TOME IN
qui porta la bulle, par commission du cardinal de Granvelle, dit devant tout le monde, dans l’assemblée de la faculté de théologie de Louvain, que les LX premières de ces propositions avaient été “tirées des écrits de Baïus (19) ; mais enfin la bulle ne le nommait pas ,et, d’ailleurs, elle adoucissait la note de la condamnation , puisqu'elle portait qu’une partie de ces propositions pouvait recevoir un sens favorable. Le cardinal Pallavicin nous apprend qu’afin de traiter Baïus avec une plus grande douceur, le pape Pie V se contenta de faire signifier en particulier sa bulle à l’université de Louvain par l’archievêque de Malines ; mais que, comme le mal ne cessa pas, Grégoire XIIT jugea qu’il la fallait publier solennellement, et qu’il députa à cette fin le jésuite François Tolet , son prédicateur, qui n’obligea point Baïus à une rétractation publique , et qui le laissa sans flétrissure :
Hic siuduit Baium removere à pravis illis opinionibus, cohortatus, ut sedis apostolicæ judicio acquiesceret : .et perpaucis colloquiis id obtinuit, privald illius retractatione contentus :
aique hoc pacto Baius non solüum illæsus perstilit, sed ipsius etianr nomini verba diplomatis pepercére ; quin per illud ejus errores manum tam mitem experti sunt, ut vix viderentur errores, cum aliquæex proscriptis positionibus, nullis certis in hdc exceptione adnotalis, dicérentur posse sustineri in aliqué minüs proprid sigmificatione (18). Nous avons remarqué ailleurs (19) l’inconvénient des censures qui tombent sur un tas de propositions d’une manière si vague, que le respectivè qu’on met au bout n’apprend à rien distinguer.
La bulle de Pie V avait ce même inconvénient , et, outre cela , elle jetait les esprits dans l'incertitude par un autre endroit, car, sans rien marquer nommément , elle assurait que , parmi les propositions condamnées, il y en avait quelques-unes qu’elle permettait de soutenir en quelque facon. C’était la moindre chose qu’elle permettait, et l’on ne pouvait pas révoquer en doute qu’elle ne permît cela;
(1x7) La même, pag. 44.
(18) Pallavic., Hist.Concilitrident., lb. XF, cap. VIT, num. 12.
(19) Dans la remarque (E) de l'arlicle de (Thomas) Anczus.
mais on pouvait prétendre qu’elle permettait beaucoup plus. L’arrangement des termes produisait cette obsecurité embarrassante ; une virgule fut omise ; cette omission était cause que les termes étaient susceptibles de deux sens très-diflérens ; et ce fut la source de beaucoup de contestations.
Voyez le latin que je vais citer , et admirez les aventures et les hasards des controverses. Quas quidem sententias stricto coram nobis examine ponderatas, quanquam nonnullcæ aliquo pacto sustineripossint in rigoreel proprio verborum sensu ab auctoribus intento hæreticas, erroneas, Suspéctas,temerarias scandalosas, et in pias uures offensionem immillentes, respectivè et præsentium autoritate damnamus (20).Ce que les païens appelaient jeuxet caprices de la fortune n’est point exclu de ce sanctuaire : l’oracle prétendu infaillible de Rome ne remédie pas au désordre, Après s'être bien tourmenté pour concerter toutes les syllabes de sa ré-
ponse , il peut voir que son copiste,.
ou son secrétaire , oubliant une virle, sera cause de la damnation ’une infinité de gens. Il y a plus, la virgule n’y fait rien ; mettez-la après possint, ou ne l’y mettez pas, l’équivoque subsiste toujours : Pusage des écrivains, ni celui des imprimeurs, n’établit pas qu’une virgule après possint attache nécessairement ce qui suit au mot damnamus. On vous fera voir, dans les livres les plus corrects, cent mille virgules situées comme celle que l’on mettrait après possint, qui n’empéchent pas que, depuis une telle virgule jusqu'au comma suivant, les paroles ne se rapportent au mot possint , ou à tel autre.
(H) Son testament fut une preuve de sa grande charité. } L’apologiste des censures de Louvain et de Douai oppose cette vertu de Michel Baïus aux prétendus miracles de Lessius.
C'est un grand miracle, dit-il (21), qu’une grande humilité avec un grand esprit et une profonde science, qui ont fait dire a Tolet méme cette pa-
(20) Journal de Saint-Amour, part. IT, pag.
64 , cité dans la Bibliothéque universelle, tom. XIV, pag. 201. Voyez aussi les Difficultés proposées a M. Steyaert, I X®. part., pag. 180, et la nouvelle édition des OEuvres de Baïus, part. IT, pag. 235 et suiv.
(21) Gery, Apologie des Censures, pag.