TOME XII
5g4 RORARIUS.
té d'Antoinc-le- Grand (16) , de Ca- la nouvelle , il a donne' lieu à quel-
rentid SensiisetCognitionis in Brûlis, ques-uns de soupçonner qu'il n'avait
Une lettre de M. de Cordemoi h un pas eu un véritable dessein de corn-
savant religieux de la compagnie de battre M. Descartes. Rapportons le
Jésus, imprimée l'an 1660 (17). Le jugement d'un de ses confrères : //
Traité de l'âme des Bêtes, qui fut im- n'y a rien de plus séduisant que les
primé à Lyon l'an 1676 , et dont un expositions que fait le père Pardies ,
{>rêtre d'Ambrun, nommé Dilly , est dans son livre intitulé : de Ja Connais-
'auteur. Les Entretiens sur la Philo- sance des Bêtes ; où mettant le carlé-
sophie, par M. Robault. Les notes sionisme dans toute sa force sur ce
du pore Poisson sur la Méthode point, il va presque jusqu'à convain-
de monsieur Descartes. Le Brutum cre ses lecteurs que non-seulement il
Cartesianum d'Arnoldus Geulincx. n'est point besoin d'âme pour mar-
Ccst un ouvrage posthume qui fut cher , pourboire, pour manger , pour
publié Tan 1688, par M. Langen- se plaindre, mais encore pour parler,
hert , bon cartésien , mais non pas et pour parler aussi long-temps que
sur ce qui concerne l'âme des betes le fait un prédicateur dans un ser-
(18), quoiqu'il ait mis en forme géo- mon d' une heure , ou un avocat dans
métrique les raisons qui prouvent un plaidoyer. Ce livre a fait passer
qnje les bêtes ne sentent point. Plu- son auteur, parmi les pénpatéticiens
sieurs sectateurs de M. Descartes en pour un prévaricateur qui était
sont logés-ïà; ils l'abandonnent quant tésien dans tdme , quelque applicaau dogme des automates. M. Craanen, tion qu'il ait apportée à réjuter le professeur en philosophie, et puis en cartésianisme dans la seconde partie médecine à Lcyde , a été un grand de son livre , et à défendre l'ancienzélateur de ce philosophe , jusques à ne philosophie sur le chapitre de l'dsouffrir pour lui ; et ce qui est peut- nie des bêtes (20). être plus admirable, jusques à ne (D) // y a long-temps qu'on a souvouloir pas#l'abandonner a l'égard tenu que Vdme des bêles est raisonna dogme de la glande pinéale ; mais noble, ] Tout ce que j'aurais pu dire il se mocquait de ceux qui disent cjue sur cette matière aurait été répandu les bêtes ne sentent pas. M. Régis , dans les remarques de l'article Pél'un des plus célèbres cartésiens qui Réira, si je n'avais voulu éviter d'être soient aujourd'hui , n'est pas allé si trop prolixe en cet endroit- là. Nous avant; il s'est contenté de dire que pouvons compter Straton cl Énésidèauelque penchant qu'il puisse avoir me parmi ceux qui ont soutenu que a donner aux bêles une ame distincte l'âme des bêtes est raisonnable ; car du corps son jugement pourrait mettre diers sur la Cor
f>armi ceux qui ont été faits pour fuit tkm Stratonis physici, qui Tneo- 'opinion de M. Descartes; car on y phrasti auditor (**)fuit ; tùm jEne- Irouve les raisons des cartésiens pro- sidemi , qui (*3) in Pyrrhonid introposées très - fortement , et réfutées ducùonem conscripsii. De utroque très - faiblement. Je crois néanmoins testis nobis Sextus Empiricus adverqu'il ne se négligea point dans la 5US ntalliematicos (*4). Vossius sans IIe. partie de son ouvrage , et qu'il y doute eût cité ici Plutarquc , s'il se lit tout ce qu'il put pour soutenir ^ souvenu de ce passage. Ket/rot l'ancienne opinion; mais ayant fait 'Zrp&rwU yt tou qvtikw xôyoc iç-n , aussi tout ce qu'il pouvait pour re- ^roSuKvvwv eiç oi/<T *<V9«t»»*-9ou iwatprésenter fidèlement le beau côté de f**a.vèii*r roû voiù varâp^ai. Stratonis
i.-\r.,n~ • •• > (ao) Suite du Voyage du Monde de
( i«- )t,rHtr lettre partit anonrmr mais i rtnprrndt . jj-. - j> * . ,.
de M BaiWet Vie de Des< artes tom II paS' 9 et '° » /dtUon d Amtt' > ,69fi-
Àf r01JLnî^ i , )Z ; ' Vowiu*, de Origine et ProjreMU tdolola-
^4,7r«? M. de LMidcmoi en est l auteur. ,-V, TIT ' Yfr ... * ,a
(iR) V oyex le Journal de Lc.,».c , nov. ,C98 , (• Sensus et cogitatio menUu J '
(19) Pierre Sylvain Régis, Système de Philoso- ("3j Lacrl. , in Pyrrko. »*!". • ?n' P*"' tI'.Va^' tome, (*>) Cap. lU Tfominr , tiyepag. 707 . rJù. Au
édition de Ljon, 1691 , «Vi-ia. rAtttn.
cuti
Esse apibus partent divines mentis , et 1 JEÛxereos dixfre : Deum namque ire perômnes Terrasque , tractusque maris , ccelàmque profundum :
Jlinc pecudes , armenta , viras , gemts oinne fer arum ,
Ouerhque sibi tenues nascentem arcessert vitas* Scilicet hue reddi deindè , ae resoluta referri Omnia : nec morli esse locuin; sed vivo, volare Sideris in numerwn , atque allo succedere cœla M).
Il vaut mieux parler de Philon , qui fit un livre où il soutenait que les
etiam physiciextatoratio, quâsinè in- gile 1 ait alléguée comme le moyen le telligentid senùri omninb nihil posse pluscanable d expliquer tout ce qu'il demonstrat (as). On prétendque Par- vcnaitde diredes qualitésdes abeilles, m cm île, Empédocle, Démocrite et Hls :uu{wn signis , Anaxagoras, enseignaient que toutes les bétes sont douées d'intelligence.
Ab hdc opinione qud bestiœ sensds creduntur expertes , ad altérant tertio : secundùm quant, utSextus hmpiricus (*') ait, oùiit tç-'v àLxoyaTt , <t\xat x«ti rot/ , xeù irtçnptiç d\xTix«. «ç*i vavta, nullum est animal rationis expers , sed omnia s tint intelligentiae et scientiac capaeia. Hanc sententiam Parmenidi , Empedocli , et Democrito y tribuit Stobœus in Eclogis
physicis (*»). Anaxagoras quoque bétes sont raisonnables. Hifi to<,
interdum in liane opinionem inclina- >•» .** S»* i * eo quod
bruta anima lia ratione sint prœdtta
(a5). J'ai parlé ailleurs (2G) du sentiment de Galien ; mais en voici une preuve plus précise. An animantia quœ dicuntur bruta, prorsiis expertia sint rationis, nondùm satis liquet.
Eortassls enim , tametsi non habeant eam ralionem , quœ juxth vocem intelligitur nobiscum communem, quant vocant enuntiativam-, certè eam, quœ secundùm animam aceipitur, quant ratio nem appellant affectuum capanestïoribus (a3). Je laisse là l'opinion hfhM nobiscum communem
qui a été si commune dans l'antiqui- l'e*K all« ™p» > aAU" minus & \ té , que les corps vivans contenaient Quoique Lactance déclare en quel-
une âme qui était une portion de
opini
vit ; teste Aristotele lib. I. , de Anima, cap. II (*3) ; ubi agnoscit quidem, non uno loco dicere , mentent esse ejus caussam , quod rectè , et pulchrè se Jtabet : sed addit , alibi tradere , tov voDv iïvett tôt att/Toy tÏ ■^i/^»' tv eS-rct(rt yéip ùnafX**1 £»oiç, xoti jutyÂxotç, x.Ai juixfxiïç K&i rtfjuotç, *&) eLrtjunotripoiç. Idem esse mentem , et animam : mentem enim omnibus inessc animalibus, tàm parvis, quàm magnis ; tàm vilioribus , quàm ho-
fâme du monde. Je conviens que la suite naturelle de ce dogme est de dire que Pâme des bétes est de la même nature que celle de l'homme ; mais cela ne prouve pas que les bétes soient raisonnables actuellement :
car on pourrait soutenir que les portions de l'âme du monde qui sont unies à certains corps perdent la force de raisonner; et puisque les partisans de l'âme du monde n'enseignaient pas que l'âme des plantes fût raisonnable , il fallait qu'ils crus-
ques endroits que Dieu n'a point accordé aux bétes la faculté raisonnable (28) , il ne laisse pas de soutenir, dans le traité de Ird Dei, qu'excepté la religion , il n'y a rien en quoi les bêtes n'imitent les hommes , et ne participent aux avantages de l'espèce humaine. La différence n'est que du plus au moins. Solus (homo) sapientid instructus est ut religionem solus intelligat, et hœc est hominis atque mulorum vel prœcipua , vel solo, distantia , nam cœtera quœ uidentur hominis esse propria , et si non sint talia in mutis, tante n si mi lia videri
Z flv ^VW possunt...... Quid tam proprium ho-
un engagement a soutenir que les r . . , y . , ' *\ , . r
bétes raisonnassent. Ne parlons donc mim 1uam ratl° ' et P^^Uafupoint de cette opinion , quoique Vir- j$ ^ g£* l^^il^Xrin,
<,a) IWcb. , de Solcrùâ Aui«.lium , pag. VarticU p-^,^, tom. Xl , pag,
901 V„ . . 555 , citation (38).
( ') Prrrhomarum Hjpotj pos., lib. 2, e. 5. (37) Galenus , in ExWat. «d Art., Hb. Slud.
C) P«g- 93 , "dit. Planlin. initia , apud Aat. le Grand, de Crenti. Sensûs, («3) Cent. a4.
Cœtcris animanùbus quoniam rationalem
(a3) Vu -mus, de Origine et Progrewn Idolola- islam vitam non attribuit. Lactant., de Opificio
triie , lib. III, cap. XLI , (niu , pag. m. r^o. Dei , cap. II, pag. m. 5"^.
tuti ? Atqui sunt animatia , quœ la- dis-je, entre autres raisons par celletibulis suis divcrsos, et plures exitus ci , c'est qu'il n'y a presque point de pandant ; ut si quod periculum inci- différence entre notre âme et celle dcrit,fuga patent obsessis; quod non des bêtes. V ultis tumore deposito cofacerent, nisi inesset Mis intelligen- giêationibus tarais perviclere animan-
pour
me des bêtes est spirituelle et iraraor- indicet similitudine discrepare? vel telle : car en ce temps-là on ne voyait quœ in nobis eminentia tanta est , ut pas clairement la liaison qui se trou- aniniantium numéro dedignemur adve entre la pensée et la spiritualité, scribi (3a) ? Jl examine les çréémi- Arnobc n'enseigne-t-il pas clairement nences de l'bomme sur les animaux , que l'âme humaine est mortelle de et il prétend faire voir que c'est peu sa nature, qu'elle périra totalement de chose j il assure nommément que dans les enfers nar l'activité des les hommes ne surpassent pas les bâtes tourmens, et qu'elle ne durera tou- en raison. Sed rationales nos sumus , jours dans le paradis que par une et inteUigentiâ vincimus genus omne pure grâce de Dieu ? Ne soutient-il mutorum. Crederem istud verissimè pas qu'une nature immortelle et non dici , si cum ratione et consUio composée est incapable de sentir de cuncti homines vidèrent , servarent la douleur? Il en sentait, il ne croyait officiorum tenorem, abstinerent ab ildonc pas que son âme fût un être licitis sese , negotia turpia non adispirituel, immatériel, immortel. Ho- rent, neque quisquam prauitate conmo prudentiœ non pravœ, dit-il (3o) silii , alaue ignorantiœ cœcitale concn parlant de Platon , et examinis traria sibimet atque inimica deposcejudicjique perpensi , rem inenodabi- ret. V e liera tamen scire quœnam sit lem suscipit , ut cum animas dicat hœc ratio , per quam sumus potiores immortales , perpétuas , et corporali animalium generibus cunclis : quia soKditale priuatas ,puniri eas dicat nobis domicilia fecimus, quibus possitamen, et doloris officiât sensu. Quis mus hyemaliafrigora, et œstatis Jiaautem hominum non uidet , quod sit grantias euitare ? Quid ? animant'ta immorale, quod simplex , nullum cœterahujusreiprovidentiamnonhar posse dolorem admittere ? quod au- beat (33)? Nous pouvons donc mettre tem sentiat dolorem immortalitalem Arnobc entre ceux qui ont enseigné habere non posse ? IVec tamen ejus que l'âme des bêtes est raisonnable. auctoritas pturimum a veritate decli- C'est de lui sans doute que Lactance
nat Non est absone suspicatus avait appris à n'établir d'antre diffé-
jaci eas in Jlumina torrentia flamma- rence entre elles et l'homme , que rum globii , et cœnosis voraginibus celle du culte de Dieu * . Il s'est tetra. Jaciunturcnim, et ad nihilum trouvé des philosophes qui ont envié redactœ , interitionis perpetuœ j'rus- à l'homme ce privilège; car ils ont tratione vanescunt. Sunt enim mediœ dit que les animaux avaient une requalitatis, sicut Christo auctore com- lipiort. Xénocrate le Carthaginois ne pertum est , et interire quœ possint niait pas que Dieu ne leur fût connu : Deum si ignorauerint, wilœet ab exi- Détnocrite a dû croire la même chotio liberari , si ad ejus se minas atque se , s'il a raisonné conséquemment : indulgent'tas applicârint. Il réfute les c'est du moins la prétention de Cléplatoniciens sur ce qu'ih disaient ment d'Alexandrie : Katôoxou y un que l'âme de l'homme est d'une ori- aàv met tou Otiou ï»roietv
que rame de 1 Homme est d une on- thv nt^t «rot/ fc>t»ot/ fvroictv Str&x^*<nK o gine céleste , qu'elle est immortelle,
et incorporelle (3i)5 il les réfute, SJ^^Î; ^!^^ï^^wi
(*q) Idem , de Ira Deî , cap. VII, pag. 5ig. dem » Pag> 53'
(3b) Àroobius, adversus Gentes, lib. II, pag. (3*) Tdem, ibidem, pag. 5^.
m. 5a. (33) Idem, ibidem, pag. 55.
(3i) Nihil est quod nos faU.it, nihil quod nobis * « Lactance n'a jamais tenu le sentiment <\»r
pullicealur spes cassas, id quod nobis à quibus- » Bayle lui attribue » , dit Joly qui renvoie iri *
damdiciturviris , immoderaut opinione sublatis, V Apologie de Lactance contre Parle, If.
animât immortales esse , Deo, rerum ac principi partie , par le père Merlin ( Mémoires de Tre-
aradu proximtu dignitatis, genilore illo ac pa- veux , i?3ti , juillet.
RORÀRIUS.
I «Ai I
S^TJW* -'*»;. W «1er Pla7nZ.nonfZl
<Mes CanH^Lensis non spen, om- M' Vo™ ^
animantes rationts expertes, ex divi- Le fim^,.T mv.« :j «,f «c*,,*;-/ d.;„;T * i! i- - , Le lameux Maiinonides a cru sans
ilnlJ, <IUi^èln • ™iLl'<**'™<>™ Are punies ob^^ÏÏ ffln'e' ^penorumobedteniia, of- la mort. SÎ je rapnor te u7 peu au ficiorumque % quœ didicere memoria; long ce oui irlcÀxï r, 1 1 Z '< •
de M. Arnauld , c'est à cause de certains faits qui nous apprennent l'opinion de quelques juifs sur les animaux. Ce grand rabbin explique cinq opinions touchant la Providence, qui sont toutes,h ce qu'il croit .aussi anciennes que les prophètes (4o). La quatrième de ces opinions étendait a tout la
amons , et gloriœ voluptas timù verb ( <fiux etiam in homine rara , ) vrobuas, prudentia, œquitai : religio quoque siilerum , sohsque ac lunm veneralio. Auclores sunt , in Mauritanie saltibus ad attendant amnem, eut nomen est Amilo , mitescenle lutta nord, greges eorum descende,* ; me ae ces on» ,1 .;, , ,.„,, ... tlique sepunftcantes solenniter aaud providence Se Diêo^ ne niait na û ctrcumspergt , atque Ua sa ulato si- libre arbitre del!bomme7a" Ma^mo uZôsptVe ZZÏe's "TlUnTafa- ^ Pl—A^convS
cibus allegala. Dion rapporte une partie de ces choses (36). Pourraiton croire que les disciples de Platon ôtassent aux bêles le raisonnement , eux qui trouvaient si probable qu'elles e'taient immortelles à l'égard de .Mme, comme l'observe Paganinus Gaudentius ? Qubd si dicas apud Platonicos solas animas rationales esse immorlalès , respondebit ^ilcinous non esse id prorsiis exploratum.
Nam postquam dixit animas rationales secundàm Platonem esse imntorlales, mox subjungit (*) : Utrum
-, I ne 1>VUJ|IICUUUS
pas , dit ce docteur juif, quelle bonté il peut y avoir en cela ? sed nos istam bomtatem non inlelligimus ( ).
« Quand on leur demandait quelle » justice il y avait dans la mort des » bôtes ; quel péché elles avaient » commis et pourquoi Dieu voulait , » puisque sa providence s'étendait à
(37) P«gatt. Gaudentius, de Transmigrations
Pytluigor., pag. 76. h
(38) Ju chap. Ul de / EcclésUsle.
(3ç)) V oyn K- chap. IX et X du livre intitulé:
I r«ité de la Religion contre lea Athées, les Déiste» et les nouveau* Pyrrhonieu* , imprime a Pans, 1G77.
(4o) Arnauld , Reflexions sur le Système du
« . ' «tufxions sur le dysteme du
(34) Clem. Alexandr., Strom., lib. V v 5o« C KM.M«"«*woebe , U». I. chap. XIII, p. *At.
(35) Plin. , lib. Vin cap. I tit ?' ^ îr *T XVU * L Partie * - (30 Dio, lib. XXXIX, pW.'m L "V^^rV™™ • ^MU-p.id... H Cap. 9S.
(40 Arnauld , là même, pag. i/fi.
(4a) Là même, pag. a46.
» tout , qu'un rat innocent fût dé- illud est, cùm bruta nalurœ suce duc » chird par un chat , ils répondaient tum scquuntur , hoc ckm a naturali » que Dieu l'avait ainsi ordonné ; vid exhorbitant. Undè tandem etiam » mais qu'il récompenserait ce rat aliquid prœmio aut pœnœ, et huic » dans le siècle à venir. Cela était quidern maxime simile. Undè bestias a fort ridicule de vouloir qu'il y eût etiam h Deo punitas (44) » aut posnas » Un paradis: pour les bêtes. Mais ce certas legeitlis constitutas^ernimus : h rabbin donne lui-même un peu de quddere legattirSocinus inAnti-Puc- » lieu à cette rêverie, quand il attri- cio.Çuemadmodumergo rationem huit bue une volonté aux animaux ir- manamxttr t%ox)ri , et propriè hoc no- » raisonnables aussi bien qu'aux hom- mine appetlamus , et brutis eam adi- » mes.Omniapariter animantia irra- mimus (dicimus enim irrationalia. seu » tionàtià mouentur voluntate sud. ratione carentia) ita et caetera ornnia. » Cars'ils avaient une volonté,on au- Rursiis quemadmodum impropriè et » rait peine à dire pourquoi ils ne se- per analogiam rationem brutis tri- » raient- pas capables de bien et de buimus , ita et cœtera omnia (45). Je ■ mal , de punition et de récompense ne sais si Guillaume de Paris, l'un » (43). '»' des grands génies de son siècle, a pu
Les s*ociniena ne' vont 'pas si loin se défendre d'aller un peu au delà de qrié Maïmonides $ ifs rie donnent ce sentiment^ car on veut qu'il ait enpoint aux bêtes une volonté propre- seigné que l'âme des bêtes est spirimèntditë,ni un franc arbitre pro- tuelle, et Tonne demeure pas d'accord premerit dit',' ils ne les font pas. qu'il ait jamais rétracté cedogme(46). susceptibles de la vertu et du vice , Voyez la citation 4^ de cette page, ni des ' ! peines et des récompense^ Pour venir aux modernes , j'obserprôpremènt parlant. Ils disent néan- verai que Valla (47), et Antoine Citmoins que la raison, la liberté , et la fadin (48), ont reconnu de la raison vertu, «è trouvent en elles impar- dans les animaux. Etienne Pasquier fajteriieht et analogiquement , et a composé une belle lettre sur cette
qu'elles' se rendent dignes de peine opinion. Cette lettre est la lre. du
solus ratione propric dicta prœditus Sebon fût en partie celle des bêtes. est f in illum etiam solum tiim volun- Charron Ta suivi en cela , comme en tas , tum uirtus et tntium , tum tleni- plusieurs autres choses. Un médecin
quœ sunt perfectiora , et disciplinas aient écrit, en français sur des matiè-
alicujus capaciora. Est enim in Mis res de philosophie-^ Je parle de M. de
primum aliqua j'acultas rationi res- ,rnv~ j . . ,
j 1 J ... (44) rorez, ci-dessous, citation rtio) . ce nue
pondens, quam nonnulti rationem ^ISaT^nh. Vom y tnm*% cktiïZ
infenorem VOCanty qud non de l'ebuS Ordonne que les bé'tes soient punies.
modo jucundis , ac Utilibus quodam- (4S) Johan. Crellius , Ethica: Christian» , lit.
modo ratiocina ntur , et de ratione II;Lc^Pnl"p?g"n'65\m-
• 1/ ».•» » .... [A») Vans les petites dissertations nui sont au
lllomm adiptscrndorntm dtspiciunt ; cotninencement du II*, tome de ses Œuvres , i
sed etiam viam sibi à Deo prœscrip- V édition de 1676, on dispute *Tl vrai q»*îl«i
tamt seu rectam quandam Vivendi r«lract« ï'"P»nioii qu'on l'accusait d'avoir avancée
» ■ . * touchant, la spiritualité de l'âme des bêles oa
rationem naturœ suœ consentaneam, Von U compare avec l'opininTde DeïarLs^
quœ nohestatt analOga est , agnOS- celle des philosophes qui out particulièrement
Savons du ift
apud Vonsium, de
iiurinmiL est uucriaiis. ItltlC Orig. cl Progr. Idol., lib. III, cap. XUthmg
aliqiud etiam yirtuti et v'dio simile , 940.
seu rectè et pravè factum : quorum JffikjiM» P«< Analyt., cap. ///,
(421 Amanld, Reflet >ns sur le système du père (fa) Chanct dans ses Considérations sur Cbar Mallebranche, liv. I , ehap. XIII , pag. iÇu ^ ' aartscJ^Jai erauons
la Chambre : médecin «le M. Séguier, sent ; et il ne serait pas plus absurde chancelier de France. Le médecin de de soutenir que l'âme de l'homme la Rochelle répliqua (5o) ; son anta- connaît actuellement un objet sans goniste en fit autant, et intitula son connaître qu'elle le connaît, qu'il ouvrage: Traité de la Connaissance est absurde de dire que l'âme d'un tles animaux , où tout ce qui a été dit chien voit un oiseau , sans voir pour et contre te raisonnement des qu'elle le voit. Cela montre que tous bêtes est examiné. J'observe en pas- les actes des facultés sensitives sont sant qu'lsaac Vossius estime qu'à l'é- de leur nature et par leur essence gard du langage, la condition des réflexifs sur eux-mêmes. Le père animaux est Deaucoup meilleure Maignan, qui malgré toutes ses luque la nôtre, vu qu'ils se communi- tnières a croupi datis les erreurs et quent plus prompteraent, et peut- dans la crasse de l'école à l'égard de «flre plus heureusement leurs pensées l'âme des bétes, avoue pourtant que que nous ne faisons (5i). Un Aile- pour sentir une chose, il faut conmand le critique là-dessus (5?). On naître le sentiment que l'on en a. Id verra le sentiment de Sennert , dans quod uoeamus sentire, dit-il, non les remarques (Z)) et (/s) de son arti- est sine cognitione ejus rei quœ dUîcle : j'y nommerai quelques moder- tur sensibius : cum autem nihil externes qui ont cru que l'âme des hôtes numsit perse sensiblle,scd tantumper est uu esprit. suam actionem ( adèoque actio ejus sit (E) Les suites fdclieuses de l'opi- primario sensibilis : êtcùm insuper nos nion qui donne aux bétes Vdme sen- non dicamur alicujus agentis actiositive.'] Rien n'est plus divertissant nemsentire,si eadiim innobis sitt omque de voir avec quelle autorité les ninb lateat nos; consequenter id quod sculastiques s'ingèrent de donner uoeamus sentire f non est sinè cognides bornes à la connaissance des !>ê- tione actionis , quœ Jit in nobis sentes. Ils veulent qu'elles ne connais- tientibus ; imb quia sentire nihil aliud sent que les objets singuliers et maté- ex parte scnùentis dicit , prœter eam riels, et qu'elles n'aiment que l'utile cognitionem ; consequens est ipsum et l'agréable; qu'elles ne puissent ré- sentire, quatenus èe tenet ex parte iléclur sur leurs sentimens et sur sentienlis , consistera in eo quod est leurs désirs, ni conclure une chose agnoscere se pati, quod coïncida d'une autre. On dirait qu'ils ont cum eo quod ést agnoscere actionem fouillé plus heureusement dans les in se receptam , seu passionem suam actes de l'âme des bètes , que les plus (53). Il faut donc dire que la mémoire experts auatomistes dans les entrailles des bétes est un acte qui les fait rcsdes chiens. Leur témérité est si gran- souvenir du passé, et qui leur apdc, que quand même le hasard au- prend qu'elles s'en souviennent. Comrait voulu qu'ils trouvassent la véri- ment donc ose-t-on dire Qu'elles n'ont té , ils seraient indignes de louange, pas le pouvoir de réfléchir sur leurs et même d'excuse. Mais donnons pensées , ni de tirer une conséquenquartier là-dessus; accordons-leur ce? Mais encore unjcotip ne disputons tout ce qu'ils supposent; qu'en es- point sur cela; fftrincttons à ces pèrent-ils? S'imaginent- ils que par ce philosophes de bâtir très mal leurs moyen ils obtiendront d'une per- suppositions : servons-nous uniqueson ne «ui sait raisonner, qu'on doit ment de ce qu'ils enseignent. Ils dicouvenir que l'âme de l'homme n'est sent que l'âmcj des bètes aperçoit pas de la même espèce que celle des tous les objets des' cinq sens exterbêtes? Cette prétention est chiméri- nés; qu'elle juge qu'entre ces objets que. 11 est évident à quicouque sait il y en a qui lui conviennent et d\itijuger des choses, que toute substance très qui lui Sont nuisibles, et qu'en qui a quelque sentiment , sait qu'elle conséquence de ce jugement, elle dé-
(50) Sa réplufue est intitulée , de rinstioct et (53) Kmmanuel Mai go «m , Pbilosopbia aatar*. de la Connaissance de» Animaux , à la Rochelle , Cap. XXIV , num. a , pag. m. 5*7. Voycp aussi
Casimirc de Toulouse, Atorai Peripateticsé, tom.
(51) Tsaaeu» Vo*»iu», de Poànaatum canlu et vi- / pag, 70 , oit il rapporte en abn'g/ la définiribu* ritbmi , pag. t»5. tion <U* père Maignan , et eelU-éi de Casse'rius ,
(5a) Job. Cyprianus, in Hùtoritc Animalium s*nsus est objeeti in orgaho fornuliter miacepti di-
Continuatione , pag. ao. gnotio, et Us approuva*
sire ceux qui ]uiconviennent,etabhor* hé tes. On nous avoue qu'elle sent les reles autres ; et que pour jouir de Fob- corp, qu'elle les dicerne, qu'elle en jet qu'elle souhaite, elle transporte souhaite quelques-uns, qu'elle en ses organes au lieu où il est j et qu'a- abhorre quelques autres. west assez; fin de fuir l'objet qu'elle abhorre , elle est doue une substance qui penelle éloigne ses organes du lieu où il se , elle est donc capable de la pensée est. Je conclus de tout cela que si eu général : elle peut donc recevoir elle ne produit poiot d'autres actes toutes sortes de pensées, elle peut Aussi nomes que ceux de notre âme , donc raisonner , elle peut connaître ce n'est point sa faute, ou qu'elle le bien honnête, les universaux , les soit d'une nature moins parfaite que axiomes de métaphysique, les règles l'âme de l'homme; c'est seulement de la morale, etc.; car, comme de ce que les organes qu'elle anime ne res- que la cire peut recevoir la figure semblent point aux nôtres. Je deman- d'un cachet, il s'ensuit manifestement de a ces messieurs s'ils trouveraient qu'elle est susceptible de recevoir la bon qu'on dît que l'âme d'un homme figure de tout cachet; il fautdire aussi est d une autre espèce à l'âge de que dès qu'une âme est capable d'une trente-cinq ans, qu'a l'âge d'un mois, pense'e, elle est capable de. toute penqu que l'âme d'un phrénétique, d'un sée. 11 serait absurde de faire ce raihébété, d'un vieillard qui tombe en sonnement. Ce morceau de cire n'a enfance , n'est pas substantiellement reçu rempreinte que de trois ou qua* aussi parfaite que l'âme d'un habile tire cachets , donc il ne veut pas recehomme. Ils rejetteraient sans doute voir Pempreinte de mille cachets. Ce cette pensée comme une erreur très* morceau d'étain n'a jamais été une grossière, et ils feraient bien; car assiette , donc il ne peut pas être une A est sûr que la même âme qui assiette , et il est d une autre nature dans les entans ne fait que sentir, que cette assiette d'étain que je vois là. médite et raisonne d'une manière On ne raisonne pas mieux quand on solide dans un homme fait ; et que la assure: l'dme du chien n'a jamais eu même âmo qui fait admirer sa rai- que des sensations , etcf, donc elle son et son esprit dans un grand hom- n'est point capable des idées de morne , ne ferait que radoter dans un ralet ni des notions de métaphysique* vieillard, qu'extravaguer dans un D'où vient qu'un morceau de cire fou, que sentir dans un enfant. On porte l'image du prince, et qu'un auserait dans une erreur crasse, si l'on tre ne la porte pas? C'est à cause du prétendait que l'âmede l'homme n'est cachet qui a été appliqué sur l'un , et susceptible que des pensées qui nous non pas sur l'autre. Ce morceau d'ésont connues. Il y a une infinité de tain, qui ne fut jamais une assiette, le sensations, et de passions , et d'idées sera des que vous le jetterez dans le dont cette âme est très-capable, quoi- moule d'une assiette. Jetez de même
Qu'elle n'en soit jamais affectée pen- cette âme de bête dans le moule dea ant cette vie : si on l'unissait à des idées universelles, et des notions dea organes diflerens des nôtres, elle arts et des sciences , je veux dire unispenserait autrement qu'elle ne fait sez-la à un corps humain bien choisi, aujourd'hui { et ses modifications ce sera l'âme d'un habile homme , et pourraient être beaucoup plus nobles non plus celle d'une bête, que celles que nous éprouvons. S'il y On voit donc que les philosophes avait des substances qui dans des d,e l'école sont hors d'état de prouver corps organisés eussent une suite de que l'âme de l'homme et l'âme des sensations, et d'autres pensées beau- bêtes soient de dillérente nature, coup plus sublimes que les nôtres, Qu'ils disent et qu'ils répètent mille pourrait-on dire qu'elles sont d'une et mille fois, celle de l'homme rainature plus parfaite que notre âme? sonne , et connaît les universaux et non , sans doute; car si notre âme le bien honnête; celle des animaux était transportée dans ces corps-là , ne connaît rien de tout cela; nous leur elle y aurait cette même suite de répondrons : ces différences ne sont sensations et d'autres pensées beau- que des accidens , et ne sont point coup plus sublimes que les nôtres. Il une marque d'une distinction spécifier aisé d'appliquer ceci a l'âme des que entre des sujets, Arislote eLCiec^
RORÀRIUS. 601
nm h l'âge aVun an n'avaient point sont de* avantages accidentels , et dé'
eu de pensées plus sublimes que cel- pendans dune institution arbitraire,
les dun chien , et s'ils eussent vécu Cette doctrine coule nécessairement
dans l 'enfance trente ou quarante et inévitablement de ce qui s'ensei-
ans , les pensées de leur âme n'eus- gne dans les écoles, sur la connais-
sent été que des sensations et de pe- sancc des bêtes. H s ensuit de là que,
tites passions de jeu et de gourman- si leurs âmes sont matérielles et mor-
dise ; c'est donc par accident qu'ils telles , les âmes des hommes le sont
ont surpassé les bâtes; c'est a cause aussi; et que, si l'âme de l'homme est
que les organes dont leurs pensées une substance spirituelle et immor-
aépendaient ont aquis telles et telles telle , les âmes des hommes le sont
modifications , a quoi les organes des aussi; et que, si l'âme de l'homme est
bêles ne parviennent pas. L âme d'un une subtance spirituelle et immor-
chien, dans les organes d A ristote , telle, l'âme des bétes l'est aussi. Con-
ou de Cicéron, n'eût pas manqué a* ac- séquences horribles, de quelque côté
quérir toutes les lumières de ces deux que l'on se tourne ; car, si pour éviter
grands hommes. l'immortalité de l'âme des bétes on
Cette conséquence-ci est très-fausse: suppose que l'âme de l'homme meurt
une telle âme ne raisonne pas , et ne avec le corps , on renverse la doc*»
connaît pas les universaux; donc trine d'une autre vie , et l'on sape les
elle est d'une nature différente de fondemens de la religion. Si , pour
l'âme d'un grand philosophe: car si conserver à notre âme le privilège de
cette conséquence était bonne , il fau- l'immortalité, on l'étend sur celle
drait dire que l'âme des petits enfans des bétes , dans quels abîmes se trou-
n'est pas de la même espèce que celle vera-t-on? que ferons-nous dé tant
des hommes faits. A quoi songez-vous d'âmes immortelles ? y aura- 1- il aussi
donc, philosophes péripateticiens , pour elles un paradis et un enfer?
lorsque vous osez prétendre que si passeront-elles d'un corps à un autre?
l'âme des bétes ne raisonne pas, elle seront-elles anéanties à mesure que
«st substantiellement moins parfaite les bétes meurent? Dieu créera-t-il
que les âmes qui raisonnent? Il fau- incessamment une infinité d'esprits,
drait premièrement que vous prou- pour les replonger sitôt après dans
vassiez que le défaut de raisonne- le néant ? combien y a-t^il d'insectes
ment dans les bétes procède d'une qui ne vivent que peu de jours? Ne
imperfection réelle et intérieure de nous imaginons pas qu'il suffise de
leur âme , et non pas des dispositions créer des âmes pour les bétes que
organiques dont elle dépend. Mais nous connaissons. Celles que nous ne
c'est ce que vous ne sauriez jamais connaissons point sont encore en
prouver ; car il est clair qu'un sujet plus grand nombre. Le microscope
Ïui est capable des pensées que vous nous en fait découvrir par milliers
onnez à l'âme des animaux, est ca- dans une goutte de liqueur. On en
pable du raisonnement ét de toute découvrirait bien d'autres , si l'on
autre pensée : d'où il résulte que s'il avait des microscopes plus parfaits,
ne raisonne pas actuellement, c'est à Et qu'on ne dise pas que les insectes
cause de certains obstacles acciden- sont des machines ; car on explique-
tels et externes; je veux dire à cause rait plutôt par cette hypothèse les
que Je créateur de toutes choses a actions des chiens que les actions des
fixé chaque âme à une certaine suite fourmis et des abeilles. Il y a peut-
de pensées, en la faisant dépendre être plus d'esprit et plus de raison,
des mouvemens de certains corps, dans les animaux invisibles que
C'est ce qui fait aussi que les enfans dans les plus gros (54). Nous allons à la mamelle , les fous et les phréné- voir les vains efforts que fait l'école,
tiques ne raisonnent pas. pour établir une différence spécifi-
On ne peut songer sans horreur que entre, l'âme de la béte et celle de
aux suites de cette doctrine , l'âme l'homme.
de l'homme et l'âme des bétes ne dif- (F) Une différence spécifique en-
KORARIUS.
Ils disent que l'âme des bétes est » de profiter de l'exjitfrieiice par la
une forme matérielle, mais que l'â- » réflexion particulière qu'elles y
me de l'homme est un esprit que » font , pourquoi ne direz-vous pas
Dieu crée immédiatement. Mais com- » uue les hommes sont capable*
ment prouvent-ils cela? Je suppose » d'exercer leurs fonctions sans au-
qu'ils ne raisonnent que sur les prin- » cune âme spirituelle? Après tout ,
de la lumière naturelle, sans » les opérations des hommes ne sont
recourir à l'Ecriture ni aux dogmes de la religion , et je leur demande une bonne preuve que l'âme des bêtes soit corporelle , et que la nôtre ne le soit pas. Ils m'allégueront la beauté et l'étendue des connaissances humaines, et la petitesse, la grossièreté et l'obscurité des connaissances animales; et ils concluront qu'un principe corporel sera capable de produire les connaissances des bétes, mais non pas les réflexions, les rai-
a point autres que celles- là , que » vous attribuez aux bâtes : s'il y a » de la différence, ce n'est que du » plus et du moins ; et ainsi tout ce » que vous pourrez dire , ce sera que » 1 âme de l'homme est plus parfaite » que celle des bétes , parce qu'il se » ressouvient mieux qu'elles, qu'il » pense avec plus de réflexion ; et m qu'il prévoit avec plus d'assu- » rance : mais enfin vous ne pourrez » pas dire que leur âme ne soit tou-
sonnemens, les idées universelles, » jours matérielle. Vons direz peut-
les idées de l'honnête, qui se trou- » être que dans l'homme il se trouve
vent daus l'âme de l'homme; et par » des opérations qui ne sauraient
conséquent que cette dme doit être » convenir aux bêtes, ni procéder
d'un ordre supérieur à la matière ; » d'autre principe que d'une âme
elle doit être un esprit. Ne leur di- » spirituelle : et ces opérations sont
sons plus qu'ils assurent téméraire- » les connaissances universelles ; le
ment que l'âme des bêtes ne raisonne » raisonnement par lequel nous ti-
» rons une connaissance de l'autre :
pas, et qu'elle n'a point d'idée du bien honnête : renonçons à cette objection ; disons seulement qu'il est mille fois plus difficile de voir un arbre , que de connaître l'acte par lequel nous le voyons: de sorte que si un principe matériel est capable de
» les idées que nous avons de l'in- » fini et des choses spirituelles , qui » ne tombent point sous les sens :
» mais ceux cjui nient qu'il y ait au- » cune connaissance dans les "bêtes, ne » nient pas pour cela que ces pensées connattre une infinité de choses qui » et ces raisonnemens ne soient en
» nous, puisque nous les expéri- » mentons nous-mêmes : ainsi ils ont » toujours le même droit que vous , » de prouver Fexistcnce de l'âme » raisonnable. Mais, d'ailleurs, ils » ajoutent que toutes ces opérations » que vous trouvez si exlraordiuai-
se passent au dehors, il sera beau coup plus capable de connattre ses propres pensées, de les comparer ensemble et de les multiplier : ainsi les réflexions, et les conclusions, et les abstractions de l'homme ne demandent pas un principe plus noble que la matière. Un fort habile péripatéticien en tombe d'accord : laissons-le parler î son aveu sera plus persuasif que mesobjections.« Si une » fois vous admettez que tout ce qui » se passe de plus admirable dans les m bétes peut se faire par le moyen
» res, ne diffèrent que comme le » plus et le moins dos opérations » que vous attribuez aux bêtes : et » certainement il semble qu'agir » pour une fin , profiter de lVxpé- » rienec, prévoir l'avenir, ce qui se- » Ion vous convient aux bêtes, ne
» d'une âme matérielle , ne viendrez- » doit pas moins procéder d'un prin-
» vous point bientôt à faire le pas , » cipe spirituel , que ce qui se trouve
» et â dire, que tout ce qui se passe » dans lés hommes. Car enfin, qu'est-
» en l'homme peut se faire aussi » ce qu'une connaissance univer-
» par le moyen d'une âme maté- » selle, sinon une connaissance qui
» riellc? Si vous mettez une » convient à plusieurs choses sem-
» fois que les bétes sans aucune âme » blables, comme le portrait d'un
m spirituelle sont capables de penser, » homme conviendrait à tous les vi-
» d'agir pour' une fin, de prévoir le » sages qui lui ressembleraient *.
m futur, de su ressouvenir du passé, » Qu'est-ce qu'un raisonnement, si-
RORARIUS. 6o3
» non une connaissance produite par nides, et que pourvu que Ton subtilise
» une autre connaissance , comme la matière , et qu'on la dégage de ce,
» nous voyons qu'un mouvement est qui s'appelle terrestréités , phleg-
» produit souvent par un autre mou- mes , etc. elle sera cause de tout ce
» vement ? Certes si Ton met une que font les habiles gens. » fois que la pensée, l'intention et 11 se trouve des auteurs qui insi-
» la réflexion peuvent provenir d'un nuent que puisque l'âme de l'homme
» corps anime par une forme ma- est douée de franc arbitre, et que
» térielle, il sera bien difficile de celle des bétes est destituée de liber-
>» prouver que le raisonnement et les té , il faut qu'il y ait entre elles une
» idées de l'homme ne sauraient pro- différence spécifique; que l'une soit
» venirque d'un corps animé aussi par un esprit et que l'autre soi
i soit corporelle.
» une forme matérielle (55). » Le Jésuite Théophile Ray n ai td publia
Je prie tous mes lecteurs de pren- en f63o un petit livre qu'il intitula dre garde à la malheureuse situation Cahinismus Bestiarum Heligio (56). où se trouvent les scolastiques, par Son principal but était de prouver rapport au dogme de l'âme sensitive. I1^ 'a doctrine des dominicains ré- Ils allèguent contre Descartes les duit l'homme à la condition des bêactions les plus surprenantes des ani- « en le dépouillant du libre arbimauxj ils les choisissent exprès pour *re (^7). Prœcipuè ex eo capite /'rôle confondre plus à coup sûr; mais nunciavitcatholicus, censenaum esse, après cela ils éprouvent qu'ils se sont cciluinismum êsse religionem bestiatrop avancés , et qu'ils ont fourni des ntm i quod juxta placita caluiniana , armes à leur adversaire , pour ruiner homo redigatur in ordinem bestiala différence spécifique qu'il sou- r""*, et hominis gradu ac dignitate haitent d'établir entre notre âme et excidat. At quod solidè probandum , celle des animaux. Ils voudraient propositiones visas Mi sunt sta-
bien que l'on oubliât tous ces exem- bilieiidœ. Una est, hominem in ratiopies de ruse , de précaution , de do- ne hominis , constitui per libertatem ; cilité, de connaissance de l'avenir, altéra est libertatem everti per Calviqu'ils ont étalés avec tant de pompe nismum (58). 11 suppose que le caracafin de montrer que les bêtes ne sont tère de l'homme, je dis le caractère pas des automates : ils voudraient 1ui distingue de la bête , est la lique l'on ne songeât qu'aux actions herté d'indifférence : car pour ce qui grossières d'un bœuf qui ne fait que est de la liberté qui ne consiste que paître ; mais il n'est puis temps d'exi- dans l'exemption de contrainte, ou ger cela : on emploie ces mêmes exem- dans la spontanéité, aucun scolastique pies à les confondre , et à leur prou- ne peut nier qu'elle ne se trouve dans ver que si une âme matérielle est ca- les animaux. Faisons voir qu'il est pable de toutes choses, elle pourra très-faux qu'une âme douée au libre faire tout ce que l'âme de l'homme arbitre soit d'une autre espèce qu'une produit; il faudra seulement donner âme qui ne le possède point. L'âme à l'âme des bêtes plus de degrés de des enfans, et celle des fous est desti- v raûnement; ne faut-il pas qu'on sup- 'née du libre arbitre, et cependant
elles sont de la même espèce que
" ;ment pourvue de ela que les parti-
qu'une âme spirituelle qui puisse sans de la liberté d'indiiFérence con-
Sroduire les actions d'un gros lour- viennent qu'elle cessera après cette aud de paysan, je vous soutiendrai vie , et néanmoins ils reconnaissent
raûnement ; ne laut-il pas qu on sup- niée au libre arbitre ,
pose que l'âme d'un chien ou d'un elles sont de la mêr
singe est moins grossière que l'âme l'âme la plus ampleme
d'un bœuf? En un mot, s'il n'y a liberté. Joignez à cela
....1 A ••». .11. • • . 1 . 1 lfï »/ JV.
qu'il n'y a qu'une âme spirituelle qui que l'âme de l'homm e est sur la terro puisse produire les actionsd'un singe ; la mên
et si vous dites qu'un principe corporel est capable de produire tout ce que les singes font, je vous soutiendrai qu'un principe corporel pourra être cause de tout ce que font les gens stu-
(55)Pardies, «le la Counaiasauce de» Bêle», num. 4g, pag. 100 et suiv.
même substance que dans le ciel ,
{5C>) Voye% M. Baillet, Vie de DcscarU* , tom.
I, pag. 234.
(5^) // dispute a la vérilt: conlr*: Calvin , mais c'e.tt afin de conclure contre les dominicains . qu'il prétend être semldables a Calvin sur ce dogme ; ce qu'il conclut contre Calvin.
(58) CalvinUnms, Bestiarum Rcligio, diatribe
II, pag. m. a5.
ou dans les enfers. Il est donc visible » d'agir comme les hommes. Les anque la liberté d'indifférence n'est » ciens philosophes , et même les pèpoint un attribut essentiel delà créa- » res de l'église, ont prouvé que ture, mais une concession, ou une » nous avions un libre arbitre par faveur accidentelle dont le créateur » cet argument général , que tout ce la gratifie : et par conséquent les » qui est capable de connaître , peut âmes (fui n'obtiennent pas cette » connaître le bien et le mal , c estconcession , ne sont pas pour cela » à-dire ce qui lui est bon , ou ce d'une autre espèce que celles qui la » qui lui est mauvais ; que par conreçoivent. C'est donc très-mal rai- » sécjuent , en considérant ces deux sonner que de se servir de cet argu- » objets, il peutles coin parer ensemment: lâme des bétes est destituée » ble ; il peut délibérer, il peut se du franc arbitre , et l'âme de l'hora- » déterminer pour en choisir l'un à me n'en est point destituée; donc » l'exclusion de l'autre , en quoi conl'âme des bétes est matérielle , et l'â- » siste l'usage de notre liberté. Et me de l'homme est spirituelle. Pous- » cela est si vrai , que la définition sons plus avant , et disons que ceux » crue nous retenons encore aujourqui admettent l'âme sensitive , n'ont » d'hui de la liberté en générai, est aucune bonne raison d'ôter aux bétes » celle-ci , facilitas agendi cum râla liberté. Ne disent-ils pas qu'elles » tione , la faculté d'agir avec confont cent choses avec un plaisir extré- » naissance de cause j ce cum ratio ne me, et qu'elles s'y postent en consé- » signifie cela (5g). » quence au jugement qu'elles ont fait L'une des plus fortes preuves que de l'utilité des objets, jugement qui l'on apporte de la liberté de l'homa excité en elles l'envie de s'unir à me , est tirée de la punition des malces objets ? Si la liberté ne consiste faiteurs. Toutes les sociétés sont conque dans l'exemption de contrainte venues de les châtier exemplairement, et dans une spontanéité qui soit pré- et d'étendre même en certains cas sur cédée du discernement des objets , leurs cadavres une longue peine à la n'est-il pas absurde de nier que les vue de tout le monde j on les prive animaux soient libres? Un chien af- de la sépulture , et on les fait servir famé n'a-t-il pas la force de s'abstenir de spectacle sur les roues et sur les d'un morceau de viande , lorsqu'il gibets. Si l'homme n'agissait pas licraint d'être battu s'il ne s'en abs- brement , si une nécessité fatale et tient ? N'esUce pas avoir la force d'à- inévitable le déterminait à une cergir et de n'agir pas ? Son abstinence taine suite de pensées , le vol et le vient sans doute de ce qu'il compare meurtre ne devraient pas être châsa faim avec des coups de bâton , et tiés , et l'on ne pourrait espérer auqu'il lesjuge plus insupportables que cun fruit de la punition des coupane l'est sa faim. Prenez garde à tous Mes ; car ceux qui verraient sur une les actes humains que l'on attribue à roue le cadavre d'un malfaiteur , ne la liberté d'indifférence, vous trou- seraient pas moins soumis qu'au para verez que jamais l'homme ne les sus- vant à cette force majeure qui les fait pend, ou ne choisit l'un des deux agir sans leur laisser aucun usage de contraires , que parce qu'ayant com- liberté. Cette preuve du libre arbitre paré le pour et le contre, il a trouvé n'est pas aussi forte qu'elle le paraît ; ou plus de motifs de suspension que car encore que les hommes soient d'action ou plus de motifs de cette persuadés que les machines ne senaction que de celle-là. Faisons en- tent point , ils ne laissent pas de leur core parler le jésuite quia écrit con- donner cent coups de marteau, quand tre les cartésiens. « Il est mal-aisé de elles sont détraquées , s'ils jugent » séparer ainsi le raisonnement d'à- qu'en applatissant une roue, ou une » vec la pensée ; et il est ce semble autre pièce de fer , ils les remettront » bien facile de prouver que dès ^ p ^ u CoBOt;ss.oce de8 ABimJlIiîtt » lors quune substance est capable nunZSi^ag. toi, io5. Nou* qu'il du, pag.
M de penser, elle est aussi Capable i»3, l'exemple d un chien qui avait apprit k
w de raisonner ; qu'elle est pourvue *w?r 8aJ)ar»ie avec *?n ™îlre1: {{ eite'
une volonté et d un libre arbitre, n jau^t citer . Rorarius , quôd Auimalia b™u » et, en un mot , qu'elle est en état irUntur Ratioas «eUiu Homme, IU>. I, p*g, >.
ROfUKIUS. 6o5
au train ordinaire. Ils feraient donc mes , desmuni : et>pos ab Agrippind fustiger un coupeur de bourse, quand colonid Dnram versus equitantes , in même ils sauraient qu'il n'a point de iUd vastd sylvd , vidimus duos calilibeite, pourvu que l'expérience leur gatos lupos , non secks quant duos eût appris qu'en faisant fouetter les latrones furcœ suspensos : quo simigens, on les empêche de continuer lis posnte formidine a maleficio relicertaines actions. Mais en tout cas, si qui deterreantur. At inter homines cette preuve du libre arbitre a quel- quotidiè reperiuntur , auibus ob ad-
Îrue force t elle sert manifestement à missafurta tereus virgts cœsum, abaire voir que les bêtes ne sont pas scissœ auriculœ , signatœ genœ , destituées de liberté (60). On les châ- truncata altéra manus , erutus ocutie tous les jours , et on les corrige lus , nec adhuc a f unis se continere par-là de leurs défauts. Ochin au possunt, do nec laqueus vitœ finis excommencement de ses Labyrinthes titerit (6a).
examine toutes les raisons qui nous (G) S'il avait pu nettoyer le sentipersuadent que nous agissons libre- ment ordinaire.] On a fait beaucoup ment ; et il dit, entre autres choses de cas , et avec beaucoup de raison , contre celle qui est tirée de la puni- d'un livre qui a pour titre le Voyage tion des malfaiteurs, que si les ] 11 ces du Monde de Descartes (63). On y étaient assurés qu'en taisant pendre trouve de très-grandes difficultés proun cheval qui aurait tué un homme, posées agréablement et vivement aux et en le laissant pendu long-temps cartésiens , et fort bien poussées, sur les grands chemins, on empêche- Celles qui concernent l'âme machirait les autres chevaux de faire du nale des bêtes sont , ce me semble , mal, ils se serviraient de ce supplice les meilleures qui se pussent proposer, toutes les fois qu'un cheval aurait L'auteur avoue de Donne foi le peu estropié ou tué quelqu'un , par ses d'adresse qu'eurent d'abord les périruades ou par ses morsures (61). Ap- patéticiens contre ce grand paradoxe paremment il ne savait pas qu'on se de M. Descartes , et l'avantage que les' sert de ces spectacles en quelques sectateurs de celui-ci en tirèrent. 11
Ï>ays , pour contenir dans leur devoir se sert habilement des conséquences es bêtes féroces. Rorarius en a été fâcheuses qu'on peut inférer de ce témoin oculaire : il a vu deux loups paradoxe j car il montre que les arpendusau gibet dans le pays de Ju- gumens des cartésiens nous «onduiliers ; et il observe que cela fait plus sent à juger aue les autres hommes d'impression sur les autres loups , sont des machines. C'est peut-être que la marque d'un fer chaud , et la l'endroit le plus faible de la place, et perte des oreilles , etc. , n'en fait sur cela conûrme une pensée très-judiun voleur. Il dit aussi qu'en Afrique cicuse que l'on peut avoir de la nal'On attache en croix quelques lions ture des connaissances humaines. Il pour épouvanter les autres , et que semble que Dieu, qui en est le distril'on s'en trouve bien. Soient in Ajri- buteur, agisse en père commun de câ crucifigere leones , si qui depre- toutes les sectes, c'est-à-dire qu'il ne hendanlur urbes obsidere , quod in veuille point souffrir qu'une secte senectd faciunt : quoniam ad perse- puisse pleinement triompher des auquendas feras vires non suppetunt ; très , et les abîmer sans ressource. cujus pœnœ ntetu , licet urgeat fa- Une secte terrassée, mise en déroute,
n'en pouvant plus , trouve toujours
(60) Note* bien cetts gestion que Franiia» se les m0yens de se relever , dès qu'elle
■propose . Hist. Animal. Sacra, part. I, cap. II. , i . ■ j i j '/• •
rapt m. ,6. Qu«riautcm pewiet an non ipZnenda abandonne le parti delà défensive, sit rationalis anima in brutis... ciunGcnw.p, pour agir oflensivement par diver-
v. 5, Dcu« ipe vindicare velit sanguinem liomioi» 8jon et par rétorsion. Lecombat des in brolî.i , si qiiandô effuderunt *anguinem huma- . r A~.~i nom. n citeaussi Exode XII , vs. aS . et Levili- SCCtCS est toujours CC que fut pendant
que XX, vu i5 , 16, où Dieuortlonne despemej auelque temps celui des Troyens et contre les bêtes, des Grecs, la nuit que Troie fut prise
(61) Je n'ai pas présentement saut nia main ce , .
livre rfOchin,> cite de mémoire ce qu'il dit; et Ro"r,u? » *IUO<1 ,k™™h* bruU otJ,ntu'
peut-être que je ne rapporte pas précisément la r*Uo™ J?e,lua L°m,nf ' . ' ' pae' lt>9' „ Version de ses paroles ;mais je suis sur que je lW) L* P"'e D»n«l , , P*»« P°«* 1
rapporte sa pensée. Uur a* cet owra6''
(64) : tour à tour elles se vainquent et qui raisonne (66). Ce sont les pa-
l'une l'autre . selon qu'elles changent rôles du P. Daniel : il les prouve eni i . : t „ „..:f« „..DD; u:—. «,.»^« tt
l'âme des bêtes , qu'il éprouve qu'on mais un être mitoyen entre les deux, peut le battre par ses propres armes, qui n'est pas capable de raisonne-
pourrait abandonner sans s'exposer dre , non pas à ses lumières , maÎ9 û au ridicule , et sans admettre des la nature du sujet, absurdités qui sautent aux yeux; car II me permettra dédire que son où est l'homme qui oserait dire qu'il hypothèse est insoutenable, et qu'elle n'y a que lui qui pense , et que tous ne peut résoudre aucune difficulté, les autres sont des machines ? Ne le Ces deux termes, matière, esprit, regarderait-ou pas comme un per- semblent d'abord opposés d'une masonnage plus extravagant que ceux nière à souffrir quelque milieu ; mais qu'on enferme dans les Petites Mai- quand on v regarde de prés , oncomsons , ou que l'on séquestre de toute prend qu on peut les réduire à Popsociété humaine ? Cette conséquence position contradictoire. Pour cela il du dogme cartésien est un fâcheux suffit de demander si la substance qui rabat-joie : elle est semblable aux n'est ni corps ni esprit est étendue , pieds du paon ; c'est une laideur qui ou non étendue. Si elle est étendue , mortifie la vanité que le brillant du on a grand tort de la distinguer de plumage avait inspirée. Quoi qu'il en la matière ; si elle n'est pas étendue , soit , il faut convenir que tout l'a- je demande en vertu de quoi on la vantaee du père Daniel contre l'opi- distingue de l'esprit j car elle connion de M. Descartes consiste dans vient avec l'esprit dans la notion de les objections qu'il a proposées , et substauce non étendue , et nous ne nullement dans les réponses qu'il a saurions comprendre que cette nofaites aux objections des cartésiens, tion soit divisible en deux espèces ; Il ne nie pas qu'ils n'embarrassent vu que l'attribut spécifique qu'on étrangement par leurs questions ; voudrait donner à l'une, ne nous pamaisil soutientqu'à leur tour ils sont raîtra jamais incompatible avec l'auquestionnés d'une manière qui n'est tre. Si Dieu peut joindre la pensée pas moins embarrassante , et que l'on (68) avec un être non étendu, il la peut faire de bonnes représailles (65). pourra joindre aussi avec un autre Vous chercheriez inutilement dans être non étendu , n'y ayant rien que son écrit la solution des difficultés l'étendue qui nous paraisse rendre la physiques , morales , et théologiques matière incapable de pensée. Pour que l'on propose aux péripatéticiens le moins nous concevons clairement sur l'Ame des bêtes ; il se contente de qu'une substance non étendue qui vous répondre que s'il y a là des cho- peut sentir, est capable de rai son ses qu'on ne comprend point , il y ner ; et par conséquent si l'âme des en a aussi de semblables dans l'hypo- bêtes est une substance non étendue thèse , de M. Descartes. La définition capable de sensation , elle est capadc l'âme de la bête , une substance ble de raisonnement : elle est donc capable de sensation, c'est-à-dire de la même espèce que l'âme de de voir , d'entendre , etc. , est aussi l'homme j elle n'est donc pas une claire que la définition cartésienne substance mitoyenne entre le corps de l'esprit , une substance qui pense et l'esprit. Voici une demande du P.
Daniel. Les cartésiens nieront-Us la
(64) . . • 2Vec soli panas dant sanguine T eu-
cri : (66) La même , pag. 84.
Quonditm etiam victis redit in pra>cordia virlus, (<;-) £« même , pag. 8a , 83.
VicU>res,,ueeadunl Dancu. . . .... . (6g) Jg ^ cg mQtau Jfnj ^ cart^tentt
\ irftiliu* , /Ln. , lib. II , m. 366. c' est-a-dire pour une modification ge'nename, fw
(65) Suite dn Voyage du Monde de Desrartm, comprend sous soi les sensations , les réflexions, pag. -5. le* rationnement, etc. ,
AORARIUS. 607
possibilité de cette espèce d'être , ca- Il me reste à faire voir l'inutilité pable uniquement de sensation? Et de l'hypothèse de ce jésuite. I. On a où est ce respect que leur mattre a besoin d'un système qui établisse la Lâche de leur inspirer pour la toute- mortalité' de rame des bêtes : or c'est puissance d'un Dieu , qui veut faire, ce qu'on ne trouve point dans un être selon lui , qu'un triangle n'ait pas mitoyen entre le corps et l'esprit ; car trois angles , et que deux et deux ne un tel être n'est point e' tendu : il est fassent pas quatre ; et qui cependant donc indivisible, il ne peut pe'rir que n'aurait pu faire un être qui n'eût par annihilation ; les maladies , le que des sensations (69) ? Cette ques- feu , le fer , ne sauraient l'atteindre ; tion embarrasserait un homme qui il est donc â cet égard de même naaurait fait vœu de ne s'écarter jamais ture 1 et de même condition que les de ce que Descartes a dit; mais, on esprits , que l'âme de l'homme. II. ne voit pas de cartésiens qui s'imno- Nous avons besoin d'un système qui sent cet esclavage, et l'on est bien établisse une différence spécifique ensûr que M. Descartes n'aurait osé as- tre l'âme de l'homme et 1 Ame des bêsurer sérieusement , que Dieu peut tes : or c'est ce que nous ne trouvefaire deux pieds de cire susceptibles rons point par cet être mitoyen $ car de trois ou quatre figures , et incapa- si l'âme des bêtes n'étant ni corps ni ble» de toutes les autres. Qu'il ait cru esprit a néanmoins des sensations, là-dessus ceci ou cela , ses disciples l'âme de l'homme pourra fort bien ne croiront jamais manquer au rcs- raisonner , encore qu'elle ne soit ni pect qui est dû à Dieu , s'ils disent corps ni esprit, mais un être mitoyen qu'un être capable uniquement de entre les deux. Le passage de la prisensation , n'est pas plus possible vation du sentiment à la perception qu'un morceau (70) de cire capable d'un arbre, et au discernement de uniquement de la figure carrée, cet arbre, est nne action plus diflicile Pour ce qui concerne un être qui que le passage de la sensation au rain' eût que des sensations , ils le croi- sonnement. 111. Nous avons besoin ront très-possible , tout de même d'un système qui donne raison de qu'il serait possible qu'un certain l'industrie surprenante des abeilles , morceau de matière fût toujours des chiens, des singes , des éléphans; rond , si Dieu voulait y empêcher et vous nous venez donner une ame éternellement la transposition des de bêtes qui n'a que des sensations , particules. N'en déplaise au père Da- qui ne pense (71) point , qui ne rainiel, il ne s'est pas aperçu qu'on sonne point. Songez-y bien, vous donne le change quand on dit d'à- comprendrez qu'une telle âme ne bord , un être capable uniquement suflit pas à l'explication des phénode sensation, et puis un être qui n'eût mènes. Le père Daniel l'avoue dans que des sensations. La possibilité du un autre endroit de son ouvrage , où premier est inconcevable : celle du il paraît ne donner aux péripatétisecond est manifeste. Mais comme un ciens que l'avantage de la possession: morceau de cire où Dieu empêche- car après avoir touché les difficultés rait incessamment la transposition du cartésianisme par rapport aux bédés particules , serait de la même tes , il ajoute (72) : Les péripatéticspccc qu'un morceau do cire où le ciens ont aussi leurs difficultés h rcchan«ement des extrémités produi- soudtv , on n'en peut pas douter : rait incessamment une nouvelle fi- mais fussent-elles encore plus grangure; disons aussi qu'une substance des de beaucoup qu'elles ne sont , que Dieu bornerait toujours auxsen- tandis que les cartésiens n'auront rien sations , serait de la même espèce de meilleur ni de plus intelligible a qu'une substance qui s'élèverait jus- nous dire , il faut s^en tenir la , et ques au raisonnement. raisonner sur ce point particulier,
comme fit sur toute la phîlosoplûe un
(C9) Suite du Voyage du Monde de Descarte» , pag. 84. On prend ici le mot de penser pour une
(70) On entend ici par morceau un assemblage espèce de perception , et non pas dans la notion de dide'renls corpuscules. C'est pour prévenir gcne'rale de M. Descartes.
la difficulté' d'un atomitte , qui croit que la (■-*) Suite 'lu Voyage du Monde de Drsrartm, figure d'un atome est immuable essentiellement. pag. xo5 , iofî.
608 ROBARIUS.
grand ministre d'état y il Y « vingt- de plus absurde ? Les rëpobses des pccinq ans. On lui conseillait de ne ripatéticiens à cette objection Hé mépoint faire apprendre a son fils aîné ritent pas d'être rapportées , ni de £ ancienne philosophie , parce que , sortir de l'obscurité des classes où on lui disait-on , il ny a dans cette phi- les débite à de jeunes écoliers ; elles losophie que des niaiseries et des fo- ne sont propres qu'à nous convaincre lies. On m'a dit aussi, répondit-il , mie l'objection est invincible à leur qu'il jr a bien des fadaises et des chi- égard, fis ne se tirent pas mieux du mères dans la nouvelle ; ainsi , con- précipice où on les jette quand on tinua-t-il , folie ancienne , folie nou- les engage à trouver du sens et quelvelle , je crois qu'ayant^ à choisir , il que ombre de raison dans la profaut préférer l'ancienne a la nouvelle, duction continuelle d'un nombre C'est ainsi peut-être que Nihusius presque infini de substances qui raisonnait (73). sont détruites totalement peu de jours
(H) M.Leibnitz..afournidesou- après, quoiqu'elles soient beaucoup vertures qui méritent d'être cultivées.'] Thus nobles , et beaucoup plus excef- II approuve (74) le sentiment de quel- lentes que la matière qui ne perd ques modernes , que les anii sont organisés dans la semence croit d'ailleurs (75) que la mi toute seule ne peut pas constituer de au commencement du monde a créé véritable unité , et qu'ainsi tout ani- les formes de tous les corps , et par mal est uni à une forme qui est un conséquent toutes les âmes des bêtes; être simple , indivisible , véritable- »°. que ces âmes subsistent toujours ment unique. Outre cela il suppose depuis ce temps-là , unies insépara-
(76) que cette forme ne quitte jamais blement au premier corps organisé son sujet , d'où il résulte qu'a pro- dans lequel Dieu les a logées. Cela prement parler il n'y a ni mort ni nous épargne la métempsycose, qui génération dans la nature. Il excepte «ans cela serait un asile où il fau-
(77) ) de tout ceci l'âme de l'homme ; drait se sauver nécessairement. Afin il la met à part , etc. Cette hypothèse qu'on voie si j'ai bien compris sa pen-
(78) nous délivre d'une partie de » je mets ici une partie de son l'embarras. Il n'est plus question de discours, «c (81) C'est ici où les transrépondre aux objections accablantes » formations de messieurs Swammerque l'on fait aux scolastiques. L'âme » dam , Malpighi, et Leeuwenhoeck, des bêtes , leur dit-on, est une sub- » qui sont pî"8 ercellens obserstance distincte du corps ; il faut » vateurs de notre temps , sont vedonc qu'elle soit produite par créa- » nues à mon secours , et m'ont fait tion , et détruite par annihilation ; il » admettre plus aisément , que l'aoifaudrait donc que la chaleur (79) eût M mal , et toute'autre substance orla force de créer des ames et de les » gaoisée, ne commence point lors* anéantir (80) : et que peut-on dire » que nous le croyons, et que sa çé-
» nération apparente n'est qii'un dé- Voye% la rem. (Et) de son ar tic le. lom. etc. » veloppenient , et une espèce d'au- Xi,pag.i'jo. j> gmentation. Aussi ai - ]e remar-
(?4) yoye% le Mémoire de M. Leibniu, àw/re „ qu(< que tuteur de la Recherche
dans le Journal des bavans, du 37 juin iU)5, p. J l«* tr ' 'iJ ■« n > • *m u .
449, édition de Hollande. 1 *» dc la Venté , M. Régis , M. Hart-
(75) Journal des Saraos, du 37 /uin 1695, * soeker, et d'autres habiles hommes pag. 446. » n'ont pas été fort éloignés de ce
(76) Là mime , pag. 447. d sentiment. Mais il restait encore la
(77) L'a même, pag. 448, 45o. „ piU8 grande question , de ce que
(78) M. Bermer , dans sa Relation d« Gent»U , ce ^ ^ f deviennent de 1 Indouslan , pag. m. aoo , rapporte une opi- : ~r . .
nion à peu près semblable des philosophes de ce » par la mort de l'animal , ou par
pays-Ut. » la destruction de l'individu , delà
(79) On fait More des voulets en mettant les » substance organisée. Etc'est ce qui 'Éa 1^a%l07aZ^;^e Far » embarrasse le plus ; d'autant qu'il
(80) On peut faire mourir plusieurs sortes d'à- » paraît peu raisonnable que les âmes
en les mettant dans un four un peu (81) Journal des Satan», du 37 juin 1695, pag .
A Ao«
» restent inutilement dans un chaos d'écorce ou de rouille , par rapport
» de matière confuse. Cela m'a fait au vrai sujet qui est uni avec 1 âme.
» juger enfin qu'il n'y avait qu'un Voici ces termes : Chm Deus sie con-
» seul parti raisonnable à prendre ; stans in suis operibus , mazimè in
>» et c'est celui de la conservation pitecipuis , et quoad fundamcntalio-
n non-seulement de l'âme, mais en- ra , condideritque mentes quasdam ,
» core de l'animal même et de sa humanas nempè , corporibus an-
» machine organique \ quoique la nexas ; probabile non est , iû ïopus vel
» destruction des parties grossières per aliquod tempus ex toto interrum-
» l'ait réduit à une petitesse qui n'é- pi atquedestrui : et exhistoriis sacris
» chappe pas moins ù nos sens , que habemus, Mosen , cujus cadauer om-
» celle où il était avant que de nat- nino cecidit , cum Elid apparaisse
» tre. Aussi n'y a-t-il personne qui apostolis Christum in transnguratio-
» puisse bien marquer le véritable ne radiantem spectantibus ; in qùod
» temps de la mort , laquelle peut sinè corpore, cui mens fuerit juncta,
» passer long-temps pour une simple fieri non poterat. Nonnulli ad cor-
» suspension des actions notables , et pus ex aëre assumptum recurrunt: at
» dans le fonds n'est jamais autre quidni id ex ipso mosis corpore ( et
» chose dans les simples animaux : sic de cœteris ) esset , portio nempè
» témoin les ressuscita lions des mou- materiœ illius internas spiritualioris ,
» ches noyées , et puis ensevelies subtilioris et purioris , quœ deposito
» sous de la craie pulvérisée , et plu- cadaverc , seu tegmine %>el corlice aut
» sieurs exemples semblables , qui scabie uel rubigine quâdam , exhala-
>• font assez connaître qu'il y aurait ret, et menti adhuc unitd , ejus regi-
» bien d'autres ressuscitations , et de mine , secundùm Dei placitum , atri-
» bien plus loin , si les hommes geretur (82) ? 11 a publié quelques
» étaient en état de remettre la ma- objections qui lui furent envoyées de
» chine Il est donc naturel que Sedan. On lui objecta entre autres
» l'animal ayant toujours été vivant choses (83) , que l'exemple de Moïse
» et organisé, comme des person- ne prouve rien , parce qu'a fin que ce
» nés de grande pénétration commen- grand prophète fût vu des apôtres ,
» velle de l'animal , il s'ensuit qu'il tié d'un corps étranger , il n'y a nul
» transformation d'un même animal, trop déliée pour frapper nos sens •» selon que les organes sont pliés grossiers ; mais que quand Dieu nous » différemment, et plus ou moins assiste extraordinairement, nous pou- » développes. » vons la voir. On l'avertit qu'il y a Je dirai par occasion qu'il y a des des scolastiques qui admettent une gens qui croient que le sujet primitif quintessence , pour être le lien de auquel notre âme est unie , sort avec l'âme humaine avec les organes forclle de notre corps quand nous mou- més des quatre élémens, et pour être rons. M. Poirct ne s*éioigne pas de ce son véhicule quand la mort la fait désentiment , et il croit même que Moi- loger. Ils disent aussi que ce véhicule se apparut le jour de la transfigura- est le sujet des peines que les réproution , avec le vrai corps qui accom- vés endurent avant la résurrection, pagna son âme au sortir de cette vie ;
c'est-à-dire, Selon lui, lorsque CCtte Pohct, Cogitât, rational. de Deo, Animâ,
âme bienheureuse ne fit que quit- <*M-K in Appendice, num. x, pag. tù», edit.
ter Fccorcc, ou 1 enveloppe qui cou- «»« /}„„. n„™„« â(1 n„;m„l()k. .
. . . .. A. , . itiem, Kespoos. ad pumas Obicrt. , va».
vrait le corps subtil auquel elle était G«/i. r J
unie. 11 donne au cadavre le nom ' (84) Idem , ibidem , pa$. G97.