TOME IN
30) cette chronologie dans une lettre d'Érasme, datée du 1°, de juillet 1529 (1) : elle contient une relation assez ample de la vie et de ia mort de Louis de Berquin. On y marque expressément, qu'il avait été brûlé decimo Calend. Majas. Cette preuve fixerait le jour de la mort, s’iln’y avait pas une autre lettre d'Erasme (2), où le supplice de Berquin est placé sous le 1 d'avril, XF. Calend. Majas {3). Cette lettre est datée du 9 de mai 1529. Tout ce que peut faire Erasme, c’est de nous fixer au mois d'avril 1529 : il faut prendre les autres variétés pour des méprises. Mézerai se trompe à l’année , et peut-être aussi au jour : il assure qu’on brûla Berquin le 21 d’avril de lan 1528 (4). Jean Crépin, dans ses Actes des Martyrs, met la mort de-celui-ci au mois de mai en général 1529. Théodore de Bèze la met au 10€. de novembre de la même année (5), dans son Histoire ecclésiastique, et dans un autre écrit. Æru= gibus nocte post interitum illius proxtimé ( qui fuit undecimus dies novembris anno Domini 1529) in totd Gallid
Jrigore perustis,elgravissimätum fame tum etiam peste consequuté (6). Sponde le convaincd’erreur manifestement par la IVe. lettre du XXIV°. livre d'Érasme, qui, étant datée du 17. de juillet 1529, parle du supplice de Berquin; mais 11 se trompe ensuite visiblersent, lorsqu’il donne la raison pour laquelle ii s'imagine que Théodore de Bèze a falsifié cette date (7). Il prétend que la falsification a été faite, afin de rendre plus vraisemblable ce qu’on voulait dire sur les jugemens de Dieu. Bèze débite que le ciel, se déclarant pour Berquin, cassa la sentence des juges, puisque la nuit suivante le froid gâta les blés par tout le royaume, d’où sortit une grande famine et une grande mortalité. Judicium, sententidveluti cælitüs rescissd, triumphérit, frugibus noc-
(:) La IVe, du XXIV®. livre , pag. 1271.
(2) C'est la XLVTIT. du XXXE. livre.
(3) Bodin, Demonom., chap. dern. du IF®, livre, pag. 475, dit le 17 d'avril. “
(4) Mézerai, dans le Discours touchant l'Eglise, à la fin de la Vie de Henri LV.
(5) La nuit suivante ; qui fut la veille de Saint - Martin , les blés gelèrent en France, dont s'ensuivit famine et peste en plusieurs endroûs. Bèze, Hist. ecelés. , iv. T, pag. 8.
(6) Idem, in Iconibus.
(7) Spondani Annal. , &d ann. 1529, num 14
te, etc. (8). I n’y avait rien de plus facile que de bien critiquer Bèze sur cet article ; car, 1°., c’est disposer de la providence particulière de Dieu avec un peu trop de témérité, que de dire que les fléaux qui désolent tout un grand royaume sont la vengeance de la mort injuste d’un homme. En second lieu, le froid ne peut guère nuire aux blés le 10 ou le 11 de novembre, On sème alors presque dans tout le royaume; et pour le moins, est-il fort certain qu’une bonne partie de ce que l’on a semé est hors de prise en ce temps-là : de sorte que, si Bèze avait voulu falsifier de dessein prémédité, il se fût bien donné garde de choisir la veille ou le jour de Saint-Martin. Le
temps véritable marqué par Erasme.
était mille fois plus propre à sa réflexion : le froid peut nuire aux biens de la terre sur la fin d'avril. Voilà par où M. de Sponde pouvait renverser la moralité de Théodore de Bèze. S'il avait critiquée par ma première considération, il se fût désarmé lui-même; car il est aussi accoutumé qu’un autre à dire que tels et tels maux sont arrivés en punition de ceci ou de cela. Un de ceux qui écrivirent contre le Calvinisme de Maimbourg (9) remarque que Berquin fut exécuté Le 12 mars, veille de saint Martin pape , en la place Maubert. Ce qu’il ajoute du docteur Merlin, et que je rapporterai ci-dessous (10), me persuade qu’il n’a fait que copier Bèze, si ce n’est qu’il a pris garde , que le mois de novembre n’étant pas un temps où les blés puissent être endommagés du froid, il a cherché une autre veille de Saint-Martin.
u’on ne s'étonne point que le jour d’un tel martyre n’ait pas été bien connuaux écrivains protestans,et qu'ils aient varié sur cette date. La bataille de Cerisoles, la mort d'Antoine de Bourbon, roi de Navarre, les barricades de Paris sous Henri IT, n’ont pas été mieux datées par de grands auteurs. Voyez l'extrait que M. Bernard a donné d’un livre du père du Londel, dans ses Nouvelles de la République
des Lettres , à la page 224 du mois de
février 1699.
(B) ZI eut un démélé avec l'un des
(8) Beza, in Iconibus.
(9) Rocolles, Hist. vérit. du Calvinisme,
(10) Dans la remarque (H).
BERQUIN
plus ardens inquisiteurs de ce tempsla.] Berquin n’était nullement poltron : il fallait qu’il eût beaucoup de courage , puisqu'il ne craïignait, ni un\à Quercu, ni un Noël Beda. Il osait, et se défendre contre eux, et les attaquer : Bèze l’en loue. Ædfuit autem animi lanta ‘generositas , ut maximè omnium tunc metuendos crabrones in ipsis eorum cavis, Bedam videlicet ei a Quercu (de quibus scripserat procul illos configens Erasmus, Lutetiæ Betam sapere et Quercum
concionari) Matæologorum ejus seculi :
principes , in ipso eorum sterquilinio sitausus non modo utcungue lacessere, sed impietatis eliam accusatos non unius anni cerlamine lum voce tum scriplis Strenuè exercere (11). Voici ce que dit Érasme touchant le procès où Berquin fut l’agresseur. Von enim solum promittebat sibi absolutionem, verumetiam victoriam esse in manibus, sed malle serius aliquanto finiri causam, quo magnificentius triumpharet.
Jamque mutatis vicibus, ipsam facultatem sacratissinmam, monachos et Beddaïcos reos peragebat impietatis. {Va quædam arcana deprehenderat in illorum actis (12). Voyez la remarque (A) de l’article Bepa, citation (7).
(C) I fut déféré comme hérétique.….
el renvoyé absous.] On l’accusait de condamner la coutume qu'ont les prédicateurs d’invoquer la Sainte-Vierge , au lieu d’invoquer le Saint-Esprit. On disait qu’il n’approuvait pas que la Sainte-Vierge fût appelée Fontaine de gréce, et que dans le cantique du soir on la nommäât notre espérance et notre vie. Cela, disait-1l, convient beaucoiïp mieux à Jésus-Christ ;et L Ecriture ne favorise point l'usage moderne. Voilà les vétilles pour lesquelles il fut conduit en prison, et misen danger d’être traité comme un hérétique. Ob hujusmodi nenias ductus est in carcerem .
reus hæreseos periclitatus est. At judices, ubi viderunt causam esse nullius momenti, absolverunt hominem, (13).
Je m'étonne moins qu'Érasme appelle cela des vétilles, que de voir Berquin renvoyé absous sur de telles opinions.
(D) Z{ mit en français quelques-uns des livres d’Erasme.] Entre autres, le
(xx) Beza , in Iconibus.
Si) Erasm., Epist. IV, üb. XXIF, pag
(13) Idem, ibidem.
BERQUIN
Panégyrique du Mariage (14) , le Manuel du Soldat Chrétien (15), la Complainte de la Paix. Voyez la remarque (K).
(E) S'il avait suivi les conseils...
d'Erasme, il aurait compté pour un grand triomphe de n'étre pas opprimé par ses délateurs.] Peu de gens d’esprit, peu de gens accoutumés à réfléchir sur ce qu’ils voient, et sur ce qu’ilslisent , penseraient à la conduite de Berquin , sans lui appliquer la fable du loup et de la grue. Îl ne se contentait pas d’être FA isa des mains de ses délateurs : il voulait, pour récompense de ses combats, le prix et l’honneur de la victoire. N'est-ce pas imiter la grue, qui demandait récompense après avoir retiré son cou sain et sauf d’un passage très-dangereux ?
Ingrata es, inquit , ore quæ nostro caput
Incolume abstuleris, et mercedem postu-
las (16).
Ces vers d’Horace sont très-applicables à Berquin :
Cervi luporum præda rapacium
Sectamur ultrd, quos opimus Fallere et effugere est triumphus (117).
(F) .…..… Avec qui Erasme , pour de très-bonnes raisons, lui conseillait de n'avoir jamais affaire. | I] n’avait jamais vu Berquin : il en avait seulement recu des lettres; et comme :il craignait d’être mêlé dans les procès qu’on faisait aux novateurs, il n’était guère content de voir dans un même hvre ses pensées avec celles de Berquin (8), et 1l exhortait celui-ci à se tenir en repos, ou du moins à ne le commettre pas. « Jamais vos adversaires, » lui dit-il, w’avoueront le crime dont » vous les accusez. Songez que Beda » est une hydre à plusieurs têtes :
» vous avez affaire à un ennemi im- » mortel; une faculté, une com- » munauté , ne meurt Jamais. Ne » vous fiez point à la protection du » prince. La faveur des rois est chan- .» geante : un délateur Les préoccupe ; » Ja crainte qu’ils ont des gens d'église, » et le désir de n'être plus fatigués de » leurs importunes sollicitations, les
(1x4) Idem, Epist. XCI, Lib. XIX, pag. 923.
(15) Idem, Epist. IV, Lib. XXIF.
(16) Phædri Fabul. VIII Zibri I.
(27) Horat., Ode IV libri IF.
(8) Berquin traduisit en français quelques ouvrages d'Érasme, et y joignit quelque chose de son cru.
» contraint à leur accorder ce qu'ils » demandent. » Citons son latin : on y verra s’ikwvient d’un bon peintre.
Crebris Epistolis hortatus sum , ut vet arte quépiam semet extricuret à causd , putà curarent. amici, ut prælexlu regiæ legationis longiùs proficisceretur :
Jfortassis theologos passuros ut causa tempore evanescerel, nunquam passuros ut impietatis crimen, quod illis ob- Jjiciebat, agnoscerent. Etiam atque etiam cogitaret qualis excetra esset Bedda, quoique capitibus efflaret venenum : lum expendere Sibi cum immortali adversario rem esse ; facultas enim non moritur : simul illud cogitaret, qui cum tribus monachis belligeratur, eum curn multis phalangibus habere rem, nom solum opulentis ac potentibus,verüm etiamimprobissimis, et in omni malarum artium genere instructis. Illos non conquieturos, donec ei procurdssent exilium, eliamsi causam haberet meliorem quam habuit Christus : neque plus satis fideret regis præsidio. Principum enim fasores esse temporarios , ac delatorum artibus facile in diversum trahi illorum affectus. Postremd , ut nihil horum accidat, magnos étiam principes vel delassari talium improbitate, vel metu nonnunquam cogi, ut cedant (19).
(G) L'arrêt rendu contre lui le condamnait à faire amende honorable, et a une prison perpétuelle] J'ai suivi les Acta Mariyrum de Jean Crépin; mais je remarquerai ici les différences des relations. Bèze ne parle point d’amende honorable, et il dit que les livres de Berquin devaient être jetés au feu en présence de l’auteur ; ce que Crépin ne remarque pas. Érasme rapporte quatre chefs de peine : les livres devaient être brûlés ; l’auteur se devait rétracter ; on lui devait percer la langue ; et le laisser en prison toute sa vie (20). Bèze et Crépin n’ont pas oublié ce dernier chef. Erasme ajoute que la cause fut jugée par douze commissaires ; que Budé, qui était l’un d’eux exhorta fortement Berquin, avant la condamnation, à se rétracter (21) ; que Berquin. ayant oui la sen-
{19) Erasm., Epist. IV, lib. XXIF , pag,
(20) La même.
(21) Rocolles , Histoire vérit. du Calvinisme , pag. 216, dit que Budée, grand anu de Berquin , fit iout son possible pour le sauver,
372 Ù tence, en appela au roi.et au pape ; et que les juges, indignés de ce terme d'appellation , condamnérent l’appelant au feu dès le lendemain. Érasme rapporte tout cela sur un ouï-dire (22).
Voyez la remarque (K).
(H) Le moine qui l accompagna sur l'échafaud, déclara qu’il avait remarué en lui quelques signes d'abjuration.] Un homme (23), qu'Érasme croit digne de foi, lui écrivit , qu'il demanda à ce moine si Berquin avait reconnu ses erreurs en rendant le dernier soupir? et que le moine lui répondit que oui, et témoigna ne faire aucun doute que l’âme de Berquin ne fût au séjour des bienheureux. L’ami d’Erasme assista de prés à l’exécution, et lui en rendit un fidéle compte. Il lui apprit que personne n'avait pu entendre le discours que Berquin avait fait au peuple : le bruit que les archers firent tout exprés en fut la cause. Personne ne cria Jesus, quand on étrangla le patient , étnéanmoins, cela se pratique envers les sacriléges et les parricides (24). Si ce que Théodore de Bèze rapporte était vrai, nous le verrons infailliblement dans la relation d’'Érasme:
son ami n'aurait eu garde de se taire sur cela. Bèze rapporte que le docteur
. Merlin, alors pénitencier de Paris,
qui l'avait conduit au supplice, fut contraint de dire tout haut devant le peuple après sa mort, au grand regret de ses accusaleurs et juges, qu'il avait peut- étre plus de cent ans qu'homme n’était mort meilleur chrétien que Berquin (25). Il y a quelque apparence que Béze apprit ensuite la fausseté de cela; car, s’il avait cru le fait, pourquoi ne l’aurait-il point mis dans ses Zcones ? Il est certain que, dans ces rencontres , il court cent fraudes pieuses, dont un historien se doit défier.
| Sue Voyez ce qu'Érasme a dit.
la-dessus. Y Il a déclaré tout franc qu'il croit que le franciscain qui accompagna Berquin sur l’échafaud, dit un mensonge : « C’est toujours , ajoute-t- » il, leur coutume en pareil cas. Ces
(22) Erasm., Epist. IV, 6. XXIV, pag, 1280 , Epist. XVII, üb. XXVIT, et Epistol.
XEVII, Lib. XXX, pag. 1937.
(23) Nommé Montius.
(24) Ex Erasmi Epist. IV, Lb. XXIV,, pag.
(25) Bèze, Hist. ecclés. , Liv, Z , pag, 8.
BERQUIN
» fraudes pieuses leur servent à se » maintenir dans la gloire &avoir » vengé la religion, et à justifier dans » esprit des peuples ceux qui ont ac- » cusé et condamné les hérétiques » brûlés. » 4t ezo franciscani dictis nihil habeo fidei, præsertim quüum hoc sit istis solemne, post exstinctum hominem spargere rumores , quod in incenclio cecinerit palinodiam , quo simu et vindicatæ religionis laudem auferant, et multitudinis invidiam calumniæque suspicionem effugiant (26). Il savait d’original quelques-unes de ces fraudes pratiquées à Bruxelles, et il les rapporte en peu de mots. Si les peuples étaient raisonnables, ils seraient à craindre à ces sortes de délateurs et de juges ; car enfin, que peuton concevoir de plus affreux, quand on l’examine sans préjugé, que de se représenter un homme condamné aux flammes , parce qu’il ne veut pas violer la foi qu’il a jurée au vrai Dieu ? Mais bien loin que cela donnât quelque crainte aux auteurs de ces supplices , qu'au contraire ils en devenaient plus insolens; car ils espéraient de se rendre plus redoutables. Ce fut l’un des mauvais endroits qu'Érasme trouva dans le supplhice du pauvre Berquin. Periculun:
est ne Beddis sud sponte plus satis insanientibus nimium accedat animorum (2).
(K) Z{ a paru un ouvrage, où les procédures qu'il eut àessuyer , ont été bien débrouillées. 1 C’est le Traité del’Origtne de l’Imprimerie de Paris, par M. Chevillier. Voici de quelle maniére il rapporte ces procédures. £n l'annee 1923, le 13 mai, le parlement fit saisir les livres de Louis de Berquin, et ordonna qu'ils seraient communiqués à la Jaculté de théologie, pour en avoir son avis. On lui trouva le livre De abrogandäMissä, avec quelques autres de Luther et de Mélanchthon ; et sept ou huit traités dont il était auteur , quelques - uns sous ces titres : Speculum Theologastrorum, De Usu et Oficio Missæ , etc. ; Rationes Lutheri quibus omnes Christianos esse Sacerdotes molitur suadere ; le Débat de Piété et Superstition. On trouva aussi quelques livres qu'il avait traduits en français, comme, Raisons pour lesquelles Luther
D Erasmus , Epist. IV Uibri XXIF”; pag.
(29) Idem , ibid. , pag. 1282.
ù it
BERQUIN
a fait brûler publiquement les Décrétales et tous les livres de Droit Canonique , la Triade Romaine, et autres.
La faculté, après avoir examiné ces livres , jugea qu’ils contenaient expressément les hérésies et lés blasphèmes de Luther. Son Avis est daté du vendredi 26 juillet 1523, et adressé à la cour du parlement. Après avoir porte sa censure sur chaque livre en particulier , elle conclut qu’on les doit tous Jeter au feu ; que Berquin s'étant fait de défenseur des hérésies luthériennes, on doit l'obliger à une abjuration publique, et lui défendre de composer à l'avenir aucun livre, ni J'aire aucune traduction préjudiciable à la foi...
(28). « Le parlement ordonna que cet » avis lui serait signifié. Il y répon- » dit par écrit et de vive voix en » présence des juges. Sur ses réponses, » il fut arrêté prisonnier le premier » jour d'août; et quatre jours après on » Jui lut son arrêt, qui le renvoyait » au tribunal del’évéquedeParis, pour » être jugé par lui sur les cas résultans » du procès. Le 8e. d’août, le roi le » fit tirer des prisons de l’oflicialité » ee le capitaine Frédéric , et évoqua » la cause à son conseil, où il fut jugé » par M. je Chancelier , et condamné » à abjurer quelques propositions hé- » rétiques; ce qu'il fit. Ce sont les » termes des registres du parlement.
» Il ne fut pas sitôt sorti de ce dan- » ger, qu’il recommenca à débiter des » hérésies dans ses livres et dans ses » discours. Pour n'être plus si obser- » vé, il se retira dans le diocèse d’A- » miens, où il scandalisa tellement le » peuple et le clergé, que l’évêque fut » obligé de venir à Paris se dde » au parlement , qui le fit prendre , et » fut déclaré hérétique et relaps, par » sentence de deux conseillers de la » cour, choisis pour connaître du fait » d’hérésie, et revêtus de l’autorité » du saint-siége , par un bref du pape » Clément VII, daté du 20 mai 1525, » registré en la cour, que la reine » régente avait obtenu de Rome en » l’absence du roi son fils. Il fut aban- » donné par ces juges d'église au par- » lement comme au bras séculier.
» Son procès avait été distribué à un » conseiller. Le matin qu’il devait être » rapporté, le parlement recut une
SE
(28) Chevillier, de l'Origine de l’Imprimerie de Paris, pag. 176.
» lettre du roi, qui revenait d’Es- » pagne, datée du premier d’avril » 1526, où il ordonnait qu’on arrêtât » la procédure. Êt enfin, après plu- » sieurs lettres écrites, il envoya un » lieutenant de ses gardes, avec le » prevôt de Paris, qui le tirèrent de » Ja Conciergerie , le gardèrent quel- » que temps au Louvre, et lui don- » ncrent la liberté: (29). » La faculté de théologie ayant censuré les Colloques d’Érasme , l’université défendit de les lire et de les enseigner dans Îles colléges. Alors Berquin fit écrire à Érasme, qu'il ne fallait plus tarder, qu'il devait se joindre à lui , qu'il était temps de faire perdre aux docteurs toute l'autorité qu’ils avaient dans l'église, et de les décrier tout-à-fait, l’occasion étant favorable. Nunc tempus esse ut theologis omnis in posterum detraheretur auctoritas. Sa cause était demeurée en suspens. Elle consistait dans une sentence portée contre lui par deux conseillers juges délégués du pape ( laquelle Erasme attribue au prieur des Chartreux , à celui des Cé-lestins, et à un troisième qu'il ne nomme point). Elle consistait’ aussi dans un reproche qu’il faisait à la faculté de théologie d’avoir approuvé la doctrine impie, comme il disait faussement , du docteur Beda... enflé par la protection qu’il avait eue de la cour,
atté d’une vaine espérance d’abaitre la faculté, débitant toujours des erreurs , il voulut poursuivre son absolution conire L'avis d'Erasme, qui lui conseillait fort sagement de quitter cette entreprise , et de sortir du royaume... Douze commissaires furent députés pour le juger , qui l'ayant trouvé convaincu d’hérésie, le firent prendre prisonnier. Îls étaient convenus ensemble qu'on brülerait ses livres, qu’on lui percerait la langue , et qu’il ne serait condamné qu'a la prison perpétuelle, pourvu qu’il voulut abjurer ses hérésies. Le savant Guillaume Budé, qui fut un de ses juges, fit tout ce qu’il put pendanttrois jours pour lui persuader de sauver sa vie par la rétractation de ses erreurs ; mais n'ayant pu vaincre son opiniâtreté, son arrêt lui fut pro- .
noncé. [l fut brule en Grève, au mois d'avril 1529 (30).
(29) Chevillier, de l'Origine de l'Imprimerie de Paris, pag. 177.
(30) La même , pag. 17973 178:
BERSALA (A) ( Anne ), fille et principale héritière de Wolfard de Borselle (a), et de Charlotte de Bourbon-Montpensier (d), qui furent mariés ensemble le 17 de juin 1468, fut femme de Philippe de Bourgogne, fils d’An-
toine de Bourgogne, seigneur
de Bevres, l’un des bâtards du
duc de Bourgogne Philippe-le- Bon (c). Elle lui apporta en dot la seigneurie de Vére (B), celle de Flessingue , et quelques autres, et eut de lui un fils et deux filles. Son père et celui de son mari , firent une tres-grande figure(C). Le mérite de cette dame, et quelques endroits de sa conduite et de ses malheurs , se— ront le sujet de notre dernière remarque (D)
On, y verra, entre autres choses ; qu'Érasme l’estimait singuherement.
(a) Fabert, Hist, des ducs de Bourgogne, tom. I, pag. 162.
(b) Anselme , Hist. de la maison royale, pag. 272.
(c) Pontus Heuterus, Rerum Burgundic.
üib, VIT, pag. 1.
(A) Persala.7} C'est ainsi qu'Érasme a latinisé le nom vulgaire Borselle.
(B) Elle apporta à son mari la seigneurie de F'ère. | Elle est en Zeelande, dans l’île de Walcheren , et a été depuis érigée en marquisat. On la nomme vulgairement Ter-Veer.
(C) Son père et celui de son mari, firent une très-grande figure. | Car on
dit (1) que Wolfard de Borselle
épousa en premières noces Marie, fille
de Jacques [°"., roi d'Ecosse, qui lui apporta le comité de Boncam (2), et qu’il fut maréchal de France (3). Il est plus certain qu’il fut créé cheva-
lier de la Toison d'Or. (4). Louis Gollut
n (x) Fabert, Histoire des ducs de Bourgogne, tom. I, pag: 162.
(2) Je crois qu'il faudrait dire Buchan.
(3) Anselme, Histoire des grands Officiers, Page 192.
de Gollut, Mémoires de Bourgogne, pag.
BERSALA. | |
le met dans la liste, et le qualifie comte de Grand-Pré. M, Fabert fait la même chose ; mais j'ai de la peine à croire qu’ils aient faison; car je trouve qu'Antoine de Bourgogne, bâtard de Philippe-le-Bon , fut fait comte de Grand-Pré et de Château-Thierri, par Louis XI, l'an 1478 (5), qui est le temps à peu prés où Wolfard de Borselle recut le collier de l’ordre. Quand nous n’aurions point d’autre preuve du rang qu’il tenait, que son mariage avec une fille de Louis de Bourbon, comte de Montpensier, et dauphin d'Auvergne, troisième fils de Jean E'., duc de Bourbon, nous ne pourrions douter qu’il ne fît beaucoup de figure dans le monde. Voilà pour ce qui regarde le pére d'Anne de Borselle.
Disons un mot de son beau-père et de son mari. Antoine de Bourgogne, surnommé le grand Bätard, fut fait chevalier de la Toison, l'an 1456 (6). Il fit lever le siége de Ceute aux Mores, il conduisit l’avantgarde à la bataille de Grandson (7), et il demeura prisonnier à celle de Nancy. Il entra ensuite au service de Louis XI, qui lui donna de trés-belles terres, comme je lai déjà dit (8). Charles VII lui accorda des lettres de légitimation l’an 1485, et le fit chevalier de l’ordre de Saint-Michel. Du mariage de ce bâtard de Bourgogne avec Marie de la Vieville, contracté l’an 1459, sortit Philippe de Bourgogne, seigneur de Bèvres, qui fut établi amiral et gouverneur d'Artois , et créé chevalier de la Toison, à Bruges, l'an 1478. Il fut aussi pourvu du gouvernement du comté de Flandres et il épousa Anne de Borselle (9).
(D) Le mérite de cette dame, et quelques endroits de sa conduite, feront le sujet de notre dernière remarque.] W n’yavaitrien de plus honnête ni de plus généreux qu’elle, si nous en croyons irasme. Ÿivi pervenimus, dit-il dans une lettre datée du mois de février 1407, ad Annam Principem Verianam. Quid ego tibi de hujus mulieris comitate, benignitate, liberalitate,
(5) Anselme, Généalog. de [a maison royale, pag, 221.
(6) La même, pag. 220.
(9) L'an 1456.
(8) Ci-dessus, citation (5).
(9) Tiré du père Anselme , Généalogie de la maison royale, pag. 220 , 221,
se
BERSALA.
inemorem ? Scio rhetorunr amplificationes suspectas haberi solere , præserdim iis qui ejus artificii rudes non sunt.
. AU hic me nihil allevare, imd re vinci ariem nostram, mihi credas velim.
Vihil unquam produxit rerum natura, aut pudentius, aut prudentius, aut candidius, aut benignius (10). H venait de recevoir d’elle mille marques de bonté et de libéralité. Tam illa in nos benefica fuit... tantis illa me officiis cumulavit nullis à me studiis provocala (11). O te beatum, 6 superis charum , si tu istos,scopulos enavigris : si felicitate tud, quæ mihi quidem summa videtur, sine invidi& frui possis. Quod ut fore confidam, dominæ virtus facit, cui superos omnes propitios, benèque volentes esse non dubito. Evenit mihi, mi Patte, in isa , quod in te sæpenumero solet, ut tum ardentius amare, mirarique incipiam, quium absum. Bone Deus, qui candor, quæ comitas in amplissimé fortuné, quæ animi lenitas in tantis injuris , quæ hilaritas in tantis curis, tum queæ animi conslantia, quæ vitæ innocentia, quod in litteratos studium, quæ in omnes affabilitas (12) ! Je ne dirais rien de la lettre qu’il écrivit à ce même ami lan 1500, âi elle ne témoignait que cette dame faisait de grands biens aux ecclésiastiques. Il souhaite qu’elle le choisisse pour un objet de ses libéralités, lui dont les travaux de plume sont plus durables que la voix des prédicateurs (13), et qui voudrait aller prendre enltalie le bonnet du doctorat; ce qu’il ne saurait faire sans des dépenses qu’il ne se voit point en état de soutenir, si elle n’ouvre sa bourse. Ostendes quantd amplius ego sim meis litteris decus dominæ allaturus, quam alii, quos alit, theologi. War illi vulgaria concionantur , ego scribo, quæ semper sint victura. Îlli indoctè nugantes, uno aut altero in templo audiuntur ; mei libri, à latinis, a græcis, ab omni gente toto orbe legentur. Ejusmodi indoctorum theologorum permagnam ubique esse copiam , met similem vix multis seculis inveniri , nisi fortè aded superstitiosus es , ul religio tibi sit, in
(ro) Erasm. , Epist. XIV , 6. IV, pag. 286.
(11) Idem , ibid.
(12) Érasm., Epist. XXIV, lib. IV, pag.
(3) Voyez la Lettre XLVII du FIITe. livre.
amici negotio mendaciolis aliquot abuti. Deindé ostendes nihilo illam pauperiorem futuram , si ut Hieronymus jam depravaius, si ut vera theologia instauretur , aliquot aureis adjuverit , cüm tanta ex tllius opibus turpissimé pereant (14). Elle se trouva dans l’embarras l'an 1498, et même dans une espèce de détention. .Æpud dominam Veriensis oppidi res hoc erant loco ut nec colloquisine summo periculo potuerim , nec abire sine gravi suspicione. IVôsti causam præpositi qui ut nunc in vinculis est, ita domina in tuteld (15). Les choses n’allérent pas nrieux l’année suivante. V’eriana duris satis premitur y ut sublevanda potius quam oneranda videatur (16) : mais la fermeté de son courage contre la mauvaise fortune fut une belle matière d’éloge, Voyez la lettre qu'Erasme lui écrivit l’an 1500. Je n’en tirerai qu’un passage : il nous apprendra qu’elle fut mariée trés-Jeune, et qu’étant passée d’un mariage peu agréable à l'état de viduité, elle ne voulait point se re* marier, quoique les soupirans se présentassent avec de grandes sollicitations. /Vam te quidem non tan in viduis, quam in virginibus pono : siquidem quod olim puella admodum nupsisti, id quidem partim parentum auctoritati, partim generi propagando datum : et ejusmodi. fuit conjugium , ut non tam sit imputanda voluptas, quäm patientia spectata. Quod autem nunc istd adhuc ætate virenti , et pené puellari, null& procorum instantié possis à continentiæ proposito divelli, quod in fortuné tam affluenti, tam nihil indulges tibi, id ego non viduitatem , sed virginitatem existimo : in quo si, ut confido , perseverabis , eg9 te, mihi crede audactcr ; non in adolescentularum choro, quarum, ut ait Scriptura, non est numerus, non in octoginta Salomonis concubinis, sed in quinguaginta Reginis, et Hieronymo quidem, ut spero , approbante annumeravero (1).
Disons aussi quelque chose d’Adolphe de Bourgogne son fils unique: Il
(14) Td., ibid, pag. 449.
(15) Idem, Epistol. XXII, Hb. IX, pag.
482 : elle est datée de Paris, en 1498. Foyes aussi la lettre XXV du même livre,
(16) Idem, Epist. XX, üb. IX, pag. 478 :
elle est datée de l'an 1400.
(17) Idem, Epist. ultma, lib. IX, pag.
\ 4 fut amiral de Flandre, et créé chevadier de la Toison d'Or, à Bruxelles, l'an 1516. Il est loué pour ses bonnes gualités par Erasme, qui lui dédia son livre de la F'ertu. Il mourut en son château de Bèvres en Flandre, le
7 décembre 1540 (18). Il laissa un fils
et des filles : celles-ci ont laissé pos-.
térité (19) : mais le fils, qui se nommait Maximilien, n'eut point d’enfans de Louise de Croï, sa femme,
ui était fille de Philippe de Croi,
uc d’Arschot (20). Il fut fait marquis de Vére par Charles-Quint (21), et lan 1546 il recut le collier de Pordre de la Toison d'Or (22). Il mourut l'an 3558 (23). La XVI. lettre du X°. livre d'Érasme est écrite à Adolphe de Bourgogne, Principi Weriano. Elie est datée de Londres , en 1512. Il lui écrivit de Paris, la même année, une lettre très-excellente, qui est à la fin de lÆnchiridion Miliüis Christiani, dans quelques éditions.
M(:8) Le père Anselme, Généalog. de la maison royale, pag. 221, 222.
(19) Voyez le père Anselme , la méme.
(20) La même, pag. 2v2.
(21) Pontus Heuterus, Rerum Belgic, Ub.
VI , pag. 8.
(22) Anselme, Généal. de la maison royale, Ag, 222.
Se Lud. Guicciard. Descript. Belgti, pag.
BERTELIER (PaxmEerr), greffier de la justice inférieure de Geneve sa patrie, n'aurait point de place dans ce Dictionnaire, si son article n’était propre à être le supplément d’un autre {a), et une décharge de l’article de CALVIN , qui apparemment sera bien long. Ce Bertelier vivait au milieu du XVI.
siècle. Il ne s’est fait connaître que par de mauvaises actions ; mais comme :l en fit une qui donna beaucoup de joie aux controversistes , parce qu’elle leur fournissait une ample matière de déchirerla mémoire de Calvin, il se mit en état d’être cité comme quelque chose , et de faire
(a) De celui de (Térome) Bosec.
BERTELIER.
figure dans les écrits d’importance (b). Cette action fut qu'il supposa que la république de Genève l’avait envoyé à Noyon, avec ordre d’y faire des perquisitions exactes touchant les mœurs et la vie de Calvin; et qu'ayant exécuté cette commission , il trouva que Jean Calvin avait été convaincu de sodomie , et qu’à la prière de l’évêque on commua la peine du feu en celle de la fleur de lis. Il se vanta d’avoir un acte signé de notaire, qui faisait foi de ce proces et de cette condamnation. Bolsec assure (c) que lui et bien d’autres ont vu cet acte; et voilà le fondement de l’horrible accusation qui a couru par tant de bouches, et qui a été insérée dans une infinité de livres. La question de fait, si Calvin a été puni de la peine du fer chaud pour le crime de non-conformité, se re— duit , de la part de ceux qui affirment , à la seule autorité de Bolsec, qui assure qu'il a vu l’acte que Bertelier rapporta de la ville de Noyon. On verra dans l’article de Borsec , que son témoignage ne vaut rien dans les choses qui sont à la charge de Calvin *. Celui de Bertelier ne saurait être meilleur ; car ce fut un homme de mauvaise vie, et contre lequel 1l y eut sentence de mort (A); et qui, après tout , n'avait point eu à Genève de
(b) Voyez la remarque (D):
(c) Dans l'Histoire de Calvin ,*publiée l'an 1577.
* Sur cette circonstance de la vie de Calvin, Joly disserte amplement à l'occasion de la remarque (Q), de l’article Calvin, et, comme on le pense bien, il n’est-pas de l'avis de Bayle. Joly, au reste, en partie ne fait que répéter ce que Leclerc avait dit dans ses remarques sur l’article BOLSEC.
hi
BERT ELIER.
plus inexorable partieque Calvin (B). Mais pour détruire cette accusation , il n’est nullement necessaire de se servir des justes reproches qui rendent nul le témoignage de ces deux personnes (d). On trouve dans l’acte même une marque infailhble de réprobation (C), et rien ne me surprend davantage , que de voir un aussi grand homme que le cardinal de Richelieu, faire fond sur cette piece de Bertelier (D), ets’appuyer principalement sur ce que la république de Geneve ne s’inscrivit pas en faux (E).
Ce n’est pas ici le lieu d’exami-
ïer si elle eut raison de mépriser
ce mensonge (F). Il n’y a point d'articles de Dictionnaire, qui soient plus capables de rendre service au lecteur que celui-
ci (G).
(d) Voyez Rivet, dans son Catholicus orthodoxus, au tom. IIT de ses œuvres, pag. 8, etc. ; et dans son Jesuita Vapulans, chap. IT, pag. 405, etc., du méme tome ,où il montre à Lessius , par ses propres règles, que ni Bertelier , ni Bolsec, ne peuvent point rendre témoignage contre Galvin,
TA) Ce fut un homme de mauvaise vie, et contre lequel il Y eut sentence de mort.| M. Drelincourt, le ministre de Paris, me fournira une preuve de ce fait, contre laquelle la chicane des plus déterminés sophistes qui soient au monde ne ferait que blanchir. Il a inséré dans un livre imprimé à Genève , avec le privilége de la seigneurie (1), lextrait d’une lettre qu’il avait recue de M. Lullin, conseiller et ancien syndic de Genève :or voici ce que porte cet extrait.
« Je ne veux pas cependant refuser » à votre contentement particulier » ce que J'ai appris, et que je puis » vous assurer que J'ai lu, et que Je » viens de lire dans les anciens re- » gistres de notre conseil, où j'ai » trouvé que le nommé Philibert
(x) IL pour titre : La défense de Calvin, et
> fut imprimé l'an 1667, in-8°.
» Bertelier était de cette ville, et qu’il » y a possédé la charge de Secrétaire, » que l’on appelle ailleurs Greflier de la justice inférieure, qui est bien au-dessous de celle de Secrétaire » d'état qu’on lui attribue; et que » cet homme étant accusé de crimes » de sédition et de conspiration con- » tre cet état et cette église, il se » rendit fugitif, et n'ayant pas vou- » lu comparaître pour en répondre, » fut condamné comme atteint et » convaincu de ces crimes , à avoir » Ja tête tranchée, par sentence ren- » due contre lui le 6€. d’août 1555.
» Et même , environ deux ans après; » ayant un procès contre un particu- » lier de cette ville en une justice » étrangère où il s'était retiré , et au- » quel il y allait de l'honneur et de » l'intérêt de notre république et de » ce particulier de faire connaître ce » perfide, l’on octroya uneæattesta- » tion du jugement rendu contre fui, » aux termes que vous verrez par » la copie ci-Jointe, datée du 5°. de » février 1557. Voilà les qualités vé- » ritables de celui dont on relève » si haut le témoignage dans le livre » de feu M. le cardinal de Richelieu.
» Pour ce qui regarde son envoi ou » sa députation à Noyon, pour faire » une information de la vie de Mon- » sieur Calvin, c’est un fait, qui non- » seulement est faussement supposé, » et dont il n’est fait aucune mention » en nos registres; mais quiest contre » toute vraisemblance. Car, outre » qu'il n’est jamais sorti envoyé ou » député de notre ville, pour affaire » publique, qui nait été en une » charge plus haute que celle de Ber- » telier, et que l’on ne donne ces » emplois qu’à des conseillers du petit » conseil ,ilest notoire, comme vous » savez, que nous avions en cette » ville des personnes remarquables » de Noyon, qui s’y étaient retirées » avec M. Calvin peu de temps après » lui ,et entre autres , un chanoine, » nommé M. Collemont , et Mgr. de » Normandie , lieutenant civil de la » ville de Noyon , dont ja famille » est encore des plus considérables » parmi nous, et duquel je suis’ des- » cendu du côté maternel ; par Île » moyen desquels il était bien facile » de prendre toutes les informations » que l’on aurait pu désirer, sans al
S Sr
» ler plus loin. Joint à cela, qu'il » est constant que ce Bertelier a » toujours été ennemi de M. Calvin, » parce qu'il Pavait souvent repris » et censuré de ses vices, et de ses » scandales ; et qu’il s'était oppo- » sé de tout son pouvoir à ses mé- » chans et pernicieux desseins.. Ce » qui se prouve par les lettres de Cal- » vin à Viret et à Bullinger, aux mois » de septembre et de novembre 1553, » par lesquelles il le décrit comme » un homme vicieux et audacieux.
» M, de Béze représente aussi en la » Vie de Calvin les méchantes quali- » tés de Bertelier (2). »
Voici la copie de Pattestation de la seigneurie de Genève contre Philibert Bertelier (3).
« Nous syndics et conseil de Ge- » nève, à tous ceux qui ces présen- » tes verront, certifions que le 6°.
» d’aoûtède l'an r555 a été. donné et » prononcé publiquement, à son de » trompe,sentence criminelle, contre » Philibert Bertelier, et complices » nommés en ladite sentence, par » laquelle, pour les crimes horribles » et détestables de conspiration con- » tre la sainte institution et réforma- » tion chrétienne, et contre cette » cité, bien publie et tranquillité » d’icelle, a été ledit Philibert Ber- » telier, comme des auteurs de con- » spiration et ennemis de cette cité » paixet union et tranquillité d’icelle, > condamné à devoir être hé et mené » au lieu de Champel, et 1à avoir la tête coupée, et son corps mis en » quatre quartiers, lesquels seront » élevés ès quatre lieux plus éminens, » à l’entour de cette cité, pour don- » ner exemple aux autres, qui tels » crimes voudraient commettre :
» comme ainsi l’attestons. En foi de » quoi nous avons mandé et comman- » dé être concédées les présentes, » sous notre sceau en ce accoutumé, » et seing de notre secrétaire. Donné » à Genève, ce 5 de février 1557. »
(B) Z! n'avait point eu de plus inexorable partie que Calvin. ] Bertelier, ayant été excommunié l’an 1552 par le consistoire de Genève (4), en porta
(2) Drelincourt, Défense de Calvin , pag. 148.
(3) Elle est dans le livre de M. Drelincourt, pag. 152.
(4) C'est de lui qu'il faut entendre ces paroles de la Lettre de Calvin à Bullinger , (c'est la
BERTELIER.
ses plaintes au sénat. Les ministres furent mandés pour rendre raison de cette affaire : le sénat, parties ouïes, prononca que l’excommunicationétait juste. Au bout de dix-huit mois, Bertelier eut recours encore au sénat , ui, aprés avoir oui les oppositions e Calvin, prononca que Bertelier serait recu à la sainte cène. Dès que Calvin eut appris cette nouvelle , il pria messieurs les syndics de convoquer le sénat; et lorsque l’assemblée fut formée, il représenta ses raisons, et conclut par jurer qu’il perdrait plutôt la vie, que de consentir qu’un tel homme participât à la cène (5).
Voilà ce que Calvin a écrit lui-même.
Son historien nous en dira davantage (6). Les vacarmes que l’on fit contre les ministres, comme si à certains égards ils se fussent emparés des droits de la souveraineté, furent cause que le conseil des deux cents ordonna que la connaissance des causes d’excommunication appartiendrait en dernier ressort au sénat,et que le sénat pourrait absoudre les excommuniés qu'il verrait bon être. En conséquence de ce décret, le sénat accorda des lettres d’absolution à Bertelier, qui furent scellées du sceau de la seigneurie. On devait célébrer la cène dans deux jours, lorsque Calvin fut averti de ce qui s'était passé, Il prit son parti promptement : il prêcha sur le mépris de la cène, il éleva la voix et la main, il dit qu’il imiterait saint Chryso- -stome, qu’iln’opposerait point la torce à la force, mais qu’il se laisserait plutôt massacrer, que d'employer sa main à présenter les saints mystéres à ceux qui en avaient été jugés indignes. Ce fut un coup de foudre qui déconcerta la faction de Bertelier ; de sorte qu’il fut jugé à propos qu’il ne se présentât pas à la communion. Le lendemain de la cène, Calvin, accompagné de son consistoire, demanda au sénat, et au conseil des deux cents, la permission de parler au peuple sur cette affaire, attendu qu'il s'agissait de l’abrogation d’une loi faite par le peuple. Cela fit tant d'impression sur
CEXII : ) Quidam , ob effrenes suas libidines et multa flagitia, cœnæ usu privatus , donec resipisceret. FAR P
(5) Ex Epistolà Calvini ad Viretum, C’est la CLIV®. Elle est datée du 4 de septembre
(6) Beza , in Vità Calvini, ad ann, 1553.
BERTELTIER.
les esprits, qu'il fut résolu qu’on consulterait les Cantons Suisses, et que le décret des deux cents demeurerait suspendu , sans que lon pût dire que les anciens règlemens eussent recu la moindre atteinte. În eam sententiam animis non mediocriter immuiatis itum est, ut suspenso illo Diacosiorum decreto statueretur pelendum esse à quatuor civitatibus Helveticis judicium, nec intereà præjudiciun ullum fieri receptis legibus oportere (7). Par ce moyen , le consistoire remporta un plein triomphe, et fit bouquer, pour ainsi dire, et le sénat et le conseil des deux cents. Qu’eussent-ils fait dans un pays de démocratie ? Peut-on dominer sur des personnes, qui du haut d’une chaire disent au peuple qu’ils se laisseront plutôt tuer, que de consentir que les choses saintes soient profanées ? L'exemple de saint Chrysostome, allégué bien à propos , est une très-fine manière de menacer d’une sédition messieurs du gouvernement.
(C) Zy a dans l'acte qu’il produi- Sit contre-Calvin une marque infaillible de réprobation.] On ne sait, ni en quel temps il fut dressé, ni par qui, niles noms des témoins, ni en général aucune des circonstances que l’on n’oublie jamais , si ce n’est lorsqu'on a peur de fournir des armes à ceux qui ont intérêt de s'inscrire en faux. Ce que je vais dire est tout autrement décisif. Si l’acte de Bertelier avait été légitime, il y aurait eu à Noyon des documens authentiques et vob du procès et de la fleur de lis en question, et cela étant, on les aurait publiés dès qu’on aurait vu les ravages que souffrait le catholicisme par le moyen de Calvin. À moins d’un miracle continuel , et plus inoui qu'aucun miracle que l’on connaisse, tous les habitans de Noyon n'auraient pas gardé le secret , et n’auraient point épargné la réputation d’un compatriote qui leur était si odieux (8).
(7) Beza, in Vitâ Calvini, ad ann. 1553.
(8) L'an 1551, sur une fausse nouvelle de la mort de Calvin, on fit des prières publiques et des processions à Noyon , pour rendre grâces à Dieu de cette mort. Non dubito quin jam audieris me palriæ esse superstilem. [ta urbem mortuam lugere cogor, (c’est à l’occasion de l’incendie qui fit périr cette ville, l'an 1552, que Calvin dit cela, ) quæ superiore anno, ob falsum mortis meæ rumorem, solennes habuit supplicäliones , ut de Christo triumpharet. Calvi-
nus, epist. OXL, datée du 5 décembre 1552.
Je pousse cette pensée dans un autre lieu (9), laïssons-la donc ici comme elle est. Fajoute que si l’exposé de Bertelier était véritable , il aurait eu son papier quand il s'enfuit de Genève, c’est-à-dire, que sa prétendue commission aurait précédé l'affaire pour laquelle 51 fut condamne à la mort par contumace Van 1565 ; car, depuis ce temps-là, il est visible qu'il n’a point eu la commission dont 1l se vante. Mais, à qui persuadera-t-on, qu'avant l’année 1555, lorsque ceux qu’on appelait hérétiques m’osaient se montrer de peur du feu , un député de Genève alla hardiment à Noyon pour s'informer de la vie de Calvin ?
À qui persuadera-t-on, que si Bertelier avait eu un acte authentique de l’infamie de Calvin lan 1554, il l’aurait si bien tenu sous la clef , que le public n’en aurait eu connaissance qu’en l’année 1577? N’était-ce pas une pièce que le clergé de France aurait achetée au poids de l’or ? Mais à quoi m’amusé-je de réfuter un roman aussi ridicule que celui-la ?
(D) ZL est surprenant de voir le cardinal de Richelieu faire fond sur cetie pièce de Bertelier.| « Ce-qui doit pas- » ser, dit-1l( 10), pour une con- » viction indubitable des crimes im- » putés à Calvin est que depuis qu’il » a été chargé de cette accusation, » l’église de Genève , non-seulement » na pas justifié le contraire, mais » même, n’a pas nié l'information » que Bertelier , envoyé par ceux de » Ja même ville, fit à Noyon. Cette » information était signée des plus » apparens de la ville de Noyon, et » avait été faite avec toutes les for- » mes ordinaires de la justice ; et » dans la même information l’on voit » que cet hérésiarque , ayant été » convaincu d’un péché abominable, » que l’on ne punit que par le feu, » la peine qu’il avait méritée fut, à » la prière de son évêque, modérée » à la fleur de lis. Et l’église de » Genève, qui ne désavoue pas cette » information touchant la vie de Cal- » vin, n’eût pas manqué de la désa- » vouer, si elle eût cru le pouvoir
(9) Dans la remarque (K) de l'article Borsec, et plus amplement dans la remarque (U) de l'article Brze. j
(ze) Méthode pour convertir ceux qui se sont
séparés de l'Église, iv, II , chap. X, pag. 319.
ce pas une chose étrange, qu’un premier ministre, dont le crédit n’était pas moins grand que celui du roi, se fonde sur un ME Borgne , qu’un petit médecin de Lyon s'était vanté d’avoir vu entre les mains d’un homme vulgaire? Un petit particulier avait donc plus de crédit que le cardinal de Richelieu, pour déterrer les vieux registres de Noyon ? La vérité est que ce cardinal employa toutes les perquisitions imaginables, pour chercher les prétendues procédures de Noyon contre Jean Calvin , et qu’il netrouva vien (11). Cependant il ne laissa pas de soutenir l’affirmative , sur la foi de Jérôme Bolsec. Peut-on excuser une conduite si étrange? M. Drelincourt ne saurait croire que ce grand homme lait tenue : 1l en jette tout le blâme sur ceux qui ont publié le livre intitulé Méthode pour convertir , etc.
(E)..... et s ce que la république de Genève ne s’inscrivit pas en faux.] Nousavons rapporté dans la remarque précédente les propres paroles du cardinal de Richelieu : elles montrent qu’il faisait son fort du silence de la république de Genève. M. Drelincourt lui fait voir par des exemples sensibles, qu’il n’y a rien de plus faux, ni de plus absurde ,, que de prétendre que ceux qui laissent courir une accusation , donnent lieu de croire qu'ils sont convaincus qu’elle est bien fondée. Le premier de ces exemples est M. le cardinal de Richelieu lui-même :
Que ceux qui ne pouvaient souffrir son élévation et son pouvoir, en disaient des choses étranges ; et qu'il y en a méme qui ont été publiées, et dont on a rempli des livres. Parce que l’on n'a pas fait d'information juridique pour justifier le contraire, les parens de cet illustre cardinal , et ceux qui honorent sa mémoire, voudraient-ils que cela passät pour des vérités constantes (13) ? M. Rivet, professeur en théologie à Leyde , s'était servi d’un pareil principe, en répondant à une objection de Lessius tirée du silence des bons amis de Cal-
(11) Voyez la Défense de Calvin, par M. Dre- Hncourt, pag. 0.
(12) Là même, pag. 71. Voyez aussi pag.
140 , elc.
(13) Drelincourt, Défense de Calvin, pag, 84.
BERTELIER.
» faire sans blesser la vérité.» N’est-.
vin. Jiane? Ergo quotiescunque libuerit infami alicui agyrtæ crimina confingere in viros bonos necessariumne erit libellos illos famosos discutere, ut homines isti, si tamen homines, qui famam aucupantur ex adversariorum nomine , applaudant sibi quod tandem repererint qui se cum illis voluerint componere, et existimérint talia esse responsione digna , quæ contemptu potiüs erant diluenda (14)?
Nous allons entendre un jésuite , qui s'accorde parfaitement avec ces ministres . « Depuis quand est-ce qu’il » n'est point permis de demeurer » dans le silence, à moins de vouloir » passer pour convaincu des crimes » qu’on nous aurait imposés ? L’on ne » voit pas que ce soit là le sentiment » des plus sages, ni de ceux dont » l’exemple peut servir de règle aux » autres. Qui ne sait combien de » sottises les ennemis de la France » ont accoutumé de publier contre » elle dans leurs gazettés et dans » leurs libelles ? Qui ne sait aussi les » infamies et les abominations que » M. Jurieu a répandues contre les » papes et contre l’église romaine » dans son Parallèle, dans ses Préju- » gés, et en tant d’autres livres dont » 1] remplit le monde? Si donc le roi » ne tient pas des gens exprès pour » réfuter ces gazettes étrangères de ». point en point, et s’il ne se trouve » personne parmi les catholiques qui » ait assez de temps à perdre pour » s'amuser à prouver sérieusement » que ce sont des visions de M. Ju- » rieu, de dire que les papes ont » prétendu à la monarchie univer- » selle; que pour cet effet, ils ont » suscité exprès le schisme entre les » Grecs et les Latins ; qu’ensuite, afin » de vider la querelle , ils ont... etc. ; » à moins, dis-je, que le roi ou le » pape n'aient soin de faire réfuter » ces chimères et ces médisances, le » gazetier de Hollande et M. Jurieu » ne seront-ils point en droit d’in- » sulter l’un à la France, l’autre au » saint-siége , et de dire : Z{s n’ont » osé entreprendre de répondre, on a » sujet de croire qu’ils ne l'ont pu?
» Et l’auteur de la Morale pratique » ne serait-il point d’avis qu’on leur » passât condamnation là-dessus ? On ’ D) Rivet, Operum tom. III, pag. #0 et 96. |