‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre BayleChapitre 48 sur 142 · ERS · texte numérisé non relu

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» dauphin François, son ûh , du pett » de vivacité qu'il voyait en ce prin- » ce Henri , elle lui dit qu'il le fal- » lait rendre amoureux , et qu'elle » en voulait faire son galant. Le roi » qui partageait ses affections entre » elle et la duchesse d'Etampes , y » consentit, mais quoique la cour » vécût alors fort licentieusement , » il faut croire qu'il ne s'était rien » passé entre eux qui dût donner » sujet à la médisauce , et que ce » fut par la calomnie qu'où jeta par » écrit dans la chambre de Henri , » l'imprécation et la malédiction » prononcée contre Ruben (ai): et » même faa) il n'est pas certain qnie » Diane de Poitiers souffrit que cette » amitié pass.1t les bornes delà belle » estime et de la galanterie. Pour » preuve de cela, elle avait eu des » enfans de Louis de Brézé, comte de » Maulevrier , sénéchal de Norman- » die , son mari, et le roi Henri » Il en laissa de légitimes et de » naturels , sans qu'on remarque » qu'il en soit sorti de leurs amours.» La preuve alléguée par M. le Laboureur n'est point forte. Parlons mieux :

elle ne signiGe rien, et fait même contre lui ; car sur ce pied-là il aurait eu tort de dire que François Ier.

partagea ses affections entre Diane de Poitiers et la duchesse tTJùampes. Nous nu lisons pas que ce prince, père de plusieurs enfans, en ait jamais eu de Diane , moins âgée quand il l'aimait que quand elle fut maîtresse de Henri II. Je n'allègue

Ï>oint contre cette preuve la vieilesse queVarillas adonnée à la grande sénéchale , lorsqu'elle commença d'être aimée du dauphin : je ne crois pas qu'elle fût à beaucoup près aussi chargée d'années que cet historien l'assure ; mais je me cefntente de dire deux choses : Tune que la grande sénéchale pouvait être devenue infé conde avant l'âge de quarante ans ,

{iar une incontinence trop déréglée ; 'autre qu'il y a plusieurs mariages stériles entre un veuf et une veuve qui avaient eu l'un et l'autre des enfans de leur premier mariage.

(ai) Vojei le chapitre XLIX de la Genèse , vs. 4.

(aa) Ce même est ici superflu , puisque V auteur ne va rien dire qui soit plus fort que ce qui

précède.

POITIERS. i89

Si Ton voulait nier l'inceste, il Tau- sophisme h non causd pro causé, drait mieux s'y prendre comme a (G) Elle eut deux filles qu'elle mafait M. Varillas, que comme M. le ria très-avantageusement. ] Fran- Laboureur; il vaudrait mieux , dis-je , çoise de Bréïé, qui était l'aînée épounier que la sénéchale eût e'té connue sa en 1 538 Robert delà Marck, IV*. du du père, que de nier qu'elle Tait nom , duc de Bouillon, prince souété du fils. Quoi qu'il en soit , consi- verain de Sedan , créé maréchal de dérons les paroles du premier de ces France l'an i547 (a^). Louise de Bré-

il rrançois i". , ec avec le suppose qu au commencement du rè-

» roi Henri H. Mais je réponds gne de Henri II , la duchesse de Va -

» à cela deux choses: la première , fentinois et le cardinal de Lorraine

» que de tous les auteurs du temps cherchèrent mutuellement à réunir

» que j'ai vus à la bibliothèque du leurs intérêts , afin d'aiTermir et

» roi, dans un recueil distribué en d'augmenter leur crédit; et que dans

» trente-sept volumes , je n'ai trou- cette vue le cardinal proposa le ma-

» tement à le particulariser: outre le , frère puîné du cardinal; après quoi » que les mêmes calvinistes ne s'ac- ellemaria sa deuxième fille avec le fils » cordent pas dans leur satires , du maréchal de Fleuranges , prince » puisque les uns prétendent que de Sedan (a8). C'est confondre le» » cette duchesse, n'étant encore con- temps et les choses ; caria fille aînée » nue dans le monde , que sous le de la grande sénéchale épousa Bo- » nom de Diane de Poitiers , s'a bert de la Marck , prince de Sedan abandonna au roi François I". , en l'année 1 538 (29). Henri Bohcrt » dans la seule vue de sauver, par de la Marck leur fils eût-il épousé en » sa vircioité, la vie au seigneur de i558 la fille du duc de Montpensier » Saint- Valier son père , qoi sans ce- (3o) , si sa mère s'était mariée sous » [a la devait perdre dans quelques le règne de Henri II ? Je ne dis * jours sur un échafaud , pour avoir rien d'Antoinette de la Marck , sœur » été complice de la révolte du con- de Henri Robert, laquelle fut mariée » nétable de Bourbon , et les autres avec Dam vil le , second fils du conné- » soutiennent que ce fut au conné- table de Montmorenci l'an 1 558 se- » table de Montmorenci , premier Ion M. Varillas (3i); car comme il » ministre et favori de François observe qu'elle était presque nubile » I"., qu'elle se prostitua 0*3). » S'il il échapperait à mon objection et n'est pas mieux fondé en cela qu'en je ne sais point l'âge que la demoicequ il ajoute touchant l'origine de la selle avait alors. Ayant fait consulhaine des calvinistes , sur la duchesse ter (3a) M. d'Hozier , qui a une conde Valentinois , son procès estper- naissance profonde des familles, et du ; car c'est se moquer du monde , de l'histoire , j'ai su que Françoise que de chercher cette origine dans le

testament de la duchesse (a4). plu- ^ An9e,me ' Histoire des Oflicieri de U Cou-

ne femme. Voilà sans doute le (38) La même, pag. 49.

(39) Le père Anselme , Histoire des grands Of-

(i3) VarilUs , préface de ^'Histoire de Henri II. t Pfg- » 79*

.()4) Par lequel elle déshéritait le duc de (3o) La même. Bouillon , son gendre , en cas qu'il embrassât la ( 3i) Histoire de Henri II , liv. VII, pag. 3oi. nouvelle religion. (3*) Par M. Janniçon , awat au conseil.

i9o POITIERS.

de Brézé, Ulle aînée de la grande sé- ligni avec l'héritière de Laral. Coli-

néchale, fut mariée Tan i538 avec gni n'agréa point la proposition, et

Robert de la Marck, et que Louise substitua d Andelot son frère. Le

de Brézé, sa seconde fille , fut marie'e conne'table s'imagina que ce refus

avec Claude de Lorraine , duc d'Au- était fondé sur la passion de Coligni

maie, Tan i54*> (33) ; car Guillaume pour la demoiselle de Brézé, et pria

de Poitiers son oncle la nomme corn- ce jeune seigneur de ne plus rendre

me femme de ce prince, dans le testa- des visites si fréquentes à cette fille ,

ment au il fit le ia Je mars i546 *. Le ou que ce ne fût du moins que dans le

président de la Place observe que le dessein d'éprouver si elle serait de

duc d'Aumale se maria sousJFrançois l'humeur de sa mère (35). Les visites

1". , à telles enseignes que le roi ne néanmoins continuèrent d'êtres fré

voulut point que lVpouse fût habit- quentes. Après diverses intrigues que

lée en princesse le jour de ses noces cet auteur nous raconte, il dit que

(34). Ceci nous découvre les illusions Diane ayani deux filles à marier, cher-

de l'historien moderne de l'amiral de cha des partis qui l'aidassent à se

Coligni. Il suppose que le connéta- soutenir $6), et jeta les yeux sur le

ble de Montmorenci , étant remonté prince de Joinville , et en parla au

au comble de la faveur après la mort cardinal de Lorraine. On ajoute (3*7)

de François I". , voulut marier Co-* que Coligni représenta à ce prince le

déshonneur de cette alliance, et l'en

(33)CVrt peuuftre h compter le commence- dégoûta : et qu'ensuite Diane

M. Bcrriât &int-Pn«. prince. Voyez la remarque (Q). J'ad-

« J'ai plusieurs remarques à Caire ici ; mais mire tOUS les détails de Cet auteur , et

. comme il serait trop long de rapporter les .u- ie8 vastes commentaires qu'il fabrique

» tontes sur lesquelles elles sont fondées , il suffi- ... ». j r> 7* n .

. r. de rappeler que le. points su. van* sont «te- «Ur UU petit mot de Brantôme. Ce SOnt

• blia , d'après des documens authentiques , dans des copies fidèles de Varillas, historien

- une dissertation que j'ai (c'est M. Berriat Saint- qui gâtera Une infinité d'auteurs . si

: * r2i!rS™s^/jrrs ,««•«• «a «»»

» insérée dans le tome IV des Mémoires de cette Sans parler de Ces pèches de l'hlS-

société , actuellement ( septembre 182a ) sous toire, disons seulement que Diane

" rXll est très-vrai que Louise de Brézé se n'aYait ^ de„fiUe.S* marier lors-

- maria, au moins avant le i5 aoftt 1546, à que son galant Henri II monta sur le

» Claude de Lorraine , alors marquis de Mayeo- trône, le 3 1 de mars \5&n j car,

• i&Lu «TV* f r^ue îotsTs bic ï? C°mme Je V** dëjà dU ' Vain^ de 8e9

l fAisM e*gé««aîo7»^e<^a^po.térL«àl^ deux filles fut mariée Tan i538 , et

- tels que D. Calmet , les éditeurs d'Anselme , et la cadette 1 an \5$6.

. ceux duMoréri de 1759, ete., reportent la data (H) Je ne pense pas qu'elle

• de ce mariage au i*r. août 1547 , c est-a-dire  ' - Bar ry • / 1 T ai

. quatre moi. après l'.réuement de Henri IL fdt au'"d8ee %Ue M. Kanllat l as-

• a0. Bayle a eu raison de soupçonner que le sure, J II faut 1 entendre parler lui-

» testament de Guillaume de Poitiers pouvait même : avertissons seulement que ce

. mais il n'est pas moins certain qu'il fnt (ait « La senechale était maîtresse du dau-

• avant la mort de François Ier. ; car on y ajoute » phin , comme la duchesse (38) l'é-

» tait du roi : mais il n'y avait point » d'autre rapport que celui-là dans

Pâques tombant en i547 , le 10 avril , les trois » ? aut™ rapport que

premiers mois et les neuf premiers jours du qua- » leurs corps et dans leurs esprits

trième mois appartiennent a l'année i546, suivant „ La duches.SC n'avait jamais été plus l'ancien style . et a 1 année ï547 , suivant le nou- 111 * 11 '«.•». 1 m * «

veau. FraScois I". est mort le 3i mars , c'est-i- H1® .<1U ell« ,eta»1 Hle »V

dire avant Pâques : suivant qu'on prend l'une ou » vait rien perdu de 1 éclat qui Pa-

l'autre manière de compter, c'est i547 ou i546. » vait fait passer aux yeux les plus

(34) Commentaire de l'Etat de la BeBrion et „ fms et \ ceux méme &e l'empe-

Rcpublique, fol. Sa verto , édition de 1 565. [Tou- * i„ 1 .1 1^ 1

tes tes éïition. de Bayle portent \ci folio Sç yerso: reur » POUr Ia DeaM la phlS ac-

cependant dans une édition de i565 da l'ouvrage . „ __

de la Place , c'est au feuillet 55 recto qu'est le *G?SF4 dc C°]ï*m * l,P' U '

passage auquel Bayle rénvoie. Dans une autre édi- ^?SHl°nJf l68t>*

tion , portant la même date, c'est au folio 64 . mtme > V*ë* ,oa*

verfo. Il faut croire qu'il y a une troisième édition (3*?) «"«•* , PH- 10^«

que Bayle avait. Je ne l'ai pas vue.] (38) C'est-à-dire la duchesse d'Étampes.

» compile de l'Europe; et la sénéchale la vie à son père (4* ) Cela est infï- » n'avait presque plus aucun des at- ni m en t. plus vraisemblable que de » traits qui avaient sauvé , vingt-un dire qu'elle avait Quarante ans. L'é- » ans auparavant, la vie à Saint- Va- change de la vie du criminel avec

iparavant, la vie à Saint- Va- change » lier son père. La duchesse n'avait un vieux pucelage n'entre pas aussi » que trente-un ans; et l'on soup- aisément dans les esprits des lec- » çonnait que la sénéchale en eût teurs, que si l'on débite , comme Mé- » prés de soixante , le soin qu'on zerai , que la personne qui fit ce » avait pris de chercher son extrait troc n'était âgée que de quatorze » baptistaire ayant été inutile. . . la ans ; et même cela excuse mieux » duchesse ... . ne se contraignait la faute de François Ier. II i. Si » point en parlant de la sénéchale, la sénéchale avait eu près de soixante » au Heu que celle-ci cachait , sous ans l'an 1 544 * e^e en aura>t eu » de feintes démonstrations de res- soixante et quinze à la mort de Uen- » pect et de complaisance, le dépit ri II ; c'est-â-dire que le jour du fa- » qu'elle avait du mépris que l'on meux tournois où ce prince reçut la » faisait d'elle. C'avait été dans cette blessure qui l'ôta du monde /il au- » liberté de langage qu'il était échap- rait pris pour livrée blanc et noir, a » péàla duchesse de dire qu'elle était cause de la belle veuve qu'il servoit : » née le même jour que la sénéchale (4a) unc vieille de soixante et quinze » avait été mariée. Ce discours of- ans eût été servie sur le pied de la » fensait d'autant plus qu'il pouvait belle veuve ! Les protestans à qui » être véritable, et qu'il reprochait cette femme faisait une si cruelle » à la sénéchale une égale impuis- guerre, et qui s'en vengeaient à coups » sance de donner et de recevoir de de plume , auraient-ils oublié ce » l'amour, puisqu'on savait qu'elle grand âge? Un jeune roi amoureux » avait demeuré long-temps sans mari transi et esclave d'une vieille de » (39). Elle le dissimula néanmoins soixante et dix ans, est quelque chose » tant que le roi fut en parfaite san- de si propre à être tourné en ridicu- » te; mais elle n'eut pas plus tôt le, que toutes les satires qui parurent » aperçu que sa majesté commençait contre Henri II l'auraient déchiré de » à décliner , qu'elle fit sentir à la la manière la plus insultante , et la » duchesse que le temps approchait plus bouffonne sur sa vieille carcasse » de se venger d'elle (4o). » Je ne sais maîtresse , si la duchesse de Vapoint d'où cet auteur à tiré ces histo- lentinois avait eu cet âge-Jâ. Le siriettes , mais elles me semblent un lence des satiriques cfui se contentent peu apocryphes. Voici de quelle ma- de remarquer que Diane était en son nière l'ouïs un jour raisonner con- automne, c'est-a-dire entre quarante tre cela. I. Il n'y a point d'apparen- et cinquante ans, me paraît une puisce disait-on, que si Diane de Poi- santé raison contre Varillas. Mais ce tiers avait eu quarante ans lors du n'est point là le principal de l'objecprocè» de Saint - Valier, les histo- tion : on insistait plus sur ce que riens eussent parlé d'elle comme Brantôme raconte dans ses mémoires d'un morceau de haut goût par rap- des Dames Galantes. Il dit (43) que port à François Ier. Une femme ma- deux ans après la mort de ce prince, riee , une veuve , passeront plutôt Ie9 ennemis de la duchesse de Valenpour belles à l'âge de quarante ans , tinois la recherchèrent d'amitié. Elle qu'une fille qui a le même âge. Elles aurait donc vécu pour le moins sont plus à couvert du titre odieux soixante et dix-sept ans : d'où viende vieille femme , que l'autre ne l'est (40 Abrégé Chronol., tom. IV, pag. 5ao. Cela de celui de vieille fille, et parle jïï??™"'ï?*'?^itftïmra*-

m, tr * J 2 7 11 ni»toire,jp<u». io58, que Diane, égee de trente-

mauvais ellet des préjugés, elles cinq ans , M fit aimer du dauphin. La Planche , passeront plus aisément qu'elle pour àant ton Histoire de François II , s'accorde à ce-

une bonne fortune. II. Mézerai '? ;.D^ ■oa *enn* • f"4* > Mfj «4

n n: ijt 'l a > cheta de son pucelage La vie du s leur de

.ijl;,., tv a , cneia oe son pucelage la vie du aie

débite que Diane n'était âgée que Valier, ton père , et depuia, par un malheur fa. de quatorze ans lorsqu'elle Sauva tal de la France , étant en l'automne

quatorze ans lorsqu'elle Sauva tal de la France , étant en l'automne de son In,

avait possédé le roi Heuri.

(3g) Cela n'est pas vrai : vojet la rem. (P). (4,) Brantôme , Éloge de Henri II, pag. 3q du i^o) Varillas , Histoire de François I". , liv. XI, //•. tome. P*S- 97 , édition de Hollande. (43) Tom. //, pag. 3*8.

lg2 POITIERS.

drait donc que selon Brantôme elle L'auteur des Galanteries des Rois de

quand elle devint maîtresse cois Ier. Passe pour cela, mais elle était n'avait que dix ans lorsque le roi cou- Aile d'honneur de madame la régente cha avec elle : Saint-Valier obtint sa^ avant qu'elle fût aimée du roi, et je grâce l'an i5a6. La prise d'Epernai et doute qu'en ce temps-là, où l'éduca- de Château-Thierri , et le traité de tion des enfens allait moins vite que Crespi sont postérieurs à l'an 1546. dans notre siècle , une fille de douze Voici une autre faute de cet auteur, ans fût assez faite pour entrer fille II dit (48) que François Ier. devint ind'honneur chez la régente. V. La ja- sensible pour toutes les autres personlo hi

emportés t

je ne le nie pas. Mais quand on se voit Diane , qui était mariée depuis longexposé aux yeux percans d'une fac- temps avec Louis de Brézé, sénéchal tion ennemie , on tâcne de ne point de Normandie , tacha de se consoler dire des choses manifestement absur- du cJiangement de ce prince, par les des , ni des mensonges grossiers , et marques d'amour que lui donnait le connus de toute la cour. On ne pour- dauphin. Il faut savoir que Henri II rait point dire crue la duchesse d'É- n'avait que huit ans lorsque son père 1 n i5%6

maria. Personne n'ignorait à la cour dauphin conçut de l'amour pour de France la date du déshonneur de elle. Jugez si le narré de l'auteur des la duchesse : le retour d'Espagne de Galanteries est bien exact. François Ier. était une époque trop in- (I) La fermeté qu'elle témoigna siqne pour s'échapper de la mémoire, après la mort de Henri II.'] Voici ce Or c'était aussi l'époque des galante- que Brantôme nous en apprend. <c Il ries de la demoiselle de Heilli. La » fut dit et commandé à madame la cour ne se souvenait guère moins de » duchesse de Valentinois , sur l'apla grâce qui fut envoyée sur l'écha- » prochement de la mort du roi Henfaud à Saint-Valier : par conséquent » ry second , et le peu d'espoir de sa on savait la date du déshonneur de » santé, de se retirer en son hostel de la sénéchale , et l'on n'ignorait point » Paris , et n'entrer plus en sa chamque les époques des galanteries de » bre , autant pour ne le perturber ces deux dames se suivaient de près. » en ses cogitations à Dieu, que pour Puis donc qu'il était connu à toute la » inimitié qu'aucuns luy portoient. cour que la fille de Saint-Valier ne » Estant donc retirée , on luy envoya se maria au grand sénéchal de Nor- » demander quelques bagues et mandie qu'après que François Ier. eut » joyaux qui appartenoient a la coujoui d'elle (45), il faudrait aue la » ronne , et eut à les rendre. Elle deduchesse d'Étampes eût été folle , si » manda soudain à monsieur l'haelle avait osé dire ce que M. Va- » rangueur, comment, le rov est-il rillas Jui attribue: Je suis née le mé- » mort? Non, madame , répondit me jour que la sénéchale se maria. » l'autre ; mais il ne-peut gueres tar- Car on la pouvait convaincre d'im- » der. Tant qu'il luv restera un posture et de mauvaise plaisanterie » doigt de vie donc , dit-elle, je veux très-fecilement. Nous verrons ci-des- » que mes ennemis sçachent , que je sous (46) que toutes ces réflexions ne » ne les crains point: et que je ne sont pas justes. » leur obeïray tant qu'il sera vivant.

(44) Br.ntAme , Éloge de Henry II , pag. ,,8. » Je Suis *ncor invincible de COlira-

(45) Cela est faux. Voyex la remarque (P). (4«j) Tom. I,pag. ao4, édition de l'au 1695.

(46) Dans la remarque (P). (48) Pag. 187.

POlTIEftS. t93

» ge; mais lorsqu'il sera mort, je ne » Et quand il nous pla\t , faisons » veux plus vivre après luy ; et tou- » aussi la paix. Monstrclet rapporte » tes les amertumes qu on me seau- » en outre , qu'il y eut un Bourgui- » roit donner, ne me seront que don- » gnon, qui <Jit : que c'était grande » ceurs au prix de ma perte ; et par » folie de se tuer pour des princes » ainsi mon roy vif ou mort, je ne » qui s'accordent quand ils veu' » crains point mes ennemis. Cette » lent (5o) »

» dame monstra là une grande gène- (K) Que sur la durée de sa beauté* » rosite de coeur 5 mais elle ne mou- Le même Brantôme nous va dire ce » rut pas, ce dira quelqu'un, comme que c'est. « J'ai veu madame la du- » elle avoit dit ; elle ne laissa pour- » chesse de Valcntinois en l'âge de » tant a sentir plusieurs approches » soixante dix ans aussi belle de face » de la mort: et aussi plustôt que » aussi fraische, et aussi aimable » mourir elle fit mieux de vouloir » comme en l'âge de trente ans • aussi » vivre, pour monstrer à ses ennemis » fut-elle fort aimëe et servie d'un » quelle ne les craignoit point ; et » des grands rois et valeureux du »que les ayant veu s d'autres fois » monde. Je le puis dire franchement, » trembler et s'humilier devant elle, » sans faire tort à la beauté de cette » elle n en vouloit faire de mesme en » dame; car toute dame aimée d'un » son endroit : et leur monstra si » grand roi, c'est signe que la per- * bien teste et visage, qu'ils ne sceu- » fection habite et abonde en elle » rent jamais luy faire déplaisir; » qui la fait aimer : aussi la beauté » mais bien mieux, dans deux ans ils » donnée des cieux ne doit estre » la recherchèrent plus que jamais , » espargnée aux demy-dieux. Je vis » et rentrèrent en amitié , comme je » cette dame six mois avant qu'elle » vis : ainsi qu'est la couatume des » mourût si belle encor que ie ne

«i ï-rt" . ï 7 iïX »««»rM uuc jainne sur le

» leurs différents, comme larrons en » pavé d'Orléans , allant et se tenant » foire, et s'aiment et haïssent de » à cheval aussi dextrement et dis- » mesme : ce que nous autres petits )» postement, comme elle avoit jamais «ne faisons pas; car ou il se faut » fait ; mais le cheval tomba et 'glissa » battre, venger et mourir; ou en » sous elle, et pour telle rupture et » sortir par des accords bien pointil- » maux et douleurs qu'elle endura » les, bien tamisés et bien solemni- » il eût semblé que sa belle face s'en » ses; et si ne nous entr'aimons nous » fût changée ; mais rien moins que » mieux (4g). » » cela : car sa beauté, sa grâce, sa

La différence que Brantôme obser- » majesté , sa belle apparence 'esve entre la manière dont les grands » toient toutes pareilles qu'elle avoit et grandes se réconcilient, et la ma- » tousjours eu , et surtout elle avoit niére dont les petits poussent leurs » une très-grande blancheur, et sans querelles, méfait souvenir de ce qui » farder aucunement; mais on dit fat dit à un Parisien au temps des » tien que tous les matins elle usoit guerres de la maison d'Orléans et de » àe quelques bouillons composés celle de Bourgogne, «t En ce branle, » d'or potable , et autres drogues

. . ' , «eue ja-

> » mais vieilly, fût de visage tant il

« uuc de Bourgogne dit à un Parisien » estoit bien composé , fût de corps

» qui était aile devers lui, Nous qui » caché et couvert, tant il estoit de

» sommes du sang, et du lignage du » honne trempe et belle habitude.

» Roi : Nous nous courrouçons l'un m C'est dommage que la terre couvre

» a l'autre, quand il nous plaît. » ce beau corps (5i). »

»„ , * (5o) Roulliard , Histoire de Melon , par. 5i5.

l-g ^Brantôme, Dame* galante. , tom. II, pag. (5i) Brantôme , Dames galante» , tom. II,

' * 7* pa£. aa8. '

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