‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 4)Chapitre 44 sur 109 · LEA D · texte numérisé non relu

LEA D

(7) Ancillon, Mélange critique de Littérature, tom. I, pag. 348. Voyez aussi Witaker dans la préface de son traité de Scripturä.

(8) Alegambe, Biblioth. soc. Jesu, vag.

(9) Idem, ibid.

(10) C'est un in-quarto de 16: pages, impriné à Béle, l'an 1594.

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c’est Bellarmin qui se réfute luimême. .

J’ai dit ailleurs (11) qu’on lui re- PRÉ d’avoir employé et combattu es mêmes principes , selon qu’il avait à disputer, ou contre les protestans , ou contre les enthousiastes. Voici du détail sur cette espèce de contradiction. « Quelques-uns, voulant excuser » Bellarmin sur ces contradictions et » ces défauts de mémoire, ont dit » que le grand nombre de gens qui » ont travaillé à la fabrique de cet » ouvrage, c’est-à-dire de ses écrits, » comme les architectes de Babel, y » ontintroduit cette confusion , faute » de s'entendre; mais bien loin que » ceux de sa communion prennent » cela pour excuse , ils le rejettent » comme une chose qui lui est inju- » rieuse. Fuligati, qui a fait sa Vie, » dit qu'il n’a même jamais eu de » scribe...….. Je crois que la vérita- » ble cause des contradictions de Bel- » larmin est que la nécessité présente » d’attaquer ou de défendre est un » objet plus puissant et plus péne- » trant que nul autre : il se soucie » peu de s’accorder avec lui-même, » pourvu qu’on ne croie pas quil » est d'accord avec ses parties adverses (12)... Bellarniin a sou- » vent vérifié cette remarque dans » ses livres de controverse : lorsqu'il » dispute contre les libertins et les » schwencfeldiens , touchant la né-=.

» cessité de l’Écriture, 1lparle comme » un protestant : lorsqu'il dispute » contre les protestans sur la même » matière, il raisonne en schwenc- » feldien : s’ilentreprend les pélagiens » sur la perfection des œuvres, il » emploie contre eux tous les argu- » mens de ceux qu'il appelle calvinis- » tes : s’il a affaire contre les calvi- » nistes mêmes , il sesert des raisons » des pélagiens et de leurs distinc- » tions. Attaque-t-1l les anabap- » tistes sur le baptême des petits » enfans , il le leur prouve par l’'E- » criture. Est - il en contestation » avec mous au sujet de la Tradi- » tion, le baptême des petits enfans » est un des points qui lui semble en » prouver la nécessité, et dont VE-

(x1) Dans lu remarque (B) de l'article de (Marc) Anroixs, l'Orateur, citation (7).

(12) Ancillon, Mélange critique de Littératuse, tom. [°r,, pag. 352.

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criture ne parle point d’une ma- » nière convaincante , à ce qu'il dit.

‘ » Cela me fait souvenir de la com- » paraison que J'ai vue quelque part » de Bellarmin à un certain Africain » nommé Léon, qu'il compare lui- » même à cet oiseau amphibie d’E- » sope, qui était tantôt oiseau, tan- » tôt poisson : oiseau, quand le roi » des poissons exigeait le tribut ; et » poisson quand le roi des oiseaux » l’exigeait : ut Leo quidam Africa- » nus in Granatensi regno natus ét » posiquam subjugatum est illud reg- » num in ÆAfricam profugus de se » fatetur, si Afros vitio aliquo notari » sentio, me Granalæ natum profi- » teor ; si Granatenses malè audiant , » mox Afer sum; Bellarminus certè » mulio quäam ille elegantius avicu- » lam illam imitatur, qui nimirüm » respondet, tom.1. Controv.l. 1, c.7, » paires secutos esse septuaginta In- » terpretum editionem. Idem, tom. x.

» Controv. L. 1, c. 20, de 3 Esdræ » agens, ait patres secutos esse He- » bræos, et tamen illud alterum , no- » tate, quantité vi verborum efjerat.

» ÎVegari (inquit) non potest. Îpse » tamen id ipsum loco posteriori ne- » gat (13).»

(E) Des écrivains protestans ont publié des faussetés contre Bellarmin, desquelles son parti a tiré beaucoup d'avantage.| Le jésuite Jean Argentus, dans l’Apologie de son ordre, fait mention de quatre libelles fraîchement éclos contre la société, desquels le troisième attaque directement le cardinal Bellarmin , et rapporte beaucoup de choses qui avaient causé, où accompagné, ou suivi sa mort. Néanmoins ce cardinal était plein de vie.

Sans doute Théophile Raynaud a voulu parler de ce libelle, quand il a dit qu'on avait publié en Allemagne il y avait vingt-cinq ans (14) un écrit qui accusait Bellarmin d’avoir tué beaucoup d’enfans, afin de cacher ses commerces impudiques (15). On disait de plus que ce cardinal, touché enfin de repentance , avait été à Notre-Dame de Lorette, pour voir (13) Lu même, pag. 354.

-(14) Ce calcul ne s'accorde pas avec l'an

1650, date du livre de Th. Raynaud, et avec ce que dit ce jésuite que Bellarmin se moqua de £e libelile.

(35) Theopb. Raynaudi Hoplotheca, sect. IT, serie IT, cap, T, pag. 166, 167.

s’il pourrait expier ses crimes ; mais que le prêtre auquel il s’en confessa fut saisi de tant d'horreur, qu’il lui enjoignit de sortir : ce qui jeta Bellarmin dans un désespoir, où il mourut peu après. Voilà le préeis de ce libelle.

Bellarmin le lut , et s’en moqua. Il fit sans doute plusieurs réflexions sur ce qu’on usait d’une telle diligence à publier sa mort, qu’il avait le temps d'en lire la relation. Théophile Raynaud trouve que le père Gretser s'était donné une peine bien inutile en réfutant ces sortes de contes, et que les protestans perdaient beaucoup par de tels récits (16); car on apprenait par-là quel jugement il fallait faire de la prétendue lettre de saint Udalric, qui porte que l’on trouva dans le puits du pape Grégoire IT six mille têtes d’enfans, après qu’il eut chassé les femmes des prêtres. Mæreticis, vel ad unam horam , vagum mendacium, in lucro ponitur. Revera tamen ex hoc mendacio, decessit illis haud exiguur..

Siquidem indè deprehensum est, qué fideex horum mendaciloquorum majoribus quispiam, ex commentitié S. Udalrici Epistold , sex millia capitum infantilium, intra puteum Gregor secundi cum 1s uxores sacerdotibus abstulisset, reperta dixerit. Von est enim ovum ovo similius, quam hoc de Bellarmini infanticidiis scriptum, et illa $. Udairici Epistola de cædibus per clericos et sacerdotes scortatores, adversus quam subdiitiam $. antistitis Epistolam , et ipse Bellarminus L. de Cleric. cap. 22. et Baronius anno 5or, aliique certérunt. Il n’est nullement nécessaire que les fables publiées contre Bellarmin aient un effet rétroactif sur le conte des six mille têtes d’enfans; mais il est certain qu’on ne saurait rendre un meilleur service aux jésuites, et en général à tout parti que l’on entreprend de diffamer , qu’en publiant des calomnies qui se réfutent trés-facilement. C’est une chose remarquable, qu'y ayant une infinité de personnes possédées d’uue démangeaison insurmontable de publier des

(16) Il paraft par la :Bibliothéque d’Ale… gambe, que Gretser a publié Vindicatio illustrissimi Cardinalis Bellarmini à criminationibus etinscitià Lutherani Magistelli Ernest Zephyrii, à TIngolstad, en 161x, in-4°.; et Castugatio Las belli famosi adversus illustr. Card. Bellarminum, traduite en allémand parle père Conrad Vetter, en 1618.

satires , il y en ait si peu qui sachent l’art de les bien empoisonner. La plupart de ceux qui s’en mélent ignorent que, pour y bien réussir, c’est-à-dire, pour faire qu’elles portent coup , il faut se mettre en possession de ces deux choses, et les observer religieusement : l’une est de n’avancer rien dont on ne puisse donner des preuves, et surtout de s'abstenir des accusations qui peuvent être facilement réfutées ; l’autre est de ne point s'opiniâtrer à soutenir un fait réfuté. J’oubliais un troisième avis : c’est qu’il faut cacher soigneusement sa passion, et fuir les apparences d’emportement.

J’avoue qu’en faisant tout le contraire de ces choses, on ne trouve que trop de gens dans son parti qui avalent doux comme du lait tout ce qu’on débite : mais c’est cela même qui fait un grand préjudice à la cause ; parce que l’autre parti s’indigne, et regarde comme un corps destitué de raison, d'équité, et de l'assistance de la grâce, celui d’où partent tant de satires si avidement avalées. Ce ne sont point ici des réflexions dites en l'air : elles sont prises de l’expérience. Voyez le profit que le père le Tellier tire de certains contes que l’on fait courir sans savoir s'ils sont vrais ou faux. Lisez un peu ce qui suit.

« Que servira-t-il, par exemple, » aux Jésuites de la Chine d’avoir été » les premiers et presque les seuls » quise soient soumis, et sans la moin- » dre résistance, aux vicaires aposto- » liques, dès qu'ils y ont paru en » 1684, puisque cela n’a pas empêché » leurs ennemis de publier , encore » l'été passé, par la plume de leur se- » crétaire le gazetier de Hollande, que » le saint père était extrémement ir- » rité contre les jésuites de ce qu’ils » ne voulaient pas reconnaître les » évêques qu'il envoyait à la Chine ?

» Peut-on douter que dans quelquès » années ce mensonge ne revienne à » son tour sur Ja scène ? De même, » que servira-t-il aux jésuites d’Alle- » magne d’avoir une attestation si- » gnée par quatre des principaux conseillers de M. l'électeur Palatin, tous protestans, dans laquelle ils témoi- » gnent que l’histoire du jésuite contrefaisant une voix du ciel, pour » tromper ce prince, ét l’animer à » la destruction de l’hérésie, n’est

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» qu’une pure fable ? Cèt acte empé- » chera-t-il qu’un jour , sur la foi du gazetier de Hollande , quelque bon :

protestant, qui continuera l’Histoire jésuitique, ne fasse un chapitre » de cettechimérique aventure (17). »

N'est-il pas étrange que l’auteur de la Religion des jésuites ait mieux aimé suivre sa passion aveugle que profiter de ce passage du père le Tellier ? 11 en a profité si peu, qu’il a ramené sur la scène lesprit du Palatinat, et qu’il n’a rien négligé pour faire que ses lecteurs rejetassent l'attestation des conseillers protestans de l'électeur Palatin (18). On sait de fort bonne part qu’il blâma le ministre réfugié qui mit cette attestation dans l'Histoire abrégée de l’Europe (19). Des gens comme celui-là gâtent le métier dont ils se mêlent. Il devraient laisser faire les satires à des écrivains modérés, qui

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