‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 4)Chapitre 5 sur 109 · BATUS · texte numérisé non relu

BATUS

role qui s’est conservée dans Louvain par tradition : Michaële Baïo nihil doctius , nihil humilius. C’est ux grand miracle, qu'une soumission et une patience telle qu'on la vit en lui dans la conduite que l’on tint à son égard au sujet de la bulle. C'est un grand miracle, qu'un saint prétre dont les études et les occupations infinies ne dessèchent point la piété, et que l’on voit fondre en larmes à l'autel , vivement pénétré de la sainteté de nos mystères. Enfin, c'est un grand miracle, qu'une grande charité pour les pauvres, qui va jusqu'à ne vouloir point avoir d’autres héritiers qu'eux , el élouffer, pour cela , tous les sentimens du népotisme, quelque légitimes qu’ils eussent pu étre en lui. C'est ce qui rendra toujours Baïus aimable à la postérité; au lieu qu’une réputation qui n’est soutenue que par un bruit artificiel de miracles et de merveilles fondés sur rien, se flétrit aw bout de quelque temps, et s'évanouit en fumée.

Le cardinal Pallavicin rapporte que Commendon, rendant compte au cardinal de Mantoue de l’état où il trou vait l’université de Louvain l’an 1561, lui marque que Michel Baïus et Jean Hesselius avaient enseigné quelques nouveautés sur le franc arbitre , et que c’étaient deux personnages recommandables par leur science et par leur bonne vie (22); que Ruard Tapper avait pris ombrage de leur union, et jugé qu’ils estimaient trop leur science, quoiqu'ils fussent d’ailleurs modestes et vertueux. « Mais, ajou- » tait-il, chacun met sa vanité dans » le métier qu’il exerce, et supporte » facilement les autres choses. » Compertum sibi esse Ruardum in iheologicis disciplinis præclarum, dum is in illd Academid docens, in his duobus adhuc œtate juvenili observaret in- Jaustam conjunctionem ingenii et audaciæ , solitum esse dicere se nonnisi schisma ab illis expectare, et Theologicam lauream dix ipsis distulisse :

eos profecto videri scientiæ suæ nimis amantes , quamvis alioqui probos et modestos : et hæc ille verba sapienter usurpavit, digna quæ à nobis repetantur, sed cujusque superbia in eà

(22) Erant ambo et scienti& et exemplo vitæ conspicui. Pallavic., Hist. Concil. tid., lib.

AV , cap, VIT, num 7:

bee PE.

BAIUS.

arte quam profitetur sita est, cætera facile suflert (23). l (1) Jacques Baïus. . . . . publia quelques traités. | Un Panégyrique sur l'arrivée de l’archiduc Albert et de l'infanie d'Espagne ; un Catéchisme, siwe {nstitutionum christianæ Religionis libri1F ; et de venerabili Eucharistiæ Sacramento et Sacrificio Misseæ libri IIL (24).

(K) ZZ destina tous ses biens aux usages d’un collége. | Swert assure, 1°. que Jacques Baïus laissa l’admi-

nistration de ses biens à Gilles Baïus, -son neveu , docteur et professeur en

théologie , et qu’il le chargea de les employer totalement à la constructiou d'un collége pour des jeunes gens de son pays ; 2°. que Gilles Baïus, exécutant la volonté de son oncle, fit bâtir un très-beau collége, qui s’appelle, à juste titre, Baranum ; 39, qu'il n’y avait que peu d'années que ce collége était bâti : il marque en quel endroit. Obsecutus patrint desiderio, augustissimum ( Collegium ) ab hine paucis annis extruxit é regione Pædagogii Falconis, et Baïanum meritù indigetatur (25). Mais Aubert le Mire, qui ne pouvait pas ignorer ce que Swertius avait écrit là-dessus, se contente d'assurer qu’il a lu que Jacques Baïus avait songé à la Fe ne d’un collége où l’on entretiendrait des étudians en théologie. De altero collegio sacrarum lütterarum studiosis adolescentibus pariter alendis piè prudenterque cogitdsse scriptum invenimus (26).

C’est ainsi qu’on parle, quand on ne peut louer un homme, que des bonnes intentions qu’un auteur que l’on a lu Jui attribue; car lorsqu'on sait qu’elles ont été effectuées , on le marque expressément. Il faut donc qu’Aubert le Mire n’ait point su la construction du Collesium Baianum. Or, cette ignorance d’un fait si notoire est quelque chose de prodigieux dans un homme comme celui-là , qui savait si bien son Pays-Bas espagnol.

(L) La nouvelle édition des œuvres de Baïus …. à paru depuis La première édition de ce Dictionnaire.] En voici

(23) Idem, ibid., num. o.

(24) Ex Valer. Andr., Bibl. belg., pag. 4os.

(25) Swert., Ath, belg., pag. 355. Ce livre fut imprimé l'an 1628.

Va Mir. de Seriptoribus Sæculi XVI, pag-

le titre : Michaelis Bai, celeberrimi in Lovaniensiac ademié T'eologi, Opera, cum bullis pontificum , et aliis ipsius causam spectantibus , jam primm ad romanam ecclesiam ab conpitiis proteslantium , simul ac Ar:

minianorum , cæterorumque hujusce temporis pelagianorum imposturis vindicandam collecta, expurgata , et plurimis quæ hactenüs delituerant opusculis auctu : studio A. P. theologi.

Coloniæ Agrippinæ ; sumptibus Balthasaris ab Egmond et sociorum , M. DC. XCFI. C’est un assez gros in-quarlo , divisé en deux parties, dont la première contient , avec les écrits de Baius qui avaient déjà été imprimés, six ou sept pièces de cet auteur qui n’avaient jamais été imprimées. La seconde est presque toute composée d’écrits qui paraissent pour la première fois , et qui concernent la censure de quelques propositions de Baïus. L’un de ces écrits est un narré chronologique des procédures qui furent faites dans cette cause, et a été composé par celui qui a eu soin de cette édition. On apprend par ce narré, entre autres choses, que deux raisons engagcrent Michel Baïus à former sur l’Ecriture et sur les pères , et principalement sur saint Augustin, sa méthode d’enseigner la théologie (27).

La première fut que les protestans du Pays-Bas se vantaient d’avoir pour eux l'Écriture et les anciens pères. La seconde que plusieurs écrivains catholiques (28) , abandonvant les hypothèses de saint Augustin, s’approchaient extrémement de celles des pélagiens. Ruard Tapper, et Tiletan, professeurs en théologie à Louvain, désapprouvèrent cette nouvelle méthode de Baïus, dès qu'ils en eurent connaissance, aprés être revenus du concile, l’an 1552; et l’on assure que Ruard Tapper s’écria un jour: Quel diable a fait entrer cette doctrine dans notre école, pendant notre absence? Cefut lecommencement d’une furieuse tempête contre Michel Baïus :

les cordeliers principalement se déchaînèrent contre lui. Le gardien de Nivelle , et celui d’'Heth envoyérent dix-huit articles à la faculté de théologie de Paris l’an 1560 , et la prièrent (27) Oper. Mich. Bai ; part. II, pag. 102.

(28) Comme Barthelemi Camerarius, Albert

Pighius, François Horantius, sordelier espagnol, Ruard Tapper.

d’en porter son jugement. Elle les condamua tous : les uns, au nombre de trois, comme faux et contraires à l'Ecriture, et les autres, comme hérétiques. Baïus fit des remarques sur cette censure, et voulut les communiquer à quelque docteur de Paris ; mais il abandonna ce dessein lorsqu'il vit qu'il lui était impossible de recouvrer un exemplaire de ce décret de la Sorbonne (29). Il les communiqua au provincial des cordeliers. Il montre manifestement que l’on censura comme hérétique ce qui est visiblement contenu dans saint Augustin.

L'année suivante , on présenta au cardinal de Granvelle une liste de propositions extraites des écrits de Baïus, à ce que l’on prétendait; et néanmoins , quelques-unes de ces propositions étaient opposées à ses sentimens; et il n'avait jamais disputé, ni pour, ni contre , touchant quelques autres ; - et elles avaient été dressées presque toutes avec tant d'artifice, que le tour seul des expressions pouvait les rendre suspectes , ou de fausseté, ou d’hérésie (30). Le cardinal les communiqua à Michel Baïus, qui y fit une réponse qu’on n’a point trouvée. Le méme cardinal recut ordre d'imposer silence aux parties ; et par ce moyen, la querelle s’apaisa : mais elle fut renouvelée Pan 1564 ; car Tiletan tâcha d’obtenir que les universités d’Espagne censurassent les écrits de Baïus {31), et il en envoya des extraits à Pie IV, afin de les faire condamner.

On ajouta d’autres extraits à ceux-là, et ils furent envoyés à Pie IV, qui fit une bulle le 1°. d'octobre 1565 , où il condamna LXXVI propositions. Cette bulle ne fut ni publiée , ni aflichée ; * elle fut seulement lue à Baïus, et à Ia faculté étroite de théologie de Louvain, le 29 de décembre 1567, par Maximilien Morillon, vicaire général de l'archevêque de Malines (32). Ce vicaire général, étant requis de donner une copie de cette bulle , refusa de la donner. Il déclara qu’il avait ordre de défendre tous les livres imprimés, d’où

(29) Baïi Oper., part. IT, pag. 193.

(3e) Ibid., pag. 194.

(3:) Les censures des académies de Salamanque et de Complute ne furent faites qu'après la mort de Tiletan. Voyez Bai Oper., part. ÎT , pag. 199.

(32) Baï Operum part TT, pag. 107.

BAIUS.

l’on disait que la plupart des LXXVI propositions étaient extraites. Le doyen de la faculté représenta que, pour de grandes raisons , il était fort nécessaire que les livres de Michel Baïus ne fussent pas défendus : aussi ne le furent-ils point. Ce docteur écrivitau pape le 8 de janvier 1569, et lui envoya une apologie, où il fit voir qu’il n'avait point enseigné les LXXVI propositions , et que la plupart , en un certain sens , étaient véritables, et. augustiniennes. La réponse que lui fit le pape , le 3 de mai de la même année, contenait une exhortation à se soumettre à la censure. Baïus fut extrêmement surpris, quand on lui rendit cette lettre de Pie V, de se voir traité comme un rebelle, qui avait encouru la peine de l’excommunication et de l’irrégularité. Il demanda à Morillon d’être absous de cette peine , et il ne put l'obtenir qu’en abjurant les articles que la bulle avait condamnés. Summoperè autem miratus est Baius secum agi ac si suas Vindicias et Apologiam scribendo pontifici, in eum fuisset rebellis, ac excommunicationis et irregularitatis censuras incurrisset : à quibus cum peteret absolvi, Morillonus absolutionis beneficium ei impertiri noluit, quin prius articulos per bullam confixos ejuraverit (33), Depuis ce temps-là , il fut permis à toutes personnes d’invectiver ce docleur, comme s'il eût effectivement enseigné ces LXXVI articles. On déclama contre lui, et dans des sermons, et dans des lecons : il supportait cette adversité sans rien dire ; mais il y eut trois évêques (34), qui lui conseillérent, en 1570, de se défendre. Il s’expliqua donc là-dessus dans son auditoire de théolagie, et déclara que, parmi ces LXXVI propositions , il y en avait qui étaient dignes de condamnation , mais qu’il n'avait jamais soutenues ; qu'il y en avait d’autres forgées malicieusement , qu'il ne les admettait pas dans le mauvais sens qw’elles pouvaient recevoir , quoique d’ailleurs elles fussent susceptibles d'une saine interprétation. Cœpit in scholis theologorum quid circa hujusmodi articulos sentiret , cum multä hu-

(33) Ibid., pag. 190.

(34) Martin Rich évêque &'Ipres, François Sonnius , évêque de Bolduc, et Corneille Jansénius, évêque de Gand.

kl

BAIUS. AT

muilitate ae modestid aperire, declarans ronnullos ipsorum esse falsos ac jure confixos , sed a se nunquam traditos :

alios esse arte ac dolo confictos , qui pravum sensum pati possunt, quent nunquam tenuit, licet ét in sano intelligi dc AE ie possent (35). Au mois de juin de la même année 1570, les évêques du Pays-Bas tinrent un concile à Malines, où , à instance du duc d’Albe , ils s’engagèrent à faire publier solennellement la bulle de Pie V à Louvain, et à la faire signer à tous les professeurs en théologie. La commission en fut donnée à Morillon , qui s’en acquitta le 16 de novembre de la même année. Il ne put néanmoins obtenir la signature du formulaire par lequel il exigeait l’approbation de la censure des LXXVI propositions. La faculté de théologie de Louvain simagina qu'il y avait quelque piége là-dessous ; et, quoiqu’assurée par les lettres de l’évêque de Bois-le-Duc et de l’évêque de Gand , qu'on ne cherchait pas à la surprendre , il ne paraît pas qu'elle ait Jamais accordé cette signature ;

. mais l’année suivante , elle fit un dé-

cret, portant que les LXXVI propositions seraient tenues pour condamnées, et que tous les membres de la faculté s’abstiendraient de les enseigner , et que tous les livres où elles seraient soutenues seraient Ôtés aux étudians en théologie (36). Notez que Morillon n’expédia aucune copie de la bulle qu’il notifia solennellement.

Cela donna lieu à quelques-uns de soutenir qu’elle était fausse , ou qu'ayant été obtenue obreptivement, elle serait révoquée. D’autres soutenaient le contraire avec ardeur. Le pape Grégoire XII! , sollicité par l’am-

bassadeur d’Espagne au nom de son.

maître , et par le père Tolet au nom de quelques théologiens de Louvain , d’apporter un prompt remède à ces disputes, fit une constitution le 28 de Janvier 1579 , où il inséra la bulle de Pie V , sans approuver ni la confirmer, et sans condamner tout de nouveau les LXXVI propositions : il se contenta de dire qu'il l'avait trouvée dans les registres de son prédéces-

seur , et d’ordonner que l’on y ajoutât

(35) Bai Operum part. IT, pag. 200.

#6) Ibidem , pag. 202, 203.

foi. Il envoya le même père Tolet à Louvain , l'an 1580. Ce jésuite y notifia solennellement la constitution de Grégoire XIII, -et demanda à Baïus s’il condamnait les LXXVI articles.

Baïus répondit : Je les condamne selon l'intention de la bulle (35). Tous les docteurs , licenciés , bacheliers , etc.

déclarèrent qu'ils se soumettaient à cette bulle. Tolet , dans quelques conversations qu'il eut avec Baïus, lui apprit qu'on l’accusait d’enseigner secrètement à ses disciples les dogmes que Pie V avait condamnés. Baïus le nia , et se soumit à toutes sortes de peines, sil pouvait être convaincu juridiquement de ce dont on l’accusait. Personne ne s'étant mis en devoir de Pen convaincre, Tolet lui promit de rendre un bon témoignage de lui à la cour de Rome , et déclara qu’il était faux que la lecture des écrits de Baius fût interdite. Il lui proposa la signature d’un formulaire qui était bien dure ; mais néanmoins Baïns passa par-là , pour se procurer quelque repos. ÎL fallut qu'il avouñât par ecrit, qu'il avait enseigné plusieurs des LXXVI articles condamnés, et qu’ils étaient condamnés au sens qu’il les avait pris. Æi præscripsit(Toletus) quandam confessionis formulam , in qud fateri debuit mulios ex damnatis LXXF I articulis à se esse traditos , ac eosensu proscriptos quo eos docuisset ; cui formulæ optimus hic doctor undiquè lacessitus ac calumniis obrutus , ut tandem pace aliqué frueretur, subcnipsit die vigesimäquartd martithujus anni 1580 (38). Il écrivit au pape une lettre , où il exposa les calomnies que l'on répandait contre lui depuis douze ans , au sujet de ces articles, et demanda une copie de la bulle de Pie V.

Cela lui fut accordé au mois de juin 1580. Le père Horantius publia contre lui un écrit la même année. Il se plaignait de deux choses : l’une. était que Baius avait répondu trop civilement à Philippe de Marnix (39). Conguerens 1°. quod ejus epistolæ Marnixio scriptæ ninus benignæ fuissent (4o) ;

(37) Damno secundum intentionem bullæ , et

sicut “ais eos damnat. Bai Oper., part. :IT, ag. 206.

(38) Baïi Operum part. IT , pag. 207.

(39) Æquo animo ferre non potuit quod Baius humaniori stüilo suas ad Marnixium scripsisset episiolas. Bai Oper. part. IT, pag. 208.

(4o) Ibidem. Comparez cet homme-la aves

l’autre , que Baïus avait dit, suivant la doctrine de saint Augustin , que, pour juger de l'Eglise, on ne doit consulter que l’Ecriture; 2°. quod Baius Auguslinum secutus dixisset judicium de L£cclesid esse ex sold Scripturd petendum (41). Baïus se justifia dans une lettre qu’il mit au-devant de son Apologie contre Philippe de Marnix l’an 1981. Il fut inquiété encore l’an 1585; carses ennemis le déférèrent au nonce du pape, et demandérent qu’il subit Pinterrogatoire sur certains articles qu’ils avaient dressés (42). On ne sait point sil le subit.

L'auteur de ce narré chronologique se tourmente extrémement , pour nous apprendre que M. Leidecker , et quel-

ues autres ministres concluent à tort de cette bulle de Pie V, que la communion de Rome a condamné la doctrine de saint Augustin, et favorisé les nouveaux pélagiens (43). IL montre assez clairement, ce me semble, les nullités de cette bulle, la mauvaise foi des faiseurs d'extraits, la négligence de ce pape , et sa précipitation à condamner des articles avant que d’avoir examiné les ouvrages d’où l’on préten-

dait qu’ils avaient été tirés, étc. Cette fr

négligence paraît aussi en ce que les règles de la grammaire ne furent point observées dans cette bulle (44). On peut alléguer qu'Urbaïin VIII dans sa bulle contre le livre de Jansénius , publiée l'an 1642 , s’autorise de la bulle de Pie V, et de celle de Grégoire XINT; mais l’auteur répond qu'Urbain VIII ne confirma ces deux bulles qu’en stpposant des faits faux, et qu’ainsi sa confirmation est nulle. Quandoqguidem ergo Urbanus eas non confirmaverit, nisi supponendo quæ falsa sunt ; ex isid confirmatione nullum robur accedit istis suorunt prædecessorum constitutionibus : quod enim in sud origine vitiosum ac nullius roboris est, ratt habitione non fit validum ; vel, ut jura loquuntur (*), quod initio vitiosum est , non potest tractu temporis convalescere : nec firmatur tractu

le ministre françois qui s'est plaint publiquement l'an 1698 des Lettres de M. Jaquelot aux prélats de France.

(41) Bañ Operum part. IT, pag. 208.

(42) Idem , 1bid., pag. 200.

(43) Idem, 1ibid., pag. 210 et seq.

(44) Ibidem, pag. 235.

(x) Æ. de reg. jur. et VI Decret, eod. Tit.

BAIUS.

temporis, quod jure ab initio non subsistit (45). Ce pape, trompé par Francois Albizzi, assesseur du saint office, et pensionnaire des jésuites, s'imagina que la bulle de Pie V avait été revêtue de toutes les formalités , et qu’elle avait été confirmée par celle de Grégoire XIII. C’étaient deux fausses suppositions ; car Pie V ne fit point afficher sa bulle, et ne la publia point à Rome solennellement : et pour ce qui est du pape Grégoire , 1l se contenta de dire qu’il Pavait trouvée dans les registres de son prédécesseur.

On fit donc dire à Urbain VII une fausseté , lors qu’on inséra dans sa bulle que les articles condamnés par Pie V avaient été proscrits de nouveau.

par Grégoire XIII ;'et, pour dérober au public la connaissance de cette imposture , on eut soin de n’insérer pas la constitution de Grégoire XIE dans la bulle d’'Urbain VIH, quoique l’on y insérât la bulle de Pie V. Animadvertendum est qudd Urbanus V'IIT in bullä superius memoraté enunciaverit quidem à Gregorio XIII confirmatam fuisse Pii #7 constitutionem, articulosque in ed confixos denud uisse damnatos. Verum hæœc Urbani VIII bulla apertè falsi e& saltem in parle convincitur , sicut et ab Joanne Sinnichio Lovaniensis academiæ delegato, Romæ convicta est, ex ipsomet Gregorii XIII diplomate , in quo nihil de ist& confirmatione , aut de ileraté hujusmodi articulorum dispunctione habetur. Ne autem id innotesceret , Albizzius., jesuitarum stipendiarius , qui bullam Urbani VIII conscripsit , in ed quidem Pii F7 bullam integram inseruit | sed non Gregorii XJII constitutionem , ex qué& singulis patuisset ejus mendacium , et quam falsd in bull& Urbani dicatur Pii V bulla à Gregorio XIII confirmata , proscriptique in.ed articuli, üerum à Gregorio XIII prohibiti :

cum Gregorius XIII duntaxat testi- Jicetur tenorem bullæ quam inserit, esse planè conformem tenori bullæ quam in Pii W regisiro invenit ; et isi1 tenori eam fidem adhibendam, quæ ipsius bullæ protographo debetur. (46).

Tout cela est beaucoup plus propre à montrer les supercheries ui se glis-

(45) Bai Oper. part. IT, pag. 239, 240 (46) Tbidem , pag. 242.

BALBUS

sent dans la condamnation des ouvrages, qu’à désarmer M. Leidecker ; car enfin, pour un catholique romain qui croit Baïus innocent, il s’en trouve plus dé mille qui le croient bien condamné : et ainsi l’on peut accuser l’eglise romaine , avec beaucoup de vraisemblance, de tenir pour hérétiques les opinions de ce docteur les plus conformes à saint Augustin. Cela doit faire déplorer la destinée de certains hommes. Que la passion, que l’irrégularité , que l'injustice paraissent manifestement dans les procédures qu’on a tenues contre eux, ils ne laissent pas d’avoir tort, selon l'opinion du plus grand nombre. Il suffit qu'il y ait un jugement contre leur doctrine, pour obliger le public à demeurer préoccupé. L’adversaire jouira du fruit de ses fraudes et de ses intrigues ; il se prévaudra sans fin et sans cesse de la sottise des peuples, qui présument presque toujours en faveur des tribunaux.

On promet (47) un gros ouvrage de Baïus , si cette nouvelle édition se débite. Ce sera son Commentaire sur le Maïtre des Sentences, et son Explication des Psaumes de David.

(47) In Præfat.

BALBUS. Ce mot fait tant de

figure dans l’ancienne histoire romaine , qu'il est bien étrange que les dictionnaires historiques lui aient fait si peu d'honneur (A). Si je tâche de réparer leur faute , c’est principalement à l’égard de Lucrus CorwéLrus BaLBus, qui fut consul l’an de Rome 714, et qui eut un neveu dont je parlérai par occasion, soit dans le texte, soit dans les remarques.

Ce consul était né à Cadix. Il se signala avec beaucoup de courage dans les guerres que les Romains eurent en Espagne contre Sertorius, etcontre les Lusitains; de sorte que Pompée fort satisfait de ses grands services le déclara bourgeois de Rome. Lucius Gellius, et On. Coruélius, qui

furent consuls peu apres, firent une loi portant que tous ceux que Pompée aurait faits bourgeois de Rome, avec le consentement du conseil de guerre , le seraient effectivement. Par ce moyen, Balbus entra pleinement dans la possession de la bourgeoisie romaine (a). Il prit à cause de l’un de ces deux consuls le prénom de Lucius , et à cause de l’autre , le nom de Cornélius (B). Il se fit tellement estimer à Rome, qn'il eut pour amis les plus grandes têtes de l’état, Pormpée, Grassus , César, Cicéron; et qu’il fut adopté par Théophanes (b), qui était aimé et considéré ires-particulièrement de Pompée.

C'est à cause de cette adoption que Capitolin le nomme Balbus Cornélius T'héophanes (C), lorsqu'il dit que l’empereur Balbin se disait issu de lui (c). La prospérité de Balbus lui attira des ennemis, qui lui susciterent un proces sur sa bourgeoisie. Crassus, Pompée et Cicéron plaiderent sa cause (d), et lagagnerent. Il se trouva fort embarrassé durant la guerre de César et de Pompée : 1l avait de grandes obligations à l’un et à l’autre. Il paraît qu'il donna la préférence à César, mais de telle sorte qu’il tâchait de porter les choses à la réconciliation (e). Velléius Paterculus remarque comme uné in signe témérité, que Balbus osa passer au camp de Pompée, pour

(a) Voyez Cicéron, in Oratione pro Cornelio Baibo, et ibi Manutium et Nicolaum Abramum.

(b) Gicero, ibid., et Epistol. VII ad Attic., lib. VII, :

(c) Gapitol., ir Balbino.

(d) Voyez l’Oraison de Cicéron pour Cor-

nélius Balbus.

(e) Voyez la remarque (G).

conférer, avec le consul Lentulus qui balançat à quel prix il se vendrait( f). C’est par ce moyen, ajoute-t-1il, que Balbus, quoiqu'Espagnol, s’ouvrit la porte du triomphe, celle du pontificat, et celle du consulat. En effet Pline remarque que Balbus fut consul, et le premier des étran-

gers qui obtinrent cette dignité

(g): mais, quant à l'honneur du triomphe , 1l dit que ce fut un autre Cornélius Balbus, neveu de celui-ci, qui lobtint avec la bourgeoisie romaine , le premier de tous les étrangers (k). Nous verrons en quoi consiste la faute de Paterculus (D). Ces deux Cornélius Balbus ont été si riches , que l’oncle, en mourant, laissa à chaque citoyen romain vingtcinq drachmes (:) , et que le neveu fit bâtir à Cadix (4) une nouvelle ville (7). L’oncle fit une Histoire de Jules César , en forme de journal (7). C’est lui, sans doute, qui fut lié d’une amitié fort étroite avec Pomponius Atticus (E). Il y a des gens qui ont confondu Cornélius Balbus avec Cornélius Gallus (F). Nous allons montrer que Vossius a eu tort de censurer Savaron (G); que MM. Lloyd et Hofman méritent un peu de censure (H); que Paul Manuce n’en doit pas être toutà-fait exempt (1); que Glandorp a multiplié les êtres sans nécessité (K); que la distinction de

grand et de petit consulat est :

chimérique (L) , et que M. Mo-

(f) Velleius Paterculus, Lib. II, cap. LT:

(g) Plinius , lib. VII, cap. XLTIT.

(h\ Idem, lib. V, cap. F.

(à) Dio, 4b. XLVIII.

(&) Il en était natif, comme son oncle.

(2) Strabo, Lib. III, pag. 116.

(m) Sidonius Apollinaris, lib. IX, epist,

BALBUS

réri à fait plusieurs fautes (M), quoique son article de Balbus soit très-petit et tres-maigre.

Je ne dirai que peu de chose de quelques-uns des autres Balbus , dont les anciens auteurs ont parlé. Lucius Lucrrus Bar- BUS , disciple de Mucius Scévola , et précepteur du célebre Servius Sulpitius , a été un excellent jurisconsulte. Il florissait vers l’an de Rome 6750. Cicéron a dit que Sulpitius surpassa son maître (N), qui avait joint à la science un caractere de maturité qui le rendait un peu lent , au lieu que le disciple était prompt et expé— ditif. On a perdu les écrits de Balbus , à quoi peut-être son disciple Sulpitius n’a pas peu contribué , en les insérant pour la plupart dans les siens (7). Il ne faut pas confondre, comme a fait Glandorp, ce Balbus avec Quinrus Lucirius Bazsus , philo sophe stoïicien , l’un des interlocuteurs de Cicéron dans les livres de la Nature des dieux (0).

Pugrius Ocravius Barpus a été contemporain de Cicéron, qui le loue pour sa science du droit civil, pour son esprit, pour sa probité , et pour plusieurs autres belles qualités (p). Cicéron ne donne guere moins de louanges à Lucrus Ocravius BarBus, qui vivait dans le même temps (g).

L'un de ces deux Octavius Bal-

. (2) Pomponius, lib. 11 de Origine Juris.

(o) Glandorp. Onomastic., pag. 552. Dans la page 637, Glandorp prend pour un seul homme l'interlocuteur de La Nature des dieux, celui qui est loués dans l’Oraison pour Cluentius, et celui qui est loué dans la VII. Verrine.

(p) Cicero , Orat. pro Cluentio , folio 114. C.

; (g) Idem, in Verrem. Orat. VII, folie o. B.

LS

BALBUS

bus est apparemment celui dont Valeré Maxime raconte que, s’étant sauvé par une porte de derriere , durant les fureurs des triumvirs, et. entendant qu’on tuait son fils dans sa maison , 1l retourna sur ses pas, et se fit tuer (r). Appien rapporte la chose un peu autrement (s).

(r) Valer. Maximus, db. F, cap, VII.

À (s) Appianus, de Bell, civil., lib. IF, pag: OI.

(A) Les dictionnaires historiques ont fait peu d'honneur à ce mot. ] Ils sont d’une maisreur prodigieuse sur le mot Balbus. Charles Étienne remarque que c’a été le surnom des Atiliens, et que le premier de cette famille qui fut surnommé Balbus , le fut à cause qu'il était bègue ; après quoi ses descendans conservérent ce surnom. Il est fort vraisemblable que ce titre a commencé ainsi dans plusieurs familles, comme il est certain que c’est pour une pareille raison, qu'il y a en tout pays tant de gens nommés le Blanc, le Voir, etc.; et puisqu'il y a bien eu un empereur d’Orient (1), et un empereur d'Occident (2), qui ont porté le surnom de Balbus ou de Bègue , à cause qu'ils avaient ce défaut de langue , pourquoi ne croiraiton pas qu’au temps de la république romaine , un pareil défaut introduisit dans plusieurs familles illustres ce surnom ? Ce n’est donc pas en cela que Charles Etienne mérite d’être critiqué , mais en ce qu’il a pris les ÂAtiliens pourles Acciens , ou Âtiens, et qu’il s’est exprimé de telle sorte, qu’il semble dire que les Atiliens n’ont eu que ce surnom-là : et néanmoins il y a eu des Régulus , des Séranus , des Calatinus, parmi eux. Il y a eu même un C. Atilius Balbus , consul l’an de Rome 508 et 518 , qui est peut-être la cause de l’erreur de Charles Étienne.

Il aurait dà suffire à M. Lloyd de corriger cet article, mais il a trouvé plus à propos de le supprimer entièrement,

(x) C'est Michel , TI°. du nom, qui fut empereur de Constantinople , depuis l'an 820 , jusqu'à 826.

(2) Ce fut Louis, TII°. du nom, qui était æusst roi de France, et qui mourut en 850,

à limitation de ces chirurgiens qui, au lieu de guérir une blessure , coupent la partie blessée , ou comme ces controversistes qui coupent le nœud d’une objection, lorsqu'ils se trouvent à peu prés aux mêmes termes qu’Alexandre à Pégard du nœud gordien, M. Hofman n’a, ni guéri, nt coupé; il a retenu l’article tel qu'il l’a vu dans Charles Etienne.

(B) Z! prit , a cause de... deux consuls , le prénom de Lucius, et le nom de Cornélius. ] Selon l’usage de Rome, ceux qui obtenaient la bourgeoisie prenaient le nom de celui qui ieur procurait cet honneur. C’est pour cela que Vlhistorien Théophanes et ses descendans ont porté le nom de Pompée. Pourquoi donc, me demanderat-on, Cornélius Balbus ne prit-il pas aussi le nom de Pompée? Je réponds que ce fut à cause qu’il aima mieux fonder son droit sur une loi, que sur l’honnéteté de ce général. La loi dont je parle est celle que firent de l'avis du sénat les consuls L. Gellius et Cn. Cornélius, l’an de Rome 682. Elle portait que tous ceux à qui Pompée , avec le consentement du conseil de guerre, aurait conféré la bourgeoisie de Rome, seraient censés citoyens romains. /Vascitur, judices , tcausa Corneli ex ed lege quam L. Gellius, Cn. Cornelius ex senatus sententid tulerunt, qud lege videmus satis esse sanctum, uli cives romant sint it, quos Cn. Pompeius de consilii sententid sigillatim civitate donaverit (3). Balbus, regardant ces deux consuls comme les véritables collateurs de l’honneur dont il Jouissait , prit de l’un le prénom Lucius, et de Vautre le nom Cornélius. Cela est beaucoup plus vraisemblable que ce que dit Manuce , qu’encore que Baibus eut été fait bourgeois romain par Pompée , il avait néanmoins l’obligation de ce grade à Cornélius Lentulus, dont il emprunta le prénom et le nom selon la coutume (4). Il conjecture aussi, que ce L. Cornélius Lentulus est le même qui fut consul la première année de la guerre civile, c’est-à-dire,

(3) Gicero, Orat. pro Balbo.

(4) Manut, in Arsumento Orat. pro Cornel.

Balbo. Voyez aussi la note sur le IX®, livre des Épîtres de Cicéron à Atticus, pag. 8 de l'édition de Grævius, où il semble qu'il y ait faute d'inrpression.

va lan 504 de Rome. Au reste, ceci nous apprend que le cardinal Baronius a

fait une trop longue énumération des

bienfaits de Titus envers Josephe, lorsqu'il a marqué en particulier , qu’outre le droit de bourgeoisie Titus lui conféra le nom de Ja famille Flavia (5). Car, en premier lieu, ce fut Vespasien , et non pas Titus, qui le fit bourgeois (6) ; et d’ailleurs, après cela, le nom #Âlavius s'en allait sans dire.

(C) Capiüolin le nomme Balbus Cornélius Théophanes. ] Voici les paroles de cet auteur : Familiæ vetustissimæ , ut ipse( Balbinus ) dicebat , à Balbo Cornelio Theophane originem ducens , qui per Cn. Pompeium civilalem meruerat | quum esset suæ patriæ nobilissimus , idemque historiæ scriptor (7). Casaubon s’imagine que cela regarde l’historien Théophanes, natif de Mitylène , dans l’île de Lesbos (8). Vossius (9) , M. de Tiiiemont (10), et bien d’autres, sont dans le même sentiment. Je crois qu'ils se trompent , et qu'il vaut mieux trouver 1ci le fils adoptif que le père. Cornélius Balbus était fils de Théophanes par adoption : c’est à lui que conviennent les trois titres dont Capitolin s’est servi, et il n’y a que le dernier qui convienne à Théophanes. Si l’on me dit que Balbus n’était pas le plus noble gentilhomme de sa patrie; je répondrai que Théophanes n’avait pas non plus le même rang dans Mitylène.

Il est vrai que Strabon assure que Théophanes eut part aux charges publiques , et qu’il se rendit le plus illustre de tous les Grecs (11); mais ce n’est pas nous fournir de quoi confirmer les paroles de Capitolin, ce n’est pas lui attribuer une antiquité de famille, une noblesse de sang qui le mette au-dessus de tous les autres Mityléniens ; et c'est de quoi il est question dans Capitolin. L’ob-

jection ne vaudrait donc rien, puisqu’elle prouverait trop , et il me suffit que les ennemis de Balbus ne nias-

(5) Baronii Annal., ad ann. 36, (6) Joseph. , in Vitä suä.

© (9) Capitol. , in Balbino, pag. 147.

(8) Casaub. , in hunc locum Capitolini.

(9) Vossius, de Histor. græcis, pag. 147.

: (10) Tillem., Histoire des Empereurs, £om.

“III, pag. 489.

(11) Strabo, lib. XIII , pag. 425.

num. 12°

BALBUS

sent pas qu'il ne fût d’une famille très-honorable. Hunc in ed civitate in qué sit natus , honestissimo loco nâtum esse concedis (12). Apparemment, ils n’avouaient pas tout ce qu’il s’attribuait là-dessus. Il y à une autre objection à craindre. Balbus fut consul, et Théophanes ne le fut pas:

d’où vient donc que Capitolin , qui a remarqué la qualité d’historien , a oublié celle de consul, tout autrement propre que l’autre à relever la noblesse de Balbin ? Je réponds que Capitolin n’est pas un homme de qui l’on doive attendre beaucoup de justesse d’esprit et de jugement. Le pis qui en pourrait arriver serait de dire qu'il appliqua mal la prétention de Balbin , et qu’il crut que le Cornélius Balbus Théophanes dont cet empese disait issu , était le même Théophanes de l’île de Lesbos , dont la principale gloire est celle d’avoir été historien. Je ne voudrais pas absolument rejeter cette conjecture : de plus habiles gens que Capitolin auraient pu prendre le change en cet endroit-là ; mais j'aime mieux dire qu’il a su que Balbus le Gaditain était auteur d’une histoire.

D) Je dirai en quoi consiste la faute de Paterculus. | Rapportons ses paroles. Tüm Balbus Cornelius, ditil(t3), excedente humanum fidem, temeritate ingressus castra hostium sœæpiüusque cum Lentulo collocutus , consule dubitante quanti se venderet, illis incrementis fecit viam quibus non Hispaniensis natus , sed Hispanus in triumphum et pontificatum assurgeret, fieretque ex privato consularis : c’est-à-dire, selon la version de M. Doujat, «lors Balbus Cornélius , par une temérité qui excède la croyance des hommes , étant entré dans le camp des ennemis pour gagner le consul Lentulus , dont il était ami particulier , traita plusieurs fois avec lui, qui délibéra quelque temps à quel prix il mettrait sa foi. Par ce moyen, Balbus s’ouvrit le chemin à ces agrandissemens par lesquels, quoiqu'il fut non-seulement né en Espagne comme plusieurs Romains et Italiens , mais né d'Espagnols naturels (14) , il trouva

(12) Cicero pro Cornel. Balbo, non procul init.

(13) Paterc., lib. II , cap. LI.

(14) Cette explication de la différence que fait Paterculusentre Hispaniensis et Hispanus,

BALBUS

moyen de s'élever dans Rome à l'honneur du triomphe et du pontificat ; et, d’un petit particulier qu’il était , il devint enfin consulaire. Je laisse là cette action de Balbus, sur laquelle on pourra trouver un bon éclaircissement , si l’on consulte Cicéron aux lieux que je cite (15). Je m’arrêterai seulement un peu sur Paterculus.

Ou il ne dit rien de raisonnable, ou il assure que Balbus fut élevé au consulat aussi-bien qu’au triomphe et qu'a la dignité de pontife; et ce serait en vain qu'on le nierait , sous prétexte qu’il n’a pas dit et consulatum , comme il semble qu'il eût été plus naturel de dire , afin de signifier que Balbus fut consul. Ce n’est pas à nous à régler les expressions d’un homme qui parlait aussi poliment que cet auteur : il a eu ses raisons pour changer le tour de sa phrase , quand il a voulu désigner le consulat; mais

il s’est trompé dans la chose, et il a”

confondu les honneurs de l’oncle avec les honneurs du neveu. Le Balbus qui négocia avec Lentulus au commencement des guerres civiles , est le neveu , comme 1l paraît par les lettres de Cicéron qu’on vient de citer.

C’est Balbus le neveu qui triompha des Garamantes, le premier des étrangers qui fut honoré du triomphe, comme nous l'apprenons de Pline (16); mais ce fut Balbus l’oncle qui fut honoré du consulat le premier de tous les étrangers, ainsi que le même Pline nous l’apprend (17). On distinguait à Rome ces deux Balbus pe le titre de major qu’on donnait à ’oncle, et par celui de minor que l'on donnait au neveu. Je m’étonne que M. de Saumaise, qui a fort bien démélé les honneurs de l’un et de l’autre (18), ait laissé en repos la faute de Paterculus.

(E) LL fut lié d'une amitié fort étroite avec Pomponius Atticus.| On ne saurait nier cela, quand on consi-

{ sè toutefois son texte portait cela), paraît aussi bonne que celle de Lipse, qui par Hispaniensis, a entendu un habitant de l'Espagne, etparHispanus, un Espagnol naturel.

. (45) L'Epître XXXII du XE. livre ad Familiares et le Commentaire sur PÉpiître IX du VIII. livre a Atticus.

(16) Plinius, lib. F, cap. V.

(17) Idem , lib. VIT, cap. XLIII.

{x8) Salmas. , in Solin. , cap. IX.

dère qu’Atticus , ayant résolu de mettre fin à sa vie en nè mangeant rien , fit venir son gendre, et L. Cornélius Balbus et Sextus Péduceüs , pour leur déclarer cette dernière résolution (19). Je crois avoir lu dans une lettre de Cicéron, que Balbus était un dé ceux qui mangeaient assez souvent à la table d’Atticus (20). Ce qui prouverait qu’il se plaisait à entendre lire de bonnes choses (21).

(F) On a confondu Cornélius Balbus, avec Cornélius Gallus. | C’est pour une chose qui ne fait point d'honneur à sa mémoire. Ils le font mourir dans l'acte vénérien (22).

Sans doute la première origine de cette fausseté est une faute d’impression. Sur l'autorité de Pline (23) , on avait mis Cornélius Gallus dans la liste de ceux qui sont morts en cet état; et l’imprimeur, mettant un B pour un G, a été cause que plusieurs ont pris une personne pour une autre. Je trouve cette erreur dans diverses éditions du Commentaire de Tiraqueau sur les lois matrimoniales.

(G) Ÿ’ossius a eu tort de censurer Savaron.] Voulant relever une faute qu'il croyait avoir trouvée dans le Commentaire de Savaron sur Sidonius Apollinaris , il s’est trompé lui-même (24). Savaron avait assuré que Balbus, auquel Sidonius Apollinaris attribue le Journal de la Vie de Jules Cesar (25), est le même que Balbus Cornélius Théophanes , dont Jules Capitolin dit, dans la Vie de Balbinus, qu'ul avait obienu la bourgeoisie romaine par la faveur de Pompee , et qu’il était d’ailleurs le plus noble de ses concitoyens , et historien. Vossius réfute cette prétention de Savaron, 1°, parce que Balbus, auteur du Journal, était intime ami de Jules César, comme il paraît par Sué-

59 Cornelius Nepos, in Vitâ Attici, cap.

(20) Je n'ai pu trouver l'endroit, mais il me semble avoir lu cela dans les Lettres de Cicéron a Atticus.

(21) Voyez ci-dessus la remarque (F) de l'article Arricus.

(22) Balthasar. Bonifacius, Historia Iudicra, lib. XVI, cap. XVI, ex Tiraquello, les.

Connub. XV, num. 27.

(23) Lib. VIT , cap. LITI.

(24) Vossius de Historicis grwcis , Lib. L , cap. XXIIT , pag. 148.

(25) Sidon, Apollin, , Epist. XIV , Z:2. TX,

tone(26), et par Aulu-Gelle (27), au lieu que Théophanes était intime ami de Pompée , et qu’on en fit un crime à ses descendans, comme Tacite le re-

marque au VIe. livre des Annales ;

2°. , parce que Théophanes, étant de Lesbos , a écrit en grec, et que Balbus a vécu à Rome , et a écrit en latin.

Qui voudrait faire trop le critique, j° dirais contre ces raisons , 1°. que e même Balbus qui a été des amis intimes de César , a été des bons amis de Pompée , et tellement honoré de sa confidence, que les autres amis de Pompée en avaient de la jalousie (28). Il est vrai que la liaison qui était alors entre Pompée et César, ayant permis à Balbus de cultiver l'amitié de celui-ci, sans manquer à ce qu'il devait à l’autre, il se trouva enfin que les bienfaits de César furent supérieurs à ceux de Pompée : et néanmoins Balbus obtint de César la permission de ne le point suivre contre :Pompée , et se retira à Rome durant la guerre civile (29). Il est vrai encore qu'il y fut l’homme d’aflaires de César , et qu’en tâchant de porter les choses à la réconciliation , il ne parut pas tout-à-fait exempt de quelque partialité. Mais enfin, ce n’est pas de quoi faire une juste opposition entre Balbus et Théophanes, que de dire d’un côté avec Suétone , que Balbus a été intime ami de Jules César , et avec Aulu-Gelle, que Balbus était à Rome l’un des agens de César pendant son absence ; et que de dire de l’autre avec Tacite, que Théophanes avait été intime ami de Pompée, et que Tibère en fit un crime aux descendans de Théophanes : car, vu l'humeur bourrue de cet empereur, il était capable de persécuter une famille, sous prétexte qu’elle aurait obtenu la bourgeoisie romaine par la faveur de Pompée. Or, cela serait vrai au pied de la lettre à l'égard de Théophanes, quand même on le confondrait avec Cornélius Balbus , puis-

(26) Sueton., in Cæsar., cap. LXXXI, mal eité cap. LXXT , par Nossius, et cap. LXXIF, par Moréri.

27) A. Gellius, Zib. XVII , cap. IX, ou il dit que Jules César et Balbus s'écrivaient en chiffres. ÿ

(28) Cicero ad Atic., lib. IX, Epist. XIII.

(29) Epist. Balbi ad Ciceron., Lib. IX, ad Attice., pag. 36, edit. Græviü.

BALBUS

qu’il est certain , non-seulement que Pompée lui conféra cette bourgeoisie, mais même qu'il plaida pour lui quand on voulut la lui contester, et qu'il le combla de bienfaits. La première raison de Vossius n’est donc pas bonne. 2°. Je pourrais dire en second lieu, que le Théophanes dont Vossius Ented parler n’a pas moins vécu à Rome que Balbus ; et qu'y ayant eu des Romains qui ont écrit des histoires en grec, il ne s'ensuit pas que Balbus ne soit pas Théophanes , de ce que Théophanes a écrit en grec. Que savons - nous même , si le Balbus en queen n’est pas le Cornélius Balbus

ont Macrobe cite le XVIII. livre des "Ef£wynrimæy (30)? Similer n’en doute point (31).

Mais, sans m’amuser à des disputes qui pourraient être accusées d’une trop rigoureuse précision, voici le jugulum causæ , et le point décisif en trois mots. Vossius s’est imaginé que Sayaron a confondu Cornélius Balbus avec Théophanes, natif de l’île de Lesbos, et auteur d’une Histoire de la guerre de Mithridate. Mais c’est ce qu'il n’a point fait. Il ne l’a confondu qu'avec le Théophanes dont parle Capitolin , et qui est bien. différent de celui de Lesbos, quoiqu'il ait de commun avec lui d’avoir recu de Pompée la qualité de bourgeois de Rome. Or rien n’est plus raisonnable que de prendre le Théophanes de Capitolin pour le Cornélius Balbus de Suétone , et pour le Balbus de Sidonius ÂApollinaris ; car il est certain que ce même Cornélius Balbus , natif de Cadix , et honoré de la bourgeoisie romaine par Pompée, fut adopté, à la recommandation du même Pompée, par Théophanes de Lesbos (32) : après quoi , selon la coutume , il se nomma Lucius Cornélius PBalbus Théophanes, comme Paul Manuce et Corradus l’ont remarqué; celui-là , dans le sommaire de l’Oraison de Cicéron pour ce même Balbus, celui-ci, dans ses notes sur les Epîtres de Cicéron à Atticus : et lun et l’autre ont pris ce Balbus pour Phistorien Cornélius Balbus Théopha-

(30) Macrob. Saturnal., Lib. TIT, cap: VI.

(31) Simler., in Epitome Biblioth. Gesneri.

(32) Et adeptio Theophanis agilata est. Cicero pro Balbo. Placetigitur eliam me expulsum el agrum Campanum perusse, et adoplatum patricium à plebeio, Gaditanum à Mitylenæc.

Cicero, Epist. VII ad Atticum, ui. VII.

BALBUS

nes, dont Capitolin a parlé. De sorte que s’il y eût eu là de quoi critiquer , il aurait fallu tirer en cause ces deux savans Italiens, plutôt que Savaron, qui n’est venu qu’assez long - temps aprés eux.

(4) MM. Lloyd et Hofman méritent un peu de censure. ] Je ne dis rien de Charles Etienne : il a été un

eu trop sec sur notre Coruélius Bal- Lis: mais, ce qu’il en a touché n’est pas mal choisi. M. Lloyd en a ôté quelques paroles qui n'étaient pas superflues , savoir que nous avons encore l’Oraison de Cicéron pour ce Balbas : car ce sont deux faits fort diflérens, l’un que Cicéron a plaidé une telle cause , l’autre que nous avons encore son plaidoyer ; et c’est au dernier des deux que les lecteurs s'intéressent davantage. M. Hofman allonge Particle (33) pour nous apprendre qu’il y a eu un autre Cornélius Balbus de Lesbos , surnommé Théophanes, c’est-à-dire, pour nous apprendre une fausseté. Lucius Cornélius Balbus Théophanes ne diffère nullement de celui qui était de Cadix, et dont il s’agit dans cet article.

(1)..... Paul Manuce n'en doit pas étre tout-à-fait exempt.] J'ai déjà touché quelques-unes de ses méprises ; en voici deux autres. L’une est dans le sommaire de lOraison de Cicéron pour Cornélius Balbus, et dans les notes sur l’endroit de cette Oraison où il est parlé de ladoption de ce Balbus. Il dit là trés-faussement, que Théophanes était un affranchi de Pompée (34); car ce ne fut pas la liberté , mais la bourgeoisie romaine, que Pompée donna à Théophanes.

Quid Magnus hic noster , dit Cicéron (35), qui cum virtute fortunam adæquavit ? nonne Theophanem Mitylenœurn scriplorem Terunt Suarum tn concione militum civitate donavit ?

L'autre faute de Manuce est de nous renvoyer touchant le triomphe du jeune Cornélius Balbus, neveu de celui dont nous parlons, entre autres autorités , au livre VII de Pline,

(33) Dans le T®*. volume de sa continuation il donne de bonnes Additions touchant Cornélius Balbus. À

(34) II le répète dans ses Notes sur l'Epître XI à Atticus, div. F.

(35) Orat. pro Archià : autant en dit Nalère Maxime, lv. VIIL, chap. XIF,

chap. XLIIT (36); car Pline ne parle en cetendroit-là , que du consulat de l’oncle. On se méprend aisément en semblables choses : le père Hardouin, sur ce même endroit de Pline, nous renvoie à un passage de Paterculus (37), où il n’est question que de Balbus le neveu.

(K) Glandorp a multiplié les étres sans nécessité.| Il n’a pas dû produire trois consuls nommés L. Cornélius Balbus. C’est multiplier les êtres sans nécessité. Le premier est, selon lui, Balbus l'aîné, dont il met le consulat à l’an de Rome 713. Le second est Balbus le jeune , pour le consulat duquel il ne dit rien de précis, se contentant de rapporter les paroles de Paterculus. Le troisième est un L.

Cornélius Balbus, qu’il dit avoir été fait consul pour quelques jours, vers la fin de lan, par Auguste et par Marc Antoine, et avoir eu tant de richesses , qu’elles lui permirent de léguer 25 drachmes à chaque citoyen romain (38). Ces trois consuls, dans la vérité, se réduisent à un seul ; car Balbus l’oncle n’est point différent de celui dont le consulat fut de si petite durée. On n’a qu’à voir Dion Cassius.

Le père Hardouin, pour marquer le caractère de ce consulat, dit ingénieusement que Balbus fut consul sous le consulat de Cn. Domitius Calvinus, et de C. Asinius Pollion, l’an de Rome 714. Consul hic fuit, quoniam ita necesse est dicere, Cn. Domitio Calyino secundüum,C. Asinio Pollione Coss. Anno Urbis DCCXIF (39).

Au reste, si Glandorp avait eu quel-

que connaissance de lendroit de

Pline (40), où Balbus l’aîné est appelé oncle paternel, patruus, de Balbus le jeune , il ne se fût pas réduit à la

citation d’un aussi mauvais garant

que Volaterran, pour nous apprendre que l’un de ces Balbus était fils du frère de l’autre. !

{36) P. Manutius, in Argument. Orat. Cicer.

pro Balbo, où au liéu de citer le chap. XLIIT du VIT. livre de Pline. on cite le XXXVIIe.

ei au lieu-du chap. XXIX de Solin , on cite Le XLII®. Ceue édition de Manuce est de Cologne, en 1582,in-89.

(37) Lib. IT, cap. LI, (38) Glandorpii Onomastic. roman., pag.

(39) Hard, , in Plin., Lb. VIT, cap. XLIII,

pag. 64, tom. IT.

(4o) Lib. F, cap. V', pag, 545.

(L) La distinction de grand et de petit consulat est chimérique.] Voyez un peu à quels travers d'esprit les gens sont- sujets. Il s’en est trouvé ui, sur ces paroles de Pline, fuit et Palbus Cornelius Major consul, se sont jetés dans la chimère de deux degrés de consulat, et ont prétendu ‘que Balbus avait étéfait grand consul, ou premier consul (41). Il était aisé de voir que major , dans ce passage , ne se rapporte pas à consul.

(M) M. Moréri a fait plusieurs autes. ] Ce n’est que sur un on dit, qu’il débite que Cornélius Balbus com-

posait un journal, ou des éphéméri--

des de ce qui arrivait tous les jours à César. Si l’on avait su que Sidonius Apollinaris a parlé de ce journal comme d’un livre subsistant alors, et qu'il en a même parlé avec éloge (42), on aurait rejeté bien loin cet on dit. Quelques-uns veulent que Symmaque ait parlé du même livre, lorsqu'il écrivit à son ami, si impar est desiderio tuo Livius , sume EPBEMER1pem C. Cæsaris decerptam bibliotheculæ meæ ut tibi muncri mitteretur, Hæc ie origines, situs, pugnas, et quidquid fuit in moribus aut legibus Galliarum docebit (43) : c’est-à-dire, si Tite-Live ne satisfait pas pleinement l'envie que vous avez de connaître L'histoire de l’ancienne Gaule, vous n avez qu'à prendre les Ephémérides de César, dont je vous ai fait présent , ete. Mais d’autres prétendent qu’il ne s’agit là que des mémoires que César avait faits lui-même, et que nous avons encore sous le titre de Commentaires de la Guerre des Gaules (44). I est pourtant vrai quil avait fait, d’autres mémoires sous le titre d'Ephémérides |, comme nous lapprenons de Servius. Pourquoi Symmaque ne pourrait-il pas parler de ceux-ci ? 2°. L'avis de prendre garde de ne pas, confondre, comme Savaron et d’autres l’ont fait, cet auteur avec un de ce nom surnommé Théophanes , qui était de Lesbos,

(41) Voyez Saumaise, Exercitat. Plin., pag.

(42) Quis Opera Suetonit, quis Juvenci, Marialis Historiam, quisre ad extremum Barzi EpHEMERIDEM FANDO ADÆQUAVERIT ? Sidonius Apollinar. , Epist. XIV, ib. IX.

(43) Symmach., Epist. XVIII, Lib. IF.

(44) Vossius, de Hist. lat., pag. 64, où il attribue à Suétone ce qui est de Symmaque.

BALBUS

contient deux fautes. Nous avons montré la première en justifiant Savaron de la censure de Vossius. La deuxième consiste à supposer qu’il a eu un historien natif de l'ile de Lesbos, qui s'appelait Cornélius Balbus Théophanes. Rien n’est plus faux.

L’historien Théophanes , natif de Mitylène en l’île de Leshos, a bien été appelé Cn. Pompéius Théophanes, à cause que Pompée lui avait conféré la bourgeoisie romaine, mais il n’a jamais ajouté à son nom de famille celui de Balbus, ou de Balbus Cornélius ; et il y a lieu d’être surpris qu’il soit échappé à Vossius de dire que l’historien Cornélius Balbus Théophanes , dont Jules Capitolin a fait mention, est le Théophanes de l’île de Lesbos, qui écrivit la guerre de Mithridate (45). 3°. Mais encore, pourquoi faut: prendre garde de ne pas faire comme Savaron ? C’est parce que Cornélius Balbus vivait à Rome , et que Théophanes était de Lesbos.

Ne sont-ce pas là deux attributs bien incompatibles dans un même sujet, et peut-on demander de meilleures preuves de distinction personnelle ?

Voilà comment les erreurs croissent.

Moréri , pour avoir voulu abréger la preuve de Vossius , l’a rendue incomparablement plus mauvaise qu’elle n’était. 4°. Je pense que c’est le premier , poursuit-il, que Cicéron dé- Jendit contre ceux qui l’accusaient de prendre injustement le titre de citoyen romain. Outre que lexpression est tournée si peu nettement (46), qu’elle fait d’abord penser que Cicéron commenca cette sorte de plaidoyer par la personne dont il s’agit, ce qui n’est point ce que l’on veut dire, ni ce qu’il faut dire ; il y a ceci de mauvais dans ces paroles, c’est qu’il ne fallait pas parler de cela comme d’un fait incertain, et qu’il n’y avait rien de plus aisé que de s’en convaincre évidemment par la lecture des sommaires de Paul Manuce, du père Abram, etc., sur l’Oraison de Cicéron pro L. Cornelio Balbo.

{N) Cicéron a dit que Sulpitius surpassa Balbus son mattre.] On com-

(45) Voyez dans la remarque (C), Casaubon et autres qui ont fait la même faute.

(46) Si l'on voulait remarquer les fautes de getle nature qui sont dang le style de Moréri , en les ferait compter par milliers.

BALBUS

prendra mieux la pensée de Cicéron par ses paroles que par les miennes.

Qu'on lise donc ce qui suit. Cüm dicendi caussä dwobus peritlissimis operam dedisset (Servius } L. Zucilio Balbo , €. Aquilio Gallo , Galli hominis acuti et exercilati promplam 1n agendo et in respondendo celerilatem subtilitate diligentidque superavit :

Balbi docti et eruditi hominis in utrdque re consideratam tarditatem vicit, expediendis conficiendisque rebus.

Sic et habet quod uterque eorum habuit, et explevit quod uirique defuit

(47) Cicero, in Bruto, cap. XLIT.

BALBUS , BALBIT , ou BALBO (JEAN ), moine jacobin, florissait au XIII‘. siecle. Il savait le grec *!, chose rare en ce tempslà, et beaucoup plus de latin que tous ses confrères ensemble. Il n’était pas moins estimé pour sa bonne vie que pour son savoir ; et il s’est trouvé des gens qui ont traité de béat (A). Ce fut sur ce pied qu’on mit son image dans l’église de Saint-Thomas à Pavie. Le titre de ses ouvrages *°?

se peut voir dans M. Moréri, qui, au lieu de nous renvoyer au volume de Vossius sur les historiens latins , aurait bien fait de remarquer que Jean Balbus est incomparablement plus connu sous le nom de Joannes de Januä, ou de Joannes Januensis , que sous aucun autre. Nous allons dire pourquoi il porta ce nom , et discuter s’il est le mê— me que Jacques de Voragine (B).

Nous ne ferons qu’une remarque

*1 Le père Echard, cité par Leclerc, dit que c'est un éloge qui lui a été donné gratuitement par ceux qui ignoraient que Balbus avait lui-même avoué ne pas savoir assez de grec pour expliquer les étymologies des mots qui viennent de cette langue.

*? Le seul qui soit imprimé, dit Leclerc, est son Catholicon, l'un des premiers produits de l'imprimerie.

pour tout cela, et pour ce qui en pourra naître.

(À) Il s’est trouvé des gens qui l'ont traité de béat.] C’est ce qu paraîtra par ce passage : {Von vi ha mancato chi lo riponga del numero de’ beati , e come tale si vede dipinto nel tempio di S. Tomaso di Pavia, in luogo eminente vicino al soffitato (1). .

(B) Foyons pourquoi il portait ce nom, et... s’il était Le même que Jacques de Voragine.] Jean Balbus , noble génois , fut appelé J'anuensis , ou de Janu& , parce qu’il était de Gênes.

IT dit lui-même dans son Catholicon, au mot Janua , qu’il était d’une ville nommée Janua. Cette ville n’est autre que celle de Gênes : dés le temps de Luitprand elle était plutôt nommée Janua que Genua , soit qu’on voulût plus clairement insinuer que Janus en était le fondateur, soit qu’on eûtégard àlaraison rapportée par Jo. de Janud4, savoir , que cette ville est la porte de la Provence , de la Lombardie et de la Toscane. Il nous apprend 1à même, qu'il s'appelait Frater Joannes Januensis de Balbis, et qu'il avait fait quelques autres livres. À la fin du Catholicon , il fait savoir , qu'après plusieurs années de grand travail , il l’acheva le jour des nones de mars, c’est à-dire , le 7€. jour de mars 1286.

M. Oudin , ci-devant religieux de l’ordre de Prémontré , et maintenant agrégé à l’église protestante au grand contentement du parti, qui se félicite avec raison d’une si bonne conquête, et qui attend plusieurs beaux ouvrages de cette plume , M. Oudin, dis-je, prétend que Jacobus de Foragine, auteur de la Légende dorée, et Joannes de Janu& , auteur du Catholicon , ne sont qu’un seul et même homme (2).

Il se fonde sur ce qu’on convient qu’ils vivaient en même temps, qu’ils étaient tous deux Jacobins , tous deux de Génes , et à cause de cela tous deux nommés Januensis. Il aura donc été facile à ceux qui auront vu à la tête de plusieurs manuscrits le nom Januensis précédé de la lettre J, initiale du nom

(x) Alfonso Fernandez, apud Michaelem Justinianum, in libro de gli Scrittori liguri, pag.

Pas:

Oudin, Supplem. de Seripter. ecclesiast.,

de bapième Joannes et Jacobus , de les attribuer tantôt à Jacobus Januensis , tantôt à Joannes Januensis , ce qui aura converti un auteur en deux.

Mais il me permettra de lui dire que sa conjecture est assez rudement choquée par le dénombrement que l’auteur du Catholicon a donné de ses ouvrages au mot Janua , car encore que le temps où il acheva son Catholicon puisse avoir été fort éloigné de celui où il acheva l’article Janua , 1l n’est nullement vraisemblable que, s’il avait composé quelques livres dans le temps qui se serait écoulé entre la composition de cet article et la clôture du dictionnaire , il ne les eût pas ajoutés aux autres dans le même article. Ainsi l'on peut supposer que le catalogue qu'il donne sous le mot Janua est de l’an 1266 , auquel il mit la dernière main au Catholicon. Or, :l est certain que Jacques de Voragine publia en 1270 une traduction italienne de la Bible *'. Quelle apparence que si, au bout de seize ans , ïl avait parlé des livres qu’il avait donnés au public , il en eût oublié un d’une entreprise aussi nouvelle , et à tous égards aussi remarquable que la version de l’Ecriture en langue vulgaire ? Il n’est donc point vraisemblable que l’auteur du Catholicon soit Jacques de Voragine. N’en décidons point, pourtant. Attendons les lumières des savans, et en particulier celles de M. Oudin *?. M. Cave veut bien être encore là-dessus dans l’incertitude (3).

Voilà comment je parlai dans mon projet ; mais présentement je parle d’un ton plus ferme contre la conjecture du père Oudin : je suis fondé sur plusieurs bonnes raisons, qui viennent de très-bon lieu (4). Voici l'extrait d’un mémoire venu de Dijon : « Je » crois qu’on pourrait décider nette- » ment que Joannes de Janud ne » doit nullement être confondu avec » Jacobus de Voragine. Le premier , » qui est auteur du dictionnaire inti-

*1 Leclerc, d’après.le père Lelong, traite cette edition de chimérique.

*2 Joly dit que le père Oudin s’est rétracté dans le tome III de son Commentarius de Scripdoribus ecclesiasticis, imprimé à Leipsick en 1922; conséquemment long-temps après la mort .de Bayle, circonstance qui était a remarquer.

(3) Cave, de Scriptor. ecclesiast,, pag. 750.

(4) Du savant M. de la Mounoie.

BALBUS

» tulé Catholicon , n’a jamais été cité » sous le nom de Jacobus. Le second, » qui est auteur de la Légende dorée , » n’a Jamais été cité ous le nom de » Joanres.Le premier est toujours ap- » pelé Joannes de Janud, où Januen- » sis, parce qu'il était véritablement » de Gênes, de la famille des Balbi. Le » second, dont la famille est incon- » nue, est presque toujours appelé » Jacobus de Voragine, très-rarement » Jacobus Januensis ; et alors , il faut » ou sous-entendre archiepiscopus , » ou croire que c’est à cause du peu » de distance qu’il y a de ce bourg de » Ligurie, nommé Voragine , lieu » de sa naissance , jusqu’à Gênes. Le » premier n’était qu'un simple reli- » gieux Jacobin , le second a été élevé » à l’archevêché de Gênes. Tous les » auteurs , et les jacabins entre au- » trés , ont toujours distingué les » noms, le pays et les ouvrages de » ces deux écrivains. C’est ce qu’ob- » serve soigneusement Leandro Al- » berti dans sa Description della ri- » piera di Genova di Ponente. Jac- » ques Bracelli , Génois , qui écrivait » dès l'an 1431, et dont nous avons » un petit livre de claris Génuensi- » bus , n’y fait nulle mention de Ja- » cobus de Voragine, parce qu’il n’é- » tait pas de Gênes , mais y parle avec » éloge de l’auteur du Catholicon, » Joannes Balbus , auquel il n’aurait » pas manqué de donner la qualité » d’archevêque de Gênes , s’il l'avait » eue, comme il la devait avoir , sui- » vant l’opinion de ceux qui le con- » fondentavecJacobusde Foragine. »

Simler n’a garde de confondre ici deux auteurs en un , puisqu’au contraire d’un il en fait trois; car il parle de Joannes de Janu& , de Joannes Januensis, etde Joannes Balbus , comme de trois auteurs différens (5). Il se trompe de plus en plus, en mettant Baldus pour Balbus , faute que Quenstedt a suivie dans son Traité de la Patrie des Hommes illustres (6). Martinius donne aussi dans les fautes de multplication. C’est dans le catalogue des dictionnaires dont 1l s’est servi pour faire le sien ; il est au commencement de son Lexicon Philologicum | imprimé à Brême , en 1623, et puis augmenté à Francfort, en 1655, et réim-

(5) Epitome Biblioth. Gesneri.

(6) Pag, 307.

BALDE

primé à Utrecht, l'an 1697. Il allègue le Catholicon , achevé le jour des nones de mars 1286, et cite les propres paroles qui sont à la fin du dictionnaire de Joannes de Janud. Immédiatement après il allègue une Summa quæ vocatur Catholicon , publiée par frère Jean de Janua , et imprimée à Venise en 1487. Il est clair que ce ne sont que deux différentes éditions d’un même livre , et que la premiére ne devait pas être moins attribuée à Jean de Janua , que la seconde. Martinius n’y eût pas manqué, s’il avait su ce qui est dans l’article Janua au Catholicon achevé en 1286.

Je vois qu’on n’est pas encore bien d’accord sur l’auteur du dictionnaire qui a été le premier intitulé Catholicon. M. du Cange le donne à notre Jean de Janua , et veut que n1 Papias ni Ugutio , qui avaient fait des compilations antérieures , n’aient pas employé ce titre (7) ; maïs M. Borrichius, qui a écrit aprés avoir lu la préface de M. du Cange , ne laisse pas de soutenir que Papiasest l’auteur du Catholicon , et qu’il acheva cet ouvrage l'an 1286 (8). Il avait vu qu’on soutenait dans cette préface que Papias avait fleuri , non en 1200, comme l'assure Trithème , mais en 1053 , comme la Chronique d’Alberic le justifie ; et néanmoins il pose en fait que ‘ Papias a achevé son dictionnaire en 1286. IL fallait, ou réfuter M. du Cange , ou du moins observer qu’il se trompait. Ces ménagemens et ce silence ne font qu’embarrasser les lecteurs. En tous cas, c’est une forte présomption contre M. Borrichius , que de voir qu’il met la conclusion du dictionnaire de Papias précisément en la même année 1286 , que Joannes de Janué acheva son Catholicon. Le mémoire cité ci-dessus m’assure que Papias n’a point fait le Catholicon achevé l'an 1286 , et que Jean Balbi est le premier qui se soit servi du titre de Catholicon à la tête d’un dictionnaire. Il y avait long-temps que Barthius, sans avoir consulté la Chronique maauscrite d’Alberic, avait jugé que Papias était plus ancien qu’on ne le fait. Platine donne pour constant qu’il

(7) Du Cange, Præfat. Glossarii latin.

(8) Borrich. Append. de Lexicis græcis et lat,

& la fin de ses Analecta ad Cogit, de Ling. lat.

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