‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 4)Chapitre 63 sur 109 · NT · texte numérisé non relu

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par un défaut de mémoire ; que Montaigu doute que l’on ait jamais déterminé si Bérenice était fille de Costobarus , ou de Joseph. Quam (Berenicen filiam Salomes) vel è Costobarn, vel Josepho , nam non memini pro certo traditum , genuerat (1). Le jésuite Cornélius à Lapide a cru faussement qu'Hérode était le père de notre Bérénice (2).

(B) £lle s’insinua dans les bonnes grâces d’Antonia.| Il y a un passage dans Strabon qui mérite d’être rapporté. Kairap ha vaÿc diouc TIME To “How dov ai mhv adEaghy Sax, tai rhy Taurus Ouyarépa Bepeviany : c’est-àdire, l’empereur honora les fils d’'Hérode , et sa sœur Salomé , et Bérénice, fille de Salomé (3). Apparemment ces deux femmes allèrent ensemble à Rome, lorsqu'il fat question de disputer à Archélaus, fils d'Hérode, le royaume de Judée; car on sait que Fi y alla alors avec sa famille ©) Au premier voyage de son fils Agrippa à Rome , elle vivait encore.] Car nous lisons dans Josephe, qu’Agrippa vivait familièrement avec Drusus, fils de Tibère, et qu'il acquit l'amitié d’Antonia, femme de Drusus, frère de Tibère , à cause de l'estime qu’Antonia avait pour Bérénice, mère d’Agrippa (5). Cet historien ajoute qu'Agrippa, pour ne point fâcher sa mère, contraignait son naturel, qui le portait à faire beaucoup de dépenses ; mais que, quand elle fut morte, 1l fut si prodigue, qu’il s’épuisa. N'ayant plus d'argent, ni de crédit, il s’en retourna en Judée, d’où après plusieurs aventures il revint à Rome, et fut saluer Tibère dans l’île de Caprée. Il en fut d’abord bien recu; mais il eut ensuite bon besoin de la protection d’Antonia. Je ne sais où Noldius avait lu que Bérénice était morte chez Antonia (6).

(x) Montacut., in Apparat. V , num. 94, pag.

191, apud Noldium de Vitâ et Gestis Herodum, pag: 297: |

(2) C. à Lapide, in act XXV, 13. apud Noldium , ibid., pag. 206.

(3) Strabo, üb. XVT, pag. 526.

(4) Joseph., Antiquit., Lib. XVII, cap. XI.

(5) Idem, ibid., lib. XVIII, cap. VIII.

(6) Noldius, de Vit et Gestis Herodum, pag.

BÉRÉNICE petite-fille de Ta

BÉRÉNICE

précédente , et fille d’Agrippa 1°.

du nom, roi de Judée, a bien fait:

parler de ses amours. Elle fut fiancée à un certain Marc, fils d'Alexandre Lysimachus, Alabarche ; mais il mourut avant les noces. Peu après elle épousa son oncle Hérode, qui, à la prière d’Agrippa son frere et son beaupère tout ensemble, fut créé roi de Chalcide par l’empereur Glaude (a). Elle n’avait que seize ans lorsque son père mourut (0).

Elle perdit son mari la huitième année de l’empereur Claude (c), et se comporta fort mal durant sa viduité; car l'opinion com mune fut qu’elle commettait inteste avec Agrippa, son frère.

Pour faire cesser ces bruits , elle chercha à se marier, et s’offrit à Polémon , roi de Cilicie, pourvu qu'il voulüt changer de religion (d). On croira facilement qu’elle exigea cette condition, plutôt par vanité , ou par politique, que par zèle; mais ce m'est pas une chose rare qu’une convertisseuse zélée et galante. Polémon, ayant plus d’égard aux richesses qu’à la mauvaise réputation de la dame qui le recherchait , accepta ses offres, se fit circoncire , et l’épousa; et s’il ne passa point toute sa vie dans les liens de ce mariage, ce ne fut point sa faute : ce fut celle de Bérénice; puisque cette femme déréglée le planta là, et s’en retourna où il lui plut (A). Tout aussitôt il abandonna le judaïsme , pour reprendre sa premiere religion (e). La mauvaise vie de Bérénice

(a) Joseph., Antiq., lib. XIX, cap. IF.

(b) Ibidem, cap .V'IL.

(c) Tbid., lib. XX, cap. III.

(d) 1bid., cap, F.

(e) Ibidem.

ne l’empéchait point de pratiquer les observances des Juifs.

Elle avait fait un vœu; et pour l’accomplir, elle se transporta à Jérusalem, et se soumit à la coutume, qui portait qu'avant que d'offrir ses sacrifices , on passât trente jours en prières et en oraisons sans boire du vin, et qu’on se fit raser la tête.

Pendant qu’elle observait ces cérémonies , elle recut mille affronts des soldats romains , et fut en danger de sa vie. Elle eut beau s’en aller nu—pieds intercéder pour le peuple aupres du gouverneur Florus : elle n’obtint rien ; non pas même les civilités que sa qualité et son sexe rendaient indispensables (sf) Elle était toujours fort bien avec Agrippa son frère , elle le seconda dans le dessein de prévenir la désolation des Juifs, en les exhortant à se soumettre aux Romains. Toutes ces exhortations accompagnées de larmes furent inutiles (g) : de sorte que Bérénice, ou pour n'être pas enveloppée dans la ruinede la nation, ou pour exercer son savoir-faire , alla trouver Vespasien et Titus, et les gagna si heureusement, Vun par ses libéralités , et l’autre par sa beauté (B) , qu’elle se mit en passe de devenir impératrice romaine. Elle mit Titus dansses filets , et vit l’heure que , de galant favorisé sans nulle exception , il deviendrait son mari (C); mais les murmures du peuple romain frustrerent cette espé— rance : 1] ne lui resta que le titre de maitresse ou de concubine

(F) Joseph., de Bell. jud., Zib. IT, cap.

(8) Zbid,, cap. XXVIII, XXIX,

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