‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 4)Chapitre 42 sur 109 · Voyez aussi l'Epist. XIV du livre XX · texte numérisé non relu

Voyez aussi l'Epist. XIV du livre XX

(5) C’est-a-dire, celui de Beda contre Érasme. {1 fut imprimé à Paris, chez Josse Bade, l'an 1526, in-folio. ®

{6) Chevillier, Orig. de l’Imprimerie de Paris,

pag. 174.

BEDA

» teur favorablement , et le 10 juillet » 1529 envoya par M. l’évêque de Ba- » zas les propositions au recteur, à » qui il donna ordre de.les faire exa- » miner par les quatre facultés assem- » blées, et non point seulement par » les docteurs en théologie, quos in » hâc materi& suspectos habebat , » comme dit le registre de la facul- » té.......Jene trouve point écrit » quel fut le jugement des quatre fa- » cultés (7). » Prenez garde que les théologiens de Paris s'étaient tellement rendus suspects de passion et d’emportement , que le roi ne voulut point qu'ils fussent juges en cette cause, sans l’adjonction des trois au-

tres facultés. Il est bon de voir de

quelle manière il brida ces zélateurs :

voici un extrait de la lettre qu'il écrivit au parlement le 9 avril 1526. « Et » parce que nous sommes deuement » acertenéz, qu'indifféremment ladite » faculté, et leurs supposts, écrivent » contre un chacun , en dénigrant » leur honneur, état et renommée , » comme ont fait contre Érasme , et » pourroient s’efforcer à faire le sem- » blable contre autres , nous vous » commandons. . .. qu'ils n’ayent en » général, nien particulier, à écrire » ni Composer, et imprimer choses » quelconques , qu’elles n’ayent pre- » miérement été revues et approuvées » par vous, ou vos commis, et en » pleine cour délibérées (8). » Ces règlemens-là ne durèrent guère, quoiqu’ils semblent dignes d’un établissement général et perpétuel.

(B) L{ fit de nouveaux extraits des

livres d’'Érasme, aussi infidèles que les

premiers. ] Plus 1l se sentaitconvaincu de calomnie, plus il travaillait à perdre celui qu'il avait calomnié. II s’avisa donc d’essayer, si, en produisant tout de nouveau les mêmes accusations, sous une forme un peu diflérente, il en tirerait un meilleur parti. Urit hominem..... quod ego resvondens et meam innocentiam et illius impudentiam sic omnibus ob oculos posui, ut in speculo non possit evidentius. ltaguè prorsus animo gladiatorio parat vindictam non se purgans, quod non potest, sed easdem calumnias alid specie rursus inge-

(7) PE dé Orig. de l’Imprimerie de Paris, pag. 175.

(8) Tiré de Chevillier, pag. 170, 180,

FA s

BEDA

rens. .… Habet sexcentas propositiones è paraphrasibus decerptas. ... eas ut narrant ad facultatem defert, et in aliquot jam audio pronunciatum. Sed quomodo proponit artifex ? Omittit quæ rem explicant , quæ calumniam excludunt : addit de suo quæ faciunt ad calumniam : proponit velut à me dicta hoc tempore quæ dicuntur ab evangelistis aut apostolis , et ad ecclesiæ primordia pertinent (9). Beda n’oubliait aucune friponnerie d’un infidèle faiseur d'extraits ; il sapprimait ce qui était propre à justifier l'accusé, et à faire voir la calomnie ; il ajoutait ce qui était propre à fortifier son accusation ; il détournait en un sens ce qui avait été dit en un autre. Il n’y a rien de plus aisé que de faire condamner par ces artifices une opinion innocente. Voyez la LXXIHE. lettre du XIX°. livre d'Erasme *. II se servit d’une autre machine : il choisit quelques chefs d’accusation; et les ayant mis en français, il les envoya à la cour , afin d’irriter les grands, les femmes, et en général toute la France contre l'accusé (10). Il s'était déjà servi du titre de roi de France , qu'Ërasme donna au roi d'Angleterre, en lui dédiant un livre; il s’en était, dis-je, déjà servi pour rendre odieux à la cour du roi très-chrétien ce pauvre auteur (11). Je ne sais si personne s’avisa de lui reprocher en face, qu’il avait grand tort de ne point travailler avant toutes choses à sa propre justification ; et que ‘c'était une grande honte de laisser les Listes d’Érasme sans repartie : Listes, qui le convainquaient manifestement d'erreurs grossières , et de calomnies honteuses.

Quüm meæ supputationes ob oculos omnium posuerint hominis inscitiam cum part malitid conjunctam , non cogitat de purgando, sed articulos aliquot decerptos ex acervo calumniarum et gallicè versos misit in aulam regiam.... INunc eosdem articulos vobis ingerit, scilicet in ordinem diges- 1o$s, ut novi videantur , perindè quasi

À (9) Erasmus , Epist. LXII?, Zibr, XIX, pag. 77:

“ Leclerc reproche à Bayle de citer ici comme autorité le même Erasme qu'il récuse dans la remarque (C) de l’article Farer.

sure) Idem, Epist. LXXI, libr. XIX, pag.

(11) Tbidem, et Epist. XII, Xbri XXIV, pag. 1309.

nihil sit responsum (12). C’est à cela qu’il fallait répondre , et ne se réserver pas tout entier pour des voies d’obliquité. Érasme fut peut-être le seul qui fit ce reproche à son adversaire, Wisi Bedda prorsus diffideret suæ causæ , responderet saltem ad quædam loca tam impudenter calumniosa vanaque , ut res manibus, quod ajunt, sentiri possit. Vunc hoc omisso quod in prümis curatum oportuil, vim parat, concitat facultatem ut articulorum turba suffragis et autoritaie me opprimat (13). Erasme, dis-je, fut le seul peut-être qui fit ce reproche near ordinairement ceux qui ne sont pas intéressés aux injustices d’un inquisiteur, se gouvernent par la règle plus penser que dire.

(EC) Son esprit charlatan, ses factons, ses déclamations.... lui donnaient dans la faculté de théologie une espèce de domination'tyrannique.

Je ne sais s’il y a rien de plus difficile que d’obtenir un jugement équitable dans un procés de doctrine contre un homme fait comme Beda. Il était violent de son naturel ; il ichait la bride à sa violence naturelle, avec d'autant plus de licence, qu'il se couvrait du beau prétexte des intérêts de la vérité ; 11 diffamait hardiment les gens dans un livre; il traitait de lâches prévaricateurs les personnes modérées. C'était le moyen d’obliger une partie des juges à lui donner gain de cause contre leur propre ‘conscience ; car il n’y a point de plaisir à se faire diffamer par des assesseurs de l’inquisition : en un mot, c'était le moyen de tyranniser la faculté de théologie.

Voici la plus fidèle description que l’on puisse voir de la manière dont un homme fait comme lui peut extorquer un décret académique, une sentence synodale, etc Jamais Michel Ange ne peignit plus heureusement. 17 omni consessu semper fuerunt, qui studiis et improbitate rerum summam sibt vindicant, nec temerè fit, ut melior pars vincat. Per illos primüm res privatim decernitur, mox excluduntur integriores, adhibentur idonei, præfatio commendat concordiam , adduntur minæ , Mic, inquiunt, apparebit,

(12) Erasmus , Epist. LXXI, lib. XIX, pag.

(:3) Idem, Epistolà LXXIL , libr. XIX, pag. 892.

ui sint Lutheranæ factionis. $i quis dixerit aliquid æquiùs, mox audit à frementibus, Luthero pejor. Sunt ingenia modesta, quæ malunt quiescere quam cum talibus contentionem susoipere. Sunt qui in gratiam privatam deflectant à suâ sententid : sunt qui metuant aut sperent aliquid , eoque premant quod judicant optimum : sunt qui iisdem affectibus excæcati sunt, quibus Bedda : sunt quos utcunque Sanos clamor ac tumultus aliorum, tla ut.fit, agit in furias. lia non fit, sed extorquetur senatusconsultum. In quo prodendo rursus qui extorserunt admiscent affectus suos ; aliis vel inscüs, vel conniventibus. Et hoc dicitur col- Legii decretum (14). Ce qu’il dit dans le quatrième feuillet de sa Supputatio Lrrorum in Censuris Bedæ est aussi une fidèle peinture. Deliguntur députati ad id idonei, quos oplant ii quorum vel auctoritas vel improbitas vinoit in collegiis, in quibus frequenter quod ait Livius major pars vincit meliorem , nonnunquäam minor sed importunior superat et majorem et meliorem. Allegatur relator. Decernitur.

Interim cum scribis res est. Et hic in- Julciuntur quædam obiter, quæ vel non sentiuntur, vel dissimulantur. Ce qu’il y a de déplorable est que le manége, dont on vient de voir la peinture, se met en usage lors même qu’il s’agit de condamner ce qui le mérite le plus. Voyez les plaintes que l’on a faites contre la tensure du livre de Marie d’Agreda (15). Notez que notre Beda vint à bout de ses desseins : la faculté de théologie censura les livres d'Érasme le 27 de décembre 1527.

11 est vrai que cette censure ne fut rendue publique que quatre ans après (16).

(D) On le condamna à faire amende honorable. | Barthélemi Latomus, qui était alors à Paris , manda cette nouvelle à Érasme. Beda tuus fecit emendam , ut vocant honorabilem, cum hdc confessione quod contra veritutem et Tresem loquutus esset, quæ verba ante ædem divæ Virginis magno populi concursu præeunte præcone palam pro-

4) Idem , Epist. LXXI, uibr. XIX , pag.

(5) Ci-dessus dans la remarque (C) de l’article de (Marie) d'AGREDA.

(16) Voyez Chevillier, dé l'Origine de l’Imprimerie de Paris, pag. 173.

La

BEDA

nunciavit : ne fortè Lutheranum illum:

Juisse putes. Sed tamen detinetur adhuc in carcere detrudendus in monasterium aliquod , ut ferunt , ubi et quando regi visum fuerit. Cette lettre de Latomus, datée du 19 de juin 5535, est la XXVIIe. du XXVIIL. livre parmi celles d'Erasme.

(Œ) 21 n'avait pas tort dans l'affaire du divorce de Henri VIII ; . .. mais

il gdta sa cause par ses... airs de

mutinerie.] MM. du Bellai, qui s’intéressaient extrêmement au bon succès du divorce de Henri VIII, disent beaucoup de mal de Noël Beda dans leurs lettres. Je n’aiencores veu ce roi, (celui d'Angleterre) ne ceulx qui ont le crédit envers lui en si bon train qu’ils sont , à quoi a merveilleusement ay dé ce que vos théologiens ont faict, selon l'advis qui est venu des ambassadeurs ; mais il y a ung Beda de ce nombre, qui est un très-dangereux marchant, et ne seroit grand besoin d’en avoir beaucoup de tels en une bonne compagnie. C’est ce que Jean du Bellai, évêque de Bayonne, écrivait de Londres à M. de Montmorency , le 29 de décembre 1529 (17). Guillaume du Bellai, son frère, écrivit à François Ier., le 9 juin 1530, que Beda avait fait de grands désordres dans l'assemblée de la faculté. « Durant » lesquels propos, dit-il, et cepen- » dant que leur Bedeau recolligeoit » les noms et opinions des délibérans, » pour voir quelle seroit l'opinion de » la plus grande partie, se leva un » desdits sieurs nos maistres, qui lui » arracha le roole des poings et le » deschira , et sur ce point se levè- » rent en troupe, et avec grand et » désordonné tumulte, commencé- » rent aulcuns à crier que c’estoit as- » sez fait et parlé, et que la plus » grande et plus saine partie estoit » d’avis de n’en délibérer sans escrire » à vous, sire, et au pape. Ainsi se » départit la compagnie, et les am- » bassadeurs du roi d'Angleterre , » qui se promenoient en une galerie, » et les virent sortir en tel désordre » et crierie , et oyrent tous les propos » qu’ils tenoient entre eux, se retiré- » rent à leurs logis fort mutinés, et » interprétans cette aflaire en très-

(17) Voyez l'Histoire du Divorce de Hen+ ri VIll, par M. le Grand, tome III, pas.

BEDA

» mauvaise part, et s’en attachèrent » à moy, disant que pieca ils sça- » voient bien que telle estoit la menée » de Beda et ses complices, de faire » la délibération telle qu’ils l’avoient » trouvée (18). » Du Bellai ajoute, 1°, qu’à sa prière, M. le premier président appela vers lui Beda , Barthélemy , Tabary , et aulcuns autres principaux autheurs de cette discorde et brigue , et leur fit promettre qu’ils se rassémbleroient le lendemain ; 2°. que sur une autre circonstance , le même premier président fét venir devers lui ledit Beda en l'église Nosire-Dame, lui remontra ses facultez et l'inconvénient où il pouvoit mettre le roi , et tellement le prescha qu’il lui jura très- Ææxpressément, non-seulement de n'em-

escher qu’il fust obéi aux lettres du pes q

roi, mais de soi employer comme pour sa vie à faire que la chose se passast sans bruit ne scandale (19) ; 3°. qu’encore que de prime face il ne voulust passe trop fier à cette promesse , pour autant que contre autre promesse pieca faile à monsieur le grand maistre, ledit Beda avoit commencé cette brigue, sans laquelle cette affaire se pouvoit démesler sans que le roi en Just empesché ne pour l'un ne pour l’autre ; toutefois, voyant que M. le premier président s'en vouloit fier à Beda, lui du Bellai n’avait point voulu derechef en écrire au roi. La lettre du 15 d’août de la même année est curieuse. Du Bellai y fait savoir à M. de Montmorency, 1°. que l’affaire avoit esié menée par telles et si meschantes brigues , quej’ay veu, ditil, telles fois les affaires du roy en danger d'en souffrir grandement ; et dans les remèdes que j'ai procuré journellement y estre mis par M. le premier président , ayant outre l'autorité en laquelle il est constitué, principal crédit de persuader audit Beda et ses complices, je vous asseure que tel inconvénient fust advenu pour les entreprises d'un fol, je n'ose dire mauvais homme, que le sens de mille sages eust ahanné de le réparer sans coust extresme, el peut-estre que tout autre juge non empoisonné de la persuasion que je voy audit sieur premier président, que le devant nommé Beda soit en parlant théologiquement (18) Li même, pag. 465, 466.

(19) La même, pag. 468.

indéviable et impeccable , lui eust imputé à péché mortel, ce que ledit sieur président à peine peut recevoir pour véniel , Lant y a que le roy a décerné commission pour informer des abus et insolences dudit Beda et ses consors ; 2°. que les ambassadeurs d’Angleterre avaient obtenu de François Ier. un ordre au bedeau de la faculté de théologie de bailler un double authentique de quelque acte signé de la main propre de Beda, et qu’ils avaient eu recours au roi, parce qu’avoir cela par congé de la faculté estoit rentrer à l'A BC, obstant la tyrannie pieca usurpée par ledit Beila et ses adhérans ; 3°. que le premier président (20) a tant la sainteté de Beda persuadée, qu’il ne peut croire de lui les fautes mesmes qu’il en voit, lesquelles pour vray dire sont telles, que sij'en avois fait de telles en mon endroit, et j'aurois une douzaine de tesles , J'aurois gagné qu’on ne m'en laissasl une, comme On pourra voir qui voudra lire la légende qu'en feront MM. les présidens le Viste et Povellot, ne voulant pourtant conclure, monseigneur, que ledit Beda soit seul méchant ; car il a prou de compagnons qui seroient bien aises de donner occa- Sion au roy de faire quelque chose par Précipitation à l'encontre d'eux, pour acquérir nom de martyrs envers le populaire. J'avois souvent ouy parler de leurs malignes entreprises sous titre et couleur de bonne foi et hypocrisie ; mais je n'en eusse jamais creu la dixme , si je ne l'eusse veu (21). Ces paroles valent leur pesant d’or; car elles représentent merveilleusement le caractère d’un grand nombre de ces turbulens zélateurs , qui causent mille désordres dans un état, par l'envie de dominer sur la multitude, et qui ne sont pas fâchés de se faire

ersécuter , afin que la populace, s’inbars à leur disgrâce, se soulève, et achève ce que leurs intrigues avaient commencé, L’évêque de Bayonne , dans ses lettres à M. de Montmorency , confirme la plupart des choses que son frère avait écrites.

(20) C'était Lizet, dont Thoédore de Bèze s’est tant moqué. Guillaume du Bellai Le représente ici comme un personnage faible, et peu capable de la charge qu'il avait.

(21) Au ITI®, tome de l'Histoire du Divorce de Henri VLII, par A1. le Grand, pag. 47%

La matière du roy d'Angleterre , ditil (22), a esté proposée à Paris, aprés qu'il n'y a eu plus d'ordre de y reculder. Beda y a fait le démoniacle, et s’est parti la chose sans rien faire : le roy veult qu'on y recommence, ets il est besoing qu’on lui envoye ledit Beda... ... Je fus adverti que messieurs de la faculté estoient entrez en con:

clave pour regratter encores la matière du roi d’ Angleterre, estans aucteurs et promoteurs de ce fait Beda , Barthélemy et leurs complices, lesquels après tant de beaulx et honnestes alarmes fuicts par eux, ainsi qu'avez entendu , sur l'heure qu’ils ont esté dechargez de la présence de leur doyen. ...., ont, de leur autorité particulière , entrepris de rompre ce que généralement en si grosse compagnie avoit esté faict et conclud... (23), Vous scavez , monseigneur | que piecza vous ay dit la suspicion qu'on avoit que Beda feist falcifier audit bedeau le registre, laquelle suspicion estre par ce mot plultost augmentée que diminuée, je ne voulus pas lui en donner le loisir (24). Par ces coups de pinceau nous pouvons connaître le vrai portrait de ce personnage. |

(F) Poict les titres de ses ouvrages. |] De unicä Magdalenä, contra Jacobum Fabrum et Judocum Clichtoveum, à Paris, en 1519. Contra Commentariosejusdem Fabri in Esangelia et Epistolas libri IL, et contra Ærasmi Paraphrases liber Z, à Paris, en 1526. Apologia adversus clandestinos Lutheranos, à Paris, en 1526.

ÆApologia pro filiabus et nepotibus Ann&æ, contra eumdem Fabrum *. On le croit auteur du ftestitutio in inte- A Benedictionis Cerei Paschalis (an

(22) Dans une lettre datée le 17 de juin 1530;, rapportée par M. \e Grand, iome IIE, pag. 480.

(23) Letire datée du 15 d'août 1530, la même, pag. 9x.

(24) Lettre du 15 d'août, rapportée par M. le Grand, tome IIT, pag. 50».

* Ce livre est de 1520, dit Joly, quoique Moréri et Dupin disent 1529 : c'est un volume in-4°.

(25) Aubert. Miræus y de Scriptor. Sæculi XVI, pag. 21.

BEDELL* (GuizLAUME), évé-

* Le Dict. de Chaufepié, saus signaler aucune erreur de Bayle , contient, en forme de supplément, des particularités sur G. Bedell,

BEDELL.

que de Kilmore en frlande , naquit l’an:1570, à Black Nottey, dans la province d’Essex. Il étu— dia à Cambridge , et y reçut le degré de bachelier lan 1599. Il sortit de cette université, pour aller exercer le ministère à Saint- Edmondbury , dans la province de Suffolk; ce qu’il fit avec un grand zele sans interruption , jusques à ce qu'il fut choisi pour chapelain de l’ambassadeur que le roi Jacques envoya à la république de Venise (a). Bedell noua une amitié tres-étroite avec

Fra-Paolo (A), pendant les huit

années de son séjour à Venise ; :

et lorsqu'il revint en Angleterre il y amena le fameux Marc Antoine de Dominis, et y porta divers manuscrits du père Paul , et entre autres l'Histoire du Concile de Trente. Il alla re-

rendre son ancien poste de Saint-Edmondbury , et s’occupa parmi les fonctions du saint ministère à traduire en latin l’Histoire de l’Interdit , et celle de l’Inquisition, que le père Paul lui avait données. Il les dédia au roi. Il traduisit aussi les deux derniers livres de l'Histoire du Concile. Il fut pourvu d’un bénéfice considérable dans le diocèse de Norwich, en l’année 1615.

Il le posséda douze ans, fort appliqué à tous ses devoirs , et se souciant fort peu de faire du bruit dans le monde. Il était si peu connu, que personne ne put donner de ses nouvelles à Diodati, théologien de Genève (B).

Sa réputation ne laissa pas de passer jusqu’en Irlande, où on le nomma, d’un commun consentement, principal du collége

(a) C'était Henri Wotton,

BEDELL.

de la Trinité (è). I] n’accepta cette charge, qu'à condition que ses supérieurs lui commanderaient de le faire; et comme le roi Jacques le Fi commanda , il obéit avec joie , etrémplit admirablement ses fonctions. Deux ans après, il fut pourvu de l’évéché de Kilmore, et de celui d’Ardagh en la province d’Ulster :

il était alors dans sa cinquanteneuvième année (c).Il trouva ces deux diocèses dans un grand désordre , et s 'employa avec toute sorte d’activite à y réformer les abus. Il commença par celui de la pluralité des bénéfices; et pour payer d'exemple , 1l résigna l'évêché d’Ardagh , et ne retint que l’évêché de Kilmore. Il fit des reglemens pour la résidence : 1l songea avec zele à la conversion des catholiques ; et croyant que rien ny pourrait plus contribuer qu’une traduction de l’Écriture en langue 1rlandaise (C), il fit travailler à cette version. Cette affaire rencontra bien des obstacles. Il témoigna beaucoup de zele pour la réunion des luthériens et des calvinistes (D). Il n’approuvait point ceux qui se servaient d’un style emporté contre le papisme (E) , et 1l ne les croyait pas propres à désabuser les errans. Ses maniéres étaient toutes différentes de leur méthode : elles étaient remplies de la charité aposto— lique ; et ce fut cette honnêteté, qui, avec la protection spéciale de Dieu, le-sauva de la fureur des papistes (F) , lorsqu'ils firent un si cruel massacre en Irlande, Van 1641. Sa maison, où plu-

(b) Ce collég'e est à Dublin, (c) C'était donc l'an 1629.

sieurs personnes avaient cherché un asile, fut épargnée pendant deux mois ; et enfin , lorsqu'on voulut employer la violence contre ces personnes , on garda ce ménagement pour lui, qu’on le pria de les renvoyer , faute de quoi on lui déclara qu’on avait ordre de le saisir. Il aima mieux s’abandonrier à la discrétion des rebelles que de faire sortir de chez lui ceux qui s’y étaient ré— fugiés. On le fit donc prisonnier avec ses deux fils, et on l’amena dans le château de Lochwater , avec la petite troupe qu’on trouva chez lui. Il eut la liberté de prêcher dans sa prison ; et, fort peu de temps apres, 1] fut mis en liberté avec ses deux fils, par un échange de prisonniers. Il fut mené chez un pasteur irlandais , et mourut dans péu de jours (d), avec les dispositions les plus chrétiennes que puisse avoir un véritable prélat. Sa fin fut digne de la belle vie qu’il avait menée : c'était le plus grand exemple que ces derniers siècles puissent opposer aux saints pasteurs de l’église primitive Lee

Les catholiques d'Irlande, à qui la haine pour les protestans et l'esprit de rébellion , inspirent plus de férocité que la nature même de leur climat et l’éducation, admirerent sa vertu, et lui donnèrent des marques fort signalées de leur respect le ; Jour de sa sépulture (G). Sa science était grande (H), et il laurait témoignée au public par un plus

(d) Le 7 de février 1642.

(e) C’est ce que le docteur Burnet à présent évéque de Salisbury , montre dans un grand détail, et avec une force ‘d'éloquence toute Singulière dans la Nie de ce prélat.

. Voyez la citation suivante.

grand nombre de livres (1), sil avait voulu mettre sous la presse tous ceux qu'il avait composés.

On n’en sauva presque rien : les rebelles dissiperent ses papiers et toute sa bibliothéque. Il avait soixante et douze ans lorsqu'il mourut, et il était encore fort vigoureux, et n'avait point eu besoin de lunettes ( f).

(f) Tiré de sa Vie , composée par le docteur Burnet, traduite en français par L. D.

M. , et imprimée à Amsterdam , en 1687, an-12.

(A) Bedell noua une amitié trèsétroite avec Fra-Paolo.] La confidence de ce fameux théologien de Vemise fut sans réserve pour Guillaume Bedell : illui découvrit son cœur, beaucoup plus imbu de la foi des églises réformées, que de celle du concile de Trente. On n’a peut-être jamais su des particularités aussi convaincantes de la foi réformée du père Paul, que le sont celles que M. Burnet a publiées dans la vie de notre évéque de Kilmore : J'en parlerai amplement en un autre lieu (1). Il me suffit de dire ici que le père Paul aida M. Bedell à apprendre la langue italienne , et qu’il en fut aidé pour apprendre la langue anglaise. Il avoua qu’il en recevait d’autres instructions plus considérables : voyez ci-dessous la remarque (H). J’ajoute que M..Bedell mit en italien la liturgie de l’é-

lise anglicane , et qu’il eut la liberté & s’entretenir avec Frà-Paolo tant et aussi souvent qu’il voudrait, lors méme qu'à cause des blessures que ce père avait recues, on ne le laissait aborder qu’à des gens tout-à-fait connus (2).

(B) IT était si peu connu, que personne ne put donner de ses nouvelles à Diodati, théologien de Genève. ] Pour un homme de peu de mérite, ce que je dis là ne serait pas un éloge ; mais étant question d’un habile théologien , et d’un pasteur qui faisait sa charge si dignement , on ne peut dire

(1) Dans l'article Sarpr. | Cet article n'a pas été donné par Bayle. ]

(2) Le Docteur Burnet, Vie de Guillaume Bedell.

FM

BEDELL.

qu'il m'était guère connu , que l’on ne

relève en même temps jusqu'aux nues

sa modestie, son humilité , son désintéressement, et plusieurs autres vertus véritablement pastorales, et malaisées à trouver. Où sont les ecclésiastiques à grands talens qui ne cherchent à faire du bruit dans le monde, et surtout jusqu'aux oreilles des souverains et des favoris ? Rapportons ce que le docteur Burnet remarque.

Diodati, dit-il (3), ce célèbre théologien de Genève, étant venu en Angleterre, n’y put trouver persohne qui lui en dit des nouvelles, bien qu'il eut beaucoup de connaissances dans le clergé. IL fut fort surpris qu’un hom me si extraordinaire, si fort admire a Venise , si tendrement chéri des personnes du plus insigne mérite , fut si peu connu en son pays. Îl avait perdu toute espérance de le voir, lorsque par un cas purement fortuit il le rencontra dans les rues de Londres , où ls se marquèrent tous deux beaucoup de surprise et de joie. Diodati le présenta ensuite au savant évéque de Durème, M. Morton, qu'il informa de l'estime particulière que le père Paul en faisait ; et ce prélat lui fit un accueil très-favorable.

(C) IT fit faire une traduction de l'Ecriture en langue irlandaise. ] Il avait appris cette langue, et quoiqu'il Jütirop dgé pour la parler, il l’entendit si bien, qu'il en fit une critique, et en donna une grammaire complète, qui est, dit-on, la première qui ait jamais été faite (4). En faveur des nouveaux convertis, il faisait lire tous les dimanches les communes prières en irlandais , et y assistait lui-méme...… On avait déjà traduit en irlandais le ÎVouveau Testament et la Liturgie ; mais jugeant que le Vieil ne devait

pas étre plus caché , il chercha quel-

qu’un qui possédét bien cette langue , pour le traduire (5): il jeta les Yeux sur un nommé King, âgé d'environ soixante-dix ans, lui donna les ordres.

le pourvut d’un bénéfice , et le pria de commencer. Cet homme n’entendant point les Jangues originales fut obligé de traduire sur l’anglais : son travail fut revu par Bedell qui, après avoir

(3) La même , pag. 35.

(4) Burnet, Vie de Guillaume Bedell, pag.

(5) La même, pag, 120.

BEDELL.

conféré la version irlandaise avec l’anglaise, conférait celle-ci avec lhébreu , avec les septante, et avec l’ita-

lien de Diodati. Dès qu’il eut vu que.

cet ouvrage était achevé, 1l se résolut à la dépense de l'impression ; mais on traversa son dessein : on fit entendre au vice-roi et à l'archevêque de Cantorberi que ce serait une honte pour la nation que de publier une Bible qui aurait été traduite par un homme aussi méprisable que King (6). I y eut un ecclésiastique qui impétra le bénéfice de ce King , et qui l’en chassa avec ignomunie et violence (7). On ne se contenta pas de l'en avoir dépouillé , on l’attaqua en son honneur.

C’est l’ordinarre, dit M. Burnet (8), de ceux qui commettent quelque injustice de la vouloir justifier par une autre, de charger leurs adversaires de calomaies , et de répéter leurs accusatons fort souvent, afin de prévenir le monde, et de les accabler si fort qu'ils ne puissent revenir à leur droit, et soient entièrement affaissés sous un 1el surcroft de malice. Bedell fit tout ce qu’il put pour empêcher l’oppression de ce pauvre traducteur, et se prépara à faire imprimer chez lui la Bible irlandaise ; mais les désordres survinrent, et 1l ne vécut pas assez pour exécuter sa résolution. Le manuscrit ne se perdit pas,: on travaillait & l'imprimer à la diligence de l’insigne

hilosophe chrétien M. Boyle (9) dès fe temps que M. Burnet publia la Vie de notre évêque (10).

(D) ZE iémoigna beaucoup de zèle pour la réunion des luthériens et des calvinistes. | Il ne se contenta pas de communiquer par lettres à M. Durr ses lumières et ses avis, i/ voulut l’assister dans la dépense qu’il lui fallait faire pour négocier cette union. LL lui

it une pension annuelle de vingt-cinq pistoles, qu’il pay a régulièrement à son correspondant de Londres ( 11). Ce M. Durry se nomme en latin Durœus :

on ne saurait croire la peine qu’il prit pour exécuter son projet de réumion, Je crois que sans se presser 1l fit autant de voyages que le jésuite Mat-

(6) Lu même, pag. 124.

(7) La même, pag. 125.

(8) La même, pag. 129.

(9) Burnet, Vie de Bedell, pag. 131.

(xo) C'est-u-dire, l'an 1685.

{11) Burnet, Vie de Bedell, pag. 132.

thieu, qui fut nommé Ze Posullon de la Ligue. Is sont comparables en quelque chose ; mais ils diffèrent en plusieurs autres. L’un était le ministre d’une ligue toute formée, et qui actuellement sous les armes ne méditait que des desseins violens : l’autre était le ministre d’une ligue qui ne subsistait qu’en idée, et qui n’eût été bâtie que sur la modération des esprits. I] ne faut donc pas s'étonner si lun d'eux courait la poste, et si l’autre voyageait commodément. On trouve parmi les traités que Duræus publia l’an 1662 (12) le sentiment de Guillaume Bedell sur les questions que l'entrepreneur de la réunion avait proposées aux théologiens. Ce prélat fit voir qu'il était propre à de semblables entreprises : voici comment.

Un grand nombre de luthériens furent s'établir à Dublin, et refusèrent de communiquer avec l’église d'Irlande. On les cita au conseil de l'archevêque : 1ls répondirent que les théologiens d'Allemagne ne trouvaient pas que la présence de Jésus-Christ en l’'Eucharistie fût enseignée conformément à leur doctrine par l’église irlandaise. L’archevêque les renvoya à l’évêque de Kilmore, qui leur fit une si solide réponse, que les théologiens d'Allemagne qui la virent conseillèrent aux luthériens de Dublin de communiquer avec l’église du lieu. Le docteur Burnet dit là-dessus que l’église d'Angleterre n’a donné aucune définition positive de la manière dont le corps de Jésus- Christ est présent dans le sacrement : de sorte que les personnes de différent sentiment peuvent pratiquer le même culte sans étre obligées de se déclarer, et sans qu'on puisse présumer qu'ils contredisent leur foi (13). J'ai toujours ouï dire que pour prévenir les schismes et les disputes, il n’y aurait rien de meilleur que d’éviter le détail, et que de donner aux formulaires la plus grande généralité que l’on pourrait.

(E) Z£ n’app rouvait point ceux qui se servaient d’un style emporté contre le papisme. | I prêcha un jour entre autres choses ce que l’on va voir :

« Permettez-moi, mes frères, de vous » dire ici librement ma pensée. Je

(12) Ce livre est intitulé, Irenicorum Tractatuum Prodromus.

(13) Burvet , Vie de Bedell, pag. 133.

» sais bien qu’elle ne sera pas au goût » de plusieurs ; mais cela ne m’em- » pêchera pas de décharger ma con- » science : et J'espère que les person- » nes de bon sens le trouveront bon.

» Jai cru il y a long-temps que la ma- » nière dont plusieurs traitent leurs » adversaires en leurs écrits et en » leurs sermons était blâmable. Ils 14- » chent la bride à leur plume et à » leur langue, et ce qu’ils disent n’est » qu’un tissu de calomnies et d’inju- » res. Îls pensent avoir fait des mer- » veilles quand ils imitent leurs en- » nemis, où quand ils les surpassent » en ce genre , où celui qui fait le » mieux faiteflectivementle plus mal.

» Ils tâchent de justilier leur procédé » par ce texte, Réponds au fou selon » sa folie, sans réfléchir qu’il est dé- » fendu par cet autre, /Ve réponds » pas au fou selon sa folie, de peur » que Lu ne luisois semblable. Mais » ils sont quelquefois d'autant plus » inexcusables, que n’entendant point » le sentiment des adversaires, ou du » moins le déguisant, et le rendant » plus déraisonnable qu’il n’est, les » preuves qu'ils apportent n’ont rien » de solide, et ne consistent qu’en » des paroles emportées sur des ter- » mes ambigus que chaque parti » prend en un sens différent (14)...

» N’envions point aux papistes et aux » autres hérétiques la gloire de sur- » monter nos adversaires en injures, » parce que plus on est excellent en » cet art, plus on s'éloigne du grand » modèle de charité qui dit : Appre- » nez de moi que je suis doux et hum- » ble de cœur (15)... Ce n’est pas avec » des paroles aigres et piquantes, mais » par la solidité des raisons qu’on fait » connaître l'erreur... Nous sommes » appelés à confondre Perreur, et non » pas à chicaner, ou à dire des inju- » res. On dit qu’Alexandre, ayant en- » tendu les brocards d’un de ses sol- » dats contre son ennemi Darius, le » reprit aigrement en ces lermes :

» Mon ami, jete prends à ma solde

(x4) Ce Prélat iouche les deux plus grands défauts de ceux qui manient les controverses. © L'un est qu'ils disent trop d'injures à leurs adversaires ; l'autre est qu'ils ne représentent pas fidèlement les opinions qu'ils réfutent ; ils dissimulent les raisons fortes de l’autre parti : ils s'attachent à de faux sens, etc.

(15) Ces paroles de Jésus-Christ étaient le texte sur lequel ce prélat préchait.

RS

BEDELL.

» pour combattre Darius ; et non pas » pour le traiter indignement conime » tu fais (16). Mais, en vérité, Jésus- » Christ, uotre capitaine , se sent bien » peu obligé à ceux qui traitent ainsi » leurs adversaires ; et il y a bien de » lapparence que, sil était encore sur » la terre, il leur dirait : 4 La bonne » heure, prédicateurs de mon Kvan- » gile, que vous réfutiez le papisme, » et que vous vous opposiez à l’Ante- » christ, mon ennemi, et à toutes les » sectes qui combatient sous son éten- » dard ; mais je ne vous ai pas appe- » dés pour les malirater de paroles.

» Voilà mes sentimens touchant la » manière dont nous devons traiter » avec ceux de la communion romai- » ne. Peut-être ne sont-ils pas confor- » mes à la pratique de Luther, de » Calvin, etde quelques autres grands » hommes. Mais s’il faut que notre » conduite soit réglée, il ne faut pas » qu’elle le soit selon l'exemple que » nous voyons en autrui: ils ont été » hommes, et peut - être ont - ils eu » la faiblesse de s’être trop empor-

«» tés (17). »

C’est une petite partie de l'extrait qu’on nous a donné de ce sermon dans la Vie de ce prélat. Celui qui a donné cet extrait nous a fait savoir que ce sermon fut préché peu après le différent qu’on eut dans la chambre des communes du parlement d'Irlande, où il ÿ avait béaucoup de papistes.

Le jugement du docteur Burnet làdessus est extrêmement digne d’attention. {ly donne, dit-il (18), une si belle méthode pour bien traiter Les controverses, qu’ilme semble qu’on y trouvera un avis aussi extraordinaire qu’il est peu en pratique.

(EF) Son honnéteté… le sayva de la fureur des papistes. | Leur amertume ( je me sers des termes de M. l'évêque de Salisburi ) n’était pas assez forte pour résister à là douceur qu’il leur avait marquée en toute rencontre, et qui leur fit dire fort souvent qu’il se-

Lu

(16) Je crois que M. Bedéll prend ici l'un pour l’autre : ce fut Memnon, general de Darius, qui parla ainsi à un soldat qui médisait d'Alexandre. Plutarch. Apophth., pag. z:"%4.

Mais comme les anciens ne sont pas loujours untformeswà appliquer ces sortes de mots aux mêmes gens, il se pourrait faire que M. Bedell eût lu ce qu'il di.

(17) Burnet, Vie de Bedell, pag. 145, 147.

(18) Li même , pag. 143.

BEDELL.

rait le dernier Anglais qui serait chassé d'Irlande. ZL fut le seul dans le comté de Cavan qw'on n'inquicta point , non-seulement en Sa maison, mais en son cimetière et en son église, qui étaient remplis de pauvres persécutés (19). Lorsque les rebelles lui firent dire qu'il congédiât les réfugiés qu'il avait chez lui, ils ajoutérent , Que comme il avait fait du bien à plusieurs, et n'avait désobligé personne, on le considérait plus qu'aucun Anglais qui füt en Irlande (20). Voyez la remarque suivante.

(G) Les catholiques irlandais. lui donnèrent des marques fort signalées de leur respect le jour de sa sépulture. | L’évêque titulaire de Kilmore avait pris possession de l'évêché : il fallut le supplier de permettre que M. Bedell fût enterré dans le cimetiére de son église : il allégua d’abord que c'était une terre sainte, qui ne devait plus être profanée par de tels enterremens ; mais enfin il accorda tout ce qu'on voulut : et ainsi le 9 février 1642 le corps du defunt fut inhumé auprès de celui de son épouse , comme il avait souhaité pendant sa vie. Les Irlandais voulurent en cette triste occasion lui rendre des honneurs extraordinaires. Le chef des rebelles assemdla ses troupes , les mit enordre, et leur fit accompagner le corps en grande cérémonie, depuis la maison de M. Shereden jusqu'au cimetière de Kilmore : ils voulaient méme que M. Clogy (21) fit l'office selon les statuts de l'église anglicane ; mais, quoique les gentilshommes lui eussent Jait cette honnéteté, on ne jugea pas a propos d'en user, de peur d’exciter . la rage d'une canaille qui n'était que trop échauffée. Lorsqu'on mit Le corps en terre ;, elle fit une décharge, et s’écria en latin, Requiescat in pace ultimus Anglorum , paix soit au dernier des Anglais ; et en effet, ils avaient protesté fort souvent qu'ils avaient plus de considération pour IH, Bedell que pour aucun autre des évêques anglais, et qu’il serait le dernier ôté de parmi eux (22).

(19) La même, pag. 181.

(20) La même, pag. 205.

(21) IL avait été ministre de Cavan, et avait demeuré long-temps auprès de Guillaume Bedell. C'est lui qui donna des mémoires au doc-

teur Burnet, pour faire la Vie de ce prélat.

(22) Burnet, Vie de Bedell, pag. 222, 223.

(H) Sa scienceétait grande. | Le père Paul déclara qu’il avait plus appris de Guillaume Bedell, en toutes les parties de théologie, spéculative et positive, que d'aucune autre personne qu'il eût jamais pratiquée (23). Ce même père avait lu Le Nouveau Testament grec avec tant d’exactitude , qu’il avait fait des notes sur chaque mot : mais, par la critique de M. Bedell , il comprit qu’il n'avait pas encore bien entendu certains passages ; et il fut ravi d’en apprendre le vrai sens , que ce docte Anglais lui montra (24). Marc Antoine de Dominis pria ce même docteur d'examiner les dix livres de la République ecclésiastique.

M. Bedell y corrigea beaucoup de méchantes applications des passages de l'Écriture, et beaucoup de citations des pères ; car ce prélat étant tout-àfait ignorant dans le grec ne pouvait qu'il ne fit toutes sortes de fautes : le grand nombre a été cause que M. Bedell n’a pu les corriger toutes (25). Il remarqua quelques méprises dans les œuvres du savant Usserius archevêque d’Armach. Elles n'étaient ni d'importance , ni en nombre ; mais parce qu’elles ne répondaient pas à l'exactitude singulière de ce grand homme , il crut qu’il les lui devait faire voir : il Le fit, et sa censure fut reçue de l'archevéque avec la douceur et l'humilité qui lui étaient ordinaires (26). 1] étudiait beaucoup , eé son étude principale c'était Le texte original de l'Ecriture , dont il avait lu si souvent l'hébreu et le grec des S'eptante , qu’il les avait aussi à La main que la version anglaise (27).

1) LL avait composé plusieurs livres, ] J'ai dit dans le corps de cet article, qu’il publia une traduction latine de quelques ouvrages du père Paul. Je dois dire présentement que De Dominis fut beaucoup plus satisfait de la version de M. Bedell , que de celle de M. Newton. Celui-ci traduisit les deux premiers livres de lAistoire du Concile de Trente ; autre traduisit les

(23) Burnet, Vie de Bedell, pag. 8. M. Wotton aiteste ce fait dans une lettre qu'il écrivit au roi d'Angleterre, rapportée dans la Nie de Guillaume Bedell, pag. 37, 38.

(24) Burnet, Vie de Bedell, pag. 10, 114

(25) La méme, pag. 11, 12,

(26) Lu même , pag. 230.

(27) La même , pag. 227.

deux derniers (28). M. Bedell publia

un livre de Controverse, l’an 1624, et le dédia au prince de Galles. Ce livre etait la Réfutation de quelques lettres de M. Wadsworth.CeM. Wadsworth, compagnon d'étude et de chambre de M. Bedell, était pourvu d’an bénéfice dans le même diocèse que M. Bedell, et fut envoyé en Espagne environ le méme temps que M. Bedell fut envoyé à Venise (29) : il fut envoyé, dis-je, en Espagne , dans la méme qualité de chapelain , destiné pour apprendre l'anglais à l'infante , lorsqu'on en eut arrété le mariage avec le roi Jacques. Il se laissa persuader de quitter sa religion et son pays ; et publia des Lettres sur les motifs de son changement (30). M. Bedell les réfuta, On croit que sa réponse fit effet sur le cœur de M. Wadsworth , quoiqu'elle ne l’ait point engagé à la profession extérieure de l’église réformée. On croit cela , à cause que le fils de ce nouveau catholique fut trouver M. Bedell à Kilmore, et lui dit qu’il avait ordre de son père de le remercier de lapeine qu'il avait prise à l’in- Struire ; qu’il lisait incessamment son livre, et qu'après ceite lecture il lui avait oui dire quelques fois qu’il voulait se sauver. M. Bedell fait mention de la découverte qui fut faite du nombre de la bête dans l’inscription d’une thèse dédiée au pape Paul V (31). On trouva que les lettres numérales de ces paroles Paulo VF, Vice Deo faisaient 666 ; mais il ne se vante pas d’être l’auteur de la découverte : il l'était pourtant (32), et il fit un plaisir extrême à Frà-Paolo, et aux autres théologiens de la république de Venise, quand il la leur communiqua (33). Il avait fait un fort long Traité sur ces deux Questions , où était l’é-

(28) C’est ce que je trouve dans la Vie française de M. Bedell, pag, 25, 26. Or c'est sup- Poser que cet ouvrage du père Paul n'est divisé qu'en IV livres : cependant toutes les éditions que j'ai vues en ont VIII.

(20) Je rapporte les propres paroles de la Vie de Guillaume Bedell, quoique j'y trouve un peu de difficulié; car il me semble qu'il se Passa plus de douze ans, depuis l'ambassade de Wotion à Venise, jusqu'au traité de mariage du prince de Galles avec l'infante.

(30) Vie de Bedell, pag. 4, 5.

(31) Lu méme, pag. 54.

(32) M. Woiton en assura le roi Jacques, Là méme.

(33) Burnet, Vie de Bedell,pag.13.

BÉGAT.

glise réformée avant Luther ? et quel

a été le sort de ceux qui moururent au giron de l’église romaine avant la ré- Jormation ? I] était résolu de le donner au public, et le docte Usserius l'en avait souvent pressé : la rébellion d'Irlande a fait périr cet ouvrage (34), et un grand amas d'expositions eritiques sur difjérens passages de l’Ecriture, et ses S'ermons et ses Par aphrases Jort savanies sur toutes les épitres et les évangiles du jour , selon la liturgie anglicane (35). Les Irlandais s’en saisirent et de ses autres manuscrits, dont il ÿ avait une grande caisse pleine : il n'y eut que son grand manuscrit hébreu, qui fut heureusement retiré d’entre les mains de ces profanes , et se conserve & présent dans la bibliothéque du collége d' Emmanuel. Ce bonheur arriva par l'entremise d’un Irlandais qu’il avait converti , qui, se mélant parmi les rebelles , emporta ce manuscrit et quelques autres livres.

On est tenté de croire que c’est le même dont il est parlé dans la page 25. Or là il est dit que M. Bedell acheta à Venise du rabbin Leo , premier chacham de la synagogue, le beau manuscrit du Wieil Testament qu’il donna au collége d’Emmanuel, quoiqu'il l’estimät beaucoup ; car on dit qu'il lui coûtait son poids en argent.

BÉGAT (JEan), conseiller au parlement de Dijon , fut député à Charles IX , l’an 1563, pourlui faire des remontrances sur l’édit qui avait accordé aux protestans l'exercice de leur religion après la première guerre civile. Les États de Bourgogne avaient résolu de s'opposer malgré l’édit aux as— semblées des protestans , et pour le faire trouver bon à la cour, on y envoya Bégat, qui harangua fortement sur cette matière.

Il publia ensuite une Æpologie, où il prétendit montrer par plusieurs raisonnemens que l’on ne doit point souffrir deux reli-

gions dans un état, et que cette tolérance est injurieuse à Dieu, et contraire au repos public.

Les protestans publherent un écrit contre celui-là (a) (A).

BELLAT.

(a) Ex Thuani lib. XXXVI, pag, 730, ad ann. 1564. :

(A) IL publia une Apologie... Les protestans publièrent un écrit contre celui-la. ] Je n’ai point encore vu de catalogue d’auteurs , qui fasse mention de cet ouvrage de Bégat : et c’est ce qui m’a déterminé à le déterrer : outre qu’on verra dans cet article le

eu de respect qu'on avait alors en Trance pour l’autorité royale. La province de Bourgogne, non-seulement ne défére pas aux volontés de son roi, mais elle décide , après une mûre délibération dans l'assemblée de ses états, qu’elle n’obéira point. Quand on représente de semblables choses aux Français , depuis les révolutions arrivées en Angleterre l’an 1688 *, ils ne savent que dire , et ils voudraient bien que les preuves de ces récriminations ne subsistassent nulle part.

J'ai la Remontrance de Bégat , imprimée en latin , à Cologne , l'an 1564, Elle est intitulée, Responsum Conventis trium Ordinum Ducatis Burgundicæ de edicto pacis nuper in causä religionis factæ , ad christianissimum Galliarum regem Carolum nonum , anno 1563.11 est étonnant qu’elle soit si inconnue : car elle fut traduite en plusieurs langues , comme je viens de le voir dans les Meslanges Paradoxalles de Pierre de Saint-Julien. Ce passage est si curieux, qu'il mérite d’être rapporté sans retranchement.

« Pour parler de chose plus récente , » lorsque la cour de parlement de » Bourgongne , séant à Dijon, députa

* Bouhier, cité par Joly, prétend que dans cette phrase Bayle compare la conduite des Bourguignons, sous Charles IX, à celle des Anglais sous Jacques II :il raconte qne Bégat fut envoyé deux fois député à Paris pour faire des remontrances contre les édits en faveur des protestans, qu'il fut toujours bien accueilli à la cour, et que même la première fois il recut des lettres de félicitations de l’Hospital. Ce fut lors de son second voyage à Paris qu'on lui fit la réponse, rapportée par Pierre de Saint-Julien Joly renvoie au reste à l'Æisioire des Commen+ tateurs de la coutume de Bourgogne par Bouhier et à la Bibliotheque de Bourgogne. Bégat est mort le 21 juin 1572, à quarante-neuf aus.

» M. Jean Bégat conseiller en icelle, » pour aller rendre raison au roi, » pourquoi ladite cour n’avoit pro- » cédé à la publication de l’édit de » janvier (1), ( où icelui sieur Bégat » parla si bien et si doctement, que » autre remonstrance n’a esté mieux » receue de nostre tems : ce que se » peutjuger, parce que icelle remon- » strance francoise a estétraduicte en » latin, italien | espagnol et alle- » mand) , il advint que séparément » ledit sieur Bégat tomba en propos » avec le sieur chancellier de l’'Hospi- » tal sur le même faict. Et comme le » conseiller feist fondement des privi- » léges de Bourgongne , et dit que le » roi les avait juré , et promis obser- » ver : ledit sieur de l’Hospital ( ro- » gue comme un chancellier ) retor- » qua qu’il n’appartenait aux subjects » d'agir contre leur roi ex sponsu ( ce furent ses motz ) et que toutes conventions de princes souverains » avec leurs subjects ne les obligent » que tandis qu’il leur plaira (2). »

(x) Je crois qu'il se trompe, et qu'il confond l’'édit de janvier 1561 avec l'édit de pacification du mois de mars 1563. ÿ

(2) Pierre de Saint-Julien, doyen de Chélons, Meslanges Paradoxalles, pag. 123.

BELLAT, famille illustre et ancienne dans Anjou, de laquelle sont sortis quelques grands hommes. Voyez dans Moréri une longue suite de la généalogie de du Bellai, et un assez grand détail sur les personnes de ce nom qui se sont le plus distinguées.

J’éviterai autant qu'il me sera possible les répétitions en parlânt de Guillaume du Bellai, et de Jean du Bellai son frere. Je veux dire , qu’autant que faire se pourra je laisserai ce qui a été déjà pris par M. Moréri.

BELLAT (GuiLLAUME pu), seigneur de Langei, était fils de Louis du Bellai (a), et de Mar-

guerite de la Tour-Landri. Il rendit de grands services à Fran-

(a) IL fonda la branche de Lange.

cois J°"., tant par son courage, que par son esprit: il ne fut pas moins un bon capitaine qu’un habile négociateur, et il eut la plume aussi bonne que la langue et que l’épée. Son adresse à pénétrer par ses espions , et par ses intrigues , les desseins des ennemis, était surprenante. Voyez dans Moréri ce que Brantôme en a dit, et ajoutez-y ce que je rapporte ci-dessous (A). Il fut un des principaux ressorts qui pousserent quelques universités de France à opiner selon les passions de Henri VIIT, roi d'Angleterre, lorsque ce prince se voulut défaire de sa femme par la voie du divorce, afin d’avoir les mains libres pour épouser Anne Boulen.

Il était de l'intérêt de la France.

de favoriser en cela le roi d’Angleterre; car le divorce de la reine Catherine était un affront pour l’empereur, et un plaisir pour Henri VIII. Cet affront d’un côté , ce plaisir de l’autre, étaient fort capables de former une liaison tres-étroite entre le roi d'Angleterre et François I*.

De là vint que Guillaume du Bellai employa tout son savoirfaire en faveur de Henri VIIT.

IL fut envoyé plusieurs fois en Allemagne auprès des princes de la ligue protestante : il ÿ esquis vait adroitement les coups que Von lui portait, touchant la sé— vérité avec laquelle le roi son maître punissait les hérétiques (B). Il fut fait chevalier de l’ordre , et lieutenant général en Italie. Il avait composé en latin une {Histoire de son temps (C), divisée en ogdoades (b); et puis,

(b) Cela veut dire qu’il faisaitses divisions de huit livres en huit livres. La Croix du

BELLAT.

par ordre du roi , il Pavait tra duite en français. Quelqu'un s'empara de cet ouvrage, de

sorte que le public en est de.

meuré frustré à la réserve de quelques fragmiens, et de trois ou quatre livres, que MARTIN pu BezLar, frere de l’auieur, a insérés dans ses Mémoires (D).

On verra dans les remarques le jugement que Montaigne à fait de ce hvre(E). Le prologue contient des avis tres-Importans aux historiens, et des réflexions trèssolides sur les indignités qu’on fait à l’histoire (F). Cest par une erreur palpable, qu’on 1mpute à Guillaume du Bellai un écrit sur la discipline militaire.

(G). Je crois qu'il était l’auteur des autres ouvrages qu’on lui attribue (H); mais je ne pense pas qu'ils aient jamais été imprimés. J’excepte l'Epitome des Antiquités des Gaules , qui fut imprimé, avec quelques autres petites pieces, l’an 1556 #,.

La Croix du Maine assure que Guillaume du Bellai naquit environ l'an 1498, à Glatigni, dans le Perche (c). Je crois qu'il se trompe quant au temps (1).

Maine s’est imaginé faussement que Guillaume du Bellai avait fait un livre intitulé Ogdoade , qui étaig différent de son Histoire de France.

*“ Bayle n'a pas connu, dit Joly, le poëme intitulé : Guillelmi du Bellai peregrinatio humana , 1509. In-8°. de 122 pages.

(c) La Croix du Maine , Biblioth. franc. , pag. 130.

(A) Son adresse à pénétrer les desseins des ennemis était surprenante :

voyez ce que je rapporte ci-dessous. ] Francois de Billon observe que le seigneur de Langey ne commencait jamais l’exécution d’aucune entreprise militaire, qu'après avoir employé sa plume à découvrir l’état des

choses (1). I] rapporte ensuite ces paroles de Charles-Quint , la plume de .… Langey m’atrop plus fait la guerre, que | toute lance bardée de la France (2). I] dit beaucoup de bien des secrétaires de ce seigneur ; car après avoir parlé d’un personnage qui offrit inutilement deux mille écus d'or pour avoir copie d’une lettre qu’un cardinal avait écrite à François Ier. ,1l ajoute que ce personnage s’en alla assez confus comme s'étant présumé avoir affaire a quelques bons marchantz semblables à ceux du deffunet marquis du Guast, qu'un secrétaire du mémorable Langey ( nomme Landry ) menoit secrétement par le bec jusques au fons de leur pensée par voye d'argent. Le tout pour l’af- Jection qu’il portoit à un maistre qui se Jaisoit faire au besoin voluntaire sacri-

ice des cœurs de ses secrétaires et d’autres gentizhommes , dont encore à sa louenge ( et pour avyser la France des gens de service de son tems ) on dit en maint honneste lieu ce mot, nourriture de Langey (3). Si l’auteur qui a tant parlé des grands eflets de la plume , et qui en a cité tant d’exemples , avait su ce que je viens de citer, 1] en aurait orné son ouvrage intitulé Arma anserina (4).

(B) 1 esquivait adroitement les coups que l’on lui portait touchant...

le supplice des hérétiques.] Voyez le précis de sa harangue dans le IX£. livre de Sleidan : on ne pouvait pas plaider plus adroitement qu'il le fit pour le supplice que François Ier. avait fait souflrir à quelques-uns de ses sujets imbus de la nouvelle opinion *. Mais les conversations de Langei étaient pour le moins aussi adroites que ses harangues : il conférait avec les docteurs , et leur avouait que sur plusieurs points le roi son maître ne s’éloignait pas beaucoup d’un livre que

(1) Billon, Fort inexpugnable de l'honneur du sexe féminin, folio 36 werso, édition de Paris, en 1555, in-49.

(2) La même, folio 2317.

(3) Là même, folio 245 verso,

(4) Imprimé à Leyde, en 1670, in-12.

* Leclerc, pour excuser du Bellay, dit que son discours lui avait été dicté. Du reste, dit-il , il ne trompa pas les protestans ; car, 1°. aucun Allemand n'avait été puni en France pour les placards; 20. les auteurs de ces placards ne pouvaient pas être avoués par les protestans d'Allemagne ; 30./les condamnations prononcées ne l'avaient pas été par préjugé contre, le lutheraulsme, ù

BELLAI.

Mélanchthon avait publié (5). Le père Maimbourg s’est mis là-dessus fort en colère contre Sleidan, Comment est ce , demande-t-il (6), que Le seigneur du Bellai(7) pourrait avoir dit aux luthériens une chose si fausse , et si éloignée de toute vraisemblance P lui, qui au commencement de cette méme année avait suivi Le roi à une célèbre procession, où ce prince avait témoigné tant de zële pour la religion catholique , et au retour de laquelle il fit bruler tout vifs à petit feu six hommes convaincus du luthéranisme ?

J'aimerais autant demander, comment serait-il possible qu'un ambassadeur Jin et adroit se servit de quelques déguisemens , lorsqu'il veut obtenir des choses de grande importance, qu’un aveu sincère lui ferait manquer infailliblement ? Le père Maimbourg avoue (8) que du Bellai déclara, que ceux qu’on avait punis en France n’étaient pas des gens que les protestans d’Allemagne pussent avouer. Ce même jésuite ne censure point Sleidan d’avoir dit que du Bellai protesta que le roi son maître n'avait point établi un préjugé contre le luthéranisme par le supplice auquel il avait condamné quelques-uns de ses sujets, et qu'il n’y avait que de malins calomniateurs qui pussent dire une telle impertinence. {llum animadvertisse quidem in suæ ditionis quosdam : sed hoc ad ipsorum injuriam nullam pertinere , tameisi malevoli dicant quüm illos medio sustulit, ipsorum quogue causam veluti præjudicio quodam condemndsse : rogat autem ne tam ineptis calumniis moveantur (9). Il faut donc que le père Maimbourg ait cru que l'ambassadeur avait parle de la sorte:

or que peut-on dire de plus contraire à la bonne foi, de plus'faux, de moins vraisemblable ? La notoriété publique n’apprenait-elle pas qu'à Paris on ne faisait point plus de quartier aux luthériens, qu'aux zuingliens ? Voyez ce qui a été dit sur tout ceci contre le père Maimbourg

(5). C'étaient ses lieux communs.

(6) Maimb., Histoire du Luthéran., Liv. TTT, pag: 232.°

(7) À la page précédente, il l'appelle Guillaume de Langey, seigneur du Bellai. C'est renverser l'ordre. x

(8) Pag. 231 de son Luthéranisme.

(9) Sleidanus, lib, IX, folio 218:

dans la Critique générale de son Calvinisme (10). Nous avons ici un article de la religion du souverain , et un point du catéchisme des ambassadeurs ; c’est qu’il faut persécuter chez soi l’hérésie , et la caresser chez les étrangers , ou pour J'exciter à une

uerre civile dans un état qu’on a intérêt d’aflaiblir , où pour se fortifier d’une alliance avantageuse. Agir selon la doctrine des équivoques , c’est le métier des ambassadeurs. C’est pour eux principalement qu’elle aurait dù étre inventée. Si elle était sûre dans le barreau de la conscience , elle leur serait absolument nécessaire pour le salut éternel. Au reste, la bonne foi de Sleidan a été mise dans tout son jour par M. de Seckendorf. Il cite des lettres de Guillaume du Bellai, et de Jean du Bellai son frère , écrites à Mélanchthon , par lesquelles ils l’assuraient des bons sentimens de Francois Ier. (11). Il cite même une lettre que ce prince écrivit à la ligue de Smalcalde, pour excuser les supplices en question (12). On se jouait manifestement des princes ligués : et pour les empêcher de s’accorder avec Charles-Quint, on tâchait de leur faire accroire bien des choses. Un historien moderne (13) rémarque que tout le discours de Guillaume du Bellai à la faculté de théologie de Paris, assemblée pour délibérer sur le divorce du roi d'Angleterre , était plein de fourberies : pourquoi aurait il été plus sincère au préjudice de François Ier.

en Allemagne ?

(C) I? avait composé en latin une Histoire de son temps. ] Scévole de Sainte-Marthe s’est fort trompé, lorsqu'il a dit que cet ouvrage était l’histoire de France , depuis le commencement dé la monarchie jusques au temps de l’auteur. Historiam de rebus Gallicis , ab ipsé imperii origine, ad sua usque tempora, tum latin tum

allicè, gravissimo stylo persecutus est (14). S'il avait lu les préfaces, il n'aurait pas dit cela ; car Guillaume

(xo) Leure XVIII, pag. 333 de la TITI.

édition.

(11) Seckendorf, Ub. III, pag. 100. Voyez aussi pag. 259, num. 12.

(12) Ibidem, pag. 104.

(3) Le Grand, Histoire du Henri VIT, tom, I®., pag. 150.

(14) Sammarth. in logis, pag. 12.

Divorce de

BELLAÏ.

du Pellai déclare en termes formels (15) , que le commencement de ses Mémoires est dès la première adolescence de Francois Ier. Il ajoute que d’abord il y avait mis, comme par manière d’avant-propos , un discours sur l’origine des Gaulois et des Français , et sur la réduction de ces deux peuples en une seule nation, qui secoua le joug des Romains : mais qu’ensuite 1l mit ce discours à part, et l’augmenta de telle sorte, qu’il en fit un ouvrage séparé , et l’une des sept Ogdoades qui composaient son histoire. [Il traitait dans cette Ogdoade :

1°. de l'antiquité des Gaulois et des Français ; a°. de la division des Gaules et de la France : il donnait là une

description géographique, et accor-

dait le plus qu'il pouvait les noms modernés avec les anciens ; 3°. des lois et coutumes tant militaires que politiques , et des charges et des dignités. l{approprioit le temps passé au présent , au mieux et au plus près qu’il avoit pu faire (16). Martin du Bellai ne condamne pas moins clairement Scévole de Sainte-Marthe : Feu mon frère , messire Guillaume du Bellai, avoit composé , dit-il (15) , sept Ogdoades latines , par lui mesme traduites du commandement du roi en nostre langue vulgaire , où l’on pouvoil voir comme en un clair miroir, non-seulement le pourtrait des occurreénces bE CE SIÈCLE , Mais une dextérité d’escrire merveilleuse, et à lui péculière , selon les jugemens des plus savans. Si l’on y avait pu voir toute l’histoire de la monarchie, se fût-il borné à recommander les mémoires de son frère par les seules occurrences de ce siècle , et par le style ?

Notez que le livre de l'Antiquité des Gaulois et des Français est si rempli de mensonges , qu’on dirait que l’auteur se proposa moins de faire une histoire, que de forger un roman. {Von Francogallicæ Historiæ., sed Amadisicarum Fabulurum instituisse tractationem videtur. C’est ainsi qu’en parle Francois Hotman, à la fin du IV. chapitre de sa Francogallia.

(D)... dont il ne reste que quelques

(x5) Dans son prologue: voyez la pag. 454 des Mémoires de Martin du Bellai. Édition de la Rochelle, en 1573, in-80.

(16) La même, pag. 4517.

(17) Dans la préface.

livres , que Marin pu BEzLA1.…. à insérés dans ses Mémoires. ] il était lui aussi homme de guerre et de ‘plume.

il fut chevalier de l’ordre du roi, capitaine de cinquante hommes d’armes de ses ordonnances , et son lieutenant général en Normandie. Il a laissé des Mémoires, qui s'étendent depuis Pan 1513, qu’il vint à la cour, jusques à la mort de François I*r. Ce sont des Mémoires tant de la paix que de la guerre, dont je puis parler , dit-11 (18), en partie comme tesmoing oculaire ; car en plusieurs endroits , et decà et dela les mons , me suis trouvé en personne , et des autres ai peu avoir certain advis par ceux qui ont esté présens. De dix livres qui composent cet ouvrage , il n’y en a que trois qui appartiennent à Guillaume du Bellai, si l’on s’en rapporte au frontispice , à la préface de Martin du Bellai, et au titre du Prologue des Ogdoades ; mais si l’on consulte le haut des pages , et le titre particulier qui est à la tête de chaque livre , on trouve que le V£., le VIe., le VII. et le VIII. livre appartiennent à Guillaume du Bellai, et que le Ier. , le IIS, le IIIe, , Le IVe. , le IX°., et le X°. appartiennent à Martin. Ce qui appartient à Guillaume est tiré de la Ve. Ogdoade , et s'étend depuis l’année 1536, jusques à l’année 1540 (19). L'ouvrage entier de Guillaume comprenait sept Ogdoades ; maïs la première ne regardait point François er. : elle traitait des Antiquités des Gaulois et des Francais, etc., comme Je lai déjà dit (20). Les six autres étaient destinées au règne de ce monarque. Les dix livres que nous avons en partie de Guillaume , et en partie de Martin , furent imprimés à Paris, Van 1569, in-folio, par les soins de René pu BéLcat, baron de la Lande, gendre de Martin. Je vois citer une édition de Paris, in-folio, en 1572 ; et J'en ai vu une, qui fut achevée d'imprimer à Paris, le 29 d’octobre 1587, in-folio, par Pierre le Voirrier , imprimeur du roi ès mathématiques. Elle se vendait chez Pierre V'Huillier, Du Chêne, dans la Bibliothéque des auteurs de l'Histoire de France (21), dit qu’il y à une édition de

(18) Dans sa préface.

{19) Préface de Martin du Bellai, (20) Dans la remarque (CG). \

(21) Pag. 85.

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