POIT
» soit pour quelque autre raison , » épousa , environ Tan 1184, l'héri- » tière de Valent™ ois , en récom- » pense de ce qu'il avait secouru sa » mère ,qui était veuve , contre l'é- » véquc de Valence qui lui faisait
» une grande guerre Ce même
» Aymar eut de Raymond, comte de » Toulouse , son parent , le comté de » Diois, vers Tan 1190. Et ainsi ces » deux comtés unis demeurèrent » pendant deux siècles dans la mai- » son de Poitiers , qui les posséda » par les mains de sept comtes suc- » cessifs. Lous II, le dernier, n'ayant » point d'enfans mâles , ni guère » d'affection nour Charles , seigneur » de Saint - Val ier, son oncle paternel, » qui lui devait succéder ou les siens ; » d'ailleurs étant fort endetté par son » mauvais ménage et par ses débau- » ches , il céda et transporta à Cbar- » les , dauphin de France , et à ses » successeurs , ces comtés , pour » cent mille écus d'or , à la charge » qu'ils demeureraient inséparable- » ment unis au Dauphiné. Après sa » mort, qui arriva cette même année » i4>9> Louis, fils de Charles de Saint* » Valier , en voulut prendre le titre * et la posession : mais le dauphin , » devenu roi , l'omieea de lui céder » tous les droits qu'il y pouvait pré* » tendre , moyennant sept mille flo- » rins de rente perpétuelle qu'il lui » assigna et aux siens (a).» Quant à Saint -Valier , père de Diane, il fut arrêté comme complice de la rébellion du connétable Charles de Bourbon et il aurait eu la téte tranchée en Grève , si sa fille ne lui eût sauvé la vie , dit-on , en accordant à François Ier. ce qu'on nomme dernière faveur. Voici comme Mézerai en parle dans sa grande Histoire (3) : Saint- Palier eut sa grâce sur l'échaj'aud en Grève , par la beauté de Diane , sa Jilie unique* En un autre endroit (4) il s'exprime ainsi en parlant de la même Diane. Les attraits de sa beauté avaient été si puissans dès l'an i5a4 » que toute ta cour avait
(a) Mézerai , Histoire de CWles VI , pag. 5^8 du II*, volume in-folio, a l'ann. i4»8.
(3) Tom. II, pag. g36, a l'ann. i5a3.
(4) Histoire de Henri II , au commencement , pag. io58 du H*, tome.
* Voyez, sur cette erreur de Mézerai , la remarque (P).
1ËKS. r65
intercédé pour son père , convaincu de la rébellion de Charles de Bourbon ; si bien qu'en sa faveur le roi François lui avait envoyé sa grtue sur Véchajaud. On ne saurait conclure de ces deux passages que la pudicité de la fille ait été le sacrifice offert à François 1er. pour obtenir de lui la grâce du père. Mais voici un troisième passage où l'historien s'explique très-clairement sur l'oblation de cette victime propitiatoire. « Ou » fit le procès à Saint- Valier ; il fut » condamné à perdre la téte : mais » comme il était en Grève sur l'é- » chafaud , au lieu du coup mortel » il reçut sa grâce. On disait que le » roi la lui avait envoyée après avoir » pris de Diane sa fille , âgée pour » lors de quelque quatorze ans , ce j» qu'elle avait de plus précieux :
» échange fort doux à qui estime » moins l'honneur que la vie , ou » qui le fait consister dans l'éclat » d'une faveur plus enviée qu'inno- » cente(5).w L'auteur des Galanteries des Rois de France ne parle pa» si rondement; mais il en dit assez pour se faire entendre de tout le monde.
Je rapporte ses paroles , parce qu'elles contiennent des faits qui regardent l'histoire de notre Diane, telle était fille , dit-il (6) , « de Jean de » Poitiers , seigneur de Saint- Valier, » qui l'avait mise fort jeune auprès » de la comtesse d'Angouléme ; elle » entra ensuite au service de la rei- » ne Claude , en qualité de fille » d'honneur. Saint-Valier ne se trom- » pa pas dans les desseins qu'il avait » eus de s'attirer quelque protection » à la cour par les charmes de sa » fille ; car on peut dire qu'elle lui » sauva la vie par les secrets ressorts » qu'elle fit agir. Saint-Valier avait » eu part à la révolte du connétable » de Bourbon , et avait été assez » malheureux pour se laisser pren- » dre. On lui fit son procès, et il fut » condamné â avoir la téte tranchée.
î> Diane fut si étourdie quand elle » apprit cette nouvelle , qu'elle crut » ne devoir rien ménager pour ga- » rantir son père d'un danger si pres- » sant. Elle s'alla jeter aux pieds du
(5) Méxcrai , Abrégé chronol. , tom, IV , pag. m. 5ao , à l'ann. i5a3.
(6) Tom. I, pag. xr>5. Voyez dans la remarque (P) une faute qu'il a commise.
» roi , fondant en larmes , et lui de- » lui détourner les yeux de
» manda la grâce de celui à qui elle » celui-là. Mais ce n'est pas chose
» devait la vie. Elle parut à ce prin- i> nouvelle ni merveilleuse , de voir
i» ce si belle et si touchante en cet » un esprit ainsi charmé sans sorti-
» état , qu'elle obtint tout ce qu'elle » lége : il s'en est vu une infinité
>• voulut, et fit entrer dans son cœur » d'exemples (8) , et il n'est pas mat
» l'amour sous le masque de la pitié. » aisé d'en trouver des raisons (9). »
» Elle conserva cette conquête jus- Nous allons voir ces raisons.
» aues au voyage funeste que le roi (C) De très-bonnes réflexions sur
» fit en Italie ; et ce prince essaya de le pouvoir d'une vieille courtisane. ~\
» cacher son infidélité à la comtesse Voici la suite des paroles de Mézerai
» de Châteaubriant , pour qui il qui viennent d'être citées. « Quand
» avait toujours de grands égards. » » on n'aurait pas recours à ces qua-
(B) Sans le secours de la magie, ] » lités secrètes et semblables à celle»
M. de Thou parait donner dans cette » de l'aimant , qui , se rencontrant
supposition. Diana..., amissouiro, » dans certaines personnes, les joi-
is~ju.it Ludovicus Brezœus , magnus » gnent par une conspiration e'eale
Normanniœ senescallus, cùm jam » et mutuelle, ou en soumettant l'u-
inclinata esset œtate , philtris et ma- » ne à l'autre; on remarque que
gicist ut crediturf artibus adeo si- » ceux dans lesquels la pituite domi-
li animum Henrici devinxit , ut is » ne , ne se détachent que difficile-
nunquamalienatdvoluntateadexitum » ment de leur amour, quoiqu'ils
usquè uilœ in amore ilto constanter » quittent assez légèrement leurs au-
perseveraverit (7). Mézerai représente » très passions et desseins. Avec cela
exactement toutes les raisons qui fai- » les premiers liens ne se rompent
saient croire que cette femme s'était » presque jamais ; c'est pourquoi la
servie de sortilèges , et il n'en paraît » rencontre d'une femme adroite et
pas néanmoins persuadé. « À mesure » rusée n'est pas moins dangereuse
» que les années effaçaient les plus » a un jeune homme qui entre dans
» beaux traits de son visage , les grâ- » le monde , que l'est un écueil à un
» ces de son esprit et son adresse » pilote ignorant. Puis le soupçon
» s'augmentèrent ; de telle sorte qu'à » qu'il s'était mis dans l'esprit sur
1» l'âge de trente-cinq ans , qu'elle » fintégrité de sa femme , le jeta
» eût dû quitter la qualité de belle, » plus ardemment entre les bras dune
» pour prendre celle de bonne, elle » autre. Et enfin en amour comme en
v se rendit maîtresse absolue du cœur » guerre , les ruses des vieux n'étant
» de Henri. Et comme c'est l'ordinai- » pas moins à craindre que la vi-
» re des peuples pour rendre les fa- *» gueur et les efforts des jeunes , il
» voris plus odieux, et la lâcheté des » ne faut pas s'étonner s'il fut si
» princes qui s'y abandonnent plus » bien pris par les artifices d^une
» des philtres. En effet c'était grand graphe de France (10) ; et peut-être m pitié de voir un jeune prince ado-
» rer un visage tout décoloré , plein (s) Voye* la remarque (H)de l'article Cau-
i) de rides; une tête qui grisonnait ; «on , «»»• tv% pag. 3i8 , et la remarque (F)
» des yeux à demi éteints , et quel- *i^fî SrVllTnr' W"6'£ la re~
i . . , . i , ^ . marque (A) de l article Ukvliv , tom. r t pas.
» quefois rouges et pleins de chassie ; ^o. Voy*% aussi Us articles L*,., L**.» , tom.
» bref, à ce qu'on tient, les restes IX.
» infâmes de plusieurs autres ; et l'on (9) Méaerai , Histoire de France , àu commet*'
» avait sujet de s'étonner que ni le cemr"1' de ffenri 11 * PH' 1058 *• //#* volume
» temps , ni l'honneur, ni les sages "^J^ ouotuaanaseat, «ecqoetit.au re-
» conseils , ni même quelque autre qnire
m obiet d'entre tant de rares beautés Con*uie, q»« rigidus munera censor babet.
» qu'il pouvait choisiT , ne pUSSCnt Vr^rt , * tore ciret , mtYiu^ut ^rzeto 1 * , j uoowui, Tempus, et albentes jam legit il la comas.
Utilis , 6 juveaes , aut hase, aul serior ctas i (7) Thuan. , lit. III, pag. 58, ad ann. Iste feret segetes i î»te «rendus a8«r.
POITlfcRS. 187
que Mézerai ne Feût pas Omise dans Odt^u»pnrbet , quia «l pnrbere nccetse ,
un ouvrage latin. Quand on est les S^aae de lani cogitât ipta sud {xi).
7,9 , ' ,V . Qiub datur ojhcio , non est nuhi urata volup-
restes infimes de plusieurs autres , t«uf
on a été en bonne école : on sait OJtciumfaciat mtlla puella mita.
mieux faire ses exercices : on en- M*™<* tméin jWt mm çauJia ftssm» ,
j « , . Ltque morer memel susUneatnque rveet.
tend mieUX le manège. QUOI CJU il en JÊspiciam domina victos amentis oceUos,
«oit, l'historien a raison de dire que Langueat, et tangi se *>etct au dàt (14).
les exemples du grand pouvoir dW Tout ceci montre qne Mézerai alvieille courtisane ne sont point ra- lait au fait: le tempérament lascif de
res. Voyez la note (8). la sénéchale suppléait au défaut de
(D). . . . On n'oublie pas la corn- la jeunesse.
pfexion amoureuse de celle-ci. ] « On (E) On ne doutait point qu: elle ne se
» pouvait appeler un enchantement fit abandonnée aux désirs de Fran-
» sans charmes l'amour d'un jeune cois Jer., pour sauver la fie à son ph-
» roi pour une femme de quarante re. ] Outre ce qui a été dit sur ce su-
» ans , et qui avait eu deux ou trois jet dans la première remarque de cet
» enfans de son mari. ... Le roi l'ai- article , j'observerai une circonstance
»» mait à cause qu'elle était sensible à que M. de Thou a rapportée, concer-
s l'amour- et ce tempérament la fiant la frayeur du comte de Saint-
» biens et des honneurs. » C'est Mé- gereusement malade. Il fallut qu'on
zerai qui dit cela (11) : il nous por- le saignât plusieurs fois ; et tout cela,
te à comparer en ce point Henri II avec la bonne nouvelle de la grâce ,
avec un homme qui en toutes autres ne fut point capable de lui remettre
choses , était infiniment éloigné du l'esprit , et de le guérir. La fièvre de
mérite de ce prince. Nous lisons dans Saint Valier passa depuis en prover-
Suétone , qu à lafleurde sa jeunesse, be. Diana.... patrem habuit Jolian-
Caligula fut éperdument amoureux nem Pictaviensem Sanvalerium , qui
chaleur de tempérament la plus las- tus , et ad mortem damnatus est
cive du monde (12.) Ovide , l'un des cum ad supplicium duceretur, ex pa-
plus grands maîtres en ce métier, fait vore in tant acatam febrem incidit ,
assez comprendre qu'une telle com- ui. venid in gratiam filiœ , quœ pul-
plexion tient lieu de cent autres cho- chritudine sud multorum procerum
ses auprès des voluptueux; et que com- benevolenliam demeruerat , à Fran-
rae l'insensibilité d'une chaste fem* cisco impetratâ , vix ad menlem et sa-
me est un désagrément incommode , nilalem sœpiùs misso sanguine redu-
l'ardcur d'une maîtresse impudique ci potuerit, undè sanvaleriana Je-
estun merveilleux ragoût. C est une bris apud nos in proverbium abiit
malheureuse source cîinfidélités con- 05). ïl y en a qui assurent (16) qu'il
jugales. „ avait vu la mort de si près , et avec
tant de frayeur , qu'étant ramené en
sa maison (17) , la fièvre continue le
Hoc quoque nulitic e»t : toc qnoqae qosmt saisit si violemment qu'il en mourut.
°Pe»* .... ... M. de Thou débite que Saint- Valier
lUemuncUuiaaJinorom damna rependunt: Confessé de SOO complot ; mais pres-
Et f*ciunt cura , ne rideantur arnu. que tous les historiens conviennent
Ctqoe velis , Venerem jungunt per mille figuras. (i3) Confer qum MartialU epigramm. LXI et Inveaiat plnres nulla tabella modos. CV, libri XI. Ovidius, de Arte amandi, Mb. II, ts. 663. (14) Ovidira , de Artc Amandi , lib. II, v*. 69a. (11) Abrégé chronolog. , tom. IV, pag. 643 , k <»5) Thuan. , lib. III, pag. 58 , ad ann. iSfr. l'ann. 1547. Le Pere Anselme , '
(»>) Vojex VarticU Ca&i«vi.a, tom. IV, pag. P*g> 555. 3i8, citation (»8). («7) V o/ct la remarque (P).
i88 POIT
que deux gentilshommes normands qui e'taient de cette trame, la révélèrent à François Ier. Les uns leur imputent d'avoir suivi en cela le penchant dont on accuse ceux de leur
Ï>rovince (i8) ; les autres disent que a démarche de leur confesseur les engagea à révéler ce secret. M. Varillas a suivi cette dernière opinion. Matignon et d'Argouges , ditil (19), « s'étant confesses, à Pâques, » à un curé de leur pays , d'avoir » trempé dans une conspiration con- » tre l'état, il leur ordonna de la » révéler au roi; et pour leur en » montrer l'exemple , partit lui-mé- » me incontinent pour en informer » Brézé , grand sénéchal de Norman- » die. Matignon et d'Argouges, se j> croyant perdus, prirent la poste, » et atteignirent le roi à Saint-Pierre » le Moustier, où ils se jetèrent à ses » pieds, et méritèrent leur grâce par » une déposition exacte de ce qu ils » savaient de la négociation du con- » notable avec l'empereur.
(F) C'est donner dans les visions »
que de prétendre que les liaisons ....
ne passèrent point la belle amitié. ] J'admire que M. le Laboureur ait pu se résoudre à adopter cette chimère.
11 faut l'entendre j il nous apprendra quelaue chose d'assez curieux touchant l'origine de cette passion , et nous verrons que pour le moins il tombe d'accord que notre Diane était l'une des maîtresses de François Ier. Il y était encore convié, ditil (20) , en parlant des courses de bague à quoi Henri II se plaisait, « par » l'amour qu'il portait à Diane de » Poitiers, duchesse de Valentinois, sa » maîtresse , qui avait été l'objet de » ses premières inclinations , et qui » lui avait éveillé l'esprit. On dit » que le roi François son père , qui » le premier avait aimé cette dame , » lui ayant un jour témoigné quel- » que déplaisir après la mort du
(18) Francisais Lutetid profectus ad Fantun Pétri Monasteriensis... appuli't... ibi duoBorbonii doinesttci natione Normani ( quœ natio vulgb nt parum fida notari solet), Argugius ac Matigno Borbonium ciiin Cœsare convenisse atque advefSUi Franciscum midta moliri indicant. Belcarius , lib. XVII, num. 46 , pag. 53o.
(19) VariUas, Histoire de François I". , /.V.
(20) Addit. aux Mémoires de Castelnao , tom. r,pag. a;6.