TOME II
pitre V du XVI. livre de sa Cosmographie universelle , que plusieurs gentilshommes anglois l'avoient !asseuré que le musicien Smeton ‘s'était dédit , et repenti d'avoir perdu: la reine par une fausse accusation. J'ai voulu vérifier la chose, quoique je susse que l'autorité de ce moine est immédiatement au-dessus de rien; car c’est un homme dont les livres sont remplis de fables et d’ignorance : c’est un menteur sans jugement et sans esprit. Mais néanmoins j'ai voulu être témoin oculaire de ce qu'il a écrit là-dessus , et voici ce que j'ai trouvé dans son ouvrage : Plusieurs gentilshommes anglois m'ont asseuré qu'Henri VIN eut belle repentance des offenses par luy commises, estant à l'article ‘de la mort : ‘et entre Les autres choses, de l’injure et crime commise contre ladite royne Anne de Boulan , Jaulsement vaincue et accusée de ce qu’on lui imposoit (7). I n’y a dit quoi que ce fût de la repentance, ou de la rétractation du musicien ; et l’on ne saurait la recueillir de son discours par la voie des conséquences ,
vu qu'il serait très-possible que cet
homme eût persévéré jusqu’à la fin dans sa première déposition ou dans son aveu, et que néanmoins Henri VIII eût opprimé par de faux témoins l'innocence de la reine. Au fond, le témoignage de Thevet n’a point de force, puisqu'il ne momie point les gentilshommes qui lui avaient dit cela ; et qu’en cas qu’ils fussent amis de la reine Élisabeth , il faudrait les soupconner de prévention , et d’avoir avancé des choses sur des bruits vagüues, auxquels ils n’auraient ajouté foi qu’à cause qu’ils les auraient trouvés conformes à leurs désirs Il y a une autre circonstance qui énerve ici l'autorité de ce moine : c’est qu'il par-
le de Ja reine Élisabeth comme un
homme qui espérait d’en recevoir un présent. Princesse, dit-il (8), autant généreuse , libérale à l'endroit des hommes de sçavoir, et en toutes ses actions chaste |, ayant eu de tout temps les bons esprits en singulière recommandation , autant que nul autre de ses devanciers. N\excuse mé-
(7) Thevet, Cosmographie universélle, Liv.
XVI, chap. V, folio 657 verso.
(8) La même, foljo 659.
me de ce qu’elle. avait introduit dans son royaume le calvinisme.
(B) Son mariage fut déclaré nul. ] L'auteur de l'Histoire de la Réformation d'Angleterre nous apprend, 1°. Que milord Perei avait dit.au cardinal Volsey ; qu'il avait donné sa parole à Anne devant des témoins , et que sa conscience ne permettait point qu'il se dégagedt (9). 2°. Que lorsqu'on pressa ce seigneur, pendant le procès de la reine ; de déclarer qu’il y avait eu en ce temps-là un contrat entre lui et Anne Boulen, il fit serment, en présence de. deux archevéques, qu'il n'y avait jamais eu de contrat ni de promesse de mariage entre lui et cette fille ; et pour rendre ce serment plus solennel , 1 recut la communion en présence de plusieurs conseillers d'état, et souhaita que la réception de ce sacrement fut suivie de sa damnaiion s’il avait été dans un engagement de cette nature. 3°. Que la reine, pendant son procès, n’avoua rien touchant son engagement prétendu avec ce milord ; mais, quand'on l’eut condamnée ,, elle confessa qu'il y avait eu un contraät.entre elle et Perci, et ayant été amenée devant la cour ecclésiastique ; le 17 de mai , elle déclara qu'il y avait eude justes empéchemens à son mariage avec le roi, et qu'ainsi ce mariage-la ne pouvait pas étre valable (10). 4°. Que sur sa confession la sentence de divorce fut prononcée (11). 5°. Que l'original de cette sentence a été brûle ; maïs ce qu’on vient d’en dire est répété dañs une loi que le parlement fit peu après pour régler la succession. 6°, Que Les deux sentences- que, l'on prononca contre la —reine sont tellement opposées l’une à l'autre, qu'il faut au moins’ que l’une des deux ait été injuste. Car si le mariage de cette princesse avec Le roi était nul dès le commencement, elle n’a été aucunement coupable d’adulière; puisque cette invalidité empéchait qu’elle ne fut femme légitime de Henri. Si ce mariage était bon, il y a eu de l'injustice à le casser : et s’il n'était pas valable ; la condamnation de la reine a blessé manifestemient l'équité ; eton ne saurail soutenir que celle prin-
(9) Burnet , Histoire de la Réformation d'Ansieterre. iv. ITT , pag. 40.
(10) La même, pag. 471.
(x1) La même, pag: 472.
BOLEYN
cesse ait manque de fidélité pour le roi, puisqu'alors elle n'était point obligée de lui garder la foi. HN y aurait bien des remarques à faire sur tout ceci : je me contenterai de ces trois : 1°. Le milord qui, avec serment et la communion à la main, nia qu'il y eût eu quelque engagement entre lui et Anne, était un grand fourbe , ou alors, ou quand il déclara qu’il avait donné sa foi à celte fille (r2). Si l’on préfère son serment à l’autre déclaration, il faudra dire que la reine, prête à mourir, a déposé faussement qu’elle avait été en= gagéé avec ce milord. Si elle a été capable de mentir en cette rencontre, il ne faut plus alléguer pour sa justification qu’elle protesta toujours dg son innocence, et même sur l’échafaud ; car une femmé qui, sur le point de comparaître devant Dieu, est capable d’avouer une fausseté qui rend ses enfans illégitimes , est bien capable de nier une vérité qui la couvre de déshonneur. Et nous avons ici un fait choisi entre plusieurs autres de même espèce, qui montre que le pyrrhonisme historique peut se battre sans désavantage contre les sermens et contre les protestations des mourans, 2°, L'adresse des historiens est remarquable : ils se servent d’un fait lorsqu'ils en peuvent tirer quelque ulilité, et ils le nient lorsqu'ils s’en trouvent incommodés. Il est utile, quand on veut prouver qu'Anne Boleyn ne poussait point Henri VII à répudier la reine, de montrer qu’elle songeait tout de bon à se marier à milord Pereci : il est bon alors d’avouer son engagement. Mais si, d’un autre côté, quelqu’un nous vient dire que par cet engagement son marlage avec Henri VII devient nul, et qu’ainsi la reine Élisabeth eût été bâtarde,
uand même le divorce de Catherine eût été juste; alors il faut dire que cet engagement est un conte, et se servir rs sermens et des communions de Perci. 3°. Il n’y eut jamais pouvoir arbitraire qui surpasse celui que les parlemens d'Angleterre éxercèrent au XVIe. siècle. Tout ce que la nation pouvait faire de plusauthentique pour déclarer nul le mariage de Henri VIII
(12) Voyez le docteur Burnet, Histoire de la Réformation d'Angleterre, div. IT, pag.3117, 112,
BOLEYN
avec Catherine d'Aragon futemployé: «née au lieu du supplice (19) elle
Marie, leur fille, était donc bâtarde ; et cependant on la reconnut pour reine, en quahté d'enfant légitime de Henri. Tout ce qui était nécessaire pour déclarer nul le mariage du méme prince avec Anne fut employé :
Élisabeth, léur fille, était done bätarde ; et néanmoins on la reconnut pour reine, en qualité d'enfant légitime de Henri. On brûla l'original de la sentence de divorce : c’est qu’on ne voulait pas laisser subsister un titre si défavantageux à la reine Élisabeth.
Remarquez bien que dans les royaumes héréditaires c’est une loi fondamentale que les bâtards soient postposés à tous 4e parens légitimes de la famille royale. |
(C) Elle fut décapitée, ….. et ne perdit point sa belle humeur dans cette rencontre.] Pendant sa prison, elle jouait des personnages bien différens.
Quelquefois elle paraissait dévote et versait des pleurs en abondance , et tout d’uu coup elle passait à de grands éclats de rire ( 13).,...Aussitôt que les juges qui étaient venus l’examiner furent partis elle se mit ® genoux, et, fondant en larmes, cria plusieurs fois, Seigneur Jésus, ayez pitié de moi; et au méme temps'on la vit éclater de rire (14). Quelques heures avant sa mort, elle dit que l’exécuteur était fort habile , et que d’ailleurs elle avait le cou assez petit ( 15 ). Au même temps elle y porta la main, et
se mit à rire de tout son cœur. Le,
Grätiani , quelque peu favorable qu’il lui soit, avoue qu’elle mourut avec beaucoup de résolution, et qu’elle eut soin de-bien étendre sa robe sur ses pieds, afin de tomber honnêtement.
Postremd genibus positis ultimos quoque pedes quo honestius procumbéret veste contexil (16). Les poëtes remarquent cela de Polyxène : les historiens le remarquent de Jules-César. Voyez la remarque (H) de l’article Ozymrias. Je doute fort de ce que le même Gratiani rapporte , que lorsqu'elle fut me-
(13) Burnet, Histoire de la Réformation d’Angleterre, Liv. IT , pag. 459.
(x4) Idem , ibid., pag. 460
(15) La méme, pag. 475 d'une lettre du lieutenant de la Tour.
(16) Gratianus, dé Casibus Viror. illustr., pag. 270. ‘
s’emporta extrêmement contre Le peuple, qui ne lui faisait aucun honneur, et leur déclara que , quand ils en devraient crever de dépit , elle était et mourrait leur reine. Cüm & carceribus in aréam, quæ perampla est ante Arcem , produceretur , qud omnis multitudo concürrerat ad spectan-dum nècem ejus , quam nuper demissé adorare consueverant, nec transeuntem ullo honore dignarentur ; illa, ne tum quidem oblita superbiæ, contumeliosissimè eos compellans convicio increpuit, esse morlluranique se reginam eorum ferens, disrunmtperéntur omnes licet (15).
(D) Les catholiques en ont dit des médisances *irès-faciles à réfuter. 7 Qu'y a-t-il, par exemple, de plus aisé à détruire que le conte que tant de gens ont copié de Sanderus ; savoir :
qu'Anne était fille de Henri VII ; que sa mère la mit au monde deux ans après le départ de Thomas Poleyn pour l'ambassade de France, à Îaquelle le roi ne l'avait nommé qu’afin de jouir plus librement'de la femme en l’absence du mari; que Thomas Boleyn apprenant , à son retour en Angleterre, la mauvaise conduite de sa Jemme, la fit appeler par-devant l’'ôfficial de Cantorbéri, pour cause d’adultère , et demanda la séparation (19); qu'il recut ordre du roi de cesser toutes ses" poursuites, et de remettre son épouse en ses bonnes grâces ; qu’il chéit, mais que ce ne fut. qu’après qu’elle lui eut avoué > roi était père de la derniére fille dont elle était accouchée (20) ; qu’Anne Boleyn, à quinze ans, fut débauchée par le maître d'hôtel et par l’aumônier de son père; qu'ensuite on l’envoya en France chez un seigneur qui la nour-
.(a7) La place, selon lui, qui est au-devant de la Tour.
(18) Gratianus , de Casibus Viror. illustr.,
pag. 269.
“ Chaufepié en indique êt relève quelquesanes de Varillas, dont Bayle n'avait pas parlé.
(19) Sander. , Schisme d'Angleterre, Liv. T, pag. 17 de la traduction de Maucroix, édition d'Amsterdam, en 1683.
(20) Ce r‘cit de Saändérus à ëté alléré par RP Le Gratiani fait durer trois ans ’absence de Thomas Boleyn. D'autres disent qu'a son relour il trouva sa femme enceinte, et que Le roi lui @voua que c'était de son fai. Voyez la Réformation d’Angléterre par M. Burnet, pag. 102; Vamblas, Hist, de l'Hérésie, liv. TX, pag, 26%.
se gouverna à la cour de France avec si peu de pudeur, qu’on l’appelait ordinairement la haquenée d’ Angleterre ; et qu’à cause que François [e".
eut part à ses bonnes grâces, on la nomma la mule du roi; que pendant les amours de Henri VIIT pour cette fille, Thomas Viat, un des principaux seigneurs de la cour, se présenta au conseil, pour déposer qu'il avait eu affaire avec elle en un temps où il ne croyait pas que le roi songeût à lui faire l'honneur de l'épouser ; et qu'Henri n'ayant point ajouté foi à cette déposition, Viat offrit de rendre le roi méme spectateur des faveurs qu’il recevrait de cette impudique; que Viat fut appelé impudent, et qu’on le chassa de la cour.
Le docteur. Burnet emploie contre cela trois moyens. 1°. Sanderus n’avance ces choses, que sur la foi d’un ouvrage que personne ne vit Jamais :
c’est la vie de Thomas Morus, par Rastal. 20. On a commencé trop tard à les objecter. 30. Il y a des impossibilités dans ce récit. Voici la seconde de ces trois raisons dans toute son étendue. « Si ces choses ont été » telles que le rapporte Sanderus, » comment, à la mort d’Anne de Bou- » len, n’a-t-on point vu des personnes » assez complaisantes envers le roi, » ou assez ennemies de cette malheu- » reuse princesse, pour rendre pu- » blique son infamie, qui d’ailleurs » ne pouvait être secrète? Car, qu’une » femme, comme la mère d'Anne de » Boule, soit grosse deux ans après » le départ de son mari, envoyé en » une ambassade considérable; que » ce mari sollicite le divorce à la cour » de l'archevêque de Cantorbéri ; et » qu'il y fasse appeler sa femme : ce » sont là des circonstances, que Île » monde n'oublie pas sitôt+ D'autre » côté, qu'Anne de Boulen ait été én » si mauvaise réputation; qu’elle 5e » soit laissée débaucher d’abord chez » son père : qu'ensuite elle ait mal » vécu en France ; qu’elle ait été en- » tretenue par deux rois : voilà d’au- » tres circonstances, qui ne peuvent » être fort secrètes. Outre cela, lors- » que les registres de la cour de l’ar- » chevêque subsistaient encore, on a » offert au public de faire voir qu’il » n'y avait dans ces registres rien de
BOLEYN
rit en fille de grande ‘qualité; qu’elle, »
semblable aux poursuites dont a » parlé Sanderus. Enfin tousles écri- » vains de ce temps-là, soit du côté » du pape, ou du côté dé l’empereur, » gardent un profond silence sur ces » choses, qu'ils n'auraient jamais man- » qué de publier , si elles eussent été » vraies, ou si elles fussent venues à » leur connaissance, Mais au bout de » quatre-vingts ans (21), on s’avise » de forger une histoire pleine d’im- » postures , ou du moins on la publie, » à cause qu’alors il y a plus de sûreté » à mentir; tous ceux qui aufient » été capables de faire connaître la vé- » rité étant morts (22). », Quant à la troisième raison, je ne la rapporte qu’en raccourci, Thomas Boleyn n’a pu être envoyé ambassadeur par le roi Henri VIT, avant l’année 1509 : il faudrait donc qu’Anne fut née l’an 1511, et qu’en l’année 1526, on l’eût débauchéé dans sa maison. Où prendrat-on donc le temps qu’elle fut en France chez un grand seigneur, et puis à la cour ? Où trouvera-t-ou cette vie licencieuse, qui la fit nommer /a haquenéee d’ Angleterre ? Où trouverat-on, dist je, ce temps , puisqu'elle était de retour en Angleterre l'an te On ne tirera jamais Sanderus de ce mauvis pas. M. le Grand, son meilleur apologiste , l’abandonne ici.
vnme je ne prétends point déguiser ses fautes ,. dit-il (23), j'avoue de bonne foi qu’il ést trop emporté contre Anne de Boulen ; qu'aucun auteur de ma connaissance, hors lui, n’a dit
‘qu’elle fut fille de Henri VIIL, ou
qu’elle eût mené une vie si déréglée.
Sanderus aflirme qu’elle fut aimée du roi dès l’an 1526. Or, avant que d’être aimée de ce monarque , elle avait été débauchée chez son père putatif à quinze ans, elle avait fait du séjour en France, elle était revenue en Angle-
(21) Les fins de non-recevoir doivent avoir lien , dans ces sortes de procès, toutes les fois que l'accusation est de nature à étre aisément connue, et que les occasions de la produire se sont présentées, sans que personne en ait parlé, Voyez ci-dessous la remarque (K) de l'article Bozsec.
(22) Burnet, Hist. de la Réform. d’Anglet., pag. 105. Voyez à la fin du I®*. volume de M. Burnet , La Réfutation de Sanderus , num.
21. Vous Y trouverez toute celte seconde raison plus amplement, avec l'inclusion particulière des offres de Viat, etc.
(23) Le Grand, Histoire du Divorce de Henri VILL , tom. IT, pag. 47.
BOLEYN
terre , elle était entrée fille d'honneur chez la reine Catherine. Elle avait donc pour le moins près de vingt ans en 1526 : elle était donc née l’an 1506, trois ans avant que le roi Henri VIII montât sur le trône, et cinqans avant
qu'aucun ambassadeur de ce prince,
pôt avoir mis deux ans à son ambassade. On a trouvé qu’Anne était née Van 1507 : il faudrait donc, selon Sanderus, qu’Henri VIII eût envoyé en ambassade Thomas Boleyn l’an 1505, et qu’il eût été dès lors en plein commerce d’adultère. Or le premier de ces faits est faux, puisqu'Henri n’était point encore roi ; et l’autre n’est point croyable d’un garcon qui n'avait que quatorze ans. Ajoutez à cela que Thomas Boleyn ne fut nommé à l’ambassade qu’en l’année 1515: et remarquez bien que M. Burnet ayant remis toutes ces raisons sur le tapis, en réfutant M. Varillas (24), on n’a vu dans la réplique de ce dernier aucune preuve, ni aucune solide remarque, en faveur de Sanderus. Je ne dois point passer sous silence ce qui regarde la déposition de Viat. M. Burneten a parlé plus amplement dans yn ouvrage postérieur à son Histoire de la Réformation.
Il a d’abord représenté combien une telle déposition est contraire à la vraisemblance ; et puis il a soutenu que Viat n'a jamais été disgracié ; mais qu'il a été employé en des ambassades étrangères jusqu'à la fin de sa vie (25).
I! cite une pièce originale, où le fils de Viat atteste, que son père était gentilhomme de la chambre du roi Henri, pendant tout le temps que son mariage avec Anne Boleyn subsista ; que jamais il ne se retira de la cour par discrétion ; que le roi ne parut point jaloux , et que la reine ne fut point offensée de sa conduite ; .:. que son père fut ensuite ambassadeur pendant plusieurs années à la cour de Charles- Quint (26).
Le jésuite qui a publié trois tomes des Révolutions d'Angleterre , me paraît fort raisonnable sur le chapitre d’Anne Boleyn. Je rapporte ce qu’il en dit : on y verra que ceux qui ont réfuté Sanderus n’ont pas travaillé en
(24) Voyez M. Burnet dans La Réfutation de Sanderus, num. 21.
(25) Burnet, Critique du IX. livre de l'Histoire de l'Hérésie par M. Varillas, pag. 87.
(26) Défense de la Critique de Varillas,
vain. « Sanderus raconte des cho- » ses de la naissance et de la conduite » d’Anue avant qu'Henri l’eût aimée, » qui ne sont pas faciles à croire, et » dont les preuves ne persuadent pas.
» Qu’elle fût fille d'Henri; qu’elle eût » une sœur dont ce monarque eût » âbusé; qu’elle se fût prostituée, » presque dès l'enfance , au maître » d'hôtel et à l’aumônier de Thomas » de Boulen, qui passait pour son » père; qu'étant allée à la cour de » France, François Ier. et ses courti- » sans l’eussent tellement déshonorée, » qu’on lui donnât assez publiquement » des noms infÂâmes: ce sontdes choses » contre lesquelles les écrivains pro-.
» testans se récrient, et ont quelque » droit de s'inscrire en faux. Mais de » quoi on ne la peut justifier , est d’a- » voirdonné à Henri, en contrefaisant » la femme de bien, des espérances » de l’épouser,, s’il venait à bout dur » divorce monstrueux que Wolsey » Jui proposait, et d’avoir contribué » par-là à linjustice que ce prince fit » à sa femme légitime, et à tous les » maux qui s’en sont suivis. La fin » tragique, que lui causa une incon- » tinence prouvée par un Jugement » juridique, fit voir que les écrivains » catholiques ont pu dire d’elle , sans » en juger témérairement, qu’elle » n'avait été chaste que quand elle » avait été ambitieuse (27).
‘(E) On pouvait assez medire d’elle, sans passer les bornes d'un fidèle hispe M. de Meaux ne s'est servi, pour diffamer cette reine, que des propres faits que les protestans avouent. Il la convainc par-là d’un enjouement immodeste, de libertés indiscrètes, d’une conduite irrégulière et licencieuse. On ne vit jamais , dit-il (28) , une honnéte femme, pour ne pas dire une reine, se laisser manquer de respect jusqu'à souffrir des déclarations 1elles que a gens de touie qualité, er même de la plus basse, en firent à cette princesse, Que dis-je, les souf- Jrir? s'y plaire, èt non-seulement y entrer , mais encore se les attirer elleméme , et ne rougir pas de dire à un de ses galans, qu’elle voyait bien qu'il différait de se marier dans l’espérance-
(27) Le père d'Orléans, Hist. des Révolutions d'Angleterre , tom. IT, pag. 427.
(28) Histoire des Variations, Liv. VTT , nunx 20, pag. 302.
Le. |
de l’épouser elle-même après la mort du roi. Ce sont toutes choses avouées par Anne; et loin d'en voir de plus mauvais œil ces hardis amans, ilest certain, sans vouloir approfondir davantage , qu'elle ne les en traïitait que mieux, Au moment qu’elle fut prise, pendant qu’elle priait Dieu fondunt en larmes , on la vit éclater de rire comme une personne insensée : les paroles qu’elle prononcait dans son transport contre ses amans qui l'avaient trahie, faisaient voir le désordre où elle était et le trouble de sa conscience (29)...
Par une honteuse complaisance, Anne reconnul ce qui n'etait pas, qu’elle avail épousé Henri durant.la vie de milord Berci, avec lequel elle avait auparavant contracté ; et cbntre sa conscience, en avouanti que son mariage avec le roi était nul, elle enveloppa dans sa honte sa fille Elisabeth (30).
Je ne vois pas que l’on puisse raisonnablement se plaindre, que M. de Meaux, dans l'alternative des deux crimes d'Anne Boleyn, se soit déterminé au choix du plus grand par un passe-droit de l’inimitié;caril yaincomparablement plus de vraisemblance à dire qu’Anne ne contracta point avec ce milord, qu'à dire qu’elle contracta avec lui; et par conséquent elle mérite beaucoup plus d’être accusée d’un parjure , par lequel toute prête à comparaître devant Dieu elle donnait injustement à sa propre fille la qualité de bâtarde, que d’être accusée de rétractation par rapport à une promesse de mariage. ; Un historien protestant (31) vient de publier la première lettre qu’Anre écrivit au roi. On ne peut rien voir de plus contraire à la modestie : elle y déclare sa passion sans aucune retenue, et s’offre de se donner au roi sans aus cune exception; car elle ajoute cette clause au terme de très-obéissante servante , qu’elle met au bas de la lettre, Cet historien eût dû joindre cette raison à celles qui l’ont empêché de croire ce que le comte d’Alisburi avait lu dans les manuscrits : c’est que le roi, ayant fait l'amour à cette fille pendant douze ans, ne la connut que depuis son mariage (32). Mais, pour le (29) Hist. des Var., div. VII, n. 20, p. 303. (30) La méme, pag. 304. Nr Fe” (31) Leti, Histoire de la reine Elisabeth, tom.
T, pag. 50, édition d'Amsterdam en 1694.