‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 4)Chapitre 46 sur 109 · TOME Ill · texte numérisé non relu

TOME Ill

» nouveautés qu’il s’étudiait d’intro- » duire, et dontil fit connaître l’obli- » gation... Chacun sait que c’est » principalement sur cette matiére » (29) , que l'accusation de nouveauté » a été premièrement formée. Cepen- » dant si c’est là être novateur, le » cardinal Bellarmin ne saurait être » Javé de cette tache; car il fit dans » les litanies de la Sainte Vierge des » changemens qui feraient aujour- » d’hui crier bien haut ceux qui sont si » libéraux de la qualité denovateur, et » de celle d’ennemi du culte de la S'ain- » te Vierge, que rien w’est plus com- » mun dans leurs écrits que ces sortes » d’accusations contre les personnes » les plus catholiques et les plus vé- » ritablement dévotes envers la mère » de Dieu. Mais on ne pourrait accuser » en cela de nouveauté ce pieux et » savant cardinal, sans en accuser » le pape Paul V, par l’ordre duquel » il avait fait ces changemens. Il en » rend compte dans une préface , où » il marque, Qu'il a retranché plu- » sieurs versets des litanies de Notre- » Dame de Laurette, parce qu'ils » étaient trop métaphoriques , comme » ceux-ci, TURRIS EBURNEA , Horus cow- » cLusus, et d’autres semblables ; et » qu’il ena omis d’autres, parce qu’en- » core qu’ils puissent avoir un bon » sens, Us peuvent toutefois en avoir » aussiun trop dur, d’où les ennemis » de l'Eglise prennent occasion de » blasphèmer , tels que sont ceux-ci, » Maria, DEI ET HOMINUM MEbIATRIx, » INTERCEDE PRO Nogis. ÂB OMNI PECCATO » LIBERA NOS, Domiva, et d’autres de » cette nature. Car ces sortes d’invoca- » tions semblent attribuer à la Sainte » Vierge ce qui est propre à Jésus- » Christ comme Dieu.»

(D) Ce qui a été changé dans ses écrits... touchant l'efficacité de la grdce n’empéche pas qu'il ne soit un docteur augustinien. | Commentons ceci par un passage tiré d’un livre de janséniste : « IL y a, sujet de croire » que la doctrine de ce cardinal é- » taittrès-augustinienne sur ce point, » dans son original , lorsqu'il envoya

(29) C'est-a-dire, la correction de quelque façon de parler qui scandalise les hérétiques , comme quelques-unes du psautier attribué à sainf Bonaventure, qui semblent «donner à la Sainte Vierge ce qui n'appartient qu'à Dieu ou à Jésus Christ. Voyez le Mémorial, etc., pag. 20.

» ses Controverses en Allemagne pour » être imprimées ;et que ce futune des » opinions que ses confrères de ce » pays-là prirent le liberté de chan- » ger, dans l'espérance, dit l’auteur

de sa Vie, de faire plus de fruit » parmi les hérétiques. Je ne crains » guère de faire un jugement téme- » raire , en attribuant ce changement » au père Grégoire de Valentia, ce » célèbre martyr de la grâce moli- » nienne. Ilétait à Ingolstad, pendant » qu’on y imprimait les Controverses » de Bellarmin, et il ÿ fit soutenir, » en 1584, des thèses, qui sont peut- » étre les premières de la société, où » parut cetté nouvelle invention de » la science moyenne, qu'il croit né- » cessaire pour défendre contre les » nouveaux hérétiques la liberté de » l’homme. Je croirai tout ce qu'on » voudra de la patience héroïque du » père Bellarmin, dont l’auteur de » sa vie le loue à cette occasion : ce- » pendant il paraît par là révision » qu'il fit de son ouvrage en 1608, » qu'il trouva qu’on l'avait trop ra- » molli, ou plutôt trop corrompu , » sur l'efficacité de la grâce. Et cet » auteur même dé sa vie, après avoir » loué sa modestie et son humilité à » souffrir les changemens de quelques- » unes de ses opinions, témoigna que » d’un autre côté il avait une fer- » meté invincible à l’égard de celles » qu'il croyait être ou de la foi, ou » fort autorisées dans l’Église(*) : On » né peut concevoir, dit-il, jusqu’à » quel point il se montrait alors in- » flexible et invariable , comme il pa- » rut clairement dans ce qui arriva » au sujet de ce qu’il avait enseigné » dans ses livres touchant la prédes- » tination, les secours de la grâce di- ‘» vine, etc. C'est-à-dire qu’on ne put » jamais lui faire changer de sentiment » touchant la prédestination gratuite, » qui fait, selon lui, partie de la foi

dé l'Église, ni touchant la vérité de » la grâce, qu’il croit efficace, non par » le seul événement, ni parce qu’il » plaît à la volonté d’y consentir, » mais par elle-même et de sa nature :

(*) Sin vero dogmata ipsa fidei, etc., ejus in operibus censurà notabantur, dici non potest quam stantem se immutabilemque præberet. Clarè id agnitum est in his quæ evenère circa editas opiniones de prædesiinatione, de auxiliis divinæ gratiæ , etc., lib. 2, c. 5.

BELLARMIN

» ce qu’il dit positivement être con- » forme à la doctrine de saint Augus- » tin ,et même aux Saintes Ecritures.

» C’est ce qu’il avait toujours eu dans » le cœur : et la congrégation de Au- » æxiliis, qui venait de finir , et où il » avait oui soutenir avec tant de so- » Jidité par les dominicains la vraie » efficacité de la grâce par elle-même, » lui fit sans doute naître quelques » remords de conscience, d’avoir eu » une patience si préjudiciable à la » vérité, en souffrant que l’on chan- » geât ses sentimens sur celle-ci, ou » de les avoir changés lui-même en » vértu de la promesse qu'il avait » faite en entrant chez les jésuites de » s'attacher aux sentimens de la so- » ciété, comme ses constitutions l’y » obligeaient. Ce qui est certain, est » qu’il corrigea, non pas tout ce qu’il » y avait à corriger, la compagnie » était trop engagée pour l’abandon- » ner, mais au moins quelques en- » droits, où il ne paraissait pas qu’il » reconnût dans la grâce une autre » manière d'opérer que celle qu’on » appelle objective et morale : il veut » au contraire qu’on sache qu'il ad- » met une opération eflective et phy- » sique : voluntatem moveri per gra- » tiam etiam efficienter et physicè ; » Deum aspirare voluntati bonum » desiderium, afflare initiumbonævo- » luntatis , quæ aspiralio sive afflatio

» physica actio est et Deo propria(*).

» Îl répète cela plusieurs fois, de » peur, dit-il(*), que quelqu'un ne » s'imagineque nous n'admettons dans » la grâce qu’une manière morale de » mouvoir la volonté, » L’auteur janséniste, ayant cité d’autres endroits de ce même ouvrage de Bellarmin, conclut ainsi : On voit assez par tout cela, ce qu’on aurait d'abord trouvé dans Bellarmin, sison ouvrage n'avait point été altéré par d’autres mains, et ce que peut l’obéissance aveugle que des jésuites promettent de rendre a la société, quand ils y sont reçus, à

légard méme de la doctrine de l'E-

glise. Mais on y voit aussi que les premiers et les derniers sentimens de Bellarmin ont été pour la doctrine de la grâce efficace par elle-même, et que l'engagement qu’il'avait à l'égard

(%7) Recognitio Oper. Bellarm. Ingolstadi,

1608, pag. 06.

(7) Pag. 97.

BELLARMIN

de sa société ne lui ayant pas permis d'êter tout ce qu’on avait fourré dans ses ouvrages Sans Sa participation , nt de changer le fond de tous les sentimens qu'on lui avait fait prendre, il n'a pu néanmoins s'empécher de rendre avant sa mort quelque témotgnage à la vérité : comprenant bien qu'il en disait assez pour renverser tout ce qui restait dans ses ouvrages de contraire à saint Augustin (30).

Observons que Robert Abbot a bien poussé Bellarmin sur les changemens des nouvelles éditions de ses ouvrages (31).

(K) LL s’est fait des affaires pour les mémes raisons qui ont ant commis l'abbé de la Trappe avec les moines.] Bellarmin a fait un livre de Gemitu Columbæ , dans lequel il dit qu’une des choses qui doivent faire pleurer et gémir les bonnes âmes , est le grand relâchement où quelques ordres religieux sont tombés. On s’est plaint amèrement de cela , comme d’une invective mordante (32). Mais le cardinal n’a point manqué d’apologistes , qui ont soutenu que ce de quoi il s’est plaint n’est que trop vrai, et que le besoin de réformation est si visible en divers endroits, que ceux qui vivent dans ce désordre, et qui ne s’en apercoivent pas , vérifient la maxime , Sensibile juxta ac multd magis intra sensum positum non facit sensationem (33). Citons un passage de Théophile Raynaud : Æudivit Bellarminus asper et mordax quia in libro de Gemitu Columbæ fontem unum lacrymarum proposuit , Religiosorum aliquorum Ordinum laxationem , quam homo ille (c'est-à-dire celui qui s'était plaint de Bellarmin) spiritu barytono, uspiam cerni inficiatur, et utinams vel in speciem veré inficiaretur !{ Sed tanti fuit, Bellarminum mordere quoquo modo. Nam esse aliquas religiones laxatas, et quibus reformatio sit necessaria, res est adéo nota, ut nemo msi cœcus non videat, ait

Major, in-4°. d. 38. q.23. Sed non est

(30) Gery, Apologie, etc., pag. 177, 178.

(31) Rob Abbotus , de supremä Potestate Regià, præl. IT , art. ITT.

(32) L'auteur de cette plainte est un moine, contre lequel le jésuite Baeza a dit quelque chose, lib. IV qe Jesu figurato , cap. [, num. 39. Voyez Théophile Raynaud, Erotemat. de malis ac bonis libris, pag. 112.

(33) Idem, ibidcm.

novum aliquos ila cœcutire, præsertim in causé proprid ; ut notum est ex eo exemplo guod recitat IVider lib. 2.

de Reform. Relig. cap. 9. Episcopi ex ordine collapso assumpti, qui, audiente ipso ÎVidero, pertinacissimè inficiatus est, suum ordinem esse collapsum, et reformatione egere, quantumvis, (inquit Vider), luce foret clarius Loti mundo, contrarium esse verum (34). Le pseudonyme Philadelphus de novo Lacu, qui a composé un traité de modernis Jesuitarum Moribus, nous apprend qu’on révoque en doute que Bellarmin soit le véritable auteur du Gemitus Columbæ (35). Ce doute me paraît fort déraisonnable; car ce traité vit le jour pendant la vie de ce cardinal , et fut inséré daus le Recueil de ses OEuvres.

Notez que le jacobin Gravina est un de ceux qui écrivirent contre ce Gemitus. Voyez la remarque (B) de Particle KezLer.

. (L) Quelques-uns ont dit qu’il faisait grand tort à la catholicité par ses livres de controverse. | Le père Théophile Raynaud avoue qu’il y a des gens qui ont cru qu’il serait fort bon peut-être de supprimer les livres de controverse du cardinal Bellarmin , tant parce que les hérétiques en peuvent facilement abuser, y prenant ce qui s’y trouve pour eux et laissant le reste, que parce que les catholiques y peuvent être trompés, faute de comprendre la réponse aux objections. On a cru que le cardinal du Perron était de ce sentiment , et peutêtre qu’on ne se trompait pas : on dit même qu’il s’en était ouvertement expliqué en conversation , ne prenant point garde aux conséquences. Mais quand il sut qu’on lui imputait de juger ainsi des livres de Bellarmin, il le nia fortement : Doctissimus card.

Perronius cum hoc sibi calumniosum de Bellarmini Controversiis judiciure affingi inaudisset, copiosè et validè illud detersit, ut refertur in ipsius Bellarminivité, Gb. Îl, cap. VII (36). Il écrivit une lettre à ce cardinal,

(34) Theophili Raynaudi Erotemata de bonis et malis ibris, pag. 112.

(35) Voyez la page 198 de la pièce de M. Mayer, intitulée ; Dissertatio de Bellarmini Fide ipsis pontifieiis dubiâ. Voyez ci-après la citation (D).

(36) Theophilus Raynaud., De bonis €t malis libris, pag. 223,

dans laquelle il repousse cette accusation avec toute l’industrie et toute la force dont il était capable. Cette lettre , datée de Rome le 10 de février 1605, se trouve dans la Vie de Bellarmin, composée par Fuligatti, et dans

la Dissertation de M. Mayer que j'ai

citée ci-dessus (37), et qui nous apprend que le cardinal Bentivoglio proteste qu'il avait oui faire ce Jugement des controverses de Bellärmin au cardinal du Perron. Sanctè 1estari.….,se ex ipsius cardinalis Perront dre propriis hoc excepisse auribus de Bellarmini controversiis judicium (38). Le collecteur du Perroniana ne Aui avait pas oui dire'la même chose, ou bien il ne trouva pas à propos d’en faire mention : car voici tout ce qu'il rapporte. « Le cardinal Bellarmin a » un fort bel esprit ét fort clair. Il a » traité des sacremens in genere fort » bien :‘ilne se peut pas mieux. Il y » a bien à dire que le traité de Eucha- > ristid soit de même. Quand il a » trouvé quelque matière bien éplu- > chée et bien examinée déjà par » d’autres , il l’a merveilleusement » bien éclaircie avec la beauté et la » netteté de‘son esprit ; mais lorsqu'il » a trouvé une matière encore erm- » brouillée , ét où il y à beaucoup de » confusion, son-esprit s’y perd (39) :

» il se sert bien souvent des traduc- » tions des pères grecs, sans aller voir » le grec; je m'en étonne, vu qu’il » l’entendait fort bien. Entre autres, » il se sert da livre de Præparatione » Evangelicé pour la prière des » saints, et le cite en datin de la ver- » sion de Trapezunce , qui n’est nul- » lement semblable au grec, et qui y » ajoute une clause qui ne se trouve » point dans le grec, » Afin que mes lecteurs soient bien en état de juger de tout ceci, je leur mettrai devant les yeux le passage du cardinal Bentivoglio : Tale era il concorso generale intorno alle sue controversie (4o) benche non riescono mai tante unifor-

\ (37) Dans la citation (35). Woyez les pages 184 et suivantes de cette Dissertation.

(38) Mayerus, tbidem , pag. 192.

(39) Campanella, Synt. de libris propriis, cap. IV, art. IX , en juge à peu près de la méme “sorte : Bellarminus, dit-il, Controversias hâc tempestate plurimum illustravit, clarus, non inelegans, magaus in labore, sed modicus tamen 2n inyentione.

(4o) C'est-à-dire, de Bellarmin.

BELLARMIN

mi i giuditi, che non vi siano ancora di quelli fra i piu dotti cattolici, e più versali in materie simili, che haverebbono qualche volia desiderato di veuerlo stringere , ed abbater con forza maggiore alcuni argomenti heretici, e con maggior pienezza riporlare ques tanti , e si manifesti vantaggi, che poteva dargli in ogni questione la dottrina cattolica : meco più d'una volta in Francia mostrd d’aver questo senso particolarmente il cardinal Perrone, quel gran cardinale, quel ch'è stato l’'Agostino Francese del nostro secolo :

del resto lo riconosceva ancor egle per un de’ più dotti, e più ‘eminenti, e più benemeriti scrüitori, che hasesse havuto la Chiesa ne i tempi nostri (41). On voit par-là que la censure se réduisait à ceci : c’est que Bellarmin n'avait pas toujours réfuté les raisons des hérétiques avec toute la force et toute la plénitude de victoire que la bonté de sa cause lui pouvait fournir. Notez qu’il ya des protestans qui avouent qu'il rapporte d’assez bonne foi leurs raisons et leurs objections, M. Heidegger l’a loué entre autreschoses, quod non perindè malignus alque jesuitæ alii, Valentia imprinüs, Vasquez, Becanus, Maldonatus, etc., meliore ut plurimüm fide adversariorum suorum argumenta allegavit , et amantior quam illi veritatis, sicubi erravit, prudens sciensque errare non videtur (42). On jugera ce qu’en voudra du récit du dominicain Vincent Baron. Ce moine se méla de controverse, et disputa quelquefois avec des ministres. Il assure qu’il a oui dire à l’un d'eux, que Bellarmin leur avait rendu de très-grands services, en mettant leur théologie dans un très-bon ordre, eten donnant plus de force à leurs argumens qu'ils n’en avaient dans leurs écrivains. Le père Baron loue là-dessus la bonne foi de Sellarmin ; mais sans oublier de dire qu’il a mis en poudre les mêmes raisons des protestans qu’il avait représentées selon toute leur force (43). II ajoute qu’il a oui dire pour la justification de ce cardinal, que dans les

. (Gr) Memorie , overo Diario del Card. Bentivoglio, pag. 121, 122, editione Amstel. , nell’

an. 1648.

(42) Heidegger, Histor. Papatüs, pag. 312.

GO , Apolog., ub. IF, sect. IF, Pag. 101, 102.

BELLARMIN

disputes sur les mystères, les argumens de ceux qui attaquent sont plus aisés à comprendre , que les argumens de ceux qui répondent. Hoc solum adjunxerim qudd in defensionem Bellarmini me alias audivisse memini, mysteria fidei hoc habere, quod, cum superent captum rationis humancæ , faciliora sunt sensui argumenta quæ imnant, quam responsa quæ defendunt (44). C’est nous apprendre assez clairement , qu’on s’est plaint que Bellarmin proposait mieux les objections des hérétiques, qu’il ne les réfutait.

Jexaminerai en quelque endroit (45)si ceux qui rapportent de bonne foi les raisons del’autre parti, gens bien rares, tiennent une conduite qui réponde à l'esprit qui règne dans toutes les communions plus ou moins, de ne pas permettrela vente deslivres des hérétiques.

(M) Un homme d'esprit... a soupconné qu’on défendait en Italie d’exposer ses œuvres en vente, de peur qu'elles ne fissent connaître les opinions qui y sont réfutées.] L'homme d’esprit dont je parle est le chevalier Edwin Sandis.

Voici ce qu’il dit : « Je proteste qu'il » ne fut jamais en mon pouvoir de » trouver en aucune boutique de li- » braire les OEuvres de Bellarmin, ou » de Grégoire de Valence , ou d'aucun » autre de cette sorte. Mais, en lieu » de ceux-là, je trouvai bien par » tout des tas infinis d’invectives, et » de déclamations. Ce qui me porta à » cette conjecture, que tout à dessein » ils les supprimaient dans le pour- » pris des couvens, et les tenaient » sous la boucle des permissions des » supérieurs, afin que par la libre et » commune lecture d’iceux, esquels » de nécessité il a fallu coter et réci- » ter les positions et argumens des » protestans , on me flairât quelque » fleur , et ne goûtât quelque fruit » ou semence de la religion réformée.

» Je laisse à d’autres de plus haut nez » l'enquête de cette mienne conjec- » ture (46). » Ajoutons à cela ces paroles du roi Jacques : Famd proditum est, nescio quam verum, libros contro:

versiarum Bellarmini in Italiä non permitti vulgo , propterea quod objec-

(44) Idem, ibid., pag. 162.

(45) Dans la remarque (G) de l'article Cary-

SiPPE , au troisième alinéa, (46) E. Sandis, Relation de l’état de la Religion, pag. 224, édition de 1642, in-12,

tiones ejus nimis validæ:sint, responsiones autem nimis debiles (47).

(N) LL fit la révision et La correction.

de toutes ses œuvres.| J'ai lu dans M. Chevillier un fait si curieux, que je le rapporte avec beaucoup de plaisir : « Ce cardinal, voyant qu’on im- » primait ses Controverses en divers » endroits, et qu’on y laissait beau- » coup de fautes, crut qu'il devait » apporter quelque remède à ce mal.

» Il fit une copie de ses livres , si » exacte, et si bien corrigée, qu’il ne » restait pas dans le manuscrit une » seule faute, et la donna ainsi à un » libraire de Venise pour en avoir » une impression très-accomplie. Mais » il arriva tout le contraire de ce qu’il » avait espéré. L’imprimeur négligea » si fort l'édition, que cette dernière » était la plus défectueuse et la plus » corrompue de toutes celles qui » avaient paru. Ce célébre auteur, » touché de cet événement, mit la » main à la plume, pour en avertir » le public, après avoir vu que cette » impression, passant pour original, » avait porté le mal dans une seconde, » et même avait beaucoup infecté la » belle édition d’Ingolstad, à qui elle » servit de modèle. Il fit paraître son » livre intitulé: Recognitio Librorunr » omnium Roberti Bellarmini, où il » mit un correctorium, qui marque » toutes les fautes de cette édition de » Venise, et fut imprimé in-8°, à In- » golstad, l’année 1608. Il se plaint » dans la Préface, page 125, qu’il y » a plus de quarante endroits où l’im- » primeur lui fait donner une réponse » négative pour une affirmative, on » une aflirmative pour une négative.

» Et l’errata, qu’il fait, remplit qua- » tre-vingt-huit pages. Æt quod gra- » vissimun est (animadverti) supra » quadraginta locos ila esse corruplos, » additis vel detractis negantibus par- » ticulis, vel alio modo immutatis , ut » contrarium omnino sensum conti- » neant ; quod certè summo me dolore » affecit. .. tamen quoniam animad- » verti non paucos errores edilionis » primæ Venetæ in editionem secun- » dam Venetam, et in [ngolstadiensens » ex Wenetd expressam transiisse, » ided in ÆCorrectorio notavi libros,

(47) Jacobus Rex, in Protesiatione anti-Vors-

tianâ, apud Mayerum, Diss. de Fide Bellaymi.

ni, etc., pag. 183,

278 | » capita , paragraphos , columnas , » litteras , et versus (48). » Notez que ce Correctorium fut d'abord imprimé à Rome, l’an 1607, et que dès l'an 1596, VAuteur, faisant réimprimer à {ngolstad sés ouvrages de controverse revus et augmentés, avait averti le monde qu'il ne reconnaissait point pour siennés les éditions précédentes.

Ce n’était point qu’elles continssent des opinions qui dussent être désapprouvées : c'était à cause des fautes d'impression, comme il le dit à Possevin l’an 1598 (49).

(O) Ce que les bibliothécaires des Jésuites ont dit de la correction de ses œuvres nest pas exact.] Je trouve dans un ouvrage imprimé l’an 1608 (50), qu'avant cette année-là, les Controverses de Bellarmin avaient paru en quatre volumes. La première édition en trois volumes. in-folio est d’ingolstad, en 1586. On les réimprima au même lieu iz-8°., l’année suivante.

On en fit dans la même ville une nouvelle édition l’an 1588, et une autre Van 1590. La première édition en quatre tomes est de Venise , apud Minimam Societatem. On y joignit un appendix de plusieurs traités particuliers (51). Il faut donc dire qu’Alegambé , ni son continuateur, ne sont point exacts, parce qu’ils nous donnent pour la première édition en quatre volumes celle de Cologne de 1615.

Ils disent aussi que la premiére édition du premier tome est de l’an 158r, que celle du second est de l’an 1583, et que celle du troisième est de l’an 1592. Cela est contraire au narré de Possevin, et manque d’exactitude dans un autre chef; car ilet fallu nommer la ville où furent faites cés prétendues premières éditions.

(P) Sa Wie a élé composée par quatre ou cinq auteurs. | M. Teissier en a compté neuf, et les à rangés de’cette manière : 1°. Daniel Bartoli; 2°, Didacus ÆRamirez ; 5°. Jacobus Fuligatus ; 4°. Georgius Robertussonus ; 5%. Joannes Morinus ; 6°.

Marcellinus Cervinus ; n°. Petrus

(48) Chevillier, de J’Origine de l’Imprimerie de Paris, pag. 162.

(49) Tiré de Possevin, Apparatus sacri tom.

IT, pag. 338.

(50) Apparatus Sacer Possevini, tom. IT, pag. 330.

(51) Tdem , ibidem.

BELLARMIN

Morin ; 8. Sylvest. Petra Sancta; 9°. T'arquinius. Galluccius (52). H y a là quelque réduction à faire : Jacques Fuligatti, Jean Morin (53), Pierre

Morin (54), et Sylvestre Petra Sancta, :

ne doivent passer que pour un historien de Bellarmin; car les trois derniers n’ont fait que traduire l'ouvrage italien de Fuligatti : et si Petra Sancta, qui Pa traduit en latin , y a fait quelques additions, ce n’est pas à dire qu’il le faille considérer comme l’un des historiens en chef. Si George Robertusson a fait la Vie de ce cardinal, ne devait-il point paraître à sa place dans le corps du livre de M. Teissier ?

Il n’y paraît nullement, on n’y voit qu'un Georgius Robersonus, auteur de la Vie de Robert Rollocus, théologien écossais. Notez que Tarquin Galluccius n’a point fait l'Histoire de Bellarmin, mais seulement l’oraison funébre. M. Mayer a fait une liste plus exacte (55) : il cote la Vie de Bellarmin écrite par Jacques Fuligatti, et imprimée à Rome, l’an 1624, in-4°.; Daniel Bartoli de Vitd Bellarmini, à Rome, en 1618 (56), in-4°.; Marceilin Cervinus de Vitd et Moribus Bellarmini, à Sienne, en 1622, in-8°. ; Didacus Ramirez in Witä Bellarmini ex variis authoribus concinnaté, et Nicolao Antonio in Bibliothec4 Hispané memoratä&; et le récit de pio obitu Bellarmini, ex litteris Eudæmono- Joannis, imprime à Dilingen, l’an 1627. Il cite aussi Gallutius , Alegambe, S'ebastiani Badii Decora Roberti cardinalis Bellarmini (57), les Éloges d’'Eusébe Sarrini Florentin , abbé de l’ordre de Citeaux, Ughelli à la page 450 du VIE. volume de l’{talia S'acra ,

(52) Teissier, Biblioth. Bibliothecar. , in indice

X, pag. 306

(53) Dre de l'Oraloire : sa traduction e

française Fuligatti fut imprimée à Paris, l'an 1635, in-80. à ce que dit M. Teissier, pag: 103.

(54) Jésuite , sa traduction française de Fuligatu fut imprimée à Paris, l'an 1628, in-80., à ce que dit M. Mayer, Dissert. de Bellarmini Fide , etc., pag. 1065.

(55) Mayerus , ibid.

(56) C'est apparemment une faute d'impression; car cet ouvrage de Bartoli n’a été imprimé qu'en 1677.

(57) Sotuel, Biblioth. soc. Jesu, pag. 524, le nomme Badus, et met l'impression de son livre à Gênes, en 1671, in-4°. M. Leti, dans la IVe. partie de l'Italia regnante, parle amplement de ce Badus, médecin de Gênes.

BELLARMIN

lImperialis, André du Saussai, et Nicius Érythréus. Il a oublié Edouard Coffin, jésuite anglais, auteur d’un livre de Morte cardinalis Bellarmini, imprimé à Saint-Omer, l'an 1633, in- 8. : il se cacha sous ces deux lettres C. E. (58). Notez que Didacus Ramirez était un jésuite espagnol, qui mourut le 8 d'avril 1647 (59).

(Q) La témérité de Scaliger, dans le jugement qu'il fait de Bellarmin, ne peut étre assez condamnée.] Permis à lui de dire tant qu’il voudra (60), que quand on lui donnerait un Bellarmin, il n’en voudrait point, et qu'il n’aura garde de perdre de bonnes heures sur un tel auteur, qui écrit mal, quoa malè scripsit non legam, nec malè bonas horas collocabo : mais on ne

doit pas lui pardonner d’avoir dit que Bellarmin ne croyait rien de ce qu’il faisait imprimer, et qu'il était un franc athée (61). C’est usurper les droits de Dieu, qui est le seul juge des pensées, et celui qui sonde les reins et les cœurs : c’est donner un mauvais exemple : c’est autoriser la fureur de ceux qui ont dit que Calvin, Bèze, etc., préchaient contre leur conscience, et n'avaient nulle religion.

(R) Z{ eut le déplaisir de voir mettre son ouvrage de Romano Pontifice dans l'indice de l’inquisition. ] M. Arnauld tire de ce fait un bon argument ad hominem contre ceux qui prônent l’autorité des congrégations de l’indice.

On trouve que louvrage de Bellarmin de Romano Pontifice , dit-1l (62) , fut « proscrit par Sixte V , parce qu'il ju- » gea aussi bien que les censeurs à qui » 1l l'avait donné à examiner, qu’il » avait apporté un grand préjudice à » la dignité pontificale, en ne voulant » pas que la puissance, qu’ils pré- » tendaient que J.-C. a donnée à son » vicaire en terre sur le temporel des » rois, fût directe , mais seulement » indirecte ; et que ce fat sur cela que » ces livres de Romano Pontifice

(58) Sotuel, de Scriptor. sac. Jesu, pag. 185.

(59) Idem, ibid. , pag. 173.

(60) Zn Scaligeranis, pag. 20.

(61) Zbid.

(62) Arnauld, Diffic. proposées à M. Steyaert. TX. part., pag. 38 et suiv, Il cite le chap.

VII du IIS. livre de la Nie de Bellarmin, écrite en italien par le père Fuligatti, et traduite en latin par Sylvestre à Petrâ Sanctà, tous deux Jésuites,

#79 » furent mis entre les livres défendus.

» C’est ce que ces deux jésuites (63) » font entendre d’une manière un peu » obscure, afin de faire croire que » cela ne vint pas tant du pape, que » des ennemis & Bellarmin, quile lui » avaient persuadé : Doctrint Bellar - » mini auctoritatem illam MINUIT quam » Christus Dominus vicario suo in » terris dedit ad Ecclesiæ dignitatem » firmitatemque ; idque fiert in opi- » nione ipsius circa dominium tem- » porarium, quod pontifici competit » ilem IN RES TEMPORARIAS,. Par où ces » auteurs entendent la puissance, que » l’on croit à Rome qu’a le pape, de » déposer les rois, comme il paraît » par la page suivante, où le livre de » Bellarmin contre Guillaume Barclay » sur ce sujet de la déposition des » rois, est appelé, Tractatio de Po- » estate Pontificis 1N RES TEMPoRARIAS » adversts Guillelmum Barclaium.

» Ce ne fut donc pas faute d’avoir » bien entendu la doctrine de Bellar- » min sur cette matière, qu’on lui fit » cet affront de mettre ses livres parmi » les écrivains flétris ; mais parce que » ce pape ne fut pas content de la » puissance indirecte qu'il lui donnait » sur les rois, et qu’il en voulait une » directe. Et cela dura tant que ce » pape vécut. Car ces mêmes auteurs » reconnaissent que ce ne fut qu'après » sa mort que les cardinaux les re- » tirérent ex ndice probrosorum » S'criptorum. Dites-nous donc, mon- » sieur, pensez-vous qu'aucun jésuite » vous avoue que, pendant toute la » vie de Sixte V, c’aurait été un » péché mortel de lire les livres de » Bellarmin de Romano Pontifice, et » que si un prêtre l'avait fait, il eût » mérité d’étre privé par une sentence » de tout pouvoir de précher, de con- » fesser, et de diriger les âmes? », Consultez la Dissertation du célèbre M. Mayer de Fide Bellarmini ipsis Pontificiis ambigu, imprimée à Amsterdam, en 1697, vous y trouverez (64) un long passage de Fuligatti, et quelques autres, Consultez aussi le Ife tome du Mercure Français, il vous apprendra que, sur la fin de l’an 1586, que le premier livre des Controverses

(63) Fuligatti et Petra Sancta, dans le Vie de Bellarmin.

(64) Pag. 197 et sege

de Bellarmin fut apporté en France, de l'impression d’'Ingolstad, Estienne Michel, libraire de Lyon, estant a Paris, s’adjoignit avec un autre libraire, pour faire imprimer ce Livre :

ce qu’ils commencèrent à Jaire : dequoi monsieur Le procureur général du roi ay ant eu advis , envoya prendre et saisir vingt et une feuilles qu'il y avoit ju de faites, et leur fit défenses de continuer à Le faire imprimer : C'estoit à cause de la troisième Controverse, où il traitoit de Summo Pontifice, et où il attribuoit au pape une puissance temporelle indirectement sur les empereurs, rois el princes souverains ; €t plusieurs autres choses contre la souveraine puissance temporelle des rois (65). On peut donc dire du milieu que Bellarmin voulut prendre entre Îles canonistes wltramontains , et les docteurs de Sorbonne, ce qu'Hérennius Pontius déclara sur la conduite de son fils, qui sauva la vie, mais non pas l'honneur, des soldats romains : /sta quidem sententia ea est quæ neque amicos parat, neque inimicos tollit, servare modo quos ignominié irritaveris (66). Ce jésuite se servit d’un tempérament qui déplut à la cour de Rome , sans plaire à la cour de France. C’est le destin ordinaire des sentimens mitigés: ils ne vous gagnent pas des amis, et n’apaisent pas vos ennemis, etils vous laissent en butte aux deux factions qui se posent dans les extrémités opposées.

(S) ..... On traita encore plus mal en France ce qu’il écrivit sur cette méme matière contre G. Barclui. | C'est-à-dire son Zractatus de Potestate sumemi Pontificis in temporalibus, adversus Guilielmum Barclaium, im-

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