TOME II
Â9 a vécu sous le pape Innocent III, c’està-dire ,'au commencement du XIIIe, siècle ; mais Barthius, au chapitre Il du HI£. livre de ses Ædversaria , le mit sous l'empire de Henri II (9) , en considérant que cet auteur ne conduit que jusqu’à Henri qu'il nomme ninorem , la liste, qu’il donne sous le mot ætas, de tous les princes des siècles passés.
Il n'aurait point fait cela , s’il y eût eu déjà plus de deux empereurs du nom de Henri. Il est vrai que Barthius se fait un doute que la prodigieuse négligence de ceux qui continuent ou qui amplifient les compilations, rend légitime, généralement parlant. C’est que peut-être Papias a laissé Particle æ£as tout tel qu’il l’a trouvé dans quelque vieux dictionnaire , sans pousser le catalogue jusques à son temps. C’est ainsi qu’on trouve dans la Chronique de l’abbé d’Ursperg, en un endroit, que l’auteur était à Rome, l’an 1102 (10) ; en un autre , qu'il était trèsjeune , in minoriætate , Van 1108, et en un autre, qu'il fut fait abhé en 1215, Si le continuateur éclaircissait les choses par rapport à ces additions, onnerencontrerait pas ces brouilleries.
(9) IT mourut l'an 1024 : ainsi il semble que la raison de Barthius prouverait trop.
(xo) Voyez Vossius de Hist. lat., XL. II, cap. LV IT, et Bellarm. de Scriptor. ecclesiast. , pag. 335, faussement accusé par ZLeiler, de Hist:, pag. 155, d'avoir cru falsifié le nombre 1102.
BALDE , célebre jurisconsulte dans le XIV®. siècle, était fils de François Ubaldus (A), médecin de Pérouse. Il étudia sous Bar— tole; et n’ayant encore que quinze ans ; 1l lui proposa une objection si embarrassante, qu’il fallut demander du temps pour y penser, et qu’on n’en donna la solution que le lendemain. Ainsi ceux qui disent que Balde com-— mença fort tard ses études se trompent grossièrement (B). Peu après sa promotion au doctorat , il soutint des thèses qüe Bartole attaqua pendant cinq heures de suite, sans pouvoir gagner la victoire. Il plaida souvent des
se
5o causes contre Bartole, et il s’é leva entre eux une émulation qui dégénéra bientôt en haine. On n’en saurait douter , quand on voit que Balde prend à tâche d’offusquer la réputation de son maître. Ce qu’on a dit, que les Pandectestde Pise ayant été consultées au sujet de la dispute qu'ils eurent sur la lecon d’une loi, Balde se trouva convaincu de plusieurs falsifications , et qu’il en fut châtié d’une maniere ignominieuse , ne doit passer que pour une fable (C). Il enseigna à Pérouse, etil y eut pour disciple le cardinal de Beaufort , qui fut ensuite le pape Grégoire XI. Il fut appelé à Padoue , environ l’an 1378; mais il quitta cette académie lorsque Galéas Visconti, voulant rétablir celle de Pavie, y attira à force d'argent, les plus habiles professeurs qu’il put rencontrer. Une prompte repartie que fit Balde, la premiere fois qu'il parut dans le collége de Pavie, le fit admirer (D). Il eut là un collègue redoutable , nommé Philippe Cassolus. C'était un homme qui avait joint à beaucoup d’esprit une excellente mémoire; inais la bonne ‘opinion qu’il avait de sa suffisance l'ayant porté à faire un défi, il succomba , et sa gloire fut sacrifiée à celle de Balde (E). La mort de ce Philippe ne délivra point d'inquiétude son concurrent ; car 1] y eut une émulation si échauffée entre le professeur qui lui succéda, et Balde , qu'ils introduisirent la honteuse et la pernicieuse coutume de briguer des auditeurs à force de supplications. Balde gagna beaucoup de bien (F). Il a composé quan-
BALDE
tité de livres, et 1l n’y à nulle apparence qu’il ait étudié seulement deux heures par jour (G).
Ce ne sera point lui qu’on pourra donner pour un exemple d’un auteur sans défaut : quand :l n'aurait que celui de se contredire, il ne serait pas peu éloigné de la perfection , mais il en a bien d’autres (H). Les excuses dont 1l colorait ses contradictions méritent d’être considérées (1). Il mourut le 28 d'avril 1400 (K). Le genre de sa mort fut triste : 1l aimait tendrement un petit chien , il le caressait et le baisait fort souvent. Il en fut mordu à la lèvre pendant de telles caresses : et comme ce chien * avait la rage en ce temps-là, il répandit dans le corps de Balde un venin subtil, qui ne fit aucun effet pendant long-temps , mais qui enfin produisit la peur de l’eau , et causa un mal incurable (a). Balde vécut soixante seize ans (à), et laissa deux fils , qui furent bons jurisconsultes (c).
Zénobius, l'aîné, fut évêque de Tipherne (d).
* Sur la foi d'une épitaphe qu'il a extraite du Zantiniana manuscrit, Joly avait d’abord dit que c'était une chatte, et non un chien : mais dans ses Corrections et additions , il dit
que l’épitaphe a été faite pour un seigneur romain et non pour Baldus.
(a) Tiré de Panzirole, de Clar. les. In-
terpretib., li. IT, chap. LXX, pag. 201 et suip.
(b) Paul. Jovius, Elog., cap. VIII, p. 27.
(c) Pauzirolus, de Clar. legum Interpretibus, pag. 203.
(d) Idem , ibid.
(A) IL était fils de François Ubaldus.] Remarquez donc que:Baldus est ls nom de baptême de ce jurisconsulte , et Ubaldus son nom de famille. Moréri l'appelle outre cela Pierre : c’est confondre le frère aîné avec le cadet. Petrus Ubaldus était le troisième fils du médecin Francis-
BALDE. 5x
cus Ubaldus, et fut bon jurisconsulte, Angelus Ubaldus , son frère, fut aussi un graud juriste. Voyez Panzirole au chapitre LXX et suivans du IIS. livre de Claris legum Interpretibus.
(B) Ceux qui disent que Baldus commenca fort tard ses etudes se trompent grossièrement.] On a débité qu'il avait quarante ans lorsqu'il commenca d'étudier en droit , et que Bartole lui ayant dit , tardèé venisti, Balde ; Balde lui répondit , cüiüs recedam (1). La Mothe-le-Vayer donne à Bartole un discours ungpêu plus long.
Vous venez tard , Baldé , vous serez avocat dans l'autre monde. Serd venis, Balde , eris advocaius in alio seculo.
Je ne crois pas que si Bartole avait dit cela , il eût fait aucune allusion à la raillerie de Caton. Ce censeur , pour se moquer de l’école d’Isocrate , disait que les disciples y vieillissaient , afin d'aller exercer leur éloquence dans les enfers , en plaidant au barreau de Minos (2). Le conte dont il est ici question n’a nul fondement. Panzirole prouve que Balde , âgé de quinze ans, fit une objection très-embarrassante au fameux Bartole ; qu’à l’âge de dix-sept ans , il fit des lecons publiques ; et que quatre ans aprés il fit un livre de Parts , et un autre de Constituto (3).
Voici les paroles de cet écrivain: Opinioni Bartoli aded argutè contradixit, ut 1lle argumenti acumine perterritus respondere non potuerit, commendalo que juvene ternpus ad solvendum petut , et sequenit mane respondit.
Deindè 17 annum ingressus solemni interpretatione difficillimam legem publicè Baldus explicuit ; undè fabulosum est quod vulgo fertur, Baldum quadragenarium ad legum studia accessisse (4). Le jurisconsulte Zazius rapporte le même conte, sur la foi de Paul Citadin, mais Tiraqueau le rejette comme une fable (5). Ædducerem , dit-il (6), quod de Baldo vul- 80 dicitur.…, nisiscirem hæc esse commentilia , et prorshs fabulosa , ut ex
(1) Panzirol. , de Claris legum Interpretib., lib. TT, cap. LXX, pag. 207. t
(2) Plutarchus, in Catone, pag. 350.
ca) Panzir., de Clar. leg. [nterpretib., pag.
(4) Tbidem, pag. 200, 201.
(5) Zazius, apud Tiraq. de Jure Primigenior.
Præf. num. 206,
{) Tiraq. de Jure Primigenior., Præf. num.
üis conslat quæ supra diximus. M.
Baillet observe que la Mothe-le-Vayer et le père Bartoli semblent avoir adopté cette opinion, comme si le fait était fort avéré ,.….. el non pas un conte fait à plaisir. Il les renvoie au président Tiraqueau , et au chapitre VIII des Eloges de Paul Jove (7). Il cite la Mothe-le-Vayer , lettre XXXIT, page 420°,et Bartoli, Car. Hom. lit, page 248. Je n'avais jamais lu que Tiraqueau fût président. Paul Jove observe que Balde fut un esprit avancé , et qui dura fort long-temps: Præcociingenio penè puer , non ad optimam modo frugem , sed rarissimo etiam naturæ dono ad longam senectutem pervenit (8).
(C) Ce qu'on dit... qu’il se trouva convaincu de plusieurs falsifications… ne doit passer que pour une fable (*). ] Les uns disent que la flétrissure qu'il recut l’obligea à s’exiler, et à dire comme Scipion l’Africain , qu’il ne voulait pas que son ingrate patrie lui fournit la sépulture : Publicé traductum patrid excessisse ferunt , et abeuntem Scipionis *Africani verba protulisse, ingrata patria, ne ossa quidem mea habebis , ac in voluntarie exilio senem defunctum fuisse (9).
D'autres disent qu’il fut condamné à la marque d’un fer chaud sur le front , et que Bartole le protégea. Jason l’avait oui dire , mais il a eu grand tort d’immortaliser cet oui-dire dans ses ouvrages. [lne faut jamais faire cet honneur à de tels bruits qu’en ces deux cas : l’un , lorsqu'ils sont trèsvraisemblables ; l’autre , lorsqu'on les veut charger d’une note de réprobation, c'est-à-dire, les réfuter et Îles siffler. En ce dernier cas, il est trèsutile de rapporter ces sortes de traditions, parce que rien n’est plus propre à inspirer de la défiance contre les
(7) Baillet, Enf. célèbr. , pag. 420.
(8) Jusqu'à soixante-seize ans.
(*) La falsification dont Balde fut accusé regardait la loi creditor., première au Digeste de Distractione Pignorum, dans laquelle il fut, &iton, convaincu d’avoir supprimé un n. Bartole prit la défense de Balde, non pas en niant le fait, mais en alléguant en faveur de l'accusé la loi 4d bestias 31, au Digeste de Pæœnis, laquelle veut que lorsque le coupable est d’ailleurs un sujet de grand mérite, ou qui a des talens extraordinaires dans son art, on se relâche à son égard de la rigueur des lois. Voyez Jean Nevisan , 1. 5, n.25 de sa Forêt nuptiale. Rem. crir.
(o) Panzir. de Claris leg. Interpretib., pays 20°
rapports de la renommée , que de faire voir à son siècle la sotte et ridicule crédulité des précédens. Pour prouver démonstrativement que l’ouidire de Jason est une fable , il ne faut point d’autre raison que celle-ci. Jason ne‘ savait cela que par oui-dire :
-s1 la chose eût été vraie, il l’aurait lue en cent endroits. Balde vécut longtemps tout couvert de gloire ; il fit des livres , il réfuta qui bon lui sembla, il eut des antagonistes et des ennemis redoutables. Tenez pour assuré que si Von eût pu lui faire un reproche d’infamie , on l'aurait fait dans plus d’un ivre. C’est la que Jason et tont le monde aurait appris cette disgrâce.
C’est le malheur des savans qui se distinguent beaucoup , et qui écrivent beaucoup ; les plus petites fautes de leur jeunesse leur sont publiquement reprochées tôt ou tard. Ils se font des ‘ennemis parmi les auteurs : c’est assez, ils doivent s’atiendre à des romans satiriques , plutôt qu’à la discrétion de l’adversaire. Voilà comment Panzirole devait tourner l’apologie de Balde : il devait expressément, et d’une facon développée , se servir de cette note , et ne se contenter pas de dire, - Quæ omnia falsa esse et alit potius evenisse non dubito , cm nulla de hoc certa extet aucioritas , et eum T'icini decessisse constet (10).
(D) Une prompte repartie que fit Balde.……. le fit admirer.] Il était de petite taille , de sorte que dès qu’on le vit dans l'auditoire on s’écria : minuit præsentia famam. I] répondit sans se décontenancer : Augebit cætera virtus.
Panzirole ajoute : Ou dicto omnibus sui admirationem injecit (11).
(E) La gloire de Cassolus fut sacrifiée à celle de Balde.7 Cassolus s’é- ‘tait engagé à répondre sur-le-champ à tout ce qu'on lui pourrait demander concernant les dernières volontés. On prit jour et heure pour vérifier s’il se vantait de cela avec raison. L’assemblée fut nombreuse. Balde se lève, fait une question à quoi on ne sait répondre : il faut que lui-même montre la loi qu'il demande. Jugez si le défiant fut mortifié. Philippus, qui, ut memori& cœæteris antecellebat, se ex omnibus ultimarum voluntatum quæs- (1x0) Pauzirol. de Claris leg. Interpretibus, pag. 202.
(13) Ibidem, pag. 203, À
BALDE. È
tionibus ex tempore responsurum pro- Jessus est. Siatut4 ad dicendum die, cum in magné expectatione esset, surgens Baldus interrogavit, ubi in jure.
caulum reperirelur , parem non esse ejus , qui non vult , ei, qui non potest, conditionem, Ad primam interrogationem hœæsitante Philippo , cum Baldus de proposité quæstione legem ostendisset | magnam gloriam retudit (12).
(F) Balde gagna beaucoup de bien.] Les conseils qu’il donna sur la seule matière desléubstitutions, lui valurent plus de quinZe mille écus. Il possédait plusieurs terres. De jure respondendo immensam pecuniam coëgit, qui x solis substilutionum speciebus plus quindecim millia aureorum lucratus Juisse traditur. Aliunde prœtereù ex innumeris aliarum succéssionum criminumque causis et contractibus peramplas opes accumulavit (13). 11 se tenait dans une agréable maison de campagne auprès de Pavie , d’où il venait sur sa mule à l’auditoire. Domus , ajoute Panzirole (14), vetustate vitiala adhuc hodiè pro re memorandä oslentatur.
(G) Z n'y a pas d'apparence qu’il ait étudié seulement deux heures par jour.] Panzirole, réfutant cela, dit entre autres choses, que Balde , fai- ‘sant un voyage qui l’empéchait de donner à la lecture le temps qu'il avait accoutumé d’y consacrer, disait, « chaque pas que fait mon che- » val sont autant de lois qui sortent » de ma mémoire : » Quot gradus equus ambulabat , tot leges sibi excidere querebatur (15). C’est un signe qu'il avait acquis , et qu’il conservait son savoir à force de lire.
(H) I! à bien des défauts. | H avance mille choses singulières, et opposées au sentiment des autres jurisconsultes , et 1l les avance sans citer aucune loi : ce sont ses propres fantaisies. Il cite des lois qui ne font rien à ce de quoi il s’agit : 1l traite de plusieurs choses hors de leur place; il est trop sec sur le nécessaire, et trop prolixe sur l’inutile ; il répond à des questions que personne n’a jamais
(12) Idem , ibidem.
(13) Panzirol. de :Claris leg. Interpretibus, Page 204.
(14) Ibidem , pag. 203,
(15) Idem , ibidem.
BALDE
faites, et il ne répond rien sur ce que tout le monde demande ; il se confond lui-même par ses propres subtilités , et il se donne trop de li: cence : la vivacité de son esprit est cause du peu d’uniformité de ses sentimens. Cüm parum sibi constans sæpenurmero contrarius reperiatur , id tamen non levitate, sed ingenii subtilitate evenisse Paulus Castrensis autumat (16). Ceux qui ont l’imagination vive ont ordinairement peu de mémoire, et c’est ce qui fait qu'ils ne
se souviennent point quand ils envi-
sagent d’un cerlain côté une question, qu'ils l'ont autrefois soutenue d’un autre sens. Ils se contredisent sans le savoir. Ajoutez à cela qu’un esprit subtil invente aisément les moyens de prouver et de réfuter les mêmes choses. Mais c’est un grand défaut que de n’être pas capable de suspendre les effets de cette subtilité, jusqu’à ce qu’on se puisse donner une ferme assiette.
(1) Les excuses dont il colorait ses contradictions méritent d'être examinées. ] Il disait que notre entendement change , et qu’ainsi il raisonne un jour d’une facon, un jour d’une autre. Je crois qu’in petto il se réservait le privilége qu’il attribuait aux législateurs. L’évêque de Pavie demandait un jour pourquoi les lois étaient si changeantes. Balde lui répondit que les mêmes choses devienment licites ou illicites , selon les temps. On permet pendant la guerre ce qui est défendu pendant la paix :
c’est pourquoi la justice roule sur toutes les choses qui deviennent pro- >res au temps ; une telle conduite est proportionnée aux conjonctures présentes, elle est donc juste, Ceux qui font les lois imitent les médecins:
ceux-ci permettent, ordonnent, defendent les mêmes choses, selon les temps et les saisons ; et c’est aux temps qu’ils prennent garde. Zpse quoque se
excusat, quod intellectus , qui ratio-
cinatur , non semper sit idem, sed varius ; et episcopo ticinensi sæpè interroganti cur toties leges mutarentur , respondit : flagrante bello permittitur quod pacis tempore non dicet , id ita justum esse , quod cuique suo tempore expedit, exemplo enim
(16) Idem, ibideme
medicorum tempora à legum latoribus dicebat observari (17). Ce fut Ja réponse de Balde ; et voilà ou implicitement , ou explicitement, le principe sur lequel raisonnent les auteurs qui se réfutent eux-mêmes , quand ils ont à disputer contre deux sortes d’ennemis. Cette proposition est vraie et bonne, aujourd'hui que je dispute contre Pélage : dans un an, elle ne le sera pas, sije dispute contre Calvin. Voyez ce qui a été dit cidessus (18) touchant les contradictions des avocats , et touchant l’Apologie que Cicéron en a faite. Je me souviens d’avoir lu que certains controversistés , ne pouvant nier que l’Église ne commandit certaines choscs qui ne paraissent conformes ni à ’Écritute , ni à la primitive Église, ont soutenu qu’elles ne laissent pas d’être justes et véritables, parce que le Saint-Esprit, qui conduit l’église, lui inspire dans chaque siècle l’interprétation la plus propre au salut des âmes. Scripturas esse ad tempus adaptatas et variè intellectas | ita ut uno tempore secundüm currentem universalem riltum exponerentur , mutaio rilu term sententia mutaretur (19).
Non est mirum si praxis ecclesiæ uno tempore interpretatur Scripturam uno modo, alio tempore alio ; nam intellectus currit cum praxi(20). J'aime cette bonne foi,
(K) Z! mourut ie 28 d'avril 1400.] Son épitaphe l’assure : Bellamin s’est donc trompé, en mettant la mort de Balde à l’an 1420 (21). Trithème, qui l’a mise à l’an 1423, a dit un mensonge; mais M. Moréri, qui avait dit que selon Trithème la mort de Balde doit être mise à l’an 1423, n’avait point tort. L'édition de Hollande n’a point dû corriger 1423 par 1403.
(17) Apud Pauzirol. , ibidem.
(18) Dans les remarques (B) et (C) de l’article de (Marc) Antoine l’orateur.
(19) Nicolaus Cusanus, Epist. II ad Bohemos.
(20) Tdem, Epist. VII.
(21) Bellarmin. de Script. eccles., pag. 382.
BALDE (Jacques) un des meilleurs poëtes latins que l’AIlemagne ait produits dans le XVIL®. siecle, naquit à Ensisheim en 1603. Il se fit jésuite l’an 1624. Il enseigna la rhéto—
rique et les belles-lettres pendant six ans. Il fut prédicateur bien des années, et prêcha même à la cour de l’électeur de Baviere, et il s’acquit une extrême réputation par ses poésies. Il n’y eut pas jusqu'aux protestans ,
ui ne les louassent d’une façon singulière (A). Un de ses derniers ouvrages fut son Urania victrix , seu Animæ christianæ Certami- ‘na adversüs illecebras quinque sensuum corporis sui. Le pape Alexandre VII en fut si content, qu’il envoya sa médaille d’or à l’auteur. Le pere Balde la consacra à la Sainte Vierge (B).
Quelques sénateurs de Nurem-— berg disputerent à qui aurait sa plume (G), et l’on dit que celui à qui elle échut la garda dans un étui d'argent. Ce poète mourut à Neubourg le g d’août 1668.
Ses poésies sont de différente nature : elles contiennent des Panégyriques et des Traités de Morale , des Pièces de T'héätre (D) et des Pièces de Dévotion, des Silves , des Odes, etc. (a).
(a) Tiré de Sotuel, Biblioth, script. Soc, Jesu , pag. 356.
(A) Les protestans..……., louërent ses poésies d'une façon singuliére.] Le père Sotuel s'exprime là-dessus en ces termes : /psis acatholicis etiam aded placuerunt, ut publico typo eum Horatium Germanum nominare non dubitärint. Si je ne me trompe , cela est fondé sur une lettre de Barlæus.
Le père Balde , ayant vu les vers que Barlæus avait faits à la louange du duc de Bavière , lui écrivit une lettre fort obligeante , et lui envoya un volume de ses poésies. Barlæus l’en remercia l’encensoir à la main, et lui écrivit entre autres choses : Éestiluisti nobis lyram neglectam diù et intermissam , ut jam merito vocari possis lyricorum scriptor , aut potius Bojorum fidicen
BALDUS
lÿræ , ut ad Horatii verba alludam (1). Cette lettre fut écrite le 1°r. de mars 1644. Le jésuite était alors recteur du collége de Munich (2).
(B) Z{ consacra une médaille d’lexandre VII à la Saime V'ierge.] Voici ce qu’en dit Sotuel. Hanc verd Jacobus Deiparæ Virgini anathema appendit, ut palam faceret cui Palladi ipse suos labores consecraret (3).
(C) Quelques sénateurs de Nuremberg disputèrent à qui aurait sa plume.] Je ne sais, dit M. Baillet (4) , si celui qui la conserva dans un bel étui d'argent fait exprès pour elle « ne » commit pas un sacrilége, parce » qu’il me semble que le père Balde » l'avait consacrée àla Sainte Vierge, » et que son intention était qu’elle » fût pendue à quelqu’une de ses » images , ou au lambris d’un de ses » autels , comme Lipse avait fait au- » trefois dans le mouvement d’une » pareille dévotion.»
(D) Ses poésies contiennent des pièces de théâtre.] T1 y en a une dont voici le titre : Poësis Osca , sive Drama Georgicum de Belli malis et Pacis bonis, carmine antiquo | Attellano , Osco, Casco(b). Quelque rustiques que fussent eette pièce, et le jargon Osque et Casque, dans lequel il la fallut composer, je ne doute pas qu’elle n’ait coûté et plus de temps et plus d'esprit à l’auteur , an piécegrave etdebonnelatinité.
Il faut donc bien se garder de croire qu’on l’ait imprimée à Munich, Van 1617, comme l’assure le père Sotuel.
À l’âge de quatorze ans, Jacques Balde n'était pas capable d’exécuter un tel projet.
(x) Voyez la CCCCLX VIT. Lettre de Barlæus, p. 911. Voyezaussila CCCCLXXXPVITe.
qui est écrite au même Balde.
(2) Voyez la table des Lettres de Barlæus, (3) Sotuel, Biblioth. Societ. Jesu, pag. 356.
(4) Jugem. sur les Poëtes, tom. W,num. 15017
pag. 42.
(5) Conférez avec ceci le Dialogue de (Mariangelus) Accurse, dont j'ai parlé dans læ remarque (F) de son article.
BALDUS (a)(Bervarpin), abbé de Guastalla, né à Urbin l’an 1553, a été un des plus savans
(a) Son trisaieul quitta le nom de Cantagallina, famille illustre de Pérouse, dont il
descendait , et prit celui-ci. Fabr. Scharloncin. l’oyez ci-dessous La citation (e).
BALDUS
hommes de son temps. {1 fit de si grands progrès sous ses pre miers précepteurs, qu’il se trouya capable de traduire les Phénomènes d’Aratus en vers italiens, pendant qu’il n’était qu'un jeune écolier. Son père ayant connu par ces coups d’essai que son fils pouvait aller loin , l’envoya à Padoue , l’an 1573 (A). Bernardin y. co Homere , sous Émanuel Marguinus (), et en son particulier, presque tous les autres poëtes grecs, et s’en acquit une singulière intelligence. Il composa à Padoue-un livre des Machines de Guerre (c), qui fit voler son nom au delà des Alpes, ce qui lui donna plus d’envie d'entendre le français et l’allemand ; car il crut qu'il était de la bienséance de savoir la langue de ceux dont il avait acquis l'affection. Il apprit ces deux langues avec une extrême facilité. La peste le contraignit de quitter Padoue, et alors étant retourné à Urbin, :l s’attacha pendant cinq ans à Frédéric Commandin *, excellent professeur en mathématiques, et apprit de lui toutes les parties de cette science. [l eut un regret extrè— me de la mort de cet habile homme , et s'étant appliqué à faire sa Jze, cela lui fit naître le dessein de composer celle de tous les mathématiciens. Il y travailla pendant douze ans. Les | Commentaires qu'il publia Pan
(b) C'était un Candiot qui professait la langue grecque à Padoue.
(c) De Tormentis bellicis et corum Inventoribus.
* Fr. Commandin était mort en 1575, la peste de Padoue est de 1576; c'est donc, dit Joly, avant de retourner à Urbin que Bal-
dus apprit les mathématiques de Commandin.
I 582 sur Les Méchaniques d'Aristote, firent Voir sa capacité en cette sorte de connaissances.
Pour se délasser de ces pénibles
méditations, 1l fit un poëme en
sa langue maternelle touchant l’Art de naviguer. Ferdinand de Gonzague, prince de Molfette , etseigneur de Guastalla, aimant beaucoup les mathématiques , voulut avoir notre Baldus aupres de lui. C’est dans cette cour que Baldus commença à travailler sur Vitruve , et qu’il fit le livre de V'erborum vitruvianorum Significatione. Unemaladie l’ayant empêché de faire le voyage d'Espagne avec son maître, il employa le loisir que l'absence de Ferdinand de Gonzague lui donnait, à faire un traité fort méthodique de la Cour(d), et plusieurs autres ouvrages (B). Il fut fait abbé de Guastalla, l’an 1586, sans avoir fait aucune demande pour cela, et des lors il s’'appliqua tout entier à l'étude du droit canon, à celle des peres et des conciles et à celle des langues orientales, sans en excepter l'arabe (C). Ayant composé l'an 1599 cinq livres de novâ Gnomonice , il traduisit l’année suivante la Paraphrase chaldaïque du Pentateuque ; et V’accompagna de Commentaires :
apres quoi , 1l traduisit sur l’hébreu le Zivre de Job , et les Lamentations de PACE, et y ajouta des notes. Il employa quelques heures à l’explication d’une planche qui est à Eugubio (D), sur laquelle on voit des inscriptions en vieux toscan. Il com—
(d) Libros sex de Aulä eruditissimos mcthodo analyticä conscripsit, Scharloncinus.
Voyez la citation suivante.
mença un. fort grand travail en l’année 1603, je veux dire une Description du ‘Monde. Son plan n’était pas moins historique que géographique, et s’étendait jusque sur les moindres bourgs dont les écrivains modernes ont laissé quelque mention. Il acheva cet ouvrage à l’égard de la matiere (Ë), mais il ne le mit en ordre qu’à l’égard d’une parte. Il mourut le 12 d'octobre 1637, après un gros rhume qui avait duré quarante jours (e) (F).
Il avait été extrêmement laborieux (G), sans ambition, ni vaine gloire , toujours prêt à excuser les fautes d'autrui, et appuyant cela d’une tres-bonne raison (H); fort dévot, nonseulement pour un mathématicien , mais même pour un hom-
me d'église (L).
(e) Tiré d’une Lettre de Fabricius Scharloncinus ad illustrissimum dominum Lælium Ruinum, episcopum balneoregiensem, exnuntium apostolicum ad Poloniæ regem.
Voyez aussi Nicius Erythræus, Pinacoth. T, pag. 4, ct l’Oraison funèbre de Baldus, par Marc Antoine Virgilius, imprimée, non l'an 1607, comme le dit M. Teissier. ir Catalogo bibliothec., pag. 229, mais l’an 1617.
(A) Son père ayant connu sa capacité par ces coups d'essai... l’envoya à Padoue.] Corrigez par-là une faute de Nicius Erythræus. Je suis bien assuré qu’il n’a point eu l’intention de diminuer en aucune chose la gloire de notre Baldus; et cependant il l’a bien diminuée : c’est sans y penser , et pour n’avoir pas assez pris garde à l’ordre des temps. Il a dit que ce fut aprèsles lecons de Margunius(r), que Baldus se crut asser fort pour traduire des poëmes grecsen sa langue maternelle : Æpud quem tantüum profecit, ut eo duce et cereum quodammodo lucenteobscurissima Græcorum quorundam poëtarum loca penetraverit... Quamobrem e& est incensus
(x) C'est ainsi qu'il faut dire, et non pas Margranius, comme il,y 4 dans Krythraus.
BALDUS
aninui alacritate atque fiducid , ut ausus sit poëmata græca in nostrum sermonem convertere (2). Il avait traduit un poëme d’Aratus , avant que d’aller à Padoue.
(B) LL fit plusieurs autres ouvrages.]
ette remarque ne contiendra que le titre de quelques-uns des écrits de notre Baldus : j'entends ceux qui n’ont pas été marqués dans le texte de cet article, soit que l’auteur les ait faits pendant le voyage de son maître, soit qu'il les ait faits en un autre temps. Je dis donc qu'il a traduit Heronem de Auiomatis et Balistis, les Paralipomènes de Quintus Calaber , et le poëme de Musée ; et qu’il a fait un livre de Paradoxes mathématiques, un autre de Scamillis imparibus Vitruvu, un autre de Firmamento et Aquis, un autre sur la Description du temple qu'£zéchiel nous a laissée, un autre de Historiæ scribendæ Legibus , un autre des Antiquités de Guastalla ; la Vie de Frédéric et celle de Gui Ubaldus, ducs d'Urbin; CEconomia tropologica in sanctum Matthœum ; plusieurs poëmes , les uns en latin, les autres en italien, parmi lesquels celui qui est intitulé Deïphobe est une imitation de la Cassandre de Lycophron. Les remarques suivantes donneront le titre de quelques-uns de ses autres livres. Je dirai ici que Nicius Érythræus a raison de dire que la description du temple est une matière très-épineuse ; mais ila tort de prendre Jérémie pour Ezéchiel.
Jerosolymitani , dit-il (3), Templi... descriptionem per Hieremiam litteris consignatam et iraditam, rem involutam et multis difficuliatibus obsessam evolvit, illustravit , atque hominum intelligentiæ aperuit.
(C) ZZ s’appliqua à l'étude des langues orientales , sans en excepter l’arabe.] Il l’étudia à Rome, avec Jean- Baptiste Raimondi, et s’y appliqua de telle sorte, et à la langue sclavone aussi, qu'il ne s’informait presque d'aucune nouvelle. Romæ düm viveret ferè nescivit quid gereretur in aulis : arabicæ enim linguæ cum J.-Boptisté Raimondo diligentissimé studuit, et arcana undustria sclavonicæ , quam perfectè callebat (4). K
(2) Nic. Erythr. Pinac. I, pag. 4.
(3) Idem, ihidem. 1 (4) Fabricius Scharloncinus , in ejus Vitä.
BALDUS
traduisit de l'arabe le Jardin géographique d’un anonyme, et 1l composa un dictionnaire de cette langue. Il croyait que cet anonyme a vécu vers la fin du X°. siècle. Si Marc Velsérus ne fût pas mort , il aurait fait imprimer la version de cet ouvrage géographique , et les autres écrits de Baldus(5).
(D) ZL! travailla à l'explication d'une planche qui est à Eugubio.] Schoockius, se souvenant confusément de ce travail de Bernardin Baldus, lui en a attribué un autre qui ne lui appartenait pas. « E sterquilinio » Anniano Bernardinus Baldus nuper » collegit Antiquitates.ethruscas anno » 1637, Florentiæ evulgando volumen » typis perquèäm elegantibus, cujus » hæc inscriptio : £ihruscarum An- » tiquitatum Fragmenta, quibus urbis » Romæ aliarumque gentium primor- » dia, mores et res gestæ indicantur, » à Curtio Inghiramio reperta Scor- » nelli prope Vulierram, anno salu- » LS M. D. CG. XXXVIL; ethrusco vero, » C9 C9 9 cccc xcv (6).» Un homme qui aurait su que Baldus mourut Van 1617, aurait-il pu faire cette faute ? Ce qu’il y a de plus surprenant est que le même Schoockius, après avoir parlé de la sorte dans la page 67, parle comme il faut dans la page 217. Simili ratione egit Bernardinus Baldus , vir cæteroquin longè doctissimus , annis abhinc fermè quinquaginta evulgando suam quasi divinationem in tabulam æneam Eugubinam lingud etruscä veteri perscriptam , simul abutendo operd Marci Velseri viri cæteroquin judiciosissimi(r).Pourquoi doncw’alla-t-il point corriger son illusion ? Il l'avait peut-être oubliée, comme cela n’arrive que trop souvent à ceux qui se piquent d'écrire beaucoup. Il ne saurait guère soutenir ce personnage, sans copier à la hâte tout ce qu'il trouve dans toutes sortes de livres. Voici ce que dit Scharloncinus touchant cet ouvrage de Baldus. Tabulam etruscam Eu- &ubinam interpretatus fuit : in ed autem divinatione, ut aiebat, subcisivas unius mensis horas consumpsit.
On a fait paraître notre Baldus dans
(5) Idem, ibidem.
(6) Schoockius, de Fabulà Hamelensi, pag.
7e (7) Id., ibid, , pag, 217.
$7 la nouvelle édition de l’Éponymologium de Magirus : ce west que pour le faire publier un livre l'an 1639, celui-là même que Schoockius lui attribue. N'est-ce pas avoir bien choisi ?
(E) ZL acheva la Description du monde à l’egard de la matière.] Voici ce que nous apprend son historien.
Totum opus ad umbilicum perduxit :
non digessit tamnen universum, quatuor aut, nf fallor, quinque tantuni tomi fuerunt ordine alphabetico dispositi : superessent septem aut octo disponendi, quantm ex chartarum et fasciculorum mole conjicere licet. Je ne crois pas que Fabricius Scharloncinus ait donné une liste défectueuse des ouvrages de notre Baldus; mais, selon la mauvaise coutume de la plupart de ceux qui donnent ces sortes de listes, il ne distingue point les livres qui ont été imprimés d'avec ceux qui ne l’ont pas été (8). Je n’ai point copié toute sa liste.
(F) ZZ mourut... après un gros rhume qui avait duré quarante jours. | C’est ainsi que j'ai cru pouvoir traduire les paroles de Scharloncinus : Posteaquäm dies. 4o véhernenti distillatione vexatus fuisset. Vossius a entendu par distillatio un caterre, et il n’a point tort de prétendre que ces deux mots sont synonymes. Celui de rhume m'a paru plus convenable, car, ordinairement , les caterres ne durent pas quarante jours. M. Moréri, par un grand abus, a trouvé ici une apoplexie de quarante jours.
(G) IT avait été extrémement laborieux.] Il se levait à minuit pour étudier, et il lisait même en mangeant. {n studiis sic assiduus fuit , ut sæpè et legeret et comederet. Sancti Augustini de Civitate Dei ter inter prandium evolvit; statim à noctis meridiè düum ei vires firmiores essent ad lucubrandurm surgebat (9).
I comptait un Euclide traduit en arabe pour un de ses livres de récréation. Æ prandio Euclidem arabicè editum , vel libellum aliquem germanicum, aut gallicum , in manus sumebat (10-15). Heureux ceux qui
(8) Voyez ci-dessus le commencement de la remarque (E) de l’article d'Aun&ozus.
(9) Scharloncinus, in Vità Baldi,
(z0-15) Idem , ibid.
peuvent tant travailler sans préjudice de leur santé :
Felices quibus ista licent, miramur et illos Et nostré miseremur.
(H) ZZ était toujours prét à excuser les défauts d'autrui. ... et cela pour une très-bonne raison. | « Si nous re- » Connaissions à nu, disait-1il, ceux que » nous prenons pour les plus honnêtes » gens , nous n’en trouverions point » qui ne nous parussent dignes du » fouet. » Facile parcendum esse dicebat is maximè qui in re levi impegissent , quoniam si quos censentus Optimos nudos conspiceremus , nullum corum non judicaremus multis dignum verberibus (16). Cela pourrait être outré : il vaudrait donc mieux peut-être s’en tenir à la maxime du cardinal Mazarin. I] disait que Les plus habiles gens étaient comme les victimes , qui , pour si exactement qu’elles eussent été choisies , avaient toujours quelque chose de mauvais, quand on en examinait les entrailles (17). Je me souviens , à ce propos, d’un endroit du pére Rapin, qui me parut fort sensé la première fois que je le lus. C’est une pensée dont il se sert pour faire l’apologie de Cicéron. ZZ se passe , dit-1l (18), dans le fond de l'âme des plus grands hommes , de certaines choses que si l’on pouvait voir , on trouverait qu'ils sont faibles comme les autres …; et que souvent la réputation ne vient point tant aux héros par l’adresse qu'ils ont de faire voir leurs belles qualités que par celle qu'ils ont de cacher les‘ mauvaises , et de ne se pas laisser pénétrer.
(1) IL était fort dévot , non-seulement pour un mathématicien ,, mais méme pour un homme d'église. ] Il jeûnait deux fois la semaine ; il commaniait tous les jours de fête (19), et il était fort charitable envers les pauvres. Sa mère disait qu’à l’âge d’un an il regardait les autels et les images,
(16) Scharloncinus, in Vitä Baldi.
(17) Voyez la préface des Mémoires de M. Chanut.
(18) Dans la Comparaison de Démosthène et de Cicéron.
(19) C’est ainsi que je traduis diebus festis ommibus sacrum faciebat, paroles qui peut-être ne veulent dire sinon qu’il officiait tous Les joùrs de fête. Mais on ne saurait nier que ce que je dis ne soit contenu dans le latin de Scharloncinus,
BALESDENS.
non-seulement avec joie , mais aussi avec vénération (20). Avec de la joie, je n’en doute pas , car c’est le propre des enfans de tressaillir à la vue des dorures , et des ornemeris et des images : pour la vénération | c’est une autre chose ; ils n’ont tout au plus que les mouvemens machinaux à quoi on les dresse. Notre Baldus mourut bien muni de tous les sacremens de Eglise, et entre les bras des moines, Spiritum Deo reddidit sacramentis Ecclesiæ omnibus ritè munitus (21).
Quemadmodüum sanctissimè vixerat , ila etiam sanctissimèé in complexu cucullatorum patrum extremum vitæ spiritum edidit (22).
(20) Stharloncinus, in ejus Vita.
(21) Id. , ibid,
(22) Nic. Erythræus, Pinacoth. I, pag. 7.
BALESDENS * (JEan ), avocat au parlement de Paris et au con:
seil , était de Paris. Il fut reçu à l'académie française, environ l'an 1647, à la place de Malleville ; et s’il n’avait pas cédé ses prétentions à M. Corneille (A), il eût succédé à Mainard , qui était mort avant Malleville [1 avait le chancelier Séguier pour son Mécene (a). Il a publié divers ouvrages, dont il n’était point l’auteur (B). Il a vécu, ce me semble, jusque vers l’année 1676 (b). Je n’ai point trouvé son nom dans la Requête des Dictionnaires : cependant 1l devrait y être, selon le Ménagiana (OC).
Il avait demeuré au collége de Harcourt (D).
* Leclerc dit qu'il faut écrire Ballesdens et prononcer Baledan. à
(a) Voyez l'Histoire de l'académie française , pag. 230 et 258.
(b) L'Etat de la France er” 1680 , dans La liste des académiciens morts, met Balesdens entre Conrart et Des Marets. Conrart mourut en septembre 1675.
(A) 1l céda ses prétentions à M.
Corneille.]Voici ce qu’en dit l'historien de l'académie. « M. Corneille fut » recu ensuite au lieu de M. Mainard
BALESDENS.
» M. de Balesdens avait été proposé » aussi ; et, comme il avait l'honneur » d’être à M. le chancelier , l’acadé- » mie eut ce respect pour son protec- » teur , de députer vers lui cinq des » académiciens , pour savoir si ces » deux propositions lui étaient égale- » ment agréables. M, le chancelier » témoigna qu'il voulait laisser une » entière liberté à la compagnie ; mais » lorsqu'elle commencait à délibérer » sur ce sujet , M. l’abbé de Cerisy lui » présenta une lettre de M. de Bales- » dens , pleine de beaucoup de civi- » lités pour elle ,et pour M. Cor- » neille, qu’il priait la compagnie de » vouloir préférer à lui , protestant » qu'il lui déférait cet honneur , » comme lui étant dû par toutes sor- » tes de raisons. La lettre fut lue et » louée par l'assemblée , et depuis il
» (1) fut recu en la premiére place
» vacante , qui fut celle de M. de » Malleville ; mais je ne trouve pas » en quel jour ; car depuis ce temps- » là , les longues et fréquentes indis- » positions du secrétaire de Pacadé- » mie ont laissé beaucoup de vide » dans les registres (2). »
(B) Z! a publié divers ouvrages dont 1 n'était point l'auteur. | M. Pellisson donne la liste de tout ce que Balesdens avait publié (3). On va la voir. « Il a » traduit le livre intitulé /e Miroir du » Pécheur pénitent, et a donné au » public les manuscrits suivans , d’en- ».tre plusieurs autres qu’il avait ra- » massés. Cartiludium Logicæ , seu » Logica memorativa , vel poëtica , » À. patris Thomæ Murner , cum no- » tis et conjecturis; Rudimenta cogni- » tionis Deiet sut, Petri Seguieri » præsidis infulati; Elogia clarorum » Wirorum Joannis Papirii Massonis, » en deux volumes ; Gregorii Turo- » nensis opera pia , cum Vitis patrum » sui temporis , en deux volumes ; Les » actes du Transport du Dauphiné fait » à la couronne de France ; Traité de » l’eau-de-vie , par M. Jean Bronaut » médecin du roi. Il a fait aussi impri- » mer des Fables d'Esope en fran- » çais , de Sa correction, pour l’in- » struction du roi, avec des Maxi- » mes politiques et morales, » M. de
(1) A. Balesdens.
(2) Pellisson , Histoire de l’Académie franç., pag. 220 et 230, édition de 1672 , in-12,
(3) La même, pag. 358. 1
Marolles rapporte que Balesdens lui avait donné diverses lettres écrites d’un siyle figuré , sans parler d’un trèsgrand nombre d’autres , dont il se proposait de faire plusieurs volumes , tant le nombre en était prodigieux (4).
(C) Son nom devrait étre dans la Requéte des Dictionnaires, selon le Ménagiana. | En effet, on y trouve ces paroles : Les premiers vers que j'aie fais (c’est M. Ménage qui parle ), sont La Requête des Dictionnaires. Je cherchais des rimes pour l’achever.
M. du Puy m'envoya Claquedent , pour rimer à Balesdent (5). M. Ménage avait la plus heureuse mémoire du monde , mais cela n’empêche pas qu’il wait pu prendre l’un pour l’autre dans les choses mêmes qui le regardaient personnellement. Je ne crois pas qu'il ait demandé la rime en question pour la fin de sa Requête des Dictionnaires, car cetteincomparable satire futachevée avant que Balesdens entrât dans l'académie. Il n’y entra qu’en 1647, ou 1648 , et cette Requête fut achevée environ l'an 1642. Je le prouve par l'Histoire de l'académie. M. Pellisson rapporte que M. Ménage supprima cette Requête, après l'avoir faite : elle cst demeurée , poursuit-il , plus de dix ans cachée parmi ses papiers , jusqu’à ce qu'une personne qui les avait tous en garde se laissa dérober celui-la par quelqu'un que nous connaissons , qui en donna bientôt plusieurs copies (6).
M. Pellisson avait dit dans la même page , qu’un imprimeur avait publié naguères en petit cette Requête , avec beaucoup de fautes , et que depuis elle avait été imprimée plus correctement , in-quarto. Sans doute , par cette impression plus correcte , il entend lédition des Hiscellanea de M. Ménage , qui parut l’an 1652. En tous cas, Pannée 1652 est l’époque du livre de M.
Pellisson ; et , par conséquent , la Requête des Dictionnaires fut achevée dès l’an 1642 (7). On pourrait dire que, lorsque M. Ménage se lassa de tenir celte pièce supprimée , et qu'il se
(4) Dans le dénombrement de ceux qui lui avaient donné de leurs livres.
(5) Ménagiana, pag. 190 de la première édition de Hollande.
(6) Pellisson , Histoire de l’Acad, française
ag. 72.
(7) Touchant cette Requête des Dictionnaires, voyez plusieurs faits curieux dans l'Anti-Baillet,
tom. 1, chap. LXXXII,
Go
résolut de la publier lui-même parmi ses autres poésies , il la voulut allonger , et y faire entrer les nouveaux membres de l’académie , et que si l’on n’y voit pas Balesdens, c’est parce que la rime envoyée par M. du Puy ne plut pas , ou fut trop maluisée à placer. Sur ce pied-là, Balesdens aurait eu Pobligation à son nom de n’avoir pas recu un coup de massue dans la Requête des Dictionnaires, etce nom, si intraitable par rapport aux rimes, aurait produit un effet bien plus favorable que ne firent celui de Tuticanus (8), et celui d’Earinus (9) : mais je ne pense pas qu’on doive recourir à cette supposition , car la requête imprimée lan 1652 ne contient le nom d'aucun académicien qui fût entré dans l’académie depuis lan 1640. Cependant, parmi ceux qui y entrèrent depuis cette année-là, il y en avait qui prêtaient le flanc à M. Ménage autant qu’il le pouvait souhaiter. Le bon M.
du füer était-il un traducteur sans reproche ?
(D) ZZ avait demeuré au collège de Harcourt.] M. de Marolles , qui m’apprend cela , ajoute que l’hôte de Balesdens était un ex appelé le Landez , depuis docteur en théologie, et oncle des deux Mazures , curés de Saint-Paul , l’un après l'autre (10). Il dit que Balesdens était, de ce temps-là, d'une humeur gaie , et d'un entretien divertissant.
(8) Qudd minus in nostris ponaris, amice ,
Ébeliis Nomins efficitur conditione tur
es Caen in tie lee 7 sie) fade Te/pare'etse
(0) Nomen nobile, molle, delicatum Versu dicere non rudi volebam.
Sed tu syllaba contumax repugnas.
Martial, Epigr. XII, lib. IX.
(x0) Mémoires de Marolles, pag. 32, à l'ann.
BALMIS (AgrAHAM DE), médecin juif, né à Lecci (A), dans le royaume de Naples, florissait à Venise, au commencement du XVI. siècle. Il composa une Grammaire hébraïque (B), qui fut imprimée en hébreu et en latin, à Venise, par Daniel
Bomberg, l’an 1523. Il tradu-
BALMIS.
sit en latin plusieurs Commentaires d'Averroës sur Aristote , et quelques Ouvrages d’Avem Pace, et 1l fit de son chef un livre de Demonstratione, et un autre de Substantid Orbis. Consultez la Bibliothéque de Gesner, et la Bibliothèque rabbinique de Bartolocci. N'oublions pas qu’il enseigna dans l’académie de Padoue (a) , etqu’il se plaisait beaucoup plus à réfuter ce que les autres avaient dit, qu'à établir quelque chose de certain (C).
(a) Simon, Histoire critique du Vieux Testament, pag. 536.
(A) IT était né à Lecci.| Vous trouverez ces paroles dans la Bibliothéque de Gesner : {bidem (1) hic aucior natum se scribit in Litio, civitate agri salenini, quæ à Brundusio, Hydrunto et Grai& Gallipoli 24 miliaribus distat , eodem in loco sit& ubi olim Rudiæ patria Enni , ex reliquiis Rudiarum nacta originem (2). Je m'étonne que le Toppi, ni Léonard Nicodème n’aient point parlé de lui dans la Biblioteca napoletana.
(B) 22 composa une Grammaire hebraïque. | I lintitula Mikne Abram , c’est-à-dire , la possession d’Abraham. Le père Bartolocci se trompe , quand il dit que Daniel Bomberg la traduisit en latin (3). S’il eût consulté Ja préface , il aurait vu que Daniel Bomberg fit faire par d’autres cette traduction. Premièrement , il se servit de l’auteur même, et le pria de traduire mot pour mot. Cette rigueur fut observée pendant quelque temps :
l’auteur se donna ensuite plus de liberté, pour avoir quelque élégance ; après sa mort , Calonyme, qui acheva la version , se donna infiniment plus de carrière, et Bomberg ne s’y opposa pas (4). Ceci nous montre que de Bal-
(1) C'est-à-dire, dans la préface de sa traduction des Commentaires d’Averroës in Analytica, Topica, etc. , Aristotelis, emprimé à Venise, l'an 1523.
(2) Gesner. , in Biblioth:, folio 1 verso.
(3) Julius Bartoloccius , Biblioth. magna Rabbin. , tom. I, pag. 34.
(4) Voyez dans la Bibliothéque de Gesner,
folio x ,un fragment de la préface, qui apprend ceci.