‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 4)Chapitre 70 sur 109 · BERTRAM · texte numérisé non relu

BERTRAM

» veut croire qu'il aurait honte de » l'accorder. Pourquoi donc ne vou- » drait-il pas que les jésuites eussent » pu négliger de répondre à des li- » belles qui ne sont à leur avis, ni » moins fabuleux, ni moins mépri- » sables, que les gazettes d’Amster- » dam ,'et que les systèmes histori- » ques ou prophétiques de M. Jurieu ?

» Doivent-ils être plus délicats sur le » fait de leur réputation, que ne le » sont ceux que Dieu a mis sur nos » tétes? Ne doivent-ils pas, ou du » moins ne leur est-il pas permis, » après ces grands exemples, de mé- » priser ce qui ne touche que leur » honneur particulier (15) ? »

9 LE Ce n'est pas le lieu d’examiner si elle eut raison de mépriser ce mensonge.] La maxime de M. Drelincourt et du père le Tellier est belle et bonne , et très-véritable , généralement parlant; mais il y a des rencontres particulières, où il vaut mieux ne s’en pas servir , que de s’en servir.

Je ne déciderai point si la république de Genève aurait mieux fait d’opposer une déclaration publique à l'exposé de Bolsec, concernant la prétendue députation de Bertelier. Il semble d’abord que l’avantage, que les controversistes catholiques ont prétendu tirer du silence qu’on a tenu à cet égard, prouve qu’on n’a pas bien fait de se taire : je veux dire, de ne démentir pas expressément et par un acte public l’audace de ces gens-là ; mais ceux qui font réflexion que rien n'arrête la plume de cer.

taines gens, et que si 6n leur oppose des digues d’un côté , ilsse jettent de l’autre à linfini , voient bien qu’un acte de la république de Genève n'aurait pas terminé cette dispute. Je conviens de la maxime, que a meilleure manière de se venger d’un impudent calomniateur , est quelquefois celle de ne lui répondre rien (16).

Avec tout cela , je crois que Bèze n’appliqua pas bien cette maxime,

(15) Le père le Tellier, Défense des nouveaux Chrétiens, Î'e, part. , pag. 25, 26.

(:6) Genus ultionis est eripere ei qui fecit contumeliæ voluptatem. Soleut dicere, miserum me, puto non intellexisse | Aded fructus contumeliæ in sensu et mdignatione patientis est, ul optimè Seneca, cap. XVII de Const. Sapienes. Hunc fructum quærebat Bolsecus quem ei ademit viventi sapientum patientia. Riveti Operum om, III, pag. 406.

quand il s’en servit envers Bolsec.

Une réponse lui aurait donné de la vanité, 1l en eût conclu que ses médisances avaient pénétré jusqu’au vif :

cette conclusion l'eût comblé de joie :

jen tombe d’accord; maïs il valait mieux le laisser jouir de ceite joie rabattue par la note infâme de calomniateur public, dont une bonne réponse l'aurait couvert, que de fournir un prétexte tant à lui qu’à ses copistes de se vanter qu'on n’avait pu se défendre. Qui tacet consentire videtur. Les vérités, qu’on nomme maximes , ne se battent guëre moins entre elles , que les erreurs et les verités, ; (G) ZT n’y a point d'articles de dictionnaire plus capables de rendre service au lecteur que celui-ci.} Une des plus grandes utilités qu’on puisse tirer de la lecture est d'apprendre les faiblesses du cœur humain, et les mauvais eflets des préjugés de religion. Or où peut-on mieux connaître cela qu'ici ? Que ne faut-il pas que

l’homme soit naturellement, ou qu’il

devienne par le zèle aveugle et furieux de religion, puisqu’un moine, devenu médecin protestant, et puis médecin papiste, chassé deux ou trois fois avec note d’infamie des lieux où il s'était établi , ne produit pas plus tôt une accusation sur la foi d’un fugitif condamné à Ja mort par contumace : une accusation , dis-je, la plus mal bâtie, et la plus mal prouvée du monde, qu’on l’adopte , qu’on la fait passer de livre en livre, qu’on en tire mille conséquences, que les auteurs de la première volée, le grand cardinal de Richelieu même, la proposent aux hérétiques comme un motif efficace de conversion ; et tout cela, propier majorem Dei gloriam? © QUANTUM EST IN REBUS INANE (17) !

(z7) Persius, satir. , vs. 1.

BERTRAM (CorneiLze Bona- VENTURE), natif de Thouars en Poitou , se rendit recommandable dans le XVI. siecle , par la connaissance qu'il s’acquit des langues orientales. Il avait étu— dié l’hébreu à Paris, sous Ange Caninius , et ensuite à Cahors avec le jurisconsulte François

382 $ Roaldes. fl eut bien de la peine à éviter les massacreurs de Cahors, l'an 1572; mais enfin il leur échappa, et se sauva à Genève, où au bout de deux ans 1l remplit la profession en hébreu que Rodolphe Cevalier avait occupée. Il travailla à divers ouvrages considérables, pendant son séjour à Genève (A) , et il ne discontinua point de s’appliquer àl’étude, lorsqu'ilse fut transporté à Franckenthal au palatinat.

11 y publia un livre lan 1586, intitulé Lucubrationes Franckentalenses. 11 quitta ce poste pour s’en aller à Lausanne, où MM. de Berne lui offrirent une charge de professeur qu’il exerça jusques à sa mort arrivée l’an 1594. Il était dans son année climatérique lorsqu'il mourut (a), d’où l’on peut juger qu'il naquit lan 1531. Il ne faut pas oublier qu’il était ministre ,ret qu’il Jexerça cette charge dans Genève (d). Il y épousa Geneviève Denosse, niece de la première femme de Théodore de Bèze, chez qui elle avait été élevée des son enfance. Elle était aimée de sa tante fort tendrement (c). Bertram était bon critique , comme Théodore de Bèze , Casaubon, et plusieurs au— tres savans personnages l’ont reconnu publiquement (d).

(a) Tiré de M. de Thou, à La fin du livre

(b) Voyez la préface de Bèze sur Merce-

rus'inJobum, imprimée en 1573.

(c) Ant. Fayus, de Vitä et obitu Th. Bezæ,

4 at Voyez Colomesii Gallia oriental.,

pag. 73 74.

(A) Il travailla a divers ouvrages considérables , pendant son séjour à Genève. ] Il publia le Trésor de Sanctes Pagninus, avec des augmenta-

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