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les tourneraient d’une manière plus
adroite , et plus propre à persuader.
(F) Un professeur de Sedan... en pourrait dire des nouvelles. | 11 soutint des thèses, l’an 1674, sur la Puissance des Clefs, etimputa au cardinal Bellarmin d’avoir dit , qu’un homme contrit, plein de foi, et désirant d’être réconcilié à Dieu, périt éternellement, de cela seul qu’il né peut avoir de prétre pour le réconcilier avant la mort :
CE QUE 3E NE LIS JAMAIS, ajouta-t-il, SANS ÉTONNEMENT ETSANS INDIGNATION (20).
Cela signifie qu'il avait lu souvent ces paroles dans Bellarmin ; et néanmoins elles ne s’y trouvent pas. Le gardien des capucins irlandais (21) alla disputer contre ces thèses, et se plaignit d’abord avec une extrême vélrémence de injure que Pon avait faite à Bel- Jarmin. Il continua la dispute avec la même impétuosité, et mit le professeur en confusion. Ce ne fut pas tout.
Au sortir de la dispute, le procureur du roi présenta sa requéte contre ledit professeur (22). Les suites furent que
(17) Défense des nouveaux Chrétiens, Zr€.
part. , pag. 20, imprimée à Paris, l'an 168.
(18) Religion des jésuites, imprimée à la Haye, en 1689, pag. 77. Voyez la remarque (Q) de l'article Loxora. i
(19) Mois d'août 1686, pag-160.
(20) Theses de Potestate Clavium, pag, 2x : citées par l'abbé de Cordemoi, Letire aux nouveaux Catholiques , etc., pag. 117.
(21) On l’appelait le père Robert.
(22) Certificat du sieur Rambour , procureur du roi à Sedan cité par l’abbé de Gordemoi, la même, pag. 118,
BELLARMIN
l’auteur des théses donna sa rétractation par écrit, que lui et trois autres ministres signèrent.
Personne n’aura raison de trouver étrange qu’un tel accident ait trouvé place dans un dictionnaire tel que celui-ci; car il ne servirait de rien désormais de se taire sur ce fait : et quand même j'aurais le ménagement de ne rien dire, il n’en serait pas moins connu dans la Hollande, où le Journal des Savans est entreles mains de tout le monde. Chacun y a pu lire depuis quatre ans le précis de ce que je viens de rapporter; et outre cela, que les preuves authentiques de la ré-
tractation de M. Jurieu (car c’est lui
qui avait composé et qui soutenait ces thèses, ) sont trois certificats produits par l'abbé de Cordemoi. L'un est du procureur du roi de Sedan, l’autre de M. le comte de la Bourlie gouverneur de la méme ville, et le dernier du père Nicolas d’Hibernie capucin (23). J’ai lu ces trois certificats dans l’ouvrage de l’abbé de Cordemoi : ils sont datés de l’année 1689.
On se figure aisément que cette disgrâce affligea ceux de la religion, et réjouit les catholiques.
J'aurais voulu n'être pas contraint d’allonger cette remarque dans la seconde édition ; mais M. Jurieu ayant publié quelque chose de fort outrageant contre moi à ce sujet-là , il faut
ue l’on voie ici tout d’une suite , et ce qu’il a dit, et ce que j'ai répondu.
« Le grand vide, qui se trouve dans » les dernières pages de cette feuille, » fait une tentation, à laquelle on ne » peut résister , d'apporter un exem- » ple notable , et des menuités, et » des malignités, dont on a dit que » ce livre est plein. Voici le fait.
» M. Jurieu, das une dispute pu- » blique et imprimée, cita un pas- » sage de Bellarmin , où , par une » faute de plume de l’auteur, ou par » une faute de l’imprimeur, au lieu in d’attritus, on trouva contritus : ce » quifaisait dire à Bellarmin, qu’un » homme pleurant , pénitent , et con- » trit, était damné, s’il ne recevait » pas l’absolution sacerdotalé ; au
(23) Voyez l'extrait d'une Lettre de M. l'abbé
| Se Cordemoi aux Catholiques de l'îie d’Arvert en
| Xaintonge, donné dans le Journal des Savans
| # 24 avril 1690, pag. 277, édition d'Amstercam.
| St » lieu que Bellarmin disait, qu’un » homme pleurant douloureusement » ses péchés, par un sentiment d’at- » trition, était damné, s’il ne rece- » vait l’absolution du prêtre. Un » moine se remua là-dessus, fit grand » bruit. Sous la bouche du canon, » et sous la croix, M. Jurieu lui ac- » corda cequ’illui aurait accordé par- » tout, même en pays dominant pour » la religion : c’est une reconnais- » sance qu’il y avait dans l’imprimé, » faute, ou de la main de l’auteur, » ou de l’imprimeur , et que le sen- » timent de Bellarmin était tel que » le moine le disait. Dans Amsterdam, » ou dans Londres, tout homme sin- » cére en aurait avoué autant. Ne » voilà-t-1l pas une histoire, qui, » après avoir été imprimée dans tou- » tes les satires , méritait bien de » passer paË une troisième ou qua- » trième impression, dans un livre » que l’on destinait à l’immortalité ?
» Se peut-il rien de plus petit, et de » plus pitoyable ? Il ya donc là-de- » dans,etmalignité, etpetitesse (24).»
Voilà les paroles de M. Jurieu : et voici de quelle manière je les réfutai.
« Jai pris garde que l'affaire de Bel- » larmin Îui tient fort au cœur : je » ne m'en étonne pas; mais la pru- » dence aurait voulu qu’il n’en eût » pas fait la matière d’une addition > à la fin de son écrit. Le silence eût » été le bon parti: moins on remue » certaines choses, moins s’y embar- » rasse-t-on. Ce que j'en ai dit n’est » point un exemple de menuités et de » malignités. J’eusse mal rempli sans » cela les devoirs d’historien, puis- » que le dessein primitif de mon ou- » vrage était d'observer les fausses » accusations à quoi les personnes » dont je parlerais auraient été ex- » posées. Si J’eusse omis celle-là dans :
» Particle de Bellarmin, n’eût-on pas » pu dire raisonnablement que j'étais » partial, et que j'oubliais des choses » dont je ne pouvais prétendre cause » d’ignorance ? Je l'ai tirée, non d’un » livre satirique, comme il le dit » faussement, mais d’un ouvrage de » controverse , et du Journal des » Savans. Je n’examine point le tour » qu’il prend pour couvrir sa faute :
(24) Jurieu, Jugement du public. sur le Dictionnaire critique du sieur Bayle, pag. 46,
» je prie seulement mes lecteurs de recourir à mon dictionnaire , afin de comparer à sa réflexion les pièces qu’on a produites, On verra par ce paralléle combien la nature pâtit en lui, quand il faut faire quelque acte d’humilité et de bonne foi. Je n’en suis point surpris ; car lorsqu'un arc a élé toujours plié d’un certain sens, on a mille peines à le courber du sens contraire la première fois qu’on l’entreprend.
Il en va de même des fibres de notre cerveau (25).»
La plupart de mes amis trouvèrent que j'avais trop négligé de me servir de mes avantages : Les occasions, me dirent-ils, ne vous ont point manqué ; mais vous avez manquéaux OCCASIONS, et il ne faut pas se rendre digne de ce reproche dans les combats de plume, non plus qu'à la guerte. Pourquoi n'avez-vous pas mis dans tout son jour par un détail circonstancié le fauxfuyant de cet homme ? IVe Le pouviezvous pas confondre par telle et par telle réflexion? Je me défendis par les movensles plus propres à faire finir cet entretien : ce fut en disant qu’il ne fallait point prodiguer de telles observations dans une feuille volante, que c’aurait été placer son bien à fonds perdu , et qu'il valait mieux le destiner à la seconde édition de mon dictionnaire. J'ai songé depuis à cela plus d’une fois, et j'ai trouvé qu'il fallait laisser à mes lecteurs tout le soin de réfléchir sur ce petit incident.
Il ne leur sera pas difficile de comparer ensemble toutes les pièces de ce procès, ni de découvrir dans l’Apologie de M. Jurieu les grimaces et les contorsions d’un homme qui souffre la gêne. C’est après tout à l’abbé de Cordemoi à réfuter cette Apologie. Îl me convient mieux d’être l’historien que l’auteur des réflexions que cette querelle peut fournir. drag à (G) Sur La matière de la prédestination, il n’a point suivi la doctrine des jésuites.] Il a été bon thomiste , et nullement moliniste *. Mais, quel-
(25) Réflexions sur un imprimé qui a pour titre : Jugement du public , etc., pag. 15.
* « Bellarmin, dit Leclerc, croyait que la grâ-
» (cehabituelle suffisait pleinement pour accomplir
. » les œuvres ordinaires de la piété chrétienne,
» sans que le juste eût besoin pour cela d'aucune
» autre grâce existante. C’est nne preuve certaine
» qu'il était ni moliniste ni thomiste au sens
BELLARMIN
que grande que fûtson autorité paruni ses confrères, il n’a eu guére d’imitateurs, Ce petit nombre d’anti-molinistes dans ce grand corps ne laisse pas d’ayoir ses usages. Je ne saurais mieux expliquer cette pensée. qu’en rapportant les paroles de celui qui a publié PHistoire de la congrégation de Auxiliis. « se rencontre quelquefois » des génies d’un ordre supérieur, qui ont acquis du crédit et se sont rendus nécessaires au corps, et qui, s’élevant au-dessus des craintes et des considérations auxquelles les autres se croient obligés de céder, enseignent plus franchement les vérités qu'ils ont apprises par de bonnes études, ne se pouvant résoudre de trahir leur conscience, ni d’être rebelles à la lumiére. La compagnie les tolère, et souffre cette petite révolte, parce qu’elle sait bien le moyen d’en tirer 4 Vutihté, et de la faire servir à son avantage et à sa gloire; et que d’ailleurs il n’y a pas sujet de craindre qu’un tel exemple soit suivi d’un grand nombre, et fasse schisme dans les écoles de la société. Il est même de sa grandeur, et conforme à ses principes, d’avoir des docteurs graves de tous les sentimens , qui puissent servir à leur dogme capital de la probabilité. Car on ne sait pas ce qui peut arriver. Les choses peuvent changer du blanc au noir : et si la compagnie se
fait en France sur l’autorité du pape,
par ses deux ouvrages De Aÿp
la thèse qui fut soutenue à Rome | en 1674, dont les sentimens tou-
la grâce sont tout-à-fait conformes | à ceux de saint Augustin (26).» Jai » qu'on entend aujourd’hui, et encore moins » augustinien au sens de Bayle, c'est-a-dire, | » janséniste. » ‘|
(26) Histoire abrégée de la Congrégation de auxiliis, pag. 8x. |
trouvait obligée, au moins en quel- | ques provinces, de changer de sen- | timent sur la grâce, comme elle a |
il ne serait pas de sa dignité de’ chercher ailleurs des docteurs gra- | ves sur l'autorité desquels eNe pût | appuyer son changement. On peut | compter entre les théologiens dont | je parle le père Tiphaine, si célèbre | o5- | tasi, et De Ordine, et Vauteur de !
chant la prédestination et touchant l
BELLARMIN
dû rapporter cela tout du long, nonseulement parce qu’on en peut inférer que Bellarmin était fort considéré dans son ordre, et qu’il le savait bien; mais aussi à cause d’un certain sel dont ces paroles sont parsemées , qui est. fort propre à exciter bien des notions.
(H) 41 n’a point favorisé la morale reldchée , ni les expressions des dévots indiscrets.…… dans les litanies. | Les protecteurs de cette morale n’approuvent point le délai de l’absolution ; mais le cardinal Bellarmin « a prêché » devant les papes la nécessité et l’u- » tilité de ce délai, et ses sermons » sont si remplis de cette doctrine, » qu’on voit bien qu’il lPavait fort à »cœur ,et qu’il la mettait en pratique » avec beaucoup de soin. On en peut » voir de fort beaux endroits extraits » par l’éminentissime cardinal d’A- » guire dans sesdissertations VliLet X » sur le IIIe. concile de Tolède (27). »
Celui qui me fournit ces paroles est un janséniste qui a publié un Mémorial, contenant, 1% une déduction sommaire de l’origine et de l’etat. présent des contestations doctrinales du Pays-Bas, et des véritables moyens de les terminer ; 2°. une réponse succincte aux trois. accusations de jansénisme , de rigorisme , et de nouveauté(28).1I1 dit que le « sa- » vant et pieux cardinal Bellarmin » aurait pu passer pour un novateur, » aussi-bien que pour un rigoriste, » s'ilavaitfaiten ce temps-ci ce qu’il » fit en plusieurs occasions pour le » rétablissement de la discipline et » pour le retranchement des abus.
» Les changemens qu’il fit dans son » archevêché de Capoue, l’ordre qu’il » établit dans l'évêché de Monte- » Pulciano qu’il gouverna quelques » années en l’absence du propre évé- » que, les avis qu’il donna au pape » Clément VIII pour la réformation » de l’Église, ceux qu’il adressa à son » propre neveu évêque de. Theane » pour sa conduite et pour l’adminis- » tration de son diocèse, les sermons » qu'il précha dans le palais aposto- » lique et dans les deux églises que je » viens de nommer, sont autant Le » témoins des saintes et nécessaires
(27) Mémorial , etc. Voyez la citation suivante. (28) Il est imprimé à Delft, chez Henri van Ryn, en 1606. Il contient 28 pages in-4°.