TOME’ Il
Mais, en conscience , cela signifie-t-il que ce dernier avait été huguenot ?
Le lecteur ne peut-il pas s’imaginer qu'ils s'étaient connus au collége, avant que Calvin se fût érigé en chef de parti ? La chronologie ne le souffre pas, me direz-vous ; et moi je vous répondrai que vous êtes trèsblämable, si vous ne voulez être entendu que de ceux qui savent l’année natale de plusieurs personnes, et qui.
voudront prendre la peine de tirer des raisonnemens. Votre devoir est de marquer en termes si clairs l’abjuration de Baudouin , que tout lecteur ja puisse connaître par votre seul livre, sans avoir besoin de réminiscence, ni de réflexion. Je passe plus avant, et je soutiens que ceux-mêmes qui se souviendraient que Calvin fut chef de secte avant que Baudouin sortit des classes, ne trouveraient point d’abjuration dans le farmiliaris quondam sui ; car , en expliquant cela par l’autre passage de Papyre Masson , ils se fixeraient à cette pensée : Baudouin , ayant fait connaître à Calvin qu'il cherchait sincèrement la vérité, eut avec lui plusieurs conférences dans lesquelles son esprit, sa docilité et son adresse, charmèrent tellement’ Calvin , qu’il gagna les bonnes grâces de cet hérétique, avant même qu’il eût pleinement acquiescé à l’instruction, Leur commerce dura longtemps ; car deux années ne sont pas trop longues pour satisfaire aux difficultés que Baudouin pouvait proposer. Calvin, qui espérait de le gagner, et qui le souhaitait passionnément, lui fit cent caresses , et cent ouvertures de cœur. Enfin cette proie lui échappa : Baudouin, n’ayant pas trouvé que l’on satisfit solidement à toutes ses objections , ne voulut point embrasser la nouvelle église. Voilà le sens qu’on pourrait donner aux termes «a Papyre Masson. Il à donc eu tort de s’exprimer d’une manière si trompeuse,
M. Moréri est encore plus blâmable ; car il ne peut point se justifier par les priviléges de l'éloge. Il déclare par le titré de son livre, qu’il soutient le caractère d’historien : il n’a donc point pu se permettre toutes les fraudes que Masson à pu couler sous le titre favorable d’£logium F'rancisci Lalduini. Masson pouvait dire « Ayant
es)
» voulu faire l'éloge d’un fameux ju- » risconsulte , j'ai cru qu’il fallait en- » velopper ce qui pouvait rendre » odieuse la personne de mon héros. »
Mauvaise excuse, source contiñuelle d'illusions et de faussetés; mais enfin on la recoit mieux d’un panégyriste que d’un historien. Que dirons-nous donc de M, Moréri , qui s’est contenté de ces paroles : Ll avait eu la curiosité de voir Calvin et les autres chefs des protestans. On dit même qu'il avait eu du penchant à se jeter dans leur parti ; mais que lu lecture d’un ouvrage de George Cassander l’en empécha (3). Il avait fait amitié avec Calvin’: ce ne fut pas pour longtemps. Bien loin de trouver dans ces paroles l’abjuration du papisme, on y trouve clairement que Baudouin n’abjura jamais l’église romaine. Où est donc la bonne foi historique, et la netteté de récit, qui demandent que, quand tous les autres livres du monde seraient brûlés, Ja seule histoire d’un homme apprit clairement à tous les lecteurs s’il a dit ou s’il a fait une telle chose ? La faute que je censure est donc très-grande, s’il est vrai que François Baudouin ait changé de religion : elle paraîtra donc énorme à ceux qui savent qu'il en changea pour le moins sept fois *. Voyons le reproche qu’on lui en fit publiquement :
il n’est point vague; il est muni de circonstances. LJjectum te, Balduine, et excommunicatum ab omnibus pis, quicumque in Galli& aut Germanid nomen tuurt audierunt, negare non potes. Septies his viginti annis religionent mutdsii. Non sæpids feré serpentes pellem mutant. Æducatus es apud tuos in Flandrié papisticè. Postea Genevæ christianam religionem professus.es : eoque nomine aliquoties ad corporis Christi communionem accessisti. Inde Lutetiam profectus papisticum habitum recepisti. Mox Genevam reversus , etin Calvini contuber-
(3) Comparez ceci avec les paroles de M. de Thou rapvortées dans l'arliclé de ( Pierre) CHarPEenNTIER, un peu au-dessus de la citation (5}, vous trouverez bien de l'abus.
4 L'incertitude du nom de l’açcusateur paraît 3 Leclerc un motif de douter de l'aceusation, mais « le vrai est, dit la Biographie universelle, » que Baudouin qui avait très-bien étudié l’an- » tiquité ecclésiastique, convenait qu'il y avait » de grands abus à réformer dans la religion ca- » tholique. » Depuis Baudouin on est loin d’avoir rien réformé, |
u BAUDOUIN.
nio, mensd, familiaritate , menses multos commoratus , iterm evangelici nominis factus es, Posteu Büurigibus ad papisticam idololatriam, et tanquam canis ad vomitum , rediüsti. Indè Argentoratum profectus, évangelicum tel professuses : cum Petro Mar tyre vixisli. Cœnam dominicam in Gallorum ecclesi& amplius decies participdsti. Mox Heidelbergam delatus confessioni gallicarum ecclesiarum , sub qui pauld antè cœnam dominicam duodecies sumpseras, hostis factus es, et hessussianis te partibus dedisti. T'andem in Galliam reversus, quartüm papista factus es. Horum si quid falsum aut fictum sit, volo ut mihi oculas eruas : aut, ut calumniatorium tuum suppliciunt imitemur,: crura mihi re (4). Ces paroles sont tirées d’une longue lettre, qui fut écrite à Baudouin lan 1564. On lui avait déjà étalé la même supputation l'an 1562, et avec des circonstances.
qui sont curieuses ; Car on le fit souvenir, 1°, qu'ayant demandé d’être recu à la sainte cène dans l’église francaise de Strasbourg, il avait fait une longue déclaration de sa foi, en présence de Tassemblée ; 2°,, que pendant qu’il séjourna à Genève , il avait fait des discours publics sur les matières de religion. ’erbosissimam
Jideituæ confessionem publicè in tem-
plo non infrequenti hominum conventu magnd et confidenti voce pronuntidsses, ut ad sacræ cœnæ et corporis Christi communionem recipereris.1. . .
in publicé (ut vocant) congregatione consessuque paslorum et doctorum hominum lanquam Saul inter prophetas verba de rebus sacris faceres (5). J'ai lu cela dans une lettre dont Francois Hotman passe pour l’auteur. Notez qu'il se trompe dans la circonstance du temps; car 1l suppose que Baudouin fit à Strasbourg sa première abjuration du papisme. Cela est faux, il n’y fit que la troisième. Les protestans lui donnèrent le surnom d’Ecebolius, pour signifier qu’il changeait de religion comme de chemise; et
(4) Antonius Guærinius (C'est ainsi qu'il est nominé dans Rivet, tom. ITT, pag. 1127, col.
1 ; mais dans l'Epitome de Gesner on le nomme Guæimeus aut Cynarus : ), Epist. ad Balduinum, pag. 56, apud Rivewum, Oper:, tont. TT, pag.
1127,col, x.
(5) Epist. ad Franc. Balduinum, de Officio tum in Keligione, tum in Scriptionibusretinendo,
BAUDOUIN
ils lui en firent la guerre si souvent dans leurs écrits , que personne n’en peut prétendre cause d’ignorance (6).
Voyez le Ile. volume des Disputes de Voetius, à la page 760.
(B) 4 fut appele à Bourges, pour la profession en jurisprudence. ] Nous allons toucher un second défaut des écrivains qui parlent de lui : 1ls ne marquent presque jamais en quel temps il fut pourvu de telle ou de telle charge. M. Ménage , qui a évité ce défaut, observe qu'il fut professeur en droit à Bourges , depuis 1549 jusqu'en 1556 : (il fallait dire depuis 1548 jusqu’en 1555), et qu’il y reçut Le bonnet de doctéur de la main d'Æguinarius Baro (7). La cérémonie de cette réception fut faite le 13 de mars 1549, comme M. Catherinot nous lapprend (8). Il ajoute, qu’en 1553, les gages de François Duaren montaient à g20 livres, ceux de notre Baudouin à 350 , ceux de Hugues Doneau à 230. J’observe cela , afin de convaincre de mensonge Papyre Masson, qui a dit que les gages de Baudouin ne furent pas moindres que les gages de ses collègues. Æccersitur à Biturigibus ad docendi munus suscipiendum futurus collega Baronis et Duareni jurisconsuliorum, accepturusque de publica honorarium Quaxru illis daretur (9). Je lui montre ailleurs (10) un autre mensonge. M. Catherinot remarque sous l'an, 1549, que Balduin fut pendant un temps suspect d'hérésie, comme disciple de Jean Calvin à Genève , et commensal de Charles du Moulin à Paris. I] dit aussi qu’en 1556, Balduin écrivit contre Duaren sur le sujet des bénéfices, et que Duaren le nommait par mépris Balbin. Voyez, continue-t-il, son portrait chez Duaren, dans une lettre du 13 juin 1555. Je donne ailleurs (11) quelques extraits de cette lettre. Notez qu’il entretint commerce de lettres avec Calvin pendant son séjour à
(6) Voyez le livre que Théodore de Bèze fit contre lui.
(7) Ménage, Remarques sur la Vie de Pierre Ayrault, pag. 157.
(8) Catherinot, Calvinisme de Berri, pag. 4.
(a) Papyr. Masso, Elogior. part. IT, pag.
50) CR He ee Bullart . Rs Sciences , tom. I, pag. 238, la méme faute.
(1x0) Dans l'article Duaren.
(25) Dans la remarque (1) de l'article Dua- PEN.
Bourges, et qu’il lui témoignait qu'au fond de l’âme il était bon protestant (12). On lui reprocha d’avoir suborné à Bourges une riche veuve (:3),et d’avoir quitté cette académie sans dire adieu à son hôte (14). Je ne rapporte ces choses qu'’afin qu’on voie quelques circonstances de Ja profession que notre Baudouin exerca dans l’académie de Bourges. M. Ménage assure qu’il y fit en 1556 (15) l’oraison funèebre d'Éguinarius Baro , dont il avait été ennemi, si l’on en croit Duaren (16). Duarenus tantam juvenis ( Balduini) gloriam non ferens , nunquäm se Balduino satis æquum præbuit (17).
Au reste, la date de sa vocation à la chaire de jurisprudence à Bourges nous fait connaître une méprise de M. Bullart. 11 dit que cet habile homme était passé & Genève, pour apprendre de la bouche méme de Calvin et de PBèze la raison qui les avait obligés à quitter l’église romaine (18). Ïl reconnaît que ce voyage précéda le temps auquel Baudouin fut fait professeur à Bourges : il doit donc tomber d’accord que Baudouin le fit avant l’année 1549 , et par conséquent lorsque Bèze n'était pas encore un sujet à consulter sur ces matières. El est sûr, 1°. que Bèze était encore papiste, et à Paris, lorsque Baudouin prônait dans les compagnies les lettres de Calvin et de Bucer (19); 2°. que Baudouin s'était retiré de Genève avant que Bèze y allât (20). Ceci nous fournit une forte preuve de la fausseté que Varillas a débitée dans ces paroles :
Calvin, qui prétendait le pousser par les mêmes voies que Bèze s'était accrédité dans le parti, l'avait appelé a Genève, recu dans sa maison, mis
{12) Voyez la Réponse de Bëze à Baudouin, Oper. , tom. IT, pag. 213, 214.
(13) Beza, ibid., pag. 214.
(:4) Idem, ibid. , pag. 213.
(15) TI fallait dire 1550. Foyer l'article Dva- REN, remarque (E).
(16) Ménage , Remarques sur la Vie de Pierre Ayrault, pag. 157.
(x7) Papyr. Masso, Elogior, part. IT, pag.
(18) Bullart, Académie des Sciences, tom. 1, pag. 228. La même faute est dans le Théâtre de Ghilini , tom. II, pag. 83,
(19) Beza, Respons. ad Balduin., pag. 206.
Oper., tom. IT. Notez que Bandouin, dans sa LILe. Réponse, folio 80 verso , dit que cela appartient à l'an 1546.
(20) Balduin., ibid, , folio 83 versa.
dans l'intrigue du consistoire , et s’en était servi plusieurs années en qualité de secrétaire. Mais, soit que l'humeur de Baudouin füt extraordinairement inconstante, comme les calvinistes lui reprochèrent depuis, ou qu'il eüt reconnu que le calvinisme n'était qu’une hypocrisie raffinée, comme il le publia dans une piquante apologie, ül se retira de Genève à Heidelberg (21).
Bèze n’était pas encore de la religion, quand Baudouin reçut de Calvin tant de marques d'amitié. Baudouin , aprés les avoir reçues, ne s’en alla point à Heidelberg : il s’en retourna en France, et fut professeur à Bourges pendant sept ans. J'avoue qu’aprés cela il fut retrouver Calvin à Genève (22) ; mais il s’y arrêta peu : il y essuya une rude réprimande; il y témoigna son repentir, et se transporta bientôt à Strasbourg, par le conseil de Calvin, et il n’enseigna Île droit à Heidelberg, qu'après l'avoir enseigné dans Strasbourg. Quüm illa bituricensis conditio eum gravaret (ostentatio enim, qu& sold pollet, evanuerat, ut spei et votis minimé satisfaceret) non dubitavit huc se recipere :
et quum undique liberis eum convitis exagitérint qui prius amici fuerant, hurnaniter à me impetratd veniä admissus fuit. Feci quidem quod necesse crat, ut severä objurgatione correctus lapsus sui fœditatem agnosceret. Serviliter assensus est, et adulatoriè meis se consilis reçendum permisit. Argenlinam profectus nomen dedit apud astorem et seniores gallicanæ ecclesiæ (23). Voilà comment M. Varillas s’instruisait des choses dont il se mélait de parler.
(C) 11 fut attiré par Antoine de Bourbon , roi de IVavarre. ] Les uns disent qu’il était alors en Lorraine , à la suite du prince Casimir , fils de Frideric comte palatin (24) ; les aures, qu'il était revenu en France avec l'héritier du comte palatin | qui venait saluer Charles IX, à son avéne-
(21) Varillas, Hist. de Charles IX, tom. I, pag. 89, édition de Hollande, en 1686.
(22) Beza, Respons. ad Bald., Oper., tom. TI, pag: 213.
(23) Calvin., Respons. ad Balduin., pag. 368. Tractat. Theolog.
(24) Valer. Andr., Bibl. belg., pag. 222. Cela est conforme au narré de Baudouin dans sa
1IIe, Réponse, folio gx.
BAUDOUIN
ment à la couronne (25). Mais tout cela n’effleure pas même l'écorce de l'intrigue que Théodore de Béze a racontée. Il dit qu'après la mort de Francois IT, ceux qui craignirent de perdre leur autorité à ja cour de France , travaillèrent principalement à faire rentrer dans la communion romaine le roi de Navarre (26). Ils l’eugagèrent à envoyer un ambassadeur à la cour de Rome, sous l’espérance , ou de recouvrer son royaume, qu d’en obtenir un autre du roi catholique, par les bons offices du pape, Ils lui firent espèrer d’un autre côté, par des personnes apostées, que les protestans d'Allemagne se pourraient unir en sa faveur pour lui faire recouvrer la couronne de Navarre , et surtout si l’on pouvait moyenner une concorde de religion. Ils lui parlérent d’un professeur d’Heidelberg , nommé Baudouin, qui serait propre à négocier de telles affaires. Il le fit venir en France : il conféra avec lui ; et le jugeant propre à trouver des voies d’accommodement de religion , il le mit en œuvre : et après quelques ébauches préparées à Paris , il le renvoya en Allemagne , et le chargea vommément de consulter avec Cassander. Cette intrigue destinée à rompre le colloque de Poissy ne le rompit point.
Les ministres y avaient déjà comparu deux fois, lorsque Baudouin fat de retour, chargé d’un projet de concorde imprimé à Bâle (27). On le gronda d'être revenu trop tard : il trouva changé l’évêque de Valence, qui lui avait promis une profession en droit, Tout ce qu'il put obtenir fat la charge de précepteur du fils naturel du roi de Navarre. I s’en alla à Paris, et se fit valoir par des lecons où il joignil le droit civil avec l’histoire ; mais il perdit sa réputation , quand on eut lu le livre qui fut publié contre l’accommodement des religions qu'il avait apporté d’Aïlemagne, Il prit le parti de se défendre, et d’écrire contre Calvin. Cela eut des suites, comme on le verra ci-dessous.
(25) Ménage , Remarques sur la Vie de Pierre Ayrauit, pag. 157.
(26) Theod. Bezæ ad Francisei Balduini Ecebolii convicia Respons. , inil., pag. 201 et seq., tom. IT Oper.
(27) On n'y mit ni le lieu de l'impression, ni le nom de l'imprimeur. Beza, ibid., pag. 202.
BAUDOUIN
M. Varillas peut confirmer quant au fond ce récit de Théodore de Bèze.
Il dit que Baudouin « se retira de » Genève à Heidelberg , où il professa » la jurisprudence ; jusqu'à ce que, » Cassander lui ayant inspiré la pas- » sion de réunir toutes les religions, il » crut qu'il fallait commencer par la » France , où il s'attendait de trouver » moins d'opposition. Il vint à Paris » où il porta et communiqua au car- » dinal de Lorraine, la fameuse con- » sultation que le même Cassander » avait composée pour l’achèvement » de son projet. Le cardinal de Lor- » raine la recut avec d’autant plus de » joie qu’il prévoyait qu’encore qu’elle » ne produisit pas tout l'effet que son » auteur avait prétendu , elle commet- » trait du moins les protestans les » uns contre les autres, et diviserait » les ministres de l’assemblée de Pois- »sy , par les ouvertures d’accord » qu’elle suggérait aux plus modérés » d’entre eux (28). » M. Varillas venait de dire que Baudouin par cette aventure devint précepteur du fils paturel du roi de Navarre. Il raconte ensuite la manière dont les ministres se tirèrent « du mauvais pas où Bau- » douin les avait engagés. Mais , ajou- » te-t-il (29) , ils n’eussent pas démêlé » avec autant de facilité la seconde » dificulté de Baudouin , si la fortune » ne les eût secondés. Il avait persuadé » le cardinal de Lorraine , de mander » les plus fameux professeurs luthé- » riens du Palatinat et du duché de » Virtemberg , pour les introduire » dans la conférence , où il était as- » suré qu'ils s'emporteraient avec plus » de chaleur contre les calvinistes, » que contre les catholiques ; et que » par cet artifice , outre le plaisir » qu'il y aurait de voir les hérétiques » aux mains les uns contre les autres, » leur opposition les rendrait ridicu- » les à la cour , où leur doctrine était » auparavant admirée : et le peuple, » qui les croyait uniformes, appre- » nant qu'ils s’entre-déchiraient , » changerait si promptement en mé- » pris son ancienne estime pour eux , » qu'on ne verrait plus de Français » sortir de la communion de l'Eglise.
(28) Varillas, Histoire de Charles IX, tom.
1%, pag. 00 , édition de Hollande, Voyez aussi JT. de Thou , Liv. XXVIIT, pag. 565.
(29) Varillas, Histoire de Charles IX, pag. 9r.
» Il faut avouer que les catholiques » ne recurent Jamais de conseil plus » salutaire que celui de Baudouin ; et, » s’il eût été exécuté avec autant de » diligence qu’il en était besoin pour » le succès d’une intrigue si délicate , » on eût prévenu tous les maux qu’on » vit depuis naître de la conférence » de Poissy. Et de fait ; les ministres, » qui n’ignoraient aucune des plus se- » crêtes maximes de leurs adversai- » res, ayant su ce que Baudouin avait » proposé à leur désavantage, s’em- » portérent contre lui dans tous les » excès que l’indignation , le dépit, » la jalousie et la fureur , peuvent » inspirer , lorsqu'elles sont animées » par le faux zèle, et qu’elles se cachent » sous une si spécieuse couverture. »
Notez que M. Varillas se trompe, quand il dit que la consultation de Cassander fut portée par Baudouin au cardinal de Lorraine. Elle ne fut faite que trois ans aprés (30). Je donnerai ci-dessous (31) le titre de l’ouvrage dont il fut porteur , et je dirai (32) qu’on l’employa auprès du prince de Condé, pour moyenner un accord ecclésiastique.
(D) On le voulut avoir , pour enseigner la jurisprudence dans l'académie de Douai. ] Le marquis de Bergue , et plusieurs autres grands seigneurs du Pays-Bas , engagèrent Maximilien de Bergue , archevêque de Cambrai, à faire en sorte qu’on procurât à Baudouin éette chaire de jurisprudence.
Ils souhaitaient de se servir de ses conseils dans les affaires d’état et de religion (33) ; car ils savaient qu’il était
’avis que l’on modérât les ordonnances contre les sectaires (34). {am Balduinus in ed erat sententid ; ut veterem edictorum severitatem leniendam profiteretur, affirmareitque , retinere ed ratione ecclesiæ auctoritatem neque veteres consuésse, neque iis , quæ tunc erant , temporibus diu‘posse (35). On a donc sujet de croire qu’il s’en retourna à Paris , pour n'être point engagé par le duc d’Albe dans les procédures cruelles qui se préparaient.
(30) Voyez Sponde, a l'ann. 1564, num. 27.
(31) Dans ta remarque (H).
(32) Dans la remarque (M).
(33) Valer.! Andreas, Biblioth. belgicæ pag.
(34) Tdem, ibidem.
(35) Idem, ibidem.
Acne fortè quæsitor reis datus, capitalibus sententiis provincialium, suorum subscribéere cogeretur (36). Les mécontens du Pays-Bas se promirent bien des choses de ses conseils , puisqu’outre les principes que je viens de rapporter, il avait beaucoup d'adresse à manier les esprits , et beaucoup de science du monde : Ut in Belgium venil , magnum sui exspectalionem omnibus fecit. Solers animo , obsequendi grati&, et civili congressu, nec minus officii comitate , ad ingenia principum vitam instruxerat. ÎVec enim novorum hominum deliramenta sectabatur , et rursus in religione scrupulum oderat. Humaniusque credebat, iniquitati temporum cedere , pietatisque integritatem in paucis violare, quam vim adferre turbatis conscten- 1iis, quas in contaminatis hominibus nulla unquam supplicia eluunt (37).
L'auteur que je cite venait d’observer que Baudouin avait été fort connu de Louis de Nassau à Heidelberg. La troisième apologie de ce. jurisconsulte nous apprend que le prince de Nassau , qu’il avait eu à Strasbourg pour auditeur , lui avait fait depuis peu beaucoup de caresses dans les Pays- Bas (38). Ajoutons qu’il fut estimé de Guillaume, prince d'Orange. Francisco Balduino , jurisconsullo égregio , pacis ecclesiasticæ studioso , magnifacto à principe Arausionensi Wilhelmo alüsque Belgarum proceribus qui et opera ejus ust sunt , cur credi non debeat , nihil causæ est {39). C’est Grotius qui parle ainsi , et qui assure que ce prince et les autres grands seigneurs du Pays-Bas se servirent de Baudouin.Ce fut dans leurs premières démarches contre l'Espagne. Il se trouva à leurs premières assemblées de Breda , et ils lui firent dresser l’ecrit par lequel ils demandaient à la duchesse de Parme le libre exercice de la religion. Il montra qu’une religion ne peut subsister sans l'exercice extérieur , et qu’elle demande cela comme un appui et un aliment né-
(36) Papyr. Masso, Elogior. part. II, pag.
(37) Nicol. Burgund., Hist. belg., Lb. IT, pag. 67.
(38) Balduinus , ir Respons. ad Calvin. et Bezam , folio 88 verso. Elle fut imprimée l'an
(39) Grotius, in Rivetiani Apologetici Discus= sione, pag, 23
BAUDOUIN
cessaire (40). L’auteur qui m’apprend cela , observe que Baudouin avait été rappelé de son exil par l’archevéque d’Arras. 4b exilio per archiepiscopum Atrebatensem (:1lfallait dire, episcopum Atrebatensem ) revocatus (41). Afin d’entendre cela , il faut savoir que, se voyant déféré comme hérétique , 11 sortit de sa patrie, et qu’aprés sa fuite on prononca contre lui une sentence de proscription (42).
Elle fut révoquée lorsqu'on le fit venir pour le consulter.sur Pétat du Pays-Bas. Notez que l’auteur qui parle de l’archevéque d'Arras ne rapporte point le fait commeil faut : la Chronique de Jean-Francois le Petit , à laquelle il nous renvoie, nous en dira mieux les circonstances : « François » Bauduin..…..., ayant auparavant été » banni de la viile d’Arras pour la re- » ligion , fut mandé par ledit seigneur » prince d'Orange, de France, pour » l’ouir sur les difficultés qui s’y re- » présentaient ; lequel , après son ban » révoqué par la chambre d’Arthois , » à l’instance de l'archevêque de Cam- » braï , s’en alla trouver ledit seigneur » prince en la ville de Brusselles , où, » ayant communiqué avec lui et avec » les seigneurs ci-dessus, il dressa un » discours en forme d’avis sur le fait » du trouble apparent pour le fait de » la religion , lequel fut envoyé au » roi en Espagne , adressé en ses » mains propres , auquel est montré » le vrai moyen qu'il faudrait tenir » pour obvier à toutes émotions, et » pour extirper les sectes et hérésies » (43). » On trouve ce discours-là tout entier dans la chronique de Jean- Francois le Petit. Il est beau et fort sensé. Baudouin, à ce que dit ce chroniqueur , atteignit quant au remède des troubles le vrai neud de la besogne, que le roi et son conseil ont depuis peu avoir cognu estre véritable.
Notons en passant que les écrivains qui parlent de lui disent à tort que
(Go) Joh. Grevius, Epist. ad Bernhardum Brantium. C'est la CCCLXX VIe. des Epistolæ ecclesiast. et theologicæ, édit. d'Amsterdain en 1684. IL cite Jean Petit, tom. I.
(41) Tdem, ibidem.
(42) Voyez Nicolas Burgund. , Hist. belg. , Lib, IT, pag. 66.
(43) Jean-François le Petit, greffier de Bethune en Artois, dans sa Grande Chronique du Pays-Bas, tom. TI, pag. 55, édit. de Dordrechi,
en 16017,
BAUDOUIN
du Pays-Bas il s’en alla à Paris. Ils devaient dire qu’il n’alla à Paris qu’aprés s'être réfugié à Genève, où ïl se fit de la region (44). Il se vantait qué , pour faire profession de l’'Evangile , il avait souffert l’exil et la privation de tous ses biens; mais quelques-uns assuraient que sa mère Jui fit tenir tout ce qu’il pouvait prétendre de patrimoine. Fortunis exutum fuisse negant conterranei ét familiares : quia extra Cæsaris ditionem à matre et cohæredibus pérmissum fuit sumere quantum ex hæreditate , st integra Juisset ejus conditio , pervenire ad eur poterat : ut ne quidém assis jacturam fecerit. Et aliquandd coram homini gratulatus sum , quod tam facilé recupérdässet quod sibi credebat periisse (45). Observez, je vous prie, un défaut d’exactitude dans Papyre Masson. Il ne dit rien du voyage que notre Baudouin fit au Pays-Bas, à la sollicitation des grands seigneurs qui voulaient remédier aux désordres que la trop grande sévérité des lois pénales contre les sectaires produisait de jour en jour. Il n’a parlé que dun voyage fait sous le gouvernement du duc d’Albe. C’est avoir oublié lé prin:
cipal: c’est réduire toute cétte affaire à une petite partie. Ce que j'ai cité de Valère André, et de Nicolas Burgundius, et de quelques autres , et qui est fort considérable dans la vie de Bau-
douin, se doit rapporter à l’an 1564 ,.
sous le gouvernement de la duchesse de Parme. Ce fut cette année-là que Cassander et Baudouin furent attirés par les mécontens. L’un, savoir Cas:
sander , fut indiqué par le comte de Horne ; et l’autre , par le comte Louis dé Nassau (46). On crut qué c’étaient deux hommes qui pourraient pacifier les différens de religion. Le prince d'Orange combla de promesses Francois Baudouin, et le ‘destina, non-seulement à une chaire de professeur dans l’université de Louvain, ou dans l’université de Douai, mais aussi à une charge au conseil privé.
Baudouin , retournant en France pour revenir dans le Pays-Bas en temps et lieu , récut de ce prince Beaucoup de
(44) Voyez ci-dessus , cilation (4) , les paro= les d’Antonius Guærinius.
(45) Calvinus, Respons. ad Balduinum, sub fins, pag: 350 Tractatuum theolosicor.
(46) Frère de Guillaume , prince d'Orange
F19 présens. Le comté Louis dé Nassau le sollicita plusieurs fois à tenir parole, ét tâcha de l’éblôuir par l’éclat d’une dignité prochaine , imminentiurn honorum blanditiis allicere (47) ; mais Baudouin ne crut pas trouver son compte dans l’affaire qu'il avait promise : tous ses amis lui déconseillèrent de s’y engagèr, et il espéra plus de récompenses de la peine qu’il prenait à mettré d'accord les Bourbons avec les Guises (48). Voilà des choses qui méritaient bien d’être touchées par Papyre Masson : et cependant il n’en a pas dit un mot ; et au lieu de cela il nous raconte que les Espagnols le demandérent pour la profession en droit civil dans l’université de Douai, qu'ils lui promirent six mille florius de gages par an, et une portion de cinquante mille florins aux confiscations des gens proscrits , et que le duc d’Albe le recut civilement , etc. Il paraîtrait fort étrange, que les Espagnols eussent honoré de cette manière un homme qui avait favorisé les desseins du prince d’Orange, si l’on perdait de vue la mobilité de Baudouin , je veux dire son extréme facilité à prendre un nouveau parti: L’historien que je cite , ayant rapporté un beau discours du prince d'Orange, ajoute que c'était le fruit des conversations de Baudouin. /Vemini mirum videridebet ,tantam in illo principe eluxisse cognitionem philosophiæ, ex Balduiri colloquiis hauserat (49).
Je dirai ailleurs (50) ce qu'il fit au sujet de la Saint-Barthélemi.
.(E) Le duc d'Anjou... le fit venir à Paris au temps que l'on y recut l'ambassade polonaise. | Baudouin était maître des requêtes de ce prince (5r) : 11 s’acquit les bonnes grâces des ambassadeurs de Pologne par les conversations qu'ileut avec eux, et il publia un discours de Zegatione Polonicä, dédié à Jean Zamoski (52) :” on croit qu’au printemps suivant il eût été en Pologne, s’il ne fût pas
CHARTES Burgund,, Hist, belg., Üb. IT,
ag. À (48) Tiré de Nicolas Burgund. , pag. 67, 68.
D EN A , Hist. belg., pag. 137,
(50) Dans la rémarque (A) dè l'article de (Pierre) CHARPENTIER.
{5x) __ , Remarques sur la Vie d'Ayrault, + I .
(52) C'élait l’un des ambassadeurs de Po-
mort, Voilà tout ce que Papyre Masson raconte de cette affaire. Prenons donc pour. des hyperboles fabuleuses la plupart des faits que M. Bullart nous va.conter. Ce fut pendant le sejour de Bauduin à Angers, qu’arrivérent en France les seigneurs polonais, qui venaient offrir leur couronne à Henri, duc d'Anjou. On avait besoin d’un habile homme pour recevoir cette superbe ambassade , et pour y répondre. 1l était important de faire des re:
mercémens de cette offre, sans abaisser La dignité royale qui était offerte:
il fallait parler en roi et en homme reconnaissant : On ne Wfouva personne en France plus capable de l'entreprendre que le sage Baunuw. Le duc d’Anjou l'ayant faitvenir à Paris, ce grand homme parut duns les salles du Louvre entre les premières personnes de l'état : il fut l'interprète de cette fameuse légation : il n'eut pas moins . d’acclamations par l'excellence de sa réponse, que le fameux Zamoski par celle de sa harangue ; et il se rendit st considérable à ces illustres ambassadeurs, qu'on résolut de l'envoyer.en Pologne, pour affermir cette couronne sur la tête du nouveau roi, et pour disposer ces peuples à le recevoir ; mais sa dernière maladie, qui lui survint au méme temps, le frustra de cet honneur , et le duc d'Anjou de l'espérance qu'il avait de rétablir l'université de Cracovie par son moyen (53). Il ne pouvait guère rien arriver d'aussi glorieux que cela à un professeur d’Angers : d’où vient donc qu’un de ses meilleurs amis n’en parle point dans
l'éloge qu'il lui consacré ? On ne sau*
rait en donner de bonnes raisons , à moins qu’on ne dise que cela est faux ; car il est contre toutes les apparences qu’il eût ignoré une telle chose, si elle fût arrivée. Il doit être permis aux faiseurs d’éloges de se servir d’un langage plus figuré et plus flatteur que s’ils faisaient une histoire ; mais la menterie ni les amplifications capables de faire changer l'espèce d’une aventure ne leur doivent pas être plus permises qu'aux historiens : ainsi l’on peut dire que M. Bullart s’est jeté dans des excès inexcusables. M. de Thou, qui a raconté exactement ce qui concerne les ambassadeurs de Po-
(53) Bullart, Académie des Sciences, tom. Z, Pag. 220,
BAUDOUIN
logne , leurs harangues, et les réponses qui leur furent faites, ne dit rien de notre Baudouin (54). C’est toujours l’évêque de Posnanie qui harangue :
c’est toujours un chancelier qui lui répond : Birague, chancelier de France, répondit quand ils haranguèrent Charles IX. Chiverni , chancelier äu duc d'Anjou, repartit quand ils haranguèrent ce duc , et quand ils lui lurent l'acte de son élection. Si quelque autre prend aussi la parole, c’est Nicolas - Christophle Radzievil de la part des Polonais (55); c’est Paul de Foix de la part de Charles IX (56). Ma remarque serait plus faible si absolument M. de Thou n'avait fait aucune mention ni de Zamoski ni de Baudouin; mais il se trouve qu'il parle d'eux, et voici comment. Il assure qu’on vit imprimée une harangue de Zamoski ; mais que l’on ne savait pas qu’elle eût été récitée : 17 eandem rem edita an habita sit incertum oratio luculenta à Joanne Zario Zamoscio(5;):
et il ajoute que Baudouin fit imprimer une autre harangue adressée à Zamoski. N’est-ce pas clairement nous faire entendre que Baudouin ne fut pas choisi pour interpréter la harangue de ce Polonais, et pour y répondre en présence de toute la cour?
Quoi de plus fort contre le narré de M. Bullart ? A
(£) Z! mourut entre les bras de sa
fille unique. ] Elle se nommait Cathe-
rine, et fut « mariée en premières ».noces à Jean de Sauzay , sieur de » $ainte-Ouanne en Poitou; eten se- » condes à Adam le Changeur, sieur » du Cotau en Berri (58). » Elle naquit à Heidelberg (59). Sa mère s’ap:
pelait Catherine Biton, et était de Bourges. Elle était veuve de Philippe Labbe , bisaïeul du père Labbe , jésuite, quand elle épousa Baudouin (60).
Elle avait de son premier mari quelques enfans qui, non moins que leur
(54) Thuan', lib. LVTI initio.
(55) Tdem, ibid. , pag. 47.
(56) Idem, 1bid., pag. 49.
(57) Idem ibid. , pag. 47: Notez 7. les pages sont ici très-mal marquées dans l'édition de M. de Thou , faite à Francfort, en 1625.
(58) Ménage, Remarques sur la vie d’Ayrault, pag. 158.
(89) Papyr.
(60) Ménage, Remarques sur la vie d'Ayrault, pag. 158.
Masso, Elogior. parte II, pag.
BAUDOUIN
Y ajeul, furent ruinés par leur parâtre, à ce que conte Calvin. /psum minimè Sopyixèy esse clamant Bituriges qui suos privignos simul cum eorum avid spoliaverit ( 61 ). Le jurisconsulte aimait mieux laisser une fille qu’un fils, parce qu’il craignait le destin de Cicéron , dont le fils ne‘ tenait rien de l’éloquenice du père. Percontanti mihi mallet ne filiam quam filiun habere, « Minimèé (62), inquit, Roma enim » Ciceronis filium non agnoscebat lo- » quentem (63). »
.(G).....le 24 d'octobre 1573. | Et non pas l’onzième de novembre 1572, comme dit Valère André. M. de Thou met sa mort à l’onzième de novembre 1573. M. Ménage la met au 24 d'octobre 1574, et néanmoinsilne lui donne que cinquante-trois ans, neuf mois et vingt-quatre jours de vie, quoiqu'il eût mis sa naissance au 1°r.
. janvier 1520. -Ces deux fautes ont été prises de la Croix du Maine.
(H) La querelle de Calvin et de Baudouin... fut très-rude,] Jen ai rapporté l’origine (64) quand jai dit que François Baudouin distribua un livret sur la réunion des religions, pendant la tenue du colloque de Poissy. C'était un discours latin anonyme que Cassander avait composé, et qui avait pour titre , De oficio pi ac publicæ tranquillitatis verè amantis viri in hoc Religionis dissidio.
Quand on sut à Genève le préjudice que Baudouin voulait causer aux réformes avec ce livret, on crut qu’il fallait faire connaître au public ce personnage. C’est pourquoi Calvin, en réfutant cette pièce, qu'il attribuait à Baudouin , le piqua et le fouetta un peu rudement. Sa réfutation est intitulée , Responsio ad versipellem quendam Mediatorem , qui pacificandi specie rectum evangelii cursum in Gallid abrumpere molitus est. Elle est dans le volume des opuscules de Calvin, pag. 391 et suivantes. Baudouin se défendit, en publiant un ouvrage pour lequel il avait obtenu un privilége dès Van 1557 : il le retoucha, il y joignit un appendix (65). Ce fut en un mot
(6r) Calvin, Tractat. theolog, pag. 3ro.
(62) Il fallait dire im ; car minimè fait ici ur sens contraire à la pensée de Masson.
(63) Papyr. Masso, Elogior. part. II, pag.
(64) Dans la remarque (C).
(65) Foyez Theodor Bezæ Respons. ad Bal-
son {d leges de famosis libellis , et de calumniatoribus , Commentarius , im-
rimé à Paris, chez André Wechel, Pan 1562, in-4°. La réplique de Calvin (66) fut en campagne bientôt après, avec de très-bons renforts: car elle fut accompagnée de plusieurs pièces composées par de bonnes plumes : et sur le tout on fit imprimer les lettres que ce déserteur avait écrites en divers temps à Calvin. Respondit quoque Joannes Crispinus ejus conterraneus , et perpetuus, quoad ejus fieri potuit , amicus. Adjuncia sunt quorundam irsignium virorum scripta, quibus perpetua istius improbitas , summa impudentia , et extrema inscitia ita mantfestè redarguitur, ut ne nunc quidem possit ignorantiam suam diffiteri. Additæ sunt denique ipsius litteræ variis temporibus ad Calvinum scriptæ , ut horrenda isia defectio, ipsius apostatæ testimonio apud omnes bonos sanciretur (67). On connaîtra plus exactement la nature de ce recueil , si j'en donne ici le titre : le voici donc.
Joannis Calvini responsio ad Balduini Convicia ; Ad leges de transfugis , desertoribus et emansoribus , Francisci Balduini Epistolæ quædam ad Joannem Calvinum pro commentartis ; Francisci Duareni J.-C. ad alierum quemdam jurise. Episiola, de Francisco Balduino ; Antonii Contii J.-C.
Admonitio de falsis Constantini Legibus ad quendam qui se hoc tempore Jurisconsultum christianum profitetur; De officio tum in Religione tum in Seriptionibus reiinendo. Epistola ad Franciscum Balduinum jurisconsultum; Ad legem III C. impp. de apostatis, Joannis Crispini commentarius ad jurisconsultos. Ce recueil de pièces fut imprimé lan 1562, in-4° : il contient 117 pages. Baudouin composa une seconde Réponse, qui fut imprimée à Paris et à Cologne, l'an 1562.
Calvin , ne jugeant pas à propos de la réfuter , se contenta de mettre au jour une page d'écriture , où il apprenait au public qu'il ne voulait plus répondre à cet adversaire (68). C’est
duinum , pag. 202 , 209 , et Calvini Respons. ad Balduin., initio.
(66) Intitulée : Responsio ad Balduini Convicia : elle est au même volume des Opuscules, pag. 365 et suiv.
(67) Beza, Respons. ad Balduin. , pag. 202.
(68) Elle à été mal placée dans le volume de
. ses Opuscules; car on l’a mise à la iéle du second
là qu’il Jui réproche d’avoir violé les droits d’hospitalité, en dérobant des papiers qui fussent propres à un coup de perfidie, Antéquam respondeo, dit= 11 (69) , monendi sunt lectiores nihil hdc monedulé esse furacius, ut häc parte Jratrem suum patruelém Antonium Balduinum superet, cui ob furandi solertiam , cognomen ablativi à condiscipulis inditum fuit. Tanta fuit mea erga ipsum facilitas ; ut quicquid erat in bibliothecd med chartarum liberé, me absente, excusserit. Subripuisse quæ in rem sua fore putabat, non aliundè petenda est luculentior probatio, quäm ex ejus scripto , in quo sé bellè prodidit. Ceriè fides ejus et hos- Pitalitas hic deprehenditur. Pèze prit Sa place, et répliqua au second écrit de Baudouin, qui leur opposa assez promptement une troisième Æpologie.
Elle parut l'an 1564, et a pour titre :
Pro Fr. Balduino responsio ad Calvinum et Bezam ; cum refutatione Calvini de Scriptur& et Traditione (70). Of pourrait compter pour une quatrième pièce de Baudouin la Prés Jace qu’il composa sur Optat, l’an 1963. Elle fut traduite de latin en français par Pierre Viel, qui la mit au - devant de sa traduction francaise d’Optat, imprimée à Paris Pan
Tirons de tout ce récit une petite censure d’un écrivain protestant, Il rapporte les intrigues touchant l'écrit de Cassander, et il ajoute que Baudouin m’ayant point été appelé au colloque de Poissy, ni par les catholiques, ni par les réformés, déchargea tout son dépit sur les ministres (71), et publia des libelles contre Calvin et contre Bèze, et que ceux-ci lui répondirent. Publicis scriptis insectatus est Calvinum et Bezam, qui édito responso ad illius probra respondent , et illum mendaci, perfidiæ, atque impietatis reum esse instituunt demonstrare (52).
* C’est déclarer qu’il fut l’agresseur ; or
écrit qu'il publia contre Baudouin: et néanmoins, elle fut faite après ce second écrit.
(69) Calvinus, in Præf. Responsionis Theodori Bezæ ad Balduini Convicia, pag. 200, tom: TITI Operum.
(70) Foyez Valère André, Bibliothec. belg., pug. 224.
(91) Commentarius de Statu Reipub. et Religionis in Regno Galliæ, tom. I, folio 169, ad ann, 1561.
(72) Idem, ibidem.
BAUDOUIN
cela est faux : on ne voit donc point là-dedans la fidélité et Pexactitude qui devraient y être.
(1)... * Bèze y entra avec un peu trop d'aigreur , au jugement méme de plusieurs personnes de son parti] L'ouvrage qu'il fit là-dessus, est au Ie. tome de ses œuvres (73). Voici un petit extrait de la lettre que Sainte-
Aldegondé lui écrivit Pan 1566. Sta-
lueram præterea certiorem facere te quam hlc sinistrè plerique intérpretentur libellos isthic. ultro citroque tum in Balduinum tum in Heshusium scripios, ex eoque homines malevolos gravent evangelicæ veritali conciliare invidiam. Sed quoniam audivite harum rerum ab aliis esse factum certiorem , volui ab hoc argumento supersedere.
Rogo tamen, observande in Christo pa:
rens , ut vel in harum regionum gratiam in quibus non modd cum hypocrilis eo nomine nobis est colluctandurn, verumetiam ab apértis hostibus gravia mulla perpetienda (qui suam tyrannidem in contentiones nostras derivant) non graveris stylum quam modestissimé in evangelicæ veritatis apostatas ac adversarios temperare. Non quidem qudd parcendum illis censeam , qui nullum non lapidern movent, quo nos in invidiant graviorem vocent, sed ne (dum illis pro merito respondetur) quod suis illi vanissimis erga nos maledictis atque calumniis nequeunt consequi (neque ut Evangelii lucém obruant, éjusque sectatores aperlis veritatis hostibus excarnificandos tradant) idipsum nostris elst Juslissimis ac Périssimis, non larnen, ult plerique existimant , evangelici mansuetudine dignis vel accusationibus vel responsionibus adeptos se esse glorientur. Æd si feceris, uti omnind statuisse te audio, ct nos magnd invidid levaris , et illis ipsis perfidis apostatis turpem maledicentiæ notam inustam reliqueris. Îtaque ut facias, vehementer hic omnés Lvangelii studiosi (qui te plerique ut parentem amant et colunt, reverenturque ut præceptorem) etiam aigue etiam te rogant (74). Vous voyez Le
* Cette remarque.(l), dit Leclerc, peut servir à faire récuser avec raison la plupart des écrivains que Bayle a copiés dans £et article.
(793) Pax. 201 en suiv.
(54) Philippus Marnixius, Epist. ad Theodor.
Bezam. C'est la VTC. parmi les Lettres de Bèze, pag, 206 ,; 207, du tom, ITI de ses OEuvres.
BAUDOUIN
3°. que d’autres personnes avaient déjà donné des avis à Théodore de Bèze, sur le préjudice que faisait aux réformés l’emportement des écrits qui avaient parucontre Baudouin ; les personnes malintentionnées s’en prévalaient pour rendre odieuse la réformation, 2°. qu’on le supplie très-humblement d’émousser à l’avenir la pointe trop acérée de sa plume, quand ce ne serait qu'en faveur des réformés da Pays-Bas, qui avaient à dos, à cette occasion, non-seulement les hypocrites (95), mais aussi des ennemis déclarés et violens ; 3°. qu’il était à craindre que des réponses véritables et trèsjustes, mais éloignées de la douceur évangélique, ne fissent ce que l’impudence des calomniateurs tâchait en vain d'obtenir: c’est que la lumière de la vérité fût étouffée, et que ceux qui la suivaient subissent une cruelle
ersécution ; 4°. que si Théodore de Bère déférait à cet avis, comme on disait qu’il y était résolu, il déchargerait d’une grande haine l’église de Jésus-Christ , et laisserait aux apostats la flétrissure de l’esprit de médisance.
Il répondit à Sainte-Aldegonde que s’il n’eût été question que des injures qu'on lui avait dites, il ne s’en serait non plus ému que d'entendre un chien qui eût aboyé aux Indes ; mais que, s'agissant des intérêts de la religion , il avait cru qu’il fallait traiter selon son mérite l’infâme apostat qui l’avait calomniée, et qu’il se mettait peu en peine des scrupules des gens modérés.
Îl faudrait, dit-il, que les impudens mensonses de cé calomniateur Les touchassent autant que la vigueur de nos réponses. Chacun comprend qu’il est nécessaire queJe rapporte ces paroles ; car plusieurs se pourraient imaginer que J'en pervertis le sens. Les voici donc : Superest ut ad extremam tuam epistolam paucis respondeam. Balduinum et Heshusium nonnulli vellent moderatiùs à me fuisse reprehensos.
Ego verd cuperem istos æquè affici impudentissimis eorum convicits in homines innoxios contortis, ac justis nostris defensionibus. Quid non enim in optimum illum et innocentissimum Der servum jaculatus est fœdus ille apostata ? in me verd quid non dixit ?
Æt tamen Deus mihi testis est in ani-
(75) Je crois qu'il entend es anabaplisies.
mam mean, non mulio magis me, st res mea privata ageretur, istd petulanti& commoveri poluisse, quam si in his regionibus versans audivissem canes in ndid latrare. Sed quüum per nostrum latus viderem gallicas omnes ecclesias ab isto conductitio rabuld confodi, et tanquam seditiosos accusari, quotcumque istorum latronum telis corpora sua non objecerunt, ut facere necesse fuit, nisi et Christi causam ét regiam majestatem prodere maluissént, peccavi scilicet, quod ejus calumniis sic respondi, ut et ipsum sycophantam suis coloribus depingerem, el causæ nostræ bonitatem probarem. laque quod ad illum attinet, non dissmulo me nullum peccatum agnoscere, et moderalos istos nihil morari. De Heshusio , quoniam aliud argumentum tractabam , fateor causam illam potuisse aliér agi. $Sed singularis illa istius hominis et inscilia et audacia in hos veluti scopulos me adegit, ubi tamen spero me naufragium non Jecisse (76).
Je ne ferai que deux réflexions sur cette réponse. 1° Je dirai premiérement qu’on ne peut nier que les lecteurs né donnent quelque sujet de croïre qu’ils se scandalisent plus de Paigreur d’un apologiste, que de celle de lagresseur.
Qu'il y ait un écrivain qui déchire toute la terre, les morts, les vivans, les souverains, les sujets, ses confrères de religion, les adversaires de son parti; qu'il exerce ce métier plusieurs années de suite : qu'il devienne plus fécond en médisances, et plus pi:
quant, à mesure qu'il vieillit: on a des yeux, je l'avoue, on s’aperçoit de cela, et on le blâme; mais si enfin cet homme est fort mal traité par ceux qu’il a provoqués, vous entendez cent fois plus de plaintes contre eux
qué contre lui, Ses ennemis mêmes.
trouvent étrange qu’on ne lait pas traité avec plus de ménagement. Ils auront lu avec joie ce qui a été publié à son désavantage, et ils ne laisseront pas de dire qu’il je fallait épargner.
C’est un effet de linclination énorme que l’on a pour Ja censure. On se plaît à n'approuver rien. Mais ne jugeons pas ainsi des personnes modérées dont Sainte-Aldegonde rapportait les sentimens. Elles étaient sans doute cho-
(76) Theodor. Beza , Epist. VIT, pag. 20%:
quées de l’audace satirique de Baudouin, encore plus que des invectives de ceux qui le réfutèrent; mais elles eussent voulu que la médisance eût été un caractére affecté aux ennemis” de la vraïe religion, et que ceux qui la justifiaient se signalassent par la sagesse et par la modération du style.
Elles voulaient hair l'esprit satirique, qui fait un mélange de diflamations et de raisons, dans lequel les injures personnelles sont la partie prédominante; et elles ne pouvaient le hair fort à leur aise, pendant qu'il était commun à leurs ennemis et à leurs amis. C’est pourquoi ellessouhaitaient, tant à cause de cette raison , que pour quelques autres, qu'on le laissât en propre aux écrivains catholiques, et qu’on ne lui ôtât pas, en l’adoptant, cette note d’infamie dont elles voulaient qu’il fût marqué. 2°. Jedis , en second lieu, que Théodore de Béze lâcha un peu trop la bride à son imagimation ; car si le livre qu’il a fait contre Baudouin était le seul qui nous restât, nous prendrions ce jurisconsulte, non-seulement pour un fripon Non , Mais aussi pour un auteur sans esprit, sans érudition, sans aucun mérite. [l en a donc fait une description trompeuse , puisqu'on ne saurait nier en lisant ce que Baudouin a écrit, et ce que d’autres disent de lui, que ce ne fût un trés-habile homme. On peut excuser sur l’infirmité de la nature un auteur qui n’avoue pas que son ennemi soit docte, éloquent, ingénieux. Mais s’il lui est permis de taire ces vérités-là, il doit du moins s'abstenir de les nier. L’emnn qu’unauteur témoigne dans es ouvrages qu’il compose contre les ennemis de sareligion,peut quelquefois venir d’un grand zèle : c’est pour cela qu'on doit dire que la colère est équivoqüe eutre le tempérament et la dévolion ; mais je ne vois pas comment on pourrait réduire à un principe évangélique la fierté d’un écrivain.
J’appelle fierté les airs dédaigneux ri à .
qu'il se donne, et l'affectation de parler de son adversaire comme du plus méprisable de tous les auteurs ; et cela, contre la notoriété publique, contre les preuves que fournissent les emplois et les écrits de cet adversaire.
Je voudrais n'avoir pas trouvé dans l’histoire des éghses , que Baudouin est
BAUDOUIN
mort misérable pédant (77). Un tel mot ne devait jamais couler de la plume de Théodore de Bèze , professeur alors en théologie, et autrefois professeur en grec. Il fallait laisser aux cavaliers lincivilité de nommer ainsi
méprisles personnes qui enseignent la jeunesse. Il ne fallait point qu’il déshonorât une profession qui était du même genre que la sienne. Si l’on dit qu’il établissait la pédanterie de Baudouin , non dans la charge de professeur, mais dans les défauts personnels, on ne dira rien qui vaille, puisque ce jurisconsulte ne manquait point de politesse d’esprit, et qu’il savait vivre avec les grands, et entrer dans leurs intrigues (78). L’envie de le traiter avec mépris obligea Bèze à débiter, que lorsqu'on proposa au roi de Navarre, en 1561, de l’employer, ce prince ne savait pas qu'il y eût au monde un personnage nommé Baudouin (79). Voilà l’une de ces choses que les auteurs avancent à tout hasard, et sur lesquelles ils ne peuvent dans la suite se justifier, Baudouin assura qu’il avait été recommandé à ce prince par la reine de Navarre (89), à laquelle il avait eu l'honneur de faire la révé-
“rence le jour des noces de la fille de
cette reine avec ce prince (81). Il assura que la faveur et la bonne volonté de cette princesse confirmérent le choix que lon fit de lui pour la profession en droit à Bourges. Cela est bien apparent; car comme elle était duchesse de Berri, et qu’elle prenait à cœur l'intérêt des sciences, on ne parvenait pas aux charges de cette université sans sa participation. Comment était-il possible à Théodore de Bèze de réfuter sur cela François Baudouin ? Quelqu'un me dira peut-être que le zèle de religion porte quelquefois les théologiens à traiter de haut en bas, et comme un chétif auteur, celui qu’ils réfutent; car ils croient qu'il est utile à la vraie église que ses sectateurs soient persuadés qu’il n’y a que des ignorans qui la combattent.
Je réponds qu’un zèle qui ferait tenir
a ,(D Bèze , Histoire ecclésiast., Liv. IF, pag.
(98) Forez ci-dessus Îles paroles de Burgundius , La remarque (D), citatiôn (37).
(79) Beza , in Respons. ad Balduin., pag. 203.
(80) Balduinus , in tertià Responsione, folie
(81) C'est-u-dire, L'e 20 d'octobre 1548.
nr
BAUDOUIN
une coñduite si opposée à la bonne foi, à la raison, à la justice, et plus encore à la morale sévère de Jésus-Christ , ne pourrait jamais passer que pour un zèle trés-aveugle. Je passe sous silence linconvénient de cetteconduite. /lest aisé de défendre votre cause, pourraient dire bien des gens, puisque vous reconnaissez qu’elle est si mal attaquée :
vos triomphes ne sont pas un signe que vous combattez pour la vérité,
Ïl faut que je fasse encore une observation. Sainte-Aldegonde ne donna point tous les avis nécessaires : il en oublia un qui était très-important ; il navertit pas qu’il fallait répondre à la troisième apologie de Francois Baudouin. Je sais bien que sur les matières de droit il ne faut point se piquer de ne laisser sans répartie aucun ouvrage
de ses adversaires : on peut dès la se<.
conde réplique"mettre les choses dans le plus beau jour qui leur puisse être donné; et l’on peut après cela se promettre que les lecteurs intelligens ne trouveront point mauvais qu’on ne rentre plus en lice. Mais dans les matières de fait , où il s’agit d’accusations personnelles et diffamantes, il ne faut jamais que l’agresseur soit le premier
A 2 ie , Q ° àase taire; car s'il ne réplique point :
aux apologies de l’accusé , c’est un signe qu'il manque de preuves, et qu'on le contraint de s’arrêter dès qu’on lui oppose une simple négative.
La troisième réponse de Baudouin est toute pleine de démentis et de récriminations, et contient même des faits à la décharge de l'accusé. Il ne fallait donc point que Théodore de Béze la Jaissât sans répartie : il fallait donc l’avertir que la première réponse devait étre soutenue d’un nouvel écrit justificatif du précédent. Dans les querelles de cette nature, qui quitte la partie la perd : le demandeur et le défendeur sont obligés de répondre à toutes les nouvelles raisons qu’on leur oppose, fallût:l pousser jusques au vingtième factum. Prenez garde à l’épithète de nouvelles , dont je me sers; car si l’accusateur, par exemple , multipliait sans fin et sans cesse les écritures, ou par lui-même, ou par ses amis, répétant les mêmes choses avec quelque petit changement de forme, et ne répondant jamais ni aux faits ni aux raisons de l’accusé, celui-ci pourrait garder un profond silence : sa
premiére apologie pourrait lui suffire, jusqu'à ce que parmi la multitude des factums que son adversaire ferait éclore , il s’en trouvât un qui alléguât quelque chose de nouveau.
(K) ZI n’y a point d’hyperbole dans ce qu’on a dit de son auditoire. | On y voyait des évêques, et des conseillers, et des gens d'épée. Sainte-Marthe l’assure comme l'ayant vu. Jomo, dit-il (82), facundissimus , ipsoque oris ac totius corporis habitu non injucundus, ex historiarum et civilis disciplinæ conjunctione, suis prælectionibus gratiam et venerem afferebat. Ac eum quidem sæpè vidimus hoc splendido summæ doctrinæ apparatu, Lutetiæ profitentem , cum ad ejus auditorium, permulti primæ notæ homines, episcopi, senatores, equiles, libenter et maximd frequentid confluerent.
(L) ZI n’a pas été collègue de Cujas, comme quelques-uns l'assurent.] Béze est de ceux-là. « Il vous est honteux, » lui dit-il (83), de reprocher à Calvin un naturel incompatible avec les autres , naturam däxoiævnrèv ; vous, qui vous êtes rendu insupportable à tous vos collègues partout » où vous avez mis le pied. Si vous le niez, Duaren, le Conte, Cujas, » Hotman, etc., vous conyaincront du » contraire. » Baudouin répondit que Cujas avait été son successeur à Bourges, mais non pas son collègue, et qu’ils ne s'étaient jamais vus. Cujacius Balduino in e& schold successit :
collega nunquäm fuit, imd alter alterum nunquam vidit. Per litteras aliquando collocuti sunt, sed Lam amicè ut nihil magis. Imd Cujacius Balduinum rogavit in illud suum collegiure ut rediret. Si nobis non credit, Cujacium interrogato (84).
(M) Je dirai quelque chose de ses écrits et du plagiat dont on l'accusa.] Courant sa vingt-troisième année, il mit son nom dans la matricule des auteurs imprimés ; car il publia à Louvain, en 1542, Leges de re rusticd, item novella Constitutio prima de Heredibus et lege Falcidid& Justiniani , qu'il avait traduites du grec, et ac-
(82) Sammarthanus , Elogior. Lib. IT, pag.
86, edit. Tenens , ann. 1690. Voyez aussi Papyre Masson, Elogior. part. IT, pag. 250.
(33) Beza. Respons. ad Balduin., pag. 208.
(84) Respons, pro Balduino ILE, folio 85.
compagnées de scholies (85). Cela fut imprimé l’année suivante (86), à Bâle, par Oporin, avec un gros livre d’Antoine Garron. 11 publia à Paris en 1545, Prolegomenade Jure Civili; eten 1546, Commentarii in libros IV {nstitut. Juris civilis Justiniani imperatoris. Son Commentaire .sur les lois des X11I Tables fut imprimé plusieurs fois. La troisième édition est de Bâle, en 1557, in-8°., chez Oporin , qui imprima en même temps son Juris Civilis Catechesis, et son Commentarius ad Edic- La veterum principum romanorum de Christianis , ouvrage qui prêche la tolérance, et qui, à cause de cela, fut blâmé par Claude de Sainctes (87). Je laisse plusieurs autres livres de jurisprudence publiés par cetauteur; mais voici une chose qui ne doit pas être omise, et que je trouve dans M. Ménage : « À la prière du prince de » Condé, il fit un Traité des moyens » de parvenir à une bonne réformation, » touchant la religion. Ce traité, ayant » été publié par un carme défroqué, » qui y ajouta beaucoup du sien, Balduin se plaignit de ce procédé au prince de Condé. Le prince chassa le moine de sa cour, et permit à Balduin de se défendre. Balduin , ensuite de cette permission, fit en latin, et aprés en français, son Avis sur la réformation de l'Eglise : et ilfit en français sa Atéponse à un Prédicant calomniateur (88). » On voit dans la IIS. réponse de Baudouin, que par l’ordre de la reine-mère il fut voir en prison M. le prince de Condé, et qu’il conféra avec lui sur l’accord des religions, et qu’on lui commanda de faire un écrit touchant cette conférence qui avait été renouvelée depuis que ce princeeutété remis enliberté. La com- [AS ! . 7 A 9 position de cet écrit l’empêcha d’aller trouver le duc de Guise, et de lui porter une lettre (89). Je ne dois pas
(85) Valer. Andreas, Biblioth. belgicæ pag.
(86) Et non pas l'an 1534, comme on le voit dans l'Epitome de Gesner, pag. 236 : unetransposition de chiffre, faute ordinaire des imprimeurs, a fait mettre la 1534 pour 1543.
(85) Claud. de Sainctes , ad Édicta veterum Principum , folio 6 verso.
(88) Ménage, Remarques sur.la Vie d'Ayrault, pag. 158. \
(89) Ex Balduini Responsione ad Çalvinum et Bezam, fol. 1a1 verso, el 102.
BAUDOUIN
non plus oublier que son Constantinus , sive de legibus Constantini imperatoris , imprime à Bâle, l’an 1556, a été mis dans l’/ndex Librorum expur- &andorum , et qu’il passe pour l’auteur ‘d'un livre qui fut imprimé à Strasbourg, sub Christianorum jurisconsultorum nomine contra Duarenum , Van 1556; mais qu’il le désavoua (90). On lui donne dans l'Épitome de Gesner un ouvrage qui est d’un autre Baudouin.
Non hujus, sed Petri Balduini sunt (91) : ce sont des notes sur les Offices de Cicéron. Ce fut lui qui mit en français une Âistoire de Pologne faite en latin par Jean Herburt de Fulstin, castellan de Sanoc. Cette traduction * française fut imprimée à Paris, en 1573, in-4°. sans le nom du traducteur (92). 1! se masquait quelquefois sous le nom de Pierre de la Roche, Petrus Rochius (93), et se nommait Atrébatius, par allusion au jurisconsulte Trébatius , et à sa patrie (94).
Pour ce qui regarde les pilleries qui lui furent reprochées , vous n’avez qu’à lire ce qui suit. Pudendum est , et nimiëm illiberale illud plagium , quod ipse inficiari non potest de annotationibus in Justiniani Institutiones Brecthano præceptori suo surreptis. Omitto quæ non modd Ferretus et Othomanus, quorum fortassis familiaritate tum abutebatur ex vetere ill formulé ra roy ginowv xowa, sed etiam maximi ipsius inimici Baro , et Duarenus, optimo jure ex istius centonibus repetunt. Omitio etiam turpissimorum erratorum Centurias , quas Contius et ipse juris interpres in istius Constantino , quamvis exiguo libello, annotavit (95). Ce Contius, dont Bèze parle, était professeur en droit à Bourges, et s'appelait Antoine le Conte. On fait aussi mention d'Hotman dans ce passage. Ce fut l’un des adversaires de Baudouin, et il le traita avec le dernier mépris (96) : il l’ap-
(go) Valer. Andreas, Biblioth.belg. , pag. 225.
(91) Idem , ibidem.
(92) Foyez Du Verdier Vau-Privas, Biblioth.
française, pag. .
(93) LE signait ainsi les lettres qu'il écrivait à Calvin.
(94) Catherinot, Calvinisme de Berri, vers la fin. $ . Hé
(a5) Beza, Respons. ad Balduini Convicia, pag. 203 , 204. UT fe 4
(96) Foyez Le livre intitulé : Strigilis Papyrit Massonis per Matagonidem de Matagonibus, pag. 20Q.
Re
BAUDOUIN
ela même hermaphrodite, et il semle qu’il prénne ce mot au propre, quoiqu’ailleurs il le prenne au figuré (97). Uxor (inquis), il s adresse à Papyre Masson, mihi nulla est, nec unquam fuit. IVec mirum, Massone , siquidem Balduini præceploris lui similis es, quem omnes dicebant esse hermaphroditum (98). I se fait un plaisir de dire que Cujas méprisait Baudouin : Cùm omnes sciant quod prædictus Cujacius non fecerit unquam numerum de Balduino plus quäm de suis veteribus ocreis.(99). M. Ménage remarque avec étonnement que Cujas n’a jamais parlé de Baudouin (100).
Nous avons vu qu'il lui écrivit des lettres fort obligeantes (101).
(N) 14 y aurait bien des réflexions à faire sur la bizarrerie de sa fortune.] Il avait de l'esprit, du savoir, de l’éloquence, de l’adresse : il était bien fait de sa personne ; il entendait le manége de la cour. Quelques-unes des qualités que je viens de spécifier se trouvaient en lui dans un degré éminent. Il fut employé diverses fois par de grands princes à des affaires importantes : cela le mettait en passe d’un glorieux avancement; et néanmoins il ne s’avanca jamais beaucoup, et je pense qu'il ne mourut guère riche. Combien y at-il de gens, inférienrs en toutes choses à cet habile jurisconsulte, qui montent bien haut, qui parviennent à de grandes charges, qui s’y maintiennent, qui s’y acquièrent un beau nom, beaucoup de richesses, beaucoup d'autorité ! Is ne brillent par aucun endroit : ils n’excellent en rien : point de qualités éminentes : on cherche vainement en eux ce qui excite l’admiration : et on le trouve bientôt en d’autres per-
sonnes , qu'on voit néanmoins demeu-
rer toujours dans un état médiocre , quelque souvent qu’elles aient eu sous la main une occasion favorable. La
à HUE plupart de ceux qui font attention à ce train des choses humaines y trouvent de quoi murmurer, de quoi se
(97) Tu es hermaphroditus in negotiis stats, sicut fuit Balduinus in negotiis religionis. Id. , ibid., pag. 281.
(08) Idem , ibid., pag. 28%.
(99) Tdem, 1bid., pag. 260.
(x00) Ménage, Remarques sur la Vie d'Ayrault, pag. 158.
(ror) Ci-dessus, citation (84).
fâcher, et ils déchargent leur dépit sur ce qu'ils appellent injustice ou aveuglement de la fortune, Ils vont rarement au fait : ils ne s’avisent guère d’une autre cause qui produit cela bien plus souvent qu’ils ne pensent. Ils devraient savoir, qu’afin que des qualités éminentes portent un homme à l'élévation qu’elles semblent lui promettre, elles doivent être secondées par certaines autres qualités, ou n'être pas traversées par certains défauts : car n'étant pas secondées, ou étant traversées , elles sont une cause insuffisante ; et ainsi, selon les lois de la mécanique , il faut qu’elles manquent leur effet. Or voilà ce qui arrive à plusieurs de ceux dont Îes talens ont de l'éclat : il leur manque certaines choses, avec quoi ces grands talens feraient des merveilles, et sans quoi ils ne peuvent, ni les avancer, ni les soutenir. Les qualités de ces gens-là ne sont pas bien assorties ; il n'y a point entre elles le concert et la proportion qui devrait y être : au lieu donc de s’entr’aider les unes les autres, elles s’entre-nuisent. Il ne faut donc pas s'étonner si l’on ne s’éléve pas, et mêmé si l’on échoue avec un tel équipage. Pour ce qui est de certaines gens, qui parviennent à une grande fortune, etqui s’y soutiennent, sans qu'on puisse remarquer en eux rien qui ne soit médiocre , il ne s’en faut pas étonner. Il y a un tel concert, ou une telle proportion entre leurs bonnes et leurs mauvaises qualités , qu'elles se servent d’appui réciproquement ; et par - la elles forment un principe complet, et suflisant à la production de mulle aventures profitables. 1l en est de ceci comme des machines ; car quelque grossièrement qu’elles soient faites, elles- feront mieux leur jeu, si leurs parties sont placées et praportionnées comme :l faut, que la plus admirable machine ne ferait le sien , si l’on en Ôtait quelques pièces, ou si l’on y en placait quelques-unes qui ne correspondissent pas avec les autres. « Ce n’est pas le » tout que de joindre avec la science » du monde celle des livres, beau- » coup d'esprit, beaucoup d’élo- » quence, plusieurs autres dons écla- » tans ; si d’ailleurs vous êtes brus- » que, capricieux , indiscret, pares- » seux, timide, intéressé, sujet à de
basses jalousies, présomptueux, incapable de suivre une affaire qui traîne en longueur, inconstant,.
plus propre à commencer cent nouveaux projets qu’à résister au dégoût de manier quelque temps là même affaire : si, dis-je, vous êtes frappé à tels et semblables coins, et que vos grandes qualités ne vous fassent point faire fortune, ne vous en prenez point à l’injustice du sort, à liniquité du siècle, à Ia malignité de votre prochain ; prenezvous-en à vous-même : attribuezen la cause aux disproportions des » qualités que vous avez eues en par- » tage. » Je compte Francois Baudouin parmi ceux que l’on peut apostropher de la sorte, Notez qu'entre les personnes de cette trempe quelquesuns se font justice : ils connaissent le mélange qui rend inutiles leurs beaux talens ; et s'ils murmurent, ce n'est pas contre leur prochain, c’est contre leur propretempérament, c’est contre la nature qui a mis des contre-poids à tout ce qu’elle leur avait donné de plus propre pour une grande élévation. Au reste, jene prétends point enfermer dans cette hypothèse mille et mille cas particuliers, où les causes de la mauvaise et de la bonne fortune sont tout-à-fait externes : c’est-a-dire, que ceux qui, avec des qualités fort capables de les élever, sont demeures dans l’obscurité, n’ont eu aucune occasion favorable ; et que ceux qui, sans nul mérite, sont montés bien haut , se sont trouvés dans un tourbillon de circonstances si actif, qu’ils n’ont eu aucun besoin de le secondér, et quejleur incapacité ne lui servait point d’obstacle. Mais souvenez-vous que Baudouin n’a point manqué d’occasions-: il a été mis souvent sur Îles voies.
BAUTRU DES MATRAS (Maurice), prenuer lieutenant de la prévôté d'Angers en titre d'office. Ses fils et ses petits-fils ont rendu son nom tres-célebre , comme on le va voir.
BAUTRU DES MATRAS (JEAN), fils du précédent , a été avocat au parlemerit de Paris,