‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 4)Chapitre 91 sur 109 · LUS · texte numérisé non relu

LUS

Le garda près d'un an. David Blondel vint ensuite me le demander , et je ne voulais pas le lui donner d’abord, parce que je craignais qu’il ne voulüt le supprimer. Je lui dis que c'était un ouvrage qui méritait d’étre imprimé, et qu’apparemment il voulait en frustrer le public ; mais il m’assura si fort qu’il voulait y travailler et le faire im- ‘primer , que je le lui rendis. En effet, il le fit imprimer en latin , mais tout autre qu’il n’était auparavant. On dit que M. de Saumaise , sur les premiéeres nouvelles de ce livre de Blondel, s'écria : Qu'on me l’apporte, je Le dissiperai en soufflant une fois dessus.

Cüm primüm ejus fama ad CI. Salmasi diffusissimæ eruditionis , ut omnes sciunt , viri aures pervenisset , excidit ipsi ut parüm consideratè diceret :

tradatur mihi liber, ego illum uno haditu difflabn(29) Blondel lui envoya l’originai de son ouvrage latin , et n’exigea aucune condition, si ce n’estqu’on le publiât tout entier, où à la tête ou à la fin de la réponse, Saumaise accepta cette condition , et vécut encore six ans : mais, quoiqu'il eût promis de répondre, il ne le fit pas, et l’on ne trouva quoi que ce soit parmi ses papiers qui concernât la réfutation de Blondel (30). Le même Courcelles, qui débite tout cela, assure que Rivet lui avait écrit qu'il doutait qu’on püût répondre solidement à Blondel, aldè se dubitare an benè ei responderi posset, et cum lectoris cordati satisfactione. Un avocat de Rouen nommé Congnard , répondit au livre francais, justement la même année que Blondel mourut. Desmarets répondit au livre latin, un an après qu’il eut été imprimé, et l’inséra tout entier dans sa réponse; ce qui est une preuve évidente qu'il wavait point apercu les grandes difficultés qui mettaient en peine hivet , ou qu'il croyait les avoir pleinement levées; car on n’a jamais l’imprudence de publier tout entier l’ouvrage auquel on répond , lorsqu'on est persuadé qu'on n’a pu répondre à plusieurs difficultés : on prend le parti en ce cas-là de choisir

(29) Curcell., in Præf. apologet. apud Maresium, in Refut. Præfat., pag. 324.

(30) Idem, ihid. Desmarets avoue les promesses de Saurnaise : id non præstitit Salmasius cujus spem fecerat amicis et mili sæpè, Zn Refut. Præfat, , pag. 326.

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ce que l’on veut dans l’écrit de l’antagoniste, et de faire semblant de n’avoir point vu ce à quoi on ne sait que répliquer. Il y a cent livres contre lesquels on ne dirait rien , si l’on était obligé de les insérer tout du long dans sa réponse (31). Il n’y a pas longtemps que M. Spanheim, le professeur en théologie , a écrit pour rétablir la papesse Jeanne (32). Il n’a pas éte rebuté parles embarras qui inquiétaient Rivet et Saumaise. On peut dire de son livre et de celui de Desmarets, que s’ils ne peuvent pas convaincre Toutes sortes de lecteurs que l’histoire de la papesse soit véritable , ils les peuvent du moins convaincre de l’habileté et de la science de leurs auteurs.

Une lettre de M. Sarrau m’apprend que Blondel , à la prière de quelques personnes , ayant examiné la question de la papesse, trouva que le sentiment commun était fabuleux, et composa sur ce sujet un livre latin. Les uns approuvérent cela, les autres le condamnèrent : ceux-ci prétendirent qu’un protestant se rendait infâme, lorsqu'il attaquait les sentimens ordinaires de son parti. Quasi probrosum foret viro protestantium partious addicio, quidquam attulisse, quod vulgatas suorum opiniones convelleret (33). Blondel eut égard aux terreurs paniques des esprits faibles , et mit son ouvrage entre les mains de M.

Sarrau , afin de pouvoir le refuser à des personnes qui, contre son intention, auraient pu le publier. Il retoucha cette matière lan 1639 , à cause qu’il se répandit un bruit qu'al détruisait amplement l’histoire de la papesse, dans un livre qui s’im- /primait en ce temps-là. C'était celui de la Primauté du pape. Pour n’avoir pas la peine de feuilleter tous les cahiers d’un si gros livre , on s’informa de lui touchant ce bruit qui courait. Il répondit qu'il ne parlait point de cela dans l'ouvrage qui était (31) M. Arnauld, s'est imaginé que son livre du Renversement de la Morale, était de cette

nature. Voyez les Nouvelles de la République des Lettres, mois de novembre 1684, article XT,

(32) Cet ouvrage, mis en français par M. Lenfant, ministre de Berlin, a été imprime à Amsterdam en 1604. [et réimprimé a la Haye en 1720 par les soins de M. Des Vignoles. Ann.

de l’édit. d'Amst.]

(33) Sarrav., Epistola CLXXVIIL, pag. 183 edit, Ultrajectinæ.

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alors sous la presse; maïs , afin qu’on sût quel était son sentiment , il composa un Traité francais qui était plus court que le latin , et qui vint bientôt entre les mains de beaucoup de gens. Saumaise le vit à Paris, l’an 1641. M. Sarrau ne voulut point dire comment cet ouvrage fut ænvoyé au libraire Blaew , qui le publia à Amsterdam en 1647 ; mais il déclare que l'auteur disait que cette affaire avait été ménagée à son insu. Certè auctor affirmat se inconsulto, quidquid id est procuratum fuisse (34). Il ajoute , qu ’après la publication de ce livre , il y eut des gens qui louëérent l’ingénuité de Blondel , et qu’il s’en fallut peu que d’autres ne l’accablassent d’injures (35) : les plus modérés le condamnaient d’imprudence. Quelques lettres de Saumaise , où il promettait de s’ériger en protecteur de la tradition que Blondel avait rejetée, et de la rétablir bientôt et facilement , consolérent beaucoup ceux qui regrettaient la perte d’un argument qui , selon eux, terrassait l’église romaine. Recredsti animos eorum quibus dolebat eripi sibi telum , ut arbitrantur , acutissimum , quo Roma in capite feriretur (36). M. Sarrau fut un de ceux qui apprirent avec plaisir ce nouveau dessein de $Saumaise; mais il l’avertit de prendre bien garde à cette entreprise.

Notez qu’il lui envoya l'écrit latin de Blondel , et qu’il lui marqua que Chamier , Pierre du Moulin et M. Bochart de Caen , trois des plus doctes ministres de France , croyaient que l’histoire de la papesse était fabuleuse. Il n'oublie pas de dire que du Moulin , qui aurait pu plaisanter admirablement sur cette histoire , n’y avait jamais employé le sel de ses raïlleries.

Multa certè cum scripserit (Petrus Molinæus ) quibus romanum suggillaverit pudorem , ab ist tamen femind semper manum abstinuit : et poterat tamen vir non infaceius alicujus liberalis joci indè captare occasionem. Je ne crois pas que l’on se trompât , si lon ajoutait M. Basnage à ces trois illustres ministres qui tenaient pour fabuleuse l’histoire dela papesse Jeanne.

Voyez ce qu’il a écrit là-dessus dans

(34) Sarrav., Epistola CLXXVIIT, pag. 181 edit. Ultrajectine.

(35) Alii penè optimo viro conviciari, Ibid.

(36) Tbidem.

les termes d’historien des raisons de chaque parti (37) : vous n'aurez pas de peine à comprendre quelle est sa pensée. ,

(K) Des esprits chagrins… téchèrent de le rendre suspect d’arminianisme.

Il y a beaucoup de gens dans les pays étrangers , qui se font une fausse idée de la liberté hollandaise et de la servitude francaise (38). Ils n’ont pas tort de dire que le tribunal de l’'inquisition espagnole est abhorré en Hollande ; mais il ne laisse pas d’y avoir un assez bon nombre d’esprits soupconneux , ombrageux, inquisiteurs, qui prennent garde quels amis l’on a , et qui fondent là-dessus mille jugemens téméraires , dont ils font part à beaucoup de gens de maison en maison , et surtout à ceux qui peuvent servir ou nuire selon qu’ils sont prévenus ou pour ou contre. Le pauvre David Blondel s’imaginait qu’en sortant de France , pour alley à Amsterdam , il passerait de la servitude à la liberté, et 1l ne savait pas qu'il s’allait mettre sous les yeux de certains espions , qui lui feraient un crime atroce de ce qu'il aurait des liaisons d’honnéteté avec un ancien ami (39), qui avait contribué à sa vocation , et dont la connaissance lui était d’un grand usage dans un pays inconnu. Il ne savait pas que ces espions rapporte raient tout ce qu'il dirait, et qu’on donnerait un sens sinistre à certaines choses qui lui pourraient échapper en conversation ; si bien que la médisance fondrait sur lui avec toutes ses horreurs et le ferait passer pour un homme qni conspirait contre l’état et contre l'Eglise. Je n'avance rien que je n’aie Lu dans les écrits d’un fameux théologien , qui a pris la peine d’apprendre au public ce tissu de médisances. Quod illi apologiæ (4o) prologum galeatum præfixerit o mavu

(37) Basnage , Hist. de l'Eglise, tom. I, pag. 408 et suiv.

(38) Une infinié de gens s'imaginent que personne n'ose dire en France ce qu'il pense : cependant on le dit et on l'écrit fort librement. D'ou est-ce que nos nouvellistes apprendraient tout ce qu'ils débitent concernant la France, si on n'écrivait ses pensées avec la dernière ranchise? On s'entretient encore plus franchement de ces choses qu'on ne les écrit.

(39) C'est-à-dire, avec Courcelles, professeur arminien.

(4o) Il parle d'un ouvrage de M. Daillé, touchant la Grâce universelle.

Blondellus... multüm detrivit de ipsius exisimalione apud plerosque , ac si medilatus fuisset in gratiam remonstrantium EVERSIONEM doctrinæ publicæ in his ecclesiis (41) : aliis observanlibus intimam illam et jugem quan cum D. Curcellæo familiaritatem coluit ex quo vixit in Belgio : aliis ad animum revocantibus liberiores quasdam voces ipsius in sententiam Augustini et sÿnodum Dordracenam.… Aliis indignantibus quôd justo profundiüs se tmmiscuertl negotiis hujus reipublicæ (42) in qué erat recentior hospes (43). Je laisse plusieurs autres mauvais bruits que cet auteur ramassa à son grand regret, dit-il (44), et néanmoins , avec un soin si exact =

ue M. Daillé lui en à fait un trèsdur reproche , après les avoir réfutés tous l’un après l’autre. Hæc sunt queæ ÆEpicrita contra clarissimam optimi et eruditissimi viri famam , aut finxit ipse , aut à malevolis plebeiisque ingenits excogitala magno studio conquirenda et corradenda et in publicam hominum lucem edenda putavit ; quæ quam sint putida, et ad id , quod agit , conficiendum inepta , omnes jam intelligunt.. Nunc quo nomine appellabo illam Epicritæ diligenliam, qué is quisquilias et nugas, partim futiles , partim falsas, plerasque dubias ét incertas, aut ipse comméntus est, aut ex otiosorum hominum circulis atque rumusculis studiosissimé collegit hoc animo, ut persuadeat eximium Dei servum , et post immensos in Christi vine& labores, ë terris nuper in colos receptum, hoc antequani moreretur , egisse ac meditatum esse , ut publicam ecclésiæ , in qui degebat , doctrinam everteret(45)?

Depuis la mort de Blondel, les choses sont bien empirées, et principalement depuis que certains esprits factieux et superbes sortis de France se veulent faire redouter par des coups d'essai d’inquisition. Voyez, je vous prie, comment un ministre d’Alle-

(41) Voyez ce que dit ce même auteur dans la préface des Considérations libres et charitables snr les Actes authentiques de Blondel.

(42) Voyez la remarque suivante.

(43) Maresius , exercit. IL de Gratiâ, num. 22.

(44) Quæ omnia dici et jactari in illum ed mihi ægrius accidit, quod summa mihi cum ipso necessitudo semper intercesserit. Îdem, ibid.

(45) Dallæus, in Vindicuis apolog., part.

ZII, cap. VIII, par. 455.

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magne (46) déplore le malheur de David Blondel qui , quelque doux et pacifique qu'il fût, et quelques services qu’il eût rendus à [a cause, ne laissa pas d’être exposé à mille morsures , et pendant sa vie, et après sa mort. -

(L) et blémèrent les Considérations religieuses et politiques qu’il publia durant la guerre de Cromyvel et des Hollandais. ] Nous avons vu dans la remarque précédente , que ses ennemis tirérent de là l’une de leurs preuves de sa prétendue conspiration contre l’Église. Son apologiste prétend que c'était par haine contre les états de Hollande, que l’on blâmait les Considérations de Blondel ( 47 ) : mais on lui réplique que cet ouvrage contient des choses qui devaient déplaire aux états de cette province , et qui déplurent à quantité de gens de bien , et qu'il contient d’ailleurs beaucoup d’invectives contre les parlementaires d'Angleterre, et contre les princes qui , au lieu de venger la mort du roi Charles, se hâtèrent de faire des ligues avec Cromwel (48). Cela veut dire que si Blondel avait encore vécu deux ou trois ans, ileût couru risque de se voir accusé de crime d’état, pour avoir fait un libelle contre la république d’Angleterre ; un libelle, dis-je , qui était une censure violente de l’union qui régnait après la mort de ce ministre entre la Hollande et l’Angleterre.;

(M) Moïse Buownez fut ministre à Meaux ,.… et publia un livre de controverse qui témoigne qu'il avait de l’érudition. | Ce livre est intitulé : Jérusalem au secours de Genève : il fut imprimé à Sedan, en l’année 1624, L'auteur justifie le sentiment des protestans sur les livres apocryphes , par le suffrage des Juifs et des pères. Le fameux controversiste Père Veron accuse Blondel de plagiat. Jean Rainold Anglais , dit-il, a composé un gros livre in-quarto , contenant 600 feuillets ou environ (49) , intitulé Censure des livres apocryphes du Vieil Testament , contre les papistes , Spé-

os

(46) Spizelius, in Infelice Litterato, pag.

Hs ue in Præfat. apolog., pag.

1 Maresius, si Refutatione Præfat., pag.

PIE ke A plus de 800.

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cialement contre Robert Bellarmin.

M. DC. XI... Des pièces de ce gros volume est composé ou recueilli le livre de Blondel , lors ministre de Meaux , sur cette matière, intitulé :

Hiérusalem et Rome au secours de Genève {5o). Je ne sais point si Veron a cru que ce Blondel , ministre, de Meaux, était David Blondel ; mais il a été ca que Chifflet a pris l’un pour l'autre. Chifllet , avant de publier sa réplique au gros volume de Blondel , lâcha un petit avant - coureur de trente pages , sous le titre de Zmago Francisci eversoris Davidis PBlondelli, ministri calvinistæ , clypei austriaci liker prodromus. 1 dit là beaucoup d’injures à Blondel , qui ne lui en avait pas été chiche ; et il l’accuse nommément de plagiat. Il prétend que c'était un vieux péché en lui ,etil le renvoie aux paroles du père Veron que l’on vient de lire. Blondellum INeoclide furaciorem, Boucheto, Dominico. ac Tenneurio totum ineguitare nihil novi est, antiquum obtinet düum plagiarium agit, non ignorat hæc Pilæa, non Tyitigias. Recordelur tyrocinit sui fœdos dies cm apud Meldenses ministellum agens Genevæ suæ ab Hierosolymis et ips4 Romé suppetias frustra quæsivit, de quibus Francisci Veronis , ete. (51). Le voilà donc persuadé que son adversaire était ce même ministre de Meaux, qui avait fait le livre de Jérusalem au secours de Genève ; maïs c’est attribuer à David Blondel ce qui n’est dû

w’à son frère Moïse. La méprise de M.

Vabbé de Marolles est moins considé rable que celle-là. Il donne à Blondel le nom de Daniel au lieu de celui de David. C’est dans le Denombrement des auteurs qui lui ont fait présent de leurs ouvrages , ou qui ont parlé honorahlement de lui, Il dit que Blondel lui fit présent de son livre de la papesse Jeanne , s'étant servi , ajoutet-il, d’une observation considérable que je lui fis un jour dans le cabinet de feu M. du Puy sur ce sujet. N dit la même chose dans son Histoire de France , et marque en quoi consistait cette observation.

(N) …... Ses lumières ne furent pas inutiles à son frère. ] Voici ce que je

(50) Veron, TIC. partie, P®. controverse, des Livres Canoniq., chap. VIT, num. 3.

(51) Chifeti, Imago Francisci Eversoris,

trouve dans le professeur de Groningue. Cæterüm indé apud nostros, nostri sæculi Photius dictus est B'ondellus , quod ex suis et sui frairis, Mosis Blondelli , viri pientissimi et diligentissimi , luboribus , veterum pontificum Æpistolas Decretales, quam jamdiù tamen nemo sanus volebat admittere , in suo Pseudo-lIsidoro et Turriano vapulantibus , suam in veterum canonum notitié peritiam abundè comprobdsset , et insuper diligentissimè evolvisset canones et constitutiones synodoruni nationalium reformatarum , ejusdem Mosis fratris sut adjutus industrié : eui comprobandæ id proferre possim qudd habeam in meo musæo , ex manu Mosis Blondelli, prœter excerpta quædam patrum græcorum et latinorum , et Bellarmini opusculum de Scriptor. Eccl.

variis notis manuscriplis elucidatum , Disciplinam ecclesiarum Galliæ nitidissimè scriptam, variis scholiis e* synodorum nationalium decisionibus illustratam (52 ). Remarquez que ce professeur insinue qu’il n’était pas nécessaire de faire voir la fausseté des Décrétales. Rapportez à cela ces paroles de M, Baillet : « Au sujet du » faux Isidore | le père Sirmond » appelait M. Blondel un enfonceur » de portes ouvertes, à cause de la » chaleur et des efforts avec lesquels » il a poursuivi ces deux auteurs » dont la défaite n’était, ni dif- » ficile, ni fort considérable , après » que tant de critiques catholiques » avaient déjà découvert les impos- » tures d’Isidore , et que le procédé » de Turrien avait été sifflé et cen- » suré par les plus judicienx d’entre » nos écrivains avant lui (53). » Rivet parle bien plus avantageusement de ce livre de Blondel (54).

(O0) Les catholiques le voulurent avoir... Un de ses adversaires. dit que cela ne lui fait point d'honneur.

S'a pensée mérite quelque examen. | Courcelles avait entre autres louanges donné celle-ci à David Blondel, que les catholiques admiraïient de telle .

sorte son érudition, qu'ils lui offri-

(52) Mares, , in Refut. Præfationis Curcell., pag. 253.

(53) Baillet, Jugem. des Savans, num. 25% des Critiques historiques.

(54) Voyez Rivet, Oper., tom. IT ; pag.

rent la mitre * pendant qu'il était à marier , et puis une. belle charge ou à la cour , ou au parlement , s’il voulait abjurer son hérésie ( 55 ). Desmarets répond que ce n’est pas un sujet de louange, tant parce que les papistes tendent le hamecon en taut temps et en tout lieu, que parce qu’une honmête femme ne met point parmi ses éloges d’avoir résisté à des propositions impudiques. Sed nec ad laudes ipsius perlinere mihi videtur quod eum libenter corrupissent pontificiüi , cm horum hamus ubique pendeat , nec s5leat honesta matrona suis laudibus accensere quod impudicis sollicitationibus quondam restiterit (56). Cette dermiére maxime n'est pas absolument vraie : elle a besoin d’être vue d’un certain côté , pour ne point paraître fausse. Il est honteux à une femme qu’on lui ait fait des propositions d’amour; car cela fait voir qu’on n’a pas eu trop bonne opinion de sa vertu ; et ainsi , toute femme , qui se vante d’avoir résisté à des sollicitations impures, fait savoir en même temps qu’elle m'avait pas su mettre sa réputation sur le bon pied qu’il fallait, ou inspirer tout le respect qu’une femme vertueuse mérite. En ce sens-là, on doit admettre la maxime du censeur de David Blondel. On m’accordera sans doute que , de deux femmes également belles et charmantes, et engagées dans le monde , celle qui n’aurait jamais essuyé aucune proposition malhonnête aurait plus de lieu de se vanter, que celle qui aurait souvent repoussé le tentateur; car ce serait une preuve que celle-ci n'aurait pas imprimé comme l’autre sur sa conduite ce caxactère de sagesse, qui persuade qu’on serait très-mal recu , et qu’à coup sûr ce serait peine perdue que de faire le soupirant , et ce qui s’ensuit. Il n’y a point de louange plus délicate , que de dire à un ministre d'état, qu’il est semblable à Caton , à qui personne n’osait demander une chose injuste.

Scioppius s’est servi de cette pensée

en louant un cardinal : £rga amicos

porrû quamvis eximid et constanti vo-

* Leclerc ne voit dans les paroles de Courcelles, qui sont rapportées dans la remarque (C), qu'une simple imagination du panégyrisle.

(55) Curcellæus , in Præf. apolog., pag. 338. Voyez ci-dessus la remarque (G).

(56) Mares. , in Refutat. Præfat, , pag. 338.

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luntate esse soleas, eam tamen cùnr quid momenti majoris petere instituerint, religioném adhibere soles , ut non temerè eliam qui te caussd sud omnia velle sciat , vel sibi quicquam , vel arnicis ausit postulare quod te tribuere vel indulgere mins digrum videatur, edque re in te conveniat , quod de Catone Tullium dixisse legimus :

Ô te felicem, M. Poreci à quo rem improbam petere nemg. audet (57)!

Mais tournons la maédAlle , NOUS verrons que le professeur de Groningue a mal censuré Courcelles. Il n’est pas vrai, généralement parlant , qu’une honnête femme ne doive pas s’estimer digne de louange, pour avoir souvent résisté à de mauvaises sollicitations.

Toule famille, qui peut citer une telle ou une telle, qui ont résisté aux offres d’un grand financier , on d’un grand prince , croit se couronner de gloire:

(58). Plus les tentations ont été fortes et fréquentes , plus s’est-on assuré par de bonnes preuves que l’on aime l’honneur et la vertu, et que l’on est digne d’être estimée et louée. Il y a des relations qui portent que les plus honmêtes femmes en Espagne sont bien aises, quand elles sont seules avec un homme , qu'il leur demande jusqu’à la dernière faveur, et qu’elles trouvent fort mauvais s’il ne le fait point.

Ce n’est pas qu’elles veuillent l’accorder ; mais elles se font un plaisir de ne l'avoir pas accordée à des prières ardentes. Après tout, on a eu raison de louer Blondel par l'endroit que Desmarets a critiqué. Les catholiques de France n'auraient point employé tant de promesses , s’ils ne l’eussent considéré comme une personne de grand mérite. Il y a beaucoup de différence entre un ministre à qui l’on offre des honneurs sl change de religion, et une femme que l’on cajole avec des présens. L'action qu'on propose au ministre n’est point mauvaise dans les principes de ceux qui en font la proposition , et l’on n’exige point qu’il la fasse pendant qu’il la croira mauvaise (59) : on l’exhorte à s’instruirer, et on lui promet que s’il peut se désa-

(57) Scioppius, Æpist. dedicator. Elementor.

Philosophiæ stoicæ Moralis , ad Cynthium cardinalem sancti Georgü. Celle exclamation de Cicéron se trouve dans la préface de Pline.

(58) Voyez le George Dandin de Molière.

(59) On ne parle ainsi que des honnêtes con= verlisseurs ..

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buser , on récompensera largement la peine qu'il aura prise à chercher et à trouver la vérité. Mais ce qu’on propose à une femme est une mauvaise action , et selon ses principes , et selon les principes du tentateur. On ne peut donc la tenter sans lui faire affront , c’est-à-dire, sans la croire trèscapable de faire une chose dont elle connaît la saleté : ainsi la comparaison de Desmarets n’est point juste ; car on ne fait pas d’injure à un homme , lorsqu'on croit qu’il sera capable de connaître ses erreurs, et de donner gloire à la vérité, ou , ce qui est la même chose, lorsqu'on le sollicite à changer de religion. Je suis bien assuré , que si M. Desmarets avait eu à faire le panégyrique d’un ministre qui eût refusé cent beaux avantages que les catholiques lui auraient offerts, il en aurait tiré la matiére d’un bel éloge , et qu'il n'aurait pas fait scrupule d’avouer fui-même, comme un exploit remarquable , la force qu’il aurait eue de résister aux tentations de cette nature. Admirez en passant le pyrrhonisme qui règne , sans qu’on le sache , dans la plupart des disputes. Il y a cent maximes qui sout vraies d’un côté, et fausses de l'autre. Ou s’en sert tour à tour, ou pour sa cause , ou contre ses adversaires : mais est-ce le moyen de parvenir à upe légitime certitude? Voyez, outre ceci, touchant les louanges que mérite une honnête femme , ou pour n'avoir point été sollicitée, ou pour avoir souvent résisté à de mauvaises sollicitations, toute la remarque (D) de l’article de Junire.

(P) On a dit awil jouissait d’une pension à la cour de France, et que cela le détournait de refuter Barorius. | Desmarets déclare que Blondel lui avait dit qu’il se trouvait importuné des attraits du monde (60). Il ajoute que d’'Émeri , surintendant des finances, payait une pension à ce ministre , et que cette pension lobligea à publier sa papesse Jeanne. Vec dubium quin Blondellus in sud papissâ - moderationis laudem sibi cormparare siuduerit, præserlim quo tempore eum en suis stipendiis ex annud pensione habebat supremus ærario præfectus

(Go) Maresius, in Refut. Præfat. Curcellæan., pag, 306,

(61). Ubi (Lutetiæ ) tamen nihil minus quam Baronio vacavit ; sed conjunctd D. d’'Emeri, summi præfecti ærario reglo , pensione , cum ecclesiarum stipendio , animum appulit ad ea quæ ab ill& professione honorarid.in= terreformatos , satis remotaerant. Quæ etiam offensioni fuisse multis piis et bonis viris, mihi abundè constitit cùm essem Lutetiæ. Undè natum consilium, de ipso in Belgium, si pote foret, transmittendo, quo sic et illis sumptibus sibi inutilibus ecclesiæ liberarentur, et ipse expediretur ex aulæ et sæculi inescationibus, quas et sibi graves et importunas esse , apud me tum satis apertè professus est. Si l'on eût demandé à cet auteur d’où il savait que d’Émeri faisait pension à Blondel, il aurait payé d’un ouï-dire *?, |

M. Ancillon nous apprend un fait assez étrange : « Je scay de luy , que » M. le président de Mesmes , très- » cath. rom. pourtant, luy donnoit » douze cens livres de pansion par » an , afin qu’il écrivist contre la pri- » mauté du pape ; et qu’un conseiller » du parlement de Paris , aussi très- » cathol. rom., qu’il m'a nommé, » mais dont Jay oublié le nom , luy » donnoit six cents livres de pension » pour le mesme sujet : et que, pour » satisfaire à ces deux messieurs , il » avoit fait ce gros volume in-folio , » de la Primauté du Pape, que nous » avons de luy , qui sert de réponse » au livre que le cardinal du Perron » a écrit contre Jacques 1°". , roi de » la Grande-Bretagne ( 62 ). »I1 fallait, ou que ces deux magistrats n’eussent que le nom et l’extérieur de catholiques romains , ou que leur pen sionnaire les trahît ; caron ne peut pas soutenir plus fartement les intérêts du calvinisme, que Blondel les a soutenus dansson ouvrage de la Primauté *?.

(61) Ibid., pag. 313. Voyez aussi la préface de son Épicrisis theologica adversus. Joh. Dallæi Apolosiam.

#1 Leclerc trouve cette remarque très-jusle et dit que Bayle, après l'avoir faite, aurait dû moins se fier à Desmarets, qu'il a trop copié dans cet article.

(62) Mélange critique de Littérature, tom. Z, pag. 407, 408.

*2 Leclerc dit que si lerécitd’Ancillon est vrai (ce dont il doute ), D. Blondel serait un gravd fourbe, puisque dans sa préface il dit n'avoir écrit ce livre qu’à la prière des calvinistes, ses confrères.

Ce Traité de la Primauté du Pape est daté de Rouci. Blondel était en effet ministre dans

(Q) Soz Recueil d'actes authenti-

ques déplut.…….. J'ai vu une lettre

toute remplie de plaintes à ce sujet. | Elle fut écrite par mademoiselle Marie du Moulin, fille de Pierre du Moulin (63). M. de Wilhem (64) a eu la bonté de m’en communiquer l’original : elle est datée de Delft , le 24 de juin 1655. On y voit que les deux personnes, que M. Blondel avait le plus maltraitées, étaient M. du Moulin et M. Rivet, avec lesquels pourtant il faisait profession d’une singulière amitié , et desquels il était sincérement aimé , comme il se peut prouver par les bons offices qu’il en a reçus, et par les reconnaissances qu'il en a témoignées.

On pourrait produire des lettres de lui par douzaines, écrites à M. Rivet, par lesquelles il le traite de père , d’ami fidèle, de protecteur , et de bien- faiteur ; et était aisé à: croire qu’il parlait selon le sentiment de son cœur ; car il devait à lui seul la charge qui l'avait tiré d’incommodité , et du péril où les plus judicieux le croyaient enferré, lorsqu'il était & Paris entouré des grands , et occupé à leur généalogie. Cette bonne dme, qui veillait sans cesse à prévenir les scandales , crut qu’il le fallait tirer de ces piéges, afin aussi que ses dons fussent employés en choses plus utiles. Il employa tout son crédit pour parvenir à son but(65), à quoi se rencontrait tant d'obstacles, qu'un ami moins constant se fut rébuté ; et je suis témoin des peines et faiigues qu’il a souffertes à ce sujet : et combien qu'il fit trop accoutumé à étre payé d'ingratitude, il n'a jamais appréhende cela de celui-ci, qui lui témoignait des reconnaissances si VPives , et qui avait besoin de son support continuel en un lieu où il n'eut pas le bonheur d’agréer d’abord; et le tout se pourrait voir par ses lettres qui sont entre les mains de M. Rivet le fils. Un peu plus bas, dans la méme lettre de Marie du Moulin , on lit ces paroles : Il avait fort peu d'amis en ce pays, sinon entre les arminiens,

cette ville, et cependant, ajoute Leclerc, Bayle n’a pas fait mention de ce poste de Blondel.

(63) Elle est morte à la Haye, au mois de février 1699.

(64) Dont je parle dans la remarque (L) de l'article Bore, et plus amplement dans la remarque (F) de l'article Wien.

(65) C'est-à-dire, pour le faire appeler a Amsterdam. —

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desquels il s’est dès son entrée rendu confident , et sa facon de vivre n’était pas assaisonnée de toute la prudence requise pour gagner l'amour et l'estime des sages de ce pays, n'y eut-il que l’extravagante vanité de sa femme.

Après cela, on s'étend sur les éloges de M. Rivet, et l’on assure que les mémoires qu'il a laissés de sa vie contiennent un véritable récit de ce qui s’est passé en ces matières de controverse, depuis le synode national de Tonneins en 1614, où il fut secrétaire ; et que par -là il est aisé de connaître sa modération. Je souhaite, c’est mademoiselle du Moulin qui parle, que cette piquante pièce ne tombe point entre les mains de rnon père ; car je craindrais qu'en son dge infirme il ne fut trop rudement frappé de coups qui ne peuvent étre rècus comme baume , et qui n'ont rien de la fidélité de l'amitié. Ne doutons nullement que M. Rivet n’ait employé tous ses bons offices , pour attirer en Hollande M.

Blondel ; car il paraît par les lettres de M. Sarrau , qu’on le pria de se mêler de cette affaire , et qu’on lui enfit voir l'importance. Utinam verd cogi-

tare velletis de Blondello nostro , qui

hic planè ad alienum scribit et vivit arbitrium. Posset istic | honorariæ Jungens professionis munere, singulis annis singulos ÆAnnalisitæ iomos con- Jodere et alia, quæ mortalium nemo queat præstare , ad Historiæ Ecclesiasticæ purissimum intellectum. Idem scribo Riveto : hoc agite : nos adjutorem habebitis (66).

Notez que M. Ancillon observe que Pauteur des Considérations libres et charitables sur les Actes authentiques, qui furent imprimées à Groningue, l’an 1658, avec une préface de M. Desmarets, traite très-mal M. Blondel (67). Cela , quoiqu’assez ordinaire, est scandaleux dans le fond ; mais le pis est que cet auteur et Blondel ne s'accordent pas sur la narration des faits. On a vu la même discorde entre la narration de M. Rivet , et celle de M. Amyraut. On pardonnerait à ces messieurs de n’avoir pas les mêmes

(66) Sarravius, Epist. CLXVI ad Salmas., pag. 170. Voyez aussi la Lettre CXCIV, qui n'est pas de Saumaise à Sarrau, comme on le marque au commencement, mais de Sarrau à Saumaise. (

(67) Ancillon , Mélanges critiques, tom. I, pag. 4o®.

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pensées sur des matières difficiles , et d'expliquer différemment le système de la Grâce ; mais quaud il s’agit de marrer des faits , ne devraient-ils pas être uniformes ? Que peut-on penser , quand on voit qu'ils s’entre-réfutent sur les narrés historiques de ce qui s’est passé sous leurs yeux ? Peut-on bien s’imaginer qu’il n’y a là qu'imbécillité de mémoire ? N’est-on pas tenté de dire que l’un ou l’autre parti agit de mauvaise foi ; ou plutôt, que de part et d’autre , il y a de lartifice et de la ruse , et que chacun narre ce qui lui est avantageux , et supprime le reste ? Cette contrariété sur les faits règne partout. Nous en vimes un fameux exemple l’année passée (68) dans les relations sur le quiétisme.

(68) C'est-à-dire, l'an 1698.

BLONDEL (François), professeur en médecine dans l’universitée de Paris, était un fort savant homme ; mais sa science était indigeste (A) ; et d’ailleurs son entêtement contre la chi mie et contre l’antimoine rem— plit de troubles et de divisions la faculté. Guy Patin, quoiqu'il fût de son sentiment sur l’antimoine , ne laissa pas de parler de lui comme d’un grand chicaneur et d’un méchant écrivain (B).

Personne peut-être n’a caractérisé d’une manière plus ingénieuse n1 plus agréable ce medecin, que le sieur Lami; mais comme il en avait été persécuté, il faut prendre garde si la passion n’a point trop de part au tour malin qu’on remarque dans son portrait de Blondel (C). Rien ne témoigne avec plus de force le peu d’estime et d'amitié qu’on avait pour ce docteur, que de voir de quelle manière sa mort a été annoncée dans le Mercure Galant du mois de septembre 1682 (D). Pas un terme d’honnéteté n’accompagne cette nouvelle,

ni n’adoucit la flétrissure que l’on imprime sur la mémoire du défunt. Je ne sais si les livres qu’il promettait au public sont imprimés (Ë). Il ne faut pas omettre que le grand soin qu’il avait pris de se remplir de grammaire et de critique , et de se charger d’une érudition sauvage, ne l’avait pas empêché de se munir des finesses les plus profondes d’un malin persécuteur (F), et de savoir cacher sous cette enveloppe la violence du tempérament. Il ne s’opposait aux nouveautés, disait-il, que par zèle pour la vérité et pour la gloire de Dieu. II ne faut pas le confondre avec un autre FrAnçois BLonpez , médecin, qui a fait un livre sur les bains d’Aixla-Chapelle : T'hermarum Aquis® granensium. et Porcetanarum Descriptio : congruorum quoque ac salubrium usuum balneationis et potationis Elucidatio. Vois là le titre du livre. Il fut imprimé à Aix, l’an 1691, in-12.

(A) Sa science était indigeste. ] « Notre M. Blondel est un homme fort » savant; mais qui écrit d’un style ob- » scur et embarrassé». C’est ainsi que Guy Patin en parle dans sa CCCCVe. lettre (1). Il dit en un autre lieu, que le style du père Théophile Raynaud est pire que celui de Lipse, Redolet Lipsianum , quo tamen est mullo deterior (2); et « qu’il n’y a aujourd’hui » aucun auteur qui écrive de même » si ce n’est peut-être M. Blondel no- » tre doyen, qui, bien qu’il soit un » des plus savans hommes du monde, » affecte cette espèce de barbarie, » et eddem scabie laborat cum T'ertul- » liano (3).» Voyez d’autres témoi-

(x) Pag. 200 du ITIE. tome, édit. de Genève:

(2) Paun, Lettre CLXXIIT, pag. 65 du IT°, tome.

(3) Lu même, cette lettre de Patin est datee du 27 avril 1660. Blondel fut fait doyen de la faculté de médecine le 2° de novembre 1658.

Patin, Lettre CXXIV, ton, T , pag. 483.

gnages de ses études indigestes , dans la remarque (C).

(B) Patin.…. parle de lui comme

d’un grand chicaneur, et d'un méchant .

écrivain. ] « Notre M. Blondel... est » plaideur et chicaneur , et aime les » procés:1il aime mieux plaider qu’ac- » corder et terminer les querelles. Il » a un procés contre Thevart le Ca- » mus , qui est un autre méchant » chicaneur. Il a fait un grand fac- » tum pour sa défense ; mais il n’y en » a encore que deux feuilles impri- » mées : ilm’a dit qu’il y en aura huit. » Ilse plaint fort de monsieur le pre- » mier président , qu'il pensait , à ce » qu’il dit, être son ami: je ne sais » ce que c’est que tout ce galimatias » de gens chicaneurs. Dés que le fac- » tum sera achevé, je vous le ferai » tenir, comme aussi un livre qu’il » promet de Vomitu , Stibiique vene- » n0 , par lequel il veut prouver que » l’antimoine est poison, puisqu'il » fait vomir (4)... Cet homme aime » trop à plaider: c’est pourtant grand » dommage ; car c’est un trés-savant » homme (5). »

(C) Zl'faut prendre garde si la passion n’a point trop de part autour malin qu'on remarque dans le portrait que le sieur Lami a fait de Blondel.

Comme il y a beaucoup de lecteurs qui veulent trouver dans un dictionnaire , non-seulement un abrégé de la vie des personnes , mais aussi ce que l’on a dit des mœurs et du caractère des gens , je ne pense pas que l’on me blâme de transcrire quelques morceaux du livre de M. Lami. C’est un de nos plus anciens docteurs, dit-il (6), en parlant de M. Blondel, qui passe pour savant chez quelques-uns. Il a beaucoup lu, et sa mémoire est fort heureuse. Il sait fort bien décider s’il Jaut lire un mot grec, ou un autre, dans Hippocrate et dans Galien. Il les idolätre en telle sorte, qu’il ne veut entendre parler que de ce qu’ils ont dit ; et les vieilles erreurs sont plus de son gout , que les vérités nouvelles. Il sait fort bien les noms des plantes, et les

(4) C'est Patin qui parle dans sa CCCCV®.

Lettre, pag. 200 du TI. tome.

(5) La même, pag. 203. Voyez aussi la Lettre CCXC, au IIS. iome, pag. 545.

(6) V’oyezla IVe. Lettre qui est au-devant de ses Discours anatomiques, imprimés à Rouen en 1675,

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connaît comme les jardiniers. Il en sait des vertus à la manière galénique.

Îlen mesure les degrés de froid et de chaleur, avec une justesse qui surprend tout le monde. Il en cultive plusieurs avec beaucoup de soin. Il a tant d’'aversion pour la chimie, qu’il ne saurait en ouir un seul terme sans se récrier. Îl a une très-srande inclinalion pour enseigner sans aucun in= térét, et sans qu’il y soit obligé. Je vous assure que je l'ai vu se donner La peine de venir tous les jours de la porte de Saint-Denis à nos écoles, pour un seul écolier , qui le quitta pars > Parce qu'il n’était pas assez savant pour l'entendre , et que l'hébreu et le grec dont ses discours étaient remplis , étaient pour lui des langages point ou peu connus. Îl est vrai que ce monsieur est trés-curieux des étymologies , et tâche de ramasser dans ses traités tout ce qu’il a lu autrefois. De facon que dans un livre qu'il voulait fairé du vomissement , et des remèdes émétiques , il donna une préface de la chimie ; el, pour en trouver l’auteur , il remonta jusqu'au dela du déluge , et

fit une question , savoir si Tubalcaïn

en avait été l'inventeur ; parce qu'il est dit de lui au 4°. chap. de la Genèse, qu’il faisait des ouvrages de cuivre et de fer. M. Lami ajoute que M. Blondel l’accusa en plein auditoire d'avancer une hérésie, parce qu’en disputant contre une thèse où l’on s'était déclaré pour le mouvement des cieux ,r1l objecta que la rapidité du premier mobile serait incroyable , puisque, selon le système de Copernic , l’équateur de la terre va aussi vite qu’un boulet de canon. L’accusé répondit qu’il pouvait

avoir de l'erreur dans la supputation qu'il faisait ; mais qu'on ne pouvait jamais dire qu’il y eût de lhérésie, puisque ce n'est pas un point de religion de savoir bien compter. M. Blondel repartit que ce n’était pas la un fuit de médecine. J’en demeurai d'accord , dit M. Lami, et la-dessus, un docteur, prenant mon parti, lui dit que, puisqu’on avait mis la proposition dans la thèse, je pouvais disputer contre. Et bien , répliqua M. Blondel , qu’il prouve que la terre tourne , mais qu'il Le prouve médicinalement. Je vous avoue que je ne pus le faire , et qu'il fallut en demeurer la. Un écolier de médecine , qui a de l'esprit, et quin'a

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rien à déméler avec M. Blondel, ni aucun sujet de lui imposer, m'a assuré que dans nos écoles il avait dit une Jois que tous ceux qui emploient le chinchina pèchent mortellement , et qu'ils font un pacte implicite avec le diable. Et, pour montrer que la guérison qu'on obtient par ce remède est magique, c'est, disait-il, qu'il agit sur toutes sortes de tempéramens , et qu'après un certain temps la maladie revient ; ce qui à clé reconnu de tous ceux qui ont écrit contre les magiciens , pour le véritable caractère d'une gucrison diabolique.

(D) Sa mort a été annoncée dans le Mercure Gualant du mois de septembre 1682. 1 Voici les paroles de M. de Vizé. La faculté de médecine de Paris jouit à présent d'un grand repos par la mort de M. Bloudel. 7/ demeurait seul obstinément opposé à l'approbation générale de l’antimoine , dont il combattait les bons effets , ayant tellement troublé depuis trente ans cette docte compagnie , qu'elle a paru toujours divisée. Comme apparemment ses opinions mourront avec lui, ily a dieu d'espérer que la concorde et la paix ne manqueront pas à s'établir parmi tant d’honnétes gens (7). Il est certain qu’en plusieurs lieux la mort d’un seul professeur est plus efficace pour le rétablissement de la paix, que les médiations de cent assemblées : mais est-on assuré que ce grand perturbateur du repos public n'aura pas bientôt des successeurs ?

Cette espèce de gens ne finit point, uno avulso non déficit alter. Puisqu’il faut que le genre humain soit malheureux en ce monde, ces gens-là sont nécessaires : ce sont des parties essentielles à la société civile.

(E) Je ne sais si Les livres qu’il promettait au public sont imprimés.] Dès le mois d’avril 1657, son Traité de Pleuritide ne demandait que trois mois pour être achevé (8). L'auteur en était au chapitre de Purgatione, qui devait être une méthode générale , et contenir de belles choses non communes de orgasmo fHipp. et sur l'explication de l'aphorisme 22 , sect.

1. Voici ce que M. Patin rapporte en un autre lieu : Le matin, 2 novembre,

pit Galant de septembre 1682, pag.

(8) Patin, lettre CXUIT, tom, TZ, pag. 436.

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