‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 4)Chapitre 89 sur 109 · BIRON. BLANC. BLANCHE. BLANDRATA · texte numérisé non relu

BIRON. BLANC. BLANCHE. BLANDRATA

montre assez souvent que le manque de pain et d’habits inspire beaucoup de verbiage, ilest certain qu'il y a une infinité de choses que l’on n'ose dire quand on est mal habillé :

..... . Plurima sunt quæ Non audent homines pertusd dicere len& (55).

Il est certain, dis-je, que l’indigence engourdit les mains à plusieurs personnes , et qu’elle leur ferme la bouche comme Théognis le remarquait.

Et, sur ce fondement, son avis fut que l’on se défit de la misère avec tous les soins imaginables, et qu’on préférât même la mort à la pauvreté.

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Tebvaves, qins Küpve, meviXp® LRéntepov dvd}, "H we Xanemÿ Tapouevor mevin ! 1 Virum bonum pauperias, quam aliæ res omnes domat magis,

Et quam senectus cana, Cyrne , et quam Jebris.

Quam quidem paupertatem oportet fugere , elin immensum mare Projicere et petras, Cyrne , contra altas.

Omnis enim vir paupertate domitus , neque quicquam dicere ,

Neque fagere potest : lingua verd ill ligata est.

Oportet igilur simul superterram et laia dorsa maris,

Quærere gravis, Cyrne, liberationem pauperlatis :

Mori, 6 ammice Cyrne, pauperi melius est viro,

Quam vivere duré afflictum paupertate (56).

Les paroles de Théognis, rapportées par Plutarque, se trouvent dans les vers que l’on vient de lire. Mais comme c’est un théologien qui a vécu long-temps avant notre Bion, on ne saurait disculper Plutarque : car s’il a parlé de ce Bion , il a été un fort mauvais chronologue; et s'il a parlé

(55) Juvenal. , sat. V , vs. 130.

(56) Theognis, ps. 173, pag. 17:

d’un autre Bion, il a eu grand tort de ne pas le faire savoir à ses lecteurs.

Je ne sais si quelqu'un a jamais pris garde à cette faute.

BIRON , maréchal de France.

Cherchez GoNTAUT.

BLANC (Awpré), jésuite de Génes , écrivit contre le probabilisme un ouvrage qu'il publia sous le nom de Candidus Philalethus, Van 1642. Mercorus et Gonet , deux fameux thomistes , ont dit faussement qu'il fut le premier jésuite qui prit la plume en Italie contre le dogme de la probabilité; car des l’année 1600, Paul Comitolus *, jésuite italien, avait fait la même chose. Voyez V'Anti-Probabilismus du pere Gisbert, provincial des jésuites en la province de Toulouse, page

* Avant Comitolus, dit Leclerc, un autre jésuite nommé Rebellus, mort dès 1608, s'était déclaré contre la probabilité. Get article d'André Blanc parut pour la première fois dans l’édition de 1720; il est donc posthume ; ce qui explique pourquoi il est si court et sans remarque. Joly, pour y suppléer , dit qu'André Blanc entré chez les jésuites à quinze ans, en 1602, professa d’abord, puis devint un célèbre prédicateur, et mourut le 29 mars 1657. Joly donne la liste de ses ouvrages au nombre de dix- sept.

(a) Il est imprimé à Paris, l'un 1703, in-l{o.

BLANC (Louis LE) , professeur en théologie à Sedan. Cherchez BEAULIEU.

BLANCHE de Castille, mere de saint Louis, roi de France.

Cherchez CAsTiLE ( Blanche de ).

BLANDRAT A (GEoRGE), mé--

decin italien, natif du marquisat de Saluces (A), a vécu au XVI.

siècle. Il se sauva de Pavie (a) , où l’inquisition lui aurait joué quelque mauvais tour , et se re-

(a) Biblioth. antitrinit., pag. 28.

454 | … tira à Geneve (B). Il y embrassa la religion protestante, et d’abord il édifia l’Église par sa conduite et sa docilité ; mais on s’aper— cut dans la suite, qu'il attaquait sourdement la divinité de Jésus- Christ. Il ne se contenta pas de répandre ses diflicultés parmi les ignorans : 1l les proposa aussi au ministre de l’église italienne.

Ce ministre, qui était de la maison des comtes de Martinengue , le renvoya bien loin , et ne voulut pas même se servir de lui dans ses maladies , ni dans celles de sa femme, quoique Blandra— ta lui offrit avec une grande ardeur tout ce qui dépendait de son art. Calvin, auquel les mêmes difficultés furent proposées cent fois, voyant, qu'apres avoir témoigné qu’on acquiesçait à ses réponses, on revenait le lendemain à la charge, se mit enfin en colère contre Blandrata, et le traita durement (GC). {1 continua néanmoins de le saluer et de lui parler, etil eut même la com— plaisance de répondre par écrit à ses objections (b). Mais ayant découvert qu’on lui avait tendu un piége, en demandant une réponse par écrit, il ne voulut plus écouter Blandrata. On rapporte que cet hérétique accusa Calvin, en présence de tout le peuple , d’avoir écrit quelque chose , et que cette accusation fut convaincue de fausseté par l'exhibition de l’original. Quelque temps après, on fit dans le ’ consistoire de l’église italienne les procédures dont je parle ail leurs (c). Calvin assura Blandra-

(b) Cet écrit est imprimé dans le volume des Opuscules de Calvin.

(c) Dans l’article de (Jean-Paul) AzcIAT, et clans celui de (Valentin) GENTILIS.

BLANDRATA.

ta qu'il ne serait point rechetché touchant ses fautes passées ; mais Blandrata ne s’y fia point ; car au bout de quelques jours, ayant vu entrer l’un des syndics de la république dans l’auditoire de théologie où il entendait une lecon de Calvin , il feignit de saigner du nez, et s'enfuit au plus vite, et ne rentra plus à Genève (d) (D). Comme il avait autrefois exercé la médecine dans la Pologne et dans la Transilyanie, 1l se destina ce théâtre pour y dogmatiser tout à son aise (e).

Il s’en alla donc en Pologne l’an 1558, et y fut recu honorablement de ceux de la religion. Calvin lui fit voir qu’un théologien de sa force a les mains longues (E) : il écrivit plusieurs lettres aux fidèles de Pologne , pour les exciter à chasser du milieu d'eux ce personnage, qui pouvait infecter de ses hérésies la pureté de la foi. L’impression que firent ces lettres traversa beaucoup les desseins de George Blandrata ; mais rien ne lui fut plus contraire que les discordes qui s’éleverent entre ceux qui comme lui combattaient le mystere de la Trinité : et néanmoins ces discordes n’empècherent pas qu’on ne frayät le chemin à l’hérésie socinienne, qui s'établit quelque

temps après en ces quartiers-là.

Il changea de scene l’an 1563, ayant été appelé en Transilvanie par le prince Jean Sigismond ( f).

N'oublions pas qu’à son arrivée

(d) Tiré de la GCCXXIT-. Lettrede Calvin.

(e) Post varias deliberationes ita fors tulit ut Blandrata, qui medicinam dit in Poloni& primbm, deindè in Transylvaniä apud reginas fecerat, ed reverteretur. Beza , Epist. LXXXI.

(f) Biblioth. antitrin.. pag. 28.

BLANDRATA.

en Pologne on le fit ancien des églises qui étaient sous le ressort de Cracovie (g); et qu’en 1660, au synode de Xianz , auquel :l avait apporté la somme de six cents écus de la part de Nicolas Radzivil, grand chancelier de Lithuanie , il fut donne pour assesseur à Cruciger, avec son bon ami Lismanin (h). Ce Cruciger était surintendant des églises ; et Von craignait que, sil n'avait point de collègues , le gouvernement ecclésiastique ne ressentit trop la papauté (7). N'oublions pas non plus qu'en 1561, Blandrata parut au synode.de Pinczovie, avec des lettres de recommandation de Nicolas Radzivil , et qu'il y donna une confession de foi, en vertu de laquelle la compagnie lui expédia un témoignage honorable (F). S’étant retiré en Transilvanie , appuyé qu’il fut de la faveur de Jean Sigismond , dont il était médecin, et de celle de Petrovits premier munistre d'état, 1l fit hautement lever la tête à son hérésie; et surtout, apres la dispute publique qu’il soutint avec François David contre quelques docteurs réformés, en presence de toute la cour lan 1566 (k). Le prince se rangea entierement au parti des anütrinitaires, et mourut dans cette foi, entre les mains de Blandrata , l’an 1570 (Z). Cet hérétique ne manqua pas de nouveaux

(g) Lä même. Voyez aussi Galvini Epistola CCCXX.

(k) Lætus, Compendium Hist. univers., pag. 412.

(i) Idem, ibid.

(4) Foyez Maimbourg, Hist. de l’Arianisme , tom. IIT, pag. 346, édit. de Hollande,

(7) Maimbourg, {à méme, pag. ;

maïs il a mis 1571, au lieu de 1570.

patrons : 1l fut médecin d'Étienne et de Christophle Battori, princes de Transilvanie. I] le fut aussi d'Étienne, lorsque ce prince jouissait du royaume de Pologne, et il fut même de son conseil privé (m). Il s’opposa de toutes ses forces à François David , qui , non content de nier avec les autres unitaires la divinité de Jesus—Christ, soutenait de plus qu’ilne fallait pas l’adorer. Bländrata fit venir du fond de la Suisse Fauste Socin à son secours , afin de lopposer à ce François David (n) : il lefit, dis-je, venir Van 1578, en Transilvanie, où il était médecin du prince Christophle Battori. La faveur où :l se vit aupres du roi de Pologne lui fit prendre un si grand plaisir à thésauriser que, de peur de refroidir la libéralité de ce prince , il abandonna les intérêts des unitaires, et se mit à favoriser les jésuites (G). Il vivait encore environ l’an 1585 (o), lorsque Bellarmin écrivait son traité de Christo ; mais il était mort en 1592, quand Socin écrivait contre Wuiekus. Le pere Maimbourg débite que Blandrata devint furieux, et qu'il fut assommié par un de ses neveux qui enleva tout son argent (p). Je ne sais ce que l’on doit croire touchant la fureur ; mais l’autre fait est certain, et n’a pas manqué d’être attribué à un jugement de Dieu , tant par les orthodoxes , que par les hétérodoxes (H). On peut voir la liste des ouvrages de (en) Voyez la fin de la remarque(E).

(2) Wissowatii Narrat. compend. in Bibl.

antitrit., pag. 213.

(o) Bibl. antitrin,, pag. 28.

(p) Maimb., Hist. de l'Arianisme, tom. IE}, pag. 301, ex Rescio de Atheïsmo evang.

Blandrata dans la bibliotheque des antitrinitaires (1). On avait à Genève une si mauvaise opinion de sa plume, qu’on ÿ croyait que les écrits qui paraissaient sous son nom étaient retouchés par un autre (K). Je rapporterai dans la remarque (D) plusieurs fausses dates concernant ses aventures , et dans la remarque (K) plusieurs méprises touchant ses erreurs.

Je ne dois pas finir, sans dire que les historiens unitaires par— lent de la confession de foi qu'il donna aux synodes de Pologne avec tant de déguisemens (9).

Les anachronismes et les chimères de M. Varillas sont si étranges, qu’on ne peut se dispenser d’y faire quelques refléxions (L).

Depuis la seconde édition, j’ai vu un livre , où l’on assure qu'il avait bien bu, avant que de se coucher, la nuit qu'il mourut ; et que c'était un problème, si quelqu'un de ses parens , ou le diable , avait tué (M).

(g) Vide Histor. reformat. Pollon. pag.

130, et Biblioth. antitrin. pag. 185, 186.

(A) IT était natif du marquisat de Saluces.]Qui n’admirerait que M. Moréri se soit avisé d'observer une grande différence entre le Piémont et ce marquisat? Blandrata, dit-il, était Piémontais. D'autres disent qu’il était natif du marquisat de Saluces. Ce ne sont nullement deux opinions différentes. Ceux qui l’ont fait Piémontais n’ont pas prétendu mettre ce marquisat hors du Piémont : ils ont pris le Piémont dans sa signification générale, comme l’on fait quand on ne se propose pas d'expliquer exactement, et en géographe, tous les états du duc de Savoie. Or, il est sûr qu’en ce senslà le marquisat de Saluces est une partie du Piémont. Voyez le Dictionnaire de M. Baudrand. |

(B) EL se retira à Genève. \ M. Mo-

BLANDRATA.

réri le fait aller de Pavie en Pologne, et ne dit rien du voyage de Genève.

Cela n’est nullement exact. Blandrata fat plus d’une fois en Pologne ; et c’est ce qu'il fallait remarquer. Il y avait exercé la médecine avant que d’aller à Genève. Il l'avait aussi exercée en Transilvanie avant ce même voyage de Genève : et comme il avait été en ces pays-là un médecin de distinction , puisqu'il avait été médecin de reines, il aima (1) mieux s’y retirer que d'aller ailleurs , lorsqu'il ne crut point pouvoir demeurer en sûreté, ni à Genève, ni en Suisse. Voilà une de ces combinaisons du moral avec le physique dont le père Mallebranche a parlé dans son Traité de la nature et de la grâce. Pourquoi at-il fallu que la Pologne, que la Transilvanie, aient été plus tôt infectées des erreurs des sociniens qu’un autre pays?

C’est que les lois générales, qui excitent nos passions naturelleset notre bon sens, ont voulu que Georges Blandrata, contraint de chercher une retraite, lait plutôt choisie dans un lieu où il avait beaucoup d'habitudes, que dans un pays inconnu. Voilà pourquoi, sortant de Genève, il s’en alla en Pologne : et quand il y fut, il y attira les Alciat et les Socin ; il s’intrigua chez les grands; un prince de Transilvanie, dont 1l était médecin, fat son prosélyte, etc. Quoi qu’il em soit, M. Moréri aurait dû dire que Blandrata avait été médecin en Pologneet en Transilvanie avant que l’inquisition de Pavie mît les mains sur lui; que, s'étant sauvé de Pavie, il s’en alla à Genève; et que, sortant de Genève, il s’en retourna en Pologne. |

(C) Calvin... le traita durement. ] Calvin avoue sans facon les injures qu’il lui dit. Je vois à votre mine le détestable monstre que vous nourrissez dans votre cœur, Rapportons le passage tout entier. Æodem tempore , suis quæstionibus fatigabat Calvinum, edque magis quod cum subindé fingeret se placatum esse et acquiescere responsis, postridiè redibat quasi novus, nec desinebat ea ipsa de quibus sæpè audierat , sciscitari. ltaque coactus est ei Calvinus in faciem dicere, vultus tuus detestabile monstrum mihi osten-

(1) Voyez dans-la citation (e), le passage de la Lettre LXXXI de Théodore de Bèze.

dit quod in corde occultum foves ; ac sæpius eum asperè objurgavit, ut si fieri posset, corrigeret perfidiam , et fallacias dolosque tortuosos , quorum fastidio erat quodammododefessus (2).

(D) IL s'enfuit au plus vite, et ne rentra plus à Genève. | Plusieurs auteurs se trompent sur le temps auquel Blandrata sortit de Genève. Ils disent qu’il n’en sortit qu'après que Valentin Gentilis se fut retiré sur les terres du canton de Berne; mais cela est faux.

Gentilis ne se retira qu'après l’amende honorable qu’on lui fit faire par tous les carrefours de la ville, le 2 de septembre 1558. Æbnegatione per compita civitatis fact& , dimittitur ( Gentilis ) præstito jurejurando sese portas urbis non excessurum : mox tamen violaté fide ad Matthœum Gribaldum in S'abaudiam profugit. Seuuti sunt aliquantd post Alciatus et landrata (3). Primus Valentinus Gentilis in judicium vocatus, simula- 14 pœnitentid non sine insigni perjurio profugit. Sequutus est Paulus Alciatus, aut etiam præcessit, solo malæ conscientiæ vulnere adacius. Blandrata aliquanto post (4). Erat ille Blandrata S'aluciensis , professione medicus , qui Gentilem Genev4 profugum paulo post sequutus fuit (5). Or, il paraît par une lettre de Pierre Martyr, datée de l’onzième de juillet 1558, que Blandrata et Alciat avaient déjà été à Zurich , et qu’ils n’en étaient parlis qu'après que Martyr leur eut donné ce conseil. L'erreur de Hornius est infiniment plus grossière. Il dit ro Blandrata et Alciat se retirèrent e Suisse en Pologne , épouvantés du supplice de Servet et de Gentilis, et qu'ayant été chassés de Pologne lan 1565, Alciat s’alla faire Turc , et Blandrata s’enfuiten Transilvanie (6).

Il n’y a rien de vrai là-dedans. Jai réfuté ailleurs (7) le prétendu mahométisme de Jean-Paul Alciat, et je dis ici que Blandrata se retira en Pologne la même année qu'il quitta Genève, c'est-à-dire l’an 1558. Or, comme le

(2) Calvini Epistola CCCXXII.

(3) Beza , in Vitä Calvini..

et Idem, Epistolà LXXXI.

5) Hoornbeek, Apparatus advers. socinian,, pag. 24. l

(6) Hornius, Hist. eccles., pag. 351, édition. an. 1687.

(7) Ci-dessus , remarque (D) de l'article de {Jean-Paul} Arcrar.

BLANDRATA.

supplice de Gentilis est une affaire de l'an 1566, on juge sans peine s’il pat être cause que Blandrata sortit du pays des Suisses, et se réfugiÂt en Pologne. Si ce supplice l'avait déterminé à se sauver en ce pays là, auraitil pu en être chassé lan 1565 ? Des gens plus croyables que Hornius en ces matières assurent que Jean Sigismond, prince de Transilvanie, fit venir auprés de lui Blandrata , environ lan 1563 (8). Ce ne fut donc pas un arrêt de bannissement qui l’obligea de s'enfuir de Pologne en Transilvanie l’an 1565. Jean Lætus a commis une bévue surprenante dans son Abrégé de l'Histoire universelle (9). I! fait dans trois lignes deux personnes du médecin Blandrata , et de George Blandrata : il dit du premier que le synode de Xianz le donna pour assesseur au surintendant des églises, l'an 1560; et il suppose que le second alla en Pologne lorsqu’à peine les désordres de Stancarus étaient cessés. Nouveau mensonge : les disputes que Stancarus avait excitées, en soutenant que Jésus-Christ n’était point notre médiateur selon sa nature divine, étaient dans leur plus grande force à l’arrivée de Blandrata. Tum autem fortè Francisoi Stancari Mantuani petulantissimi hominis importunitate (ut sanè fatalis esse videtur Polonis Italia) scissæ erant Polonicæ ecclesiæ (10). Mais tout ceci n’est rien en comparaison des anachronismes du père Maimbourg. Il envoie en Transilvanie notre Blandrata dès l’an 1553 (11). Il suppose qu’en la même année le prince Jean Sigismond prenait plaisir d’entendre son médecin, lorsque , voulant faire le théologien, il parlait en philosophe de la Trinité qu’il traitait de chimére. 1] ajoute que ce*prince n’osa pas encore se déclarer , tant parce que sa mère, La reine Isabelle , princesse très-catholique | vivait encore, que parce que Soliman ne souhaitait pas qu’on souffrît la diversité des sectes.

Cela regarde lan 1555, Il dit que , par complaisance pour Soliman, on chassa tous les hérétiques ; mais que la

(8) Biblioth. antitrin., pag. 28. Histor. Relor» mat. Polonicæ, pag. 370.

(9) Pag. 412.

(xo) Beza, Epistoli LXXXI.

(x1) Histoire de l'Arianisme, tom. IIT, pag:

345, édition de Hollande,

reine et Soliman étant morts bientôt après, en 1566, les novateurs revinrent et jouirent d’une grande liberté, et que ce fut pour lors que Blandrata corrompit {a plupart de la cour. Quelle manière de narrer les choses ! et combien de faussetés! Nous verrons ci-dessous ( 12) les anachronismes et les visions de Varillas.

(E) Calvin lui fit voir qu'un théologien de sa force a les mains longues (13). | Nous voyons par les lettres de Calvin que les églises de Pologne concurent beaucoup d’estime et d’amitié pour Blandrata ; mais nous voyons aussi par les histoires sociniennes que les lettres de Calvin furent regardées comme une persécution fâcheuse, qui contraignit Blandrata de se retirer ailleurs. Voici des preuves de l’un et de l’autre de ces deux faits. V’aidè miror hominem quem sola ostentatio et fastuosus vullus commendat tlanti apud vos fieri, ut quasi novus Atlas Ecclesiam sustineat suis humeris. Certè tam inconsideratæ credulitatis nisi me puderet , gentem vestram non amarern....

(14). Unum non dissimulo , eos qui tam humaniter Georgium Blandratam exceperunt parum fuisse cautos et providos, et malé consuluisse vestræ existimationi. Magis etiam miror quosdam Primariæ auctoritatis viros gravier offendi quod liberè hominem detexerim (15)... Ergo non vulgare fecit operæ pretium longo itinere quod tanlum sibi nomen acquisierit. Vullus est apud alias gentes , vos admiramini non sechus atque Angelum è cœlo delapsum. Vestras delicias minimè vobis invideo (16). Vous voyez avec quel zèle on se fâche de ce que Blandrata avait trouvé tant de dupes qui l’admiraient, et qui s'étaient scandalisées d’un écrit public où on l'avait tympanisé (19).

Voyons présentement les preuves de l'opération de ce remède, Calvinus, his non contentus, Blandratam, quum alié ratione non posset , lutteris in Poloniam missis persequi, apud patronos et fratres acriter criminari, ila cuncta

(12) Dans la remarque (L). é

(13) Voyez la remarque {E) de l’article de (Jean-Paul) Azcrar.

(x4) Calvinus, Epist. CCCXIX.

(15) Idem, Epist. CCCXX.

(16) Idem, Epistolà CCCXXI.

(17) C'est la préface du Commentaire de Calvin sur les Actes des apôtres.

BLANDRATA.

ad eum perdendum agere..…. Illæ ejus luteræ fidem in multorum animis invenerant (18)... Quam ille ( Blandrata ) vocationem tantd alacriüs amplexus est, quod eum Calvinus missis per Poloniam et Lituaniam litteris persequi non destiterit, ila ut ei tutam in his oris vitam agere per ejus cacozeliam non licuerit, prout in superioribus exposuimus (19)... Cum nec hic quietè degere posset, Calvino scriptis suis eum persequente, à Johanne &igismundo principe circa an. 1563 evocatus , concessit in Transylvaniam ; atque illic egit ipsius, hinc Stephani et Christophori Bathoreorum Transylvaniæ principum , immo et $Stephani ad regnum Poloniæ jam evecti archiatrum et consiliarium intimum (20).

Socin, en lui dédiant sa II. réponse à Volanus, le traite de Stephani regis Polonicæ archiater et consiliarius inlimus.

(F) ZL parut au synode de Pinczovie en 1561 avec des lettres de recommandation de ÎVicolas Radzivil, et il y donna une confession de foi, en vertu de laquelle il obtint un témoignage honorable. Ce que Calvin avait écrit à ce,grand seigneur polonais, pour avertir que George Blandrata couvait dans son sein les hérésies de Servet, n'avait point encore produit l'effet nécessaire : les artifices de Blandrata avaient éludé le coup ; car Nicolas Radzivil se plaignit très-fortement de la conduite des églises envers Blandrata , et déclara que Calvin en avait usé injustement et étourdi-

ment. Homo iste facilè technis suis

fallacibus optimo principi fucum fa-

cit , adeù ut ille iratus Joh. Calvino, Blandratam nomine suo ad synodum Pinczoviensem, an. 1561 , 25 jun. habitam, delegaret cum litteris, quibus serio expostulabat in causé Blandraiæ cum ecclesiä , dicebatque malé et præcipitanter egisse J. Calvinum, quod Blandratam traduceret, et Servetismi notaret (21). Blandrata plaida sa cause dans le synode, avec beaucoup de hardiesse , et fort finement, et voici la confession qu’il donna : elle était

(18) Histor. Reformat. Polon. , pag. 126.

(xo) La même, pag. 170:

(20) Bibl. antitrinit., pag. 28.

(21) Andreas Wengerscius, Slavoniæ Reformatæ Lib. I, «ap. XIII, pag. 85 editionis anni 1679.

BLANDRATA.

trés-orthodoxe. Fateor me credere in unum Deum Patrem, in unum Dorminum Jesum Christum Filium ejus, et in unum Spiritum Sanctum, quorum quilibet est essentialiter Deus. Deorum p'uralitatem detestor, cum unus nobis sit tantm Deus essentid indivisibilis. Fateor tres esse distinctas hypostases et æternam Christi divinilatem ac generationem, et Spiritum S'anctum verum et æternum Deum ab utroque procedentein (22). L'effet de cette confession fut tel que le synode munit Blandrata d’un bon témoignage; ce qui parut même par les lettres que la Compagnie écrivit à Nicolas Radzivil , et à Jean Calvin (23).

(G) 1! abandonna les intéréts des unitaires , et favorisa les jésuites. ] C’est ce que nous apprenons de Socin, qui en fait ses doléances dans ‘la réponse au père Wuiekus. Il avoue que Blandrata avait rendu beaucoup de services à leur secte : de nosiris ecclesis aliquando præclarè est meritus ; mais il se relâcha, dit-il, sur ses vieux jours. Aaud pauld ante mortem suam, vivente adhuc Stephano rese Poloniæ , in illius'\gratiam , et quo illum erga se liberaliorem {ut fecit) redderet, plurimum remisisse de studio suo in ecclesiis nostris Transylvanicis nostrisque hominibus juvandis ; imo ed tandem devenisse, ut vix exislimaretur priorem quam tantoperè foverat de Deo et Christo sententiam retinere ; sed potius jesuitis qui in ed propincid tunc temporis Stephani regis et ejus fratris Christophori , principis haud multô ante vité functi, ope ac liberalitate non mediocriter florebant , jam adhiærere, aut certè cum eis quodammodo colludere. Illud certissimum est, eum ab eo tempore quo liberalitater quam ambiebat, regis $tephani erga se est expertus , cœpisse quosdam ex nnstris hominibus quos carissimos prius habebat et suis opibus juvabat, spernere ac deserere , etiam conlra promissa et obligationem suam, et tandem illos penitüs deseruisse, atque omni veræ ac Sinceræ pietatis studio valedixisse, et solis pecuniis congerendis intentum fuisse , quæ forlasse, jusussimo Dei judicio , quod gravissimum exercere solet contra ta-

(22) Tdem , ibid. , pag. 86.

(22) Tdern, ibid.

les desertores, ei necem ab eo quem suum hæredem fecerat, conciliérunt (24). La manière dont le fils de son frère se défit de lui fut, dit-on, de l’étouffer pendant qu’il dormait (25).

(H) Sa mort fut attribuée à un jugement de Dieu,tant par les orthodoxes, que par les hétérodoxes. | Nous avons vu (26) comment Socin lui applique le très-juste jugement que Dieu est accoutumé d'exercer avec une très-grande sévérilé contre ceux qui abandonnent sa cause pour des intérêts mondains.

Si le père Maimbourg avait eu quelque connaissance des bons sentimens de Blandrata pour les jésuites , iln’eût point jugé de sa fin comme il a fait, et il n’y aurait pas cousu la fureur.

Mais laissons parlér un docte théologien de Leyde: Æ fratris sui filio in lecto jacens suffocatus fuit : sanè non extra justam Dei ultionem in hominem quem primum in istis ecclesiis execrandæ h&æresis, multarum in Deum et ejus veritatem blasphemiarum , librorum horrendissimorum turbarumque gravissimarum auclorem , non aliter quäm singulari diroque mortis genere occumbere oportuit (27). Konig s'est trompé quant au temps. Periit, dit-il, in lecto, strangulatus per fratruelem quem hæredem constituerat an. 1560.

(1) La liste des ouvrages de Blandrata se trouve dans la Bibliothéque des antitrinitaires. | Ils sont de deux sortes : les uns ne lui appartiennent qu’en partie, les autres paraissent lui appartenir en propre. De ce dernier ordre sont quelques thèses, quelques lettres, et quelques observaiions touchant l'invocation de Jésus-Christ, qui n’ont été imprimées que dans d’autres livres. La plupart furent insérées dans un écrit que Jacques Paléologue publia en 1580, où il réfute le jugement des églises polonaises sur la cause de Francois David. Quant aux ouvrages où Blandrata n’a fait que contribuer sa part, les principaux sont les deux Conférences tenues à Albe-Jule , lune en 1566, l’autre en 1568; le livre intitulée, De falsé et verd unius Dei

(24) Socini Respons. ad Wuiekum , cap. XI, pag. 43. Voyez Hoorubeek, Appar., pag, 25.

(25) Voyez ci-dessous , citation (25).

(26) Dans la remarque (G).

(27) Hoornbeek, Appar., pag. 26.

Patris Fil et Spiritts Sancti cognitione, authoribus ministris ecclesiarum consentientium in Sarmali& et Transylvanid, imprimé à Albe-Jule, Van 1567 (28); et celui qui a pour ütre, Refutatio Scripti Georgii Majoris, in quo Deum trinum in personis, et unum essentid, unicum deindè ejus filium in persond, et duplicem in naturis , ex lacunis Antichristi probare conatus est, imprimé l’an 1569. Hoornbeek se plaint justement que ces hérétiques aient inséré dans ces deux écrits certaines peintures abominables , qui avaient servi à représenter 12 Trinité (29) : T'emeraria et horrenda papistarum simulacra, quæ œæternd oblivione et execratione sepelienda erant potius.. non detegenda illa pudenda et prostituenda coram omnibus, etc. (30).

(K) On croyait ses écrits retouchés par un autre. ] Bèze le déclare assez nettement : Æxtat, dit-il (31), apud me ipsius Blandratæ epistola (non tamen scripta sine Theseo, si Blandratam bené novi) in qu& Gregorium suo quodam jure non tantm de illä pædobaptismi controversid non salis opportunè motlé increpat, verüm etiam apertè illum à Tritheismo ad Samosateni dogma revocare nititur. Mais ce qu’il avait déjà dit décide plus fortement la chose ; car il avait nommé la personne qui ajustait les pensées de Blandrata. Petro quodam Statorio juvene, alioqui bono ingenio nec contemnend& doctrinä prædito, operam omnem suam fucandis barbarissimi scriptoris Blandratæ commentis navante. J'aurais pu ne rapporter qu’une partie du premier passage; mais j'ai eu mes raisons pour faire ce que J'ai fait. Les paroles que j'ai citées, qui ne servent de rien à la preuve de la question, servent à réfuter M. Moréri sur ce qu'il n’a pas bien caractérisé Vhérésie de Blandrata. IL laccuse d'avoir enseigné l’arianisme, et les mêmes dogmes que Valentin Gentilis. C’est parler d’une facon trop vague , et même trompeuse. Blandrata fut d’abord arien : je le crois; mais il

(28) Bellarmin avait vu ce livre, et l'a cité plusieurs fous.

(29) Hoornbeek , Apparat., pag. 27, Voyez aussi pag. 55.

(30) Idem , ibiul., pag. 27.

(31) Beza, Epistolà LXXXI.

BLANDRATA,

ne fit que passer par cette opinion : il donna dans celle de Paul de Samosate, et y fut plus fixe que dans aucune autre. C’est donc par cet endroit-là , qu'il doit être caractérisé, et non point par l’arianisme. Considérez la nature de la lettre dont Bèze parle dans le commencement de cette remarque. De plus, il est certain que Socin , et les histoires du socinianisme, parlent de Blandrata comme d’un socinien; et du prince Jean Sigismond , comme d’un homme, qui , après les conférences que l’on tint en sa présence, embrassa la doctrine des unitaires, au sens que les sociniens se donnent ce nom (32). M. Maimbourg ne donne que J’arianisme à Blandrata, et au prince Jean Sigismond; et il prétend que Blandrata gagna le ministre Francois David, qui, dit-il (33), de protestant qu'il était, se fit arien. Voilà deux nouveaux mensonges. François David était pis que socinien, et ce fut lui qui rapprocha de ce système Blandrata.

Écoutons Théodore de Bèze. /ncidit Blandrata in Transylvaniam rediens in quemdam Franciscum Davidis paulo magis quam superiores illi, ut ajunt, providum, qui cum nimium crassam esse illam Tritheitarum blasphemiam simpliciter propositam animadvertisset , maluit omnia involvere, permiatis omnium penè hdc in re hæreseon comments, quam simpliciter suam sententiam profiteri (34). La vérité est que Blandrata , goûtant les hypothèses samosaténiennes de Francois David , et les trouvant plus unies que le galimatias qu'il avait cru jusqu’alors, abandonna là le tritheisme, et devint bon unitaire. Gentilis n’en fit pas autant; et ainsi M. Moréri ne devait point brouiller ensemble les dogmes de ces gens-là. Ecoutons encore une fois Théodore de Bèze. /ndè in Moraviam ad Blandratam et Alciatum aliosque nihilo meliores discedit (Gentilis;) ubi cum satis inter eos convenire non posset, quod à triiheismo ad samosatenum plerique transivissent.… in Sabaudiam ad suurm

Gribaldum redit (35). De Blandratà

(32) Wissowat., Narrat. compend. in Bibl.

Antitrinit., pag. 213.

(33) Maimbourg, Hist. de l'Arianisme , tom.

TITI , pag. 345.

(34) Beza, Epistolà LXXXI.

(35) Beza, in Vità Calvini.

BLANDRATA. 46:

rogatus (Gentilis,) periit eliam, inquit, ut qui in Sabellii et Samosateni delirium inciderit (36).

(L) Les anachronismes et les chimères de M. Varillas.… méritent quelques reflexions. Îl raconte que Georges Blandrat , persuadé qu'un bel esprit ne pouvait demeurer long-temps dans la religion catholique... , s'était donné la peine de chercher entre les hérésies anciennes celle qui lui reviendrait le mieux, et s'était enfin arrété à celle des ariens.… (37); qu’il Pavait enseignée d’une facon toute nouvelle dans. la ville de Pavie (38) ; que le magistrat l'avait confiné dans une prison , d'où il ne serait jamais sort, s'il n'eut trouvé l'invention de corrompre un concierge qui le sauva; qu'il se réfugia dans Genève, où ne se trouvant pas assez libre , il voyagea jusqu’à ce qu’il trouva dans la Transilvanie ce qu'il avait inutilement cherché partout ailleurs. « Les esprits » y étaient extrêmement aigris contre » la maison d'Autriche, à cause du » meurtre du cardinal Martinusius.… » Ces dispositions parurent si belles à » Blandrat , qu'il s'arrêta dans la » Transilvanie, à dessein de s’en pré- » valoir. » Il se fit connaître par le talent qu’il avait pour la médecine : il fut élevé à La dignité de médecin du jeune Jean Sigismond. « Les plus » grands de la Transilvanie se tin- » rent honorés apres le choix que » leur souverain avait fait de la » personne de Blandrat, qu’il‘ daignÂt » les visiter dans leurs maladies , et » il s’y rendit assidu. Il ne leur par- » lait durant le cours de leur mal, » que des choses les plus divertissan- » tes; mais après qu’il les avait guéris, » ou qu'il les avait au moins persua- » dés qu'il avait beaucoup contribué » à leur guérison, il changeait insen- » siblement de discours, et leur par- » Jait de politique. Il leur faisait ob- » server qu'il fallait bien que les Ita- » Jiens qui avaient tué le cardinal » Martinusius, et que la maison d’Au- » triche , qui certainement avait » ordonné où du moins approuvé ce » crime, ne fussent pas persuadés de » la religion catholique; puisqu'ils

(36) Idem, Epistolà LXXXI.

(37) Varillas , Hist. de l'Héresie : liv. XPIIT, pag. 149, édition de Hollande,

(38) La même, pag. 190.

» n’avaient point fait de scrupule » d’attenter à la vie d’un homme qui » leur devait être inviolable par ce » qu'il y avait de plus sacré dans la » religion catholique, puisqu'il était » tout ensemble prêtre, archevêque, » et cardinal. Si Blandrat apercevait » que sa proposition ne fût pas tout- » à-fait bien recue, il en demeurait » là ; mais s’il remarquait qu’on l’eût » écoutée avec avidité, il ajoutait » tout bas, et comme s’il avait voulu » expliquer un grand mystère, que la » religion catholique en l’état déplo- » rable où la corruption humaine » l'avait réduite , n’était plus qu’un » artfice dont la cour de Rome et la » maison d'Autriche se servaient pour » partager entre elles l’empire de tout » le monde; que la cour de Rome » usait de cette illusion, pour se main- » tenir et s’accroître dans la tyrannie » qu’elle avait usurpée sur les con- » sciences ; et que la maison d’Au- » triche s’en prévalait aussi, pour » établir dans l’Europe une seule mo- » narchie, qui serait la sienne; que » les nouvelles sectes avaient à la » vérité reconnu le mal; mais qu’elles » n’y avaient pas apporté de remède, » puisqu’en recevant la Trinité des » personnes divines dans la manière » que les papes en avaient établi la » créance, il fallait par une suite » nécessaire ajouter foi au reste de la » doctrine des mêmes papes, qui » n’était que des conséquences tirées » de ce principe. Au lieu qu’en ne » reconnaissant point en Dieu plus de » personnes que de natures, on ôte- » rait toutes les diflicultés formées » durant quinze siècles en matière de » christianisme; on mettrait l’Ecri- » ture Sainte en état d’être entendue » par elle-même; on n'aurait plus

RU de concile ; et les papes, » n'étant plus consultés, perdraient » leur autorité. Ce furent là les voies » par où Parianisme recommenca » dans la Transilvanie (39).

Peu de paroles sufliront pour faire voir des impostures de cet historien, et pour le convaincre qu'il a débité comme des faits historiques les imaginations qui s’élevaient dans son esprit. Considérez seulement qu’il suppose que tout ceci se passa l’an 1552:

(39) Maimbourg, Histoire de l'Arianisme, pag. 151, 152.

et il fallait bien qu'il le supposit, puisque Martinusius avait été massacré vers la fin de l’année précédente.

Notez aussi qu'il suppose que Blandrat s'était retiré de Genève, avant que d'aller dogmatiser en Transilvanie. Que penserez-vous aprés cela, lofsque Yous saurez que cet hérétique ne quitta Genève qu’en 1558, et qu’il ne fut attiré en Transilvanie, pour y être médecin de Jean Sigismond , que vers Van 1563? Que direz-vous de tant de raisonnemens fondés sur le meurtre du cardinal Martinusius ? Que direzvous de l'adresse avec quoi'il ménagea les dispositions des esprits que ce meurtre venait d’aigrir ? Prenez bien garde que personne ne l’accuse d’avoir

ogmatisé en Transilvanie pendant le séjour qu’il y fit avant que d’avoir été emprisonné à Pavie.

(M) J'ai lu qu’il avait bien bu... la nuit qu'il mourut; et que c'était un problème , si... le diable l'avait tué. ] L'auteur qui m’apprend cela, est un moine, dont je donnerai l'article.

Blandrata, dit-il (4o), cui cum sano ante œdes cjus affuissem , secundä nocte subito extinctus est, utrm à Satané , an ab affine , toto quo fui in Transylvanié iempore sub judice lis Juit. Hoc certum , quod optimo, priùs quäm cubitum concederet , vino incaluerat.

(4o) Leonardus Rubenus, de Idololatriä, lib.

IT, cap. II, pag. 7.

BLOMBERG (Barnes) était une fille de bonne maison à Ratis— bonne, au temps de l’empereur Charles-Quint. On a cru pendant fort long-temps qu’elle avait couché avec lui, et qu’elle lui avait donné un fils, qui fut le célebre don Juan d'Autriche ; mais présentement la plus commune opinion est qu’elle ne fit que servir de couverture à une grande princesse, dont Charles- Quint eut ce bâtard. J'en parle plus au long dans un autre lieu (a). Des le temps de Brantôme,

(a) Dans la remarque (À) de l'article de (don Juan d’) AUTRICHE, tom. IT , pag. 596.

BLOMBERG.

on commençait à douter que la dame qui passait pour la mere de Juan d'Autriche le fût effectivement (A). On doutait moins que l’empereur eût joui d’elle (B); et dans lé fond , 11 n’y avait point de conséquence de l’un à l’autre. Ce prince aurait bien puse divertir avec la belle Barbe Blomberg, qu’on ne lui avait d’abord amenée qu'afin qu’elle chantât devant lui, pour lui dissiper son chagrin ; il aurait bien pu, disje, passer du plaisir de l'oreille à tous les autres , sans avoir un fils de cette maîtresse (b). Quoi qu'il en soit, Juan d'Autriche mourut tres-persuadé que Barbe Blomberg était sa mere, et il la recommanda sur ce pied-là au roi d'Espagne. Cette recommandation fut suivie de son effet.

Philippe IT, à qui la véritable mère n’était pas inconnue (c) , fit tout ce qu’il fallait pour tromper le monde. Il fit venir en Espagne Barbe Blomberg, la même année que don Juan mourut (d), et lui fit un tres-bon accueil. Il lenvoya quelque temps apres à Mazote , dans le monastère royal de Saint-Cyprien , avec un bon équipage. Après y avoir vécu quatre ans, elle s’en alla à Lareda , attirée par le bon air du lieu, et y mourut. Brantôme nous apprendra avec qui elle avait été mariée. Elle avait un fils, que don Juan, qui le croyait son frere utérin, recommanda au roi d'Espagne en mourant, et

(b) Barbara Blomberga , Ratisbonensis , formé ac genere juxtà nobilis. Ex quä ad Carolum inducté& ut mœrorem canlu allevaret, etc. Strada, lib. X, dec. T, pag. 6xx.

(c) Voyez La remarque (À) de l’article de (don Juan d') AUTRICHE, tom. IT, pag. 590.

(d) En 1578.

BLOMBERG.

qui s'appelait Pyrame Conrad {C). Il servit sous le duc de Parme (e).

(e) Ex Stradà , decad. I, lib. X.

(A) Elle a long-temps passé pour mère de don Juan d'Autriche. Dés le temps de Brantôme , on commençait à douter qu’elle le fut effectivement. ] Je m'en vais dire un peu au long ce qu’il nous apprend sur cette affaire.

« Juan d'Autriche fut fils naturel du » grand empereur Charles-Quint, et » d’une grande dame et comtesse de » Flandre mère d’un grand , dont » nous avons parlé, ou possible en » parlerons , et non point d’une bou- » langère de Bruxelles, ou d’une la- » vandière, comme la plupart du » commun l’a dit; laquelle était belle » en toute extrémité, et on la nom- » mait dame Barbe de Plomberg , qui » fut depuis mariée au seigneur Re- » quel, gentilhomme du pays de » Namur ou de Luxembourg. De la- » voir bien aimée , et joui d'elle, il Le » faut croire : mais qu’elle ait été » mère de dom Jean, ce sont abus ; » car il tenait par trop du noble, et » d’un côté et de l’autre. Aussitôt » qu'il fut né, l’empereur, son pére , » envoya quérir un riche pasteur des » montagnes de Liége , et le lui don- » na à nourrir et à l’élever fort cu- » rieusement, sans que beaucoup de » personnes le sussent, et à endurer » et s’endurcir au travail, ni plus ni » moins qu’un de ses enfans ; sans le » nourrir mollement ni délicatement, » et sans qu'il dît qu'il fût fils de » l'empereur; sinon au bout de quel- » que temps, qu'il vint à se faire » grand, et que l’empereur voulut » quitter le monde, et se retirer en » Éspagne; qu'il commanda au roi » son fils de l’envoyer quérir, com- » mandant au pasteur pareillement » de l’amener , et qu’il s’en servit, et » lui ordonna une pension fort belle » et grande; et le lui recommanda » plusieurs fois comme si c’était son » propre frère. Jai appris cela en » Espagne de quelques grands et ha- » biles hommes, qui le savaient bien.

» Voilà que c’est d’une belle et géné- » reuse naissance. Celui qui avait été » nourri en maison champêtre , com- » me un pasteur , se rendit depuis si

» gentil, si galant, si honnête, et si » agréable , comme il a été, et sentant » si peu sa nourriture rurale, ainsi » que j'ai vu en Espagne. Car il était » fort beau, de fort bonne grâce, » comme Jai dit : et s’il avait été » nourri en vie rustique , si n’en » tenait-il rien; car il avait fort » bonne et belle facon parmi les sol- » dats : il avait bien aussi bonne et » belle grâce parmi les dames, des- » quelles il était fort doucement re- » gardé, et bien venu auprès d’elles » (1) ». ;

Je ferai trois remarques sur ce discours. 1°. Il semble que Brantôme ait cru que dame Barbe de Blomberg était une boulangère de Bruxelles, ou une lavandière; car puisqu'il ne saurait croire qu’elle ait été la mère d’un prince qui tenait par trop du noble et d'un côté et de l’autre, il faut qu'il ait distingué de la grande dame et comtesse de Flandre qu’il reconnaît pour la mère de don Juan; il faut, dis-je, qu’il ait distingué de cette comtesse la dame Barbe de Plombergh. S'il n'avait pas fait cette distinction, il faudrait dire qu'il a pris pour une seule et même personne Barbe de Plombergh, et la comtesse de Flandre ; mais, en ce cas, eût-il pu dire que don Juan tenait trop du noble pour:être fils de Barbe de Plombergh ? Il s’est donc trompé sur la famille et sur le pays de cette Barbe :

elle était une demoiselle de Ratisbonne, de fort bonne condition, et non pas une boulangère ou une lavanditre de Bruxelles. 2°. Ce serait mal prouver qu’un grand prince n'aurait pas eu un bâtard d’une fille de petite condition, que de le prouver en disant que ce bâtard tient par trop du noble et d’un côte et de l’autre ; car si l’on veut dire qu'il est de grande maison, tant du côté paternel, que du maternel, on suppose ce qui est en question, on n’allègue point de preuve :

on dit simplement, i/ est fils d’une grande dame , parce qu'il est fils d'une grande dame; raisonnement ridicule.

Si l’on veut dire que de tous côtés on remarque en lui des inclinations trop nobles, trop grandes, pour croire que sa naissance ne soit point noble tant du côté maternel que du paternel,

(x) Brantôme , Vies des Capitaines étrangers, tom. IT, pag, 49.

c’est encore un méchant raisonnement; puisque lexpérience montre que les grands seigneurs qui se mésallent ont des enfans aussi fiers, et aussi entétés de grandeur, que ceux qui ne se mésallient pas. Je suppose que d’ailleurs l'éducation soit égale. Trouve-ton de la bassesse dans les sultans , qui sont quelquefois fils d’une misérable paysanne ? 3°, Cette éducation chezun berger du pays de Liége est démentie par les bons historiens, comme est Famianus Strada. Voyez l'article de Juan d’AurricHe (2).

. (B)...on doutait moins qué l’empereur et joui d'elle, ] Nous venons d’entendre Brantôme, qui dit de l'avoir bien aimce et joui d'elle, il le faut croire. Il y a fort peu d'apparence que Charles-Quint ait négocié pour cette feinte auprès de la demoiselle de Ratisbonne , avant que d’avoir lié avec elle un commerce très-étroit. Il n’y a pas plus d'apparence que la demoiselle ait été moius facile sur l'être , que sur le paraître ; car ordinairement, on redoute plus le dernier que le premier; et l’on s’estimerait très-malheureuse de passer par le dernier , sans avoir passé par le premier. L'auteur des Nouveaux Dialogues des morts pourrait dire cent jolies choses selon cette idée particulière de la conduite de Barbe Blombersg. Il en a dit de bonnes selon l’idée différente de celle-là (3).

(C) Ælle avait un fils qu s'appelait Pyrame Conrad. | L'auteur wallon, qui a publié à Amsterdam, en l’année 1690, la Vie de Juan d’Autriche, croit que Blombergue était veuve, quand elle souffrit de passer pour la maîtresse de Charles - Quint, et que Pyrame Conrad était son fils légitime (4). S'il avait pris garde à ce qu'il rapporte dans la page 250, il aurait vu trés-facilement que ce Pyrame était plus jeune que Juan d'Autriche. Strada, qu'il copie, rapporte que don Juan avait envoyé en Bourgogne son prétendu frère, pour l'y faire étudier ; et qu'ayant su que Pyrame avait bientôt jeté bas les livres, et s'était plongé dans la débauche, :ïl Vavait fait mettre en prison. Voilà son état à la mort du prince. Le roi

(2) Vers le commencement du texte.

(:) Dans le Dialogue de Lucrèce et de Barbe Blomberg.

(4) Vie de dou Juan d'Autriche, pag. xr.

Fa

BLONDEL

d’Espagne, ayant égard à la recommandation de don Juan, écrivit au duc de Parme de savoir l’inclination de Pyrame. Le duc lui apprit qu’il en avait reçu une lettre, où le jeune homme se reconnaissait mal propre et sans inclination aux lettres, et qu’il souhaitait de porter les armes. Le roi ordonna qu’il fit son apprentissage de guerre sous le duc de Parme, et lui assigna une pension de trente écus par mois. Voilà jusqu’où le père Strada le

conduit (5).

(5) Strada, decad. TI, pag. 627.

BLONDEL (Davi), ministre protestant au XVII‘. siècle, a passé pour un des hommes du monde qui avait la plus grande connaissance de l’histoire ecclésiastique , et de l’histoire civile.

Il était de Châlons en Champagne (a), et il fut reçu ministre dans un synode de l’Ile-de- France , l’an 1614 (b). Il exerça son ministere à Houdan, aupres de Paris. Il commença d’écrire peu d'années apres pour la cause de ceux de la religion ; car 1l fit imprimer à Sedan, en l’année 1619, un ouvrage intitulé, Modeste Déclaration de la sincérité et vérité des églises réformées de France. C'était une réponse aux invectives de trois ou quatre écrivains du parti contraire, et en particulier à celles de M. l’évêque de Luçon, qui a été si connu depuis sous le nom de cardinal de Richelieu.Des lors, Blondel fut regardé comme un sujet de grande espérance. Aussi eut-iltoujours des emplois d’honneur dans les synodes. Il fut secrétaire plus de vingt fois dans

(a) Catalaunensis, et non pas Cabilonensis, de Châlons-sur-Saëne, comme on l’assure dans le Diarium de Witte.

(b) Voyez La préface qu’il a mise au-devant d’un livrede M. Dallé intitulé, Apologia pro duobus synodis nationalibus.

BLONDEL

ceux de l'Ile-de-France (c) (A).

On le députa quatre fois de suite aux synodes nationaux (B), où il ne manquait jamais d’être choisi pour dresser et pour recueillir les actes. Ce fut lui, apparemment , que le synode national de Castres députa au roi l’an 1626, et qui remercia * sa majesté, au nom de la com-— pagnie (d). Sa Harangue est tout du long au XII°. tome du Mercure français. Ce même synode le chargea d'écrire pour la défense du parti(e). J’ai oui dire qu’on avait principalement en vue les Annales de Baronius , et qu’on ne crut pas qu'aucun protestant fût plus capable que Blondel de les détruire. Effectivement il avait une mémoire prodigieuse (C), et une lecture tout-à-fait vaste; et 1l ne manquait pas de pénétration, pour faire des découvertes, et pour tirer des conséquences avantageuses d’un fait. Son style était rude, etembarrassé d’un peu trop de parenthèses (D) ; mais qu'importe, cela l’eût-il empêché de réfuter une fausseté ? Il a paru par l'événement, qu'il ne se fit pas une affaire de la réfutation de Baronius (Ë), ét qu'il s’appli-

(c) Voyez la méme préface.

* L'auteur des Observations insérées dans la Bibl. france. XXIX, 190, dit que dans la table du synode.de Castres, il n’ÿ à qu’un député du nom de Blondel. Ce synode fit deux députations au roi. D. Blondel ne fut que de la seconde dont l’objet était de faire au roi des. représentations, sur les. Justes el réels griefs des réformés, et non de lui adresser des remercümens.

(d) Si je ne l’assure pas, c’est parce qw’il men dit rien lorsqu'il parle de ce synode.

Outre que le Mercure français ne dit pas

David Blondel, mais simplement Blondel.

Or il y avait plus d’un ministre de ce

nomence temps-là. :

(e) Voyez la préface citée ci-dessus.

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