PÈZE
M. Moreri: Bêse, avec qui Francois die Sales avait eu quelques conférences à Genève, lui avoua que la religion catholique était la seule véritable (72).
Sur un tel aveu, le prélat aurait conseillé au pape d'offrir au ministre toutessortes de dignités. Il yavait de l’hyperbole dans la description des soins qu’on disait à Rome que Béze prenait de sa vie. Von faceva passo, senza un cumulo grande di precauzioni, e senza pigliar cento e mille misure, non costumando di praticar nissuno, senza esser sicuro d’una inveterata conoscenza, ne voleva domestici in sua casa, della di cui fede non ne fosse sicuro , oltre che quei suoi perversi set-
- tarit Lo custodivano come suoi demoni
tutelari, nè usciva mai da casa senza haverne cinque o sei a lato, e quel che importa, che per maggior sicurezza non metteva mai li piedi fuori della citta (73}. Mais il est vrai qu’il usait de précaution. Voyez l’un de ses ouvrages contre Claude de Saintes. Vous y trouverez qu’on lui reprocha qu’il n’osait sortir de Genève, de peur, comme un autre Caïn, d’être tué par le premier qui le trouverait. Geneva pedem non audes efferre, ne te quisquis invenerit ut alterum Caïn occidat. Il répondit, que si Dieu l’y ap-
pelait, il irait partout sans crainte,
quoiqu'il n’ignorât pas les embûches qu'on lui tendait , et qu'il évitait aussi prudemment qu’il était possible.
ÆEtsi mihi appositos à tuis illis et veneficos et sicarios non ignoro (hæ sunt enim arles Romanæ) quorum etiam unus jam hic deprehensus pœnas dedit. . ..... Inierea me sanè libens domi contineo, et vestras insidias quäm prudentissimè possum eväto (74).
(S) IT eut beaucoup de part à l’estime de Scaliger. | Cela paraît par son Æpicedium sur la mort de Théodore de Bèze. Il y fourra un mauvais augure qui n’eut point de suite. Æddito ettam de fato urbis in qu& decessit omine, quod tamen hactenüs eventu caruit (75). IL y a quatre-vingt-dix ans plus ou moius, que M. de Thou a fait cette observation; et l’on n’a point vu jusqu'ici (76) , que le présage
(72) Dans l'article de François pe Sazes.
[ Cet article n'existe pas.
(73) Leti, Vita di Sisio V, pag. 264.
(74) Beza, Oper. tom. IT , pag. 362.
(75) Thuanus, Lib. CXXXIV , pag. 1082.
(76) On écrit ceci en mai 1699.
"| de Scaliger ait recu la moindre chnfirmation. Ce n’était pas un de ces présages poétiques , qui ne tirent pas plus à conséquence que ceux d'u commentateur fanatique des révéla tions de saint Jean. Je ne crois pas même que l’envie de comparer Bèze à saint Augustin, qui aurait pu engager cent autres poëtes à hasarder la prédiction , ait fait parler Scaliger. I y a beaucoup d’apparence, qu’en taisonnant sur l’état des choses, il ctaignait pour la ville de Genève le deitin de celle d'Hippone , qui fut prise par les Vandales peu après la mort deson évêque. C'était donc une conjecture politique , plutôt qu’un enthousième de poëte. L'événement s'en est moqué : ce qui montre que le plus sû! est de ne point juger de l’avenir. Voici ce mauvais augure de Scaliger.
Uique Dei famulo non Hippo superstitécapta.
est, | Quum quateret Libycas Vandalus hostis opes, | Indulsit tibi sic præsentia numinis, do Cernere ne posses ulteriora malo. | « Aique utlinam celeres rapiant procul omxA vent, Etpotius mendax finxerit isia metw !
Sed te felicem , etc.
Il y a certaines choses dans le fouligérana, qui ne sont pas avantajeuses
- à Théodore de Bèze ; mais quoi, cesse-
t-on d'estimer un homme, lœsque par exemple on ne fait pas diffculté d’avouer que le grand mA ur faires dont il s’est mêlé, et la multitude de livres dont il est laukeur, l'ont empêché d'acquérir beaucotp de science ? ï |
(T) Je ne critique M. Moréri qu’en cing choses. ] 1°. Bèze n’était point sorti de l’enfance lorsqu'on le mena à Paris : sa mitre l’y mena dès qu'il fut sevré. Water. .. mariti imperio obsecuta Luteliarmn usque ne RECENS ABLAC- TATUM perduxit. C’est Bèze qui écrit cela à Wolmar. 2°. Nous verrons cidessous (77) s’il faut croire qu'une épigramme scandaleuse ait atiré & Bèze le ressentiment de la justice. .., et qu’on l'accusa encore d’un crime plus horrible que n’est le concubinage, et que ses débauches lui causèrent une maladie. 3°. Il n’est pas vrai que Calvin ait fait souvent donner des coïnmissions d'éclat à Théodore de Bèze,
. (77) Dans la remarque (U),
4ro
porvr se trouver à quelques conférences contre les luthériens. Je ne pense pas que’, durant la vie de Calvin, il y ait eu de ces conférences où Bèze se soit troutvé ; car il ne faut point mettre en ligne de compte la dispute de lan 1555 : le hasard la fit naître (78). Ce fut peu de chose : on était allé en Allemagne pour d’autres desseins. 4°. Il m'est point vrai que Théodore de Bèze soit l’auteur de la Confession de foi. des églises réformées. La Confession de foi qu’il composa premièrement en français , et puis en latin , est une pièce diflérente de la Confession des églises. 5°. Bèze ne présida point au synode de Nîmes l’an 1572. C’est aux imprimeurs de Moréri qu’il faut imputer les fautes suivantes : ils ont mis la naissance de Bêze à l’an 1619, au lieu de 1516 ; ils ont cité Antoine Pale De Vud et Obitu Theodor. Beze : il fallait citer Æntoine la Faye, et mettre Bezæ,
(V\ Ce qu’en dit Mézerai ne paraît point digne d’un historien judicieux. ] A s'était contenté de dire qu’on lisait dans plusieurs écrits imprimés, que Théodore de Bèze fut accusé de cette abomination, il ne faudrait pas le trouver étrange ; car il n’avancerait rien qui ue soit très-vrai. On pourrait citer peut-être deux cents auteurs, qui, se copiant les uns les autres, ont parlé de ce procès. Mézerai va beaucoup plus loin : il soutient !a chose , il s’en rend caution, et il n’en saurait produire nulle preuve; c’est ce qu’on peut appeler la conduite d’un historien étourdi *. Rapportons ses paroles : « On peut bien sans préju- » dice d'aucune religion le nommer » un très-méchant homme, et une » âme entiérement corrompue qui, » comme une vilaine harpie, gâtait » les choses les plus saintes avec ses » railleries malignes, et dont le cœur » ne couvait que des desseins san- » glans et tout-à-fait exécrables. Aussi » 1l n’était sorte de vilenie dont il » u’eût souillé sa jeunesse; les poë- » mes, dont il a voulu couvrir ses or- » dures par ce titre de Juvenilia, en
(78) Beza, Apol. ad Claud. de Saintes, pag.
* Joly renvoie à Bayle la qualité d’historien étourdi, qu'il mérite, dit-il, pour avoir inséré dans son Dictionnaire presque tout Braniôme qui ne cite personne.
» font assez mention ; mais, outre » cela , il est constant qu'il s'enfuit à » Genève , pour éviter la punition des » sodomies dont ilétait accusé devant » le parlement de Paris; et qu’il em- » mena avec lui sa Candide, femme » d’un tailleur, qui vivait encore au » commencement de ce siècle, après » avoir vendu quelques bénéfices qu'il » avait eus de son oncle, entre autres » le prieuré de Longjumeau; com- » mençant de cette sorte la réforme » de sa vie par une simonie, et par » un adultère (59). » M. Maimbourg ne fit que donner la paraphrase de ce texte de Mézerai, quand il voulut faire un portrait horrible de Théodore de Bèze (80); mais ,au lieu de suivre l’exemple de Mézerai, qui ne cite rien, 1l cite Bolsec, de Sponde, Florimond de Remond , Claude de Saintes , etc. S'il avait eu de meilleurs témoins à donner , il les eût donnés sans doute; ainsi l’on peut tenir pour indubitable que Mézerai n’a point eu d’autres garans que c°ux que Maimbourg a cités. Or, encore un coup, c'est la conduite la plus indigne qui se puisse d’un historiographe aussi célèbre et aussi illustre que celui-là.
Vraiment, un historien débiterait de beaux contes, s’il s’amusait à rapporter toutes les injures personnelles que les controversistes se chantent , de quelque religion qu'ils soient. Ce ne sont point des gens qu'il faille croire dans les faits personnels qu’ils reprochent à leurs adversaires, à moins qu’ils ne les appuient sur des actes authentiques ; de sorte que M. de Mézerai, n'ayant fait que suivre un Claude de Saintes, et un Florimond de Remond , qui n’ont apporté aucune preuve de leurs médisances , s’est fait un grand tort auprès des personnes de jugement.
Qu'il me soit permis de faire ici une observation, qui peut avoir des usa-+ ges dans la discussion des faits personneis. Plusieurs auteurs ont soutenu:
1°. que Bèze sortit de France pour éviter les suites d’un procès de sodomie, qu'ils disent qu’on Jui avait intenté au parlement de Paris ; 2°. qu'il amena avec lui la femme d’un certain
(59) Mézerai, Histoire de France, vol. TITI, Pas: à ee (8o) Maimbourg, Histoire du Calvinisme, pag. 217.
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tailleur. Bèze a soutenu publiquement que cetaient deux calomnies énormes, et qu'il avait vécu à Paris sans.reproche, et qu’il n’en sortit, ni par crainte, ni pour dettes, mais pour la religion; et que jamais il n'avait attenté à la femme de son prochain plus qu’au royaume des Indes. Lutetiæ incu/patè et bond integräque existimatione. . . vixisse. Indè non fugd, non clam , non vi, non metu, non ære alieno oppressum , (quæ tu mihi Jalsissimè et mendacissimé impingis), sed unius religionis studio... ad veram ecclesiam justis itineribus ultro concessisse…. Coram Deo juratus testari possum non magis unquam mihi contigisse ut cujusquam uxoris pudicitiam attentarem, quam ut Indorum res run invaderem (81,. Jusque-là , personne , de quelque religion qu’il puisse être , n’est obligé de juger, ni que Bèze est innocent , mi qu’il est coupable; personne w’est obligé de croire, ou que son ministre ne nierait point un crime infâme , s’il n’en était pas innocent, ou que son prêtre n’avancerait pas une accusation atroce, si elle n’était véritable. C’est donc aux lecteurs à se tenir dans l'équilibre, jusqu’à ce que l'accusation soit prouvée ; mais d’autre côté, c’est à eux à prononcer pour Paccusé , dès qu’ils voient que l’accusation demeure sans preuve , et principalement dans les circonstances que je m'en vais dire. Si le fait en question est de nature à pouvoir être prouvé authentiquement , et si les accusateurs ne manquent ni de bonne volonté, ni d'industrie, il faut conclure que, lorsqu'ils ne prouvent pas, ils sont calomniateurs. Il ne faut que cela pour convaincre de calomnie les accusateurs de Théodore de Bèze. Un procès, intenté à un prieur de Longjumeau devant le parlement de Paris, est une chose qu'on peut avérer facilement. Les accusateurs, leur procureur , leur requête, la commission d'informer, les procès verbaux des commissaires sont , ou des gens domiciliés , ou des pièces qui se conservent sous Pautorité publique ; et l’on ne s’imaginera jamais qu’un misérable, qui se sauve le plus vite qu'il peut, ait eu le crédit d’anéantir la procédure, et de faire perdre la parole aux com:
(81) Beza , Apolog. alter ad. Claad. de Saintes, Oper., tom. IL, pag, 350. ?