TAT
frs
plaignans, où à ses parties adverses.
Le tailleur, dont on avait débauché la femme, a vécu autant que le prétendu séducteur : il était done facile de fournir sa déposition juridique, D'où vient donc qu’un Claude de Sain tes, et tant d’autres ecclésiastiques , accusateurs publics de Théodore de Bèze , n’ont Jamais pu fournir les documens de ce procés , ni la déposition en bonne forme de ce tailleur ? C’est peut-être que les phrases obligeantes de Théodore de Bèzeles désarmèrent ; mais au contraire il les traita comme des chiens : ses raïlleries et ses injures les percaïent de part en part, et tous leurs écrits respirent la plus violente haine. Ils avaient donc d’un côté tous les moyens imaginables de trouver les preuves, et de l'autre l'envie la plus passionnée de les trouver : cependant ils ne les ont point fournies.
Dès-là, tout homme équitable doit conclure qu’ils sont de francs calomniateurs.
© Voiei le précis de tout mon raisonnement. Le fait est d’une telle nature que, s’il était véritable, ies preuves juridiques et authentiques ne manqueraient pas. Les accusateurs ont toute lP’adresse et toute la capacité qui sont nécessaires pour trouver ces preuves.
Ils ont le plus grand intérêt du monde de les trouver. Ils ne les ont pas trouvées : c’est parce , faut-il conclure, qu'il n’y en avait pas. M n’y en avait pas, c’est parce, faut-il encore conclure, que le fait en question était chimérique.
Je me suis étendu sur cette pensée, parce qu’il m'a semblé qu’elle peut servir de clef pour débrouiller les incertitudes où nous jettent tant d’écrivains téméraires , qui copient les uns après les autres les accusations les plus atroces , sans se soucier d’en donner des preuves , pendant que d’autre côté les accusés et leurs amis ne cessent de crier à la calomnie.
(X) Ses poésies, intitulées Juveniha, ont donné lieu à de grands vacarmes. ] Elles furent imprimées à Paris l'an 1548, dans l’imprimerie-de Jodocus Badius Ascensius, par Conrad Badius, tant pour lui que pour Robert Étienne, avec privilége du parlement pour trois ans. La taille douce de l’auteur y paraît à la seconde page ; on y marque qu'il avait alors vingt-neuf
Gr2
ans. Îl dédia cet ouvrage à Melchior Wolmar son professeur (*). Ces poësies consistent en Silves, en llégies, en Æpitaphes, en Tableaux, Icones, et en Æpigrammes. C’est en vain que l’on répond aux controversistes que Bèze accoucha de ces poésies impures avant que d’être de la religion; car 11 dément lui-même ceux quis’érigent en ses apologistes par cet endroit-là.
I reconnaît, que dès l’âge de seize ans, il était imbu des lumières du pur évangile ; et que , lorsqu'il abjura extérieurement la papauté, il avait voué à Dieu cette abjuration depuis long-temps (82). La première chose, dont il rend grâces à Dieu dans son testament, est, quod anno ætatis suæ 16, veræ christiancæ religionis cognitione ac luce donatus sit (53). Notez que Morton, ayant avoué dans la première édition de son Apologie catholique, que Bèze , pendant qu'il était papiste , était tel qu’on le représente, erat, erat, sed dum in volutabro vestro miser hæserat. .. dum papista hircus fuit, etc. (84), a corrigé cela dans ia seconde édition, etsoutenu que Bèze avait toujours vécu en honnête homme. Brerleius s’est prévalu de la première édition (85). C’est en vain aussi que l’on recourt à la récriminotion; car ni Muret, ni la Casa, ni cent autres poëtes , qui n’avaient aucuneréformation,niaucuneérection de nouvelle église à établir , n’ont pas dà être distingués par des caractères singuliers de vertu et de piété. Le plus court est de mettre ces poésies de Bèze parmi les péchés de sa jeunesse, dont 1l demanda pardon à Dieu et au public (86). Il est certain qu'il travailla à les supprimer (87) , autant que 5es ennemis travaillèrent à les faire vivre ; et s’il consentit à l’âge de soixante et dix-huit ans que l’on fit une nouvelle édition de ses vers latins, ce ne fut pas pour y laisser insérer ceux
(*) Il faut précepieur. REM. eRIT. |
(82) Epist. dedicator, Confessionis Fidei ad Mel. Wolmarum. ;
(83) Fayus, in Vitâ Bezæ, pag. 73.
(84) Morton, Apolog. cathol, , part. I, lib.
T1, cap. XXI.
(85) Brerleii Apolog. Protest., pag. 550."
(86) Voyez la préface de ses Poésies à André Dudithius, datée du 14 de mai 1569 ; ses Notes sur le chapitre premier de saint Matthieu , ps. 19; ses Réponses à Clande de Saintes , etc.
(85) Fayus, in Vitä Bezæ, pag. Q, ro.
BEZE
qui causèrent du scandale. Je m’étonne qu’on ait cru le contraire (88) ; car non-seulement les auteurs qu’on cite ne disent pas que Bèze donna TOUS ses vers , pour les faire imprimer avec les plus beaux caractères que l’on pit trouver chez les Etiennes ; mais il est certain aussi que l’édition qui se fit alors ne contient point les vers libres du Juvenilia. Considérez bien ces paroles de la Faye : Æccidit ut de Bezæ poematis ageretur et generosus D. Zastrizellus peteret à Bezd sibi donaré illa carmina , quæ cum ipse ,tùm Paludius ( c'était le précepteur de Zastrizellus) vité digna judicarent. Id quüm impetréssent, Bezd concedente, curavit ille in unum colligi Sylvas, Elegias , Epitaphia, Epigrammata , Icones , Emblemata , Catonem censorium , et ut elegantissimis typographi Stephaniani formis excuderentur effecit anno 1597 (89). M. Baillet a fait voir son honnêteté et son équité (9o).
Vous trouverez une bonne justification de Théodore de Bèze dans le Mé- Jange critique de M. Ancillon (91). Il rapporte un beau passage de M, Daillé (92) , où l’on apprend que les infidèles reprochaient à l’église primitive , qu’elle donnait ses plus beaux emplois à des gens que les scandales de leur mauvaise vie avaientrendusodieux et infdmes parmi les paiens M. Ancillon nous renvoie à son Æpologie de Calvin, de Luther, de Zuingle et de
(Y) On a empoisonné l'épigramme de Candide et d’ Audebert.7 1 n’y a rien de plus mal fondé que l’accusation énorme que l’on a fondée sur cette épigramme. Voyez Particle d’Aune- BERT. Ceux qui prétendent que la Candida de Bèze était sa femme se trompent : car la femme de Bëze ne fut jamais grosse , et il y a des vers sur la grossesse de Candide dans le Juvenilia de Pauteur. Quænam illa est Candida ? Uxor mea scilicet, quans in meis versiculis prægnantem superis commendo , quüm uxor mea nunquäam
(88) Jugem. sur les Poëtes, num. 1366.
(89) Ant. Fayus ,in Vità Bezæ, pag. 59.
(go) Enfans célèbres, art. 56.
(or) Au premier tome, pag. 386 et suiv.
(92) Tiré du Sermon XIX sur le chap. III de la Îre. épître de saint Paul à Timothée.
à (5) Ancillon, Mélange critique , tom. I, pag- (ok
BÈZE
êtiam conceperit (94). Je n’ai pu encore rien déterrer touchant la femme de Théodore de Bèze , sinon qu’elle n’était pas de famille , et que leur commerce commença quatre ans avant qu'ils sortissent du royaume , et qu’ils se mariassent en face d'église. Son mari lui rend un bon témoignage.
Uxorem mihi ed quam illa tempora ferebant ratione.….. quatuor circtler annos antè voluntarium meum exilium despondi , genere equidem imparem , sed ed virtute præditam mulierem cujus me poœnitere ab eo tempore minimè oportuerit (95). Scaliger assure qu'elle était fille d’un avocat, et stérile ; et puis il s’écrie : 6 la sotte femme (96) !
L’historien du mari en parle bien autrement : il la loue de plusieurs bonnes qualités, et surtout de sa tendresse conjugale ; mais c’est le style ordinaire de ceux qui écrivent la vie d’un homme de lettres : sa femme, silenaeu, a toujours été d’un grand mérite, et a fait régner la concorde dans la maison. Les oraisons funébres des professeurs n’oublient jamais ce bel endroit, encore que ceux qui les récitent n'aient que trop souvent un Socrate à préconiser. Quoi qu’il en soit, voyons l’éloge de la première femme de Théodore de Bëxzé. Ænno 1588 , mense aprili, è vivis excessit Claudia Denossa Bezæ conjux , cum qud conjunctissimè et honestissimè vixerat annos quadraginta. Fuit illi casus hic gravissimus : erat enim fœmina multm laudata , sedula, frugi et viri sui in primis studiosa (99). Pas un mot de 5a famille : cela fait que je doute un peu de ce que dit Scaliger , qu’elle était fille d’un avocat : et d’ailleurs Bèze serait-il convenu si bonnement qu’il s’était mésallié , si sa femme avait été fille d’un avocat de Paris ?
Cette mésalliance a quelque chose que je ne saurais démêler , et qui laisse des soupcons. Bèze, beau comme un Adonis (98), poli , savant, de l'esprit
(a4) Apolog. alterà ad Claud. de Saintes, Oper., tom. IT, pag. 359, 360. Voyez aussi l’épitre dédicatoire de ses Poésies.
(95) Epist. dedicator. Poëmatum. Voyez aussi la ÎI. Réponse à Claude de Saintes , pag. 360.
(96) In Scaligeranis, au mot Bèze.
(97) Fayus , ên Vità Bezæ, pag. 54.
(98) Voyez son portait par Maimbourg, Hist.
du Calvinisme, pag. 217. On vou dans le Sca- Jigérana, que Beze avait la mine d'un prince. Fuit valdè pulcher senex... fuit valdè præstanti formä, ut judicaretur aliquis princeps,
comme un ange, ne manquant point d'argent , se mésallie ! Un de ceux qui ont répondu au Calvinisme du sieur Maimbourg, nie que la Candida de Bèze soit une certaine dame Claude , Jemme d’un tailleur , et il se sert , entre autres raisons, de celle-ci : Quand Bèze parle de l'agrafe , il se plaint de ce que , coërcet globulos duos rubentes, intra cæca jubet manere claustra : ces expressions d’un sein, dit-il, ne sont pas pour la femme d’un tailleur (99). Qui lui a dit que la femme d’un tailleur de Paris ne pôt porter en ce temps-là une agrafe qui ne permettait pas qu’on lui vit à son aise les tétons? Cet apologiste donne là des observations vétilleuses , qu'il aurait mieux fait de supprimer.
Je ne puis ajouter aucune foi à une chose que j’ai lue dans un ouvrage de M. Ancillon : c’est que Théodore de Bèze épousa en première noces demoiselle Françoise de $S'aint-Marcel d’ Avençon | sœur d’un évesque de Grenoble | qui estoit veufre de IVicolas Odeuoud , frère de Jean IV, premier consul de la mesme ville de Grenoble son premier mary , et de noble Philippe de Poy, seigneur de Fiancé, son second mary (100). Une noblesse si distinguée ne peut s’accorder avec la mésalliance que le prétendu troisième mari avoue si ingénument. D’ailleurs , M. Ancillon ne s'était pas bien instruit de ce qui concerne les mariages de Théodore de Bèze : 1l en admet trois , et il leur applique (101) l’épigramme de Pasquier , que j'ai rapportée dans la remarque (N). :
(Z) On l’a accusé d’avoir souhaité de retourner dans le giron du catholicisme. | Voyez dans la remarque (0) le bruit que l’on fit courir qu'il était mort bon catholique l’an 1597. Ici j'ai à citer un auteur dont le nom et le tempérament étaient de fort bonne intelligence ( 102). Æ-il pas derniérement supplié très-humblement par lettres nostre roi très-chrestien, qu’il lui obtinst absolution et réconciliation de nostre Saint père ? le mesme prince l’a dit par deux diverses fois & un prélat ,
(99) Forez le livre intitulé : Histoire véritable du Calvinisme, pag. 1791.
(xvo) Ancillon, Mélange critique, tom. 1, pag. 379:
(101) La même, pag. 4oô.
(102) Feuardent, Entre-mangeries miuistrales,
lv, TITI , chap, XXIV , pag, 3274.
et m'asseure qu’il ne le révoguera pour hugnostiquerie du monde. Criezet murmurez-en tant que vous voudrez. Le sieur Corneille , n'aguères ministre, m'a dict que le mesme Bèze lui corseillant Laisser tous leurs erreurs , et se rendre.à la foi et église catholique , luy protesta qu'il en feroit autant , s’il pouroit bien aisément sortir de Genève.
Sivousvoulezvous enquérir davantage, il vous dira le jour , Le lieu et les propos d’icelui, avec tant de particulariliés que vous n'en pourrez douter , etc.
Voilà comme le cordeler Feuardent parle de Théodore de Bèze. On est étonné , quand on le voit citer Henri IV , avec tant de confiance ; car, pour lex-ministre Corneille , sa citation ne dit rien. Comparez ceci avec la remarque (R) vers la fin. .:
(AA) LH n'est pas vrai qu’un dominicain l'ait confondu dans une dispute ] Alphonse Fernandez , dans ses Annales des Jacobins, imprimées à Salamanque Yan 1617, conte que Je père Sébastien Michel, religieux de l’ordre de saint Dominique , réprima dans Montpellier le caquet des huguenets, et principalement celui de'T héodore de Bèze , qui faisait souvent des voyages de Genève à Montpellier. M Rivet dit là-dessus, qu’au temps de ce prétendu triomphe , Bèze courait sa quatre - vingt - unième année, et qu’il était hors d'état d'entreprendre de longs voyages , et qu'il est certain que ni cette année-là, ni depuis, 1l ne mit le pied hors du territoire de Genève. Cum tamen certum sit Bezam ibm Oocluagesimum primum annum agentem , illo anno nec potuisset, si voluisset, Montempessulanum adsentare , nec ab illo tempore Genevd excessisse , aut saltem fines Genevensium (103). Je ne crois pas que ce ministre en aucun temps de sa vie ait fait de fréquens voyages de Genève à Montpellier. Nous avons vu (104) qu'on Jui reprochait qu'il mwosait sortir de Genève. M. Rivet ne savait pas qu’en 1601 Pèze fit un tour à Lausanne (105) : il dit alors le dernier adieu à cette ville.
(103) Rivetus, in Jesuitâ vapulante, Oper.
tom. IIT , pag. 409. On wrouve dans ce Traité de Rivet plusieurs réponses aux accuswleurs de Bèze.
(104) Dans la remarque (R) , à La fin.
(105) Fayus, in Vitâ Bezæ, pag. 10.