‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 4)Chapitre 24 sur 109 · US · texte numérisé non relu

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» me surprit si fort les sens, et me

» porta dans un tel ravissement, que » j'oubliai ma condition mortelle, et » crus être déjà parmi les anges, » jouissant des contentemens des bien- » heureux. » Jai tiré ceci d’un discours sur la musique d'Italie, impriméavec la Vie de Malherbe et quelques autres traités, à Paris, en 1672, in-12, à la fin duquel on lit ces paroles : Ce discours fut fait par M. Maugars, prieur de Saint-Pierre de Muc, interprète du rot en langue anglaise , et d’ailleurs si fameux par la viole, que le roi d'Espagne et plusieurs souverains de l'Europe ont souhaité de l'entendre. :

BARONIUS (DomiNiIQuE), prêtre et prédicateur florentin au XVI°. siècle, écrivit assez fortement contre l’église romaine , et concourut dans le Piemont avec les Vaudois à maintenir l’orthodoxie; mais enfin on le regarda comme un faux frere, parce qu’il soutenait qu’en temps de persécution 1l n’était pas né— cessaire de témoigner extérieurement la vérité (A). Celse Mar tinengue , ministre de l’église italienne de Genève , écrivit contre lui sur ce sujet, et 1l y eut des répliques de part et d’autre.

Ces livres sont devenus très-rares, je ne sais pourquoi. Notre Baronius fit une messe à sa fantaisie , et 1l la crut propre à pacifier les différens des deux rehgions : il se vit frustré de son attente ; car les réformés rejeterent ses ménagemens (a) *.

(a) Tiré de l'Histoire ecclésiast. des égli ses vaudoises, composée par Pierre Gilles, chap. X, pag. 62 et sui, Edit, de Genève, en 1644,

* À l'occasion de cet article, Leduchat consacre quelques lignes à Gaspard Baronius , neveu du cardinal, et auteur de Mémoires qui furent imprimés vers 1475.

(A) 4! croyait qu'entemps de persécuton il n'était pas nécessaire de témoie

à PA | À: ’ LA

si

gnerextérieurement la vérité. ] ne mé:

mite, que Pierre Gilles lui a donné, mais plutôt celui de Nicodémite, Voyons de quelle manière cet historien parle de lui. Dominique Baronius, dit-il , (1) estoit Florentin , missificateur, et prescheur papal, de réputation, et qui ès tems moins dangereux avoit monstré quelque zèle envers la vraye religion, l’approuvant presque entièrement, et condamnant presque toutes les constitutions superslitieuses papales , n'en relenant que quelques particularitez , desquelles il souloit parler avec telle ambiguïté, qu'a grand peine pouvoit-on cognoistre ce qu’il en croyoit, comme on void en plusieurs traitez italiens et latins, qu'il a composez , et spécialement en celui des Constitutions humaines, auquel il veut monstrer lesquelles on peut admettre, et lesquelles on doit rejeter. Audit livre entre plu- ‘sieurs grands erreurs qu’il condamnoit en l’église papale , il dit de la messe...

Je ne rapporte point le passage qne Pierre Gilles allègue ; mais voici ce que l’on trouve après cette citation.

IL escrivoit de mesme style des autres superstitions papales ; mais avec tout cela il cherchoit de persuader , qu’ès lieux, et temps fort dangereux , on pouvoit dissimuler extérieurement ce qu'on estimoit de tels erreurs , et aller mesme à la messe , pourveu qu'intérieurement on retinst constamment la vérité, sans approuver de cœur aucun de ces erreurs. Disoit qu’en tels temps et lieux , le ministre de vérité devoit s’employer envers ses disciples à leur faire cognoistre l’yvroye , et la discerner du bon grain, et à leur faire hayr l'yvroye, et aimer de cœur le Jfroment :

mais, quant à l'extérieur , laisser faire au Seigneur, sans s’exposer, et exposer Les autres en de grands dangers...

Le sieur Celse de Martinengue.….… ré- Juta par un notable et long traité toutes les raisons que Baronius alléguoit pour soustien de son opinion : et y eut des répliques de part et d'autre durant quelque temps. Et Baronius s’estimant suffisant pour pouvoir accorder les deux religions, réforma la messe, afin qu'a son dire , ony peust aller en bonne conscience , et la chantioit luimesme selon saréformation, et le mesme

(1) Pierre Gilles, Histoire des Églises Vaudoises , chap. X , pag. G2.

ritait donc pas le nom d’Anti-Nicodé-

BARTAS. BARTHIUS.

il fit en plusieurs autres poincts , pen. .

sant par ce moyen complaire à tous, en nageant entre deux eaux : mais son train fut condamné par grand nombre de vrais fidèles , non-seulement de parole et par escrits, mais aussi par les faicts, aimans mieux perdre les biens terriens, et ceste vie temporelle, que de monstrer aucun consentement extérieur aux idoldtries papales, et erronées superstitions (2).

(2) Pierre Gilles, Histoire des églises vaudoises, chap. X, pag. 64. Voyez aussi pag. 246. BARTAS (GUILLAUME DE Sa- LUSTE, SEIGNEUR DU ), poëte fran çais. Cherchez SaLUSTE *.

* [ Bayle n'a pas donné cet article, ]

BARTHIUS (Gaspar), l’un des plus savans hommes, et l’une des plus fertiles plumes de son siecle, naquit à Custrin , au pays de Brandebourg, le 22 de juin 1587 (a). Sa famille était d’ancienne noblesse (A) : Charles de Barth son pere , professeur en droit à Francfort-sur-l’Oder , conseiller de l’électeur de Brandebourg , et son chancelier à Custrin, mourut le 6 de février 1997, à Halberstad, d’où sa veuve se retira à Hall avec ses enfans. Gaspar fut envoyé à Gotha, puis à Eisenac, et puis en diverses académies d’Allemagne et d'Italie (b). I1 devint si docte en peu de temps , que son enfance fut admirée par de grands hommes (B), et qu'il composa plusieurs livres avant que d’avoir de la barbe (C). Il avait une ‘ facilité merveilleuse à faire des vers (D) : aussi en a-t-il publié beaucoup (E). Il apprit les.langues vivantes, et 1l a fait voir par des traductions de l’espa-

(a) Hulsematiis in Concione funebri PE apud Freherum, Theatri Viror. illustr.,

pag. 1546.

(b) Idem, ibidem.

BARTHIUS.

gnol et du français (F) , qu'il ne se contenta pas d’en acquérir une connaissance superficielle.

C’est une chose étonnante que le grand nombre d'auteurs que ses Adversaria, et ses Commentaires sur Stace et sur Claudien témoignent qu'il avait lus. La plupart des critiques se sont contentés de connaître les auteurs profanes ; mais pour lui , 1l ne se borna point à cela : il acquit de plus une grande connaissance des auteurs ecclésiastiques , et surtout de ceux qui ont vécu dans le moyen temps. Son attachement aux livres l’engagea à renoncer à toute sorte d'emploi, et à mener une vie de retraite dans Leipsick (c). Il forma d’assez bonne heure le dessein de se détacher tout-à-fait du monde, et des études profanes , pour ne s'appliquer qu’à la grande affaire du salut (G). Il exécuta ce dessein les dernières années de sa vie, et 1l paraît par son volume de Soliloques , publié l’an 1654, qu’il méditait profondément sur ce qui regarde l’éternité (H). Il mourut le 17 de septembre 1658, âgé d’un peu plus de soixante et onze ans (d). Les ouvrages qu’il laissa en manuscrit (Ï), ceux qui ont été imprimés (K), ceux qu'il perdit dans l'incendie de sa maison (L), et ceux auxquels on sait qu'il a travaillé, et qui se sont égarés je ne sais comment (M) :

tous ces écrits, dis-je, font une masse si prodigieuse, qu’on a de la peine à concevoir qu’un seul homme ait pu suffire à tant de choses. Je ne sais si ceux qui

(c) Spizelius, ir Templo Honoris reserato,

(4) Witte, Diarium Biograph.

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