‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre BayleChapitre 114 sur 142 · TOME XII · texte numérisé non relu

TOME XII

(14) lté me me , Préjugés de la Grosseur et Petitesse des Livres , chap. X de la II*, partie , pag. 445 , 446.

(*) Nouyell. alle'gor. , pag. i6x des Troubles du Iî. d'Eloq.

(15) Dans son article , tnm. IF, pag. 45i, re~ (Y).

53o RIGORISTES.

» KAlcyonêe. Cest une pièce ad mi- tations d'irapudicité fort violentes ;

» rablc , et qui ne cède en rien à mais il y a des gens à qui la morale

>» celles de M. Corneille. Il y a des rigide gifte si fort le jugement , qu'il

» vers merveilleux , et elle est très- n'est pas hors d'apparence qu'on ait

» bien entendue Mondorv y faisait quelquefois traite ainsi une jeune

» bien son personnage (16). » créature qui révélait trop d'infir-

M. de Vigueul-Marville , a la page mites au confessionnal : et puisque

iq6 du Ier. tome de ses Mélanges , Fançois d'Assise se prescrivit une

fait mention d'une visite que lui et femme de neige (i) , il aurait bien

quelques autres rendirent a duRyer, pu prescrire à d'autres une chemise

et il rapporte que la collation qu'on mouillée.

leur donna , et qui consista en lait , J'ai lu un Mémorial , imprimé à

en cerises , en eau fraîche et en pain Dclft , l'an 1696 , et contenant une

bis , leur fit déplorer le 6ort de cet réponse- succincte aux trois accusa-

excellent personnage *. tions de jansénisme , de rigorisme

« „. • -uw jj.t ja' et de nouveauté. On y étale les maii-

JiVSSSSU ' ^ mes d« Jésus-Christ, et puis l'on par-

' * Leclerc évoque eo donte le (ait rapporté t«» *e «le cette manière : « (1) Si ceux

Vigueul-Marville (c'est-à-dire Bunaventure d'Ar- » que l'on traite de rigoristes ont des

gonne), ou du moins conteste que d'Arsonne ait » maximes plus rigoureuses, une

pu rendre visite h du Ryer , morten i656 (pu plu- i K , * , , , . '

tôt i658), puisque d'Argonne est mort en i7o5 , » conduite plus dure a la Cûair , Une

îgé d'environ cinquante an» » *ur quoi Joly dit » Sévérité qui passe Cette SCVerite

que d'Argonne avait soixante-dix ans quand il » salutaire , ils Sont dignes de pu-

SE'i^ï vSSû£i£rS * Mais .f vrai, au con-

l'ouvrage de plusieurs main». » traire , comme il est certain et

^rt«.nmr>n r>t i M «Aident, qu'ils sont forcés par la

RIGORISTES. Cest le nom » mollesse de la plupart des chrétiens

règles saintes , c'est une grande in- » justice et une calomnie punissable » de les décrier comme des gens qui u qui ont des maximes cruelles et » excessivement sévères. Et il est » plus vrai encore , que ceux qui » combattent en leur personne ce » qu'ils appellent rigorisme , ne

tre chose

pères

à ceux qui suivent les maximes les plus opposées au relâchement de la morale (a). Si Ton était de l'humeur de Pratéolus, on composerait une secte de ces casuistes, afin d'insulter l'église romaine

sur ses divisions. On les accuse » combattent en effet au

n r> j f » que 1 Evangile Il est donc

faussement <T ordonner aux pé- „ ?rai que ,» rigopi8me nVst qu>llD

nitens de manger du foin , et a » fantôme dont on veut faire peur des filles de prendre des che- » au monde, pour perdre des gens

mises toutes moites (A), ce qui » ^e bicn> et «*e vrais serviteurs de

» Jésus -Christ. M. Stéyaert le re- » connaît lui-même dans ses thèses » sur les Rituels , publiées il y a peu » d'années. 11 y rend ce témoignage, » qui ne doit pas être suspect , que » ceux qui tâchent d'observer les rè- » gles de l'église dans la conduite

en fait, dit-on, mourir quelques-unes (b).

{a) La méthode de ces messieurs est nom" méc la rigorisme.

(p) Voyez les Difficultés proposées à M. Sléyaert, V. partie, pag. 3l.

(A) On les accuse d'ordonner,... h des file s de prendre des chemises tou~ tes moites. ] Je ne crois pas qu'un casuiste de bon sens , quelque sévère qu'il soit, ordonne jamais une telle pénitence à une fille , encore qu'il fût question de remédier à des ten-

» des âmes, sont ceux aue F on ap- )> pelle rigoiistes , et qu il nen conu naît point d'autres (3) Il est

(1) Voyez, iom. VI pag. 543 , remaiijur (B) de l'article François d'Assise.

(3) Mémorial imprime' à Delft. , i6g6 , in-4°. , pag. 11.

(3) Mémorial , pag. 14.

RIMINI. 53t

9 certain au contraire que Je relâ- assurent que pai la touto-puis-

» chement opposé à ce rigorisme sance divine îl peut arriver » n'est que trop réel. (4) «; Stevaert deux proposition8 contraires

» le reconnaît dans sa thèse de la 1 . ,r i

» Théologie Morale corrigée. Car soient véritables touchant un

» après Tavoir prouve' par les paroles même sujet en même temps (d),

» du pape Alexandre VII, qui ont été' je ne comprends pas comment » rapportées, il ajoute :Çue feraient, . d dw ^

» ou plutôt que ne feraient pas cer- .

» tainesgens, s'ils avaient quelque comme celle-la, qui est une suite

» chose de semblable à alléguer con- inévitable du dogme de la trans-

» tre le rigorisme; au lieu que pour substantiation. Il s'approchait

» le prouver, ils n'ont à ^duire b } de rorlhodoxie

» que des contes faits a plaisir, coin- r r

» me du foin, et des chemises mouil- augustimenne à 1 égard du franc

» lées imposées à des gens pour péni- arbitre que la plupart des théc—

» tence ? » logiens de son temps (e) , et il

(4)iàm/mA soutint même que l'ignorance

RIMINI ( Grégoike de ) est invincible ne disculpe pas (A),

connu sons ce nom-là , et sous Mais il enseignait une chose qui

celui d'Arimini , parce qu'il était fut objectée à M. Descartes , et

d'Arimini, ville d Italie. Il ensei- qui serait fort scandaleuse si elle

gna dans l'université de Paris n'était favorablement interpré-

avec un très-grand applaudisse- téej car il enseignait que Dieu

ment (a). Ce fut l'un des plus peut mentir^ ou tromper (B). On

subtils scolastiques du XIVe. cria beaucoup en Hollande contre

siècle , et par ce caractère d'es- un ministre qui avait dit la même

prit il s'attacha beaucoup plus chose (C) ; mais avec des reslric-

au parti des nominaux , qu'à la tions qui en étaient tout le mal.

secte des réaux (fi). Il était moine {d) Voyez Fonséca , sur la Métaphysique !<> A** Aiifyn«tin« et il d'Aristote , lit». IV , chap. ///, pag. m. 65l.

de 1 Ordre des AUgUJ>tinS , et 11 (e) Voyez le Scholaaticus Orlkodoxus de

en fut créé gênerai à Montpel- paul Ferri , 3o4 , 447.

lier, au mois de mai 1 357. H {A) Il soutint que l'ignorance

avait été leur principal professeur invincible ne disculpe pas. ] M Ar-

i»* • r * nauld fait cette remarque dans la l\e

au couvent d Anmini,lan imi. [{c des oifHcultes proposées à

Il mourut à Vienne en ^ Autriche, Steyaert. C'est à l'occasion d'un

l'an 1 358. Ces principaux ou- décret du pape Alexandre VIII , qui

v races sont des commentaires condamne trente et une propositions,

b V air *l j c dont la seconde est celle-ci : Tamet-

sur le Maître des Sentences , j£ detur i„norantia in^incLbdLS juris

et sur les Epîtres de saint Paul

naturœ ; n<vc in statu naturœ lapsœ Il ne fut pas moins recomman- operantem ex ipsd non excusât h dable par la sainteté de sa vie peccato formait, c'est-à-dire « quoir . » qu il y ait des ignorances du droit

que par son savoir et par son „ lalarJe] qui 9ont invincibles, néan-

esprit; et on le compte parmi les „ moins dans l'état de la nature corbeats (c). Bisons quelque chose » rompue, cette ignorance n'excuse

de ses opinions. Il disputa forte- * Pa* ^«m péché formel celui qui c 3 r , r . . » fait ce qui est défendu par le droit

ment contre les théologiens qui M natlireil(l). >)M. Arnauld rapporte

(a) Elssius, in Encomiastico Àugustinia- ensuite trois opinions. La première no pag. 2/17. es* au une ac^l0n humaine n est point

(b) Idem , ibidem, (1) Difficulté» proposées à M. Stiyarrt , IX*. {c) Ex eodem , ibidem part., pag. a3if.

53a RIMINI.

un péché formel , si celui aui la fait ne connaît qu'il pécha (a). Il attribue cette ooinion aux jésuites, et il assure qu'ils prétendent ne rien dire que de raisonnable ; parce que tout le monde demeure d'accord , h ce qu'ils supposent, que Pignorance invincible

» est de Grégoire cle Rimtni , d'Es- » tius , et d'autres théologiens qui , » prenant en un autre sens le mot » cY invincible, ne font pas difficulté de » soutenir que l'ignorance du droit » naturel n'excuse pas le péché, lors » même qu'on la pourrait regarder

excuse le péché, et qu'un homme est » comme invincible. Car elle peut,

censé ignorer invinciblement que ce » disent-ils , être appelée invincible,

quHlfait est péché, lorsqu'il ne lui » par rapport aux moyens humains,

en vient aucune pensée en le faisant » comme est l'instruction qui a (3). La seconde opinion , « est celle » de plusieurs théologiens qui, pour >» empêcher qu'on ne renversât par

» ces fausses subtilités cette impor- » sens le mot d'invincible , ont re-

< tante maxime , que l'ignorance du » connu qu'il y a eu une infinité de

! ^ s . » païeas qUj ont ignoré invincible-

» ment plusieurs devoirs du droit

qui

» manqué à beaucoup de personnes, » surtout parmi les nations infidèles (6) Ceux qui, en prenant en ce

» droit naturel n^excuso point de >éché , qui a été reconnue par

» pe^.- , , -

» les païens mômes , et qui est éta- » blic en ces termes dans le droit

» canonique : Ignorantia juiis omni- » bus adultis damnabilis est , sou- » tiennent qu'on ne doit pas la ren garder comme invincible, absolument parlant , parce que ce droit est tel que l'homme a été créé capable de le connaître , et q;u'il l'aurait connu en effet s'il était demeuré en l'état où Dieu l'avait mis : que dans l'état où il est , c'est une des plaies du péché originel de ce qu'il n'en connaît guère que les premiers principes , et qu'il ignore le reste, qu'il peut néanmoins connaître étant assisté des lumières de la grâce. Ce qui » ad arg, suffit, selon saint Thomas, afin que » Secundum

» naturel, ont dû dire nécessairev ment que l'ignorance du droit na- » turel n'excuse pas de péché , lors »> même qu'on la peut appeler invin- » cible par rapport au défaut des » moyens humains , et des divins mêmes, lorsque Dieu ne donne pas ceux qui seraient immédiatement nécessaires pour vaincre cette ignorance. On a encore des thèses soutenues publiquement à Rome de notre temps , dans l'école des » Au^uslins, oùl'on trouve cette pro » position : Ignorantia invincibilis » juris naturalis non excusât h pec- » calo. Ex Gresorio in a. Sent. ,

» disp, 29. , au. î. , art. 2. , in resp.

. ubi ait. Ad probationem :

o mnes

Jocloivs non im-

m l'homme soit obligé de faire ce » putantur homini quœ ex ignorantid » qu'il ne peut qu'avec la grâce , » simpliciter invincibili committun-

ii . * . 1 ... I : . . . ? . . ; 7 . . i i

» en

quoique cette grâce , sans laquelle » tur : dico auod istud est ù .

il ne le peut faire, soit donnée aux » dum de ignorantid quœ non est

uns par miséricorde , et ne soit pas » peccatum nec pœna peccati , cujus

donnée aux autres par justice, » ille sit vel fuerit reus. Quod pro-

punition d'un péché précédent, » bat ex S- ^tug. in Ep. ad Sixtum.

jamais

ne devait point être regardée compte invincible (5). « La troisième opinion

(i) Difficulté» proposées à M. Stéyaerl, IX*. part. , pag. ?35.

(3) Là mente , pag. a36.

(4) Là même.

(5) Là même, pag. ifr.

que que home, droit hé ,

et qu'on ne croyait pas que ce fnf » imposer à saint Augustin f que de » lui attribuer ce sentiment , aussi i» bien qu'à Grégoire de Rimini, l'un » de ses plus fidèles disciples d'entre

(G) Là même.

» les docteurs de l'école . C'est oc qu'Es- quelquefois. Ils accordent une cil ose, » tius a aussi enseigné expressé- et puis ils la combattent eux-mêmes : » ment ( 7 )■ » M. Arnauld ajoute ils donnent d'une main ce qu'ils '8) que la différence entre les deux reprennent de l'autre. Ils convienlernières opinions nyest qu'une dis- dront que toute ignorance invincipute Je mot , et que dans le fond ble excuse tant au fait qu'au droit l'une et l'autre s'accordent parfaite- (9) , et puis ils allégueront une intiment bien avec la maxime générale nité d'exemples empruntés de l'Ecri-

lard, que tout ce qui se fait contre le d'exemples sera , ou que l'ignorance droit naturel est péché , de quelque des devoirs moraux ne fut jamais inmanicre qu'on l'ignore, parce que vincible , ou qu'encore qu'elle soit c'est toujours en punition de quelque invincible elle n'excuse pas le pépéché , comme ait saint Augustin , cheur. Suivez bien toutes leurs preudans la lettre a Sixte. Mais pour la ves > vous trouverez qu'après avoir première, qui est celle des jésuites , supposé que l'ignorance du droit et elle renverse absolument la maxime l'ignorance du fait ne sont crimineldu droit canonique et la doctrine des les que quand elles ne sont pas insaints, en soutenant (Tune part, gêné- vincibles (10), ils ne laissent , à proralement que l'ignorance invincible prement parler , aucun cas où cette excuse toujours devéclié ; et de l'au- ignorance soit invincible (11) j car tre, en étendant sifbrt, quand il leur ils veulent qu'elle soit surmontable plaît , le mot d'invincible , que pour par rapport à la Passion de Jésusparler sincèrement , ils devraient di- Christ (12) ', lors même qu'on n'en a re que les péchés d'ignorance ne sont jamais ouï parler. Us veulent que si jamais des péchés formels, mais seu- un sauvage de l'Amérique ignore les lement des péchés matériels. faits contenus dans le Nouveau Tes-

tai bien voulu rapporter toutes tament, ce soit sa faute , attendu ces choses , non - seulement parce qu'il ne s'est point mis dans une disqu'elles fourniront une courte et position qui conviât Dieu à lui révébonne instruction sur une matière 1er les mystères du salut , et qu'il très-difficile et très-importante , mais s'est rendu indigne de cette faveur aussi parce qu'elles peuvent faire céleste. Faites -leur cette question: connaître que notre Grégoire d'Ari- Pouvait-il avoir ces bonnes disposimini ne cherchait point des détours tions dont vous parlez ? Pouvait-il et des faux-fuyans. 11 pénétrait le faire un bon usage des lumières nafond d'un dogme , il voyait les plus turelles ? On vous répondra qu'il le justes conséquences d'un principe , pouvait s'il le voulait. Mais pouvaitet il les avouait hardiment , et sans il le vouloir ? demanderez - vous enchercher des expressions équivoques core : je pense qu'on vous répondra ou mitigées. Je ne dis point cela pour que non , mais que ce n'était qu'une condamner ceux qui tâchent d'adou- impuissance morale qui n'est autre cir ce qui leur paraît capable d'effa- chose que la mauvaise disposition de roucher un lecteur. Ils peuvent être sa volonté (i3) , et une suite de la bien intentionnés; et il y a des ma- corruption dans laquelle naissent les tières si difficiles et si embrouillées , enfans d'Adam. C'est dans le fond le qu'il faut excuser ceux qui changent même dogme que celui de notre Gréquelqucfois de route en les expli- goire , et il vaudrait mieux apparcmquant. La question sur les péchés ment dire tout net comme lui que

d'ignorance est de Cette espèce : elle (g) Voyez la préface du Supplément du Comest entourée dê précipices à droite et mcnUire philosophique sur Contrains-les d'entrer,

à gauche. 11 ne faut donc pas s'éton- f9lj°"À "*"# -a m * • 1

" ** . tr il0\ Voyex les Réflexions de M. Sannn snr les

ner que ceux qui marchent dans un nwiude U Conscience, pag. 16.

tel chemin se détournent, OU reculent (i 1) Cest-à-dire quand aux articles de droit et

de fait qui concernent la religion.

(7) Difficultés proposées à M. Stcyaert , (ia) Saurin, Réflexions sur les Droits de la

part. , pag. ilp* Conscience , pag. i5.

(fl) là mime, pag. *43 , 344. (i3) La même, pag. 16.

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