BILLAUT
» qu'Abélard le fut : en un mot, qu'il » perdit les vrais témoins de sa viri- » lité; mais ce qui augmenta encore » le malheur de notre pauvre époux, » fat qu’on sut que le principal ac- » teur de cette tragédie était un nom- » mé Antonius Verdanus, ancien valet » de Bigot. Il n’en fallut pas davan- » tage aux ennemis de Bigot, et l’oc- » casion leur parut trop belle d’inten- » ter de mauvaises affaires à leur ad- » versaire, pour la manquer. Sa femme » futenlevée. On l’accusa du crime de » mutilation, auquel onen joignit » plusieurs autres, qui tous ne de- » mandaient que sa tête. Il se consti- » tua prisonnier assez imprudemment, »et y resta long-temps : il pensa » même n’en sortir, que pour finir » malheureusement sa vie sur un écha- » faud , tant était grand le pouvoir de » ses ennemis , et tant ils donnaient » de mauvais tours à toutesses actions.
» Enfin les grands jours qui se tinrent » à Puy en Velay le tirérent bien de la » prison, mais non pas de la misère où » l'avait réduit cette affaire, qui même » n’était pas encore finie quant au ci- » vilen 1549, quand il fit imprimer » son Christianæ Philosophiæ Prælu- » dium. Lassé de tant d'attaques, il dit » en plusieurs endroits de ce livre, » que les astres lui promettent de » mourir vers le nord, et hors de sa » patrie ; qu’ainsi, il souhaite pouvoir » être en état de se retirer de cette » terre ingrate, et d’aller mourir à » Metz. C’est là sa ville favorite : il n’a » pu s'empêcher de lui adresser plu- » sieurs vers dans son poëme à Jésus- » Christ, et de la prier de ne pas le » rejeter un jour. Tout ceci est pris en » partie d’une épître apologétique, et » d’une autre épître antilogique, etc.
» L’épiître apologétique se trouve dans » un recueil, de l'édition duquel vous » m'avez pas parlé : le voici, Guillel- » mi Bigoti, Lavallensis, Somnium » ad Guillelmum Bellaium Langœum, » Mecænatem suum , in qu cuünt alia » tùm ‘Imperatoris Caroli describitur » ab regno Galliæ depulsio. Ejusdem » explanatrix Somnii Epistola, qui » se item et Guillelmum Budæœum a » quorundam defendit calumniis. Ejus- » dem Catoptron, et alia quædam » poëmala, cusa prius inemendatius.
» Parisiis , 1537, in-8°. L’épiître an- » tilogique se trouve avecle Christia-
» næ Philosophiæ Præludium, opus » cum aliorum tum hominis substan- » tiam luculentis expromens et exem- » plis et rationibus, Guillelmo Bigo- » tio Eavallensi , auctore. Ejusdem et » ad Jesum Christum Carmen sup- » plex , et antilogica dedicatrixque » Epistola (14), perapté tam Prælu- » dio quam reliquis ipsius Christianis » S'eriptis prælegenda: Tolosæ, Guid.
» Boudevillæi, 1549, in-folio. J'ai » déjà dit que le Carmen supplex avait » été commenté par Guill. Figulus.
» Ses notes sont insérées dans cette » édition, aussi-bien que d’autres » qu’il a faites sur d’autres vers du » même Bigot, qui sont à la fin du » même volume (15).
Le mémoire, que je viens d’employer tout tel qu’on me l'avait envoyé, est fort propre à nous apprendre deux choses : l’une, que M. Lancelot se sait admirablement servir des livres qué la bibliothéque Mazarine lui met en main; l’autre, qu'il n’y aurait rien de plus nécessaire à l’auteur d’un livre semblable à celui-ci, que de pouvoir consulter toutes les préfaces , toutes les épîtres dédicatoires,. les apologies, et tous les écrits qu’on nomme éristiques , et toutes les notes des écrivains. C’est là que l’on trouve une infinité de particularités de leur vie.
(x4) Ad Joan, cardinal Bellaium.
(15) Tiré d'un Mémoire manuscrit , communiqué par M. Lancelot.
BILLAUT (Apam), connu sous le nom de maître Adam, était un menuisier de Nevers, qui devint assez bon poëte français. Il se fit connaître premikrement dans sa patrie, et aux princesses de Gonzague (a), qui demeuraient quelquefois dans leur duché de Nevers, et puis, il se hasarda d'aller à Paris, où il trouva des patrons. Ce fut en 1637 qu'il fit ce voyage (A).
M. le duc d'Orléans l’honora
d’une pension (b). Ce nouveau
(a La princesse Marie, et la princesse Anne , dont la première a été reine de Pologne.
(b) Voyez la préface des Chevilles.
poëte publia un recueil de poésies sous le titre de Chevilles de maître Adam, et ne manqua pas d’y joindre les vers qu'un très-grand nombre des poëtes du temps firent à sa louange. M. l’abbé de Marolles l’honora d’une préface qui sent le panégyrique, et où il n’oublia pas de nous apprendre que Pierre Billaut et Jeanne More, pere et mere du
oëte Adam, avaient tiré leur origine du village de Saint-Benindes-Bois au pays de Nivernois. I] paraît par les vers de Maitre Adam, qu'il se fourrait chez les
rands ; mais je ne crois pas qu'il se soit fort enrichi au métier de poëte (B).‘1 mourut le 19 de mai 1662 (c). M. Baillet ne lui a point prodigué l’encens (C). J'ai oui dire une chose que je ne crois point; c’est qu’afin d'avoir de quoi vivre, il fut obligé de reprendre son métier de menuisier.
(c) Saint-Romuald, Journal histor. et chron., au 19 d'octobre, pag. {5o.
(A) Il vint a Paris... Ce fut en 1637 qu'il fit ce voyage.] Toute la preuve que J'en ai est un passage de M. l'abbé de Marolles, où il dit qu’étaut à Nevers , en 1636, 1l fut salué un matin par maître Adam Billaut, qui lui récita de ses vers, et lui en donna des copies. Cet abbé ajoute qu'il promit à la princesse Marie de faire connaître Je talent de ce rare poëte, et que maître Adam vint à Paris l’année d’après. 1 y fut connu, poursut-il, des grands , et de toute La cour (1).
(B) Je ne crois pas'qu’il se soit enrichi au métier de poëte.] 11 ne faut pas toujours prendre au sens littéral ce que les poëtes représentent sur leurs grands besoins à celui dont ils veulent obtenir quelques pistoles ; maïs je crois que notre Billaut n’exagérait point,
(1) Mémoires de l'abbé de Marolles, pag.
BILLI.
lorsqu'il disait (2) que sa pension ne servait qu’au paiement de ses créanclers: ce n’était donc pas le moyen d'acquérir à ses enfans (3) un bon patrimoine. Il avait une pension du cardinal de Richelieu, comme on le peut inférer de ce qu’il prie un de ses amis d'en solliciter le paiement (4).
(C) AZ. Baillet ne lui a point prodigué l'encens.] « Maître Adam, dit- » 11 (5), surnommé Billaut, appe- » lé communément le Vir@ize-+ Au- » Raror, nous a laissé ses Chevilles, » son J’illebrequin, son Rabot, et ses » autres outils, qu'il s’est avisé de » vouloir immortaliser , en les consa- » crant aux divinités du Parnasse.... »
Æ moins que de savoir que c'était un menuisier sans lettres et sans étude, on le fera passer pour un poëte médiocre, et peut-étre pour un Goujat du Parnasse..… ; car il faut tomber d'accord que c’est aux menuisiers et aux autres artisans que M. Adam fait honneur , plutôt qu'aux poëtes et aux muses.
(2) Dans l’épttre dédicatoire de ses Chevilles au comte d'Arpajon.
(3) Il avait femme et enfans. Préface de M. de Marolles.
(4) Chevilles, pag. 110, édition de Rouen, en 1654.
(5) Jugemens sur les Poëtes, num. 1458.
BILLT ( Jacques ne }), abbé de Saint-Michel en l’'Herm, était un des savans hommes du XVI*.
siecle. Il a traduit en latin plusieurs ouvrages des pères grecs , el nommément Grégoire de Nazianze , d’une maniere qui a contenté les connaisseurs (a). Je lui avais destiné un long article ; mais je n’ai pu trouver sa vie, composée par Jean Chatard (b) :
ainsi je renvoie mes lecteurs à M. Moréri. etme contente d’obseryer ici quelques méprises du savant M. de Launoi (A), qui a publié deux /ettres, qui nous apprennent que Jacques de Bill:
se plaignait fort d’être à Paris. I]
(a) Foyez M. Baillet, Jugemens sur les traducteurs , num, 873.
(b) Voyez Teissier , Biblioth. Bibliothecar , pag. 170.
BILLI.
s'en plaignait, entre autres rai sons, à cause de la cherté des vivres , et à cause du temps qu’il Jui fallait perdre avec les dames (B). Une sœur, qu’il avait chez madame de Montmorenci, l’engageait à cette perte de temps.
Tout le monde ne demeure pas d'accord que sa traduction de Grégoire de Nazianze soit bonne : je m'en vais rapporter des choses, qui feront juger qu’elle ne l’est pas (C).
(A) J’observerai touchant de Billi |
quelques méprises du savant M. de Launoi. | Il a inséré dans son Histoire, du collége de Navarre (1) deux £ettres de Jacques de Bilki à Jacques Pelletier, et il a cru qu’elles ont été écrites l’an 1582. C’est n'avoir point su que l’auteur de ces deux lettres est mort l’an 1981. La Croix du Maine l’aflirme.
M. Baillet le suppose comme certain en divers endroits de sesjugemens. Moréri marque le 22 de novembre 1580.
Mais Thevet , au II. tome des Éloges, pag. 292, marque le 25 de décembre 158r. il a plus de raison que Moréri.
L’ignorance de semblables choses n’est rien, et ne peut faire aucun tort à un habile homme; mais je ne saurais comprendre que l’on puisse donner à connaître que l’on ignore d’autres faits infiniment plus considerables , sans se faire quelque tort. M. de Launoi, en publiant ces deux lettres comme. écrites l’an 1582, a dû croire que le prince de Condé était alors en prison ; que l’amiral , ayant ramassé Îles débris de l’armée , avait passé la Loire, et faisait beaucoup de ravages ; que le duc de Guise le poursuivait à grandes journées, etc. Toutes ces choses sont clairement contenues dans la première des deux lettres de Jacques de Billi , avec cette autre circonstance, qu’il s’en était peu fallu que le prince de Condé ne se sauvât de la prison; ce qui avait obligé la reine à le faire transporter à Chartres, Il est visible que cette lettre fut écrite au commencement de l’année 1563. La date, que M. de Launoi prodait , est
(3) Pag. 360.
gas Lutetiæ 10 Calend. Feb. 1582 (2). M a trouvé sans doute dans l'original celle du lieu et du jour, et il y a joint celle de l’année. On ne sait pas sur quoi ila pu fonder ses conjectures :
on sait seulement, ou qu'il n’a fait aucune attention au contenu de cette lettre, ou qu'il n’était guère versé dans notre histoire moderne. D’ailleurs Ja publication de ces lettres témoigne qu’il n’entendait rien dans le grec; car il a laissé plusieurs fautes que les imprimeurs avaient commises, sur quelques paroles grecques dont notre abbé s'était servi. Par exemple, ce vers d'Homére,
"And Tè jy mporéTuxñar édoouer XVUUEVO ep, Ili., Gb. XPTII, v. 12e a été imprimé ainsi,
Ann Ta er mporle TéxVæ £AOUEY,
dXVUmegi rep.
(B) Z! se plaignait du temps qu'il lui fallait perdre avec les dames.] Pour savoir toutes les raisons qui l’engageaient à regretter le séjour de la province, il faut l'entendre lui-même :
Hic omniaperturbata , morbis infesta; hic extrema annonæ caritas , hic meo sueco victilandum , hîc cursitandum , litigandum , et sororis causé quæ apud Magistri Equitum uxorem educatur inter puellas , tempus terendum et perdendum *. Ce dernier point ne sent guère son abbé : aussi ne parlonsnous pas d’un abbé de cour; mais d’un abbé qui était grand grec, et qui n'avait que ses études en tête.
(C) Woici des choses qui feront juger que sa traduction de Grégoire de Nazianze n'est pas bonne.] Elle fut d’abord imprimée à Paris, en 1569, et à Cologne , en 1576, et puis encore à Paris , l'an 1583. Cette dernière édition fut faite par les soins de Génebrard, et dédiée au pape Grégoire XIII : elle est beaucoup plus ample et plus exacte. C’est cette version que l’on a mise a côté du texte grec dans l'édition de Paris en deux volumes,
(2) C’est-a-dire, le 23 de janvier.
* Pour que ce passage eût le sens que Bayle lui donne dans le texte , il faudrait que la virgule fut placée après educatur et non après puellus. Ainsi , comme le remarque Leclerc, ce passage latin de Billi ne dit pas ce que Bayle lui fait dire. Joly renvoie au reste pour l'article de JS. Billi au tome XXII des Mémoires de Niseron.
re faite par Morel en 1609 (3). Le père Louvart , bénédictin, qui a dessein de travailler à une nouvelle édition de Grégoire de Nazianze , compte parmi les difficultés qui retarderont l’exécution de cette entreprise, la nécessité de retoucher La belle version de l'abbé Billy (4). Quand elle répondrailencore moins au texte, dit-il (5), gue ne l’ont remarqué dans leurs pré- Jaces les éditeurs méme de Paris, en 1610 et 1611, «la profonde vé- » nération qu’on a pour la mémoire » et l’érudition de ce grand homme , » féra toujours qu’on conservera de » la version tout ce qui se pourra.
» Et si ce que remarque le savant » père Pétau sur saint Epiphane, » qu'il est plus difficile de rajuster » une version, que d’en faire une » nouvelle; si, dis-je, cela n’est pas » vrai d’une version savante et polie, » comme celle de l'abbé de Bill, cela » pourra abréger le travail, au moins » épargner le chagrin de relever trop » sensiblement certaines fautes qui » ont échappé à ce savant abbé, qui » possédait d’ailleurs si parfaitement » les deux langues. Au reste, le pére » Sirmond n’est pas le seul qui ait » corrigé cette version. On ne la re- » connaît presque pas dans les Dog- » mes théologiques du père Pétau , » où saint Grégoire est cité jusqu’à » chaque page. Ce qui est d'autant » plus considérable , qu’outre la con- » naissance incomparable qu'avait » des deux langues ce savant jésuite, » il possédait encore en perfection la » théologie des pères grecs. »
De quelque civilité que l’on use en parlant ainsi, on ne laisse pas de faire entendre bien clairement que sette version de notre abbé de Billi est fort imparfaite,
Le même bénédictin réfute ce qui avait été avancé dans un mémoire fourni aux journalistes de Trévoux, que l’abbé de Billi abandonna son manuscrit aux libraires. Cet illustre abbé, dit-il (6), a fait imprimer de Son vivant son saint Grégoire latin, pour la seconde fois. Pour de manu-
(3) Du Pin, Biblioth., tom. 11, pag. 222, ë dition d'Amsterdam.
(4) Foyez les Mémoires de Trévoux, juil.
1904 , pag. 1247, édition de France.
(5) La même.
(6) Mémoires de Trévoux, juillet 1704, pas.
1248 et suuiv.
BILLI.
scrit grec de l'abbé de Billy , iünyen eut jamais en état d'étreimprimé. On sera surpris de la nouveauté de cette proposition , aprés ce que Chatard en a dit dans l'Eloge de l'abbé de Billy, et ce que Génebrard en écrivait au pape Grégoire XIII, l’an 1582, incontinent après La mort de cet abbé.
Cette lettre se lit encore dans trois éditions de Paris. J'ai entre les mains ce prétendu MS. grec de l'abbé de Billy, l'original méme qui à passé de cet abbé à Génebrard , et des mains de celui-ci en la bibliothéque de M. Pétau, d’où les libraires de Paris le tirèrent pour imprimer , disaient-ils, le texte grec revu par l’abbe de Billy. Je suis prét de le montrer à tout le monde , et de les convaincre au doigt et a l'œil, qu’il n'y eut jamais de texte grec rétabli par l'abbé de Billy, ni par aucun autre. Saint Grégoire... est.…, le seul des quatre docteurs de l'église grecque, dont le texte soit resté dans la corruption de sa première édition, si méme l’édition de Paris n'y a beaucoup ajouté
Il est certain, de l’aveu même des éditeurs de Paris , (1 et 2 préface) que cet abbé n’a rien laissé quant au texte grec de saint Grégoire qu’une édition de Bâle chez Hervagius , l’an 1550, dans laquelle, à force de deviner , on lit à la marge , quelquefois entre les lignes , tantôt un mot latin, tantôt un mot grec... C’estun chaos, que je ne crois pas que son illustre auteur pÜt débrouiller lui-même, s’ilrevenait aprésent au monde... Morel, en sa préface, parle à peu près de méme de ce manuscril; eltous ceux qui voudront peuvent s'en convaincre par leurs propres yeux, Ce fut pourtant cette prétendue correction du texte grec par l'abbé de Billy, qu'on abandonna à un correcteur d'imprimerie , qui, n'y comprenant rien (ce n’était pas merveille ), n'imprima ni l'édition de Bâle, ni cette prétendue correction ; mais je ne sais quel composé des deux a sa fantaisie... Je laisse a juger après cela s’il y a eu de la bonne foi aux libraires à tromper le public par ce titre si capable d’imposer par le seul nom de l'abbé de Billy, Jacobus Billius..... cum MSS. Regiis contulit, emendavit, etc. (8).
(9) Lü même, pag: 1250, (8) Notez que le Mémoire du père Louvart