TOME I
ua beaucoup plus à d’autres choses. Il fut demandé au synode national de Charenton, lan 1631, par la province d'Anjou, pour être professeur en théolo— gie à Saumur ( f) : mais cette demande n’eut point de suite; soit qu’on crût que, comime il n’avait aucun talent pour la chaire (F) , il était moins propre qu’un autre à l'instruction des étudians.
en théologie, soit qu'on crût que , s’attachant uniquement à l’histoire qui était son fort, il pourrait se mieux signaler pour le parti. Quoi qu'il en soit, il demeura attaché à la province de l'Ile-de-France. Le synode national de Charenton le fit professeur honoraire, l’an 1645 (G), avec une pension convenable ; ce qui ne s’était jamais pratiqué envers personne (2) (H).
Les Éclaircissemens sur l’Eucharistie (*); un gros livre de La Primauté en l'église (1); le Pseudo - Isidorus et Turrianus vapulantes(k), qui est un ouvrage contre les Épitres Décrétales ; le Traité des Sibylles (2) où il s'inscrit en faux contre les ora— cles qu’on leur attribue, et où il réfute l’ancienne pratique de la prière pour les morts ; le Traité de Episcopis et Presbyteris
:(m), plurent beaucoup aux pro-
testans : mais quelques-uns d’eux désapprouvèrent qu'il ne s’attachàät pas tout entier à la con-
(f) Voyez l’épitre dédicatoire de .ses Actes authentiques. |
(g) La préface citée ci-dessus, citation (b).
(2) À Rouen, en 1641, in-80.
() 4 Genève, en 1641, in-fol.
(4) A Genève, en 1628, in4°. Voyez or ce Pseudo-fsidorus; £a remarque
(4 Charenton, en 1619, in4°> (m) 4 Amsterdam , en 1646.
troverse, et qu’il se mélât dans les disputes de l’histoire civile, comme quand il fit un ouvrage de Formuläregnante Christo (n).
Il y en eut aussi qui furent scandalisés du livre qu’il publia pour montrer que ce qu'on débite touchant la papesse Jeanne est une fable ridicule (1). Apres la mort de Vossius, 1l fut appelé pour lui succéder dans la profession de l’histoire, par les curateurs de l’école illustre d’Amsterdam. Il s’y transportal’an 1650, et continua ses veilles et ses travaux avecson application ordinaire. ce qui, joint au changement d’air, lui attira beaucoup d’incommodités, et lui fit perdre la vue. On assure qu’en cet état 1l ne laissa pas de dicter deux volumes in=folio sur la Généalogie des rois de France contre. Chifflet (o). On prétend qu'il entreprit cet ouvrage à la prière de M. le chancelier Séguier. Il se trouva en Hollande des esprits chagrins, qui tachèerent de le rendre suspect d’arminianisme (K), et qui blämèrent les Considérations religieuses et politiques quil publia durant la uerre de Cromwel et des Hollandais (L). 11 mourut le 6 d’ayril 1655, âgé de soixante-quatre ans. Il avait deux freres plus âgés que lui, tous deux ministres :
l’un s'appelait Moïse, et l’autre Aaron. Moïse BLonpez fut ministre à Meaux, et puis à Londres , et publia un livre de controverse , qui témoignequ’ilavait de l’érudition (M). On prétend
que ses lumières ne furent pas
(n) À Amsterdam , en 1646, in-4o.
(o) Ils sont en latin, et furent imprimés à Amsterdam en 1654.
BLONDEL
inutiles à son frere (N). Il était encore en vie l’an 1645 ( p). Ce fut lui qui fournit le manuscrit sur lequel l’éclaircissement de la papesse fut imprimé (g). J'ai oublié de dire qu Amand Flavien est un faux nom , que David Blondel se donna à la tête d’un petit livre de la Liberté de conscience, qui, fut opposé à la bulle d’Innocent X, contre la paix de Munster, Je n’ai point parlé non plus des grands.efforts.
que. firent les, catholiques. pour attirer notre Blondel dans. leur communion. Un de ses confrères , qui ne l’aimait pas, a pré— tendu que ce n’était point une chose qui lui fit honneur. Sa pensée mérite quelque examen (0). Il a soutenu aussi que Blondel jouissait d’une pension à la cour de France, et que cela le détournait de réfuter Baronius (5, « Il avait une manière d’étu-
» dier toute singulière : il se cou- », chait par terre, et avait à l’en- » tour de lui les livres dont :1l » avait besoin pour l’ouvrage ». qu'il faisait (r). » Celui qui m'apprend cela le donne pour une chose très-vraie : 11 dit aussi que l’anonyme, qui a fait des Considérations libres et charitables sur le recueil des actes authentiques ramassés par M.
Blondel, s'appelait M. Gauthier, et était ministre aux environs de la Rochelle. Ce recueil déplut beaucoup aux théologiens qui
(p) Cela paraît par une lettre que David Blondel lui écrivit Le 20 d'août 1645. On la trouve au commencement du livre français sur la papesse
(g) La méme Vettre l’assure. Voyez la cilation précédente.
(r) Ancillon, Mélange critique, tom. 1,
pag. 407.
BLONDEL
avaient combattu M. Amyraut.
J'ai vu une lettre toute remplie de plaintes à ce sujet (Q). J’en tirerai quelque chose.
(A) IL fut secrétaire plus de vingt Jois dans les ‘syÿynodes de l’Ile-de- France. 1 M. Desmarets, le professeur de Groningue, veut qu’on ait choisi Blondel pour cette fonction, à cause de {a beauté de son écriture. Zn æstimio fuit apud suos fratres à quibus sæpe propter calligraphiam factus est actuarius synodorum : nunquam tamen in ulld earum vel nationali vel provinciali præsidis aut assessoris gradum obtinuit (1). On ne lui donna jamais, ajoute-t-il, la charge de modérateur , où d’adjoint au modérateur, dans les synodes. J'ai oui dire que l'écriture de Blondel était la plus nette et la plus distincte qui se pût voir; mais extrêmement menue, de sorte qu’en peu de lignes il pouvait faire de longues remarques à la marge d’un livre imprimé en grand papier.
(B) O7 le députa quatre fois de suite aux synodes nationaux.] L'un de ces quatre synodes ne fut pas celui d’Alez en 1620, comme l’a cru M.
Desmarets (2). La méprise ne serait qu'une bagatelle, s'il m'avait pas ajouté que du Moulin, modérateur de ce synode, fut extrêmement traversé par Blondel, secrétaire de la compagnie * , et s’il n’eût débité cette mésintelligence comme la cause de plusieurs autres événemens. Quantüm autem Molinœus suos alios duos ex ordine ministerii condeputatos infensos habuerit in ill4 functione in qué ipse synodi præses , Blondellus secretarius Juit, et eum sæpiüs querentem audivi, et eventus ipse docuit. Cüm enim, etc.
(3). Voilà une considération qui doit obliger les écrivains à éviter jusqu'aux plus petites fautes. Ce qui est
(x) Mares., in Refutatione Præfat. apologet.
Curcellæanx , pag. 304.
(2) Tdem, ibid., pag. 243. Voyez la Réplique de Courcelles : elle est à la lête du Quaternio Dissertationum.
*X L'auteur des Observations insérées dans la Bibliothèque française pense que pour mieux prouver l'erreur de Desmarets, Bayle aurait dû nommer les deux secrétaires, qui étaient Viguier et Papillon.
(3) Maresius, in Refutatione Præfat, apologet. Curcellæanx, pag. 243.
petit en soi-même ne l’est plus après les fausses conséquences et les fausses suppositions qu’on y ajoute.
(C) ZL avait une mémoire prodigieuse. | M. Colomiés en dit une chose qui en peut donner une grande idée, autant que quoi que ce soit. J’ai appris de M. Vossius, dit il (4), que M, de Saumaise étant à Partis évitait autant qu'il pouvait de se rencontrer en visite avec M, Blondel, parce que celui-ci était un grand causeur, et omnia in numerato habebat, etiam locos integros auctorum, au lieu que l’autre , quoiqu'il eût une prodigieuse mémoire , sæpè silebat. Des gens, qui avaient oui Blondel en conversation, m'ont assuré que sa langue allait comme un torrent, et qu’il parlait de toutes sortes de choses avec une facilité surprenante, sans hésiter jamais sur les noms propres, ni sur les années ; quelquefois même, il'savait dire en quel jour du mois et de la semaine tels et tels faits étaient arrivés. Ceux qui ont fait l’Oraison funèbre de Jean Caspar Lentzius disent que Blondel, déjà aveugle, lentretint pendant
uatre heures du gros livre qu’il méditait contre Chifflet; qu’il l'en entretint, dis-je, avec des effusions de mémoire quiépouvantérent lesauditeurs, Quo (malo cæcitatis) sonobstante Amstelodami eum salutantes non admisit modo, sed per quatuor horas operis sui quod pro re Gallicâ contra Chiffletium Hispanicæ causæ patrocinantem spissum moliebatur, summam eis exposuit, qui ad prodigiosam tanti viri memoriam obstupuerunt (5). Nous allons entendre deux hommes, qui, quoique appointés contraires en mille choses, et nommément sur le chapitre de l’amitié pour David Blondel, s'accordent sur le prodige de sa mémoire. Ils s'accordent aussi sur la pau vreté de son style; mais l’ün d’eux prétend que Blondel fut si estimé en France par les catholiques romains, que pour le tenter on employa jusqu’à la promesse d’une mitre. Je rap porterai tout le passage. Vir excellens Juit noster Blondellus, .... nam ut præteream ingenit acrimoniam , judicit soliditatem, memoriant ad prodi-
(4) GColomiés, Mélanges historiques, pag.
(5) Apud Paulum Freherum, Theatri pag.
gium usque felicem, eloquentiam temporaneam, (quæ tamen, ut nihil est ab omni parte beatum , non ita elucet in scriplis, profundæ quidem ubique eruditionis , sed quorum gratiam obscuritas aliquandd imminuit ) ad hæc naturæ dona indefatigabilis diligentia, qué non vulgarem linguarum latinæ, græcæ, hebraicæ, ut et ilalicæ guoque et hispanicæ, notitiam sibi comparaveral , omne scriptorum genus pervolverat, et eorum opes in divitem illum cordis sui thesaurum recondiderat. Aded ut nihil esset, sive magnum, sive parvum, in libris patrum , actis conciliorum , disputationibus iheologorum , et in historid vetere ac recenti, tum sacré tum profand, quod ejus cognitionem effugeret , et de quo , interrogantibus , accuraté illico non responderet, nullusque cum eo faniliaris versaretur, qui non semper doctior ab ejus colloquiis discederet.
Quare omnes qui noverant, stupendæ ejus eruditiont assurgebant, non soum protestantes, sed etiam catholici romani , qui ipsum vel infulæ episcopalis, quamdiu cælebs vixit, vel magnæ alicujus in aulé , aut in curid dignitatis illicio in partes suas pertrahere parati erant, nisi religiosiorem comperissent, quam ut mundanarum opum aut honorum splendore caperetur.
Quid dicam de morum suavitate, de modestià , de candore , et aliis virtutibus quibus omnes honestos viros ad suf amorem rapiebat (6)? Ecoutons maintenant l’adverse partie. Laudibus quas hic, Curcellæe , in Blondelluin congeris , calculum meum integrum adjicio : Fuit vir multijugæ lectionis, portentosæ memoriæ, jucundæ admodum conversationis (7) ; iis præsertim, quiin aliorum consortio audire malunt quam loqui, ut tam parum 1ædii adferret üs apud quos eruditisstmos suos sermones, lingud præsertim nostré, torrentis instar ad multas horas fundere poterat , de qudcunque materid ex improviso cum disserere oporteret; quäm frigidus erat
(6; Steph. Curceilæus, in Præfat. apologetica. M. Daillé exprime en beaux termes , et plus brièvement, tout cet eloge, en lui dédiant l’Apologie des Egiises réformées, Voyez dans Pope
Blount plusieurs autres éloges semblables.
(3) Il avait dit dans son Exercit. Lil de Gra-
Q / uià et Redempt., num. 22,0 M&VU Blondellus Photius ilie nostri sæeuli, et omnis antiquitatis,
PR. 7 quoad visit, BGnobnen éuduxoc.
BLONDEL
et ingraliüis ubi præmeditatè publicè docere debebat; prout stylus ejus utréque lingu&d tam intricatus est et tot hyperbatis scatet, supra diffusissimum quemlibet atticismum (8), ut sine fastidio legi non possit, lectorque attentus oblitus sit sæpè quomodo periodum incœperit , ubi pervenit ad illius Jinem (9). Il avait dit dans la préface de ce même livre : Decennium est præter propter, cum primum éjus ed de re Diatribe prodiüit. Sed cum gallicè tanium scriptà essel, nec eo stylo qui suum leciorem alliceret ( nam quarn fuit memoriosus et multæ lectionis , tum d'uépunveia laboravit, parùmque fœlix fuit in suis conceptibus, sive patrid Sive lalinä lingu& exprimendis ); tandem visus est voluisse eam sermone eruditorum extare.
(D) Son style était rude, et embarrassé d’un peu trop de parenthèses. ] Nous avons déjà rapporté le jugement que Desmarets et Courcelles ont prononcé là-dessus : joignons-y celui d’un jésuite. Cùm Blondellus propter sinuosas inconditæ plerumque orationis ambages et inextricabiles rapev8écéwy xai mapépyowv labyrinthos minüs gratus politis lectoribus esse soléat, et boncæ causæ offusis tenebris sæpius incommodaveril, operæ pretium visum Juit eumdem reciprocare serram (10).
Il veut dire qu’il a retouché la question de la papesse. Chifflet raconte qu’une dame de Paris, à laquelle Blondel avait donné son volume des Sibylles, en lut quelques pages: sans
rien entendre, et dit à l’auteur, qu'il serait fort à propos que cet ouvrage fût traduit en meilleur francais, et qu’elle était bien fâchée et bien surprise qu’on ne leût pas fait encore (11).
(E) Zl ne se fit pas une affaire de la réfutation de Baronius. | On n’a trouvé après sa mort que des Votes qu'il avait écrites sur les marges de son Baronius. Sa manière d'écrire en caractéres fort serrés et fort menus fait
(8) N'aurait-il pas voulu dire asiaticismum ? car c'est le siyle asiatique qui passait pour trop diffus.
(9) Maresius, in Refut.
Curcellæanx.
(10) Philippus Labbe , in Joannæ Papissæ Cevotaph. everso, a@ calcem primi vol. de Script. ecclesiast., pag. 841.
(zr) Chifflet., à Imagine Davidis Blondelli, pag. 6.
Præfat. apologet,
- BLONDEL
bien que ces notes-là sont plus nombreuses ; mais enfin, ce n’est point ce qu’on appelle la réfutation d'un auteur. Les magistrats d'Amsterdam achetérent cet exemplaire de Baronius, et le donnèrent à la bibliothéque de leur ville. C’est 1à que ceux qui veulent connaître ce que c'est que le travail de David Blondel contre les Annales de Baronius, peuvent contenter leur curiosité. Un ministre béarnais (12), réfugié à Amsterdam plusieurs années avant la révocation de l’édit de Nantes, dit que les bourgmestres de cette ville l'ayant chargé de ruiner de fond en comble les XII tomes de Baronius, il l’a fait sans peine, par l'assistance de Dieu; et que non-seulement il à copié les notes de David Blondel, selon l’ordre qu'il en avait recu de ces messieurs , mais aussi qu'il les a collationnées avec les Annales de Baronius, livre qu'il m’avait jamais vu auparavant; et que, comme il a découvert des fautes que Blondel n’a point marquées, il a cru qu'il commettrait un péché d’irréligion, s’il ne les publiait pas.
Quüm mihi demandata foret ab amplissimis Reip. Amstelodamensis consulibus provincia funditus evertendorum Annalium XII tomis comprehensorum..…. Deo cooperante nil arduum esse comperi (13). . . . Ut eorum (Consulum Amstelodamensium) jussu quæ Blondellus. . . . animadverterat non tantum exscripla, sed etiam cum Baronianis collata, . . .. publico darem (14)...... IVon potui serid posthumas animadversiones Blondelli….
cum chronologicis Baronii narrationibus nunquäm antea mihi visis conferre, quin statim..... | Hæc autem (ex animo fateor) mihi religio fuit impio sepelire silentio (15). Il publia donc un livre lan 1695, intitulé :
Anti-Baronius Magenelis, qui contient 140 pages in-folio. Dans mon exemplaire, le titre ne fait aucune mention de David Blondel ; mais, dans le Journal des Savans (16), le titre contient cette queue : Quibus accesserunt quædam ad Baronium animad-
(z2) Nommé Magendie. k
(13) Magenelis Anti-Baronius, Epist. dedical. |
(14) Ibidem, in Præfat.
{15) [bidem.
{36) Du 10 juillet 36r9, pag..222.
versiones Davidis Blondelli. D'aiileurs le titre marque l’an 1679. Ne doutez pas qu’il n’y ait eu là un tour de supercherie de libraire. Apparemment on ne vendait point le livre, et on s’avisa au bout de quatre ans d’en rafraîchir le frontispice , et d’y promettre merveilles sous le nom célébre de David Blondel. La vérité est que Blondel n’occupe presque point de place dans ce livre, et que si l’on jugeait de ses notes marginales par cet endroit-là , on les mépriserait extrémement (17).
(F) Z{ n'avait aucun talent pour la chaire. ] Voyez ce qu’on cite de Samuel Desmarets à la fin de la remarque (C). J'ai oui dire que Blondel ne préchait pas par méditation, et qu'il avait une extrême peine à apprendre ses sermons mot à mot. Ainsi la chaire n’était nullement son fait.
(G) Le synode national de Charenton le fit professeur honoraire. | Dès lors, il fut censé libre de tout engagement avec un troupeau; il ne fut plus obligé à la résidence; il eut pleine permission de se fixer à Paris, pour être à portée de consulter commodément les bibliothéques. Ce furent les raisons qui obligérent le synode à lui conférer ce titre : voici mon garant.
Posterior (synodus) Blondello honorarii professoris nomen et stipendium assignaverat , soluto vinculo quo suæ ecclesiæ tenebatur, et fact ei facultate sedes suas ob commoditatem librorum ipsi necessariorum ad Baroni promissam refutationem figendi Luietiæ (18) *,
(H) ZZ fit un gros livre de la Primauté en l’église. ] Cet ouvrage est fort estimé, et réfute savamment le cardinal du Perron, L’anteur en préparait une seconde partie , comme nous l’apprend M. Colomiés, J'ai oui
(17) Voyez M. Ballet, dans le num. 156 des Anti. à
(18) Samuel Maresius, Refutat. Curcell., pag. 304.
* Sur tout cela l’auteur déja cité des Observalions remarque 1°. que ce ne fut pas le synode national de Charenton qui déchargea D. Blondel de son ministère. Cela avait déjà été fait par le synode provincial ; mais le synode national accorda à D. Blondel une pension de mille francs, outre ce qu'il recevait de la province de l'Ile-de- France; 2°. que l’acte passé à cette occasion nomme et spécifie plusieurs ouvrages de Blondel; mais qu'il n’y est nullement question de la réfutalon de Baromius.
dire à M. Daille, dit-il (19), que M. Blondel avait laissé une continuaion de la Primauté en l'église, presque aussi grande que celle qui est im- . primée. Elle est entre les mains d’un ministre qui se tient auprès de Leyde, nommé Courcelles, fils de celui qui se fit arminien. | (1) Quelques-uns furent scandalisés du livre qu’il publia... pour montrer que ce qu'on débite touchant la papesse Jeanne est une fable ridicule. ] Je n’ai pas voulu me seryif d’une proposition universelle , qudiqu’un fort zélé théologien de Groningue s’en soit servi.
Aliis quiritantibus de Joannæ papissæ Historid per ipsum suggilla& ac in fabulan commutaté, non sine offensione omnium protestantium (20). J'aurais craint qu'on n'eût regardé cela comme un trait de médisance. Je me suis donc contenté de dire que cetouvrage de Blondel scandalisa quelques protestans. C’est un fait incontestable. Les raisons, que je m'en vais rapporter de ce scandale , sont si peu glorieuses , ou même si honteuses , que sile théologien de Groningue ne les avait avouées, je croirais que le rofesseur arminien d'Amsterdam les impute aux réformés , pour les tourner en ridicule , ou pour les rendre suspects d’un énorme entêtement.
Courcelles est le professeur arminien dont je parle. Il dit qu’aussitôt que l'ouvrage de Blondel eut vu le jour à il y eut des gens qui le condamnérent sur l'étiquette du sac. Is n’attendirent pas qu'ils l’eussent lu : ce leur fut assez de savoir le but de l'auteur, pour dire qu’il en avait très-mal usé et pour se plaindre violemment qu'il leur ôtât un sujet d’insulter les catholiques romains. {Von defuerunt quiaudito solim ejus argumento damnatoriam confestim sententiam ferrent, indignatiquèd materia sibieriperetur romano-catholicisposthac insultandi, et mulierem Romæ pontificiam sedem aliquando tenuisse objiciendi(21). Nscherchèrent les motifs de cette conduite de Blon-
(19) Colomes., in Opusculis, pag. 00.
(20) Maresius, exercitat, III de Gratiâ, num 22. Il dit dans sa Réponse à Courcelles, pag. 315, qu'aucun réformé n'aurait voulu conseiller la composition d'un livre si scandaleux ; NEMI- Nem reformatorum reperies qui illi auctor extiterit istius scandalosæ scriptionis.
(21) In Præfat, apologet. «pud Maresium,
deg: 372.
BLONDEL
del ; etau lieu de croire qu’un homme qui avait tant lu , et dont les lumières étaient si vastes , avait pu découvrir le faible de ce beau conte , ils soutinrent quesla bonne foi n'avait nulle part à son action ; qu'il cherchait un bon bénéfice , et qu'afin de l'obtenir il avait fait sa cour au pape de Rome, Prætereo illos quos non pudet jactare Blondelium in fabulam transformare molitum esse quod certa plurium historicorum fides de Johanné prodidit , ut pontifici romano gratificaretur ,, et ab eo pingue aliquod benéficium extorqueret (22). Celui qui rapporte ce jugement téméraire le réfute tout aussitôt , par une raison tirée des choses désobligeantes pour le papisme, qui sont dans ce livre de Blondel. Malignam istam suspicionem, Scriptum undè calumniandi ansam arripuerunt , planèé jugulat , in quo tantüm abest ut partium illarum gratiam ambiverit , ut contra multis in locis acriler eas pungere non dubitärit.
Il ajoute une autre raison prise de ce que l'ouvrage de la Primauté en l’église s'imprimait lorsque l’auteur travaillait à celui de la papesse. D’autres furent moins iniques : ils avouèrent que l'auteur avait réfuté l'Histoire de la papesse par des raisons si puissantes , qu'ils ne voyaient pas qu’on pôt y opposer rien de bon ; mais ils trouvérent fort mauvais qu’il eût abusé de son loisir et de sa science pour réfuter une tradition de cette nature. L’intérét des protestans , disaient-ils , demande qu'elle soit vraie : pourquoi faut-il qu'un ministre en montre la fausseté ?
IVe valait-il pas mieux laisser aux papistes le soin de nettoyer leurs ordures ? méritaient-ils qu’on leur rendit en cela quelque sorte de bon office ; eux qui ne cessent de déchirer la mémore des réformateurs? Voilà quel était le langage des plus modérés; et c’est ainsi quel’on parlera toujours lorsque l'intérêt de parti aura plus de part à ce qu’on dira , que les idées de l’ordre, que les idées de l’honnête | que l’amour de la vérité en général. Je dis en général;et ce sont deux choses bien différentes, qu’aimerla vérité en elle-méme , et qu’aimer le parti que l’on a une fois pris pour le véritable, et que l’on est bien résolu de ne prendre jamais
(22) Idem, ibid.
BLONDE. 471
pour faux. #li erga auclorem ei opus pauld æquiores, fatentur quidem ipsum tam efficacibus opinionem vulgarem argumentis impugnässe, ut non videant quid ad illa repom cum specie possit :
sed tamen aiunt non debuisse otio suo et eruditione abuti, in confutandd fabuli quam pro ver& histori& haberi protestantium intersit. Præstitisse sordes suaspontificiis eluendas relinquere:
indignos enim esse quibus nostrioperam ed in re suam commodent ; cüm Lutherum , Zuinglium , Calvinum , aliosque protestantium doctores | soleant atrocibus convitiis proscindere, quibus tilorum memoriam, quantum in se est , toti mundo odiosam reddant (23). M.
Desmarets , quia réfute Courcelles, ne nie point qu’on ne fit ces jugemens, et ne dit point que l’on eût tort en cela, Au contraire , 1l confirme le mieux qu’il lui est possible la pensée de ceux qui disaient que Blondel composa ce livre pour faire sa cour aux catholiques romains. ec potuit id consilium Blondell non displicere bonis inter protestantes, quibus monstri quid alere visa est præpostera hœc diligentia in agendä causé adversariorum , ac si ipsiriet ei pares non essent (24) : et il rapporte (25) un passage du sieur Congnard , avocat de Rouen, qui avait écrit contre Blondel, et qui avait dit que la plupart des réformés furent étrangement surpris du dessein de cet auteur , et qu’ils jugèrent qu’il avait voulu , ou faire montre de sa lecture, ou se mettre bien dansle grand monde. Voyez ci-dessous la remarque (P). L'église romaine est toute remplie de gens qui jugent la même chose de ceux qui réfutent les légendes : on les traite d’hérétiques , ou de fauteurs
d’hérétiques ; de sorte que de part et d’autre , un homme qui n’a point pour
but de se confirmer par ses recherches et par ses études dans tous les préjugés de sa communion , s’expose à de grands inconvéniens.
Au reste ce que Blondel a écrit sur la
apesse a paru en divers temps, et en Eux langues. On imprima à Amsterdam, en 1647,son Familier éclaircissement de la question, si une femme a été assise au siége papal de Rome,
(23) Idem, ibid., pag. 314.
(24) Maresius, exercitat. III de Gratiâ, pag.
(25) Ibidem, pag. 313.
entre Léon IV'et Benoît III*. Après sa mort , le sieur de Courcelles fit imprimer en latin ce même ouvrage , mais beaucoup plus ample , à Amsterdam, l’an 1657. En voici le titre : De Joannä papissé , swe famosæ quæstionis, an femina ulla inter Leonem IV, et Benédictum III, romanos pontifices media sederit , ’Aväxpiois, Courcelles assure que l’auteur retint chez lui son manuscrit plus de neuf ans ; et qu’en commençant à y travailler, il ne son-
geait à rien moins qu’à l'impression
(26). IL avait seulement la complaisance d'examiner une matière sur laquelle l’un de ses amis avait consulté ; mais il se laissa vaincre enfin aux pressantes sollicitations de ses amis , qui l’assurèrent que cet ouvrage plairait beaucoup aux curieux de l’histoire ecclésiastique. M. Desmarets assure que Blondel nia qu'il eût eu aucune part à l'impression de son livre, et que par cette protestation il tâchait de diminuer le scandale, et d’éviter la censure du synode. Quam ( promulgationem ) tm etiam Blonrellus ut se inscio factam excusabat , ad of- Jfensionem elevandam , et censuram synodicam cautius declinandam (27).
Il ajoute que le manuscrit ne fut pas envoyé tout droit en Hollande, mais de Paris à Londres, et de Londres à Amsterdam : tout cela par précaution contre les censuresqu’on avait à craindre : Ut si lis ulla super ejus editione suo auctort moveretur , eadem præsto esset excusatio qu& hodiè utitur Dallœus. Franchement, je ne crois pas que cet ouvrage ait été mis sous la presse sans le su et le consentement de l’auteur, M. Ménage contait une chose qui fait à notre sujet, et qui témoigne qu’il n'avait pas bien retenu les principales circonstances ; car il ignorait l'édition francaise. C'est moi, disaitil (28), qui suis cause que David Blondel a fait imprimer son traité de la papesse Jeanne. 1} n’avait fait d’abord qu'un discours en français , qu’il me préta , ei que je gardai quelque temps.
Je le prétai ensuite à M. Nublé, qui
X L'auteur des Observations cite une seconde
édition française , Amsterdam, Blaew, 1649.
(26) Curcellæus , in Præfat. apolog., apud
- Maresium, exercit. III de Gratiä, pag. 314.
à (27) Mares., in Refutatione Præfat., pag.
(28) Ménagiana, pag. 344, édition de Hollande.