‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre BayleChapitre 31 sur 142 · HON · texte numérisé non relu

HON

petits soins domestiques (G).

Ceux qui disent qu'il obtint la bourgeoisie d'Athènes pour avoir tué un roi de Thrace , se trompent grossièrement (H). Je n'ai pas beaucoup de fautes à reprocher à M. Moréri (I).

L'égalité qu'il mettait entre la vie et la mort (h) a été louée par Ëpictète , qui d'ailleurs méprisait extrêmement le pyrrhonisme(K).

(A) Voyez la ré marotte (E).

(A) Ses opinions ne différaient guère îles opinions d' Arcésilas. ] Si je suivais ponctuellement Ascagned'Abdère , je dirais qu'il n'y avait nulle difl'érence entre ces deux philosophes.

riyvattoTatTA <fbxi? 4>lXoro^M9*«ll TO tjk AKAtAXti^iAÇ iteti «TO^Jç «i<fbp tia-ctyetye»v y «ç 'A<rx*vioç ô 'A@o%pfo»ç qnri. Nobilissimè philosophiam tractasse uidelur , commentus modum quo de omnibus nihil decerneret , neque quicquam comprehendi posse diceret , ut Ascanius Abderites auctor est (1). C'est assurer nettement que selon Pyrrhon la nature des choses était incompréhensible , or c'était le dogme d'Arcésilas. Néanmoins j'ai mieux aimé laisser entre eux quelque différence , parce que l'esprit des pyrrhoniens ne suppose pas formellement l'incompréhensibilité. On les a nommés sceptiques , zététiques , éphectiques , aporétiques (2) , c'està - dire examinateurs , inquisiteurs , suspendons , doutons. Tout cela montre qu'ih supposaient qu'il était possible de trouver la vérité , et qu'ils ne décidaient pas qu'elle était incompréhensible. Vous trouverez dans Aulu-llelle qu'ils condamnaient ceux qui assurent qu'elle l'est ; et voilà , selon cet auteur, la différence des pyrrhoniens et des académiciens ( 3 ) : en tout le reste ils se ressemblaient parfaitement , et ils se donnaient les uns et les autres les noms que j'ai rapportés (4). Ciirn hœc autem consimiliter

(1) Diog. Lâërtius, lib. IX, num. 6t.

(a) Voyez Gassendi , in libro proemiali de Pbilosopbiâ universè, cap. VIII ^ pag. m. 1^. Voyex. aussi Aulu-Gclle , lib. XI, cap. V.

(3) // faut entendre ceux de la seconde acad, mie , fondée par Arcésilas.

(4) Aulus Gellius , lib. A'/, cap. V.

PYRRHOÎT. w

t"1 PJTi0nii *Cant acade' "s-là sur des probabilités, sans at-

nuai dtfferre tamen inter sese et tendre la certitude (8). Ils non vaient

propter aUaquœdam, et vel maxi- suspendre leur jugement sm la qùes-

Sr:-Pflh SU,T^ qUt , tio°'si «ntelJdevoirestnatu?e ïe-

Ï^T»rt ipmm ^ mcnt et absolument légitime: mais

passe comprehendh quasi comprehen- ils ne le suspendaient pas sur la ques-

dunt ; et mhil passe discerna quasi tion, s'il le fallait pratiquer en telles

discernant ; prirhonn ne ul quidem et telles rencontres! Il n'y a donc que

ullopacto tnden »emm dicunt quod la religion qui ait à craindre le pyr-

vtlLZ$e i,C?m "?etUr (5 ' rhonisme:elledoitétreappuyeesïï]a

Empir eus a trouve une autre diffé- certitude; son but,ses effet s, ses usages,

rence (6) :.Arcesilas prétendait que tombent àès que la ferme persuasion

U suspension fût bonne naturelle- de ses vérités est effacée *de l'âme

ment, et que l'affirmation fût mau- Mais d'ailleurs on a sujet de se tirer

vaise naturellement; mais selon Pyr- d'inquiétude : il n'y a jamais eu , et

rhon , elles ne 1 étaient qu'en appa- il n'y aura jamais Jqu>uJn lit Q^

rence, ou *<tr* *«,«,, clkx* **t* hre de gens qui soient capables d'é-

meure a accord. 11 ne fallait que naturel à décider *, sont un bonleur demander qu ils s expliquassent clier impénétrable aux traits despvr- UCl\?sm£ nt#et Slûcer.cn»ent 7). rhoniens , quoique cette secte s'îma- (b)C est avec raison au an déteste gine qu'elle est aujourd'hui plus le pyrrhonisme dfins les écoles de redoutable qu'elle nVtait anciennetfu ologie. ] C est par rapport à cette ment. On va voir sur quoi elle fonde divine science que le pyrrhonisme est cette étrange prétention, dangereux: car on ne voit pas qu'il n «» An„iIL j • , » , .,

le soit CUer«. ni nar rnnnnrt ÏU Sv- , " 3 à™* m?lS q»'"^ habile

11 nous doit suffire qu'on s'exerce a nrf>mi»r n*rait Ait *\. -j ' T

chercher des hvpothLs probables, ^£^t^&Wi

l „ „u • j s. «ii «cuae des opinions: mais uu il ne

«TJ V ? » dansn.°tre siècle pouvait comprendre que, sous la l"!

qui ne se soient convaincus que la miére de w£ ; se'trouva^n-

nature est un abrrne impénétrable, core de misérabfes pyrrhoniem VoCs

e que ses ressorts ne sont connus avez tort ,ui ,££;0£

au a celui qui les a faits et qui les raisonncr' de ccttle facon. Arcës la^

dirige. Ainsi tous ces philosophes J a '

sont à cet égard académiciens et (8) Voyex Di ine Laërfe . Ufin de £ Vie

pyrrhoniens. La vie civile n a rien à dePyrrhon.

craindre de cet esprit-là ; car les scep- (9) C'est un mot de Simonidc , Ces gens-là M

tiques ne niaient pas qu'il ne se fal- sontPas fi™ pour Hre trompes par un hom-

r . •• me comme moi. Balzar disait la mé'mr chose det

lût conformer aux coutumes de son filUs de ton vill A^silaÏM „ ^ZÛdZ

pays et pratiquer les deVOirS de la voir affaire a des ennemis qui n'entendaient

. morale , et prendre parti en Ces cho- P°inl "* guerre; ses ruses étaient inutiles, il ne

pouvait, tromper des troupes mal aguerries.

(5) Idem , ibidem. V oyes. Plutarque , dans sa Vie , vers la fin.

(6) V ojet Vosuus , de Pbilosophor. Secli» , * Cbaafep.é dit que c'est se moquer des gens PaS\l°j- , , . . , qae de faire un assortiment pareil à celui que

(7) rojre* le passage d An «toc les , apud Euse- Bayle lait ici de la grâce , de la force de Tédurafciura, Prarpar. Evang., lib. XI cite' par Vos- tion. de l'ignorance et du penchant naturel à situ 1 ibidem, pag. 106. décider , comme préservatif dn pyrrhonisme.

sMI revenait dans le monde , et s'il des couleurs , des figures , de l'éten-

avait à combattre nos théologiens, due, du mouvement , quoiqu'il nV

serait mille fois plus terrible qu'il ne eût aucun corps dans l'univers. Je

l'était aux dogmatiques de l'ancienne n'ai donc nulle bonne preuve de

Grèce : la théologie chrétienne lui l'existence des corps (la). La seule

fournirait des argumens insolubles, preuve cju'on m'en peut donner doit

Tous les assistans ouïrent cela avec être tirée de ce que Dieu me trompe-

beaucoup de surprise, et prièrent cet rait, s'il imprimait dans mon âme

abbé de «'expliquer davantage, et les idées que j'ai du corps, sans qu'en

ne doutèrent pas qu'il ne lui fût efl'et il y eût des corps (i5);mais

échappé un paradoxe qui ne tourne- cette preuve est fort faible; elle

rait qu'à sa confusion. Voici ce qu'il prouve trop. Depuis le commence-

répondit en s'adressant au premier ment du monde , tous les hommes ,

abbé. Je renonce aux avantages que à la reserve peut-être d'un sur deux

la nouvelle philosophie vient de pro- cent millions, croient fermement que

n'y étaientpas moins inconnus que la rien n'empêche qu'il ne les trompe terre australe, lorsque Gassendi (io) l'égard de l'étendue. Cette dernière

1 ! Ân.À. mono o mi III. .«I.n ttA t,aw% m ça o mmno innorpntp

parfait.

sonne, parmi les bons philosophes*, ne S'il ne les trompe point quant aux doute plus que les sceptiques n'aient couleurs, ce sera sans doute parce raison de soutenir que les qualités qu'il ne les pousse pas invincibledes corps , qui frappent nos sens , ne ment à dire, ces couleurs existent sont que des apparences. Chacun de hors de mon dme; mais seulement, nous peut bien dire , je sens de la il me paraît qu'il y a la des couleurs, chaleur à la présence du feu; mais On vous soutiendra la même chose à non pas , je sais que le jeu est tel eu l'égard de l'étendue; Dieu ne vous lui -même qu'il me parait. Voilà quel pousse pas invinciblement à dire, il y était le style des anciens pyrrho- en a, mais seulement à juger que vous niens. Aujourd'hui la nouvelle philo- en sentez, et qu'il vous paraît qu'il sophie tientun langage plus positif: la y en a. Un cartésien n'a pas plus de chaleur, l'odeur, les couleurs, etc. ne peine à suspendre son jugement sont point dans les objets de nos sens; sur l'existence de l'étendue, qu'un ce sont des modifications de mon paysan a s'empêcher d'affirmer que le âme; je sais que les corps ne sont soleil luit, que la neige est blanche, point tels qu'ils me paraissent. On etc. C'est pourquoi si nous nous troraaurait bien voulu en excepter l'éten- pons en affirmant l'existence de l'édue et le mouvement ; mais on n'a tendue, Dieu n'en sera pas la cause, pu ; car si les objets des sens nous puisque selon vous , il n'est pas la paraissent colorés, chauds , froids , cause des erreurs de ce paysan. Voilà odorans, encore qu'ils ne le soient pas, les avantages que ces nouveaux phi-» pourquoi ne pourraient-ils point pa- losophes procureraient aux pyrrhorakre étendus et figurés, en repos niens , et à quoi je veux renoncer, et en mouvement , quoiqu'ils n'eus- Tout aussitôt l'abbé philosophe sent rien de tel (n) ? Bien plus , les déclara à l'autre que pour espérer objets des sens ne sauraient être la

cause de mes sensations : je pourrais |n) Le père Mallebranche montre , dans un donc Sentir le froid et le chaud ; Voir éciaircissenient sur la Recherche de la Vérité,

quM est très-difficile de prouver qu il y a de*

(,o) Dans son livre de Fine Logic», cap. M, corps , et qu'il «'y «que Ufoi qui poisse ubu. a la page p et «iv. du f«. ,olu,ne de ses du- convaincre qu'il y a effectivement des corps. vres yjitdn de Lyon , i658. (i3) Voye. le chapitre XXV ill du traite^ de

(il) L'abbé Foûcher proposa cette objection M. Arnauld, des Vraies et des fausses Idées, oh u dans sa Critique de la Recherche de la Vérité : le réfute le susdit éclaircissement du pere f>ire Mallebranche n'y répondu pas. Il en sentit branche par des raisons toutes Urées de celte bien la force, Voye% la citation suivante.

PYRRHON. io3

(jueluue victoire sur un sceptique , il personnalité? Est-il obligé de nous faut lui prouver avant toutes choses révéler toutes les manières dont il que la vérité est certainement re- dispose de nous ? 4°> Il est évident connaissablc à quelques marques. On qu'un corps humain ne peut pas les appelle ordinairement critérium être en plusieurs lieux tout à la fois , veritatis. Vous lui soutiendrez avec et que sa tête ne peut pas être pénéraison que l'évidence est le caractère trée avec toutes ses autres parties sous sûr de la vérité \ car si l'évidence un point indivisible, et néanmoins le n'était pas ce caractère, rien ne le mystère de l'eucharistie nous apprend serait. Soit, vous dira-t- ilj c'est là où cjue ces deux choses. se font tous les je vous attends $ je vous ferai voir jours (< 5) : d'où il s'ensuit que ni des choses que vous rejetez comme vons ni moi ne sauras être certains fausses , qui sont de la dernière évi- si nous sommes distingués des autres dence. i°. 11 est évident que les cho- hommes, et si nous ne sommes pas ses qui ne sont pas différentes d'une à l'heure qn'îl est dans le sérail de troisième ne diffèrent point entre Constant inople, dans le Canada , elles 04) : c'est la base de tous nos dans le Japon, et dans chaque ville raisonnemens, c'est sur cela que nous du monde , sous diverses conditions fondons tous nos syllogismes, et néan- en chaque lieu. Dieu ne faisant rien moins la révélation du mystère de la en vain créerait-il plusieurs hommes, trinité nous assure que cet axiome lorsqu'un seul lui peut suffire créé en est faux. Inventez tant de distinctions divers endroits , et revêtu de diverqu'il vous plaira, vous ne montrerez ses qualités selon les lieux? Cette

Jamais que cette maxime ne soit pas doctrine nous fait perdre les vérités lémentie par ce grand mystère, a0. 11 que nous trouvions dans les nombres; est évident qu'il n'y a nulle diffé- car on ne sait plus ce que c'est que

rence entre individu, nature , per- deux et trois $ nous ne savons ce que sonne : cependant le même mystère c'est qu'identité , que diversité. Si nous a convaincus que les personnes nous jugeons que Jean et Pierre sont peuvent être multipliées sans que deux hommes , ce n'est qu'à cause les individus et les natures cessent que nous les voyons en divers lieux , d'être uniques. 3°. Il est évident que et crue l'un n'a pas tous les accidens pour faire un homme qui soit réel- de l'autre. Mais par le dogme de Feulement et parfaitement une personne, charistie ce fondement de distinction il suffit d unir ensemble un corps est tout-à-fait nul. Il n'y a peut-être humain et une âme raisonnable. Ce- qu'une seule créature dans l'univers, pendant le mystère de l'incarnation multipliée par la production en dinous a appris que cela ne suffit pas. vers lieux, et par la diversité des D'où il s ensuit que ni vous ni moi qualités : nous faisons de grandes ne saurions être certains si nous règles d'arithmétiques , comme s'il sommes des personnes ; car s'il était y avait beaucoup de choses distinctes essentiel à un corps humain et à une (16). Chimères que tout cela. Ron-seuâme raisonnable, unis ensemble , de lement nous ne savons plus s'il y a constituer une personne, Dieu ne deux corps ; nous ignorons même s'il pourrait jamais faire qu'ils nelacon- y a un corps et un esprit : car si la stituassent : il faut donc dire que la matière est pénétrable , il est clair personnalité leur est purement acci- aue l'étendue n'est qu'un accident dentelle. Or tout accident est sépa- du corps ; et ainsi le corps, selon son rable de son sujet en plusieurs ma- essence , est une substance non étennières : il est donc possible à Dieu (l5) Notn c w un abb/ qui parle, Je mis

de nOUS empêcher, par plusieurs obligé d'ajouter ici ces avis dans cette seconde moyen8 , d'être des personnes , quoi- édition parce aue j'ai su nue plusieurs person- „.„ ~ J „ nés de la religion ont ete choquées de voir le

que nOUS Soyons Composes de COrpS mrstère Je [afrinil/^t eeiui2 l'incarnation , et d âme : et qui UOUS assurera qu 11 mis en rang avec le dogme de la présence réelle ne Se 8ert pas de quelqu'un de Ces et celui de la transsubstantiation. moyens pour nOUS dépouiller de la {ify Not'% que si un corps peut être produit en

plusieurs lieux t tout autre être , esprit , lieu , accident, etc. pourra être multiplié de même; et (■4) Qu» «uni idem uni tertio «uni idetn in- ainsi on n'aura point une multitude d'êtres; on t«r *e. réduira tout à un seul être créé.

,o4 PYRRHON.

due : il peut donc recevoir tous les rait être complice d'une action mauattributs que Ton conçoit .dans Tes- vaise. 3°. Et qu'il est injuste de la prit , l'entendement , la volonté , les punir comme complice de cette acpassions, les sensations : il n'y a donc tion. Néanmoins notre doctrine du plus de règle qui nous fasse discer- péché originel nous montre la fausseté* ner si une substance est spirituelle de ces évidences. 4°- H est évident de sa nature , ou si elle est corpo- qu'il faut préférer l'honnête à l'utile, relie. 5°. 11 est évident que les mo- et que plus une cause est sainte , des d'une substance ne peuvent point moins elle a la liberté de postposer subsister sans la substance quelles l'honnêteté à l'utilité. Cependant nos modifient; et néanmoins le mystère théologiens nous disent que Dieu de la transsubstantiation nous a fait ayant à choisir entre un monde parsavoir que cela est faux ('7)« Cela faitement bien réglé, et orné de toute confond toutes nos idées : il n'y a vertu, et un monde tel que celui-ci, plus de moyen de définir la substan- où le péché et le désordre dominent, ce ; car si l'accident peut subsister a préféré celui-ci à celui-là , parce sans aucun sujet, la substance à son au il y trouvait mieux les intérêts tour pourra subsister dépendamment ae sa gloire. Vous m'allez dire qu'il d'une autre substance , à la manière ne faut point mesurer les devoirs des accidens : l'esprit pourra subsis- du créateur à l'aune de nos devoirs, ter à la manière aes corps, comme Mais si vous le faites , vous tomberez dans l'eucharistie la matière existe à dans les filets de vos adversaires, la manière des esprits : ceux-ci pour- C'est là où ils vous veulent: leur ront être impénétrables , comme la grand but est de prouver que la namatière est là pénétrable. Or, si en ture absolue des choses nous est in-

Î tassant des ténèbres du paganisme à connue , et que nous n'en connais-

a lumière de l'évangile, nous avons stfns que certains rapports (îo). Nous

appris la fausseté de tant de notions ne savons pas, disent-ils , si le sucre

évidentes , et de tant de définitions est doux en lui-même ; nous savons

certaines (18), que sera-ce quand seulement qu'il nous paraît doux

nous passerons des obscurités de cette quand ou l'applique sur notre lan-

vie à la gloire du Paradis? N'est-il gue. Nous ne savons pas si cette ac-

pas bien apparent que nous appren- tion est honnête en elle-même et par

ceux qui vivaient avant l'Evangile rieur de l'honnêteté. Ce n'est plus

nous ont affirmé comme véritables cela à d'autres égards , et selon d'au-

certaines doctrines évidentes , dont très rapports. Voyez donc à quoi

les mystères de notre théologie nous vous vous exposez , en leur disant

ont révélé la fausseté. que les ide'es que nous avons de la

Passons à la morale. i°. Il est évi- justice et de l'honnête souffrent

dent qu'on doit empêcher le mal si exception , et sont relatives. Songez

1 ~ ..«. ~ A- ' nA«U/i l — n-Tl OArû 1-wl.lO VJ-tllC IfAiiS A\Awmwrnm

tre que cela est faux : eiîemous ensei- ruinerez le seul moyen qui vous

gne que Dieu ne fait rien qui ne soit reste de prouver qu'il y a des corps :

digne de ses perfections , lorsqu'il ce moyen est que Dieu ne nous trom-

souflre tous les désordres qui sont au pe point; et qu'il le ferait si le

monde , et qu'il lui était facile de monde corporel n'existait pas. Mon-

prévenir. a°. Il est évident qu'une trer un spectacle à tout un peuple ,

créature qui n'existe point ne sau- Le ç?ri de leur iûgUjUe> ou & leur top^

(ir) Voyez la note (i5). V > te réduisait à un mojen. C'est celui de la

(i8)* Ceux qui tiennent la transsubstantiation rehkUon , le huitième dans Tordre des dix , et

mettent l'essence de la matière dans la faculté P»r.l«P»« fe cette secte font voir que nous

de recevoir l'étendue; et ainsi de l'essence de ton- ne Ju8e°ns ^oses que par comparaison , ce

tes choses : rien d'actuel : tout capacité' passive : qu'ils énooeent en ces termes : TO.V7T cL irpoç ft ,

or cetie capacité peut convenir a l'esprit , etc., omnia sunt adaliq uid. La Molhe-le-Vayer ,del*

cela confond toutes les définitions. Vertu des Païens, tom. V, pag. 317.

PYRRHON. io5

sans qu'il Se passât rien hors de Tes- tre âme modifiée comme était la vô-

prit, serait une tromperie : distinguo, tre (ai)? Cette nouvelle âme est celle

vous répondra-t-on : si un prince le que vous avez présentement. Faites-

faisait concedo ; si Dieu le faisait, ne- moi voir le contraire : que la com-

go ; car les droits de Dieu sont tout pagnie juge de mon objection. Unsa-

autres que ceux des rois. Outre que vant théologien qui était là prit lapa-

si les exceptions que vous faites aux rôle, et reconnut que la création étant

nrincipes de morale sont fondées sur une fois supposée, il était aussi/acile à

l'infinité incompréhensible de Dieu , Dieu de créer à chaque moment une

je ne pourrai jamais m'assurer de rien : nouvelle âme , que de reproduire la

car je ne pourrai jamais comprendre même ; mais que néanmoins les idées

toute l'étendue des droits de Dieu. Je de sa sagesse , et plus encore les lu-

conclus en cette manière. S'il y avait mières que nous puisons dans sa pa-

une marque à laquelle on pût connaî- rôle , nous peuvent donner une cer-

tre certainement la vérité , ce serait titude légitime que nous avons la

l'évidence : or l'évidence n'est pas une même âme en nombre aujourd'hui ,

telle marque , puisqu'elle convient à que nous avions hier, avant hier, etc,;

des faussetés ; donc. et il conclut (ju'il ne fallait point s'a-

L'abbé à qui tout ce long discours muser à la dispute avec des pyrrho-

s'adressait eut bien de la peine à s'abs- niens, ni s'imaginer que leurs so-

tenir des interruptions : il ne l'écou- phismes puissent être commodément

ta qu'avec des marques de soufTran- éludés par les seules forces de la

ce, et quand il vit qu'on ne parlait raison ; qu'il fallait avant toutes cho-

{>lus , il se mit dans une étrange co- ses leur faire sentir l'infirmité de la

ère contre les pyrrhoniens (ao) , et raison, afin que ce sentiment les porte

n'épargna pas le rapporteur des dif- à recourir à un meilleur guide qui

ficultés qu'ils puisent dans les systè- est la foi. C'est la matière de la re-

mes de théologie. On lui répliqua marque suivante,

modestement qu'on savait bien que (C).... Il peut... obliger l'homme...

ce n'étaient aue des sophismes , et de a implorer te secours d'en haut , et h

très-petites difficultés ; mais qu'il se- se soumettre h l'autorité de la foi.]

étu-

misme

que des autres sectes , le regarde avez cru jusques ici , contïnua-t-on , comme le parti le moins contraire qu'un pyrrhonien ne saurait vous em- au christianisme, et celui qui peut Earrasser; répondez-moi donc. Vous recevoir le plus docilement les mysavez quarante-cinq ans , vous n'en teres de notre religion (m). 11 confirdoutez pas 5 et s'il y a quelque chose me son sentiment par quelques raidont vous soyez assuré , c'est que SOns , après quoi il parle ainsi (a3) : vous êtes la même personne à qui Ce n'est donc pas sans sujet que nous

d'en être certain. J'argumente sur de tous h noti-e créance, et le plus

les principes de notre théologie. Vo- approprié a recevoir les lumières sur-

tre âme a été créée : il faut donc naturelles de la foi. Nous ne disons —,

qu'à chaque moment Dieu lui renou- en ceia que ce qui est conforme a la

velle l'existence ; car la conservation meilleure théologie , puisque celle de

des créatures est une création conti- (*) saint Denys n'enseigne rien plus

nnelle. Qui vous a dit que ce matin expressément que la faiblesse de no- Dieu n'a pas laissé retomber dans le

néant l'Ime qu'il avait Continué de M C'est-à-dire avec la re'miniscence qu'il eût

, • * 1 1 • 1 reproduite s il avait continue de créer L âme de

créer jusques alors , depuis le pre- viùhé.

Dîier moment de Votre vie ? Qui VOUS (aa) La Motbe-le-Vayer , de la Vertu de*

a dit qu'il n'avait point créé une au- P«ïe*"i «" f Ae îaÇ-

* ■ Voya les Dissertations de 1 abbé Foucber, sur la

(ao) Compare*, ceci avec ce que la Molbe-le- Ph.losopbiedes Académiciens. Vayer raconte dans la II*. partie de ja Prose M £* Mottbe-le-Vayer . la même , pag. a3i cb^grine , au [ X*. tome de tes Œuvres. (*) LU. i, de Mysl. ph. , c. i et i.

tre esprit, et son ignorance à l'égard tous à nous convaincre que notre

surtout des choses divines. C est ainsi raison est une voie d'égarement ,

que ce grand docteur explique ce que puisque lorsqu'elle se déploie avec

Vieu même a prononcé par la bouche le plus de subtilité' , elle nous jette

de ses prophètes (*) , qui a établi sa dans un tel abî me. La suite naturelle

retraite dans les ténèbres. Car cela de cela doit être de renoncer à ce

étant , nous ne saurions nous appiv- guide, et d'en demander un meilleur

cher de lui, que nous n'entrions dans a la cause de toutes choses. C'est un

ces mystérieuses ténèbres , cToù nous grand pas vers la religion chrétienne 5

tirons cette importante leçon , qu'il car elle veut que nous attendions de

ne se peut connaître qiSobscuré- Dieu la connaissance de ce que nous

ment , couvert d énigmes ou de nua- devons croire et de ce que nous devons

ges , et , selon que dit l'école, en Pi- faire : elle veut que nous captivions

gnorant. Mais comme ceux qui ont notre entendement à l'obe'issance de

fait de tout temps profession dhumi-, la foi. Si un homme s'est convaincu

lité et d'ignorance, s'accommodent qu'il n'a rien de bon à se promettre de

bien mieux que les autres avec ces ses discussions philosophiques, il se

ténèbres spirituelles , les dogmatiques sentira plus disposé à prier Dieu, pour

au contraire , qui n'ont jamais eu de lui demander la persuasion des vérités

plus forte appréliension que celle de que Ton doit croire, que s'il se flatte

faire paraître qu'ils ignorent quelque d'un bon succès en raisonuant et en

chose, s 'y perdent incontinent ,etteur disputant. C'est donc une heureuse

présomption d'avoir assez de lumière disposition à la foi , que de connaître

d'entendement , pour surmonter toute les défauts de la raison : et de là

sorte d'obscurité , fait qu'ils s aveu- vient que M. Pascal , et quelques au-

glent d'autant plus qu'Useraient s'a- très, ont dit que pour convertir les

vancer dans des ténèbres que notre libertins , il faut les mortifier sur le

humanité ne saurait pénétrer. Quoi chapitre de la raison , et leur appren-

qu'il en soit , je trouve que la scepti- dre à s'en défier. Calvin est admi-

que saint Paul déteste si fort. Il s'est commence les leçons qu'on doit faire étendu plus exactement et plus forte- aux postulans dit christianisme. En nient sur cela dans un autre livre (t»4). cela (a6) donc Dieu nous admoneste Quand on est capable de bien com- de nous humilier et nous déplaire en prendre tous les moyens de l'époque nous-mêmes : et en cette manière il qui ont été exposés par Sextus Em- nous prépare à désirer et requérir sa piricus, on sent que cette logique grâce , par laquelle toute la perversiest le plus grand effort de subtilité té et malédiction de notre première que l'esprit humain ait pu faire ; nature soit abolie. Car nous ne sommais on voit en même temps que mes point capables de la recevoir, cette subtilité ne peut donner aucu- que premièrement nous ne soyons ne satisfaction : elle se confond elle- vides de toute fiance de notre vertu, même; car si elle était solide , elle sagesse et justice , jusques a condam-

Srouverait qu'il est certain qu'il faut ner tout ce qui est en nous. Or quand

outer. Il y aurait donc quelque ccr* U nous a remontré notre malheur, il

titude; on aurait donc quelque rê- nous console semblablement par sa

s}e sûre de la vérité. Or cela ruine miséricorde, nous promettant de nous

le système ; mais ne craignez pas régénérer par son Saint Esprit en une

3u'on en vienne là : les raisons de nouvelle vie , laquelle nous soit com-

outer sont elles-mêmes douteuses $ me une entrée en son royaume. Cette

il faut donc douter s'il faut douter, régénération consiste en deux parties ,

Quel chaos! et quelle gêne pour ^5) Notez que cette liturgie est en usage dans

l'esprit ! H Semble donc que Ce mal- Ut églises de la confession de Genève , et ainsi

hpnriMlT état est le dIuS Dronre de Us maximes quelle' contient doivent passer pour

heureux eiai esi 1e pius propre u Usentiment^WraldeC9S,guseSyet non pas pour

nn .„.__„ • ,:i «-__, l'opinion particulière de Jean C*Win.

au 7 A*, tome de ses Œuvres. renaître.

PYBRHON. 107

c'est que nous renoncions a nous-mé- C»9-«/utv fi iuù t* tyko<rô$<»i , tÇ&tpimes, ne suivant point vorm. propre «r»« <ral «tÔfttrec*-*. Xê^a» 9% tÀ'Etthcouk ai son , notre plaisir et propre volon- pou x*i Tïûppetvoç , <»* xaù yuaxxov dv étoile; mais Que, captivant notre enten- x«t/«t£«iv A/ve^utS*. Accuratè etiam ea dément et notre cœur à la sagesse et inquisivimus, quœ à philosophis trajusticc de Dieu, nous mortifiions tout duntur : precipué illa , quae maxiraè ceauiest de nous et de notre chair; répugnant pietati erçà Deum : illa, puis après y que nous suivions la lu* inquam , Epicuri ac ryrrbonis , qu6 mière de Dieu, pour complaira et m a gis ea refellere possem us. Nempè obtempérer h son bon plaisir, corn- Nicetas quidem Juerat epicureus : me il nous le montre par sa parole , Aquila verb pyrrhonios erat secutus , et nous r conduit par son esprit, ut apud ipsum est démentent in oc- Quoi qu'il en soit , il y a d'habiles tavo recognitionum libro (*') quod gens qui soutiennent que rien n'est opus grascè non exstat , sed latine

» plus impossible que de ramener ce qu'il nous va dire contient quel-

» ceux qui ont porte' leur égarement c^ues faits qui appartiennent à cet ar-

» jusqu'à cet excès. On peut instruire ticle. « Je tiens pour désespéré le sa-

» les plus ignorans , on peut convain- » lut de Pyrrbon , et de tous ses disci-

» cre les plus entêtés , on peut per- » qui ont eu les mêmes sentimens

» suadcr les plus incrédules : mais il » que lui touchant la divinité. Ce

» est impossible , je ne dirai pas de » n'est pas qu'ils fissent profession

» convaincre un sceptique , mais de >» d'athéisme , comme auelques-ims

» raisonner juste contre lui, n'étant » ont crh. On peut voir, dans (*") Sex-

» pas possible de lui opposer aucune » tus Empiricus , qu'ils admettajerc

» preuve qui ne soit un sophisme, le » l'eiistence des dieux comme les

preuve qui puisse conclure , » mais outre qu ils ne se sont jam.

o qu'en supposant que tout ce qui *> déterminés à reconnaître une cau-

» est évident est véritable , c'est-â- » se première qui leur fît mépriser

» dire cru'en supposant ce qui est en » l'idolâtrie de leur temps , il est cer-

» question : car le pyrrhonisme ne » tain qu'il n'ont rien cru de la na-

» consiste proprement qu'à ne pas » ture divine qu'avec suspension d'es-

» admettre cette maxime fondamen- » prit j ni rien confessé de tout ce

» taie des dogmatiques (a8).» Voyez » crue nous venons de dire qu'en

Vossius , qui ayant dit que le pyrrho- » doutant , et pour s'accommoder

nisme et 1 épie uréisme sont fort con- » seulement aux lois et aux coutu-

traires à la religion chrétienne , con- * mes de leur siècle et du pays où

firme son sentiment par un passage » ils vivaient. Par conséquent, puis-

de Clément Romain (ao). Mine Nice" » qu'ils n'ont pas eu la moindre lu-

tasdese,et fratre Aquila in epito- » mière de cette foi implicite sur

me , Clementis Romani , de gestis » laquelle nous avons fondé l'espé-

B. Pétri, pag. 56., ed. Adr. Turnehi, » rance du salut de quelques païens

«« latind Perionii tralatione ex Pa- » qui l'ont possédée conjointement

risiensi editione Sonnù fol. 5g6.'H«fi- » avec une grâce extraordinaire du

. » ciel, je ne vois nulle apparence de

3 <>7)L-PUc«tte, TraUédeUCowneqce, pag. „ croire qn<ailcun 8Ceptique ou pyr-

'(i) Ou, maxime était autrefois plus im inci- » rhonien de cette trempe ait pu évi- Mf, «itr« les mains par exemple des stoïciens, >» ter le chemin de 1 enfer (3ï).» qu'elle ne l'est depuis qu'on peut soutenir ad boniaem aux théologiens , au il y a des propos i- (*') Fol. 81 , 6.

:«iiu évidentes qui sont fausses. Foret, ci-des- (3o) Vouio», de Pliilosoph. Sertis, pag. xo%. '** . remarque (B) , la dispute des deux abbés. f >) jmUtm if prr. hrp.,a.

(ig)VmMM, de PKiloioptorum Secti» , pag. (3i) La MolhV-le-Vater , Je la Veitn de*

107, 108. Païen*, pag. 116.

io8 PYRRHON.

(D) Çu'il ait été fou jusqu'à ce que nous en pouvons présumer sur

point-là."] Citons encore M. la Mothe- sa grande réputation , te seul privilé-

le-Vayer (3a). Je sais bien au' Anti- ge tV immunité que la ville d' Elis, sa

gonus Carystius disait que Pyrrhon patrie, accorda en sa considération à ne se fût pas voulu détourner ni pour tous les philosophes , et l'honneur que

un chariot y ni pour un précipice, ni lui firent les Athéniens de lui donner

pour la rencontre d'un chien enragé , des lettres de bourgeoisie (34) , qu'ils

et que ses amis seuls le préservaient n'accordaient qu'a peu de personnes,

de tous ces inconvéniens. Mais pour- nous font assez comprendre ce qui

quoi croirions- nous plutôt «et Anti- était de son mérite,

gonus, qu JEnésidémus , qui a écrit (E) L'indifférence de Pyrrhon fut

huit livres de la secte ( * ) dès pyrrfio- étonnante."] Je n'en rapporterai qu'un

niens , et qui assure que leur chef ne exemple. Anaxarque, étant tombé

commit jamais aucune de ces extra- dans un fossé, y fut vu de Pyrrhon

vagances? Certes elles ont si peu sans en recevoir aucun secours. Pyr-

d' apparence , et il est si difficile de sH- rhon passa outre sans daigner lui

maginer comment un si grand nom- tendre la main. On le blâma avec

bre de philosophes les auraient ap- justice : car il aurait dû aider en cet

prouvées, que je ferais conscience dyy état un homme inconnu j à plus forte

déférer, quand elles ne seraient con- raison devait-il aider son professeur.

tredites par personne, et que le reste Vous allez voir que le maître en sa

de la vie de Pyrrhon ne les couvain- vait plus que le disciple sur ce poiot-

crait point de fausseté. En effet, on la \ car non-seulement Anaxarque ne

tombe d'acconl qu'il vécut pi*ès de se plaignit point de Pvrrhon , et

Quatre-vingts dix ans, et qu'il passa n'approuva point qu'on le censurât ;

la meilleure partie de ce temps-la mais aussi il le loua de cet esprit in-

dans les voyages , ayant étë trouver différent, et qui n'aimait rien. Que

les mages de Perse, et s' étant abou- pourrait-on faire de plus surprenant

ché dans l'Inde avec les gymnoso- sous la discipline de la Trappe ? Kcu

phistes. Est-il vraisemblable qu'un ""oti 'Ar&ÇtkpXw « tja/x* tpTruriyroç ,

nomme qui se précipitait dans toute »xô«v o ù /2o*9»Vatç , t»v<Ït <ft <t<T»«/x*-

sorle de dangers, fut arrivé jusques va»» , «tt/Toc A»etç«tp^oc ÎTrwiii to «t<f»et.<f>&-

a un si grand âge ? et qu'il eût pu f W **' *ç*op^o» etùroV» Et cùm aliquan-

avoir partout assez d'amis pour le di> Anaxarchus in scrobem incidis-

délivrer de tant de périls , qui sont set , ille pertransiit nihil ei opem fe-

presque inévitables à ceux qui vont rens. Idque cùm plerique culparent ,

par le monde avec le plus d'adresse Anaxarchus ipse lauaabat , ut indtf-

et de prévoyance? Quoi quJil en soit, ferenter et sinè affectu se habentem

on le doit considérer comme fonda- (35). Ceci me fait souvenir d'une ré-

leur d'une grande compagnie , et par partie que l'abbé de Saint-Réal a rap-

conséquent qui était sans doute re- portée. Je pourrais , dit-il (36) , vous commandable V oire même

ce que nous lisons dans sa vie , qu'..

fut créé souverain pontife par ceux de la philosophie : et c'est cela même,

de son pays , cela serait suffisant répliqua-t-on, qui s'appelle philoso-

pour montrer la calomnie de ses en- pher. Voilà qui est oigne , et de

nemis, n'y ayant nulle apparence Pyrrhon , et d Anaxarque.

qu'on eût donné une si importante Rapportons encore ce petit mot.

charge à un homme qui eût été sujet Pyrrhon soutenait qu'il n'importe

à de si grands caprices (33). Il pas plus de vivre que de mourir, ou

ne composa jamais rien , de sorte de mourir que de vivre. Pourquoi

qu'on ne peut pas juger de sa capa- donc ne mourez-vous pas ? lui de-

cité par ses œuvres. Mais outre ce manda-t-on : c'est à cause de cela

(3,) UM.W.Twd.UT* d«.P.ïtl„ mt,me ' ^P01""'-" i c'p8t l'arec pag. ai3, 2x4. (34) Nom verrons dans la remarque (H), quece-

/mPÎ* ' ff?' \Ph°JiuS ' "* Bibl' fl(3§ Di!£ Laërt., in Pyrrhone, lib. IX,num. 63 .

{65) La Mothe - le -Vayer , de la Vertu de* (36) Ccsarion , ou Entretien* di ver», pag. it . Paient, paB. «7. 3a f eduion de la H(l) e

la vie et la mort sont également in- Selon Gassendi il aimait ce parallèle

différentes. Diogéne Laè'rce ne fait (4*) , à cause qu'il y trouvait la morta-

point mention de cela; mais Stobée lité des hommes , et cette inconstance

nous Ta conservé. Tlv^en t\%yt de leurs opinions qui les fait tourner

ilAQtf>*ii Ç*f , -S tiflïitw KAi tiç ïqw comme des feuillesau gré des vents. Il

irpbç aùtqv f Ti oui av otîjt cL7roQv*<rntiç , faisait grand cas des autres endroits

© fi "On, «î:rir, ot/Vi? 3ïtt<çtf>*t. Pyr- d'Homère où les hommes sont corn-

rhon aiebat , nihil interesse inter vi- parés avec les oiseaux et avec les

tant et mortem. Et cùm quidam ad mouches , ét où Ton décrit leurs in-

eum diceret , cur ieitur ipse non mo- tirmités et leurs puérilités (43). K*i

reris ? Quia nihil interest , respon- «/»ti»?m tic to ayâij8*»ov , khi *ivo-

dit (3^). Qu'on ne dise pas qu'il eût nroufov Sptet k<ù w«tiJ«tpi»<r»c tw cLvôpei-

oublié ses maximes , si le danger de «"«». Sicut et cœtera illius , quibus

la mort eût été présent. Qu'on ne infirmitas et inania studia atque pue-

dise pas , rues hominum motus indicantur (44)*

Je m'étonne qu'on ne dise pas qu'il

E£l?u%ztâ:aZ!Z?iz£ • fù™L infiniment cette sent*nce

Il fit voir tout le contraire dans un To?0f ^ y6oç Wn imxMût, iyB >

grand péril de naufrage. Jl fut le seul r

que la tempête n'étonna point ; et o70f ^ *^ j à^pSm%

comme il vit les autres saisis de crain- QiSirt.

te et de tristesse , il les pria d'un air Talis enim ipsorum est hominum mens terrien

tranquille de regarder un pourceau ^ , .

irum

ïui était là, et qui mançeait à son Qunlem ipsù^minum et d<^ pater indu in

ordinaire : voilà .leur dit-il , quelle rii • -r i\ 1 .

doit Être l'insensibilité du sage (38). *™ 1 6TCt d? hommeS

t,:. Jj. l.M*,^n-** :MUA.M^»^M« est journalier, et que Dieu leur donne

aaamfô Retour, el cùm soo« tem- t^^^ ^^^

ïestateactimœstioresessentjpsetran- £™\ £ aisaien.t ferme H1*

U «mmo porce/Zam m na'i eJe/i- P"J i * toute heure ils se sentaient

lem ostendebat, dicens , oportere P^.£e eT°Tr n°JUV6,,e

sapientem tali animi tranquillitate ^5!' lT les TaPat^ des oc-

esse (5c\) currences. Un certain docteur en

Y • l /• - / théologie en fait autant , si l'on en

(F) Jamais homme ne fut plus per- 1 . ' ".f 11 ,c™

lit 11 1 croit son adversaire : surtout il ne lui

suade que lui delà vanile des choses.! 1 . . •«iwuvuuc ïui

Il mé taisait surtout la nature lui mii- Pardonne P°1Qt ses variations et ses

"e?eïu nese ^assa t Wnt de rcpXr S^vn'"! ^f.-Hes(46). Il lui

1 1 « u 1 lait voir qu il établit des i>rinrinp«j

les paroles ou Homère la compare . 1 1 H • *" , puncipes

aux feuilles. 0*^«v «*ri» , ««i ° f^T,° <f * 1 Ct q"e

Miïiç tiym (4o) , T8 <IU.Ills co™mencent a l'mcommo-

^ 5 7 K* J 9 der , il en subroge de tout contrai-

Oî»7Tip ^xx«» toi»^ *<ti «tv- fes : ^et pour copier ses expressions,

<f/>£» (41). ^ lui reproche de raisonner au jour

Mirantem eum (Homerom) assidueque pro- (4a),ÇwA»ï exindè significelur non hominum

nuntiari solitum eius versiculum. modb , perindè ac foliorum natura caduca , sed

Taie quidctn genus est hominum , quale e»t opinio quoque inconstant et perindè mutabiùs ac

foliorum. minimo vento sunt arborum folia mobilia. Gas-

(3r) Stobofus, srrmone CXVIII.

sendi , de Lofticic fine , cap.'H, pas. m. -o. (43) Diog. Laërtius, lib. IX, num. 68.

(38) Confère* avec ceci la doctrine de Diogène [44) Idem , ibidem. le Cynique, cfont Af. du Rondel parle, tom. X/, (45) Homer. , Odysi. , XVIII vs i35

55o , art/c/e Piaii«A , rr/naryu* (C), aux Voye% saint. August., de Civit. Dei\ lib. F

deuxièm» et troisième alinéa. cap. T///.

(39) Diog. Laërtius, /i*. /X, num. 68. (46) Histoire des Ouvrages des Savanis, octobre {fa) Hem , ibtdem, num. 6-]. 16q4 , pag. ra , rfa/w l'extrait du livre de (4i) C«l le. 146'. rf« ^/e. livre de 1 U tf. Saurin , intitule': F.Mmen de la Théologie de

M. Jurieu.

no PYRRHON.

la journée , et selon la passion qui est 6<aiVm( tnc *Jtx<f ïc ctt/Tov Booù<mç , </e tour à commander dans son âme. fartera t«» 91'xwv tmtoç Û7rorXo/utiyw nroi Et néanmoins ce docteur est fort déci- irphç T»y Butiav , x«ù /xi irctfA^oAtlyov , sif : il nie , il affirme magistralement «rot/ yuivroi Tîùppmiof irpt&fjiitou, xcti iyttet promptement. Les sceptiques n'é- vAxrbt/vroc , i^ni^t Tip ô erfxoç i\ty%v , taient pas plus réservés là-dessus qu'il dç où ttoikVaito ovf*.<$my*. «ro#ç xoyoïc , y est hardi. Il faudrait n'empiéter pas où/' a^ja «r»c àtcl&uac «tt/Tov ,

sur leurs droits , et leur laisser le i» ^o«» ^c/v«tf«t« où dV «m •iirôfaÇtr-ûuiprivilege déraisonner au jour la jour- tïç xeurw Sixcc/ac «t» omto» ô

nëe : ils se l'attribuent dans Cice'ron 91x0c > on purcupt xcu m ^t/»«ux# , x«t« (£7). Au reste l'inconstance des opi- x*vi, x*j wâVi». Cùm Philista ejus somons et des passions est si grande , ror sacrificium ado mare t , quendam qu'on dirait que l'homme est une pe- ex amicis , qui res ad illud nécessaire république qui change souvent rias pollicitus fuerat , promissis non ses magistrats. s te tisse. Pyrrhonem igitur eos sum-

(G) Il partageait les plus petits ptus facerecoactum, graviter id acer-

soins domestiques.'] Il portait à ven- bèque cum ferret, ex suo Mo amîco dre des poulets , des cochons de lait , audiisse , parum se omnino suorum ex etc., au marché, et il balayait la mai- decretoruni prœscripto facere , atque son , et y nettoyait les meubles , tout ab omni perturbalione vacuurn ostencomme s'il eût été la servante du lo- dere. Tum enimverb Pyrrhonem /logis (48). C'est que tout lui était indif- mini reposuisset hujus rei fidem in térent ; il ne croyait pas qu'une chose mulierculœ causd fieri non debere. valût mieux que l'autre. T* Wt «rîc Cuisanè amicus ilïe suus meritb resoixiatc x<tô<tpoi aLhxq'opoe^domiyue indif- ponderet, in muliere 1 in cane, in ferenter munditiem enrabat y fa). Il se rellquis omnibus inane totumhoc disdémentait quelquefois , car il se fâcha putandi genusfuturum (5o). Dans ces

pas avec l'indolence dont il quand on le railla d'avoir pris faisait profession , pensez-vous , ré- pour se garantir d'un chien qui le pondit-il , que je veuille mettre en poursuivait ; il est difficile, réponditpratique pour une femme cette vertu? il, de dépouiller l'homme. 'AïTryotoc 0

XA/SoAtifo? f iwtur , eiç tùx ô yuya.lt» » voi/ç,xatJ àvctypct^AÇ ûlvtSv tov jéiov, <f»cr* »7rl£nçtç t5ç ÀJïeLtycùta,ç, Cum sorori Tlt/pcocva, J*»xo/**»ov Ù7ro xuvoçyÀiaququandoque succensuisset , argueret- yw *7rt ti fivfpov , «««"t ô/utvov F Ùtto tjue illum quispiam ut immemorem *ra»» ir&pwroev , «iVtîV eis ^axitov «În tov mstituti sui : non, inquit, muliercula èLiÔpeêirùvtxSùvct^Antigonus Carystius, documentumerit nos trœ indiffère ntiœ. qui sub eadem vivebat tempora ,qui- Ne vous allez pas imaginer qu'il vou- que illorum vitam conscripsit, Pyrlait dire qu'il ne renonçait pas à l'a- rhonein commémorât , ut sese insemour ; ce n'était pflint sa pensée : il quenti cani eriperet , quandam ad voulait dire que toutes sortes de su- arborem confugisse ; qud de causa jets ne méritaient pas l'exercice de cùm ab Us qui aderant , rideretur , son dogme de ne se fâcher de rien, œgrè admodkm hominem exui respon- La cause de sa colère était fort indi- disse (5i).

gne d'un philosophe , et principale- (H) Ceux oui disent qu'il obtint la ment d'un tel philosophe ; il se fâcha bourgeoisie d'Allié nés pour avoir tué contre sa sœur , parce qu'il avait été un roi de Thrace , se trompent groscontraint d'acheter les choses dont sièrement.1 La conformité de nom a elle eut besoin pour offrir un sacrifi- été cause de ce mensonge. Un certain ce ; un ami qui avait promis de les Python, disciple de Platon (5a), obtint fournir avait manqué à sa parole. , .

C'estce queno»,apprenonS d'Éusébe. E£>«t Z\ 'jù^^&ZlS:

,, . — ,., « (5i) Idem, ibidem , pag. m. <-63.

S îrY 7'ft;- - D-<* <5'> piu*., .dv^û.coiotem: ,*«/&... ^

(48) Diog. LaerUus , Uh. IX, num. 66. ,,,6. de laudando sdps^ , p. ,

(49) /«Awn, ibidem. et de gerendfi Republica , pag. 816.

des Athéniens la bourgeoisie , pour à être seul , et qui n'aime pas lorsavoir tué Cotys, roi deThrace (53). qu'il médite que Ton vienne l'inter- C'est de là <{ue vient le mensonge do rompre, ne doitpas vivre long-temps ceux qui disent que notre Pyrrhon Presque tous ceux qui méditent soufît ce meurtre , et qu'il obtint cette haitent passionnément qu'on leur récompense (54). laisse la liberté de le faire tout de (I) Je n ai pas beaucoup de fautes a suite ; car la moindre interruption reprocher à M. Moréri. ) Cinq seule- fait perdre du temps à se remettre ment. I. Ces paroles , Pyrrhon pré- dans les voies : et si un homme soutenir* que les hommes ne faisaient haite la solitude, et s'ennuie dans lev rien que par coutume, sont absurdes, compagnies, on lui allonge la vie H n'était pasassez fou pour dire cela; en lui permettant d'être seul autant il savait bien qu'il y avait des philo- qu'il veut. Concluons que M Moréri sophes qui soutenaient la différence sW servi d'un cependant très-mal naturelle entre la vertu et le vice , et placé. IV. Nous ne trouvons point qu'une infinité de personnes faisaient que Pyrrhon ait obtenu la bourgeoicent choses pour se conformer aux. sie d'Athènes. On a copié cette faute lois. Voici comment il so fallait ex- de la Mothe-le-Vayer (£7). V Si on primer. Pyrrhonsouteuait que réelle- Pavait copié fidèlement sur une autre ment aucune chose n'était ceci oucela; chose, cette remarque serait déjà et que la nature des choses dépendait achevée. Il a dit que par le huitième des lois et de la coutume ; c'est-à- moyen de l'époque , qui est celui de dire que les hommes, par leursloiset la relation, les pyrrhoniens font voir parleurs coutumes, établissaient que que nous ne jugeons des choses que certaines choses fussent Donnes, loua- par comparaison (58). M. Moréri bles , mauvaises, blâmables, etc. ajoute à cela le terme de préjugés- Citait sa doctrine. Si Diogène Laè'rce les sceptiques , dit-il , prétendent que ne l'a pas ainsi entendue, tant pis nous ne. jugeons que par préjugés ou pour lui. Je parle de la sorte parce par comparaison. Mauvaise disjoneque ses termes ne sont pas si clairs tivejcarle moyen dont il s'agit là aue l'on puisse soutenir qu'ils veulent ne concerne point les préjugés; il ne aire , les hommes , par leurs lois et concerne que les jugemeiis que' nous parleurs coutumes, font que chaque faisons des qualités relatives : telles chose est telle ou telle. K<ù ô^uo/aç «t* sont la pesanteur , la dureté la *-«yT»y , tTvxt tw àxuBua , yôue» <ft grandeur , la petitesse , etc. *«i ?di< *-*y<r* <roà< Mfminut «-/uform- (K) L'égalité qu'il mettait entre la ou y*f yUAXXot to<T« » <ro<f« «i>*i «utç-ov. vie et ia morf) a été louée Épie- Eddem rationeetde omnibus, nihtl tète, qui d'ailleurs méprisait, extréverfesse : cœterumlege atque consue- mement le pyrrhonisme.] « Épictète tudine cuncta hommes facere. Neque * avait Pyrrhon en particulière vé-

^m,^7."i^rflm"-^ ^"^"rtm » «eVation, à cause qu'il ne mettait

dlud (55). II. Je ne saisoul on a trou- » p0mt je différence entre la vie et

vé qu'il n'aimait point qu on l'enter- » la mort. n estimait sur tout la re-

rompît dans ses méditations phdoso- „ partie qu>a fit (5 } etc (6o)

phiques. Diogène Laerce ne dit point » fencore qu'il estimât fort Pyrrhon, ce a , quoiqu il le fasse amateur delà „ {\ avait un mépris si étr* solitude, et il dit môme que ceux qui „ les pyrrhoniens, qu'il ne les poul'interrogeaient,n étaient jamais mé- „ vait 80uffrir. Il dit un jour à un contens de la réponse (56). III. Cette „ pyrrhonien qui s'efforçait de proufaute est assez légère en comparaison » ver que les sens étaient toi/jours de celle-ci. Cependant on avoue quil „ trompeurs : Qui' de vous autres vécut quatre vins;t dix ans. C est pré- M voulant aller aux étuves, est allé tendre qu un homme qui se divertit

($7) Voyn la remarque (D).

(53) DemoSthèaeS,advertôsAri.tocr«tem,W (58) l, Mothe-le Vayer, de la Vertu de»

m- 44*. Païen», tom. f, pas. an.

/i54il106? U dU Di°gine UèrCe, ^ V°W U ^re'dans la remarque (TJ) ,

IX, num. 60. citation (38). '

(55) Diog. Laëruoa , lib. IX, num. 61 , p. 58i. (60) Gillw Boileau, dans la Vie d'Épictète

A ibidem , num. 64. pag. m. 43.

lia PYRI

» jamais au moulin? IL disait aussi » ordinairement (*) : Si fêtais valet » de ces pyrrhoniens , je prendrais » plaisir a les tourmenter. Quand ils » me. diraient, Epictète versez de » l'huile dans le bain , je leur repanj) drais de la saumure sur la tête.

» Quand ils me demanderaient de la » tisane , je leur apporterais du » vinaigre. Et s'ils pensaient s'en » plaindre je leur dirais qu'ils se » trompent, et leur persuaderais » que le vinaigre est de la tisanne , » ou je les ferais renoncer à leur » sentiment (61). »

(•) Arrian. , lib. a, diss. c. ao.

(61) Gilles Boileau , dans la Vie d'Epictète , pag. 49 , 5o.

PYRRHUS, fils d'Achille et de Déidamie, fille de Lycomèdes , roi de l'île de Scyros , naquit dans cette île peu avant la guerre de Troie. 11 y fut élevé jusqu'à ce qu'Ulysse et Phénix l'en vinrent tirer (a) , pour l'amener à ce fameux siège après la mort de son père. Il y alla nonobstant les pleurs de son aïeul maternel (A). On avait appris aux Grecs qu'ils ne prendraient jamais Troie sans le fils d'Achille. Sa grande jeunesse fut cause qu'on lui donna le nom de Néoptolème (b) (B); comme la couleur de ses cheveux avait été cause qu'on l'avait appelée Pyrrhus (c) (C). Il se montra digne du sang dont il était né ; car il fut brave , brutal et féroce.

Ses beaux faits d'armes et ses bons conseils ont été aussi admirables qu'il a plu à Homère long-temps après , et à d'autres poètes (d). L'un de ses plus beaux

{a) Sophocles , in Philoct. Voyez aussi Homère , Odys., lib. XI.

{b) Euatath., in II,XJX.

(c:, Servi us, in. JEn. II , v s. 469.

{cl) Homèm , Odyss., lib. XI. QuintusCalaber, lib. m, VIII.

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