BALTHASAR
voir de je ne sais qui (e). M. Balthasar écrivait bien en latin : son Panégyrique de M. Fouquet est d’un beau style *. Je n’ai vu que cela de lui, et je ne sais s’il a publiéautre chose *2. S'il avait été moins scrupuleux sur le langage, il aurait pu faire plus de chemin dans sa Critique de Baronius. Je crois néanmoins qu'il y a de l’hyperbole dans ce qu’on a dit touchant ses scrupules de latinité (A). Je trouve plus vraisemblable ce que l’on à dit touchant son humeur crédule pour les
sortiléges (B).
(e) Tiré d’un mémoire communiqué par M. de la Devèze, ci-devant ministre de Castres, et à présent de la Haye.
*! Cette pièce a été oubliée, non-seulement par le père Lelong , mais encore par les nouveaux éditeurs de sa Bibliothéque historique de la France. En voici le titre que donne Joly : Christ. Balthasari in tribunali altisiodor. adsocati regii Paneg'yricus D. Ni.
Fulceto, regni ministro, sacri ærarii preæ- Jecto. Paris, Langlois, 1655, in-4°.
*2 IL a laissé d’autres écrits, mentionnés dans la Bibl. hist. de la France; mais dans la dernière édition de cet ouvrage, on attribue, dans les tables, à deux auteurs ayant le même prénom, mais qui seraient le père et le fils, Les livres que Joly croit être d’un seul personuage, qui n'aurait jamais été conseiller d'état.
(A) Il y a de lhyperbole dans ce qu'on dit touchant ses scrupules de latinité. | Parmi plusieurs pièces que M.
l'abbé de Marolles fit imprimer les dernières années de sa vie , il y en a une qui contient les noms de ceux qui lui avaient donné de leurs iivres , ou qui l'avaient honoré extraordinairement de leur civilité. C’est là que se trouve ce que l’on va lire.«Christophle » Baltasar , qui avait écrit tant de » recueils de sa main , pour divers » traités historiques manuscrits. 1 » voulait faire des animadversions sur » les Annales de Baronius, mais il s’y » prit un peu tard , et ne s'était pas » encore formé le style, voulant d’ail- » leurs tourner le sien d'une mamière » trop élégante : de sorte qu’ilne pou- » vait faire une page entière de son
r'BAETAG
» livre en un jour , bien qu’il fût Agé » de plus de soixante-trois ans. » Si M. l'abbé de Marolles eût daté le temps qu'il avait en vue, nous saurions à quel âge M. Balthasar obtint pension se synode de Loudun. L (B) On a parlé de son humeur crédule pour les sortiléges. | Le même abbé de Marolles me fournit tout le commentaire de ce texte. Le passage est un peu long , cependant , je ne \'abrégerai point : ce qui ne servira pas pour une chose servira pour une autre. « Retournons maintenant dans » notre cabinet , où , dans une com- » pagnie de gens doctes, se trouvérent » un Jour M. Baltasar , qui est si versé » dans les connaissances de l’histoire, » et M. de Sorbières, dont la douceur » et le savoir sont aussi dignes de » beaucoup de recommandation: l’un » qui, de catholique, s'était fait de la » religion prétendue réformée (1), » et l’autre qui, de protestant, était » rentré dans l’église catholique. Sur » quoi le premier ayant été entrepris, » parce qu’on ne pouvait comprendre » les motifs de son changement , at- » tendu lesexcellentes lumières deson » esprit, dit qu’il s’y était porté par » la persuasion qu’il avait conçue que » dans l’autre communion il y avait » plus de pureté et de simplicité que » dans la nôtre ; qu’on y avait réta- » bli la sainte liberté de l'Évangile, » sous le doux joug de la foi des pro- » messes de Notre-Seigneur , et qu’on » en avait Ôté les abus et la supersti- » tion , pour y mettre le culte selon » Vusage de la primitive église. On lui » disputa bien toutes les parties de sa » réponse ; mais cela n’ayant de rien » servi, on passa à d’autres choses , » et, du propos des miracles, on vint » à celui d’une infinité de contes qui » se font des sorciers , et de diverses » apparitions , qui à peine sont crues » des enfans : par où l’on connut que » celui qui avait témoigné d’être si » ennemi de la superstition l’admet- » tait en quelque sorte par une cré- » dulité assez grande qu’il avait en » ces choses-là : outre que s’étant ex- » pliqué sur les vaines divinations » des astrologues , il fit bien connaî-
(x) Les Mémoires de l'abbé de Marolles furent achevés d'imprimer le 5 janvier 1656. Il faut donc que, dès l'an 1655, pour le moins, M. Balthasar eut fait son abjuration,
» tre qu’il n’y adhérait que trop, » aussi-bien qu'aux prédictions de » Nostradamus dans ses Centuries , où » il n’y eut jamais de barbarie au » monde , qu’on puisse mettre en » comparaison de la sienne. Cela fut » ainsi jugé de touté la compagnie où » était M. l'abbé Talman (2), qui a » Vespritsi bien fait, M. Baudelot (3), » abbé de Massai, et M. l'abbé du » Verdus , qui sont si désabusés des » erreurs populaires, avec M. de la » Herpinière de Blois , si raisonnable » en tous ses sentimens , M. de Mar- » say-le-Bossu , gouverneur de Gien, » qui sait tant de bonnes choses , ct » qui les débite si noblement, et quel- » ie autres’, dont un seul essaya » de maintenir l'opinion qui avait » été rejetée (4). »
(2) IL fallait dire Tallemant.
(3} T1 fallait dire Bourdelot.
(4) L'abbé de Marolles, Mémoires , pag. 276.
BALZAC, petite terre en Angoumois , sur la Charente, est célèbre pour avoir donné son nom, et pour avoir servi longtemps de demeure à l’un des plus éloquens écrivains du XVII®. siecle (A), savoir à lillustre M. ne Bazzac. Il s’appelait Jean-Louis Guez, et il était fils de Guillaume Guez *, gentilhomme de Languedoc (B), qui avait beaucoup de mérite, et qui , s'étant attaché d’abord à Roger de Bellegarde , maréchal de France, et gouverneur du marquisat de Saluces, conduisit fort sagement plusieurs affaires. Il n’avait pas encore vingt-six ans lorsqu'on l’envoya à la cour de Phihibert-
manuel , duc de Savoie, pour des négociations importantes , où il réussit pleinement, et se fit fort estimer de ce prince.
* Joly, d'après les mémoires manuscrits de Lamare, dit que le père de Guillaume était cardeur de laine à Beaucaire... Il ajoute, d’après les manuscrits de Legouz, que G.
Guez sortit de Beaucaire fort gueux et n'ayant qu'un pelit écu dans sa poches
NV
Quelque temps après, il fut gouverneur du fils du maréchal de Bellegarde. Ce jeune seigneur fut tué à la bataille de Coutras , l’an 1587 (a). Le père était mort en 1579 (b). Ainsi Guillaume Guez , ayant perdu ces deux patrons , s’attacha au duc d'Épernon, qui souhaitait de l'avoir aupres de soi. Il lui rendit de grands services en diverses occasions fâcheuses. Henri IV ayant connu l'adresse, la probité, et la fermeté que ce gentilhomme faisait paraître dans les affaires , pour lesquelles le duc d'Épernon l’envoyait en cour, aurait bien voulu l’attacher à son service (c); mais 1l lui trouva plus d’inclination pour la vie de province que pour la vie de cour , à laquelle sa vertu ne se serait pas aisément accommodée. Ce bon gentil homme se fixa dans l’Angoumois, et y mourut le 20 de septembre 1650, âge de cent ans (C). Il avait épousé une demoiselle de la famille de Nesmond, avec laquelle il vécut soixante-quatre ans dans une ‘parfaite concorde (d). Il en eut entre autres enfans le célèbre M. de Balzac, dont je vais parler. Voyez l'éloge la-— tin de Guillaume Guez , composé par M. de Girac, et imprimé à la fin du Socrate chrétien. J’en ai tiré ce qu’on vient de lire, à quoi j'ajoute, 1°. que Guillaume Guez ressemblait si fort au père Narni, que la première fois que M. de Balzac vit ce fameux
\ (a) Le père Anselme, Hist, des grands Offic., pag. 194.
(&) Là méme.
(c) Voyez les Lettres choisies de Balzac, pag. 364, édition de Hollande.
(d) Elle vécut jusqu'en 1653. Voyez la XIXe. Lettre de Balzac à Coprart, div. ZIL.
BALZAC
prédicateur , 2 crut que son père s'était déguisé en capucin (e); 2°. que don Pierre de Saint- Romuald loue, entre plusieurs autres vertus de Guiliaume Guez, la magnificence qu’il fit paraître dans la structure du château de Balzac, et dans celle de sa maison d'Angoulême ( f). Cette maison était embellie et enrichie de raretés st exquises, particulièrement pour les tableaux et autres enjolivemens , que la reine-mere , Marie de Médicis, ne voulut loger que là, pendant son séjour d'Angoulême; 3°. que l’un de ses autres fils * s’appelat M. de Roussines (g ); 4°. qu'il eut une fille, dont M. de Balzac parle assez souvent (D).
(e) Balzac, lie, III.
(f) Saint - Romuald, Trésor chronol. à l'an 1627.
* Joly reproche à Bayle de n'avoir donné qu’un frère à Jean-Louis Balzac. Sa critique est, injuste , comme on voit.
(g) M. de Balzac lui a écrit la XLe. Lettre du livre VIII.
Lettre XXVII à Chapelain,
(A) Elle est célèbre pour avoir donné son nom... a l'un des plus éloquens écrivains du XVII. siècle.] Je ne sais point sur quoi M. Moréri se fonde , quand il dit que ceux de la famille de Guez ont porté le nom de la terre de Balzac. 1°. Il devait savoir qu’il faut écrire Balzac, lorsqu'il s’agit de ce village , et Balsac , lorsqu'il s’agit de l’ancienne maison de Balsac d’'Entragues (1). Il a fait tout le cons traire. 2°, ‘Il n’y a eu que Jean-Louis Guez, quiait porté le nom de Balzac :
son pére a toujours gardé son nom de famille (2) ; et si, depuis la mort de Jean-Louis , quelqu'un de la parenté s’est fait appeler Balzac, je ne crois pas qu’il soit venu à la connaïssance de M. Moréri. Au reste, ce qui a été dit par quelques personnes, Que si
(x) Sorel, Connaissance des bons Livres, pag 28, édition de Hollande, et Ménage, Anti- Baillet, tom. I, pag. 4, l'ont remarquts
(2) Anti-Baillet, tom. TZ, pag. 4.
BALZAC
M. de Balzac n’eûi point pris le nom de sa terre , son nom de fumille étant mis à La téte de ses œuvres n'eût pas eu tant de succès dans le monde; et
qu'en disant Lettres de M. Guez, on:
n'en eût pas conçu une si belle idée; et qu’on se persuade que ce nom de Balzac, étant pris pour celui d’une noble ét ancienne maison assez connue, lui donnait plus d'autorité (3) : cela , disje, est en partie vraisemblable ,et en partie très-faux. Il est vraisemblable qu’un nom aussisimple et aussi peu prévenant que celui de Guez, aurait nui à un auteur à la tête d’un ouvrage (4); mais il est très - faux que Jean - Louis Guez ait mis le nom de Balzac à la tête de ses livres, afin d’éviterun semblable inconvénient , et afin de donner lieu de croire qu’ils venaient d’un grand seigneur: c’est là précisément où Sorel en voulait venir , avec ses expressions confuses et entortillées. Encore un coup, cela est faux ; car Jean-Louis Guez avait pris le nom de Balzac avant que de songer à l'impression de . ‘ Je ne saurais comprendre d’ôù est venu que M. Ménage, qui a fait imprimer les poésies et Les lettres latines de cetauteur , où l’on voit, et sur le titre, et sur le haut de chaque page, le nom de Joannis Ludovici Guezit Balzacü , a dit qu’on y voit celui de Joannis Ludovici Guesæi Balzacü (5). Je dirais que l’imprimeur de V’Anti-Baillet a mis Guesæi au lieu de Guesii, sije ne voyais la même faute dans une édition très-correcte des poésies de M. Ménage (6).
(B) Balzac... était fils de Guillaume Guez, gentilhomme de LEanguedoc.] M. de Balzac représente quelquefois son extraction d’une manière à nous en donner une haute idée. Il dit que ceux à qui il a l'honneur d’appartenir ont fondé des monastères en divers endroits du royaume, et qu’ Angouléme et Toulouse sont glorieuses des marques que leur piété y a laissées (7). 11 nous apprend en un autre
(3) Sorel, Connaissance des bons livres, pag. 28, cité dans les Jugem. des Savans, tom. 1,
pag. 484. ÿ
(4) Voyez la préface des Nouvelles Lettres gontre le Calvinisme de Maimbourg, et dans la lettre XXII , pag. 564, un passage du Mercure Galant sur les Lettres du chevalier d'Her…
(5) Ménage, Anti-Baillet, tom. 1, pag. 4.
(6) 4 l'Index : cette édition est celle de Wetsein, à Amsterdam , en 1687.
(7) Balzac , OEuvres diverses, dise. XIP.