L.4 VAR
BAUDIUS.
multis , et charus acceptusque non paucis , quod voce et stylo passim inculco subditorum obsequia in legitimos principes, et pleno ore decanto veras laudes archiducum (103). Je ne doute pas que Baudius ne proposât avec trop d’indiscrétion et trop de hardiesse la doctrine dont il parle, de l’obéissance des sujets. Il ne faut donc pas s'étonner qu’il fût odieux à plusieurs personnes. Il osa bien insérer ce dogme dans une thèse publique :
etilest à remarquer que les supérieurs académiques n’exigèrent point qu'il l’effacât; mais seulement qu'il avertit la jeunesse de ne point embrasser mal à propos ces sortes de sentimens.
Quærit primum ex me an statuissem præsidium et auctoritaiem suffragii commodare defendendis corollariis periculosæ aleæ plenis, ut est disputare in ambas partes, an religio sit de substantié reipublicæ , et negare fas esse subdito privatoque homini ob causam religionis arma sumere contra principem, et id generis alia. Respondi, causam non videri cur in hoc atrio libertatis non sit fas absque pervicacié sentire queæ velis , et quæ sentias expromere. Tamen rogalus ul admonerem juventutem ne temeré et absque delectu talibusaxiomatis assemsum præberet , significavi me facturum (104). Jamais homme ne fut plus propre que Baudius à se faire des ennemis par la liberté de sa langue , et par ses maximes : « Nous faisons la » guerre, disait-il, aux plus puissans » princes du monde , et nous som- » mes sous la férule de cent pe- » tits maîtres. » Bellum gerimus contra potentissimos mundi monarchas , et servire cogimur istis minutioribus satrapis (105). Voyez la liberté qu'il se donne de ceusurer les théologiens qui avaient condamné Vorstius sans l'entendre. Voyez les conséquences qu’il fait craindre , si on leur permet de décider de l’honneur et de la dignité des gens sur des présomptions , sur des soupcons, sur des oui-dire.
Evadet ista effrænis audacia in optimi cujusque deformationem , Si præju-
iciis, suspicionibus , rumusculis , et
(103) Idem, epistola LXXIT, centur. III, pag. 432, 433, datée du 9 de mars 1610.
(104) Epist. XCIX, centur. TIT, pag. 47x.
(105) Baudius, Epist. LXXXII , centur, IE, pag, 278,
BAUDIUS.
susurris tantum licentiæ permittitur , ut famé et fructu dignitalis exuantur viri doctrin4 meritisque spectabiles.
$ed de negotio fratrum, et sacrati gregis dabitur alias oportunior disserendi locus (106). Encore un coup, c'était un homme fort propre à se faire des ennemis ; et Je ne n’étonne pas qu’on ait semé contre lui tant de calomnies atroces. Il fit un voyage en Flandre , l'an 1600. Pendant son absence, on répandit mille contes qu’il s'était allé révolter, qu’il était déjà pourvu d’un bon bénéfice , qu’il s’était fait moine, et cent autres choses de cette nature , qui donnérent lieu à la XXXIHII®. lettre de la IIIe. centurie. Il écrivit à deux de messieurs les curateurs : tant il craignait les plus ridicules sottises de la renommée.
(N) .... 1! crut qu’elles formeraient un schisme ; il a eu raison. ] I] fondait sa conjecture sur la grande animosité qu’il remarquait de part et d'autre. Il Jui semblait que la matière de ces disputes était susceptible d’un bon accommodement, pourvu qu’on se voulût entr’écouter avec un esprit de charité. C'était donc la disposition des esprits qui lui faisait craindre que l’on en viendrait à une rupture totale. IL était sur les lieux : il pouvait voir de quelle manière Gomarus et ses amis d’un côté , Arminius et ses partisans de l’autre , mélaient les passions personnelles avec l'intérêt de la doctrine. Il dit franchement qu’on accorderait plutôt les Espagnols et les Hollandais, que ces deux factions ecclésiastiques. Voici ses paroles : je les rapporte de peur qu’on ne se figure que j'exprime sous son nom mes sentimens. Je ne suis ici, et en cent mille autres endroits , que copiste : Utinam omnes nostri muneris et ordinis pari voto ac studio in eandem mentem conspirarent ! Sed faciliùs conveniet inter Belgas et Hispanos , quäm inter fratres ubi semel in contentionem exardescere coœperunt.
Omnino res erumpet in schisma , nisi fortibus consiliis huic malo occurratur. .. .. 9i spiritu docilitatis et chrisiianæ caritatis ducerentur ducés ( ut sic dicam) partium , confeclum negotium esset. Sed utrinque videre est magnos animorum motus, manifestam
(106) Epist. XXXIIT, centur. LIT, pag, 368.
concursationem , ut suffragalores sibi concilient, denique mentem contentionis studiosiorem, quam indagandæ noscendæque veritatis ,
Iliacos intra muros peccatur et extra:
Sed ob Airidarum culpas suppliciune Jerunt Achivi : et academia pessimi odoris est non solum apud extraneos, verum étiam apud nostros cives (107).
(O) Ses lettres sont écrites poliment. | On trouve däns le Scaligerana ce qui suit. Baudius a un style non cicéronien , mais du temps de Domitianus : je garde toutes les lettres de Baudius. | fallait donc que Scaliger les trouvât belles et bonnes. Il ne paraît pas que le style de Baudius soit affecté à aucun siècle de latinité.
(P) .... ul y paraît trop gueux.] Ce n’était point tant l’honneur d’être l’historiographe des. états, que les gages de cette charge, qui le poussaient à la demander instamment. Il renvoyait ses créanciers au temps qu’il toucherait la pension d’historiographe : ce temps ne venait point ; et ces messieurs ne voulurent plus d’un tel renvoi. Ælagitantium importunitas efficit me morosiorem , quäne naturæ meæ genius , et amicitiæ 1uæ reverentia patiatur. Assiduè enim obtundor à molestis creditoribus , quorum nomina rejicio in spem obtinendi ejus muneris : sed tamdiù lactati sunt hoc palpo, ut ulierius produci non possint (108). Il se trouvait donc dans un mortel embarras. Quand il disait que son bien ne craignait pas les voleurs,
Non incendia, non graves ruinas,
Non facta impia, non dolos veneni,
Non casus alios periculorum , et qu’il ressemblait à celui de Pias (109) , il ne se divertissait point à chercher des applications plus ingénieuses que véritables : il faisait l’historien et non pas le rhétoricien. La pension d’historiographe vint enfin ; mais ce ne fut presque qu’une goutte d’eau à un gosier altéré : il l'avait bien prévu , et on le lui avait bien dit ; c’est pourquoi il eut besoin d’une autre ressource, savoir d’une femme riche. $'i possem in nassam matrimonii illicere fœæmininum aliquod opimè do-
(xon) Epist. XCVI, centur. IT, pag. 304.
(x08) Epist. V.,-cent. ITT, pag. 323. (x09) Epist. XCIT, cent, LIT , pag. 464.
tatum ( agnoscis heic facundiam supplementi chronicorum ) non aspernarer
dona deorum. Sed ad eam spem aspi-
rare non audeo , quamdite mihi certa- .
men erit cum hydr4 molestorum flagitatorum (110). Ajoutons à cela ce qu’il écrivit à son palron Vander Myle. Reciè dicebas nuper , rihil aliud posse locare in solido , et ad portum bonæ spei appellere quassatam ratem Baudu , quam opimum aliquod conjugium : sed procax istud genus divitum ac fortunatarum mulierum spernit viros famd meritisque celebres, nisi censu quoque censeantur (ur). Mais rien ne vint assez à temps :
il eut beau conjurer les curateurs par tout ce qui est le plus propre à émouvoir les entrailles : Aumanitatis tucæ genium adjuro atque obtestor per Deum immortalem , per fas christianæ .charitatis , per vinculum sanctæ fidei , et quidquid apud gentes venerandum atque antiquum habetur, impone tandem Optatum finem diuturnæ exspectationt , neu me patere longius versari inter sacrum et saxum sub ictu creditorum , qui meas aures assiduè moleslis vocibus circumsonant , ut defæcato animo studia doctrinæ tractare nequeam (112) : il eut beau, dis-je , les conjurer par tout cela de le délivrer de la dure persécution des créanciers, on l'abandonna à leur merci ; à Sa personne prés , ils se saisirent de tout ce qu'ils trouvèrent dans sa maison. Les jésuites d'Anvers le surent , et lui en firent des insultes.
Voici des vers tirés de la page 37 du Væ victis.
Pauperior Codro Catti nil continet arca ?
Qu pote ? Jam dicam : Baudæus in ære ta-
bernæ Totus erat (nôsti quäm pocula sæpè salutet ) ; €Caupo tulit lectos, sedes, mensasque , abacosque, Æt chlamydem et vestes, ollas, ignemque,
focumaque ; 4 \ Nil Baudœus habet, secum tulit omnia Cau-
po.
Nec sat erat. Quid ages, Baudi? Venderis elipse.
Accipe Caupo libros, vetulas has ferto pa-
pyres; Museum atque olaum, laternam et lampada
sume, Sit mod liber adhuc Baudæus obire popinas.
(110) Baudius, Epist. XV, cent, IIT, pag.
(x11) Epist. XIV , cent, ITT, pag. 334.
(112) Epist. XIV, cent. TITI , pag. 353, écrite & M. Vander Myle, le 10 de murs 3610;
BAUDIUS.
Scriverius, bon ami de Baudius , n’en dit guère moins que les jésuites.
En, cum jure trium natorum ducitur uxor ( 1:3) ; Et simul in barathrum præcipitatur amans.
Sic labantur opes : sic nil stipendia presunt, Pensio sic domino sæpè negata suo.
Pallia sic alius, Cajæque monilia servait :
Æra fugant inopem sic aliena famem.
Prosilit et duris urgens in rebus egestas :
Pignora stant, vacu&@ non redimenda ma-
riu (x14).
(Q) ZZ avait entrepris un ouvrage destiné à la réunion des religions. 1 Voici ce qu'il en dit: « Jampridem » animo ccncepi opus, et tractatu » arduum, et usu maximè necessa- » rium, quod ipsum olim aggressus » 1s, de quo nuper multus nobis ser- » mo fuit, Georgius Cassander. Hic, » tametsi nihil dicas, tamen auguror » animo quid cogitationi tuæ occur- » rat, esse nimirüm rem tantæ mo- » lis, ut eam vix menti complecti » possim, nedum facultate consequi.
» Fateor equidem ad hanc provin- » ciam deligi par esse hominem in- » structum omnibus ingenii ac doc- » trinæ copiis. Opus insuper multi- » plici inquisitione, variä hibrorum » supellectile, plurimâ rerum me- » moriÂ, et, quod familiam ducit, » pietate. Sed utilitatis magnitudo, » et penuria talium virorum, debet » etiam ad Bunc honestissimum la- » borem mediocres viros invitare, » ut si à spe perficiendi absint , sal- » tem præclaræ voluntalis conscien- » tià perfruantur. Ego mihi conscius » sum quàm parüm possim, sed ag- » grediendi studium probis omnibus » me probaturum non despero. Deum » certè confido piis conatibus adfu- » turum, in quem præcipuëê iniuens, » id oneris tollere decrevi. Quod si » saltem effecero , ut aliorum scri- » bendi studia excitentur , qui dignè » hanc spartam exornare possunt , » nihilest quod me non assecutum es- » se existimem (115). » Colomiés, qui nous a conservé ces paroles de Baudius , ajoute, Opus , animo, ut puto , duntaxat conceptum , nunguäm prodit. Hinc patet, cur Baudium Georgti Cassandri asseclam in Galliü
(x13) Je crois que cela veut dire que Baudius épousa une veuve qui avait trois enfans.
(114) Scriverius, ir Baudii Amoribus, pag.
Fo) Baudii Epist. ad J. A. Thuanum, apud Colomesii Opuscula , pag. 41, 42. à
BAUDOUIN
orientali (*) dixerim, quod multis perobscurum , nec immerto , videbatur (116).
(116) Colomesii Opuscula, pag. 42. BAUDOUIN (a) (François), en latin Balduinus, célebre jurisconsulte , naquit à Arras le premier de janvier 1920. Il étudia endant six années dans l’académie de Louvain; après quoi, il fut quelque temps à la cour de Charles-Quint, chez un grand seigneur (ÿ) , et puis il alla en France, où il acquit l’amitié des plus savans * (c), et entre autres celle de Charles Du Moulin, chez qui 1l logea (d). La curiosité de connaître les plus célebres ministres le fit voyager en Allemagne (A) : il vit Calvin à Geneve, Bucer à Strasbourg , et d’autres en d’autres lieux. Étant retourné à Paris, 1l fut appelé à Bourges, pour la profession en jurisprudence (B) : et 1l l’exerça avec tant de gloire, qu'il donna de la jalousie à son collègue Duaren(e). Il quitta cette charge au bout de sept ans, pour aller enseigner le droit à Tubinge (f), où on Vlappelait; mais ayant appris pendant son voyage, que Du Moulin avait dessein de re-
(a) On le nomme aussi Bauduin, Balduin, Baudoin. Voyez la Cabale chimériq., pag.
250 de la 2°. édition. IL signait en français Balduin.
(b) Le marquis de Bergue. à
* Bayle, dans sa note (c), nommant Budé, Leclerc remarque que Budé était mort en 1540, époque à laquelle Baudouin étudiait encore à Louvain.
(c) De Budé, de Baïf, etc.
(d) Ex Valer. Andreâ, Bibl. belg., pag.