‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre BayleChapitre 57 sur 142 · POMPON AGE · texte numérisé non relu

POMPON AGE

les raisons obscures des théologiens, ait mis en même temps le plaçant.

Il n'y a rien de plus propre à rame- N'est-ce pas, encore une fois, ne pas

ner ces gens-là que de les convaincre défendrequ'on s'empoisonne, en même

de Tim mortalité de l'âme : c'est une temps que l'on défend de prendre le

entre'e dans le bon chemin j et si une contrepoison £

fois on leur fait faire ce pas , on peut J'ai cité dans la remarque (C) , un

espérer d'heureuses suites. Pompo- auteur dont la critique de Pomponace

nace n'eut point pu les manier par doit être un peu modifiée. Voici ses

cet endroit-là ; il les eût plutôt en- paroles : « En quoi (62) on peut dire

durcis dans leur erreur , et par con- » que Pomponace a sans doute porté

séquent son hypothèse est plus nui- » les choses trop avant, et qu'il n'a

sihlc que profitable dans ce conflit particulier où l'on se propose la conversion de cette espèce de gens : et ,

(>our dire la vérité, il serait bien plus ouable si au lieu de cet examen pénible des raisons péripatéticiennes, il eût cherché de meilleures preuves de l'immortalité de l'âme que celles qui lui paraissaient infirmes. Notez que M. Arnauld allègue ce fait particulier de Descartes et de Gassendi , afin de montrer le mauvais discernement de l'inquisition de Rome. Les censeurs de Rome, dit-il (61) , n'ont pas assez ménagé les intérêts de la ivligion , lorsqu'ils ont mis dans leur Index l'ouvrage de RI. Descartes , ou il établit par des raisons naturelles, plus solidement qu'on ait jamais fait, l'immortalité de l'âme : et qu'ils n'y ont mis aucun des ouvrages de M. Gas-

pas peu favorisé les sentimens et les inclinations des libertins : on ne »» peut même s'empêcher de l'accuser » d'insolence, lorsqu'il ose dire que » c'est être indigne du nom chrétien m que de se mettre en peine de prou- » ver l'immortalité de l'âme par des » raisons naturelles , puisqu'au con- » traire rien n'ouvre mieux le che- » min aux païens pour recevoir les » lumières de la foi, que de leur » avoir déjà prouvé par avance que, » suivant les principes naturels, l'âme » est immortelle , et qu'ainsi il faut » qu'elle cherche à se reudre heu- » reuse après cette vie; au lieu que m rien n'apporterait un plus grand » obstacle a la conversion des ido- » lâtres et des libertins que de trou- » ver leurs esprits prévenus que, sui- » vant les raisonnemens naturels , il » faut que l'âme soit mortelle (63).... » (64) Voilà les paroles (65} qu'on a

» J^lâmÂoo • Pnierfiia ItiAm Iaiv«

sendi , pas même celui ou il a travaillé de toute sa force a détruire ces

preuves; ce qui est ôter a ceux qui aw » blâmées : Puisque bien loin qu'il raient perdu la foi tout moyen hu- » 80it indigne d'un chrétien de cliermain de sortir de leurs pernicieux » cher à prouver l'immortalité de préjugés contre cette importante véri- „ pâme par des raisons naturelles té. JV est-ce pas permettre d avaler le „ rien au contraire ne le confirme poison , et empêcher qu'on ne prenne „ mieux dans la vérité de sa religion l'antidote ? C est ce qu ils ont fait en- » que le concourt des raisons natucore en mettant en ce même rang un » relies aveclesdogmes de la foi, quoiautre écrit de M. Descartes , sur la „ que ces dogmes doivent touiours même matière. Car un de ses disci- » tenir le premier lieu. Ainsi i'ai dit pies qui l'avait abandonné a l égard „ avec ra^on qu^i y avait ^e rin des vérités de métaphysique , ayant » solence à Pomponace d'avancer soutenu dans un placard, que si ce » qu'ij est indigne d'un chrétien de n'était la foi, on pouiTait croire que la pensée ne serait qu'une, modification de la matière , M. Descartes se crut obligé de réfuter ce dangereux sentiment , et d'en faille voir l absurdité. C'est cependant ce qui est défendu dans /'Index sous ce litre : Nota? in programma quoddnra, sub finem anni i554 in Belgio cdîtum, sans qu'on y

qu'il est mdigi » chercher d'autres raisonnemens que » ceux de la foi pour prouver l'im- » mortalité de Pâme. »

Examinons un peu ce coup de

(6a) C'est-à-dire en ce que Pomponace a dit , qu'il n'y a rien de plus injurieux a la foi que de vouloir la prouver par des raisons naturelles.

(63) Le Noble , Tableaux des Philosopbes , tom. II, yag. 84 , 85.

(64) Là même , pag. 86.

(65) C'est-à-dire celles qui sont ci-dessus , re~ (6i) Difficultés à M. Stéyaert, IX*. part. , marque (C), à la fin de la citation de M. le

pag. 85. Noble.

POMPONACE. 241

Censure. Les paroles de Pomponace à proprement parler , ces gens-là ne considérées dans le livre de M. le sont pas encore chrétiens; ils cher- Noble, peuvent être prises en ce sens- chent maître; ils offrent d'emhrasser ci, qu'un chrétien qui tâche de le dogme du paradis et de l'enfer , faire voir aux impies que la raison pourvu qu'on leur donne d'autre et l'Écriture s'accordent à nous ensei- caution que l'Évangile. L'autorité de gner l'immortalité de l'âme, fait une Dieu ne leur suffit pas ; ils veulent injure à la foi , et se rend indigne du que la lumière naturelle ratifie les nom qu'il porte. Mais dans le livre promesses de l'Écriture; ils ne s'y même de Pomponace, je crois qu'elles fient point sans cela. Si la chose est signifient qu'un chrétien qui cnerche telle que je me la figure, tous mes d'autres appuis que l'autorité de Dieu, lecteurs avoueront que Pomponace a parce qu il ne trouve point que la été mal censuré ; mais selon le pre- Jbi sans le secours de la lumière na- mier sens que l'on a vu ci-dessus , la turelle le garantisse de l'incertitude , censure serait juste, outrage la foi, et se comporte d'une Je ne nie point qu'on n'eût nu lui manière indigne d'un vrai chrétien, dire qu'il n'était point propre a con- Voilà qu'elle est ma conjecture sur le vertir ceux qui croient Timmortavéritable sens des j teur : je n'ai point n'en puis donc point ment : je puis seulement raisonner sophie n'avait point le même a vansur la vraisemblance. Quel était l'état tage que celle de ses adversaires. Par* delà question entre lui et ses adver • lant de bonne foi il eût avoué la saires? C'était de savoir s'il méritait dette , et il serait convenu qu'à de passer pour un hérétique et pour moins d'imiter ces médecins qui , an impie , parce qu'il avait dit que pour obliger leur malade à prendre les raisons philosophiques de l'im- une drogue , lui attribuent plus de mortalité de l'âme ne sont pas de vertus qu'ils n'y en connaissent, il bonnes preuves, et que l'on ne peut n'aurait pas pu soutenir à des impies bien prouver ce domine que par la ré- que la mortalité de l'âme est certai- Téiation. 11 ne s'agissait donc pas de nement contraire aux raisons philosavoir quel jugement il faut faire de sophiques. Il n'eût point peut-être ceux qui travaillent à convertir les desapprouvé la conduite charitable libertins infatués de Lucrèce , et pré- des philosophes qui imiteraient ces venus de mépris pour la parole de médecins ; il se serait contenté de Dieu. Il ne sagissait pas de savoir si dire que pour lui il aimait mieux ceux qui allèguent des raisons philo- une parfaite sincérité ; mais après sophiques à ces prétendus esprits tout il aurait pu remontrer à ses adforts, et qui tâchent par cette voie, versaires, que, sur l'article delà résurla seule par où on les puisse prendre, rection et sur plusieurs autres , de les dégager des pièges de l'irréli- il faudrait qu'ils se conduisissent engion, font une injure a la foi, et se vers les impies, comme il aurait pu rendent très-indignes du nom de se conduire envers eux sur le dogme chrétien. 11 s'agissait des chrétiens de l'immortalité de l'âme, qui recourent à la lumière naturelle (H) Ze dogjne de la mortalité de pour leur propre usage , et pour re- Vâme porterait les hommes a toutes médier à Leurs besoins personnels, sortes de crimes. ] C'est la dernière, gens flot tan s, et qui ne savent à objection que Pomponace s'est faite, qui donner la préférence , ou à la 11 répond (66) que puisque l'homme révélation ou à la raison, qui du aime naturellement la félicite', et hait moins ne s'assurent pas sur l'auto- la misère, il suffit, pour en faire un rite de Dieu si elle n est confirmée honnête homme, de lui montrer que Par des argumens philosophiques, le bonheur de la vie consiste dans la Dire que de telles gens font tort à pratique delà vertu, et la misère la foi , et n'agissent pas en chrétiens, dans la pratique du vice. Il ajoute c est sans doute iuger d'eux raison- que ceux qui enseignent la mortalité nablement , et n être point digne de {66} Porapoaal., a. Immorulii. A»i«« . cap. » censure que l'on examine ici; car Xir, pag.no.

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