‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 4)Chapitre 38 sur 109 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

BEAULIEU

» tolérance universelle de toutes les » sectes, comme fait M. Saurin. »

Finissons par la réplique de M. Sauriu. « Je parle de M. de Beaulieu avec » toute l'estime et tout Le respect qu’il » mérite, et je mets une grande diffé- » rence entre lui et M. Jurieu : non » par la raison que M, Jurieu suppose, » c’est-à-dire, parce que l’un est mort, » et que l’autre est vivant ; mais parce » que le vivant ne ressemble pas au » mort en toutes choses. Je remarque » pourtant les fautes de M. de Beau- » lieu comme les fautes d’un grand » homme. Cela m'est permis. Je ne le » renvoie pas à l'A, B, C, comme » M. Jurieu m'en accuse deux ou trois » fois. Je dis seulement, que ceux » qui savent les élémens, et l'A,B, » C, de l’art de penser et de raison- » ner, savent aussi, etc. (18)... Cela » est certain, et ce langage est permis » à ceux qui sont persuadés (19)...

» Je ne fais aucun tort à M. de Beau- » lieu, en le traitant de latitudinaire.

» Il ne l'était pas dans le sens odieux » que M. Jurien donne à ce titre, en » prenant un latitudinaire pour une » espèce d’athée. Mais il l'était dans » quelque degré. La manière dont il a » expliqué l’état de quelques-unes de » nos controverses avec les papistes » et avec les autres sectaires sur la » Justification, sur la Certitude du » salut, et sur d’autres matières, en » est une preuve : et nos théologiens » habiles et sincères n’en disconvien- » nent pas. »

Comme M. Jurieu n’a rien répliqué, je finis ici cette remarque.

(F) ……. I y a beaucoup de malentendu dans cette contestation.]Considérez bien les paroles de M. de Beaulieu, que j'ai rapportées ci-dessus (20) : elles nous apprennent qu'il croyait qu’on ne pouvait pas démontrer 'mathématiquement l’inspiratioh des livres sacrés.

Comparons cela avec cette réponse de M. Saurin. « Si M. le Blanc entend, » par-une démonstration mathéma- » tique, une démonstration contre la-

(18) Saurin, Défense-de la véritable Doctrinede l'Église réformée, pag. 164, 165.

(19) Notez que M. Saurin n’a point dit, comme son adversaire le suppose, et sur quoi il fonde ses exclamations : ceux qui savent l'A, B,C; mais, ceux qui savent l'A, B, C, de l'art de penser. La suppression de ces dernières paroles est une supercherie.

(20) Citation (14).

» quelle ja chair et le sang ne font » point d’objection, on reconnaît que » la divinité de l’Écriture ne peut pas » être démontrée mathématiquement; » mais cela n'empêche pas qu’elle ne » soit démontrée moralement, d’une » manière à exclure tout doute: ce » qui est manifestement contraire » aux principes de M. Jurieu (21). »

La comparaison de ces deux passages ne vous fait - elle pas connaître que M. de Beaulieu et M. Saurin enseignent au fond la même chose ? Ils avouent l’un et l’autre que la divinité de PEcriture ne peut point être prouvée mathématiquement. Mais M. Saurin, direz-vous, ne soutientil pas qu’elle peut étre prouvée par une démonstration morale ? Je Vavoue ; mais je serais fort irompé, s’il pouvait prouver que M. le Blanc n’a pas enseigné la même chose. Je suis sûr que ce grand théologien n’a jamais nié que les preuves de la divinité de PEcriture ne puissent passer pour une démonstration morale. Il n'avait nul intérêt à nier cela; car de ce que l'on avoue qu’une chose ne peut pas étre prouvée par une démonstration mathématique, il ne s'ensuit pas qu’en raisonnant juste on doive prétendre qu’elle ne peut pas être démontrée moralement. Développons encore le malentendu. M. Saurin s’imagine que dans les principes de son adversaire les preuves de la divinité de l'Ecriture ne sont pointexclusives de tout doute. Cela est plein d’équivoques.

Cet adversaire ne prétend point que tous ceux qui ont compris le poids et la force de ces preuves doivent demeurer dans quelque doute ; il ne leur Ôte.pas une pleine certitude, une entière persuasion : il prétend seulement qu’ils ne voient pas que le contraire soit impossible, comme on le voit à l'égard des choses qui ont été démontrées mathématiquement. Il nous arrive tous les jours d’être pleinement convaincus d’une chose , et sans le moindre doute, quoique nous sachions que le contraire est possible. Un voyageur, logeant dans un cabaret dont il n'a jamais connu l’hôte, mange sans scrupule ce qu’on lui sert à la table. Il sait fort bien que ce pourraient être

(21) Saurin, Examen de la Théologie de M. Jurien, pag. 262 , 263.

fr

BEAULIEU

des viandes empoisonnées, et qu’il n’y ani contradiction métaphysique, ni contradiction physique , ni contradiction morale , à supposer que lehasard ou la malice ont mêlé quelque poison à ces alimens. Il n’ignore pas qu’on n’ait des exemples de pareilles choses; et cependant il se persuade qu'il ne doit rien craindre en cette rencontré :

il mange avec une pleine persuasion qu’il ne sera point empoisonné. Nous avons encore moins de doutes quand nous mangeons chez un ami, et néanmoins nous sommes très-couvaincus qu’il est possible que les viandes soient empoisonnées. Îl ne faut donc pas critiquer un théologien, qui assure que nous sommes parfaitement convaincus de la vérité des docirines que nos pasteurs nous annoncent, quoique les raisons sur quoi ils l’appuient ne nous fassent pas connaître qu'il est impossible que la chose soit autrement.

Souvenons - nous que M. Saurin renonce à la prétention des preuves géométriques : il se contente d’une démonstration morale, contre laquelle il n’y ait que la chair et le sang qui

uissent former des objections. Or c’est justement la doctrine de son adversaire : ils se sont donc querellés sans savoir pourquoi. M. Jurieu déclare qu'il n’a rien dit qui puisse signifier qu'il exclut la conviction de la conscience (22) : il soutient qu’il a établi que les caractères de divinité, qui se trouvent dans Ja révélation, « sont » capables de produire une espèce de » certitude, sans le secours de l’Es- » prit de Dieu, dans un homme qui » aura de l'équité, et qui ne sera point » prévenu. Mais , premièrement, le » monde n’a pas de:ces gens non pré- » venus : tous ceux qui ne sont pas » encore convertis, sont possédés par » les préjugés de la chair. Outre cela, » nous ne demandons pas une certi- » tude je ne sais quelle , mais une cer- » titude qui surpasse toute certitude, » même celle des sciences fondées sur » la démonstration (23)... ... Ces » caractères assurément ne sont pas » tels qu'ils puissent produire dans » un esprit bien disposé une certi- » tude de spéculation, qui égale Îa » certitude des sciences géométri-

(22) Jurieu, Défense de la Doctrine universelle de l'Église, pag. 341.

(23) La même, pag. 344.

BEAULIEU

» ques (24) . . ... li dit, 1°. qu’il n’y » a point de ces esprits bien disposés » dans le monde, avant la grâce ; 2°.

» qu’un homme, qui aurait de l'équité, » et point de préventions, pourrâit, » même sans la grâce, obtenir une » espèce de certitude de la divinité » des Ecritures ; 3°. que la certitude , » que nous demandons, est une cer- » titude qui surpasse toute celle des » démonstrations géométriques(25).»

Prenez garde encore à ceci : M. Jjurieu déclare que son sens a été « que ces » caractères internes et externes, com- » posés et arrangés par l’art de la lo- » gique et de la rhétorique dans les » Ouvrages de nos savans, en posant » d’abord des principes évidens par » eux-mêmes, et menant l'esprit de » conclusion en conclusion, font une » preuve pour la raison, qui vaut » nueux que les démonstrations mo- »' rales ordinaires. Mais que ces mé- » mes caractères, proposés nûment et » sans art, ne sont pas une démon- » stration morale, surtout pour les » simples, qu’il faut mener par la » main, ef que même on ne saurait » faire passer par des endroits où il » faut de la pénétration d'esprit et » de l'étude. La plupart de nossimples » n’ont jamais fait une attenlion dis- » tincte à cette démonstration qu'on » appelle morale. Mais ces mêmes ca- » ractères tous assemblés , qui ne font » pas une démonstration morale pour » l'esprit, surtout des simples, font » une preuve de sentiment qui est au- » dessus de toute exception , et qui est » aussi vive que l'impression du soleil » sur les yeux (26). » Voilà donc enfin ces méssieurs dans le même sentiment:

l'un ne prétend point qu'il y aitici des démonstrations mathématiques

l’autre y renonce. Celui - ci demande qu'on lui accorde des démonstrations inorales : l’autre y consent. Tout ce qu’on peut dire de plus plausible en faveur de M. Saurin est que M. Jurieu n'avait pas d’abord bien développé son opinion , et qu'il sermble ne l'avoir développée qu'en se contredisant selon sa coutume. Je crois aussi qu’en comwençant de méditer sur cette matière il ne connaissait pas bien la nature

(24) La même; pag. 345.

(25) La méme.

(26) Jurieu, Défensé de la Doctrine univerclle de l'Eglise, pag. 343.

des démonstrations morales, Il s’en formait une idée trop relevée, et apparemment cela fut cause qu’il n’osa dire que les preuves de la divinité de l'Écriture montassent à un si haut degré d’évidence. S'il avait su la vraie nature de cette espèce de démonstration, ilse serait moins commis. Une démonstration morale ne consiste pas comme les démonstrations géométriques dans un pointindivisible : ellesoufire le plus et le moins, et se promène depuis une grande probabilité, jusques à une trésgrande probabilité. Ce sont ses bornes; et ainsi, l’on a beaucoup de chemin à faire, depuis l'endroit où nos preuves commencent à pouvoir être nommées une démonstration morale, jusques à lendroit où elles commencent à pouvoir être nommées une démonstration physique, ou métaphysique , ou géométrique. Ce qui trompait peut-être M. Jurieu était de voir que la certitude et l’évidence avec laquelle nous connaissons qu'il y a eu un Jules César, une république romaine , etc. ne passent pas pour une science, mais pour une foi humaine, pour une opinion, et tout au plus pour l'effet d’une démonstration morale : et comme 1l ne voyait pas que l'inspiration de l’Ecriture pût être prouvée par.des raisons aussi Convaincantes, que celles qui prouvent que Cicéron a existé, il craignait de dire qu'il y eût une démonstration morale, touchant cette inspiration. S'il a eu de telles pensées, al n'a point su le fin des choses: car il n’est pas vrai que le fondement de la certitude et de l’évidence avec laquelle nous connaissons qu'il y a eu uné république romaine, soit une simple démonstration morale, et que notre persuasion à cet égard soit un acte de foi humaine, ou une opinion.

C’est une science proprement dite, c’est la conclusion d’un syllogisme, dont la majeureet la mineure sont des propositions clairement et nécessairement véritables. I] y a là pour le moins une démonstration physique. Les philosophes de l’école n’ont point ignoré cela. Llle actus non est fidei, sed scientificus , innititur enim non humano testüumomio, sed repugnantiæ physice , qu& video non potuisse tot homines convenisse ad mentiendum....…. Îlle assensus oritur à duobus principiis, quæ non patiuntur dissensum. Primum est

hoc : impossibile est tot homines tot sæculis convenire ad mentiendum.

S'ecundum est : hoc dicunt tot homines tot sæculis (27). Quoi qu’il en soit, M. Jurieu s’est enfin mieux expliqué.

Disons un mot sur la remarque de M. Saurin, que si M. le Blanc entend par une démonstration mathématique, une démonstration contre laquelle la chair et le sang ne font point d'objection, on reconnait que la divinité de l'Écriture ne peut pas étre démontrée mathématiquement (26). Il serait à souhaiter que nous eussions une règle générale pour discerner les objections qui ne procèdent que de la chair et du sang ; car chaque secte chrétienne attribue à ce principe les objections que lui font les autres ; et ainsi l’on ne fait que de se renvoyer l’éteuf : et bien loin de décider une controverse, en soutenant qu’une doctrine n’est combattue que par des dificultés que la chair et le sang suggérent, c’est une dispute éternelle que de savoir si une dificulté , si une objection a pour principe la chair et le sang. J'ajoute, qu’il y a des vérités contre lesquelles une personne la plus intéressée à les combattre, la plus prévenue, la plus passionnée, ne dispute point. Porphyre, grand ennemi de la religion chrétienne , grand zélateur du paganisme, demeurait d'accord de certaines vérités de fait alléguées par les chrétiens. L’intérét de sa cause et de sa passion demandait qu’il les leur niât, car c’est un très-grand avantage dans une dispute , que de rejeter tout ensemble et les faits,et les conséquencesiles faits.

M. Saurin, qui est très-persuadé que la chair et le sang ne font point les objections que les réformés allèguent contre l’église romaine, sait bien que, lorsqu'il s’agit de quelque miracle de reliques, ils nient le fait, et qu'ils ajoutent que, quand même ce miracle serait certain, il ne prouverait pas que le culte des reliques fût légitime.

Ainsi, selon les meilleures lois de la dispute soigneusement observées par les orthodoxes , Porphyre aurait pu s’imposer la loi de disputer aux chrétiens, non-seulement les conséquences des faits, mais même les faits. La chair

(27) Petrus Hurtadus de Mendoza, Disput.

VIII de Animà, sect. III, num, 24, pag. 570.

(28) Saurin, Examen de la Théologie de M. Jurieu, pag. 262.

BEAUMONT

et le sang, je veux direles préjugés et les passions, le conduisaient à cela ; car plus on donne de choses à prouver à son adversaire, plus on l’embarrasse et on le fatigue. D'où vient donc que cet ennemi de Jésus-Christ n’a pont nié certains faits allégués par les apô-

tres? N'est-ce point à cause qu’on pou-

vait les soutenir par des raisons beaucoup plus claires que ne l’étaient les raisons de ce qu’il niaït ? Je ne décide rien : il me sufñra de dire que la chair et le sang rendent quelquefois les armes , et se soumettent à une clarté qui ne leur plaît point.

BEAUMONT (François DE }, baron Des-Adrets, a été un des gentilshommes de France, dont le courage et les actions militaires ont fait le plus de bruit dans les guerres de religion sous le règne de Charles IX. Il était de Dauphiné, et il avait appris le métier des armes en Piémont, qui fut la meilleure et la plus fameuse école de guerre de ce siecle-là. On prétend que le désir de se venger du duc de Guise , qui lui avait été contraire dans un procès (a), le porta à se déclarer pour ceux de la religion (b). On ajoute que Catherine de Médicis lui écrivit une lettre, pour l’animer à la vengeance, et qu’elle lui permit même de se servir des huguenots, afin de ruiner le mieux qu’il lui serait possible l’autorité de ce duc dans le Dauphiné. Le duc de Guise , gouverneur de cette province , y avait mis pour son lieutenant la Mothe-Gondrin, gentilhomme de beaucoup de cœur (c), et sa créature. Des-Adrets ne jugeant pas qu'il püt commencer

(a) C'était un procès contre le vidame d'Amiens. Voyez la remarque (L).

(b) Allard, Vie du baron Des-Adrets, cité par Maimbourg , Hist. du Calvinisme.

(c) Varillas, Hist, de Charles IX.

BEAU MONT

plus heureusement ses entreprises que par se défaire de ce gentilhomme, pratiqua des intelligences à, Valence , et les ménagea de telle sorte, que la Mothe-Gondrin , accablé par la sédition qui fut excitée dans cette ville, y fut poignardé de sang-froid. Valence fut donc la premiere ville dont le baron se rendit le mai— tre, et où sa dignité fut accrue ; car de colonel des légionnaires de Lyonnais, Dauphiné, Provence et Languedoc, qu’il était auparavant (d), il fut choisi le lendemain de la sédition (e) pour administrateur des affaires, en attendant plus ample déclaralion du prince de Condé. Des lors il courut de toutes parts, et ayant su que le parti s’était

rendu maître de Lyon, il sy

transporta , et s’y empara de toute l’autorité (A), sans trop s'informer si cela était agréable.

Il défit, avec cinq cents hommes, les trois mille que Saint-Vital amenait aux environs de cette ville-là, pour y faire le dégât.

Il ravagea le Forez; il s’assura de Grenoble, où il contraignit tout le parlement d’aller au préche; il pilla et fit mettre en cendre la Grande-Chartreuse, s’empara du Pont-Saint-Esprit, entra comme la foudre dans le pays d'Avignon , et en aurait sans doute emporté la capitale, pour la traiter comme la ville d'Orange avait été traitée par les troupes du pape, s’il n’avait été averti à une lieue d'Avignon, que les catholiques s'étaient rendus maîtres de Grenoble. Il courut tout aussitôt de ce côté-là, et

(d) Bèze, Hist. ecclés., Liv. X1, pag. 221.

(e) Le 28 avril 1562.

l:, 239 répandit l’epouvante de telle sorte parmi les troupes catholiques, que Maugiron , qui les commandait , se sauva dans la Savoie , et n’osa rentrer dans le Dauphine.

Grenoble retomba bientôt sous la puissance de notre baron, qui en usa envers cette ville beau— coup plus honnêtement qu’on n'avait lieu de l’espérer. Il fut infiniment plus farouche dans d’autres lieux dont 1l s’empara de vive force (B), et où il usa de cruelles représailles (CG). La victoire qu'il remporta sur le comte de Suze à Vaureas le ren—.

dit maître d'Orange et du comté Venaissin , et fit trembler Avignon encore une fois. I] défit les troupes du pape, 1l entra dans la Provence, et y renversa tout ce qui se présentait devant lui.

Néanmoins il y eut des contretemps, ou des jalousies cachées , qui lui firent manquer le secours de Sisteron. Cette disgrâce fut

suivie de quelques autres. Le duc de Nemours, apres le mauvais succes de son siége de Lyon, gagna deux combats sur le baron Des-Adrets : il n’osa pourtant s'engager à un troisième, etil trouva plus à propos d'employer des artifices , pour faire changer de ‘parti à ce redoutable chef des protestans (D). On le prit par les promesses et par les menaces(E):

on lui fit voir qu’il avait de grands ennemis dans son parti (F), enfin on l’ébranla de telle sôrte, que sa conduite devint suspecte de plus en plus au prince de Conde et à l’Amiral. La conclusion fut qu’ils s’assurerent de sa personne (G), à Romans, le 10 de janvier 1563 (f). Il ne sortit de prison:

(f) Varillas, Histoire de Charles IX.

que par le traite de paix qui fut

conclu la même année; et depuis

il rentra dans sa première religion, et porta les armes contre l’autre , mais sans aucun succes, ni aucune gloire (H); de quoi il n’est pas le seul qui ait donné de fort mauvaises raisons (gæ). On ne reconnaissait plus ce général, dont la vigilance, la promptitude , l’'intrépidité, et la présence d'esprit avaient été admirées comme des prodiges , pendant qu'il avait servi la cause. Toutes ces grandes qualités , et les victoires qu’il remporta sur le papisme, n’empêchent pas les protestans de le regarder comme un Goliath qui déshonora les batailles rangées d'Israël par sa con-— duite barbare (F). Il! mourut sans honneur, et dans une honteuse vieillesse , également méprisé des uns et des autres (h), bien différent de ce baron Des-Adrets, Quantum mutaius ab illo! qui s'était fait craindre jusque dans Rome (5); car on y eut peur qu'il weéquipàt une flotte, pour ailer rendre visite au pape. Nous parlons de ses enfans dans l’une de nos remarques (K).

Voici un Supplément, que je tire d’un ouvrage que je n’ai lu que depuis que le premier tome de ce Dictionnaire fut achevé d'imprimer. Le baron Des-Adrets, n'ayant encore que quinze ans, fut l’un des deux cents gentilshommes dauphinois qui se trouvérent à l’armée qu'Odet de Foix ; seigneur de Lautrec, commandait en Italie l’an 1527

(g). Voyez la remarque (W).

(2) Maimb. , Calvinisme, pag. 275. Foyes la remarque (K).

{ë) Brantôme, Eloge de Monluc.

BEAUMONT

(#). Isesignala partout. Ilobtint en 1532, le guidon de la compagnie du seigneur Dupuy Saint- Martin ; lieutenant au gouver-

nement de Provence (l}. 11 eut

quelques démêlés avec George d’Urre de Venterol , à qui cette compagnie fut donnée l’an1537, et qui Yempêcha d’obtenir la

heutenance (m). Cela lui déplut

de telle manière qu'il protesta de ne plus servir , et se retira en Dauphiné auprès de son ptre.

Quelque temps apres, 1l fut trouver à Turin son oncle Boutières (n) , général de l’armée de Piémont, qui lui laissa la conduite de quelques légionnaires de cette province , qui faisaient une pariie de la garnison de la ville.

{T demeura dans cet emploi jusques à la disgrâce de Boutitres, qui arriva en 1544, et qui obligea l’oncleet Le neveu dese retrrer en Dauphiné (o). Une longue maladie empêcha notre baron plus de trois ans de porter les armes. Il eut une compagnie de cavalerie sous le maréchal de Brissac, lieutenant général pour le roi en Italie (p), et 1l fut ensuite colonel général des légionnaires de Dauphiné (g). U recut trois blessures au siége du Vulpran , en 1555. On lui donna la charge de colonel des légionnaires de Provence, Lyonnais et Auvergne, etil les mena au duc de Guise à Turin, avec ceux du

Dauphiné , lan 1557 (r). Il per- (4) Allard , Vie du baron Des-Adrets, pag.

el

(l) Là même, pag. 7.

(m) Là méme, pag. Q.

(n) Frère de la mère de Des-Adrets.

(o) Allard, Vie de Des-Adrcts, pag. 10.

(p) Là même, pag. 12.

(g) Là méme, pag. Le

{r) Là même, pag. 10.

BEAUMONT

dit son bagage et sa liberté , à la prise de Moncalve, l'an 1558 {s) ; et il accusa de la perte de cette ville Pequigni, qui en était gouverneur. Il le cita devant le roi, et perdit sa cause (L). Le ressentiment qu'il en conçut contre la maison de Guise fut ménagé par Catherine de Médicis (6) , et eut les suites qu’on a vues ci-dessus. L'auteur que je cite en donne un très-grarid détail, comme aussi des actions qui furent faites par ce baron depuis son retour au parti du roi. Il les représente plus considérables que d’autres historiens ne les font; mais 1l avoue que ce brave capitaine fut suspect d’intelligence avec le parti huguenot, qu'on le mit en prison, qu'il se justifia (M), et qu’il recut ordre de lever mille hommes d'infanterie, qu'il conduisit à Turin (u). Il y était pendant le massacre de la Saint-Barthélemi.

Il revint bientôt en Dauphiné ; et voyant le peu d'état qu’on faisait de lui, il se retira à la Frette (x), dans le Graisivodan (y ). Il refusa de siêner les formulaires de ligue, l’an 1577 (2).

11 fut saluer le duc de Mayenne à Grenoble , Pan 1581 (aa), et y fit un acte de son ancienne bravoure (N). Il accompagna la Valette, qui fut envoyé en Dauphiné contre Lesdiguieres , lan

1585 (bb). Enfin , las de tant de

(s) Là même, pag, 19.

(4) Là méme, pag. 25, 26, où M. Allard produit la lettre de cette reine.

(u) Là même, pag. 8v.

(x) C'était l’une de ses maisons.

(y) Allird, Vie de Des-Adrets, pag: 8x.

(z) Là méme, pag. 84.

(aa) Là méme, pag. 87:

(bb) Là méme , pag. 89.

Jfatigues , accablé par la vieillesse, et extrémement dégoûié du monde, il se retira encore à la Frette , où il vécut un an avec des marques visibles de son retour au giron de l'Eglise, Il mourut donc véritablement catholique, après avoir fait son testament , le 2 de février 1586, et fut enterré dans une chapelle de l’église paroissiale, qui appartenait à sa maison (cc). On ne sera pas fâché de voir les titres qu'il se donnait pendant qu’il fut à la tête des protestans de sa province (0), ni de savoir que son visage marquait la férocité de son humeur (P).

(cc) Allard, Vie de Des-Adrets, pag. 90.

(A) Il: s'empara à Lyon de touie l’autorité.T Quelque peine que M. Varillas se soit donnée pour suivre à la piste toutes les démarches de Des- Adrets , il a pris le change sur le gouvernement de Lyon. Il a toujours bâti sur ce fondement , qu'aussitôt que cette ville se fut déclarée pour les réformés , le prince de Condé y envoya M. de Soubise pour gouverneur (1) :

car quand il parle des premiers mécontentemens de Des- Adrets, il dit qu’ils vinrent de la nouvelle que Soubise était rentré dans Lyon (2). Cela suppose qu'après y avoir commandé un certain temps, il quitta ce poste, ét que Des-Adrets lui succéda, mais que Soubise y fut renvoyé à l’exclusion de son successeur. Cet historien s’est abusé : le premier qui commanda dans la ville de Lyon , depuis qu’elle se fut déclarée pour la cause, ce fut le baron Des-Adrets (3). Soubise n’y fût renvoyé que lorsqu'on jugea qu’il était plus propre à cette charge que le baron; et il n’en sortit qu’après la paix.

M. Varillas aurait lui-même reconnu cette gradation , s’il eût bien pesé ses

(x) Varillas, Histoire de Charles IX, tom. 1, pag. 183.

(2) La méme, pag. 213.

(3) Voyez d'Aubigné , tom. TI , pag. 203, et Bèze, Hist. ecclésiast. , Liv, XI, pag. 222, et AA

propres paroles: Voici ce. qu'il dit:

Des - Adrets...... s'approchant de Lyon, sous prétexte de mener un prompl secours aux calvinistes de cette grande ville qui s’en étaient heureusement saisis , Les cajola si bien, qu’il leur persuada de lui obéir, et d'écrire au prince de Condé qu’ils seraient ravis de l'avoir pour gouverneur (4). Au reste, M, Maimbourg (5) et son copiste (6) se trompent lorsqu'ils disent que Des-Adrets s’empara de Vienne et de Grenoble, avant que de s'emparer de Lyon. Il est certain que la première chose qu'il fit, après s'être rendu maître de Valence , fut de courir à Lyon, dont il sut que les protestans s'étaient saisis trois jours après la sédition de Valence (7).

M. Allard n’a point connu ce fait-là :

il met le voyage de Lyon aprés la conquête de Vienne, qui fut selon lui postérieure à la réduction de Grenoble (8).

(B) IL fut très-farouche dans divers lieux qu'il prit de vive force.] Par exemple , il traita fort cruellement la garnison de Montbrisson * , qui s'était rendue à discrétion. On eut beau lui représenter les lois de l’humanité, il voulut se divertir à voir précipiter ces misérables soldats. On les monta sur la plate-forme au-dessus de la tour : on jeta du haut en bas ceux qui n’eurent pas la résolution de se précipiter eux-mêmes; et l’on ne pardonna pas même à leur chef (9).

Ti n’y eut qu’un soldat à qui l’on sauva la vie. Hi prit deux fois la secousse d’un bout de le plate-forme à l’autre, comme s'il eût eu dessein de sauter plus loin, et cependant il s'arrêta tout court sur le bord du précipice.

Des-Adrets lui dit d’un ton aigre qu'il sufhsait d’avoir deux fois sondé le gué :

le soldat lui répondit hardiment, Qu'il le lui donnait en quatre. Cemot adoucit tellement la mauvaise humeur du baron, qu'il fit quartier au gail-

(4) Varillas, Histoire de Charles IX, tom. I, pag. 200.

(5) Histoire du Calvinisme , pag. 273.

(6) Le Supplément de Moréri.

(7) Bèze, Hist, ecclésiast. , Liv. XI, pag. 223, eiliv. XIT , pag. 255 et sui.

(8) Allard, Vie de Des-Adrets, pag. 42 et 39, cité par Maimbourz, Hist. du Calvinisme.

* Montbrison, dit Leclerc.

(a) C'était un brave nommé Moncelas.

BEAUMONT

lard qui avait osé se servir de ses quolibets dans une extrémité si pressante (To). leurs disent, que les soldats du baron, aussi barbares que leur général, recevaient avec des cris et des huées épouvantables sur la

pointe de leurs hallebardes et de leurs

piques ceux qui tombaient du haut de la tour (11). Castelnau-Mauvissière raconte ainsi la cruauté qu’il prétend que Des-Adrets exerça en un autre lieu (12). « Environ deux cents catholiques, » dit-il(13), qui avaient composé de » rendre la ville, s’étaient retirés au » château, estimant que la eapitula- » tion leur serait tenue de sortir la » vie et les bagages sauves. Néan- » moins, sans avoir égard à la foi » jurée et publique, le baron Des- » ÂAdrets les fit cruellement préci- » piter du haut du château, disant » que c'était pour venger la cruauté » faite à Orange. Aucuns de ceux » qui furent précipités et jetés par » les fenêtres, où il y a infinies toises » de haut, se voulant prendre aux » grilles , ledit baron Des - Adrets » Îeur fit couper les doigts avec une » trés-grande inhumanité. Il y eut » un desdits précipités qui, en tom- » bant du haut en bas du château » quiest assis sur un grand rocher, » se prit à une branche, et ne la » voulut jamais abandonner : quoi » voyant , lui furent tirés infinis » coups d’arquebuse et de pierre sur » la tête , sans qu’il fût possible » de le toucher. De quoi ledit baron » étant émerveillé lui sauva la vie, » et réchappa comme par miracle.

» J'ai été voir le lieu depuis avec la

-» reilne-mére du roi étant en Dau-

» phiné : celui qui fut sauvé vivait » encore là auprès.» D’Aubigné attribue la prise de Mornac * à Montbrun, lieutenant de Des-Adrets, et remarque que Montbrun essaya en vain de modérer le carnage : qu’un de ceux qu’on fit sauter demeura pendu en quelques branches, et que comme on lui eut tiré quelques arquebusades sans le blesser, Monibrun le

(so) Foyez Varillas, Charles IX, tom. I, pag. 212.

(xs) Allard, Vie de Des-Adrets, cité par Maimbourg, Hist. du Calvinisme.

(12) À Mornac, dans le comté Venaissin.

(13) Castelnau, Mémoir., Liv. IF, chap. IT.

* Mornas, dit Leelerc,

BEAUMONT. 35

sauvael en tira service (14). Il dit aussi que ceux d'Orange mirent plusieurs corps sur des bois et les firent dériver par le Rhosne en Avignon, avec de grands écriteaux sur leurs estomachs qui disaient , péagers d'Avignon , laissez passer ces bourreaux ; car ils ont payé le tribut à Mornac. Tous ces ‘faits sont empruntés de lHistoire ecclésiastique de Théodore de Béze (15), qui montre fort clairement que ns ne fut point l’auteur de ce qui se fit dans Mornac. Il faut donc que le Supplément de Moréri soit corrigé là-dessus , non moins que les

émoires de Castelnau, et le Calvinisme de Maimbourg.

(C) IL usa de cruelles représailles.

Il faut ici relever une fausseté insigne du sieur Maimbourg. Après avoir rapporté les barbaries de Des-Adrets, il ajoute ces paroles : 4 la vérité, y eut des catholiques qui , justement ir rités de tant d’horribles crimes, abusèrent injustement du droit de représail- Les, et les traitèrent à peu près de méme de leur autorité particulière ; mais peu périrentde la sorte (16). Il suppose donc que Des-Adrets commença à user de ces barbaries, et que les catholiques ne s’en servirent qu'à son exemple, et par droit de représailles. Mais c’est ou une ignorance crasse, OU une Mauvaise foi prodigieuse ; car les historiens les moins suspects de partialité pour ceux de la religion avonent ingenument que les cruautés exercées à Orange précédèrent celles de Des- Adrets. Qu'on lise le Charles IX de Varillas (17), on y verra, qu'avant les sauts de Mornac et de Montbrisson, les catholiques avaient exercé dans Orange les cruautés les plus énormes , et nommément celle de précipiter les gens du haut en bas des rochers, ou sur des piques et des hallebardes. Voyez l’article de (Fabrice) SERBELLON, Où je rapporte ces étranges barbaries. Castelnau , que j’ai déjà cité, se sert de cette mémorable réflexion : À la vérité, il semblait que, par un jugement de Dieu , les cruautés Jussent réciproques tant d'un côté que

(14) D'Aubigné, Hist. universelle , tom. I, pag. 207.

(15) Liv. XIT, pag. 271.

(16) Maimbourg, Hist. du Calvin., Liv, IF, pag. 275, édition de Hollande.

(17) Tom. I, pag. 203, 204.

d'autre ; et Orange fut estimée le fordement de celles qui se faisaient a Dauphiné de sang-foid par les huguenots. N'oublions pas la réponse que fit le baron à ses officiers , lorsqu’ils lui représentèrent l’injustice qu’il allait commettre, et les maux qu’elle pourrait attirer sur leur parti.

« Il repartit avec un visage dont la » laideur naturelle était beaucoup » augmentée par la fureur, et qui » par conséquent tenait plus de la » furie que de l’homme , que le châ- » timent dont il allait user.était ‘né-

‘» cessaire pour arrêter la cruauté des

» catholiques ; et que, pour les ré- » duire aux lois de la bonne guerre » qu’ils avaient les premiers violées à » la prise d'Orange, il leur fallait au- » paravant montrer que les calvinis- » tes savaient faire la mauvaise guerre » aussi-bien qu'eux (18).» M. Varillas, qui traite ces deux excuses de ridicules , n’avait garde de le réfuter sur ces paroles , qu’ils avaient les premiers violées à la prise d'Orange, puisqu'il avait déjà observé comme de son chef, que le baron apprit Les cruaulés exercées dans Orange, avec les transports intérieurs de joie dont est capable une dme sanguinaire, lorsqu'un accident imprévu la met en état de commettre toutes sortes d’excès, sans qu’on lui puisse reprocher d'avoir commencé (19). Je renvoie mon lecteur aux réponses que fit Des-Adrets à d’Aubigné, qui lui demanda un jour trois choses : 1°. pourquoi il avoit usé de cruautés mal convenables à sa grande valeur ; 2°. pourquoi il avoit quitié un party , auquel il estoit tant créancé ; 3°, et puis pourquoi rien ne lui avoit succedé dès le party quitté , quoiqu'il se fust employé contre (20) ?

Il répondit au premier point : « Que » nul ne fait cruauté en la rendant ; » que les premières s'appellent cruau- » tés, les secondes justices. Là-dessus, » ayant fait un discours horrible de » plus de quatre mille meurtres de » rod et d’inventions de sup- » plices inouis , et surtout des sau- » teries de Mâcon, où le gouver- » neur despendoit en festins pour

(18) Varillas, Histoire de Charles IX, tom. Z, pag. '2rr.

(20) D'Aubigné, tom. Z , liv. III, chap. IX, pag. 216, édition de 1626.

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mt

pour apprendre jusqu'aux enfans et » aux filles à voir mourir les hugue- » nots sans pitié, il dit qu’il leur » avoit rendu quelque pareille en » beaucoup moindre quantité, ayant » égard au passé et à l’avenir : au » passé, ne pouvant endurer sans » une grande poltronnerie le deschi- » rement de ses fidèles compagnons ; » mais pour l’advenir, il y à deux »‘raisons que nul capitaine ne peut » refuser : l’une , que le seul moyen » de faire cesser les barbaries des » ennemis est de leur rendre les re- » vanches (21); sur quoi il conta de

SR

» trois cents cavaliers renvoyés il y

» avoit quelque temps en Parmée » des ennemis sur des chariots , ayant » chacun un piedet un poing coupés, » pour faire, comme cela fit, changer » une guerre sans merci en courtoi- » sie.» Tout le reste de ses réponses est plein de bon sens et de sel: jy renvoie mon lecteur, comme je lai déjà dit, me contentant d’observer ici, 1°. que lon trouvera ces sauteries de Müäcon dans Particle de cette ville ; 2°. que notre baron se justifia bien plus mollement auprès du duc de Nemours, qu’auprès du sieur d’Aubigné. Voyez la remarque suivante.

(D) Le duc de Nemours... employa des artifices pour faire changer de parti à ce redoutable chef des protestans. | Si nous en croyons M. Varillas, le duc de Nemours prévint Des-Adrets, en lui écrivant une lettre, pour le prier de traiter en prisonniers de guerre deux soldats italiens iombés entre ses mains (22). Mais, seion Théodore de Bèze , ee fut le baron qui écrivit le premier au duc, pour Jui demander la liberté de deux soldats italiens (23). Il n’y a point de doute que M. Varillas ne se soit trompé ; car la lettre de Des-Adrets, produite selon toute sa teneur dans Théodore de Bèze, débute par la demande de la liberté de ces deux soldats italiens. M. Varillas est tom-

(21) L'amiral de Coligni s'était servi de ceite voie, pour corriger les Anglais. Voyez l'application qui a été faite de cela dans les Nouvelles Lettres contre le Calvinisme de Maimbourg, tom. TI, pag. 188, 196.

(22) Varillas, Charles IX , 10m. TL, pag. 272.

(23) Bèze, Hist. ecclésiast., tom. LIT , pag,

BEAUMONT

» donner ses esbattemens au fruit,

bé dans une autre faute : il ne donrie pas-fidèlement le précis de cette lettre. Il prétend que ‘le baron imputa les sanglantes exécutions de Vaureas , de Boulenne , et de Pierrelate, à la nécessité d’obliger les catholiques à faire bonne guerre aux calvinistes qu'ils envoyaient au gibet aussitôt qu’ils les prenaient, et qu’il ajouta , qu'après avoir obtenu ce point sl nécessaire à son parti, qu'auparavant il avait peine à trouver des soldats, il s'était exactement contenu dans les lois de l’art militaire qu’il avait apprises en Piémont. Il n’ysa rien de semblable dans la lettre de Des-Adrets, si ce n’est qu'il avoue qu’à Pierrelate ét à Boulenne, deux villes qu’il prit d'assaut , i/ ne put à son grand regret retenir les mains des soldats qu’ils ne prissent leur revanche, sur quatre ou cinq cents hommes qu’ils y trouvèrent. Son apologie ne consiste point à alléguer quelque juste et nécessaire motif de ses cruautés , ni à dire qu'’étant parvenu au but auquel il les avait destinées, il les avait interrompues : il ne fait que nier; et cela, comme le remarque Bèze , en un style fort doux et mou.

our le moins, M. Varillas à dit sans mensonge ,. que le duc de Nemours, ayant compris par cette lettre que Des-Adrets était mécontent, lui fit proposer une conférence qui fut acceptée.

(E) On le prit par des promesses et par des menaces.] On lui écrivit fort honnêtement (24) ; et après lui avoir représenté que le chemin qu’il tenait le conduirait infailliblement à une confiscation de corps et de biens, on le tenta par la promesse du collier de l’ordre , et par celle d’une compagnie de cinquante hommes d'armes, avec une somme de cent mille francs : et s’il aimait mieux demeurer hors du ‘royaume, on s’engagea à lui envoyer la somme decent mille écus. Le duc de Nemours employa toutes sortes de promesses et de flatteries lorsqu'il s’aboucha avec Des-Adrets.

(F)...... on lui fit voir qu'il avait de grands ennemis dans son parti.] Le maréchal de PBrissac lui com-

(24) Ce fut le rar de Brissac, qui lui écrivit. Théodore de! Bèze rapporte sa lettre, Histoire ecclésias, , torn. IT , pag. 201.

1) Lis

BEAUMONT. 235

muniqua une lettre de l’amiral, qu'il avait reçue de la manière que je vais dire. Soubise avait fait savoir à l'amiral ses mauvais soupcons touchant la conduite de Des-Adrets : le soldat qui avait été porteur de sa letire fut chargé de la réponse; mais au lieu de la porter à Soubise, il la porta au maréchal de Micsac (25). Or voici ce qu’elle contenait sur le chapitre de ce baron : Quant à ce que me mandez du baron Des- Adrets, chacun le cognoist pour tel qu'il est ; mais , puisqu'il a si bien servi jusques ici en cette cause, ilest force d’endurer un peu de ses insolences : car til Y auroit danger en lieu d’insolent de le faire devenir insensé : par quot, je suis d'avis que vous mettiez peine de l’entretenir , et d’en endurer le plus que faire se pourra.

On s’assura de sa personne.] Il est bon d'entendre les Mémoires de Castelnau. « Le duc de Vemours, con- » noissant Des-Adrets pour capitai- » ne, et qui avoit beaucoup de crédit » et de réputation, pensa que c’étoit » le plus seur et expédient pour le » service du roi de le gagner, que de » le combattre par force : ce qu’il fit » si dextrement avec belles promesses » et douces paroles, comme c’étoit » un prince fort persuasif , et qui » a toujours su attirer les hommes » par son gentil naturel, que depuis » les huguenots n’ont eu en ce pays- » |à un plus grand ennemi que ce » baron, qui commenca dés lors à » pratiquer contre les Haguenots ; » lesquels, comme fort vigilans en » leurs aflaires, en furent avertis, » aussi ont-ils toujours eu des éspions » partout. Qui fut cause que Mou- » vans , étant le baron Des-Adrets » allé en la ville de Valence, le prit » prisonnier par l'avis du cardinal » de Chastillon, et du sieur de Cursol » depuis fait duc d’Usez, l’envoya à » Nîmes, où il fut en bien grand » danger, et à peine en fust-il échap- » pé, sinon par le moyen de la paix » en vertu de laquelle il fut élar- » gi(26).» Voyez le XII. livre de l'Histoire ecclésiastique de Théodore de Bèze, où il est amplement parlé

(25) Bèze, Histoire ecclésiast., tom. IIT, PAag. 201.

x) Castelnau, Mémoires, lv. IF, chap.

bs ?

de la détention de Des-Adrets. Après plusieurs interrogatoires et réponses...

La paix estant survenue , il fut relasché et renvoyé en sa maison sans absolution ni condamnation. C’est Bèze qui parle (27). /

(H) ZZ servit dans le parti catholique, sans aucun succès, ni aucune gloire.| Voici ce qu’on trouve dans le même historien. Æstant tumbé si bas, il (28) passa encores plus avant depuis, ayant porté les armes contre ceux de la religion, tant au païs de Dauphiné, qu'en France, estant colonnel d'un régiment de gens de pied ; en quoi toutes fois il ne gagna autre chose que dommage et honte, avec telle perte de sa réputation , qu'il n'a onques depuis été employé, demeurant en sa maison spectateur des misères d'autrui (29). D’Aubigné racontequ’'on le défit, quand l’armée du duc de Deux-Ponts entra en France , l'an 1569 (30). Il dit ailleurs (31), qu’a Eyon , au retour du roi de Pologne, un huissier refusa la porte à Des- Adrets; et ce fut en cette occasion qu’ii lui demanda les trois choses dont j'ai parlé ci-dessus (32) : il voulut, dis-je, savoir pourquoi ce baron avait si mal réussi dans les armées catholiques :

Mon enfant, ui répondit-il avec un soupir , rien n'est trop chaut pour un capitaine qui n’a pas plus d’intérét à La victoire que son soldat: avec les huguenots , j avais des soldats ; depuis Je nai eu que des marchands , qui ne pensent qu'a l'argent: les autres étaient serrés de crainte sans peur , soudoyés de vengeance, de passion et d’honneur. Je ne pouvais fournir de rénes pour les premiers , ces derniers ont usé mes eperons (33). Franchement ces raisons-là sont bien faibles ; et il suffirait , pour les réfuter invinciblement , de renvoyer les lecteurs à ce grand nombre de combats généraux et particuliers , où les troupes protestantés ont été battues. Quoi donc ,

(27) Bèze, Hist. ecclésiast., Liv, XIT, pag, 306, 307.

(28) C'est-à-dire , le baron Des-Adrets,

(29) Là même, liv. XIT, pag. 307.

(30) D'Aubigné, tom. T, pag. 4o3.

(31) La même , pag. 215.

(32) Dans la remarque (C), citation (50). Remarquez que tout ceci, depuis Estant, se trouvait dans la remarque (K) de la première cdi: tion.

(33) D'Aubigné , tom. I, pag. 217.

les soldats papistes n'étaient - ils pas

soudoyés de vengeance et de passion ?

Navaient-ils pas les oreilles perpétuellement battues des exhortations de leurs prêtres qui leur recommandaient la VPEARCA des églises pillées et profanées ? Y a -t- il rien au monde qui inspire plus de fureur que .ces discours -là ? Que dirons - nous des arrêts qui permettaient à toutes sortes de personnes , et qui ordonnaient méme à toutes les communes , de courir sus au son du tocsin aux huguenots , de les poursuivre vivement partout , et de les tuer sans miséricorde comme autant de bêtes féroces , de chiens et de loups enragés , qui désolaient tout le royaume ; de sorte que l’on ne voyait'en toutes Les provinces par les crimes des uns et par la vengeance des autres , que ruines , que cendres , que sang ét que carnage, et mille affreuses images de la mort (34)?

Les soldats catholiques pouvaient-ils être parmi tout cela exempts de passion et de vengeance ? Fallait-il user plus d’éperons à leur égard , que de rênes pour les huguenots ? Beaux contes que tout cela : les Monlucs et les Tavanes , et plusieurs autres chefs du même parti, font voir que le baron Des-Adrets ne s’en devait prendre qu’à lui-même. Dans le fond , il faisait plus de tort qu’il ne croyait aux protestans , et l’on a bien su se prévaloir de la disposition qu'il leur avait attribuée , d’avoir été soudoyés de passion et de vengeance (35). Mais voici une raison encore plus fausse que celle qu’il donna à d’Aubigné. « Jamais homme ne s’ac- » quit tant de réputation en si peu de » temps, et jamais grand capitaine » n’en déchut plus tôt ; car le duc de » Nemours , qu'on envoya contre lui, ».et qui ne le pouvait défaire à force » ouverte , ne leut pas sitôt prati- » qué, qu’on ne parla plus de lui » que comme du plus faible et du » plus malheureux officier du parti » royal et catholique. Ce n’est pas » qu'il ne fût toujours le même en » valeur et en expérience , mais » c’est qu'il y a beaucoup de dif- » férence entre la manière de faire la » guerre pour ou contre son roi : c’est

(34) Maimbourg , Calvinisme, pag. 276.

(35) Foyez M. de Meaux, Hist, des Variations, lv. À, num. 39,

BEAUMON

» que tout est permis dans la révolte, » et qu’un chef s’y fait connaître tel » qu'il est ; au lieu que dans le ser- » vice de son prince , il doit paraître » tel qu’il doit être, et qu’il est plus » sujet à la discipline militaire. En » effet, le baron Des-Adrets était aussi » furieux que vaillant : il se signala » plus par la ferreur de ses armes que » par la réputation de sa conduite ; » et il ne fit plus de bruit que les au- » tres de sa qualité, que parce qu’il » fut plus cruel et plus redoutable.

» on ne lui aurait pas souffert dans » l’armée du roi les mêmes emporte- » mens ;,et.le droit de représailles » était si ponctuellement observé , » qu'on fut obligé de part et d’autre » de garder la foi et de faire bonne » guerre (36). » Quelque intérêt que j'aie à trouver des fautes dans les auteurs , puisque ce sont autant de matériaux de mon ouvrage , j’ai un véritable chagrin qu’un homme aussi éclairé que M. le Laboureur aït été capable de publier un si mauvais raisonnement. Demandez -lui pourquoi Pes-Adrets a été un grand capitaine pendant son protestantisme , et un très-misérable officier pendant son catholicisme , il vous répondra : C’est parce que dans la révolte on fait tout ce que l'on peut , et dans une guerre légitime tout ce que l’on doit. Jamais maxime ne fut plus fausse , ni plus mal appliquée que celle-là ; puisqu'il est certain que dans une guerre civile le parti du roi agit avec plus de hauteur. et avec plus de confiance que l’autre : car le parti rebelle se voyant assez odieux , et assez chargé d'envie, n’a garde de commencer les infractions de la discipline mihtaire , les violemens d’une capitulation, les massacres de sang-froid contre la parole dounée , etc. C’est le parti du prince qui se donne en cela plus de licence , prétendant n’avoir à faire qu’à des gens convaincus de félonie , et condamnés actuellement au dernier supplice ; il n’entre presque jamais dans la bonne guerre , que lorsque Pautre parti s’est lassé de ne point user de représailles. C’est du moins ainsi que la chose se passa dans les guerres de religion sous Charles IX ; et par consé-

(36) Le Laboureur, Addit. à Castelnau , tom.

T, pag. 23.

BEAUMONT

quent , la maxime a été très - mal appliquée. Outre cela, j'admire que M.

le Laboureur n’ait pas pris garde au passage de Brantôme , qu’il a cité peu après. Ce passage est un parallèle entre notre baron et Monluc ; où , quoique Brantôme fasse celui-ci un peu moins cruel que l’autre , il ne laisse pas de dire qu’on les comparait en tout : Tous deux , dit-il , très-braves et vaillans , tous deux fort bizarres , tous deux fort cruels , tous deux compagnons de Piémont , et ious deux fort bons capitaines. Selon la maxime de M. le Laboureur , Des-Adrets n’aurait jamais acquis la réputation de grand capitaine , s’il avait toujours servi son prince : pourquoi donc Monluc Va-t-il acquise cette réputation-là ; ou pourquoi l’a-t-1l conservée et parfaitement bien soutenue , lors même que, selon M. le Laboureur, la bonne guerreet le droit de représailles étaient ponctuellement observés ? Pourquoi alors Des-Adrets perdit-il toute sa gloire , puisque celle de Monluc ne s’affaiblit point ?

(1) Les protestans désapprouvèrent.

sa conduite barbare. ] Outre ce qui a ‘été déjà dit sur ce sujet (37), je remarquerai ici qu'on disait qu'il apprenait a ses enfans à étre cruels, et à se baigner dans le sang. L’aîné , qui depuis jut catholique , ne s’épargna pas à la Saint - Barthélemi (38). Il mourut au siége de la Rochelle , en contrition du grand sang qu’il avait répandu. Les protestans se soucieront fort peu que cet oui-dire de Brantôme soit vrai ou faux ; car ils ont été les premiers à condamner l’humeur cruelle de ce baron (39). Mais tout le monde a intérêt àne pas souffrir la licence de celui qui a donné le Suppiément de Moréri :

Des-Adrets , ditl , après un grand carnage , obligea ses deux fils à se baigner dans le sang des catholiques.

Le père Maimbourg lui avait fourni cette glose (40). Disons-leur donc à tous deux , qu’ils ne devaient pas s’émanciper à ces sortes de paraphrases.

Leur témoin sur un oui-dire ne s'était servi que du mot de sang. De quel droit ont-ils prétendu qu'il avait parlé

(37) Dans la remarque (B).

(38) Brantôme, Eloge de Monluc.

(39) Voyez Bèze, Hist. ecclésiast., lv. XT, pag. 22x.

(40) Hist, du Culvinisme, pag. 274.

du sang humain ? Est-ce que les bouchers ne contractent pas une habitude de cruauté par l’effusion du sang des bêtes ? Un homme qui cite se doit faire une religion de s’en tenir aux termes de son témoin , et de ne pas commettre le sophisme, & dicto simpliciter ad dictum secundüum quid, Qu'il conjecture , s'il veut; mais il ne doit pas narrer ses conjectures comme une histoire.

(K) Vous parlerons de ses enfans dans nos remarques. | Brantôme , que nous venons d'entendre touchant l'aîné , dit qu'il y en eut un plus jeune qui fut page du roi ; mais Théodore de Bèze nous en dira plus de circonétances. Le plus grand mal fut , dit-il, en parlant de ce baron (41), que depuis ce temps-là , allant de mat en pis , il quitta la religion , menant mesme ses enfans à la messe ; le plus grand desquels ayant esté, durant les troubles, nourri en Allemagne chez le seigneur élecieur palatin, se rendit tost après l’un des plus vicieux jeunes hommes qui fust en France , comme aussi Dieu ne l’a pas laissé longuement vivre. Les deux autres estoient jumeaux et avoient esté nez a Genève durant les troubles , de l’un desquels maistre Jean Calvin avoit esté parrain.

M. Allard conte que celui qui avait été page du roi, et dont il rapporte une action tout-à-fait hardie , fut enveloppé dans le massacre de la Saint- Barthélemi ( 42). Davila, div. F des Guerres civiles de France, dit que les deux fils s’appelaient les colonels Montaumor et Rouvray , et que l'un d'eux fut tué au massacre de la Saint- Barthélemy. L'autre mourut de maladie (43). Voyons l’action de ce page.

» Un jour, le roi lui ordonna d’aller » appeler son chancelier : ce page le » trouva à table, et, lorsqu'il lui eut » dit que le roi le demandait, le chan- » celier lui ayant répondu qu'après » avoir dîné il irait recevoir ses or- » dres: Comment , dit le page, i/ faut » retarder d’un moment lorsque Le roi » commande ? Vie, qu'on marche » sans excuse, Et là-dessus il prit l’un » des bouts de la nappe , et jeta tout » ce qui était dessus par terre. Ce

(41) Bèze, Hist. ecclésiast,, Liv. XIT, pag.

307. j ‘ (42) Allard, Vie de François de Beaument, barou Des-Adrets, paz. 81.

(43) La même, pag, go, Q1.

» conte fut fait au roi par le chance- » lier même, et sa majesté, en riant, » ne répondit autre chose , sinon que » le filsserait aussi violent et émporté » que le pére (44). » |

Notez que cet écrivain n’a pas bien compris ces paroles de Davila : {Vel medezimo pallazzo (45) furono amazzati Telignigenero dell Ammiraglio, Guerchi suo luogotenente ,.… 1 colonelli Montaumar à Rourai, il figliuolo del barone de $. Adrets , e tutti quelli della sua corte (46). 1 ne prétend point parler de deux colonels, qui fussent fils de notre baron ; et l’on ne sait même si par son barone de .

Adreis , il a entendu le nôtre. En ce cas-là , je m'imagine qu'il se trompe.

Qu’on ne m'objecte point ces paroles de d'Aubigné : Le marquis de Resnel, frère du prince Porcian, fut tué par Bussi d'Amboise et le fils du baron Des- Adrets , pour un procès qu'il avait avec son cousin-germain (47); car cela veut dire que Bussi d’Amboise et le fils de ce baron tuërent Resnel.

M. le Laboureur disait en 1658, que la maison de Beaumont était éteinte (48). J'ai su de M. d’'Hosier, par le moyen d'un ami , que Susanne de Beaumont , fille et héritière de notre baron Des-Adrets , fut mariée à César de Vaucerre , seigneur de Teis et de St.-Dizier , dans le Dauphiné. Leur postérité subsiste encore. Mademoiselle Des - Adrets , qui est morte fille d'honneur de madame la duchesse d'Orléans , après l’an 1660 , et qui avait été de la religion , était des descendans de cette Susanne. Elle avait pour frères le marquis Des-Adrets, qui estcapitaine de vaisseau , et le chevalier Des-Adrets, qui était aide-decamp du maréchal duc de Noailles , lorsqu'il fut tué au siége de Roses , au mois de juin 1695. Il avait été capitaine de’ vaisseau ; mais on l'avait cassé parce qu'il n'avait pas voulu assister aux lecons que M. Renaud, ingénieur de marine, donnait à Brest par ordre du roi.

(44) AMard, Vie de François de Beaumont, baron Des-Adrets, pag. 82.

(45) C’est-a-dire , à l'hôtel de l'amiral.

(46) Davila, Lib. F,pag. 272, edit. di Veneüa, nel’ an. 1650.

CEE: tom. IT, iv. Æ, chap. IF, ag. 546.

(48) Le Lahoureur , Additions à Castelnau, tom. Î ; pag: 23.

BEAUMONT

. Mettons ici l'addition que je publiai à la fin du premier volume de ce dictionnaire. Elle contient ces paroles :

Je viens de recevoir (49) la Wie de notre baron Des-Adrets, composée par M. Allard , et voici de quelle façon on y relève la méprise de M. le Laboureur. « La famille de Beaumont n’est » pas éteinte, comme M. le Labou- » reur a cru , en parlant du baron » Des-Adrets , dans ses Additions aux » Mémoires de Castelnau. Elle sub- » siste encore par les branches de » Pompignan en Languedoc , de Bres- » seten Auvergne, d’Autichamp et de » St.-Quentin en Dauphiné. Ilest vrai » que celle du baron Des-Adrets se » termina par deux filles , l’aînée des- » quelles , nommée Susanne , fut ma- » riée deux fois : la première, avec » le seigneur de Tarvanas en Pié- » mont ; et la seconde, avec César de » la Vaucerre, à qai elle porta la terre » Des-Adrets. L'autre eut nom Esther, » épouse d'Antoine de Sassenage , sei- » gneur d'Iseron (50). »

(L) IT cita Pequigni devant le roi, et perdit sa cause.T] Je men vais copier le narré de M. Allard.« Comme le ba- » ron accusa Pequigny de la perte de » Ja ville , et de celle de sa liberté et » de son bagage , il prétendit qu'il » l'en devait dégrever. Il le cita pour » ce sujet devant le roi Francois » IE, qui avait succédé à Henri II, » où 1l soutint admirablement bien » sa cause , et dit que Pequigny » avait laïssé entrer l'ennemi sans » combattre, qu’il pouvait défendre » la brèche avec facilité, parce qu’elle » était petite, eË que ceux qui avaient » résolu d'y passer étaient en petit » nombre; que s’il le niait, il le lui » ferait avouer par un duel. Ce diffé- » rent parut Singulier à la cour , et » ces deux ennemis trouvèrent des » partisans parmi les grands , qui » empéchérent quelque temps qu'il » ne fût décidé. Il le fut néanmoins » en faveur de Pequigny , par le cré- » dit de la maison de Guise , qui com- » mencait d'en avoir un bien grand » en France : et il leur fut défendu de » rien attenter lun contre l’autre , à » peine d’être punis comme crimi- » nels de lèse:majesté, dont le baron

CR

(49) Au mois de septembre 1606, par le.

soins de l'obligeant M. Pinsson «les Riolles. (50) Allard, Vie de Des-Adrels, pag. 1 et %,

BEAUMONT

» fut tellement outré de colère , qu’il » jura de s’en venger contre les Gui- » sars ; et ce fut la cause qu’il em- » brassa ensuite le parti des Pro- » testans ; c’est le témoignage de M.

» de Thou ; et c'est la vérité (5r).»

(M) IL fut suspect d'intelligence avec le parti huguenot , on le mit en prison et il se qustifia. ] À son retour en Dauphiné, aprés la bataille de Moncontour , il fut obligé de se retirer dans sa maison , parce que Gordes , gouverneur de la province , avait conçu beaucoup de haine contre lui (52).« On tient qu’il le soupconnait » dene s'être pas entièrement défait » de ses inclinations huguenotes , et » même d’avoir favorisé l'armement » qui s'était fait auprès de Genève par .» le comte Ludovic de Nassau, et d’é- » tre d'intelligence avec lui... Quoi » qu’il en fût, il est certain que Gor- Ai fit peu d'état de lui , dont le » baron murmura hautement , et fit » des plaintes qui furent un peu har- » dies , et même téméraires : telle- » ment que le roi l'ayant su, Gor- » des eut ordre de le faire arrêter ; ce » qu'il fit. I fat condait à Grenoble , » et de là à Lyon dans Pierrecise. D’a- » bord on le crut perdu , et cela d’au- » tant mieux qu’on intercepta des let- » tres des princes et de l’amiral en sa » faveur , et que les principaux chefs » des protestans parlèrent pour lui » faire rendre la liberté (53).» Il l’obtint par la paix qui fut conclue au mois de janvier 1571 (54). 11 fut se présenter au roi estant en son conseil.

« Là, il déclara qu'étant innocent, » il suppliait sa majesté-de lui per- » mettre de renoncer au bénéfice » des édits de pacification faits en fa- » veur de ceux qui avaient agi con- » tre ses intérêts, sous prétexte de re- » ligion ou de politique ; qu'il navait » jamais rien fait qui pût lui être » imputé à blâme ; que si quelqu'un » était assez hardi pour lui soute- » nir qu'il fût criminel en quelque » manière , il était prêt de l'en faire » dédire les armes à la main , si sa » majesté voulait avoir la bonté de le » souflrir. Le roi lui répondit qu'il

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