‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre BayleChapitre 106 sur 142 · livre de tribus Impostoribus (i3) : » temps après qu'on eut publié les · texte numérisé non relu

livre de tribus Impostoribus (i3) : » temps après qu'on eut publié les

ils en chargent donc l'Italie et non >• livres de Florimond. Blondel était

l'Allemagne. » aussi de ce sentiment (i5). » Ces

(G) On veut qu'il n'ait point fait paroles sont d'un docteur qui est à

les ouvrages qui lui sont attribués. ] présent un prélat illustre en Angle-

A lions en remontant. M. Sagittarius , terre. Il est certain que l'on trouve

dans un ouvrage qui fut imprimé ces paroles dans un ouvrage de Vi-

l'an 1694, me va fournir deux passa- gnier , Mattliicu, historiographe du

ges. Florimundus Rœmundus , V as- roi , en quelque endroit de son His-

co , senator parlamenti Burdegalen- toire du roi, n'estime pas que le livre

sis , sub eu jus nomine Luaovicus de l'Antéchrist soit audit Rémond,

Richeomus jesuitici sodalitii theolo- ains du jésuite Richeome (16). Il n'est

gus gallicè scripsit , Errorem popu- pas moins certaiu que Rivet , ayant

la rem de Johann â pseudo-pontifice , rapporté ce que Florimond avoue è

dicta Papissa, latine postea versum la louange de Calvin dans son Histoi-

04). C'est ce qu'il dit dans la page re de la naissance de l'Hérésie, ajoute

683. Voyons aussi ce qu'il dit dans la ceci (17) : J'ai bien voulu coucher ici

page 820. Florimundus Rœmundus , ce récit d'un ennemi ( et peut-être ,

* Bayle lui-même , dans la remarque (G) de l'article AatTia , tom. II. pag. afjg , dit que Frédéric Il fut accusé, non d'avoir composé le livn

(t5) Burnet , Défense de la Critique de M. Vaelé riU*9 » PH" a6«

rist Nicolas Vigaier , Théâtre de l'Antéchrist ,

et Mahomet. Frédéric II est mort en ia5o, et <* l'indice des auteurs. Je me sers de l' édition de la Mounoie dit qu'avant i543, il n'a point été Genève, iGi3 , in-**. , qui avait été précédée de question de ce livre imaginaire de tribus Impos- l édition in-folio , 1610.

de tribus Impostoribus , mais d'avoir anp du nom des trois Imposteurs Moise, Jésus-Chi

quesUt toribus.

(17) Kivet , Sommaire des Controverse!* (c'est (i3) Voyex l'art. Arktin ( Pierre ), tom. III, une réponse au Catéchisme des Controverses pupag. 3t)q, remarque (G), bliées par le jésuite Guillaume Baile), pag. iode

(ity Sagittar. , Introd. in Histor. ccclcsiast. , la seconde édition, qui est de Genève, iGoy, pag. 683. i«-S°.

5o4 RÉMOND.

» ca par la déclaration tjueTév&que de toutes les compositions qu'un auteur » Àome était l'antechrist, prédit par puisse entreprendre , ou l'une des » la parole de Dieu. 11 y a long-temps plus difficiles. Elle demande un hom- » que les ministres ont écrit et pre- me qui ait un grand jugement : un » cné cela ; les docteurs catholiques, style noble , clair , et serré ; une » le contraire. Florimond de hé- conscience droite, une probité ache- » mond , ou comme je crois , Ri- vée, beaucoup d'excellens matériaux, » cheome, jésuite, sous ce nom, a et Fart de les bien ranger; et, sur » travaillé sur ce sujet plus que nul toutes choses,la force de résister aux » autre , et recueilli par forme d'an- instincts du zèle de religion qui sol- » tithèse tout ce qui appartient au licitent à décrier ce qu'on juge faux, » vrai antechfist et au fabuleux et à orner ce qu'on juge véritable. » ( 18). » Je laisse aux lecteurs a Par cette courte et très-juste descripjuger s'il y a la un fondement assez tion des talens qui forment le caracsolide pour établir comme un fait tère d'un bon historien , il est aisé certain que tous les écrits de contro- de connaître que Florimond de Reverse qui ont paru sous le nom de mond ne pouvait pas réussir dans Florimond de Rémond avaient été le dessein d'écrire l'histoire de la V composés par Richeome *. Mais four- naissance et du progrès du luthéranissons encore un adminicule , je nisme et du calvinisme. C'était une veux dire le témoignage de l'un des grande matière, l'une des plus granauteurscrui réfutèrent le Calvinisme des révolutions qui aient paru dans de M. Maimbourg. Je n'ai garde , le christianisme. Les raisons d'état dit-il (19) , d'ajouter foi à Florimond s'y étaient fourrées et combinées de Rémond , ayant appris de la hou- avec les intérêts de la religion. Cela che d'un conseiller ae Bordeaux , formait un mélange qui augmentait nommé Louisde-Massip ( homme de le travail de l'historien , et qui detien , et avec lequel j'ai entretenu mandait une forte application et une particulière amitié, ayant logé une grande exemption de préjugés. chez lui à Bordeaux, en io5o , étant Je n'examine point si notre Rémond à la suite de la cour, et ayant entre- avait assez de savoir, et de jugement, tenu avec lui quelques années com- et d'esprit , et de bon style , pour tnerce de lettres ) , que c'était une bien traiter un sujet aussi important tradition constante en ce pays , que que celui-là, et je veux bien supposer de Rémond y qui avait été de leur qu'à cet égard il était infiniment corps du parlement , avait eu de son moins méprisable que ses censeurs Vivant trois propriétés et avantages ne le disent j mais quand il n'aurait fort commodes et remarquables ; point eu d'autres défauts que ceux 1°. d'avoir vieilli sans blanchir ; que son zèle pour le catholicisme 3°. d'avoir bâti sans finance j 3°. et sa haine pour le protestantisme d'avoir ' écrit sans savoir ou sans produisaient en lui , il aurait dû rescience , parce que les jésuites lui connaître qu'il s'engageait à un oufournissaient et suggéraient tout ce vrage qui passait ses forces. Il bronqu'il a mis dans son Histoire de la cha dans ses préliminaires ; il imita Kaissance et Décadence de l'Hère'- ceux qui s'engagent à bâtir une maisie. ' son avant que de calculer la dépense

(D) // était l'homme du monde le pour voir s'ils la peuvent soutenir moins propre h réussir dans cette en- (ao). Il négligea le précepte que les treprise. ~] L'histoire , généralement plus grands maîtres ont si sagement parlant, est ou la plus difficile de recommandé , c'est de choisir des (.8) Matthieu , Histoire de Henri IV , /iV. VI, matières proportionnées à sa puissan-

narraùon F, pag. m. 6i% , en parlant du synode Ce , et de s'éprOUVCr long-temps SUT

national de Gap, ja mesure de cette proportion :

• Leclerc et Joly prennent chaudement le parti ,

de Florimond de Rémond , et regardent comme Stumut materiam vestnt , qui scrtbtUs, mqnam

insoutenable qu'où attribue ses ouvrages à Richeo- Virihus , et versât* diu , quid ferre récusent

me. Ce qu'ils disent à ce sujet est très-juste et Quid valcant hwneri(2i)

très-long. Mais Bayle lui-même ne trouve-t-il pas

assez peu solide le vague témoignage de Matthieu? (*n) ^ojret {'Evangile de saint Luc, ehap,

(10) Jean Baptiste de Rocolles , Histoire vérita- XI r , vs. afl.

ble du Calvinisme , pag. a85. (a i) Horat. , de Arte poét. , »•*. 3«-

RÉMOND. 5o5

La principale chose qu'il devait faire histoire -là san6 mériter l'avertisse-

e'tait un bon examen de conscience , ment qui fut donné à Phaéton :

et apparemment ce fut celle qu'il M • phai et non viribus

négligea le plus ; il ne songea a rien 0

moins qu'à sonder son cœur , et se Munera conveniunt, née tant puerilibtu an-

demander bien sérieusement , serai- nu(*5).

je capable de dire les vérités qui se- Je connais des gens qui souhaiteraient raient désavantageuses au catholicis- des histoires de cette importante réme, et avantageuses aux huguenots? volution, qui n'eussent été comço- Je leur suis odieux, et ils me le sont; sées , ni par un catholique romain , ils m'ont maltraité , et je les ai mal- ni par un protestant. Ils s'imaginent traités. J'ait fait des livres de contro- qUe l'intérêt de parti , et le zèle pour verse qu'ils ont réfutés, et j'ai ré- sa propre cause, et plus encore la pondu : aurai je la force de ne rien haine pour l'autre religion , engagent donner h ma passion , a mon zèle , a Un écrivain à exagérer , ou à supprimon ressentiment, aux intérêts de ma mer , ou à exténuer , ou à déguiser cause , et de ne jamais mentir en fa- \es choses selon qu'elles peuvent serveur de tant de sujets à quoi je suis si vir ou nuire à l'honneur de son parti. sensible (aa) ? Ceux qui ont lu son Us voudraient donc qu'un Thucydide, ouvrage avec quelque sorte d'atten- ou qu'un Tite-Live , eussent pu nous tion , peuvent juger sans témérité donner l'histoire des événemens que qu'il ne s'interrogea point là-dessus, Florimond de Remond promet! dans ou qu'il ne se régla point sur la ré- le titre de son ouvrage. On souhaiteponse négative que sa conscience lui rait la plume de ces illustres auteurs , lit. 11 met du côté des protestans tou- non pas tant à cause de leur élotes sortes d'injustices , et de l'autre quence et de leur bon sens , qu'à côté toutes sortes de sagesse et d'in- cause qu'ils étaient païens , et qu'ils nocence j il ne raconte presque rien auraient pu être neutres entre les sans se servir d'épithètes injurieuses , diverses sectes du christianisme , deet de mots atroces contre l'hérésie sorte qu'ils eussent décrit sans préet contre les hérétiques. Ses citations vention et sans partialité le mal et le valent peu de chose ; car il allègue bien de la conduite des papistes , des ou des gens de son parti , et qui la luthériens et des calvinistes. Mais je plupart avaient eu des démêlés per- ne sais s'ils auraient pu se tenir dans sonnets (a3) avec les ministres , ou une parfaite neutralité ; comme le bien il allègue des protestans selon papisme est plus conforme au pagaqu'il avait trouvé leurs passages dans nisme que la religion protestante , ils les écrits de ces gens-là. Il est impos- auraient pu se laisser préoccuper sible qu'un historien qui en use de contre Luther et Calvin. Un historien la sorte ne soit l'esclave des fraudes ne saurait être trop sur ses gardes, et pieuses , ou la dupe de son propre il ne peut presque pas s'échapper des cœur , et par conséquent le plus mal- pièges de la prévention. 11 y a des propre de tous les hommes à conipo- formes de gouvernement , il jr a des ser une histoire de la naissance et du maximes de morale et de politique , progrès du protestantisme, et le plus qui lui plaisent ou qui lui déplaisent, capable de violer les deux grands Ce préjugé le porte à favoriser un

dire. Il ne pouvait entreprendre cette qu'un homme de notre siècle fasse

rilistoire d'un Roi des Indes , mort

(sa) V oyex la remarque (L) de l'article Timke, détrôné depuis deux OU trois cents

tom. XIV. ans , vous croirez qu'aucun intérêt

(*3) C estm-dire des disputes verbhlet , ou par ^ je j)OUSSe à user de mauvaise foi :

t'eriu cependant , si c'est un homme ennemi

(a4) Qui» nescit primam esse historiat legem , Ja monarchie , et approbateur des

ne quidfalsi dicere audeat , deindè ne quid veri ^AXlOW «Jes sujets, il cherchera

non audeat , ne qua suspicio graliat stl m sen- j ' berulo , ne qua simultatis? Gicero , de O rat., lib.

II % folio m. 74 , A. (*5) Ovid. , Mclam. , , lib. Il, vs.

5o6 RÉMOND.

mille détours et mille deguisemens de rejeter toutes les ruses de l'art,

pour rendre odieuse la mémoire de ne pourraient , sans se commettre ,

ce monarque, et pour justifier les faire agir toute leur candeur • car ils

guerres civiles qui le renversèrent du s'exposeraient trop à l'indignation

trône. Un historien ennemi des ré- du peuple (le mot de peuple va loin,

bellions , prendrait tout le contre- et comprend bien des personnes gra-

pied de celui-là. C'est ce qui fait duées et titrées) , ils se feraient re-

qu'il y a si peu d'histoires où la vé- garder comme de faux frères , et

rité paraisse à nu , et sans les fausses comme des prévaricateurs et des per-

couleurs que l'historien trouve pro- fides. La Popelinicre ne pensa-t-il

près à le décharger de quelque cha- pas être écrasé pour certaines choses

grin ou de quelque mécontentement, qu'il avait narrées autrement qu'on

ou à l'armer de quelque trait de cri- ne croyait cju'il aurait dû les narrer

tiqrue contre des personnes vivantes, dans son Uistoire des Troubles sous

Il les fait venir sur son chemin en Charles IX ? J'en parlerai dans son

traitant l'histoire des Indes. Tous les article , au Supplément de cet ou-

lecteurs ne devinent pas à qui il en vrage*1 II y a beaucoup de gens qui

veut ; mais il y en a qui le devinent, souhaitent qu'un historien de leur

et il sait bien qu'il y en aura qui le parti imite les joueurs de piquet, qui

feront. Jugez, je vous prie, de ce ne gardent que les bonnes cartes, et

qu'il faut craindre des historiens mettant dans leur écart les mauvaises

modernes , puisque Tite Live même , qui leur étaient venues, à cause d'une certaine conformité On s'étonnera peut-être de ce que

générale , ne pourrait pas être en tic- j'ai dit que la droiture de conscience,

rement impartial entre les protestaus et une parfaite probité , sont néces-

leilu

à faire des livres de controverse , où bonne histoire , tout de même qu'une h

inëlât point d'être Historien . emploi gedie. Je m'en vais donc îustilier ma

bon

lait laisser à des tièdes et des inditte- est de l'essence d'une composition r en s. Je crois aussi que l'on ferait historique que le mensonge n y entre

nisme , ni celle de l'édit de Nantes , fable et un roman , si la vérité lui

ni aucune autre de cette nature. Vous manque. Il n'en va pas de mémo

avez le cœur ulcéré, lui devrait-on d'un ouvrage de poésie ou de rhéto-

dire, vous avez conçu de la haine pour rique. Je conclus de là qu'afin d'être

les persécuteurs , vous êtes rongé propre à composer une bonne his-

d'un zèle ardent pour votre cause • toire, il faut avoir la conscience si

vous nous donneriez , non pas une ennemie du mensonge , qu'elle ne

histoire, mais des écritures d avocat j vous permette pas de mentir, "

vous ne feriez que blAmer le parti pas même à l'avantage de votre

contraire, et que louer ou justifier gion , et de vos plus tendres a votre parti : cela ne se pourrait faire

sans quelques petits péchés d'omis- . !' B*>:!f »? P" d"nn ■.^"^"rSvÎT-îr

1 ,* * . J ,, ... tic.les qu il y destinait ont été dans I édition pOî-

Sion Ct de Commission, travaillez thume de 17™ , rais à leur ordre alphabétique,

donc à quelque autre livre , si VOUS Celui de la Popelioière n'était pa» fait quand

voulez que votre plume soit cm- B*ylc rsl morU

ployéeau bien du public. Lecleré et Joly prétendent „n on ne

* . . . * . être assez surpris que Bayle ait choisi cet article

Mais VOICI Une nouvelle raison de Rémond pour donner de» leçon» sur le* talen*

pourquoi il y a si peu de gens qui qui forment le caractère d'un bon historien. H*

puissent donner Une bonne histoire, prennent le parti de Rémond sur tm» les repro-

U „ ; . 111 c.lies que Bavlr lui adresse , uon-»etileinrnt riaosle

Ceux qui seraient capables de sur- œu,.ant At. feM rtmmrvtt œ4i, d.n. tout le «*u

monter les illusions des préjuges, et de l'article.

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