‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 4)Chapitre 80 sur 109 · PÈZE · texte numérisé non relu

PÈZE

(BB) S’il eût été du parti catholique il se fut trouvé des écrivains réformés qui d'auraient terriblement harcelé sur son Audebent et sur sa Candide.1] Ce serait trop présumer des priviléges de l'orthodoxie et démentir l’expérience, que de croire que tous ceux qui prennent la plume pour le soutien de la vérité, résistent de telle sorte anx impressions du ressentiment, qu'ils ne voient dans les écrits de leur adversaire, que l’état le plus naturel que la justice veut qu’on y trouve. L'épigramme de Théodore de Béze sur Audebert m'est au fond qu’un jeu d’esprit : :elle est pure et nette des horreurs que les mission naires prétendent y découvrir : mais pour y voir cette pureté , il faut être ou des amis de l’auteur , ou n’avoir aucun préjugé mi pour lui ni contre lui : car des qu’on est bien en colère, et que l’on se veut venger des offenses que l’on a recues de cet auteur, on donne un tour criminel à ses paroles.

Les protéstans de la confession de Genève ne doutent point que ceux de la confession d’Augsbourg ne soient une partie de cette église véritable qui conduit au ciel : cependant il y a eu des luthériens si choqués de ce que Bèze avait écrit contre leur parti, qu’ils adoptèrent les médisances des catholiques romains à l’égard de ses Juverilia. Voici un long passage du Calvino-Turcismus , où l’on verra les pensées d’un fameux:théologien de ja confession d’Augsbourg. £t quanquam Theodorus Beza aliter de vitä moribusque Calvini scribat , tamen contra Theodorum Bezam isti arguunt hæc esse verissima, nec unquäm Juculenter et sohidè à Calvinistis refutala.

Nam quod ad Bezæ testimonium attinet , quüm Theodorus Beza ( inquiunt) (*’)eâdem bhæresi, eteodem fermé peccato nobilitatus sit, ut historia de Candidâ meretriculâ (et Audeberto } testatur : memo ipsi hâc in parte fidem habere potest. Vihil certè apud hominem moderatum et æquum valere potest ejus quæcunque vehementissima licet contestatio , si verum est quod juxta istos (*?). Certd constat Theodorum Bezam à pueritiâ imbibisse vatum impudicitiam , et impudentiam , totamque ætatem explendis

(*X) Conrad. Schlusselb., Calvinist. theolog.,

lib. IT, folio 2. :

(*2) Idem, lib, I, folio g2.

BÈZE

suis libidinibus et cupiditatibus , ac describendis suis amoribus , et ulciscendis suis rivalibus exercuisse , atque in meretricem lenam , et cynedum transformatum esse. De quo item constat et hoc (*) quod obcœnissimos versus scripsit ad Germanum Audebertum Aurelie , et eundem tanquam Adonidem à Theodoro Bezä factum esse (106). Le même aveuglement qui engagea Schlusselburgius à écrire de telles choses , se serait trouve dans

uelques auteurs réformés , si Théoht de Bèze eût suivi les traces d’un Claude de Saintes, ou d'un Ronsard (107) , s’il eût été à la bataille de Dreux aumônier du duc de Guise , si au colloque de Poissi il eût harangué contre ceux de la religion, si en un mot il les eût persécutés par ses livres, par ses intrigues , par ses sermons , par ses voyages , etc. Disons donc que la gloire qu’il acquit, en soutenant avec un grand zèle la cause des réformés , fit prendre garde à des poésies, qui sans cela n’eussent fait crier persoune : et s'il était permis de comparer les petites fautes aux grandes (108) , on se souviendrait ici de ce qu’on dira ailleurs de Jean de la Casa. Son Capitolo del Forno serait demeuré inconnu , comme tant d’autres poésies encore plus infâmes , s’il n’eût pas été élevé à la fonction d’inquisiteur. Encore un petit mot. Si Théodore de Bèze, grand persécuteur des huguenots, avait été exposé à leurs libelles à cause de ses Juvenilia, les écrivains de l’autre parti eussent soutenu qu'il n’y avait nul venin dans l'épigramme d’Audebert et de Candide , et qu’il fallait être abandonné à l'esprit de médisance, caractère perpétuel de l’hérésie , pour, etc.

(CC) Garasse se déchatne horriblement contre Bèze. Je rapporterai une de ses calomnies. ] « Le quatrième, » qui à commis une signalée bestise » en matière de sacrement , c’a été » Théodore de Bèze ; car cet homme, » quiavait l'esprit bon pour faire une » épigramme lascive, quoi qu'il ait » fait des fautes puériles en la quan-

(* Folio 93.

(106) Gutielmus Reginaldus, in Calvino-Turcismo, lib. IT, cap. XI, pag. 274.

(x07: Voyez les remarques (D) et \E) de l’article Ronsarp.

(108) . . . Si parva licet componere magnis.

Virgil,, Georg. , lib. IV , vs. 176.

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