TO OT OÙ À
(x) C'était Jacques Sadolet, qui fut ensuite cardinal.
(2) Bembus, Hist. Rerum Venetar. , in fine.
(3) Art de penser, LLI®. part., chap. XIX, pag. 366, édition d'Amsterdam , en 1685.
(4) Lipsius, Epist. LVII, centur, IT, Mis:
cellan., pag. 175.
(5) La XVII. du VILIS. livre.
et ignis interdictio pour excommunicatio. Lipse lui trouve d’autres défauts, quelques italicismes , et même quelques solécismes. Le même Lipse, dans ses notes sur le chapitre IX du [°r. livre de sa Politique , comprend en peu de mots ce qu'il a plus amplement montré dans la lettre ci-dessus citée.
11 dit , entre autres choses, cüm tam curiosè à verbis sibi caveril , reperio alibi quæ non dicam Tulliana non sint , sed vix latina. La phrase afferre naves, qu'il lui critique , serait plus -pardonnable à un Flamand ; parce que le même mot Flamand, qui signifie mener , signifie aussi porter, d’où naissent quelquefois des expressions bien plaisantes dans la bouche des Flamands qui commencent à parler français. L'Histoire de Venise, que Lipse a tant critiquée par rapport au style, a paru à notre M. de Balzac l'ouvrage d’un petit esprit, et d’un aûteur sec et rampant (6).
(C) Son Histoire a été critiquée... ses Lettres n’ont pas été plus épargnées. ] On a défié ses amis d’en montrer une qui ne péche lourdement contre la grammaire, et qui ne soit remarquable par quelque insigne puérilité , et d’ailleurs vide de bonnes choses. Ut cæteram carminum ejus obscoœnitatem taceam , quid ejus Epistolis ineptius, et quidem illis quas pontificis maximi nomine et de rebus maximis scripsit , et ad viros maximos ? Menticr ego cum Scipione Gentili (*), et luam gravi pœné, si vel unam mihi in tot illis voluminibus Epistolam ostendant amatores ejus, quæ non insigni aliquo vilio grammatico laboret, aut puerili aliqud ineptié conspicua sit et demonstrabilis. IVe quid de rebus ipsis atque scientiis dicam sapientiæ inanissimis , et miré languidis , et ( repetendum est enim , quod ejus proprium maximé est, )ineptis (7).
(D) ZT commenca de bonne heure à courir les risques de La qualité d’auteur. ] Pendant les trois ans (8) au’ii passa dans la Sicile , écolier de Constantin Lascaris, professeur en langue
(G) Voyez \éa Dissertation sur luñe harangue prononcée à Rome, pag. 273. C'est le IX.
Discours de ses OEuvres diverses.
(*) Comment. in Ep. Pauli ad Philem., cap.
0) Lanzius, Oratione contra Italiam , pag.
\ (8) C'est-a-dire, depuis 1482, jusqu'en 1485.
BEMBUS. ÿ
grecque à Messine , il composa un
Traité latin de Monte Ætnd, qui fut
imprimé l’an 1486 (9). Étant retourné
chez son père, il le suivit quelques
années après à la cour d'Hercule d’Est
duc de Ferrare. Il s’y fit aimer et considérer : et ce fut pendant cette vogue, qu'il écrivit ses Æzolains. Ce sont des discours d'amour, ainsi nom= més , parce qu’on suppose qu'ils fu-
rent faits dans le château d’Azolo. Il n'avait alors que vingt-six ans (10).
Ce livre italien eut un grand succès,
tant parmi les hommes , que parmi les femmes : on aurait passé er Italie pour un novice, si l’on n'avait pas eu connaissante de cet écrit. Los Li bros tanté hominum , mulierumr etiam medius fidius approbatione , et tanquam plausu exceptos recentes esse meminimus , ut extemplo cuncta eos Lialia cupidissimè lectitdrit | atque didicerit : ut non satis urbani aut elegantes ù haberentur , quibus Asulanæ illæ Disputationes essent incognitæ (11). Il a été imprimé beaucoup de fois. Un certain Jean Martin, secrétaire du cardinal de Lenoncourt , en fit une traduction française , qu'il publia Van 1545.
Il la fit sur l'édition italienne de
Van 1540, qui avait été précédée
de trois ou quatre autres depüis celle de l’an 1515; et il observe cela , afin d'empêcher qu’on ne s'étonne des différences qui se trouvaient entre sa version , et l'original imprimé chez ÂAlde lan 1515 (12). S’il leur plaist considérer , dit-il (13), que depuis ce temps l'œuvre de M. Bembo a esté trois -ou quatre fois réimpriniée , et que ledict seigneur Bembo en a expressément osté plusieurs choses qui lui semblaient superflues ; mesmes que la dernière impression ( laquelle j'ay suy :
vie ) est de l’an mil cinq cens quaran .
le, faicte ( comme il est à présupposer ) soubz son auctorité ét licence ; mon Opinion est qu’ilz ne diront que J'aye en cest endroict faict tort à l'auc-
(9) Bembus, Epist, VI, Lib. II.
(xo) Joh. Casa , in Viiâ Bembi pag. 143.
(x1) dem, ibidem.
(12) On voit au Catalogue de la Bibliothéque de Nicolas Heinsius, à la page 183 de la IT®, partie, Gli Asolani di Pietro Bembo, Ald. 1505. IL est sûr qu'ils furent imprimés cette année-là. Voyez la VILLI°. lettre du TP, livre de Bembus.
(13) Jehan Martin, Avis aux lecteurs. On le trouve à la fin du livre.
ds
à FPE
BEMBUS.
teur. Ceci sert de quelque chose à Gaffarel , qui , se voyant censuré d'employer sa plume à des matières peu convenables à un eëéclésiastique , se couvrit de l’autorité de plusieurs
exemples , et nommément des Æz0-
lains du cardinal Bembo (14). On pouvait lui opposer que cet ouvrage fut composé par un jeune gentilhomme , qui n'avait encore nul engagement à
l’état ecclésiastique ; maïs il eût pu
répliquer que l’auteur en fit une nouvelle édition depuis son cardinalat.
(E) On l’a accusé d’avoir publié des
… poésies trop libres et trop impures.] On
a déjà vu (15) ce que Lanzius lui reproche ; et voici un passage de Scaliger : Petrus Bembus elegiaco ( carmine ) eam partem corporis humani celebravit , sine qué nulla obscænitas foret. Legatur ejus elegia , cujus ini- Liurn :
Ante alias omnes, meus hortus, Una puellares allicit herba manus.
* Quod poëma merild vocare possis ob.
hic quas educat
* scœnissimam elegantiam, aut elegantis-
simam obscœnitatem. Unius et quadraginta distichorum est (16). M. de Thou et M. Ménage vont me servir de nouveaux témoins : celui-là , par ces paroles, Zllius (Bembi ) multalicentiosius, ut temporum nequitia et domini cui serviebat mores ferebant, scripta exstant (17) ; celui-ci, par cette remarque : « S'il était vrai que le Casa eût » été exclus du cardinalat , à cause » de ce poëme, le cardinal Bembo » aurait été plus heureux que lui ; » car les vers licencieux qu’il fit dans » sa jeunesse , et qui sont encore plus » licencieux que ceux du Capitolo del » Forno , ne l’empêchèrent pas d’être » cardinal (18). »
(EF)... et d’avoir parlé de la parole de Dieu avec beaucoup de mépris. Je n’ai pu remonter que jusques à un auteur allemand, nommé Thomas Lanzius, qui a publié diverses harangues pour et contre les nations de l'Europe. Il dit , sans citer personne (19), que Bembus conseillait à un
(14) Gafferel , préface des Curiosités inouïes.
(x5) Ci-dessus, citation (7).
(16) Scaliger, Confutat. Fabule Burdonum, pag. 323.
(37) Thuan. , lib. TITI, sub. fin. pag. 66.
(18) Ménage, Anti-Baillet, chap. CXX.
(19) Konig cite Scipio Gentilis, Commentar.
ad Epist. Pauli ad Philem,, pag. 40. ‘
ami de ne lire point les Épîtres de saint Paul, de peur de gâter son style.
Advertite , auditores , inepti hominis impietatem cum ne stultitid conjunctam. Is siquidem Epistolas omnes Pauli palam condemnavit, easque deflexo in contumeliam vocabulo Epistolaccias est ausus appellare , cum amico auctor esset ne illas attingeret , vel si cœpisset legere, de manibus ejiceret, si elegantiam scribendi &à eloquentiam adamaret (20). D’autres prétendent qu'ayant su que Sadolet expliquait l’Épiître aux Romains, il lui dit : « Laissez là ces » niaiseries ; elles siéent mal à un » homme grave. » Omitte has nugas ; non enim decent gravem virum lales ineptiæ (21) *. Nous verrons aïlleurs (22) un conte qu’on a fait courir , et qui marquerait qu'il ne croyait pas l'immortalité de âme.
(G) On ne s'accorde pas sur le sexe de ses enfans. 1 M. Moréri lui donne
deux fils et une fille ; mais Imperialis
observe que Bembus garda toute sa vie une concubine , de laquelle il eut trois filles (23). Il est certain que Bembus avait un fils nommé Torquato , auquel Manuce a dédié son Virgile. Je ne doute point qu’Imperialis ne se soit trompé ; car Jean de la Casa, qui a écrit la vie de Bembe avec beaucoup d’application , marque expressément que sa maîtresse lui donna deux fils, savoir Lucilio et Torquato , et une fille nommée Hélène , qui eut pour mari Pierre Gradenigue.
Il remarque aussi que cette maîtresse était une belle femme , et que Pierre Bembus , bien fait de sa personne, poli , galant, doux et honnête, était fort aimé dans les compagnies. Pendant son séjour à Ferrare, le duc Hercule d’Est , et Lucrèce Borgia , femme d’Alphonse d’Est, lui témoignérent une amitié particulière (24).
(H) On a une de ses lettres qui té-
(20) Lanzius , Orat. contra Italiam, pag. 783.
(21) Greg, Michael, Not. in Curiositates Gaffarelli, pag. 111.
* Ces paroles que s’est appropriées G. Michei dans sa traduction latine des Curiosités inouies de Gaffarel sont, dit Joly, de Victorin Strigelius , né en 1524, auteur d’un Commentaire sur les psaumes. C’est dans son explication du psaume [V qu’on les trouve. 7
(22) Dans la remarque (P) de l'article Mx- LANCHTHON , & la fin.
(23) Imperialis , ër Musæo historico,
(24) Johan. Casa , in Vitä Bembi.
moigne que ses deux aïeules ont vécu cent ans. ] Comme cette lettre est courte, je la rapporte toute entière (25) : on y verra que Bembus aurait volontiers :sacr#fié ces deux vieilles femmes à la vie de feu son frère.
Petrus Bembus HerculiStrotio. Avias ambas meas efjœtas, deploratasque Jeminas , et jam propè centum annorum mulieres milhi fata reliquerunt :
unicum fratrem meumjuvenem ac florentem abstulerunt, spem et solatia mea. Quamobrem quo in mœærore sim ipse facilè potes existimare. Reliqua ex meis intelliges. Heu me miserum !
Vale. Id. Jan. 1504. Venetiis. K fut beaucoup plus sensible à la mort de sa mère. Voyez la remarque (K).
(I) Speron Sperone lut attribue d'avoir fait grand cas de la connaissance des langues. 7] C’est-à-dire, de l'avoir préférée au marquisat de Mantoue.
Lo so nulla per rispetto a que’ gloriosi:
ma quel poco che io ne so delle lingue , non lo cangierei al marchesato di Mantoua (26). Comme un faiseur de dialogue ne se fait pas une religion de
ne faire dire à ses personnages que ce fc
qu'ils ont dit effectivement , je n'approuverais pas trop que l’on soutint ue Pierre Bembus a eu réellement et d'effet le goût que Speron Sperone lui attribue, qu’on le soutint, dis-je, sans autre preuve que le dialogue de cet auteur. Quelqu'un a cité Speron Sperone, comme si Bembe n'avait parlé que de son talent d'écrire en latin (27); mais il est sûr, par les paroles que J'ai citées, que Bembe a parlé en général de la connaissance qu'il avait des langues : et il ne faut pas s’imaginer qu’il ait prétendu exclure la grecque, qu'il avait apprise en Sicile sous Lascaris jusques au point d'écrire très-bien en grec (28).
(K) Sa mére avait vécu quarantehuit ans avec son mari dans une concorde qu'aucune plainte n'avait jamais interrompue. | Voici ses termes : Cùm duc essent causæ quibus maximè commoveri debui ad luctum, una, qudd me parente optimé meîque amantissimé orbatum viderem : altera, qudd te
(25) C’est la XVIS. du TTI®. liv., pag. 486.
(26) Speron Sperone, dans le dialogue delie Lingue , folio 107 verso,
(27) Teissier, Addit. a M. de Thou, tom, 1, pag. 11.
(28) Johan. Casa, in Vitâ Bembi,
BEMBUS.
privart lectissim4 prudentissimäque conjuge, cum qu duodequinquaginta annoOS SINE ULLA QUERELA cOnCordissimè vixisses , tibi pairi meo acerbissimum aitque luctuosissimum putarem futurum , harum duarum causarum altera me abs te levari sentiebam , etc. (29).
Cette lettre , datée d'Urbin le 22 de novembre 1509, est un grand éloge de la mère, et un illustre témoignage de la tendresse du fils. Elle mérite d’être lue d’un bout à l’autre. BernarD Bemeus avait déjà des petits-fils. Sa femme avait vécu près de soixante-dix
ans. 1] y a une autre lettre de Pierre.
Bembus, où l’on voit sa tendresse
fraternelle ; car il y représente vivement l’infortune de sa sœur , afin d'obtenir du patriarche de Venise quelque remède aux malheurs de cette femme. Elle était mariée à un homme
abandonné à toutes sortes d’impure-
tés, et qui donnait à des créatures prostituées toute l’amitié qu’il devait à son épouse. Marcelli ejus mariti meretricio amore animus turpiter abalienatus (30). De Marcello etiam spero ore ,ut cum se ille meretricid consuetudine plend infamiæ , plend calamitatis , liberatum per te solutumque sedato animo atque pacato cognérit, tibi gratias agat , quod illum belluarum more sine pudore , sine lege , sine ullo officio degentem ad hominum vitam rationemque traduxeris (31). I} la maltraitait horriblement , sans se laisser attendrir par la patience , par le silence , par la pudeur , avec quoi elle tâchait de le ramener à son devoir.
DNolo tibi commemorare quot aut quantas indignitates, Antonia soror universum biennium pertulerit , dum prudens atque optima mulier, humanitate , pudore, continentid , labore eliam summo suo , quodque in hujusmodi rebus solet esse difficillimum , taciturnitate , virt improbitatem , perditissimosque mores placare , ac flectere in melius cupit (32): C’est une lettre encore plus belle que l’autre. Elle est datée d’Urbin , le 7 de juillet 1510, et cela fait naître une petite difficulté ; car on y suppose que la mère de Bembus était vivante : Curandum tibi certè
. (29) Petrus Bembus , Epist. VI, lib. I, pag.
(30) Bembus , Epist. 1, Lib. F, pag. 550.
(31) Ibidem pag. 562. A
(32) Ibidem , pag. 560.
‘ BEMBUS.
est ne soror mea , ne paier , NE MATER , ne universa nostra familia... securè tandem ac planè liberé irrideamur (35):
et nous avons vu qu’au mois de novembre 1509 on écrivit à son mari une lettre de consolation sur son état de viduité. Il est fâcheux que tant de lettres de grands hommes soient mal datées (34).
(L) On le bléma de flatterie..… voici comment il se disculpa, 1 Lorsqu'il mit au jour , en 1535, les lettres qu'il avait écrites au nom de Léon X, il les dédia à Paul IE, et le déclara beaucoup plus savant que n’avait été Léon X. Las autem ad te, Paule, potissimbm lüteras nitto, qui et pontifex maximus es ; ut Leo decimus fuit , et in optimarum artium disciplinis multo, quäm ille , habitus doctior. Vera enim Jateri omnes non solum honesté possumus , sed etiam debemus. On trouva que cet éloge passait les bornes : on n'y voyait nile caractère de Bembus, . ni le souvenir des grandes obligations qu'il avait à Léon X, ni la vérité.
Esse nonnullos qui me in laudando Paulo Pont. Max. longius progressum esse pulent quäm aut met mores , aut summa in me Leonis X offtcia , aut veritas omnino ipsa postuldrit (35). IL répondit au Moisa , qui l'avait averti de cette critique , qu'il n'avait donné la préférence à Paul HI qu’à l’égard des belles-lettres , où les malheurs domestiques avaient empéché Léon X de faire de grands progrès ; qu'il s'était bien gardé de juger lequel des deux surpassait l’autre en prudence, en fermeté, en tempérance, en bonté, en libéralité ; qu'il n’était pas difficile de connaître que le pape Paul avait plus d’érudition que l'autre ; qu’il n’avait jamais manqué de reconnaissance pour Léon X ; quoiqu’il lui fût moins redevable de sa fortune qu’à Jules IT : Tametsi mediam plus partem earum quas habeo fortunarum omnium Julius secundus Pont.
Max. cui nunguäm inservivi contulit (36).
(M) Z£ fut nommé... pour écrire l’Histoire de la République de Venise. ]
(33) Ibidem.
(34) Voyez, tom. I°'., la remarque (B) de l’article (d'André) Ammonius.
(35) Bembus, Epist. LXXXV , &ib. FT, pag.
(36) Id, , ibid., pag. 702.
On voulut qu’il la commencât où Sabellicus Pavait finie (37), et qu’il la continuât jusques à son temps. Cet intervalle comprenait quarante-quatre années (38). Il ne le remplit point ; car il termina son ouvrage à la mort de Jules IH. Cette histoire est divisée en XII livres, et fut imprimée à Venise , l'an 1551, et contrefaite la mêéme année à Paris , chez Michel Vascosan, in-4°, Elle fut ensuite imprimée à Bâle, avec les autres œuvres de Bembus, en trois volumes in-8°., l’an 1567. Ni dui , ni aucune autre*personne ,ne put tirer nul profit du travail d'André Navagiero , qui avait eu une semblable commission , et qui ordonna en mourant qu'on brûlât tous,ses écrits {39). On a vu dans la remarque (B) le jugement qui a été fait de cette histoire de Bembus.
(N) On prétend qu il eut dessein de refuser le cardinalat.] Moréri en parle assez au long ; mais il n’a point fait connaître les beautés que Jean de la Casa qu'il copie a répandues sur ce récit. Cet historien de notre Bembus déclare qu’il sait bien que plusieurs personnes rejetteront cette partie de son narré ; et que comme la plupart des gens jugent d’autrui par eux-mémes, on ne trouvera point croyable que Pierre Bembus ait sincérement méprisé un grade d'honneur , que presque tout le monde juge très-digne des vœux les plus passionnés et les plus ardens ; mais que pour lui, qui écrit pendant que les choses sont encore fraîches, et pendant qu’une partie des acteurs sont encore en vie, 1l ne doit pas être soupconné d’imposture; qu'après tout, il n’a pas eu peur des apparences de mensonge qui accompagnaient la vérité qu'il avait à dire, se souvenant bien que la faute de ceux qui osent mentir dans une histoire n’est pas moindre que la faute de ceux qui craignent d’y étaler la vérité. Non plus que M. Moréri, je ne représente pas les beautés de l’original; c’est pourquoi je les ferai voir elles-mêmes à ceux qui entendent le latin. /Von sum nescius multos fore, qui nostræ orationi häc in re parum Jidei habeant : plerique enim omnes , quid de aliend voluntate credendum
(37) Environ l'an 1486.
(38) Bembus , énilio Hist.
À Rerum Venetar.
(39) Idem, 1hbid.
sit, de suû conjecturam faciunt : ilaquè , incredibile multis visum rt intelligo, Bembum id veré atque ex animo aspernatum esse , quod omnes , ferè summé cupiditate, expetendum aigue optabile esse existiment ,, ta- ‘metsi scribimus hæc recenti hujus Jacti memorid, multisque, qui in agendo adfuerunt, superstitibus , quos mendacii alque impudentiæ nostræ conscios ac testes habere cur velimus causa nulla est. Sed quoniam par eorum peccalum esse censemus, qui mentiri in histori& audént, atque eorum , qui dicere verum reformidant ; mendacii speciem , verum cum dicturi essemus, non horruimus (4o). Je me sens obligé de dire ici que je ne suis point de ceux dont Jean de la Casa prévoyait l’incréduiité : Jai vu dans les lettres de Pierre Bembus tant de caractères, non-seulement d’un honnête homme, et d'un ami généreux et officieux, mais aussi d’an savant qui préférait aux vanités et à la pompe de la cour la tranquillité d’une retraité qui permet dese consacrer tout entier aux muses, que jé n’ai aucune peine à m'imaginer qu'il souhaita tout de bon de n’être point cardinal.
(O0)... Son historien... a dit que cela serait regardé comme une fable par ceux qui jugent de leur prochain par eux-mêmes ; et il a exprimé noblement ce lieu commun. | C’est ce que Von vient de voir dans ses paroles latines ; et par conséquent il ne me reste à prouver si ce n’est qu'il y a là un lieu commun. Je le ferai voir sans peine. Il y a long-temps qu’on a mis entre les dificaltés du métier d’historien, la coutume qu’ont les lecteurs de prendre pour des mensonges les actions sublimes dont ils se sentent incapables. 4t mihi quidem , disait Salluste, .... in primis arduum videtur, res gestas scribere, primüm, quod facta dictis exæquanda sunt : de hinc, quia plerique, quæ delicta reprehenderis , malevolentid& et invidid dicta putant, ubi de magnd virtute atque glorid honorum memores, quæ sibi quisque facilia factu putat, æquo animo accipit, supra, véluli ficta pro falsis ducit (41). Périclès avait déjà
(4o) Joannes Casa, in Vità Petri Bembi, pag.
x5o Collectionis Batesi.
. (4x) Sallust. , in Proæm. Belli Catil. , pag.
eine
BEMBUS.
fait la même remarque , par rapport 4 ceux qui assistent à une oraison funébre. « La louange , disait-il, que » les auditeurs se croient capables de » mériter, n’est point sujette à la » critique ; mais si elle surpasse leurs » forces, elle les rend envieux et in- » crédules : ils la prennent. pour une » fiction et pour une flatterie. » Latenus tolerabiles sunt alienæ luudes, quatenüs seipsum quisque parem arbitratur alicui illarum assequende :
quibus verd imparem , iis invidit, Jidemque non habet (42). Le fondement de tout cela est que chacun s’accoutume à mesurer à son aune les actions d'autrui. Quæ volumus et credimus libenter, ce sont les paroles de Jules César (43), et quæ sentimus ipsi, reliquos sentire speramus. Rien n’est plus facile que de tromper ceux qui n’ont jamais trompé , et rien n’est plus difficiles que d’attirer dans un piége ceux qui ont toujours agi frauduleusement (44). On devine bientôt la raison de cette facilité, et de cette dificulté. Une bonne âme , simple et sincère, ne soupçonne pas qu’on soit enclin à la fourberie ; et là-dessus, elle agit sans beaucoup de précaution ; mais un fourbe , se persuadant que les autres hommes sont faits comme lui, se tient en garde contre tous les artifices qu'il sait bien qu'il emploierait en semhlables occasions. On a de coutume de juger désavantageusement de ceux qui se défient de tout, et qui , Croyant sans aucune peine tous les mauvais bruits qui courent de leur prochain , nient ou révoquent en doute, ou interprètent en mal les plus belles et les plus louables actions dont on leur parle. On leur applique ce que Phèdre a dit de certaines gens, qui prennent pour une oflense personnelle les descriptions ou les censures du vice. « Est-ce ainsi , leur a-t-1l dit, que vous avez l’imprudence de révéler les secrets de votre cœur ? »
Suspicione si quis errabit su&,
Et rapiet ad se quod erit commune omnium, Stuliè nudabit animi conscientiam (45).
(42) Thucydid., 4h. TT, pag. 100, 101, edit.
latinæ Francof., an. 1589.
(43). Cæsar. dé lBellolätil, 6. II, pag.
(44) Voyez les vers français que je rapporte dans la remarque (A) de l'article d'Evr.
(45) Phæd., Gb. LIT, in prologo.
BEMBUS.
D'autres s'étaient dejà servis de cette pensée. Cicéron à dit: Veminem nomino , quare irasci mihi nemo poterit, nisi qui antè de se voluerit confiteri 4). Saint Jérôme a dit depuis :
Quando sine nomine contra vitia scrtbitur, qui irascitur accusator est sul (47). On prétend donc que ces crédules à l'égard de la médisance, qui sont d’ailleurs incrédules à l'égard de ce qui comble de gloire leur prochain, témoignent le mauvais état de leur âme, leur disposition à mal faire, leur impuissance par rapport au bien.
M. le Fèvre se servit de ce lieu commun contre ceux qui voudraient dire qu’il avait fait une action fort contraire à la piété , en soutenant que le passage de Josephe touchant Jésus- Christ est une pièce supposée. « Îls fe- » ront voir, dit-il, que l’impiété ne » leur paraît qu’une bagatelle, s'ils » en accusent les autres sans nulle rai- » son. » Si quis tamen aliter judicaverit, et meum scribendi consilium in crimen detorserit, is, ut ait n8wx@Taros poëla,
Stuliè nudabit animi conscientiam.
Quemadmodüm enim et rectè et verè olim pronunciavit Amphis ,
(1 > + \ {0 ogis ouvuoyri mndey reidereu , > 3 L] Lo 4 € f > ÿ
aUTOs éTiopueiy padiwc #£TiS a Ta,
Sic non minüs verè dici potest, qui ob rem nullam alios impietatis insimulant , eos satis apertè ostendere quäm leve peccatum existiment tam dirum scelus (48). Les deux vers grecs de ce passage ont un trés-beau sens; ils signifient que celui qui n’ajoute point de foi aux sermens de son prochain n’a nulle peine à commettre des parjures.
Cela ressemble beaucoup à ces’ paroles de Tertullien contre un faiseur de jugemens téméraires : Ÿi potes ista de alus credere, potes et facere. Un de ceux qui écrivirent contre Marc-Antoine de Dominis fit bien valoir ce lieu commun. ic aliud argumentum adducam, quo ostendam, conscientiam tuam et fidem meritù nobis et cordato cuivis suspectam esse debere. Nôst, épinor, oratoris dictum, cujus veritatem quntidiana experientia declarat :
(46) Cicero , pro Lege Maniliä.
(47) Rufin, kb. I, cap. IIT.
(48) Tanaquillus Faber, Epistol, XLIV , lB.
1 y pag. 128,