, post ea autem emoté mente , in fatuorum ergastulo transtiberino , (vulgd gli Passarelli) conclusus est; ubi anno 1643 erat superstes (14).

(23) Theophil. Raynaudus, in Syntagm. de Libris propriis , pag. 22, col. 2, Apopompæi, (14) Idem, ibid. , pag. 23, col. x.

BARON * (Pierre), professeur en théologie dans l’univer-

* Dans le dictionnaire de Chaufepié on trouve sur Pierre Baron un article de cinq pages in-folio,

BARON

sité de Cambrige, au XVI°. siecle, était Français de nation (a). Il excita quelques troubles dans cette université, par cer— tains dogmes qu’il y débita l’an 1590. On prétendit que cette doctrine approchaït beaucoup de celle des pélagiens. Witaker, Tindall, Chadderton , Perkins, etc., la combattirent par dessermons, par des leçons et par des livres; mais d’abord ils épargnerent le nom de leur adversaire, à cause de son grand âge. Ensuite s’étant aperçus qu'il continuait de dogmatiser , et que dans sa Summa trium de Prædestinatione Sententiarum , il soutenait une hypothesehétérodoxe, Witaker se déclara son antagoniste formellement, et réfuta cette somme.

L'affaire fut portée devant la reine Élizabeth, et devant l’archevêque de Cantorbéri. On convoqua à Lambeth une assemblée de prélats et de docteurs en théologie. Witaker y fut mandé, et y soutint avec tant de force l’opinion commune , qu'il la fit triompher glorieusement. Celle de Baron fut condamnée , et l’on dressa, le 20 de novembre 1506, neuf articles (b), qui furent impatronisés dans l’académie par l'autorité publique. Baron fut congédié , et s’en retourna en France : ce qui rendit la paix à cette université (c). Quelquesuns jugerent qu’on le traita trop séverement (A). On verra les titres de quelques ouvrages de ce professeur (B).

(a) Il se donnait le surnom Stempanus. Je crois que cela veut dire d'Etampes.

(b) À loco Lambethani dicti sunt, Alüing, Theolog. Histor. , pag. 305, 306.

(c) Tiré du Theologia Historica de Henri Alting, pag. 30b, 300.

BARON

(A) Quelques-uns jugèrent qu'on le traita trop s verement. | Les extraits ue M. Des Maizeaux a eu la bonté de envoyer d’un livre de Thomas Fuller, feront ici tout mon Commentaire. Ce livre-là est l’histoire de l’université de Cambridge, et se trouve à la fin du the Church History of Britain , etc. Histoire ecclésiastique d’Angleterre, depuis la naissance de Jésus-Christ jusqu’à l’année 1648. « Il »arriva en 1580 une contestation » entre M. Chadderton et le docteur » Baro, professeur de la Marguerite » (1), touchant quelques opinions » hétérodoxes que ce docteur avait » avancées, tant dans ses lecons que » dans son livre de Fide, et dans son » Commentaire sur Jonas. Ce profes- » seur fit venir en consistoire ( #7: con- » sistory) M. Chadderton devant le » vice-chancelier, le docteur Hau- » ford, le docteur Harvey et le doc- » teur Legge ; et si d’un côté M. Chad- » derton nia absolument qu’il eût ja- » mais prêché contre Baro , il pré- » tendit de l’autre que ces deux pro- » positions étaient erronées :

» 1, Primus Dei amor non est in naturé fidei justificantis.

#2. Fides jusificans non præcipitur in decalogo.

» Îls écrivirent l’un et l’autre sur » cette matiére , et ils trouvèrent en- » fin qu’ils s’accordaient dans leurs » expressions ; mais, quoiqu’ils parus- » sent d’accord dans les termes , leurs » sentimens étaient si fort éloignés, » que cela les mit mal ensemble, et » dépouilla enfin ce docteur de son » emploi (2). Ses lecons triennales » allaient bientôt finir ; et quoique la » coutume ait presque fait un devoir » de la complaisance que l’on a de » continuer le même professeur après » ce terme, lorsqu'il n’y a point de » raisons pressantes pour faire le con- » traire ; cependant l’université ne

(1) Dame Marguerite, comtesse de Riche= mond, mère du roi Henri VIT, bétit quelques colléges à Cambridge, et fonda deux chaires de professeur en théologie : une à Oxford et l'autre à Cambridge. Ceux qui jouissent de ce pro“ fessorat et de la pension qui y est énnexée se nomment Margaret-Professors. Jean Tistor, évéque de Rochester, fut le premier qui en jouit ñ Cambridge; Érasme fut le second, et Baro le quatorzième. Cette note est de M. Des Maïzeaux. s

(2) Fuller, Hist, de l'Univ.

Fann. 1506 de Cambridge , &

» jugea pas à propos de continuer le » docteur Baro dans sa charge, et » elle jugea qu’il serait plus honnête » de l’en dépouiller alors, et qu’il lui » serait moins dur et moins 1gnomi- » nieux de sortir de son emploi après » que son terme serait expiré. Il le » remarqua bien lui-même ; et, outre » cela, il prévit qu'on s'attendait » qu'il souscrirait aux articles de » Lambeth, que l’on venait d’envoyer » à l’université, et que même on lui » en imposerait la nécessité, à quoi »il me pouvait pas condescendre.

» C’est pourquoiil se résolut à quitter » la place. De sorte que sa démission » ne procédait nullement de son bon » plaisir, ni d’un choix qui vint de » lui: il y fut nécessairement déter- » miné, témoin la repartie qu'il fit à » un ami, qui lui demandait la rai- » son de sa démission : Fugio , ne fu » garer. I y a des gens qui trouvent » qu’on traita trop rudement une » personne du mérite du docteur » Baro. Car, #0, il était étranger , et

» Turpius ejicitur quäm non admittitur hospes.

» 20. Tous ceux qui nient que Baro » fut un savant homme ( de quoi » ces ouvrages portent témoignage) » font voir eux-mêmes qu’ils n’ont » nulle science. 3°, C'était un homme » d’une vie et d’une conversation » irréprochable ; ce qui paraît en » ce qu’on ne l’accusa d'aucun vice, » ce qu'on h’aurait pas manqué de » faire, s’il y avait eu lieu, lorsque » M. Chadderton était si fort échauffé » contre lui. 4°. Enfin, c'était un hom- » me âgé, qui était venu en ce lieu-ia.

» depuis plusieurs années, et dans un » temps où la place de professeur n’a- » vait pas moins besoin de lui, qu’ik » pouvait avoir besoin d'elle, et qui » avait épuisé ses forces à la bien rem- » plir. D’autres soutiennent que dans » de semblables cas, où il s’agit de la » conscience , la complaisance ne doit » avoir aucun lieu ; et que Baro, » étant étranger , avait introduit une » doctrine étrangère pour infecter » l’université, la fontaine de la scien- » ce et de la religion; et que ce fut » à cause de cela que l'archevêque » Whitgift lui fit ôter son em- » ploi (3).»

(3) Thomas Fuller, Hist. de l'Université de

Cambrigde, pag. 145 etsuiv. , édit. de Londres, en 1655.

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