QUOD NOTANDUM
(C) Le plus ridicule des copistes de Lindanus est un chartreux d’Allemague. ] Nommé Théodore Pétreius…..….
Son Caialogus Hæreticorum fut imprimé l’an 1628. Voyez ce qu'Hoornbeeck en a dit dans sa Summa Controvers., pag. 321.
(7) Voyez la remarque (O) de l'article Caver.
BÉZE*(Tnéovore pe), l’un des principaux piliers de l’église réformée , était de Vezelai en Bourgogne. Il naquit noble de père et de mère (A), le 24 de juin 1519. À peine fut-il sevré, que Nicolas de Beze son oncle, con-— seiller au parlement de Paris, le voulut avoir chez lui. Il fut élevé chez cet oncle, avec toute sorte de tendresse , jusques au commencement de decembre 1528 (a), qu'on l’envoya à Orléans auprès de Melchior Wolmar, qui avait une adresse merveilleuse pour instruire la jeunesse. 11 lo-
* La Monnoie dans le Ménagiana de 1715, IV, 232, dit que l’ancienne orthographe de ce nom était Besze, et non Besje, comme Vécrit Ménage dans l’Anti-Baillet, II, 114. \
(a) Antoine la Faye, de Vitä et Obitu Th.
Bezæ, pag. O, anticipe ce temps et se trompe: il dit que Bèze, âgé de cinq ans, fut donné à élever à Wolmar à Orléans. M. Teissier , Addit. aux Eloges de M. de Thou, fom, IT, pag. 362, ditla méme chose.
gea pendant sept ans chez ce Wolmar, qui lui fit faire des progres extraordinaires dans les humanités, et qui lui fit des lecons sur la religion prises de la pure parole de Dieu (b). Cela signifie qu’il Pélevait au protestantisme.
Wolmar avait été appelé à Bourges par la reine de Navarre, pour y enseigner la langue grecque.
Il quitta cet emploi, et s’en retourna en Allemagne, sa patrie, l'an 1535. Alors Beze fut envoyé à Orléans, pour étudieren droit.
Cette étude ne lui plut guere , il donnait son meilleur temps à la lecture des bons auteurs grecs et latins, et à composer des vers.
Il en faisait de si bons, qu'il se distingua par-là d’une façon particulière, de sorte qu’il fut aimé et considéré de tout ce qu'il y avait de plus docte dans l’université d'Orléans. Il y prit ses licences , l’an 1539(c), ets’en alla à Paris, où de bons revenus lattendaient (B), qui combattirent pendant quelque temps la résolution qu’il avait prise d’aller rejoindre Wolmar, pour faire profession ouverte de la réforme.
Les plaisirs de Paris, les honneurs qu’on lui présentait, et une infinité d’autres pièges de Satan , dit-il, n’étoufferent point la bonne semence : il n’abandonna jamais la résolution de rompre avec le papisme , quoique les tentations du monde le rendissent irrésolu (C). Il s'était pre-
(&) Ver& pietatis cognitione , ex Deiverbo tanquam limpidissimo fonte petitä, tu me ila imbuisti ut, etc. Beza Epistolà ad M. Wolmarum. Voyez ci-dessous la citation (c).
(c) Anno domini 1539, IT Cal, August, quum annum wætatis picesinum essem 1ngressus. Beza, Epist. ad Wolmar. Z£ comp-
te mal : il était déjà entré dans sa vingt'et unième année.
394 ' cautionné contfe celles de la chair par un mariage de conscience (d), c’est-à-dire, par la promesse qu'il fit à une personne de Vautre sexe de l’épouser publiquement, desque les obstaclesqui Ven empéchaient alors seraient levés, et en attendant de ne se pas engager à l’état ecclésiastique.
II executa fidelement ces deux promesses, mais 1l fallut qu’une dangereuse maladie l’arrachât du milieu des piéges qui l’attachaient au bourbier. L'image affreuse d’une mort prochaine lui fit renouveler avec tant de force le vœu qu’il avait fait autrefois d’entrer dans la profession de l’église réformée , que, dès qu'il eut recouvré assez de santé pour cheminer , il se sauva à Geneve avec cette femme. Il y arriva le 24 d'octobre 1545; et ayant que de fixer à quoi il se destinerait , il alla voir à Tubinge Melchior Wolmar. L'année suivante, il accepta à Lausanne la profession en langue grecque; et après l’avoir exercée neuf ou dix ans , il s’en retourna à Genève (D), et se fit recevoir ministre (e). 11 ne se borna point pendant ces neuf ou dix ans aux lecons grecques :
il en fit aussi en français sur le Nouveau Testament (E); etcela, pour l'instruction et pour la consolation de plusieurs réfugiés de l’un et de l’autre sexe, qui demeuraient à Lausanne. Il publia tre ie pendant son séjour dans cette ville (F); et, avant que de quitter la profession qu'il y exerçait , il fit un voyage en Al-
d) r oyez les remarques (C) et (Y).
(e) Tiré de l'Epître dédicatoire de Bèze à Melchior Wolmar , à La téte dè sa Confession
de foi, qui est au commencement de ses œuvres in-folio, édition de Genève , en 1582.
BÈZE
lemagne, avec le caractere de deputé (G). Il eut alors la joie de s’aboucher avec Mélanchthon.
S’étantétabh à Geneve, lan 1559; il s’attacha à Calvin d’une façon particulière, et devint en peu de temps son collègue dans l’église et dans l'académie. Il fut envoyé à Nérac, à l’instigation de quelques grands du royaume, pour convertir le roi de Navarre, et pour conférer avec lui sur des choses d'importance (f°).:Ce fut lorsque MM. de Guise se furent emparés de l’autorité , sous le règne de François II , au préjudice des princes du sang. Le roi de Navarre ayant témoigné, tant par lettres, que par des députés, qu’il souhaitait que Théodore de Bèze assistât au colloque de Poissy, le sénat de Genève ne man-— qua point d’y consentir. On n’aurait pu faire choix d’une person— ne qui fût plus capable de faire honneur à la cause. Beze parlait bien, il savait le monde, 1l avait l'esprit présent et beaucoup d’é— rudition. On écouta sa harangue attentivement, jusqu’à ce qu'il eût touché à la matiere de la présence réelle. Une expression qu’il employa fit murmurer (H).
Dans toute la suite de ce colloque, il se comporta en très-habile homme ;'et il ne se laissa jamais surprendre aux artifices du cardinal de Lorraine. Il ne retourna point à Genève, après la clo— ture du colloque : Catherine de Médicis voulut qu’étant Français il demeurât dans sa patrie. Il précha souvent chez la reine de
(f ) Cumque eo de rebus gravissimis communicaret , sed potissimum ut illius animo, si Deus aspirare dignaretur , veræ reli-
gionis gusium aliquem instillaret. Ant.
Fayus, de Vità et Obitu Th, Bezæ, pag. 21.
BÈZE. | 305
Navarre, chez le prince de Condé, et aux faubourgs de Paris.
Après le massacre de Vassi (g), on le députa au roi, pour se plaindre de cet attentat: la guerre civile suivit de pres, pendant laquelle le prince de Condé le retint aupres de lui. Bèze se trouva à la bataille de Dreux comme ministre (1). Pendant la prison du prince, il se tint auprès de l'amiral de Coligni, et ne retourna à Genève qu’apres la paix de 1563. IL ne revit la France qu’en 1568. Ce fut pour aller à Vezelai où sa présence était nécessaire (K). Il avait fait plusieurs livres, depuis son retour à Genéve, etil continua d’en publier depuis qu’il fut revenu de Vezelai (L). Il retourna encore en France l’an 1571, pour assister au synode national de la Rochelle, dont il fut élu modérateur.
L'année suivante, il assista à celui dé Nîmes, et s’opposa à la faction de Jean Morel, qui proposait l’introduction d’une nouvelle discipline. Le prince de Condé le fit venir auprès de lui à Strasbourg, l'an 1574, pour l'envoyer au prince Jean Casimir admuustrateur du Palatinat ; ce
| qui montre qu’on n’ignorait pas.
qu'il savait faire autre chose que des leçons et des livres. La con ‘férence de Mombelliard le mit aux prises, l’an 1886, avec Jacques André théologien de Tubinge. Bèze demanda que la dispute se fit par des argumens en forme ; mais 1l fallut céder aux désirs de son adversaire, qui ne voulait pas être gêné par les lois du syllogisme. Le succes de cette dispute fut comme toujours(M):
(9) Le 12°. de mars 1562.
chaque parti se vanta d’avoir
triomphe, et publia des relations
victorieuses. Beze perdit sa femme lan 1588; mais cette affliction domestique , quelque gran— de qu’elle fût, ne lempécha pas de se trouver au synode que MM.
de Berne avaient convoqué. On
condamna le dogme de Samuel Huberus * touchant notre justification devant Dieu , laquelle consistait, selon lui, dans une qualité inhérente (A). Beze se remaria la même année, avec une veuve qui lui survécut (N). Les incommodités de la vieillesse commencérent à se faire sentir l’an 1597, et le contraignirent de ne parler en public que raremeni;.et enfin , 1l désista toutà-fait au commencement de l’année 1600. Sa veine poétique n’était point tellement tarie l’an 1507, qu’il ne fit des vers pleins de feu contre les jésuites, à l’oc— casion du bruit que l’on fit cou= rir qu'il était mort, et qu'avant que d’expirer il avait fait profes-
sion de la foi romaine (0). Les
derniers vers qu’il composa furent une votiva Gratulatio à Henri IV, apres l’accueil qu'il en reçut auprès de Genève, au mois
* Joly remarque que. ce ne fut pas Huberus , mais Claude Albéri ou. Aubri qui fut condamné à Berne. C'est de ce dernier que parle Antoine La Faye. Joly ajoute que dans l’article RoTAN, remarque (E), Bayle nomme Albéri comme condamné, et qu'il renvoie cependant à son article, BÈZE « sans » voir qu'il a mal entendu le‘passage de La » Faye ». Bayle donne quelques détails sur Aubri dansla remarque (E) de l'article Roran. ;
(2). De nostré ad tribunal Dei justificatione per fidem, tanquam instrumentum quo Christus justitia nostra apprehenditur, pro-
J'essus est se penitus assentiri, quum. anteà et scripto el verbo docuisset jusliliam nostram apud Deum esse qualitatem quandam patibilem in nobis inhærentem. Fayus, in Vità Bezæ , pag. 55.
39b de décembre 1600 (7) (P). Il vécut jusques au 13 d'octobre 1605, et conserva toujours son bon sens (Q), et temoigna de beaux sentimens de piété jusqu’au dernier soupir. C'était un homme d’un mérite extraordinaire , et qui rendit de tres-grands services à son parti (R). Il fut exposé à cent sortes de médisances et de calomnies : mais il fit voir et aux catholiques et aux luthériens , qu'il entendait l’art de se deéfendre, et qu'il avait bec et ongles.
Il eut beaucoup de part à l’es— time de Scaliger (S). Je ne critique M. Moréri qu’en cinq choses(T). M. de Mézerai traite fort mal ce ministre : 1l adopte comme certain le conte qui avait couru d’une accusation de sodomie intentée à Beze devant le parlement de Paris , et un autre conte de l’enlèvement de Candide femme d’un tailleur. Cela ne paraît point digne d’un historien judicieux (V). Les poésies , intitulées Juvenilia, ont donné lieu à de grands vacarmes (X). On ne peut nier qu’elles ne contiennent des vers trop libres, et peu conformes à la chasteté des muses chrétiennes ; mais si les ennemis de l’auteur avaient été raisonnables , ils auraient pris plutôt le parti de le louer du regret * qu'il en témoigna (k), que le parti d’'empoisonner l’épigramme de Candide et d’Audebert (Y). Ils
(ë) La Faye, pag. 61, dit en 1599 et se trompe.
* Leduchat croit que c'est d'environ 1553 ( Joly dit : peu après 1550), que datent les regrets de Bèze. Il se fonde sur l’épître dédicatoire de ses Psaumes, qui commence par Petit troupeau, et qui est de ce temps-là. Joly dit qu'on trouve des lettres manuscrites de Bèze dans la bibliothéque
publique de Sainte-Élisabeth à Breslau, (k) Voyez la remarque (À).
BÉZE.
LA
l'ont accusé d’avoir eu part à l’assassinat du duc de Guise : c’est ce que nous pourrons examiner dans l’article de PorrroT *. Ils ont dit qu’il a souhaité de retourner dans le giron du catholicisme (Z). Il n’est pas vrai qu’un dominicain l’ait confondu dans une dispute (AA). Nous verrons ailleurs (2) si Bolsec mérite quelque croyance.
Je crois, qu’apres avoir fait la faute de publier ses Juvenilia, le seul et unique moyen qui lui restât de n’en point porter la peine, était de vivre dans un état trés-obscur , ou tres-eloigne des disputes de théologie ; car , sous quelque figure qu'il eût brille, il se füt fait des ennemis qui se seraient prévalus de cette tache , afin d’abaisser sa réputation. I avait principalement à craindre cela, dans quelque parti qu'il se signalât du côte de la controverse, etil ne faut point doutêr que, s’il eût tourné contre ceux de la religion lesmêmes armes qu’ilemploya contre les papistes, 1l ne se fût trouve des écrivains réformés qui l’auraient terriblement harcelé sur son Audebert et sur sa Candide (BB). On indiquerait plus facilement celui des catholiques romains qui l’a traité avec le plus de modération, que celui qui l’a traité avec le plus de colère. Ceux qui ont marqué pour lui de la retenue et de l'équité , sont en petit nombre : ceux qui ont déchainé contre lui toute la fureur de leur animosité, sont innombrables ; mais je ne crois point qu'il y en ait guere dont l'emportement soit aussi énorme
* Bayle n’a pas donné cet article.
(£) Dans l'art, de BOLSEC, remarque (1).
BÈZE
que celui de l’auteur de la Doctrine curieuse. Je rapporterai l’une de ses calomnies (CC) : elle est si étrange, qu’à peine peuton ajouter foi à ses propres yeux sur un fait de cette nature. Il en fut publiquement censuré par un auteur catholique (DD) : l’affront lui en demeura tout entier; mais il n’en eut point de honte , et il aima mieux se servir d’une défaite pitoyable, que de donner gloire à la vérité (EE). J’ai lu quelque part dans ses ouvrages , que Sturmius assurait que Théodore de Beze pouvait dire véritablement , je ne crois qu’une chose, c’est que je ne crois rien (m). Quelle calomnie! il faut compter Pratéolus entre les auteurs qui ontété les plus diligens copistes d’injures contre ce ministre : il n’a rien perdu de ce que Surius et semblables écrivains ont ramassé (n). Le cardinal dé Richelieu employa dans sa Méthode quelques-unes de leurs rapsodies. Nous ferons une remarque contre lui (FF). N’oublions pas que Théodore de Beze fut enterré dans le cloître de Saint-Pierre, et non pas au Cimetière de Plein Palaix , parce que les Savoysiens s'étaient vantés qu’ils Le viendroient déterrer, pour l'envoyer à Rome (0). La Faye dit que l’on en usa ainsi
(m) Notez que Bèze, Apol. I ad Claudium de Xaintes, Oper. tom. 11, pag. 294, dit cela de François Baudouin, Vir sanè nullius fdei, ut tanquam alter Socrates verè possit illud usurpare, Hoc unum credo quèd nihil credo.
(2) Voyez son Elenchus alphabeticus Hæreticorum , et son Hist, de l’état et succès de l'Église, dressée en forme de chronique, et imprimée à Paris, l'an 1583 , en deux volumes in-folio,
(o) Spon, Hist. de Genève, pag. 357,
| 397 pour des raisons qu’il n’était pas nécessaire de rapporter.
Le feuillant Pierre de Saint- Romuald lui fait un procès fort ridicule, en l’accusant de rébellion, pour avoir donné le titre de reine de France à la reine Élizabeth (GG). Je m'étonne que Balzac fasse la même querelle à
des gens dont il ne dit point le nom (HH).
(A) IT naquit noble de père et de mère. | Son père, qui-était bailli de Vezelai, s'appelait Pierre de Béze : sa mère avait nom Marie Bourdelot. P.
à Beza ejus oppidi præfecto, et Marid Burdelotiä , utroque Dei grati& genere nobili ( utinam verd potiüs veri Dei cognitione imbuto ) et integræ famæ parente natus. Bèze, qui parle de la sorte dans une épître dédicatoire à Wolmar (1), nous dit ailleurs que ses ancêtres étaient riches depuis plusieurs générations , et qu’ils avaient laissé beaucoup de biens à l’Église.
Sum enim ego ( ne nescias ) Dei gratid non ex monachis, non ex adulterio vel stupro, sed honestis avis et atavis prognatus; et ne ad allegorias tuas confugias, scito Bezarum familiam , si fortè quæcunque ante ducentos et amplis annos in monachos superstitiosé largita est reciperet, tam fore locupletem quam ægré hodiè sese in sud inopid tuetur (2).
(B) l alla a Paris, où de bons revenus l’attendaient. ] Il y avait sept ans que son oncle le conseiller était mort (3) ; mais un autre oncle, abbé de Froidmond, n’avait pas moins d’amitié pour ce neveu. I] songeait à lui résigner son abbaye, qui valait quinze mille livres de rente : cela, joint à deux autres bons bénéfices, dont Bèze était déjà pourvu, et qu’on lui avait procurés sans qu’il en sût rien, eût mis en fort belle passe. Huc accedebat quod duobus pinguibus et opimis beneficiis me alioqui macrum ado-
(x) C'est celle de sa Confession de foi, qu'it publia en latin l'an 1560. Voyez la citation (e) de cetwriicle, pag. 394.
(2) Beza , ad Claudium de Xaintes Apolog. altera, sub fin.
(3) Verbeiden , qui le fait encore vivant, page 209, se irompe
lescentem et prætereä , quod verè tes- 1or, istarum rerum prorsus ignarum et absentem onerdrant, quorum vectigalia aureos coronatos annuos plus minus septingentos œæquabant (4). Outre cela, son frère aîné n’en pouvait plus : c'était un homme confisqué ; la succession à ses bénéfices était une espérance prochaine. Il mourut effectivement bientôt après , et cette mort augmenta notablement les revenus de Théodore de Bèze. £x fratris morte auctiores mihi reditus essent facti (5).
Jl est aisé de juger qu’un jeune homme si bien établi déjà, et qui avait de si grands dons, beaucoup d’amis et de parens, et une réputation peu commune, bâtie sur le succès des vers
latins que le public avait vus de lui,
se pouvait promettre toutes sortes d’avancemens. Quumque mihi præter illa impedimenta quæ antè commemoravi, triplicem laqueum Satanas circumdedisset, nempe voluptatum illecebras queæ sunt in e& civitate maximcæ :
gloriolæ dulcedinem , quam ego non parvam, ex meorum præsertim epigrammatum éditione ,.ipsius quogue M. Antonii Flamini doctissimi poëtæ, et quidem ftali, judicio eram consequutus : spem denique maximorum honorum mihi proposttam, ad quos ex ipsis aulicis proceribus aliquot me vocabant , incitabant amici ; pater et patruus hortari non desinebant : voluit Deus Opt. Max. ut... tandem ex his quoque periculis evaderem (6).
.. (C) Les tentations du monde le rendirent irrésolu. | Cela ne doit pas nous etonner. À cet âge-là, un bel esprit, bien fait de corps, et qui a de quoi se
. bien divertir, résiste avec peine aux
tentations. La femme que Théodore de Béze entretenait sous promesse de mariage avait beau lui parler de noces, le revenu des bénéfices, auquel il eût fallu renoncer, réfutait fortement toutes ses instances. On croit facilement ce que Bèze dit là-dessus. Mais la force qu’il eut enfin de rompre cette ligature en est d'autant plus admirable. Quüm mihi et juveni et à meis otio, pecunid , rebus denique omrnibus potils quam consilio, abundanti , $atanas omnia illa impedimenta,derepentè objecisset, fateor me inant illa- (4) Beza , Epist. ad Melchior. Wolmar.
(5) Zhidem.
(6) Idem, ibidem.
BÈZE
ru rerum splendore et vanis blanditiis ita fuisse pellectum, ut me totum huc et illuc abripi facilè paterer.…..…..
Uxorem mihi despondi, sed clam , id tamen fateor et uno tantüm et altero ex piis amicis conscio, partim ne ccæteros offenderem, partim guod adhuc non satis possem à scelerald illä pecuniä quam ex sacerdotiis, de quibus ante dixi , percipiebam ut impurus canis ab unclo corio absterreri..…. Ego tum interea semper in luto hærere , instantibus meis ut tandem certum aliquod vi- 1æ genus amplecterer , et patruo mihi omnia deferente, aded ut quüm und ex parte me preméret conscientia, et conjux de promisso appellaret : ex alter4 verd personatus Satan mini placidissimo vultu blandiretur, et ex fratris more auctiores mihi reditus essent facli, quasi omnis consiliiinops inter istas animi curds jacerem (7).
(D) Après avoir exercé à Lausanne neuf ou dix ans la profession en grec , il s’en retourna à Genève. ] Voici ce qu'il dit lui-même dans sa Réponse à Claude de Saintes : Vovem circiter annos græcas litteras docuisse (8). Antoine la Faye s’est servi du nombre rond : il a parlé de dix ans entiers. Jnciderunt postea tempora quæ Bezam ad migrandum Lauüsanndä, ubi DECEM annos integros hæserat græca docendi munere defungens , induxerunt (9). Bèze, dans un autre endroit de ses livres , raconte que de Lausanne 1il retourna à Genève au bout de dix ans. /ridè vérd tandem , id est post annum decimum..., in hanc urbem iterkm in placidissimum portum redii (10), Ni lui, ni la Faye n’ont pas jugé à propos de nous expliquer toutes les raisons de cette sortie de Lausanne : ce qu’ils en disent ne laisse pas de nous faire soupconner qu’il y eut là je ne sais quoi qui serait propre à des anecdotes. {nciderunt tempora quæ Bezam ad migrandum Lausannd...induxerunt (11). Indè.….
partim qudd meipsum cuperem theologiæ totum consecrare, partim alias ob causas quas nihil hic attinet commemorare.., in hanc urbem...redii
(9) Idem, ibid.
(8) Beza, Apologià alter , page 359.
(Q) Ant. Fayus, in Vitâ Bezæ , pag. 18.
(10) Beza, Epist. dedicator. ad Melchior Wolmar.
(11) Fayus,, in Va Bezæ, pag. 18.
BÈZE
(r2). Ses ennemis , qui faisaient d’une mouche un éléphant, publiérent qu’il avait été chassé de cette ville. Voyez Liudanus, à la page 152 du Ie. dialogue de son fubitantius, et Baudouin dans sa III*. réponse, folio 146 verso, où il dit, docuit Lausannæ multis annis .. .. Wlinc lurpiter atque ignominiosè pulsus. Cela était faux; wais il y eut quelque chose que je ne sais point , qui donna lieu à ce mensonge. Au reste, M. Teissier a pris lun pour l’autre, quand il a dit que Bèze exerça pendant dix ans à Lausanne la charge de professeur en philosophie (13).
Un de mes amis (14), professeur célèbre à Lausanne, ayant lu ce qu’on vient de lire, prit la peine de rechercher ce qui pourrait me fournir quelques éclaircissemens ; mais ses recherches furent inutiles, et néanmoins l'extrait que je vais donner de sa lettre est de conséquence. « Je » croyais pouvoir vous envoyer quel- » que éclaircissement sur la vie de » M. de Bèze, et principalement sur » sa sortie de cette académie pour » aller à Genève. Vous laissez sentir » qu’il y a là quelque chose de caché.
» Jétsais bien que l’ona dit, et même » un auteur dont le nom m'est écha- » pé a écrit que c'était pour avoir » fait un enfant à sa servante. Ce- » pendant, si cela était, on l’au- » rait su à Genève comme ïci; il » ne serait pas sorti avec un congé » honorable du souverain , bond cum » venid amplissimi magistratüs Ber- » nensis, comme il le dit dans son » Épître à son précepteur Wolmar ; » et enfin, il ne serait pas venu com- » me il faisait toutes les années à » Lausanne, et n’y aurait pas été si » bien reçu. On lui faisait tant d’hon- » neur que le conseil lui allait tou- » jours au-devant , comme nos mé- » moires en font foi. » Je ne saurais dire si l’auteur dont on ne se souvint pas était Reboul (15), cet écrivain satirique, qui fut décapité à Rome , pour ses pasquinades (16).
(12) Besa, Epist. dedicator.. ad Wolmar.
Voyez la remarque (FF) de l'article de Carvin.
(x3) Addit. à M. de Thou, tom. IT, pag. 363,
(14) M. Constant de Rebecque.
(15) Voyez la satire qu'il intitula : Actes du Synode universel dela sainte Réformation , p.03.
(16) Voyez les Notes sur la Confession de $Sanci ,pag. 436, édition de 1609.
100) (E) 1 fit des lecons en français sur le Nouveau Testament. ji ‘choisit d’abord l’Epître aux Romains, et puis celles de saint Pierre. Ce furent comnie les semences et comme les préparatifs de ce grand ouvrage qu’il publia quelque temps après ; je veux dire de sa traduction latine du ]Vouveau Testament avec des Votes. I y retoucha plusieurs fois ; il y fit bien des corrections. C’est à ceux qui ignorent la dificulté de ce travail à trouver étrange qu’à chaque édition on y ait changé quelque chose. {/las tamen aliquoties emendatas ab ipso mirabitur nemo qui operis difficultatem cum dignitaté conjunctam ut decet perpenderit (17). Il est vrai que cela faisait quelque peine à ceux qui s'étaient servis des premières éditions : ils craignaiïent toujours qu'il n’en viut une nouvelle, qui renversât ce qu'ils avaient regardé comme certain ; mais se fâcher de cela, c’est se fâcher contre la nature, qui a voulu que nos lumières fussent très-bornées , et qu’elles s’augmentassent peu à peu. On fit de cruels reproches à Théodore de Bèze sur ce sujet. {Visi quis septies tuas Novi Testamenti editiones emat, nesciet quid ajas, aut quid neges. Memini typographum eruditum Hieronymum Comimelinum hoc mihi antè decennium dixisse, quod crebrd mutatione consilii hoc tantm adeptus es ut plurimi nihili faciant Novum T'estamentum litterd læœsum atque sensu Jflexiloquum. Et olim quidam doctor Cantabrigiensis mihi retulit , qudd Cantabrigiæ plures aversati sunt religionem ducti per te ad credendum quod Novum Testamentum depravatum est, sicut per Edivardum Livilejum quod Vetus ulceratum (18).
Notez que la première édition de cet ouvrage de Thcodure de Bèze est de l’an 1556. Il en fit une seconde dix ans après, et la dédia à la reine d’Angleterre. La cinquième édition fut
faite lan 1598 *. Il la dédia tout de
(1x7) Ant. Fayus, in Vità Bezæ, pag. 15,
(18) Joh. Drusius , in Fpistolâ ad Theod. Bezam MS., apud Colomesium in Icone Presbyterianorum , pag. ull.; mais Colomiés se trompe d'attribuer cette Lettre a Drusius : voyez une Lettre de Sixtinus Amama , au-devant du livre de Drusius de Hasidæis. J'en parle dans l'article BroucaTon , citation (x1).
* L'auteur des Observations qui sont dansla Bibliothéque française ayant dit, XXIX , 480,
nouveau à la même reine, je veux dire par une nouvelle épitre, et en supprimant la première. Il ne devait pas la supprimer ; car elle explique amplement les vues , la méthôde et le dessein de l’auteur.
(KE) Z{ publia divers livres, pendant son séjour à Lausanne. | Le premier fut une tragi-comédie française , intitulée Le Sacrifice d'Abraham *, Jacomot la mit en latin, l’an 1508.
Presque au même temps , Jacques Brunon la traduisit en la même langue à Amsterdam. Elle a été réimprimée je ne sais combien de fois.
Voyons ce que Pasquier en a dit. fers ce mesme tems , estoit Theodore de Bèze , brave poëte latin et francois. 11 composa..…, en vers francois le S'acri-
Jfice d'Abraham, si bien retiré au vif, que le lisant il me fit autrefois tomber des larmes des yeux (19). Bèze avait accoutumé d'aller à Genève pendant les vacances, pour y voir Calvin, qui l’exhortait à consacrer ses talens au service de l'Eglise , et qui lui conseilla nommément d'achever ce que Marot avait commencé. Bèze suivit
qu'il possédait une édition de Zurich, 1559, et que conséquemment celle de 1564 qui est dédiée à la reme d'Angleterre ne peut être la seconde, un anonyme prétendit dans cette même Bibliothéque française, XXXIII, 330, que cette édition de 1559 ne différait pas de la première. L'auteur des Observations répliqua dans Le tome XXXVIII, 198, et prouva que l'édition de 1559, qui est sans dédicace, diffère de l’édition de 1556. Il ajouta que l'édition de 1508 n'était pas la cinquième, mais au moins la septième, puisque, outre les trois éditions précédemment citées, il existe encore celles de 1565, 1510, 3590. Joly qui ne paraît pas avoir connu toute cette discussion, cite, d’après le père Lelong, une édition de 1582 et une de 1588.
x Joly dit que « ce fut en 1552, suivant l'au- » teur'de la Bibliothèque des Thédires. » Maupoint se contente , pag. 321, de donner à cette pièce qu'il intitule, Abraham sacrifiant, la date de 15b2, sans dire si c'est l’époque de sa composition, représentation ou publication. L'auteur de la Bibliothéque du Théätre français (connue sous le nom de Lavallière et composée par Marin et autres) place cet ouvrage dramatique parmiles Mysieres, etc. et en cite d’abord une édition de Lyon, Fr. Dupré, in-12, sans date, puis une édition de 1552. Les frères Parfaict n’en parlent pas dans leur Histoire du T'hédtre frangais. Le Catalogue des livres de M, le comte de Pont-de-V'esle, 1754, in-80., en cite sous le n°, 164 une édition de 1550 : c’est une faute. Le volume qui portait ce numéro n'était qu'un fragment du volume, sans date, nom de vilie ni d'imprimeur, intitulé, Theod. Bezæ poëma- 1æ,etc., et qui contient, pag. 185 et suiv., la Tragédie française du sacrifice d'Abraham.
(19) Recherches de la France, 4v. FII, chap.
VI, pag. 615.
BÉZE.
ce conseil, et traduisit en vers français les cent Psaumes qui restaient à traduire: Ils furent imprimés avec privilége du roi, l’an 1561 *. « La » traduction du demeurant des Psau- » mes de David montre ce qu’il pou- » voit faire , encore qu’il n'ait si » heureusement rencontré que Clé- » ment Marot en ses cinquante (20). »
Après être réchappé de la peste , il fit une Ode *? pour en rendre grâces à Dieu. On prétend que Jodelle fit ce quatrain en ce temps-là :
Bèze fut lors de la peste accueilli
Qu'il retouchaït cette harpe immortelle ;
Mais pourquoi fut Bèze d'elle assailliê
Bèze assaillait la peste à tous mortelle (2x). L'un des plus remarquables écrits publiés par Bèze, pendant son séjour à Lausanne, fut le traité de Hæreticis a magistratu puniendis. 11 le publia pour répondre au livre que Castalion, déguisé sous le nom de Martinus Bellius , avait composé sur cette importante matière, peu après le supplice de Servet (22). Castalion traita la thèse générale de la tolérance : Bèze lui soutint que les magistrats doivent punir les hérétiques. L'auteur de sa Vie soutient que cet ouvrage fut publié très à propos, afin de réfréner les esprits flottans. Scriptum utriusque Bezatum refutavit, tempore in speciem importuno : sed re 1ps@ opportunissimo ad cohibendos levium hominum in religione fluctuantium vagos et incertos æstus (23). On ne peut nier que la crainte du dernier supplice n’ait beaucoup de force, pour faire taire ceux qui auraient des doutes à proposer contre la religion dominante ,et pour maintenir l'unité de communion extérieure; mais il en va du dogme qui autorise cette pratique,
*1 Leduchat pense qu'il doit ÿ avoir une édition , antérieure d'environ dix ans , faite à Genève.
(20) Recherches de la France, Liv. VIT, chap. VT, pag. 615.
#2 Il composa, vingt-huit ans après, un traité sur le même sujet, et qui, dit Joly , est intitulé : de Peste quæstiones duæ explicatæ :
uua, sine contagiosa ? alitera, an el qualenus sitchristianis per secessionem vitanda ? Genève, 1579 , in-8°. de 35 pages. Goujet croit qu'il y a une édition de 1557.
(21) Nous examunerons dans la remarque (E) de l'article Jonezre, si ce fut lui qui cumposa ce quatrain.
(22) Servet fut brülé à Genève, l'an 1553.
(23) Fayus , in, Nità Bezæ, pag. 15. Notez que par utriusque il entend Lelius Socin et Castalion.
BÈZE
comme de l’invention des bombes et des carcasses, et de toutes sortes de machines de guerre. Ceux qui s’en servent les premiers en retirent de grands avantages ; et pendant qu’ils sont les plus forts, cela va le mieux du monde ; mais, quand ils sont les plus faibles, on les accable de leurs propres inventions. Si le parti de Béze avait été le plus fort par tout le monde ,.et s’il avait été assuré de se maintenir toujours dans sa supériorité, le dogme de puniendis Hæreticis aurait rendu de grands services, etil eût réprimé le zèle ou l’humeur brouillonne des novateurs ; mais comme, à un quart de lieue de Genève, on était sous le caprice du plus fort, et qu’on ne savait pas si Dieu permettrait que la secte de Socin devint supérieure, il y avait beaucoup d’imprudence à soutenir que les magistrats doivent infliger la peine de mort aux hérétiques. Le profit présent ne nous doit pas si fort éblouir, qu’il nous empêche de songer aux suites : il faut en cétte rencontre se servir de la maxime de Régulus :
Hoc caverai mens provida Reguli,
Dissentientis conditionibus
Fœdis, et exemplo irahentis
Perniciem veniens in ævum (24).
Je ne parle pas des autres raisons qui peuvent combattre ce dogme : je ne m'arrête qu’à celle de l'utilité alléguée par l'historien de Théodore de Béze. Cette utilité est bien peu de chose en comparaison du mal que le livre de puniendis Hæreticis produit tous les jours ; car dès que les protestans se veulent plaindre des perséeutions qu’ils souffrent , on leur allègue le droit que Calvin et Bèze ont reconnu dans les magistrats. Jusqu'ici on n’a vu personne qui n'ait échoué pitoyablement à cette objection ad hominem. Mais passons aux autres livres publiés par Théodore de Bèze, avant qu'il quittât Lausanne. Il publia une courte Explication du christianisme ex doctrint de œtern& Dei prædestinatione ; une Réponse à Joachim Westphale, touchant, la Cène du Seigneur, deux Dialogues sur la même matière contre Tillemannus Heshusius (25), et une Réponse à Cas
(24) Horat., Od. V, Lib. TITI.
: (25) L'un intitulé : Kpsodæyit, l'autre, "Oyos uxoyICoUevos.