‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre BayleChapitre 115 sur 142 · R1MINK · texte numérisé non relu

R1MINK

ici et qu'elle en êst une punition, tés relatives au genre iiumam , et .«

11 est vrai que cette doctrine a quel- façons de parler qui se rapportent

au" inconvéniens i car il semble aux vérités absolues Ces premières

oVclle conduise de degré en degré façons de parler ^nt fréquentes dans

Jusqu'à cette thèse : La phrénesie, ni l'Écriture, mais les Ornières doivent

\a démence, ne disculpent pas , vu être celles des philosophes. Lcndur-

L' elles ne doivent pas être exclues cissement de PÉaraon , et semblables

L nombre des maux que le péché a choses ne marquent point un effet

introduits , et qui servent de punition positif . de Dieu ; ftait seulement

au péché. Mais la première opinion une privation de grâce. Il est clair ,

que^M. Arnauld a rapportée n'a-t-elle ajouta-t-il , que 3e n avais point en

pas aussi beaucoup d'inconvéniens vue les mensonges qui consistent en

(ifo 7 S'aeit-il de faire choix entre paroles , mais la malice intérieure et

l opinion exempte de tout embar- formelle qui se trouve dans la trom-

, et une opinion très-embarrassée? perie. L'arrêt contre Nuuve n ctait

:i ,foD A* #»ntre deux nue comminatoire , et il dépendait

une ras Ne s'a

tune OpiDIOD irC!rUlUUAuaS«C. A . ¥ m AAn*>nAtit

cit-il pas de choisir entre deux que comminatoire , et il dépendait

extrémités dont l'une est contraire d'une condition. Je ne blûme point

aux notions philosophiques, et l'au- pourtant, continua-t-il (18) , ceux

tre aux hypothèses théologiques ? qui dbent que Dieu peut par ses

(B) Il enseignait que Dieu peut prophètes , faire annoncer des men-

mentir, ou tùmperS M. Descartes songes exempts de toute malice de

établissait, comme le seul fondement tromperie , et semblables a ceux des

de la science humaine , la persuasion médecins , qui pour guérir leurs ma-

rirai, et quelques autres scolasti- nous trompe quelquefois réellement ;î

crues Dieu peut avancer des choses car la nature que Dieu nous a donnée

qui sont contraires à sa pensée et à pour la conservation de notre corps

ses décrets , comme quand il fit nre- pousse positivement les hydropiques

cher dans Ninive qu'elle périrait dans a faire une chose qui leur est preiu-

auarante jours. S'il a'endurci et diciable , c'est-à-dîre à boire : mais

aveuclé Pharaon, s'il a envoyé à j'ai expliqué dans ma VI*. méditation

quelques prophètes l'esprit de raen- comment cela se peut accorder avec

songe , comment savez-vous, deman- la bonté ou avec la véracité de Uieu.

da-t-on à M r\^D/-oï-f u« nii'il nn Aîmiii on muMl mie cette répon-

peut pas nous

pas se comporter envers nous comme l'objection

un médecin envers les malades , et car dès que l'on est contraint d a-

comme un père envers ses enfans ? vouer qu'une maxime Générale ,

Ce sont des personnes que l'on trom- qu'on avait donnée pour le fonde-

pe très-souvent et avec sagesse , et ment d'un dogme certain et deraon-

pour leur profit. Aurions-nous bien gtratif, souffre beaucoup d excep-

fa force de contempler la vérité , si tions , on l'ébranlé de telle sorte ,

Dieu nous la présentait toute nue ? qu'elle n'est plus capable de fixer

Si Deus puram nobis ostenderet ve-

: 7 „„; auœ mentis (18) NoUm tamen reprclicndere »Uos qm eon«v

rtlatem, qui eam oculus, quœ menus ^ ^ verbaie au^uod mm-

acies sustinei-e valent { 1 o) r La repon- dacium (quafia sunt fna mcdlcorum , qu.bu» «gro-

se de M. Descartes fut (17) , qu il y a tosdecipiunt ni ipso* curent, hoc est b^otej

une distinction à faire entre les fa- omuia malitia déception!* ) proferre po*s*. ^uin-

Méditations de M. Pe.Hearlc* , pag. »». OU. i , ? • l ri r, ,i

(.G) Objcct. secund. coutrifaeditat. C«U«i, Ludov.ci Wolxogu chav. II ,

* 'm se recrie d'une terrible force contre ce passage ic

(i'-j) Vo*** I* Héponsc de M. Descartes aux M. l>csrartc9, comme si cYtaU le ™™r^"

KLL Objection, ;Pag. m. 75 et ji. de l 'Ecriture , et même de toutlc système car*»*.

RÏMINÏ. 535

nos incertitudes, et il n'y a point de ter qui l'aurait tire* d'affaire. Quelcas où un sceptique ne puisse em- ques-uns me répondront apparemployer la distinction de M. Descartes, ment que ie me trompe, et qu'il Si j e'tais trompé , dira-t-il , par les n'aurait euere pu s'accommoder de idées qui me représentent la matiè- cette méthode ; car il s'était mis sur re comme une substance étendue , un pied à ne se servir que de raisons

me trouve, qui à certains égards est objectait sont infiniment plus claires un véritable état d'enfance , ou de que les solutions et que les gloses des maladie pendant que mon âme est commentateurs ; voilà pourquoi il unie au corps. Le mensonge verbal rendit les armes sitôt. Si l'on me fait n'est point meilleur que le mensonge cette objection, j'aurai de quoi réplid'idée , et n'en peut point être sépa- quer , et je dis ici par avance que , ré j car on ne parle qu'afin d'exciter pour le moins , ce grand philosophe des idées dans l'esprit de ceux qui devait insister plus <ju'il n'a fait sur écoutent ; et ne puis-jc pas supposer la nature des expressions que les écrique toute sorte d'idées se rapportent vains sacrés ont employées afin de non aux vérités absolues, mais aux s'accommoder à la portée du peuple, vérités relatives au genre humain ? L'esprit populaire étant incapable de Disons aussi en passant qu'il y a s'élever jusqu'à la sublimité de l'Etre dans l'Écriture certains faits et cer- souverainement parfait y il a fallu taines phrases qui démonteront tou- <jue les prophètes abaissassent Dieu jours les machines des plus grands iusques àl'homme, et qu'il le fissent métaphysiciens. Nous en avons ici négayer avec nous comme une nourun exemple. Voyez comment M. Des- rice négaye avec l'enfant qu'elle alcartes fut battu en ruine par l'hypo- laite. De là viennent tant d'expresthèse que Grégoire d'Arimini pré- sions de l'Écriture qui portent que tendait fonder sur l'Écriture. On Dieu se repent , qu'il se fâche, qu'il peut aisément conjecturer que sa veut s'informer si une chose est arrisurprise fut grande , lorsqu'il recon- vée, qu'il changera d'intention si nut que la foudre qui tombait sur l'homme lui obéit ou ne lui obéit son ouvrage partait du lieu d'où il pas, et mille autres choses de cette la craignait le moins. Il croyait avoir nature, incompatibles avec la souvebâti sur la roche à pierre et à chaux, raine perfection. M. Descartes n'a pas car son édifice portait sur l'infailli- manqué de représenter la différence bilité de Dieu. Il s'était promis sans qu'il y a^ entre ce langage et celui doute l'approbation des théologiens (l'un véritable métaphysicien ; mais quant à cette partie fondamentale de il a coulé là-dessus trop légèrement, son hypothèse • et pour le moins il et il s'est privé de çtout l'avantage se tenait assuré qu'on ne le combat- qu'il en pouvait retirer j car il n'a trait point par des passages de l'Ecri- pas laissé Je donner les mains à la ture. Cependant l'orage fondit sur prétention de Grégoire de Rimini. lui de ce côté-là, et ce fut une C'est ce qu'il ne devait pas faire ; il tempête si forte, qu'il fut contraint de fallait dire constamment et in varia-

}>lier et de reculer. Tant sont vaines blement que les passages de l'Écritues pensées et les espérances de l'hom- re qui affirment que Dieu trompe me ! Mais soyons surpris à notre tour quelquefois, ne doivent jamais être de ce que M. Descartes résista si peu entendus littéralement ,Net qu'il doià cette attaque. Sa facilité à céder vent être expliqués comme ceux qui est une preuve qu'il n'avait nulle lui attribuent le repentir , ou quelconnaissance des livres de théologie, que autro qualité humaine. l\ fallait S'il avait été rompu dans cette lcctu- qu'il s'étendît à montrer q^u'un phirc , il aurait su quantité d'explica- losophe ne doit point avoir égard à lions et de solutions des passages de de tels endroits de la parole de Dieu, l'Ecriture qui servaient de fonde- quand il s'agit de représenter les ment à Grégoire de Rimini , et il au- grandeurs du souverain Etre. M. Rérait trouvé là une méthode de dispu gis a très-bien connu ce devoir • « Je

Page 1