‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 4)Chapitre 43 sur 109 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

BELLAI.

Genève , en 1594 , in-80. : il ne parle point de celle de la Rochelle, en 1593, in-8°. Hugues Sureau mit cet ouvrage en latin , et le publia à Francfort , in- Jfolio , lan 1574. Martin du Bellai était mort à Glatigni, le 9 de mars 1559 (22). Il avait épousé Isabeau Chenu dame d’Yvetot; et par ce mariage , il était devenu prince d’Yvetot (23).

(E) On verra ci-dessous le jugement que Montaigne a fait de ce livre.

Voici ses paroles : « C’est tousjours » plaisir de voir les choses escrites » par ceux qui ont essayé comme 1} » les faut conduire ; mais il ne se peut » nier, qu'il ne se découvre évidem- » ment en ces deux seigneurs ici, » un grand déchet de la franchise et » liberté d’escrire, qui reluit ès an- » ciens de leur sorte, comme au sire » de Jouinville, domestique de saint » Louis, Eginard, chancelier de » Charlemagne , et de plus fraîche » mémoire en Philippe de Comines.

» C’est ici plustost un plaidoyer pour » le roi François contre l’empereur » Charles V, qu’une histoire. Je ne » veux pas croire qu'ils ayent rien » changé, quant au gros du faict ; » mais de contourner le jugement des » événemens, souvent contre raison, » à nostre avantage, et d’obmettre » tout ce qu’il y a de chatouilleux en » la vie de leur maïistre , ils en font » mestier : témoin les reculemens de » messieurs de Montmorency et de » Brion, qui y sont oubliés, voire le » seul nom de madame d'Estampes » ne s’y trouve point. On peut cou- » vrir les actions secrètes ; mais de » taire ce que tout le monde scait , » et les choses qui ont tiré des eflects » publics, et de telle conséquence, » c’est un défaut inexcusable. Som- » me, pour avoir l’entière connois- » sance du roi Francois, et des cho- » ses advenues de son temps , qu’on » s’adresse ailleurs , si on m’en croit.

» Ce qu’on peut faire ici de profit, » c’est par la déduction particulière » des bataïlles et exploicts de guerre » où ces gentilshommes se sont trou- » vez , quelques paroles et actions » privées d’aucuns princes de leur » temps, et les pratiques et negocla-

(22) La Croix du Maine, Bihliothéque fran-

çaise, pag. 314.

(23) La même, pas. 313.

» tions conduites par le seigneur de » Langeay, où il y a tont plein de » choses dignes, d’estre sceues , et des » discours non vulgaires (24). » Si M. Moréri avait lu les Mémoires de ces messieurs , il faudrait conclure qu’il ne savait guère juger d’un livre; car il dit que le style de Guillaume du Bellai est pompeux et magnifique , et de la manière que doit écrire un homme de qualité. Premièrement, il est certain que le style de cet illustre personnage n'est point pompeux et magnifique : il n’est point châtié, il ne sent point le travail, on y trouve quantité de termes écorchés du latin; ce qui témoigne que l’auteur se rend justice , lorsqu'il déclare qu’il n’a point songé à la perfection du style.

En second lieu, ce ne sont pas les personnes de qualité qui écrivent d’un style pompeux : ce n’est nullement par ce caractere que l’on découvre si un auteur est de qualité. Un rhétoricien de profession , un moine prédicateur, donne cent fois mieux dans la pompe du langage, qu’un homme de cour.

(F) Le Prologue de ses Ogdoades contient des avis tres-importans aux historiens... sur les indignités qu’on fait à l'histoire.] Jamais on n’a eu plus de besoin qu’au temps où nous sommes, de faire attention à cela ; mais le grand mal est qu'aujourd'hui la plupart de ceux qui font les fautes censurées par Guillaume du Bellai, ne péchent point par ignorance. C’est la malice, c’est l’animosité, ou bien l'envie de s’accommoder au goût populaire, et d’en tirer du profit, qui engagent à falsifier les relations.

Quelle que puisse être la source de ce désordre, je mettrai ici un long passage de cet auteur. 1 remarque trèsjustement qu'il importe que ceux qui savent les choses se hâtent de les publier ; car, autrement, la peine de remonter jusqu’à la première origine devient trop grande. Voici son vieux gaulois, « En hystoire, dit-il (25), de » tant plus est la tardiveté périlleuse, » que la vie des mortels est courte : et

(24) Montaigne, Essais, div. IT, chap. X à la fin, tom. IT, pag. 155. Edition de Paris, en 1659, in-12.

(25) Guillaume du Bellai, Prologue des Ogdoades, pag. 435, et suiv., édiuion de la Rochelle, en 1573, in 8°.

) BELLATI.

» si par ceux qui ont cognoissance el » mémoire des choses de leur temps » il n’en est rien mis par escrit, ceux » qui viendront après, tant puissent- » 1ls avoir bon stile, bon vouloir, et » diligence , si n’en pourront-ils es- » crire certainement et à la vérité.

» Ce que desjà nous pouvons voir

» d’aucunes prochaines procendantes

» (26) années, desquelles parler au » long et véritablement est chose dif- » ficile , en partie par la négligence, » en partie aussi par la témérité des » mesmes hystoriens, qui cependant » se plaignent de n’avoir assez digne » matiére pour bien employer leur » estude et labeur, lesquels néan- » moins eussent beaucoup mieux fait » et pour eux, et pour nous, de se te- » nir en repos et à leur ayse, que de » semer, sous nom d'hystoire, un in- » cogneu recueil de fabuleuses et » mensongeres narrations, dont au- » jourd’huy nous avons trop plus que » d’hystoire. J’ay leu en quelque cro- » nique (Ce que je crains que l’on » m'estime avoir songé ) d’un roy de » France , qui en une après-disnée » vint de Compiegne courrant un » cerf jusques à Lodun.… : ce sont cent » lieues, ou environ. Chacun scait » que le tant vertueux prince , et de » si louable mémoire, Charles duc » d'Orléans , après avoir esté prés de » trente ans prisonnier en Angle- » terre pour le service de la couron- » ne de France, à la fin en retourna, » et mourut plein d’ans et d'honneur » en ce royaume. Et toutes-fois on » list, mais c'est en plus de vingt di- » vers aucteurs, qu'il fut à Paris dé- » capité pour crime de lèze-majesté.

» Le roy d’Ecosse dernier mourut-il » pas en la bataille qu’il donna con- » tre les Angloys, en l'an mille cinq » cens quatorze ? Si ay-je leu , que de » celle bataille il retourna en ses pays » victorieux et triomphant. Je me » déporte , pour éviter prolixité , de » plus avant nombrer telles menson- » ges, lesquelles certes ne sont se- » mées, sinon par la témérité , indi- » ligence et indiscrétion d’iceux hys- » toriens et croniqueurs, qui plus » souvent escrivent pour chose seure, » ce que leur aura dit le premier ve- » nu, sans faire élection ou choix de

(26) Je crois que c'est‘une faute d'impression,

pour précédentes.

BELLAT.

Le

la personne qui le leur rapporte :

» ou bien en disant selon le bruyt qui » aura couru parmy le peuple, auquel » à peine peult avoir mot de vérité.

» Dont vient aucunes foys, que les » liseurs informez du contraire, plus » envys (27) croyent aux autres bons » et anciens aucteurs, les estimans » avoir escrit de mesme. Et en avient » ainsi que trés-bien dit en autre cas » le cardinal Bessarion (28), voyant » à Rome tant eslever et canoniser de » saincts nouveaux, desquels il avoit » cogneu et peu approuvé Ja vie, » encores moins la facon de procéder » à leur canonisation : ces nouveaux » saincts (dit-il) me jettent grande- » ment en doute et scrupule de ce » qu’on list des anciens. Et au mien » vouloir, que tels autheurs et croni- » queurs se reposassent, ou qu’à leurs » livres ils imposassent nom convena- » ble au contenu; et que ceux qui » bien pourroient et scauroïent à la » vérité en parler, aymassent tant » l'honneur et la gloire de leur na- » tion, que d’en escrire en tel langa- » ge qu'ils sçavent, selon les choses » veues par eux , ou entendues par » fidelle et bien certain rapport d’au- » truy. Alors seroient les gens de let- » tres, qui par après voudroient les » enrichir de stile et diction plus éle- » gante, hors de la peine et ennuyeux » travail de rechercher la vérité entre » tant de mensonges , contrariétez » et repugnances , qui sont divulgées » par les dessusdits croniqueurs, soy » confians témérairement à l’ouyr di- » re du premier trouve. »

(G) C’est par une erreur palpable qu’on impute à Guillaume du Bellai un écrit sur la discipline militaire.] Du Verdier lui attribue simplement et absolument ce livre ; mais La Croix du Maine fait entendre qu’il a quelques doutes là-dessus : il ne marque ni l’année ni le lieu de l’impression ; il se contente de dire que l’on trouve imprimé sous le nom dudit sieur de Langey , l'Enstruction de l'art militaire. Du Verdier est plus exact, il donne le titre en cette manière : {n-

(27) C'est-à-dire, inviti, malaisément.

(28) Voyez les paroles de Bodin dans la remarque (G) de l’article de (Jean) de Lauwor, vers la fin. Illes applique aux hisioriens men-

teurs, qui empêchent qu'on n'ajoute foi aux &tulres. k

structions sur le fait de la guerre , extraictes des livres de Polybe, Frontin, Vegèce , Cornazan, Machiavel et plusieurs autres bons auteurs, par messire Guillaume du Bellay, etc., imprimé à Paris, 4 et 8, par Michel V’ascosan , 1553. Brantôme était fort per suadé que ce livre avait paru sous le nom de son véritable auteur. Le livre, dit-il (29), qu'a fait M. de Langeay de l’art militaire, le fait connottre autrement capitaine, que ne fait Machiavel celui qu’il en a escrit, qui est un grand abus de cet homme, qui ne savoil ce que c'étoit de guerre, et en aller faire et composer un livre , tout de méme comme siun philosophe alloit écrire un livre de chasse ; comme a fait le Foutllou. K est aïsé de prouver par le livre même, que Guillaume du Bellai n’en est point l’auteur.

Celui qui a fait cetouvrage, n’était que simple gendarme dans la compagnie du sieur de Negrepelisse, lan 1528. Il se trouva au siège et à la prise de Troye , sous monsieur de Lautree : il se retira à PBourlette , ville de la Pouille, après qu'il fut sorti de prison ; il avait été fait prisonnier quand la compagnie où il servait fut défaite, à la retraite que le marquis deSailusses fit de devant Naples. C’est lui-même, qui raconte toutes ces choses dans son livre. Or rien de tout cela ne peut convenir à Guillaume du Bellai. H était grand seigneur dès l’année 1525, lorsque la régente l’envoya en Espagne , auprès de Francois Ie. Il fut en 1527 l’un de ceux qui assistèrent aux jugemens des défauts donnés contre monsieur de Bourbon (30). Le roi l’envoya la même année en Italie porter de l'argent aux princes confédérés, et travailler au bien de la ligue auprès du pape Clément VII. Il fut envoyé en Angleterre lan 1520, et l’an 1533. Il était alors gentilhomme de la chambre du roi. Étant gouverneur de Turin, lan 1537, il fut envoyé en Allemagne , pour demander une diète où les droits de l’empereur et du roi de France sur le duché de Milan fussent discutés. Il ne fut donc point commande la même année , en

(29) Brantôme, Mémoires des grands Capitaines français, tom. I®T., pag. 382.

(30) Jean du Tillet en son Recueil des Rangs de France, cité par le Baron de Forqnevauls.

Foyez la citation suivante.

qualité de capitaine d'une seule bande de gens de pied, pour assister le sieur de Roberval à la saisie des vals de Saint-Martin et de Lucerne. Or l’auteur de la Discipline militaire assure sur la fin du livre second qu'il recut ce commandement : il est donc indubitable que le seigneur de Langeai n’a point composé ce livre. Voilà des raisons si démonstratives, que celui qui les emploie (31) ne croit pas qu'il soit besoin d’y ajouter celle-ci : #i Messire Guillaume du Bellay en estoù l’autheur , ilne se loueroit (32) pas d’avoir parfaite connoissance des armes et des lettres, ny ne se nommeroit pas parlant en tierce personne, monseigneur de Langé lui-méme (33), comme ont très-bien Sçeu remarquer et obmetire Mambrin Poseo (34), traducteur italien, et les derniers correcteurs françois : et de plus, le sieur de Langé, qui ne s'oublie que peu ou point dans son livre de mémoires, et qui cotte curieusement les lieux où il s'est trouvé, ne fait presque point de mention de lui-même en tout ce voyage fait par monsieur de Lautrec.

Ne nous contentons pas de savoir qu’on a donné cet ouvrage à un homme qui n’en était pas l’auteur : sachons de plus la cause de cette méprise, et le nom du véritable pére.

Raimond de Pavie, sieur de Forquevauls, gentilhomme gascon, est l’auteur de cet ouvrage. Îl en communiqua un exemplaire à Guillaume du Bellai, comme à son bon seigneur et ami, et au jugement duquel il l'avait premièrement exposé. Cet exemplaire fut trouvé parmi les papiers de ce seigneur (35) : voilà l’origine de la méprise. Si le parent de l’auteur avait fait savoir au public la vérité de ce fait avant que le sieur Naudé publiât son Syntagma de Studio militari

(31) Le Baron de Forquevauls, dans la Vie de plusieurs grands Capitaines français, pag. 262% 959:

(32) Au livre TITI, chap. IF de la I'e, édiion faite par Michel Vascosan et Gallioi du

re.

(33) Celte raison est fausse, à moins qu'elle ne soit toute fondée sur le Monseigneur : une infinité d'auteurs de Mémoires imitent Jules César, qui se nomme en tierce personne. Guillaume du Bellai & suivi cette methode dans ses Mémoires.

(34) Il fallait dire Mambrin Roseo.

(35) Voyez les Vies de plusieurs Capitaines francais , par François de Pavie, baron de Forquevauls, pag, 331.

BELLAT.

(36), il y a quelque apparence que ce Syntagma ne contiendrait pas l'erreur commune que nous trouvons dans ces paroles : Qui (Erricus Roanes ) nunc in Tellinä valle sub christianissimo rege castrorum præfectus idem omnind facit quod quondam in Alpibus Taurinis Guilielmus PBellajus Langœus eodem munere defungens fecerat, editis etiam libris de Re mititari, quos postea Mambrinus Roseus italicä et omnes fermè populi sud lingué reddiderunt, ob summam ejusmodi librorum qui ab expertis et celeberrimis nostré et patrum memorid ducibus compositi fuerunt ulilitatem (37).

Naudé se trompe d’ailleurs ,; en ce qu’il suppose que les livres en question furent imprimés pendant la vie de Guillaume du Bella, Quant au reste, il paraît faire grand cas de l’ouvrage : il n'a donc pas été du goût d’un commentateur d’Onosandre , dont le baron de Forquevauls s’est plaint en cette manière : Ce discours militaire est une œuvre véritablement nécessaire et utile aux gens du mestier, et qui vivra longuement estimée et prisée entre les mains des plus entendus, malgréla médisance et l’opinion d’un autheurmoderne, qui, sur Les annotations de l'Art militaire d'Onnsander, auteur grec, s'efforce de mespriser celui qu’en cette science il n’a pu atteindre que de bien loin ; quoique plus en docteur qu’en soldat il ait escrit durant le loisir et l’oisiveté, que la cuisine et Les amours d’un certain abbé avecques sa femme lui permettoient (38), et qu'il ait pris de divers autheurs les commentaires de son livre ; au lieu que le texie de celui-ci , dont je traite, a esié conceu à cheval, et escrit l’espée à la main, par le sieur de Forquevauls (39). À quoi sougeait La Croix du Maine , en rapportant que le connétable Anne de Montmorency passait pour l’auteur du livre dont 1l s’agit (40)? Ne savait-1l pas que ce connétable n’avait ni étude ni lecture, ni

(36) Les Vies , que le baron de Fourquevauls a composées, furent imprimées Paris, l'an 1643. LeSyntagma ReiMilitaris parut a Rome, l'an 1637:

(37) Naudæus, Syntagm. de Studio Mit,

(38) Voilà un fait pour les chercheurs d'anecdotes : on ne les exhorte point à le déterrer, ils Le feront assez sans qu'on les en prie, et je ne crois pas que la chose soit malaisée.

(39) Le baron de Forquevauls, Vies de plusieurs Capitaines français, pag. 334.

(4o) La Croix du Maine , Bibl. franç., pag. 159.

BELLAT.

aucune capacité d’écrire ? Voyons d’où naquit le doute de ce bibliothécaire. C’est que lisant ce livre, dit-il, jy ai trouvé que l'autheur d’icelui loue fort le seigneur de Langey , messire Guillaume du Bellai, et le recommande pour les lettres et les armes : ce qui me fait croire qu’il n'en est pas autheur ; nais que cela est advenu que lon ait trouvé ces Mémoires dans sa bibliotheque sans le nom de celui qui l’eust fait, et que l’on a présupposé que ce fust de sa façon, à cause qu'il avoit promis d’en escrire. Je n’asseure pas que ce soit de luy, et aussi je ne

l’improuve pas. Si avait bien lu Pou-

vrage, il aurait trouvé des preuves

tout autrement fortes que celle qu'il

tire de l’encens que l’on y donne à

Guillaume du Bellaïi.

(H) Je crois qu’il est auteur des auires ouvrages qu'on lui attribue.] Voyez-en la liste dans les Bibliothéques françaises de La Croix du Maine, et de Du Verdier. Quelques-uns des prineipaux ne furent peut-être jamais achevés. La Croix du Maine a donné apparemment pour un ouvrage parvenu à sa perfection ce que l’auteur ne fait que promettre dans le prologue des Ogdoades.

(1) La Croix du Maine assure qu'il

naquit en 1498, à Glatigni...….. Je crois qu’il se trompe quant au temps.] Aprés avoir dit dans la page 139, que Guillaume du Bellai naquit l'an 1498, ou environ , il met dans la page suivante sa mort au 9 de janvier 1543, à l’âge de quarante-septans ; ou environ.

Un homme tant soit peu exact dirait-il cela ? Ne mettrait-il pas, ou 1496, d’un ‘côté, au lieu de 1498 ; ou quarantecinq de l’autre , au lieu de quarantetrois ? Mais ce n’est pas le principal, Brantôme remarque que Langei mourut non trop vieux , et devait encore vivre (41). Parle- t-on ainsi d’un homme qui n’a qu'environ quarantequatre ans ? De plus, le cardinal du Bellai avait soixante-huit ans lorsqu'il mourut (42) ; or il mourut en 1460 :

il était donc né l’an 1492. On ne peut donc point dire que Guillaume du Bellai naquit lan 1498 ; car il était plus âgé que le cardinal son

(4z) Brantôme, Hommes illustres français, tom. IeT,, pag. 384.

(42) Teissier, Additions à M. de Thou, tom.

TT, pag. 184.

2Gx frère (43). Je viens d'apprendre qu’il mourut dans son année climatérique.

Rabelais l’observe au chapitre XXI du JIfe livre, aprés avoir dit qu’il mourut le 10 de Janvier 1543 *. L'auteur des notes sur la Confession de Sanci m'a indiqué ce passage.

(43) Sainte Marthe, in Elogiis.

* Leclerc pense que Rabelais a voulu désigner la quarante-neuvième année qui se nomme aussibien climatérique que la soixante-troisième ; ce qui porte la naissance de du Bellai à 1494.

BELLAI (JEax ou), frère puiné du précédent , fut an homme d’un grand mérite. Il concourut avec son aîné à favoriser les passions de Henri VIIT , et à leurrer les protestans d'Allemagne * : tout cela , pour rendre service à Fran cois [*., dont les affaires demandaient qu’à quelque prix que ce fût on brouillätles cartes entre l’empereur et l’Angleterre , par le divorce de Catherine d'Aragon et qu'on amusât les confédérés de Smalcalde par des mensonges sur le prétendu penchant de François [°*. à donner quelque sorte de satisfaction aux luthériens.

Ce manége aurait été plus inexcusable dans Jean du Bellai, qui était évêque, que dans Guillau— me son frère, qui était un séculier : il aurait été, dis-je, plus inexcusable , si cet évêque n’eût été d’ailleurs revêtu du caractère d’ambassadeur et d'homme d'état (a). On sait la définition des personnes ‘revêtues de ce caractère. Ajoutons qu'il n’est pas hors d’apparence que Jean du Bellai ait eu des désirs sinceres, et même quelque espérance de réformation ; et que dans ces vues il ait encouragé sincèrement Mélanchthon à venir en

* Leclerc renvoie à sa note sur la remarque (B) de l’article précédent.

(a) Il était évéque de Bayonne, l'an 1527, lorsque Francois Ie*. lenvoya ambassadenr en Angleterre.

France; car il pencha quelque temps du côté du luthéranisme , et il se réforma même secrèetementsur l’article du célibat, par un mariage de conscience * qu'il contracta (A). Il était évèque de Paris lorsqu’en 1534 , il fut envoyé à Rome , pour porter les choses à la douceur à l’égard du roi d'Angleterre. Il n’y gagna rien, et n’empécha point que le pape ne lançat la foudre de l’excommunication sur la tête de Henri VII. Il fut promu au cardinalat par le pape Paul ITT, l'an 1535, etil mouruten 1560, à Rome , où 1l s’était retiré apres la mort de François 1%. C'était un homme qui aurait aisément quitté lamitreet la crosse, pour prendre le casque et l’épée (B). S'il est vraiqu'ilait condamné Anne du Bourg à être brûlé (C), il faut qu'on ait recueilli son suffrage de bien loin; car il était à Rome lorsqu'on. instruisait le proces d’Anne du Bourg.

* Le fait du mariage est contesté par Leclerc, sur cinq raisons dont les deux plus fortes son! que : 1°. si du Bellaise maria étant cardinal ce ne put être qu’en 1536 ; or Le testament de la veuve Châtillon , qui est de 1532 lui fait penser qu'elle mourut cette année; c’est-à-dire quatre ans avant l'époque de son prétendu mariage; en tout cas, comme elle avait été mariée en 1495 , elle aurait eu près de soixante ans en 1h36; 2°, la dame de Chätillon était à la cour de Marguerite de Navarre, et y demeura jusqu’à sa mort, de l’aveu de Brantôme; dès lors que signifie ce mariage pour ne pas habiter avec sa femme ?

(A) I se réforma..….. secrètement sur l'article du célibat, par un mariage de conscience qu’il contracta.] C’est Brantôme qui l’assure , et voici de quelle maniére : « J’ai oui raconter » a une dame de grande qualité et » ancienne, que feu monsieur le car- » dinal du Bellai avoit épousé, étant » évêque et cardinal, madame de » Chastillon, et est mort marié; et

"BELLAT.

» le disoit sur un propos qu’elle te- » noit à monsieur de Manne, proven- » çal, de la maison de Seulal , et évé- » que de Fréjus, lequel avoit suivi » l’espace de quinze ans en la cour » de Rome ledit cardinal , et avoit » été de ses privez protonotaires : et » venant à parler dudit cardinal, elle » lui demanda s’il ne lui avoit jamais » dit et confessé qu'il eût été marié ?

» Qui fut étonné ? ce fut monsieur de » Manne, de telle demande. Il est en- » core vivant, qui pourra dire si je » ments; car jy étois. Il respondit, » que jamais il n’en avoit oui parler, » ny à lui, ny à d’autres. Or je vous » l’apprends donc, dit-elle; car il » n'y a rien de si vrai qu’il a été ma- » rié, el est mort marié réellement » avec ladite dame de Chastillon (x). »

Cette dame était la veuve de M. de Chastillon , qui fut blessé devant Ravenne , et qui mourut de ses blessures à Ferrare (2). Il avait eu beaucoup de crédit sous Charles VIH.

Sa veuve , jeune et belle, fut choisie pour dame d'honneur de la reine de Navarre , et lui donna le beau conseil que celte reine a inséré dans ses Cent Nouvelles *. L'amiral de Bonnivet s'était coulé par une trappe dans le lit de cette princesse ; mais, au lieu de jouir d’elle, il n’en remporta que de bonnes égralignures sur le vi: sage (3). La reine se serait plainte de cet attentat à Francoise". son frère, si la dame de Chastillon ne lui eût donné « ce beau conseil, qui est un des » beaux et des plus sages, et des plus » propres pour fuir scandale, qu’on » eust su donner, et fust-ce esté un » premier président de Paris, et qui » monstroit bien pourtant quela da- » me étoit bien autant rusée et fine » en tels mystères, que sage et advi- » sée; et pour ce ne faut douter si » elle tint son cas secret avec son car- » dinal (4)... Je croy que monsieur » le cardinal, son dit mari, qui es- » toit l’un des mieux disans, savans, » éloquens, sages, et advisez de son » tems , Jui avoit mis cette science » dans le corps, pour dire et remons-

(x) Brantôme, Vies des Dames galantes, tom. IT, pag. 353.

(2) La même, pag. 154.

* La Reine de Navarre, dit Joly, en a fait sa quatrième nouvelle.

(3) La même , pag. 155:

(4) La même,

BELLARMIN

» trer si bien... Je pense que mon dit » sieur cardinal du Bellai a pu faire +» de même ; car de ce temps-là, ïl » panchoit fort à la religion et doc- » trine de Luther (5). »

(B) Z{ aurait quitté la mitre et la crosse, pour prendre le casque et l'épée. ] Fantôme continuera à me servir de témoin : il dit que quand Charles-Quint brava fiérement à Rome le roi de France, ce fut un malheur pour François If. de n’avoir point là des ambassadeurs qui fussent hommes d'épée (6). Encore, poursuitil, sans M. le cardinal du Bellay, ui étoit prompt et soudain et haut à main autant qu'homme de guerre, ( aussi le sentoit-il; car il étoit pour tout , et un des grands personnages en tout et de lettres et d'armes), tout n'alloit pas bien, et le roi demeuroit fort deshonoré : aussi pensé-je que pour ce fait n'y a-t-il eu jamais homme - de robe longue plus digne d’ambassadeur pour tout que ce M. le cardinal, ainsi qu'il l’a montré en force ambassades , n'étant encore cardinel , en Ttalie, Allemagne et Angleterre ; et M. de Dax de la maison de Vouailles en Limosin, qui a servi nos rois en cette charge fort dignement et sufjisamment en Angleterre, à Venise, où je l’ay veu, etpuis a Constantinople vers le grand seigneur. Je ne veux point faire 1ort à une infinité d'aures grands personnages que j'ay veus en cet état et cette robe: mais selon mon avis , ÎM. le cardinal du Bellay, et M. de Dax ont surpassé ; car ils se Jussent aydez aussi-tôt de leur épée, que de leur langue bien-disante et diserle : aussi, en ces ambassades , il se présente bien autant d’affaires et matières chevaleresques et de guerre , et plus que d’autres d'état. M. de Thou (7)et Sainte-Marthe (8) ont observé que ce cardinal rassura les Parisiens qui avaient peur de l’armée de Charles-Quint , et qu'il prépara toutes choses pour une vigoureuserésistance, ayant fait fortifier la ville. M. Moréri a rapporté aussi cela, mais avec peu d’exactitude : il veut que Jean du Bellay ait fait ces choses, lorsqu’en

(5) La même, pag. 156.

(6) Brantôme , Éloge de François Ier. au Ter, tom. de ses Mémoires, pag. 246.

(7) Thuan. , Histor. lib. XXVT, pag. 538,

(8) Sammarth, , in Elogis, pag. 13,

1537 Charles-Quint entra en Provence, et que le roi sortant de sa capitale y laissa ce cardinal, et l’établit son lieutenant général pour subvenir aux nécessités de la Picardie et de la Champagne. C’est faire deux fautes.

L’irruption de Charles-Quint en Provence est de l’année 1536: celle qui fit peur aux Parisiens , et à l’occasion de laquelle Jean du Bellai fit fortifier leur ville , est aussi de l’année 1536 (0) ; mais elle regarde la Picardie , et non la Provence. C’est celle que Charles- Quint fit faire par le comte de Nassau, M. de Thou ne rapporte qu’à lPinvasion de la Champagne, en 1544, les soins du cardinal du Bellai pour la ville de Paris (10). Il se trompe *.

(C) On dit qu’il a condamné Ænne du Bourg à étre brülé.T Ce fait se trouve dans M. Teissier. {2 a été bldme par plusieurs, dit-il(x1), d’aveir le premier condamné Anne du Boure à étre brilé tout vif : c’est pourquoi , disent-ils, Dieu le retira du monde quarante jours après l'exécution de cet illustre martyr. Le calculneserait point

juste, selon les Annales de Sponde ,

qui mettent la mort de ce cardinal au 16 de février 1560(12); car on sait d’ailleurs que du Bourg fut exécuté le 23 de décembre 1559(13). L’auteur, que M. Teissier cite, convient que ce cardinal mourut le 16 de février , et il dique ce fut cinquante jours après du Bourg. Son calcul s'éloigne moins de la vérité que celui que M. Teissier lui impute :

néanmoins il n’est point exact ; et dèslà, l'observation est chimérique.

(9) Mézerai, Abrégé chronol. a l’ann. 1536.

(10) Thuan., Histor. kb. XX WT, pag. 538.

* Leclerc prétend que c’est Bayle qui se trompe; que l'alarme des Parisiens, lorsqu’en 1536 les troupes de Charles-Quint firent le siége de Péronné, fut bien moins vive qu’en 1544, lorsque Charles-Quint eut pris Château-Thierry ; ei que c'est à cette circonstance qu’eurent lieu les soins de du Bellai.

(xx) Addit. aux Éloges, tom. I°'., pag. 184.

IL cite Continuat. Sleid. per Michael. Lunpord,, lib. IL : à fallait dire Lundorpium.

(12) Spond. Annal: ad ann. 1560 , num. 34.

(13) Bèze, Hist. ecclés., Liv. LIT, pag. 248.

BELLARMIN (Rogerr), jé— suite italien, a été la meilleure plume de son temps en matière de controverse. [l naquit à Mon=

te Pulciano (a), l'an 1542, et entra chez les jésuites l’an 1560.

Sa mère Cynthia Cervin était sœur du pape Marcel IT. Il fut ordonné prêtre à Gand, par Corneille Jansenius , en 1569 ; et l’année suivante, 1l enseigna la théologie à Louvain. Il fut le premier jésuite qui enseigna cette science dans cette fameuse université. Il le fit avec

un succes extraordinaire. Apres

avoir demeuré sept ans au Pays- Bas , il retourna en Italie, et commença en 1576 à faire des leçons à Rome sur la controverse, ce qu'aucun jésuite n'avait fait encore dans cette ville-là. Il s’en acquitta si bien, que Sixte V, envoyant un légat en France Van 1590, lui donna Robert Bellarmin comme un docteur qui pourrait être d’un tresgrand usage, en cas qu'il se présentât quelque dispute de religion à discuter. Il fut de retour à Rome au bout de dix mois, et fut promu successivement à diverses charges, soit dans la société, soit aupres du pape; jusques à ce qu’en l’année 15991ilfut honore du chapeau de cardinal.

1] fallut , dit-on, le contraindre par les menaces de l’anathème à accepter cette dignité. Trois ans apres , on lui donna l’archevêché de Capoue, dont il se démit, lorsqu’en 1605 le nouveau pape (b) le voulut avoir aupres de lui.

Il s’'employa aux affaires dela cour de Rome jusqu’en 1621. Alors il sortit dn Vatican, et se retira dans une maison de son ordre, oùil mourut le 17 de septembre dela même année 162:. {1 fut vi-

(a) C’est une ville de Toscane.

(B) Savoir Paul F.

BELLARMIN

sité dans sa dernière maladie par le pape Grégoire XV, qu’il régala du compliment du centenier (A), seigneur, je ne suis point digne que vous entriez sous mon toit. Il chargea le jésuite Eudæmon—Johannes de témoigner publiquement qu’il mourait dans la même foi qu'il avait toujours professée et soutenue par sa plume (c). Il parut , le jour de ses funérailles, qu'on le regardait comme un saint (B). Il est sûr qu'il n’y a point de jésuite qui ait fait plus d'honneur que lui à son ordre , et qu’il n’y a point d'auteur qui ait soutenu mieux que Jui la cause de l’église romaine en général, et celle du pape en particulier. Les protestans l’ont bien reconnu (C); car pendant quarante ou cinquante ans , il n’y à presque point eu d’habile théologien parmi eux qui nait choisi Bellarmin pour le sujet deses ouvrages de controverse. Les lecons et les thèses deleurs professenrs faisaient retentir partout ce nom-là,

..….. Ut littus Hyla, Hyla, omne sona-

ret (d).

On l’a attaqué de tous les côtés, et l’on n’a pas oublié d’examiner s’il s’est contredit (D), et s’il a fourni des armes contre luimême. C’est le sujet d’un livre qui ne le devait pas médiocrement embarrasser. Comme 1l se trouve partout des indiscrets et des téméraires,1l y a eu des écrivains protestans, qui ont publié des faussetés contre Bellarmin , desquelles son parti a tiré beaucoup d'avantage (E). Cela n’est pas si

(c) Tiré de La Bibliothéque des auteurs jésuites, composée par Alegambe.

(d) Virgil., Eclog. VL, ?. 44:

BELLARMIN

fâcheux, lorsque des gens sans aveu, et des personnes inconnues font cette faute ; mais lorsque des professeurs de réputation et de grand poids imputent à ce cardinal ce qu'il n’a point enseigné, ils font tort à leur cause, et 1ls s’exposent à de rudes mortifications. Un -professeur de Sedan , qui a fait parler beaucoup de soi dans la Hollande, en pourrait dire des nou— velles(F). Ilestremarquable que Bellarmin, surla matiere de la prédestination , n’a point suivi la doctrine des jésuites (G), et qu'il n’a point favorisé la morale relâchée, ni les expressions que les dévots indiscrets avaient fait couler dans les litanies{(H). La complaisance qu’il eut pour ses supérieurs, en souffrant que l’on changeât quelque chose dans ses écrits, eten y changeant luimême quelques endroits, touchant l'efficacité de la grâce, n'empêche pas qu'il ne soit au fond un docteur augustinien (1).

Il se fit des affaires presque pour les mêines raisons qui ont tant comuuis l’abbé de la Trappe avec les moines (K). Il y a eu des gens qui ont cru qu'il faisait grand tort à la catholicité par ses livres de controverse (L), à cause que l’on y trouve les objections des hérétiques. Un homme d’esprit, n’ayant pu trouver en Italie dans aucune boutique de libraire les OEuvres de Bellarmin, à soupçonné qu'on défendait de les exposer en vente, de peur qu’elles ne fissent connaître les opinions que l’auteur y a réfutées (M). Tout le Corps de Controverse publié par ce cardinal comprenait d’abord trois

tomes zn-folio ; mais on le divisa en quatre dans l'édition de Cologne de 1 615, à cause que lon joignit au premier tome sept traités nouveaux , dont le dernier est la révision et la correctiou

ue l’auteur fit de toutes ses OEuvres (N). Cest ainsi que les bibliothécaires des jésuites se sont expliqués; mais cela n’est pas exact (0). Outre ce Corps de Controverse , il a composé plusieurs autres livres, qui montent à trois volumes #n-folio, dans l'édition de Cologne de 1617 (e).

Depuis sa mort, on a publié quelques-uns de ses Sermons , et plusieurs Lettres ( f). Sa vie a été composée par quatre ou cinq auteurs (P} : le dernier , si je ne me trompe, est Daniel Bartoli.

Au reste, la témérité de Scaliger , dans le jugement qu'il faisait de Bellarmin, ne peut être assez condamnée (Q).

Avec quelque force que ce jésuite eût soutenu le pouvoir du pape sur le temporel des rois , il mécontenta Sixte V, et 1l eut le déplaisir de voir mettre son ouvrage dans l'indice de l’inquisition (R). On traita encore plus mal en France ce qu’il écrivit sur cette même matière contre Guillaume Barclai (S). Entre tous les catholiques romains , qui ont écrit contre lui, iln’ya personne qui ait découvert les lieux faibles de ses ouvrages aussi habilement que Jean de Launoi (T).

Nous rapporterons deux pensées de Bellarmih, qui témoignent qu’il aimait la paix, et qu'il n’était pas édifié de l'ambition des

(e) Alegambe, Biblioth. soc. Jesu, p.41.

(SF) Sotuel, ir Biblioth. jesuitarum , pag. 72/4. .

cardinaux (U). Les protestans ont fait attention à une chose

qu’il dit touchant le mérite des

œuvres : c'est qu'à cause de

2e e e l'incertitude de nostre propre justice , et pour le péril de la vaine gloire, le plus seur est de mettre toute nostré fiance en la seule miséricorde et benignité de Dieu (g). Ils n’ont pas laissé tomber non plus ce qu'il précha à Louvain, en 1551, sur lexcellence de la Bible. Ils s’en » servent pour détruire tout ce » qu'il a dit depuis dans ses ou- » vrages contre la perfection et » la suffisance de l’Écriture (h).»

Le livre , qui me fournit ces paroles , contient un bon nombre de remarques bien solides et bien curieuses touchant Bellarmin.

J'y ai trouvé que ce cardinal cust peut-estre esté pape, S'il

» MST: = n'eust pas esté jésuite (X) ; car Henri quatrième témoigna aux cardinaux françois qui allèrent au conclave après la mort de Clément huitième , qu’il serort bien aise que l’on fit Bellarmin pape (2)(*). y ai lu aussi que cejésui-

(g) Bellarm., lib. F de Justificat., cap. VIT, num, Sit lertia, cité par Daillé , Réplique à Cottibi, III, part., chap. XXIV, pag. 303.

(*) Ancillon, Mélange critique de littérature , tom. I, pag 333.

(ë) Ancill., Mélang. Critique delittérature, tom. I, pag. 329.

(*) Les jésuites nouvellement rappelés en France en l’année 1605 pouvaient avoir inspiré ces dispositions au roi Henri IV par l'organe du fameux père Cotton. Mais la France se serait apparemment mal trouvée d’un pape tel que Bellarmin qui, quatre ans après, à Rome , fit mettre dans l'index l’histoire du président de Thou, comme peu favorable à la cour de Rome et aux jésuites [al. Ce qu'au reste M. Bayle observe plus bas, qu'au-dessus de la taille-douce de Beilarmin on lisait que ce cardinal avait con-

servé sa virginilé. n'était pas un de ces bruits qui se répandent tout à coup, après

[a] Mercure Français, tom, I, au feuillet 350 de mon édition.

BELLARMIN

te acquit l'estime de Henri IV, Pendant qw'ilavoit estéensa cour, où 1l fut envoyé avec le cardinal Henri Cajetan (k), et qu’il est certain que le meilleur de ses ouvrages est son livre de Scriptoribus Ecclesiasticis (2,. Je voudrais n’y avoir pas trouvé ces deux faits-là ; car ils ne sont pas véritables (Ÿ). L'inscription qu'on mit au bas de la tailledouce de ce cardinal, porte qu’il avait conservé sa virginité, et son innocence baptismale, et qu'il mavait jamais dit aucun mensonge (m). Il légua en mourant à la Sainte-Vierge la moitié de son âme, et à Jésus-Christ l’autre moitié (n). Il fut s1 patient, qu’il souffrait même que

les mouches , et telles autres pe-

tites bêtes, l’incommodassent beaucoup (Z). Il les laissait faire, et il disait qu’elles n’avaient point d’autre paradis que la liberté de voler et de s’arrêter où bon leur semblait. Au reste, il était de petite taille, et n’avait pas bonne mine ; mais on ne laissait pas de découvrir sur son visage la beauté de son esprit (0). Il s’expliquait nettement , et il médi-

la mort des gens dont on veut par avance canoniser la mémoire. Bellarmin voulut toujours passer pour vierge, et c'est à quoi vise Sainte-Aldegonde, tom. II de son Tableau des différends de La religion , au feuillet 58 de l'édition de 1605 où 1l Le considère comme un beau puceau , trop vergogneux , dit-il, pour avoir osé, comme d'autres écrivains de sa communion, prouver le sacrifice de la messe par l'autorité d'Ovide et de Virgile. REM. CRIT.

(A) Là méme , pag 333.

(L) Là méme , pag. 373. -

(m) Quam à matre virginem carnem acceperat, quam à sacro lavacro innocentiam, Deoreddidit, sibi nullius in omni vit& mendacii conscius. Andreas Carolus, Memorab. eccl. pag. 538.

(n) Id. , ibid., pag. 535.

(o) Nicius Erythræus, Pinacotheca, E,

BELLARMIN

tait si juste les paroles qui devaient représenter ses pensées ,

u’on ne voyait aucune rature 4 ses écrits (p). On fait assez de cas de sa Grammaire hébraïque, et l’on juge néanmoins qu’il n’avait qu’une connaissance médiocre de cette langue (g) ; quelques-uns disent que la grecque lui était entièrement inconnue (r). Je ne pense pas que le pape lait envoyé jamais à Louvain , pour y mettre fin aux disputes de Michel Baïus , ou pour en faire rapport à Rome (AA).

Tant de gens l’ont attaqué, et tant de gens l’ont défendu, qu'on a fait des catologues des uns et des autres. La liste de ses défenseurs a été composée par

Berald italien (s).

(p) Tdem, ibid.

(g) Simon, ist. crit. du Vieux Testament, div. LIT , chap. XIT.

(r) Voyez la remarque (Y) , vers la fin.

(s) Baillet, article IX des Anti,

(A) Il régala le pape Grégoire XF du compliment du centenier.] Supposant, comme il faisait, que le pape estle vicaire du Fils de Dieu, il ne voyait pas dans l'application de ce passage toute la profanation que d’autres y voient ; et peut-être même qu'il crut ne rien dire que de fort pieux. Alegambe débite cela comme un bel endroit des dernières heures de Bellarmin. Znvisit eum decumbentem Gregorius XF, pontifex maximus , ac bis peramanter amplexus sacrum se pro ejus valetudine facturum promisit. Îpse Christi vicarium obsequiosissimè reveritus usurpavit illud Centurionis, Domine , non sum dignus ut intres sub tectum meum (1).

L’ambassadeur d’Espagne , qui se servit des mêmes paroles du centenier envers un prince qu'il regardait comme hérétique, ne peut pas être excusé si facilement. Balzac, qui allegue cet exemple à son critique, ne

é ié Biblioth. Script. Societ. Jesu, pag. 4og.

laisse pas de le blâmer: « Qu’eût-il » dit du compliment de cet ambassa- » deur d'Espagne en Angleterre , qui » reçut une visite du roi Jacques avec.

» ces paroles de la messe : Domine, » non sum dignus utintres sub tectum » meum (2)?

(B) ZL parut , le jour de ses funérailles, qu'on de regardait comme un saint.] Il fallut que les Suisses de la garde du pape fussent postés autour du cercueil, afin d’écarter la foule qui tâchait à se ruer sur le corps, pourle toucher et pour le baiser. Tout ce dont il s'était servi fut enlevé, et distribué à ceux quisouhaitérent d’en avoir pour des usages de dévotion.

A dversus undam populi concursantis ad osculum tactumque sacri pignoris adhibere oportuit Helvetios è stipatoribus pontficiüis..…… Quidquid rerum in usu habuit raptum distractumque in postulantes est ad venerationem(3).

Lorsque Bellarmin quitta son église de Capoue, la désolation fut grande dans la ville. Quelques-uns lui baisaient la robe; d’autres y frottaient dévotement leurs rosaires ; tout le monde lui demandasa bénédiction (4).

Voilà les préludes du culte, qui pourront avec le temps être suivis d’une canonisation en forme. On prétend qu'il a prédit prophétiquement certaines choses, et qu’il a fait des miracles (5); et comme depuis sa mort l’odeur de sa sainteté est plûtot allée en augmentant qu'en diminuant, on ordonna tout de nouveau, l’ar 1654, à la congrégation des rites, de procéder aux informations nécessaires sur sa vie et sur ses miracles , afin que si le cas y échet on le puisse béatifier (6).

(C) Personne n’a mieux soutenu que lui la cause de l'Eglise romaine...

Les protestans l'ont bien reconnu.]| « I demeurent d’accord que c’est le » plus subtil ennemi de la vérité qui » ait entrepris jusqu’à présent de » attaquer : que Démétrius l’Argen- » lier , dont il est parlé au XIX®, des » Âctes, n’a pas travaillé avec tant » d'art à ses petits temples d’argent

(2) Discours Ier. au Cardinal Bentivoglio, & la suite du Socrate chrétien, pag. 442, 443.

(3) Alegambe, Biblioth. Seript. soc. Jesu,

(4) Idem, ibidem.

(5) Idem, ibidem, pag. 410.

(6) Sotuel, in Bibliothecâ Seriptor. societ.

Jesu, pag. 722.

» de Diane, que cet adroit artisan » de l'erreur a employé lartifice à » redresser l’hôtel et l'autel de la

» superstition ; ce qui a donné lieu à

» quelques-uns de le comparer à ce » Marcion, dont Tertullien dit que, » Dedecus suum ingenio obumbrat, » qui cum causas ubique ferépessimas » tueatur et impiorum dogmatum pa- » trocinio verissimumse Satanæ alque » ÆAntichristi satellitem præbeat, agit » lamen ingenio ut speciosis coloribus » inducatomnia et distinctionumpræs- » tigiis, et umbris eludat ea quæ so- » didissimé veritate constituta sunt (7).» Gardez-vous bien de croire ce qu’Alegambe débite : c’est que Théodore de Bèze demeurait d'accord que Bellarmin avait renversé par terre tous les auteurs protestans. /Vec ipsi hostes ausi sunt diffiteri, ex quibus Theodorus Beza, « Unus hic liber, » ajebat, nos omnes humi proturbat » (8).» Onse moque du monde, quand on allègue de semblables choses , sans citer le livre où elles se trouvent. Il faudrait en semblables occasions citer jusqu’à la ligne, ou du moins jusqu’à la page, parce qu’autrement chacun juge que ce ne sont que des ouï-dire vagues et trés-mal fondés, Je suis très-persuadé que Bèze n’avait pas une si bonne opinion des écrits de Bellarmin, et que , s’il en avait jugé de la sorte, il se serait bien gardé de l'avouer. Une autre chose que dit Alegambe n’est pas si suspecte de fausseté. 11 dit qu’on fonda à Cambridge et à Oxford une nouvelle lecon destinée à réfuter Bellarmin. {nr Angliæ Academié Cantabrigiensi primüum, mox etiam in Oxoniensi, nova prælectio instituia est ad Controversias Bellarmini, si possent, refellendas (9).

(D) On a... examiné s'il s’est contredit.| Un ministre de Lithuanie, nommé André Crastovius , a composé un ouvrage intitulé Bellum jesuititicum (10), où il objecte aux jésuites 205 contradictions. Quelquefois c’est Bellarmin qui n’est pas d'accord avec les autres jésuites : le plns souvent,

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