‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 4)Chapitre 53 sur 109 · Voyez aussi M. de Thou, 4. CX · texte numérisé non relu

Voyez aussi M. de Thou, 4. CX

* pag. 628.

(d) Vorÿez la remarçue (C).

* Les paroles de Cayet qui fixent à deux ans ou un peu. plus la durée de la détention de Beloy, ne regardent que la détention dans la Bastille.

(A) Son Apologie catholique a été

BELOY

traduite en latin.] Y'en ai vu deux traductions en cette langue. L'une, si l’on s’en rapporte au titre, fut imprimée à Paris, chez Jacques Petit-Chou, ‘en 1586. On ne voit à l’autre, ni le lieu de l'impression , ni le nom de Pimprimeur; mais on y trouve le titre plus long qu’à l'original, et un avertissement du traducteur.

.(B) Les ligueurs traitèrent son Apologie de libélle diffamatoire.] Voyez le hvre intitulé Réponse des vrais catholiques français à l'Avertissement des catholiques anglais, pour l’exclusion du roide Navarre de la couronne de France. L'édition dont je me sers est de l’an 1589. Vous y voyez au revers du titre un catalogue des libelles diffamatoires auxquels on prétend répondre : l’Æpologie catholique par Beloy est le troisième de ces libelles.

J’ai vu une réponse particulière aux principaux chefs de cet ouvrage de Beloy, laquelle passe pour être de Bellaärmin. L'auteur prend le titre de Franciscus Romulus. Il n’attaque son adversaire, ni sur la généalogie de la maison de Bourbon , ni sur la bâtardise qu’on objectait à Henri IV, à cause du mariage de sa mère avec le duc de Clèves, ni sur la dispute de la préférence de l’oncle au neveu : il réduit tout à la religion, et au fondement de la bulle, qui ne déclarait le roi de Navarre déchu de la succession, et incapable de régner, qu’à cause de son hérésie. La première chuse que Franciscus Romulus entreprend de faire voir est que l’auteur de l’Apologie n'est point catholique, comme il s’en vante, mais un franc hérétique, ou peut-être même un athée. Vos igutur, ut ejus vesligiis insistamus, denionstrabimus primun auctorem Apologiæ Jaisd ‘sibi catholici nomen assumere , cum aut hæreticus , aut fortasse etiam atheus sit (1). Voilà ce que c’est que l’entétementpour certains dogmes particuliers , qui au fond ne sont pas de essence d’une religion. Ceux qui se coiflent de ces dogmes particuliers soutiennent effrontément, que quiconque les combat est un faux frère, un prévaricateur , un espion , un traître, et pour tout dire en un mot, un athée. Îl se trouve de ces sortes (x) Franciscus Romulus ,'Respons. ad præci-

pua capita Apologiæ quæ falsù Catholica inscribifur, pag. b,

BELOY

d’entêtés dans toutes les communions, sans excepter les réformés sortis de France. Bellarmin leur doit servir de miroir pour connaître lenr illusion ; car celui qu'il accusait d’hérésie, et qu'il soupconnait d’athéisme, a toujours fait profession de la catholicité eu fort honnête homme. Voici un passage d'Antoine Arnauld : Qui fist ceste réponse sanglante contre l’Apologie catholique , sinon les jésuites, qui employèrent toutes leurs estudes pour dire contre la personne et les droits de sa majesté régnante ce qui se peut excogiter de faux et de calomnieux au monde (2)?

(C) Lse vit exposé à une rude persecution. | Cayet raconte qu’au temps qu’il faisait son livre (3) l’on mettait en parallèle le principal écrivain des royalistes , et le principal écrivain des ligueux (4). Il veut parler de Pierre de Beloy et de Louis d'Orléans. Tous deux, disait-on, ont fait publier leurs livres sans se nommer : celui de la ligue plus éloquent , mais calomniateur ; celui du parti du roi de Navarre, plus docte et français. Celui de la ligue, au contraire du royal, a eu la récompense de ses écrits premièrement, et Jut fait avocat général en la cour souveraine du royaume, durant la puissance de la ligue , et depuis il à eu beaucoup de peine et de mal... Mais celui qui a écrit pour la majesté des rois.a eu la peine, les prisons et les afflictions au commencement. L'an 88 (5), il fut enfermé * dans la Conciergerie (6). Aprés la mort du duc de Guise, l'on le changea de logis : La Bastille fut le lieu où il fut très-étroitement tenu plus de deux ans ; et ayant trouvé le moyen. d'échapper, s'étant “sauvé à Saini-Denis , il y trouva

(2) Arnauld, Plaidoyer contre les jésuites, en 1594, pag. 23.

(3) C'est-à-dire , l'an 1605.

(4) Chronologie novennaire, tom. TI, folio 20 verso,

(5) Vorez la remarque (E), immédiatement au-dessus de la citation (10).

* Le livre pour lequel ii fut enfermé et dent de Thou parle sans le désigner autrement que parles mots grandem librum, est, dit Leduchat, intitulé : Moyens d'abus, entreprises et nullités du rescript et bulle de Sixte VW, contre Henri , roi de Navarre, et Henri, prince de Condé, 1586, in-80, ( Foyez Bayle lui-même dans sa remarque (T).de l’article Hospirar.)

(6) A. de Thou, Liv. XCIIT, pag. a5x , dit

que ce fui,par ordre du roi.

monsieur de Vic, gouverneur pour le roi , qui le reçut, le présenta depuis à sa majesté , et pour récompense de ses peines il est aujourd'hui avocat général en l'une des cours souveraines de ce royaume (7). On trouvait donc dans la nee de ces deux auteurs une image de ce qui fut dit au mauvais riche (8) : mais c'était une image défectueuse ; car Louis d’Orléans-prospéra encore après avoir essuyé quelques fatigues infiniment plus légères que ses rébellions furieuses ne méritaient.

(D) Il... a publié quelques autres livres.] La Croix du Maine fait mention des quatre suivans : Déclaration du droit de légitime succession sur le royaume de Portugal appartenant à la reine, mère du roi très-chrétien, à Anvers et à Paris, en 1582, in-8°. ; Panégyric ou Remonstrance pour les sénéchal, juges, mage et criminel..….. de Tolose, contre les notaires et secrétaires du roi de ladite ville, à Paris, en 1582 , in-4°.; Requéte verbale pour les susdits seigneurs et officiers de Tolose, contenant une Apologie et défense à l'advertissement publié au nom des docteurs régens de l’université de Tolose, à Paris, en 1553, in-8°. ; Brière explication de l'an courant 1583 , selon le calendrier grégorien, à Paris, en 1583, in- 8°, La Croix du Maine ajoute qu’en 1584 on imprimait à Paris un ouvrage du même Beloy , savoir Supputation des temps depuis la création du monde jusqu’en 1552, séparée en deux colonnes diverses, et qu’il parlerait ailleurs des écrits latins de cet auteur. Le Catalogue d'Oxford contient , Petri Beloii V’ariorum juris civilis dibri IV, et Disputatio de successione ab intestato , etc. , à Paris, en 1583; plus, {a Conférence des édits de pacification et explication desdits édits , à Paris, en 1600 , in-8°. Beloy est auteur d’un Commentaire sur l’édit qui ordonnait l'union du patrimoine du roi au domaine de La couronne , à Toulouse, en 1608, in-8°.

(E) Voici un fragment de lettre qui sera un bon supplément pour cet article,] Voici ce que l’auteur des Notes sur la Confession de Sanci et sur le

(7) M. de Thou en parle, li. LXXXIT, pag. 33.

(8) Evangiie de saint Luc, chap. XPI, 25,

206 Fr Catholicon a eu la bonté de m'écrire.

« J'ai un livre qui aurait pu vous » donner bien des lumières au sujet » du fameux jurisconsulte Pierre Bel- » loy. Le titre en est, Réplique faite » à la réponse que ceux de la ligue » ont publiée contre l'examen qui » avait été dressé sur leur prétendu » discours touchant la loi Salique de » France, 1587. On y voit une am- » ple et belle généalogie de Pierre » Belloy, qui fait honneur à cet ha- » bile homme, et qui le prouve bien » gentilhomme d’une maison origi- » naïre de Bretagne, transplantée en » Languedoc et ailleurs : mais ce que » jy rencontre de plus particulier est » qu'il paraît que Pierre Belloy était » déjà prisonnier en 1587, et que » par conséquent c'était le roi Henri » IT qui Pavait fait mettre en prison, » par complaisance pour les Guises , » qui l’accusaient d’ailleurs d’être un » bromilon et un hérétique, et qui » l'avaient déjà lannée précédente » fait accuser envers le roi par un » évêque. .…, que jesoupconne être G.

» Roze, d’avoir fait le livre pour le- » quel M. de Thou nous apprend que » Francçoisle Breton, qui en était lau- » teur, fut pendu en 1586. On y voit » encore que Belloy était d’une fa- » mille dont tous les membres avaient » toujours été bons catholiques, et » lui particulièrement ; qu’à l’âge de » vingt-un anS, il avait été nommé » régent en l’université de Toulouse, » par l’université même, et par le » parlement ; qu’ensuite, après avoir » fait la fonction d'avocat à Toulouse » quatre ou cinq ans, il fut recu con- » seiller au présidial de cette ville , » avec des marques d’une distinction » très-honorable par le parlement de » Paris; et que ce qui avait don- » né prise sur lui dans Paris aux Îi- » gueurs ses ennemis, C'était que » pendant le long séjour qu'il avait » été obligé d’y faire en qualité de -» député de ses confréres en cour (9), » son zèle pour son prince et pour sa » patrie l’avait porté à s'opposer à » plusieurs mauvais desseins de la Ji- » gue. Au reste, puisqu'il est con- » stant qu'il était déjà prisonnier en » 1587, on n'a pas raison de dire » qu'il ne fut mis en prison qu'en

(a) Pour une affaire qu'ils avaient contre les roltaires de Toulouse.

of

BELOY

» 1588. M, Ménage à cité une ouver- » ture d'audience de Pierre Belloy , » prononcée l’an 1609 (10). » L’auteur de cette lettre,a inséré une partie de ces faits dans la seconde édition de ses Notes sur la Confession de Sanc1 (11), et il remarque une chose que je ne dois pas oublier : c’est que notre Beloy naquit dans la ville de Montauban (12), et que ses trois frères aînés furent tués au service du roi contre les huguenots. F

(F) Cette remarque servira de supplément à la liste... de ses ouvrages.1 L’épître dédicatoire(13)de son Exposition des septante Semaines de Daniel contient ces paroles : M’estant trouvé de quelque loisir, durant l’esté passé, j'ay esté presque contraint par mes amis de revoir et passer les yeux sur une partie de la Supputation des temps (14), que j'ai dressée d’autre- Jois en la prison de la Bastille de Paris, où j'ay esté durant quatre ans de la tyrannie de la ligue, pour donner cest échantillon au public. Concluez de ceci qu'il devait donner encore d’autres ouvrages de cette nature , d'autant plus qu'il appelle cette petite Dissertation sur les Semaines de Daniel le premier Essai de ses historiques discours. Il faut donc ajouter cette Dissertation au catalogue des ouvrages de Beloy. Elle est intitulée Exposition de la Prophétie de l'ange Gabriel touchant les septante Semaines descrites par le prophète Daniel au chap. IX de ses Prophéties, par M. maistre Pierre de Beloy , etc., à Tolose, en 1605, in-8°. On a aussi oublié les suivans : De l’Origine et {nstitution de divers ordres de chevaderie, tant ecclésiastiques que profanes, dédié à monseigneur le dauphin de Wiennois , duc de Bretagne, à Montauban , chez Denis Haultin , en 1604 , in-8°. ; Arrest de la cour de parlement de Tolose, prononcé en l'appellation comme d'abus relevée par frère Jean Journé, religieux de l’ordre de saint Dominique , et pro-

{10) Ménage, Origines de la Langue française, au mot Chaperon.

(11) Pag. 20 et 21, édition de:1609.

(12) Je l'avais fait natif de Toulouse, me fondant sur La Croix du Maine.

(13) Elleest adressée à M. Brulart de Sillery, garde des sceaux:

(14) Voyez ci-dessus dans la remarque (D).

BELOT

vincial dudit ordre en la province de Tolose, sur la procédure contre lui ordonnée par les sieurs évesques de Condon et d'Aure, contenant le plaidoyé sur ce fait, par M. maistre Pierre de Beloy , conseiller et avocat général du roi audit parlement, à Paris, suivant la copie imprimée à Tolose, en

1612, in-8°. (15).

(15) Tiré d'un Mémoire manuscrit, commu riqué par M. Lancelot, de la Bibliothèque mazarine à Paris.

BELOT * (N.), avocatau con seil privé du roi, sous le règne de Louis XIII, publia un livre qui le fit entrer avec peu d’honneur dans la fameuse Requête des Dictionnaires (A). Il entreprit de prouver qu'il ne fallait pas se servir de notre langue dans les ouvrages savans , et il allégua entre autres raisons , qu’en communiquant au peuple les secrets des sciences, on a produit de grands maux. Il promettait un autre ouvrage (B), où il devait faire voir le détail de cette preuve.

* Leclerc croit que ce personnage est

‘Michel Belot, natif de Blois, licencié en

droit à Orléans en 1632, vivant encore en 1666, et neveu de G. Ribier dont il fit imprimer cette même année les Mémoires en deux volumes in-folio.

(A) IT fit un livre qui le fit entrer.

dans la fameuse Requéie des Dictionnaires.| M. Pellisson en parle : « Le » sieur Belot, avocat, dédia aussi à » l'académie en ce temps-là , si je ne » me trompe, un livre que je n’ai pu » trouver, et dont il n’est point fait » de mention dans les registres, inti- » tulé Æpologie de la langue latine ; » etc’est ce qui a donné occasion à ce » bel endroit de la Requête des Dic- » tionnaires :

» La pauvre langue latiale

» Allait étre troussée en male,

.» $i le bel avocat Belot, etc. (x) »

Ce que M. Pellisson entend par et cetera contient onZe vers que voici :

(x) Pellisson, Hist. de l'Académie francaise Pas. 195, 196.

Du barreau le plis grand falot, N'en eusl pris en main la défense, Et protégé son innocence.

En quoy certes, et sa bonté,

Et son zèle, et sa charité,

Se firent d'autant plus paroistre, Qu'il n'a l'honneur de la connoistre; Semblable à ces preux chevaliers, Ces paladins aventuriers, - Qui, deffendant des inconnues, Ont porté leur nom jusqu'aux nues.

Jai ce livre que M. Pellisson ne put trouver , et Jen vais dire quelque chose ; car il faut qu’il ne soit guère connu, puisque dès l’an 1650 (2) il échappait aux recherches des plus curieux. Il a pour titre, Æpologie de la langue latine, contre la préface de monsieur de La Chambre en son livre des nouvelles Conjeciures de la Digestion , dédiée à monseigneur Ôe- Zuier, chevalier, chancelier de France.

Il fat imprimé à Paris, l’an 1637, in -8., et contient environ 80 pages, y compris l’épitre dédicatoire, la préface, etc. L'auteur expose (3) qu'il le publie par contrainte, et en apprend l’occasion. Je te dirai que monsieur de la Chambre... m'ayant obligé de lui dire mes sentimens deses premiers Traités , ma franchise me porta de lui en reprocher le langage, et ayant néanmoins continué d'écrire en français , il a pensé qu’il était obligé de faire à son livre des nouvelles Conjectures de la Digestion , une pré- Jace en faveur de notre langue contre la latine , laquelle m'étant adressée sous le nom du lecteur, je me suis trouvé engagé d'y répondre par cette Apologie , que mes amis m'ont tirée des mains en se servant de l'autorité de personnes qui ont tout pouvoir sur moi, pour m'obliger de la donner au public (4). I a mis à la fin du livre la lettre qu'il écrivit à messieurs de l’académie francaise.

(B) ZE promettait un autre ouvrage.

Notez qu’il voulait que M. Seguier s’intéressât dans cette cause par des raisons de politique. {7 y va du bien de l’état, et de celui de lu religion , disait-il. Les anciens Romains, à son compte , se trouvérent mal d’avoir employé à tout la langue vulgaire.

Ce sont la les effets que les secrets des

(2) C’est en ce temps-là que M. Pellisson faisait l'Histoire de l’Académie,

(3) Dans la préface.

(4) Belot, préface , folio À ii.

savans , Mal à prôpos découverts aux peuples, ont produits chez les Romains , et dont l'exemple serait aussi périlleux à notre monarchie, qu’il a cté dommageable à cet empire. Je laisse à part les belles considérations qui pourraient étre tirées de chaque science , et qui feraient voir plus clairement , de quelle importance il est de les tenir cachées , ou du moins ne les déclarer qu'a des personnes qui en fussent capables. Ce sera dans un traité de Politique à qui j'ay donné le nom dela France , ou la Monarchie parfaite, où l’on trouvera sujet d’étonnement et d'admiration , en examinant combien la connaissance qu’on a donnée de la philosophie aux peuples , a Jait de brouillons et de sophistes ; combien celle de la théologie, d'hérétiques et d'athées ; la morale , de fausses vertus et d'hypocrites ; et combien la médecine que l'on professe en notre langue a fait d'empiriques et d’homicides , qui tuent plus d'hommes que La pesle et la guerre ensemble, et qui n'ont point trouvé d'autre moyen de vivre que celui de faire mourir impunément tant de monde (5). 11 n’est pas inutile de conserver la mémoire de ces sortes de faussetés de l'esprit humain. Ce sont des poisons qui peuvent servir de remède.

(5) Belot, Apologie, etc., pag. 28 et suiv.

BEMBUS (Pierre) , noble vémutien ; secrétaire de Léon X (A) ,et puis cardinal, a été l’une des meilleures plumes du XVI.

siècle, quoiqu'il faille convenir qu'il est quelquefois tombé dans le ridicule, par l'affectation de ne se servir que des termes de Tancienne latinite (B). Son Histoire de Venise a été par-là fort exposée aux censures de Juste Lipse. Elle a été critiquée

ar d’autres à l’égard dela bonne foi (a). Ses Lettres n’ont pas été plus épargnées (C). Il commença de bonne heure à courir les risques de la qualité d’auteur (D),

(a) Voyez Bodin, Méthodehist., cap. IF, pag. 93,

BEMBUS.

et il y fut heureux: car ses 4z0lains eurent une vogue extraordinaire (b). 11 parut beaucoup à la cour du duc de Ferrare , et à celle du duc d'Urbin, qui étaient alors les plus polies de ce pays-là, et le rendez-vous des plus beaux esprits (c). Il témoigna publiquement sa gratitude pour l'estime dont le duc et la duchesse d'Urbin l’honorerent, car 1] fit un livre à leur louange (d). Il était bon poëte, tant en italien, qu’en latin; mais on le blâme justement d’avoir publie des poésies trop libres et trop impures (E). Il est un de ceux qui ont été accusés d’avoir parlé de la parole de Dieu avec beaucoup de mépris (F) : peutêtre n’en blâmait-1l que le style.

On n’est pas d’accord sur le sexe de ses enfans (G) ; mais on s’ac— corde à dire qu’ils étaient illégitimes , et au nombre de trois.

On a une de ses lettres, qui té— moigne que ses deux aïeules ont vécu cent ans (H). Il mourut l'an 1547 (e), dans sa soixantedix-septième année ( f). Speron Sperone lui attribue d’avoir-fait grand cas de la connaissance des langues (1). Si cet article est court, c’est à cause que M. Moréri a parlé fort amplement du cardinal Bembo.

Lorsque sa mère fut morte, il écrivit à Bernard Bembus, son père, une belle Zettre de consola-

(b) Voyez la remarque (D).

(c) Joh. Casa, in Vitä Bembi. -

(d') C’est celui de Guido Ubaldo Feretrio deque Elisabethâ Gonzagià, ad Nicolaum Teupolum. :

(e) Thuan. , Historiæ Lib. LIT, sub finem.

(f) Et non pas dans sa soixante-huitième année, comme dit Moréri, après avoir

remarqué quil naquiten 1/70 , et qu’il mourut en 1547.

BEMBUS.

tion. Il y dit que cette femme avait vécu quarante-huit ans avec son mari dans une concorde qu'aucune plainte n’avait jamais interrompue (K); et il paraît fort affligé d’avoir perdu cette ‘bonne mère. On le bläma d’avoir suivi la coutumegdes flatteurs, auprès de quile mérite des vivans surpasse toujours celui . des morts ; car il publia que Paul TITI était plus docte que Eéon X.

Il est bon de voir comment il se disculpa (L). Le conseil des dix le nomma, en 1530, apres la mort d'André Navagiero , pour écrire l’Histoire de la république de Venise(g) (M). Son âge de soixante ans lui eût fait fuur cette peine, s’il n’eût mieux aimé s'incommoder, que de ne oint rendre service à son pays (h). IL faudra que je dise un mot du dessein qu'on prétend qu’il eut de refuser le cardinalat (N.) Son historien s’est étendu làdessus, et n’a pas manqué de dire que ce récit passerait pour une fable aupres d’une infinité de gens qui jugent de leur prochain par eux-mêmes. Il à exprimé noblement ce lieu commun (0), comme on le verra ci-dessous (z) ; et je l’examinerai plus au long dans la dernière

remarque de cet article.

> (g) Bembus, Epist. XXV. Zib. IIT, pag.

(2) Bembus, initio Hist. Rerum Venetarum.

(ë) Citation (4x).

(A) Il était secrétaire de Léon X.] Il écrivit un fort grand nombre de Lettres pour ce pape : la facon lui en avait été payée largement , etil a eu de plus toute la gloire de les avoir composées ; car elles ont paru sous son nom, et de compagnie avec celles

qu'il avait écrites pour lui-même. Cel-:

les-ci sont divisées en VI livres, et les autres en XVI. Léon X avait un autre secrétaire, qui était aussi puriste que Bembus (1). Il lesavait choisis avant que de sortir du conclave où il fut promu à la papauté (2). M. Graverol l'avocat aurait publié avec des notes les Lettres qu’ils écrivirent pour ce pape , siune mort prématurée n’eût arrêté ce travail.

(B) LL est quelquefois tombé dans le ridicu!e, par l'affectation de ne se servir que des termes de l'ancienne latinité.] « Combien l'affectation de ne se ser- » vir que de mots de Cicéron, et de » ce qu’on appelle la pure latinité, » a-t-elle fait écrire de sottises à cer- » tains auteurs italiens ? Qui ne rirait » d'entendre dire à Bembhe, qu'un » pape avait été élu par la faveur des » dieux immortels, deorum immor- » talium beneficiis ? » C'est de lauteur de l’Art de penser que j’emprunte ces paroles (3). Avant lui, Juste Lipse avait critiqué judicieusement et agréablement tout ensemble la latinité de Bembus (4). Il le blâme , entre autres choses , d’avoir rapporté que le sénat de Venise écrivit au pape , « Fiez- » vous aux dieux immortels, dont » vous êtes le vicaire sur la terre ; »

Titi fidat diis immortalibus , quorum vicem gerit in terris. Après cela, on ne doit point s'étonner qu’il se soit servi du mot de Déesse , en parlant de la Sainte Vierge. C’est dans une lettre (5), où Léon X reproche aux habitans de Recanati , d’avoir donné de mauvais bois pour le bâtiment de Notre-Dame de Lorette , et leur commande d’en donner de meilleur : « de » peur, dit-il, qu'il ne semble que » vous vous soyez moqués de nous, » et de la déesse même ; » Ve tum noS , um eliam deam ipsam , inani lignorum inutilium donatione lusisse videamini. Les termes que lé christianisme a consacrés , comme fides , excommunicatio , ont paru barbares à cet écrivain : il a mieux aimé se servir de persuasio pour fides ,'et de aquæ

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