‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre BayleChapitre 138 sur 142 · ROT AN · texte numérisé non relu

ROT AN

» gouverneur de Saumur sein, dit-il (10), il mit entre mes

» Le jour assigné , ledit sieur du mains trois brevets ; l'un de deux mil » Perron et le minisre Rotan , après cinq cents écus ; les autres deux un a certains préambules de de'fi et de peu moindres , que j'ai rendus a ses » respect tout ensemble, protestant, héritiers. Dans la Confession catboli- >» de part et d'autre , n'être mûs que de Sanci , il feint que Cabier ra- » que du zèle de la vérité, entrèrent conte toutes ces choses , et il l'intro- » en matière «sur la suffisance de la duit qui affirme ce que lui d'Aubigné parole de Dieu (7). Cet historien ayant n'avait osé affirmer ( \i ) sur les cirrapporté le précis des objections et constances de la mo des réponses en homme partial con- Vaux. « Comme j'étais < tre ceux de la religion , finit ainsi , » nie , c'est Sanci qui parle (ta) , Rotan se trouva lors un peu confus, « j'aperçus M. Cahier se promenant et se mit sur les louanges dudit sieur » en la bassecour. Je cours lui demandu Perron , puis fut rassemblée con- » der qu'était devenu le ministre de gédiée pour ce jour-la. Depuis, Rotan » Vaux. Monsieur, dit-il, ce malne se trouva plus en la conférence, » heureux , après les belles promes- En sa place vint Béraud , ministre » ses qu'il avait faites à M. d'Évreux,

mort de ce de en cette

sage. Il fut allégué des histoires y des » était trahie par lui , et cinq de ses poésies , des mathématiques , de la » compagnons , lesquels il désignait philosophie, physique, morale, me- » sans nommer. H ajoutait à cela taphy sique , scolies et commentai- » que Dieu lui ferait pardon , qu'il res ; dont ledit Béraud s'escrima à » allait à sa maison rendre son âme droite et a revers : mais en tout ce » entre ses mains, aussitôt qu'il serait qu'il fit pour prouver que ce mot si- » à Millaud. 11 s'offrit cependant d'ég ni fiait ou comprenait suffisance , il » crire des lettres à M. d'Évreux , ne le put prouver. Aussi, après avoir » lesquelles portaient créance pour loué ledit sieur du Perron , il dit en » quelque habile homme , et sur lesparoles couvertes , qu'il n'était venu » quelles M. d'Evreux découvrirait préparé pour disputer. Ainsi finit » la prévarication de la dispute de celte conférence , et les ministres de » Mantes , et les autres préparatifs , la religion prétendue réformée s'en » de Rohan (i3) et de Serres, que retournèrent chacun aux provinces » vous savez avoir promis leur per d'où ils étaient (8). » fide entremise de bonne heure.

m Les huguenots furent si simples u que de refuser son offre , disant » que le régne de Christ ne s'établit

» point par ruse» (i4) Je deman-

» dai comment se peuvent aujouri> d'hui couvrir Rohan (i5) et Serres

(C) Il devait travailler avec de Se rres ... h un p rojet fra uduleux . ] Je n'ai lu cela que dans d'Aubigné : il raconte les adresses dont on se servait H la cour afin de corrompre les ministres , et puis il dit : Surtout cette

efficace parut ès ministres Rotan, » et les autres? Ces deux-là , répond

Serres, Cahiers, Marias, et de » Cahier, n'ont que faire de cou ver -

Vaux. Tout le secret de tels desseins, » ture ; car ils sont couverts de ter-

et notamment de la ruse de Mantes , » re. Je vous dirai comment. Sitôt

déclan! par ce dernier , qui alla con- » ou'ils curent su la confession de

fesser sa prévarication à plusieurs » <Je Vaux, ils s'encouragèrent l'un personnes notables , avec cris d'épou-

vantement (9). D'Aubigné fut l une (i0) Là méme,pag. 626.

de ces personnes. Après avoir déposé (11) Consulte* les originaux , je ne rapport*

sa confession et ses soupirs dans mon V** cela'

(1 a) Confession catholique de Sanci, lit: Il ,

(~) Le même Cayct, là même , folio 170 verso, chap. dernier, pag. 5^ , e'dit. 1691).

(8) Pierre Victor Cayct, Chronologie novenaire, H fatU dire RoUn.

Il», partie, folio 371 verso. (»4) Confession catholique de Sanci , lh: H .

(<)) D'Aubigné , tom. lit , fiV. V% chap. /, chap. dernier , pag. S^H.

pa$. 6>5. (i5) Liset Rotan.

ROTAN. 63g

» l'autre par lettre?, se font élire muël Hubérus , et je dirai présente -

» pour le synode national de Mont- ment que ce Claude Auberi * était

» nellier , avec résolution de passer professeur en philosophie à Lausan-

u lu Rubicon , et avant faire retraite ne , et que sortant de sa sphère et se

» essayer de gagner quelque chose mêlant de dogmatiser en théologie ,

» avec les confédérés. Mais le mal- il avait enseigné et de vive voix et

a heur fut si grand , qu'ils sont tous par écrit , que la justice de l'homme

» deux morts à l'ouverture du syno- devant le tribunal de Dieu est une

» de. » * L'auteur des notes sur la qualité inhérente. Le synode condam*

Confession de Sanci remarque (16) na cette opinion , et obligea Auberi

que ce synode est le national qui fut et ses adhérens ù reconnaître qu'ils

tenu à Montpellier au mois de mai embrassaient la doctrine contenue

î5g8, et contre lequel Réboul corn- dans la confession de foi des églises

posa en 1600 la satire intitulée : dic tes suisses , et des églises de France , sa-

ffu synode universel de la sainte voir que nous sommes justifiés devant

Réjbrmalion. le trône de Dieu, par la foi comme par

(D) il avait publié un ouvrage un instrument qui nous fait pren-

sur la controverse de V Eucharistie.] **re Jésus-Christ, notre justice : Ctau-

11 fut imprimé à la Rochelle , et ip- àius Albtrius Triuncurianus cum

titulé : Traité orthodoxe de l'Eucha- SUIS » receptœ doctrinœet inconfessio-

ristie(+*)Xe docteur Jules César Bulen- gallicand quant helvetied

aer le réfuta par un ouvrage qui fut comprehensœ ; de nostrd ad tribunal

imprimé à Paris chez Frédéric Morel, Oei justificatione perfide m tamquhm

Tan 1598 , m-8°. Il y renvoie dans la instrumenlum, quo Christus , justitia

préface de sa réponse catholique au nostra , apprehendatur , projessus su

livre de M. du PlessisMornai sur l'eu- sepenitus assentiri (10). J'observerai

charistie. Par occasion qu'il ne se soumit que

(E) On a lieu de s'imaginer avait été ministre de l'église nève (*').] Car on voit dans Melchior nc écaille puD lia l'an 1 Dp, 1 , et yy Adam, qu'il fut l'un des trois minis- ^ou.v5 cIue le docteur Gryneus parla très (.7) qui allèrent de Genève à «»" dan8 «rassemblée oui se tint

a Raie, au mois de décembre 1090 , sur le sujet des différends de cet Antoine avec les sieurs Constant et et Claude Aubéri avaient excitées Co"ë\ de >'«g\"« française:

(18). J'ai parlé ailleurs (19) de ce Sa- « <Kl1 v av.ai} un fcerla;°, Afuf,e" > r w qui par ci-devant avait fait un li-

# . , , -, M , „ » vre qui avait puis après été con-

Joly pense que la Confusion Je Smtci , ou- damné à Berne leauel avait siffné rrage satirique, est indigne de toute croyance. M «ainnt, a cerne , lequel avait, siglifc

(16) Notes sur la Confession de Sanci , p. 5Cn. » destheses, auxquelles néanmoins il (*') Ce Traité, auquel, soit dit en passant, Ro- » ne s'étaitpas tenu : que passant par

tan n avait pas mis son nom , parut pour le plus D4lA .,^..„0___i

,„i p. -„ r, r- . ' " K . K » Uale , et repassant en son voyatro

tard en I année i5qo , puisqu on a de la même j v? , 1 ., , J °

année, de l'impression dc Gilles Robinot,un« » Francfort, il avait 6eme Ses er-

réponsc que Cayct y fit sous ce titre : Le vrai » reurs à Bâle en diverses maisons , OrUiodoxe de la foi catholique duSainfSacre- „ et à diverses personnes: mais iln'y

ment de l autel, pour réponse au Traite preten- . •» * ;

du Orthodoxe aiwnrme. iu*. cmt. n ava,t aucun qui o>«1t maintenir ses

(*») Le Citadin de Genève , pag. 41, fait men- » erreurs que Lescaille , auquel ledit

tion du nom de Jean Baptiste Rotan , italien, >, Auberi avait laissé lin écrit qu'il comme se lisant en lettres d'or, parmi ceux des %. J, y ;i A»

ni». r*nnmm^ tu «.■ • • .. ,1. . 1» >' avait produit, tn partant u en

plus renommes théologiens ministres , dans la . * . . i «

matricule de l'académie de Genève. K km. c«it. » avertira les Seigneurs de Berne,

(i^) Les deux autres furent Bèze et la Faye. » afin de faire châtier ledit Auberi

(ié) M, Kb. Adam , in Vit» Stuckii , pag. -, y ( x> }) Ce LcscaiUe e'tait un ]aïqiic

Vitarum Iheol. german. Jyotet nu il met ceci a v ' 1

l'an i5^8; mais, dans la Vie de Théodore de * Joly, qni reproche à Bayle de ne pas avoir

Bèze , paç. 239 , ou il rapporte la même chose , parlé assez longuement de Cl. Auberi , donne la

il met i588. Voyez., tom. III, pag. 3<)5, au liste de ses ouvrages , page 11'S de ses Remarques,

texte de l'article B&xe. [ Yoyez la note (*), tom. III, a propos de l'article Bue.

pag. 3q5]. (10) Melch. Adam, in Vitis Theolog. germ. ,

\uji)Dans la remarque (K) de l'article 11 vv- pa#. ^ni.

Ki 11 , V>m. VIII \ pag. 3oi. (ai) La Doctrine anri<*nne «lu premier, d«iici«-

64o ROTTERDAM.

sans lettres, qui s'ingéra de do^mati- faux frère* j mafs il ne paraît pas *

scr , et de mettre entre les mains de que Rotan ni du Fay soient morts

ses ministres un écrit sur les bonnes actuellement et ouvertement papis-

œuvres (aa). Voici comme Théodore tes. Voyez les notes sur la Confession

de Bèzclui parla au mois d'août i5pi: de Sanci, à la page 357 et 358 de Fé-

« regardez bien , vous n'avez pas fait dition de 1699. » cest escrit la , Auberi Ta fait, en-

» cor qu'il Tait nyé à Bern contre sa • Lcclerc et Joiy trouvenl ia preDve bien faible conscience. Et Lescaille dit , c'est

» conscience. Et Lescaille dit , C est pour une assertion ao«i positive, que d'avoir dit

» mon escrit, et M. Auberi ne l'a cela est faux. » jamais veu en la sorte qu'il est cou -

» ché . je ne nye pas que je n'ay ap- ROTTERDAM , est une des » prins de luy , et d'autres , des ]us considérables villes de Ho!-

» choses qui sont audit escrit. ht il \ , c - , ~w

» dit, cest un meschant escrit. Et lande- ba situation sur la Meuse

» Lescaille dit , je ne l'ay pas baillé lui est extrêmement favorable

» tout pour bon, quand on me mon- pour le commerce. Il ne faut point

» strera parla parole de Dieu, qu'il «Jouter que Son nom ne vienne

» y ait du mal x le le croiray. ht , » n r «. • 1» 1

>» il dit , Auberi a t'ait un meschant de ce qu elle fut bâtie a 1 einbou-

» livre , et vous le louez , et Lescaille chure de la Rotte (a). On ne sait

» dit, ceque j'entend du livre de M. p0int en quel temps elle a com-

» Auberi, je le trouve bon et très- mencé ^ m[e mais on Jt » bon , et ce que je n entend pas , je , n r » •

» ne le veux ny condamner ny ap- qu environ 1 an 1 270, elle fut en-

» prouver (a3). » gée en ville; car on y fit des rem-

(F) M. Maimboitrg pourra être parts , et on lui donna des privi-

critiqué.^ (Rapportons d'abord ses pa- j » ^ RieQ ne pa ]us fail rôles. « Que n'ont-ils pas dit pour \ ' ,, . F , .

» déshonorer la mémoire des sieurs connaître que d avoir ete la pa-

» de Sponde, lieutenant-général à la trie du grand Erasme (A). Elle

>» Rochelle, Salette, conseiller du roi n'a pa3 été insensible à celle » de Navarre , de Morlas, conseiller loire E1]e a fait bien gon de

» d'état et surintendant des magasins o . , ...

» de France , du Fay , de Clairville, voir pour honorer la mémoire

» Rohan, et décent autres de leurs de cet illustre personnage (B) ,

» plus célèbres ministres , qui après dont elle reçoit un si grand éclat

» avoir été parmi eux de fort honnê- (C) E1]e est je ${é de i'amirauU;

» tes gens, et les premiers de leur \ 1

» consistoire , sont par une étrange «e *a Meuse. » métamorphose devenus tout à coup

» de grands scélérats , et les derniers ^ Cest le nom d>une nv<ère.

» de tous les hommes, pour avoir {b) Boxbomius, Théâtr. holland., pag.

» abjuré le calvinisme (ai) ? » Usup- m 3gi.

pose dans ce passage , i°. Que du Fay

était ministre ; qu'il y a eu un A) ^ ne pa lu$ f(lU connaîtir ministre nomme Rohan (?5) ; 3«. que ve j Wr ëlé fa JtHe du grand

ces deux prétendus ministres abju- ^ g. Hom,re avait ^

rèrentla religion réformée. Tout cela . pédant sa vie qu'il l'a été

est faux. On les regarda comme de ^ JmoH ; ç,aurait\të Cn vain

, . . at n que plusieurs villes auraient aspiré à

dd' ^iïïïïïir*"-'' ^ & gloire de l'avoir produit, car celle

•M) Là mê,ne, pag. *:. qui aurait eu véritablement cet avan-

fi3) Va même , pag. qa , 93. tage en aurait donne des preuves in-

(»4) Maimbourg, préfacé de /'Histoire de la contestables , avant que la longueur

L»«ue- du temps* eût pu fournir à d'autres

^"f^T^^^Ù^J^E^^Z villes matière de chicaner et de

qui s enteliMsee dans La Confession catholique rie . . -,

Janci. 6 H brouiller. Voilà pourquoi on ne voit

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