BEAUNE. BEDA
C'était un Picard (a), qui vivait sous le règne de François I°°. * I! se déclara l’ennemi juré de tous ceux qui voulurent faire refleurir les belles-lettres (b), et ce fut par-là qu'Érasme et Jacques Faber d’Étaples encoururent son indignation. Il prétendit avoir trouvé un grand nombre d’hérésies dans les paraphrases d'Érasme ,et publia un livre sur ce sujet. Erasme se justifia, et l’accusant à son tour, le convainquit d’une infinité de calom-
nies (A). Beda , au lieu de prou-
ver qu’il n’avait point été calomniateur , ou d’avouer qu'il n’avait pas bien compris le sens de son adversaire, recourut à des artifices de cabale. Ïl relut les livres d'Érasme : il en fit de nouveaux extraits , aussi infideles que les premiers (B) , et les donna à censurer à la faculté de théologie, où son esprit impétueux et charlatan , ses factions, ses déclamations violentes contre les nouveautés de ce temps-là, et contre ceux qui n'étaient pas assez ardens à les réprimer , lui donnaient une.espece de domination tyrannique (C). Il en abusa de telle sorte, qu'il fallut
enfin le livrer au bras séculier ,
qui, pour le punir de ses excès, le condamna à faire amende ho-
le premier et son indulgence pour le second.
Leclerc, à son tour, excuse Beda et blâme Farel. C’est ainsi qu'il a fourni à Joly la matière de près de dix pages.
(a) Erasmus, Supputat. Errorum Bedæ,
Jolio 22.
* Leclerc, d’après le père Hilarion de Coste, auteur de l'Histoire catholique du XVI.
siècle, dit que le nom de famille de Beda était BÉDÉ. Il doute qu'il fût Picard, parce que du Boulay le dit du diocèse d’Avranches, et né au Mont-Saint-Michel. I] ajoute qu’en 1502 Beda fut principal du collége de Montaigu.
(b) Bèze, Hist. ecclésiast., lip, T, pag. 2-
BEDA
morable (D), et à confesser en présence d’une infinité de monde , à la porte de l’église cathédrale de Paris, qu'il avait parlécontre le roi etcontre la vérite.
On le condamna de plus au bannissement (c). Geci se passa en 1535. IL s'était fort opposé au dessein , qu’eut François [*. de faire opiner la Sorbonne favorablement pour le divorce de Henri VIII. Il n'avait pas tort dans le fond ; car ce fut un veritable mystère d’iniquité que tout ce qu’on fit pour corrompre quelques universités de France : mais 1] gâta sa cause par ses manières emportées et par ses airs de mutinerie(E), etil s’en— veloppa même dans le crime de parjure. Il avait beaucoup de crédit aupres du premier président Lizet (d), homme bien plus propre à soutenir le personnage de mauvais controversiste , comme il fit avant sa mort (*), qu'à être à la tête du premier parlement de France. Beda fut un des principaux promoteurs du supplice de Louis de Berquin, comme nous le dirons dans l’article de ce martyr protestant.
En général , il'n’y eut personne dans Paris qui témoignât plus de violence que lui contre ceux qu’on appelait hérétiques (e); et de là vient que Théodore de
(c) Bèze, Hist. ecclés., tom. 1, pag. 15.
. (d) Voyez la remarque (E), et Érasme, Epître LVI du livre XXX, pag. 1941.
(*) Entendez cela de l'impression des Traités de Controverse de Pierre Lizet ; la plupart de ces traités ayant été composés par lui longues années auparavant, si nous en croyons le Passavant de Bèze. Voyez Dupin dans cette partie de la Bibliothéque ecclésiastique du XVIe. siècle, où il est parlé de Pierre Lizet. Rem. Crir.
(e) Bèze, Hist. ecclésiast, tom. T, pag.