TOME XII. l
Di
242 POMPONACE.
de l'âme ouvrent le chemin à la vert u Aphrodisœus , magnas . , , ; < t , u Vm •< , la plus parfaite , qui est celle qui n'a Abubacher, Avempaœ , ex nostrapoint pour but ou d'être récompensée tribus quoque Plinius secundus ,. Sceu d'éviter le châtiment. Quarè per- neca , innumerique alii hoc sensére ; fectihs asserente s animant mortalem Seneca namque lib. 7. Epistoiarum meliits vktenlur salvare rationem vir- ad Luciltum > epist. 54. quœ incipit , tutis quam asserentes ipsmm immort a~ longnsn mihi comitatum dederat mala lent, spes namque prœmii, et pœnet ualetudo, manifesùusque in de consotimor , videntur servtlitatem quandam latione ad Mariiam affirmât ipsam importare, quœ rationi viitutis con- esse mortalem : muU&sque aUos stutraviatur (67). Il dit aussi que les déosos et tdros docùssimos (70) connu-
teurs qui l'ont enseignée sans qu'ils et *'U f*t désavoué par la crussent, et qui en ont osé ae la père.'] Théophile Kaynaud avance ces sorte pour réprimer l'inclination sen- faits. Venetos illud opus addixisse suelle des esprits grossiers. Existi- igmbus rtec de iramortalitate sed de mandum est multos riros sensisse ani- mortalitate animae fuisse inscribenmam mortalem, qui tamen scripse- dum tradit Sjrlvaster , lib. 5. de Strirunt ipsam esse immortalem : sed hoc gimagis, cap. 5. , cxpostulans quoda fecisse ex pronitate virorum ad ma- se approbatum et*m librum mxisset htm, qui parkm, aat nihil habent Potnponatius , quod negat se un' de intellectu, bonaque a ni mi non quam cogitasse (71). Il venait de décognoscentes , nec amantes, tantiim biter qu'on prétend que Pomponace corporalibus incumbunt : Qttarè hu~ condamna lui-même son livre: mais jusmodi ingeniis necesse est eos sanm- qu'on varie sur les motifs qui le porre, sicut et medieus ad œgrum, et tèrent à cette démarche , les uns imnutrix ad puerum ratione careniem putant cela au désir de mettre à couse habent (68). Toutes ces remarques vert sa réputation, d'autres à la n'ôtent pas la difficulté} ce sont de complaisance pour les prières de ses pauvres solutions. Mais voici une amis , et d'autres à l'instinct d'une pensée plus raisonnable : elle est fon- conscience mieux éclairée. Pompo-
dc*e su* des faits. 11 dit cru'un grand matins , mulatd mente , opus suum nombre de fripons et ae scélérats de eo argumenta improbâsse dicitur, croient l'immortalité de l'âme , et variantibus sententiis, an id anuccque plusieurs saints et justes ne la mm precebus dederit , anfamœ suœ croient pas. (69) Neque uni%>ersaliter ac nomini caverit, an ex anàno audieviri impuri ponunt morlalilatem , ne* rit ecclesiam, et palinodiam cecinerit, que univers aliter tempérât i immor- ut conscientiœ faceret satis (72). H tafitatem : nam manifeste videmus venait de dire aussi , que tous le* multos pravos homines cretlere, ueritm livres où l'on assure que par des raiex passionibus seduci, multos etiam sons naturelles il n'est pas possible riros sanctos et justos set mu s mortali- de prouver l'immortalité de l'âme , tatem animarum posuisse. Plato nam- sont dignes de proscription (73) ; car que 1. de Repub. dicit Simonidcm il prétend qu'ils ouvrent la porte a poëtam virum dwinum et optimum la négation absolue de cette immorfuisse, qui tamen eam mortalem asse- talité. Jl est beaucoup moins équitaruerat : Homerus quoque ut Aristote- ble dans cette prétention , que dans les a. de Animd refert, existimavit l'aveu qu'il venait de faire, que les sensum ab intellectu non thfferre philosophes qu'un évêque de Paru quœ autem fuerit Homeri dignitas
OUÏS isnorat* HipVOC. quoque et (]°\ri certain que Séxiiaut , dans ces ^ 1T . S . . rr. , * 1 endroits, établit manifestement la mortalité ae
Galen. , Vtn docttSSimi et epttmi, hu- Vdmc; nuiis je n'ai remarque' au' il fasse m>>
JUS perhibentltrOpinionis : AUxander litte de ceux qui sont de ce sentiment.
(71) Thwiphil. Raynattdtis, de ««lis el "°n"
(67) PompoMt. , de ImmortaliUte kn\m*,c«p. Libri* , num. 43 , pag. m. 26. Xlr, pag. 111. (ji) /«/«m, ibidem.
(68) Idem , ibidem , pag* tao. (-3) Jure libri eo ddetrirue reprob* fer»""'*
(69) Idem , ibidem , pag. 1 19. vhiati , sufixtone digni runt hat>«t. Idem . *«••
POMPONACE. 243
condamna Tan 1227, et qui furent son livre, et que ce ne fut point juscondamnés sous Le'on X par le con- ques au feu.
cile de Latran , n'étaient pas assez (K) L'audace du jurisconsulte
absurdes pour soutenir que Vâme fût luthérien.'] 11 se nomme Godelman ; immortelle et mortelle absolument voici ses paroles : Petrus Pomponaparlant, immortelle selon la théolo- tius , Mantuanus philosophas, et épine, et mortelle selon la philosophie, curetsmi defensor magusque nefarius Il donne dans le vrai sens de leur in academiis Italiœ publiée contra dogme: c'est qu'ils admettaient abso- animas immortalitatem disputavil ; lument l'immortalité de l'âme à eau- scripsit de Fato et de Incantalione lise de la. révélation, et que sans cela bros , in quibus de verborum magicoils l'auraient crue mortelle. Animam rum, imaginum , cliaraèterum , et ergo absolutè videntur agnovisse imr imaginationis occulta potestate impie mortalem, quod ita apertè ferant Jx- satis disputant (77). En premier lieu, deiscita ; quamvis nisi de animai ra- il est faux que Pomponace ait publjtionalis perpétuation» fide docere- c^uement disputé contre l'immortamur, soldque naturali ràtione consul- hté de l'âme, dans les universités d'Itd,negaturi fuissent immortalitatem. talie. On ne peut l'en accuser que II reconnaît cela en faveur de Pom- par le sophisme h dicto secundum ponace nommément , et il cite un li- yuid ad diclum simpliciter. Il soutevre où cette modification était prou- c^ue les hypothèses d'Aristotc ne vée. C'est celui que le cardinal Con- fournissaient point de preuves de tarin, disciple de ce philosophe, l'immortalité de l'âme, et il combatécrivit contre son maître. IVon abso- tait tous les argumens de ceux qui lutè ac simpliciter, mort aie m animam voulaient prouver par la doctrine de censuisse videtur (Pomponatius), sed ce philosophe , que notre âme est imduntaxat si ratio nuda consuleretur , mortelle ; mais il ne soutenait pas la ut liquet ex opère Contareni Cardi- mortalité de l'âme simplement et nalis , de immortalitate , conscripto absolument. Où est donc la justesse, adversùs Pomponatium, ipsius quon- ou c.s*- l'équité du jurisconsulte ludhm Contareni in philosophicis ma- theVien ? En second lieu , il n'est pas gistrum. IVec aliud censuerim uoluis- d'un Don auteur de dire que Pompose illos ejusdem œvi philosophastros , nace , magicien insigne , a nié l'iradamnatos à Lateranensi concilio, sub mortalité de l'âme. On est tellement Leone JT, et alios longé antè9 à S te- persuadé que s'il y a des démons , phano Parisiensi episcopo , anno *&me de l'homme est immortelle ; ,277 t vel potiks 1227 , in rescripto l]on suppose communément une telle quod extat tomo 5 Bibl. Margarini , liaison entre ces deux dogmes, qu'un pag. i3iq ; œquè damnatos. sererentf animam rationale diim fidem esse immortalem
. distinguo de Pomp„ «ace. 11 suppose , 1°. que cet impie , prendront rien dans cette combinaicondamné au feu par Apollon, pro- 80n' ct qu'elle les jetera dans un testa qu'il ne croyait la mortalité de embarras désagréable. Un auteur qui l'irae qu'en qualité de philosophe ; ne prévoit point cela est bien stua°. qu'Apollon ayant égard à cette P^e \ et s'>ï le prévoit sans prendre protestation, dit au bourreau de le la peine de débrouiller ce chaos , il brûler seulement comme philosophe ne sait guère ce qu'il fait. Concluons (75). de là que Godelman est fort blâma- Nous avons vu ci-dessus (76) jus- J5*?* E4n troisième lieu, il se réfute qu'où s'étendirent les peines contre I ul-méme i car il se plaint d'un écrit
de Pompanace où tous les effets que
(y4) tâem, ibid.. num. 4a» pag. s5, *6. »...
e*p. XC, pag. m. 3o6. ' g,S ' J,T ^"^an. Fromm.nnum de F.*-
244 P0NCK-
Pon attribue à la magie , ou à quel- docteur est infiniment plus conque pacte avec les démons, sont attri- nu sous le nom de Constantin buës à d'autres causes. Ainsi, dans la ponce qu{ ne Jui appartient
3£ ssrs utr?™:: pas , quf SoUHs .» «o» x**.
tre l'existence de la magie. Un accu- Quoiqu'il en soit, ce fut un hom-
sateur qui se gouverne de cette ma- me Je grand mérite , docteur en
nière est inexcusable, lorsqu'il ne t^Wie f chanoine de Séville
fait pas une observation comme celle- ë2:cateur Je Charles-Quint
ci Pomnonace était un fourbe : il et preuicaieur uc vu*. v
croyait la magie, il la pratiquait ; Il suivit en Angleterre Phi-
mais il la* réfutait dans ses livres , ]£ppe II , et ce fut là sans doute
afin de n'être pas reconnu pour un ^ ^ ^ ^ doctrine des
magicien. «i^i^tans . nour laquelle il fut.
il s'écrie: Voilà ce qui me presse, et jusques à 1 autO-da-Jé , ou il qui m'empêche de dormir , et qui it servir ^ § )ectacle au peu,
insomnlm et insanum reddunt (78). sent ordinairement qu il se tua; 11 dii que , comme un autre Proroé- ^'autres aiment mieux dire qu'il thée enchaîné sur le ^ucase il est t de maladie; mais tout le
Krmtré d'un cliaenn continuel, rerpe- *** . 7 . . .
^e^ ^gUaiionihu, rodi . non monde convient que 1 inquisition sitire , non famescere , non dormire , produisit une effigie qui le reprenon corne d'ère , non expuere , ab om- sentait et qui fut brûlée le jour nibus irrideri (70). On «cuirait Vaut0„da.fé Plusieurs di- «in. aliment si le suict de ses an- "c 1 "M*v ... y .v ' r j S^St^».blâ»ible;n.Ud. sent qu'il était confesseur de voir un homme qui se tue pour accor- Charles-Quint , et qu il l assista der un autre homme avec la raison , au j't je ja mort , et jusqu'au
c'est ce qu'on ne VgJ£™?e^ dernier soupir : mais nous avons Ou un théologien s eftorce , lui en r „„>:i Ai»
dùt-il conter la santé, ou même la montre ci-dessus (c) qu il fut vie, de concilier ensemble l'Ecriture seulement son prédicateur , et et la vérité lorsqu'elles semblent n'ê- qu»on ]e m{t en prisou avant la tre pas d'accord, cela est louable ^ a majesté impériale. Il -««la P«t héroïauc : cet accord étant >- ut °« j r
îâîonpeutcXquVDlcdccouvri. composa quelques h vres (B) que
ra. Peu l-on se flatter d'une semblable l'inquisition d Espagne a mis
espérance par rapport aux sentimens jans §on jn(jex sans nulle réserve d'un particulier sujet a le™ur , et martyrologe des protes-
qui 1» boit comme les poissons boi- W- *f 1U«" J b r
ivau ? tans fait mention de lui (L,;.
Beze,qui l a nomme Constants) Pompon.!., d* F.to, ii*. 171, cap. ^/7. ^ ^ - ft ^ ^ fut
(79) ^ern »
' t aw (a) Nicol. Antonio, Biblioth. Scriptor. ,
PONCE (Constantin), brûle HuP., <o«. 1, w. 196. en effigie à Séville , Tan 1 55g , (b) Voyti iSicolo Antonio , ibid. s'appefait Constantin de la Fuen- J2i^^*^^T* te, en latin Constantinus ton- Varticie Charles-Quiht, ton». V, Pag. 76.
///yç Ouelau'un avant pris une {<i) Constamtino rfe/a F«<w*e, aulor connus. VUeiqu un <*ja r ^djJU5 ofcr<wen qualquxer Un-
lettre pour Une autre , un r au gua ^ upecialmente la Confession del Pe-
iieu d'un F , a été cause que ce cador , /«*. nb. prohw, , pag. m. aao,.
long-temps confesseur de Char- exempt d'avarice et d'ambition ,
les-Quint, et qu'on le brûla à et il refusa un riche canonicat
Séville#(e), ne se souvenait pas qu'on lui offrait à Tolède, et
bien des circonstances qu'il avait mêla dans son refus un petit trait
lues dans ce martyrologe. J'ai lu de raillerie (E). Lorsque après la
uu discours latin touchant la vie mort du docteur Gilles (h) il fut
et la mort de cet Espagnol (/). nommé pour prêcher dans la ca-
II y est nommé Constantinus thédrale, il n'attendit pas à com-
Fontius. Celui qui a publié ce mencer cette fonction que sa
discours le donne comme un santé fût rétablie ; mais il se tr
écrit de Reginaldus Gonsal- Va si' faible au milieu de son ser-
vius Montanus Hispanus. On y mon qu'il fut obligé de faire une
trouve que ce Constantin avait chose qui n'avait jamais été vue
ete assez dérègle dans sa jeunes- (F). Le directeur de la maison de
se (D) ; mais qu'ensuite il se cor- doctrine y ayant fondé une le-
ngea , et qu'il tint une très-bon- çon de théologie , notre Constan
mauvais prédicateurs de ce tempslà furent l'objet le plus ordinaire
t. — i — j — ?uus verres aans ia remarque
qu ayant l'esprit extrêmement (C) la catastrophe de sa vie et
enjoué et subtil dans les raille- dans la dernière remarque' un
ries, il s'abandonnait un peu trop conte (H) qu'il fit à Cardan-, et
à la licence de plaisanter. Il cou- qUi concerne les fantômes, rut un assez grand nombre de
ses bons mots. Les tartufes et les * l*]n? ft u.méme lue cel"[ *°»»mé
fc-gidius dans la remarque (C).
(») Tire du Hispa». Inquisit. Secret. ,pae. 25 1 etseq
de ses railleries \ei plus piquan- fr) Sous le nom dt Constantin Pontes. Il apprit de lui-même à fond ce.] C'est le nom que M. de Thou lui le latin , le grec et l'hébreu , et donne. Le pére Paul (i) le lui a dontout ce qui est nécessaire à un ^VS^1?** ^P™nëte' «P.™ , »?• . T, j P»* Pallavicin, qui d'ailleurs lui a bon prédicateur. Il possédait ad- reteVf; qUelq„es fautes concernant cet mirablement toutes les beautés Espagnol. Voyez ci-dessus la remarde sa langue maternelle, et il (fue (Q de l'article Carranz a , tom. prêchait Si éloquemment, qu'il {Y Pag. 47« et la remarqueCS) del'arr. » . , . ' * ticlc Charles Qdi nt, tom. V, p. »-6. attirait une multitude meroya- (B) rUonwosa quelques liffvs.l Un
ble d auditeurs. A peine pouvait- Sommaire de la Doctrine Chrétienne, on trouver des places commodes imprimé en espagnol à Anvers; six
trois ou quatre heures avantqu'il Ie rm?ns. sur ,e ,Prem,ier Psaume de H anc xiçuics avam^u u Davla , imprimés en la môme langue
montât en chaire (#). Il tut et au mème lieu , l'an 1 556 (a) ; un
(o)Beta, in Iconibus , folio 90. grand Catéchisme; la Confession du
(f) Il est dans le livre intitulé: Hiapanicœ pécheur; des Commentaires sur les
Incraisitionis et Carni6cinfB secretiora , et Proverbes de Salomon , sur l'Ecclé-
publieà Amberg Van i6u, pef Joachimum aiaste t ,e Cantique dc, Cantiques
Ursinum, Antt-Jesuitam. . J 1 u T\ ni* 1 a I /«/
(g) Concionabatur ut pturimhm octavâ el sur Job- Don Nicolas Antonio (3)
horâ , tantus erat poputi Conrursus, ut quar- (1) Ilistoire ân Concile de Trente , liv. V, pas
tâ, sœpè etiam terliU noctis horâ.vixin 4*0 , édition de 1(139, io-40.
templo invenirelur commodus ad audiendum (t) Epit. Bihlioth. Gesaeri.
locus, Hispan. Inquisit. Secret. , pag, a54 (3) Biblioth. Script. hi*p, , tom. /, pag. 196.
semble croire que les Sermons ne » tion entière de sa vérité, coup pan t sont pas sur le psaume I.er, mais » broche à toutes ses substilitez et sur le psaume L, et qu'ils ne diffè- » subterfuges , desquels il s'estait rent pas de la Confession du pécheur. » par trop couvert contre sa con- Hse trompe : cette confession est une » science (8). » Le moyen de la déprière un peu moins longue qu'un couverte fut que ses livres de contre* sermon : elle est dans le livre des bande tombèrent entre les mains de Martyrs (4). l'inquisition , quelque peine qu'il se
(C) Le Martyrologe des protestons fût donné pour les cacher. « On y fait mention de lui."] On y voit ciu'É- a trouva entre autres un grand livre gidius, Constantin Fontius, et Var- » tout escrit de sa main , auquel il q nias, furent les premiers qui, près- » traitoit de ces poincts , comme les que d'un même temps , découvrirent » inquisiteurs déclarèrent par leur les ténèbres d'Espagne (5). On les » propre sentence publiquement proappelle les trois piliers de vérité : ils » noncée ; à sçavoir, de l'estat de prêchèrent dans Séviile avec un grand » l'église: de la vraye église, et 4e zèle , et avec beaucoup de fruit. Egi- » celle dfu pape, l'appellant Antedius fut élu par Charles-Quint â l'é- » christ ; du sacrement de l'eucharisvéehé de Tortone (6) : mais l'inquisi- » tie, et de l'invention de la messe , tion en fut si fâchée, que pour l'em- » de laquelle il disoit le monde estre pêcher de parvenir à la prélature , » ensorcelé à cause de l'ignorance elle lui lit un long et rude procès. » de la Sainte Escriture ; delajusti- Pendant ces persécutions Fontius était » fîcation de l'homme; du purgaau Pays-Ba% , prédicateur et cdnfes- » toire , qu'il appelloit teste de loup fesseur (7) de Charles- Quint. Reye- » et invention monachale pour le nant à Séviile après le décès d'Egi- » ventre; des bulles et indulgences dlus, <c il reprint de grand courage » du pape ; des mérites des hommes ; » les erres de sa charge précédente : » de la confession , et de plusieurs » et l'affection qu'auparavant luipor- » autres poincts. Ce livre veu et pro- » toitle peuple, et à ses prédications, » duit,les inquisiteurs luydemandaus » ne se trouva refroidie n'amoindrie. » s'il recognoissoit son escriture , il » La débilité et langueur de corps » leur respondit touché à bon escient, a» dont il fut affligé, ne l'empescha » sans plus tergiverser, que tout es- » de poursuyvre sa charge , se con- » toit escrit de sa main, et le souste- » fortant par remèdes ordinaires que » noit estre véritable , et leur dit : Ne » Dieu donne pour recouvrer la for- » travaillez plus à chercher te sm oins » ce et la santé du corps. Il soustint » contre moy ; vous avez ample dev plusieurs combats contre les près- ^ claration de la foy que je tien ; fai- » très et moines, et contre Waldesse » tes de moy ce qu il vous plaira. Il ï» archevesque de Seville, président » demeura depuis en prison deux » du conclave de l'inquisition. Et » ans entiers, où il devint malade à » combien que ses adversaires fussent » cause du mauvais traitement (com- » merveilleusement animés contre » bien qu'il se souciast peu de sa » lui, si est-ce que par une subtilité » nourriture) et aussi de l'extresmé » d'esprit il destournoit tellement » regret et ennuy qu'il ayoit de la » tous leurs coups , qu'ils ne le pou- » dissipation de l'église , et de la -
m voyent amener à une confession » hemente ardeur du soleil qui es-
» ouverte de sa foi , pour avoir meil- » chauffoit sa prison comme une
» leure prinse sur luy. Mais Dieu fi- » fournaise : si que finalement un
» nalement arracha de luy par le » flux de ventre avec escorchement
» moyen qui s'ensuit, une déclara- » de boyaux le fit mourir, et rendre
..v j ,• rr„, . » «ne «nie bien heureuse au Sei-
(b) Au livre VIII. folio 5on verso et swv. f» n . J a V.-.,;**
,Àxi- . • j »» . ?• trrrr c«r » gneur Ils firent semer des bruits
(5) Histoire des Martyrs , liv. V III , folio 5o5 © , . - . : 1 „
Ver,oy édition dei&*\ in-folio. » qu'il s'estoit fait mourir luy-mes-
(6) Il fallait dire Tortose. Voye% l'article w me , en se couppant une veine avec
CaAELB»-QtiiKT , tom. V , pag. 76, remarque (S).
(7) Les historiens espagnols nient qu'il ait été : Voyez la remarque (S)rfe l'ar-
v uue pièce de verre rompu, pour evi- » ter l'ignominie du supplice qui luy
son confesseur. ..
ticU CsAftLES-QoiHT , tom. V, pag. 76. (8) Histoire des Martyr» , folio 5«6 mmv.
a estoit tout appresté. Les cnfans en cuto , una subindè joeandi licenùd » chantoient aussi des chansons après vel in provectiore astate corrumpcbat » sa mort , qui avoient esté compo S'il n'eût pas eu des dons émi- » sées par les suppôts de l'iuquisi-* nens qui l'exposèrent à l'envie, on » tion. Au jour du triomphe on pre- ne lui eût peut-être reproche jamais w senta son corps déterré, en on fan- ces défauts du premier âge; mais » tosme de paille accoustré dilatai* ayant acquis une grande réputation » lemens , mis en une chaire au lieu par son éloquence et par son savoir , » du mort, tenant une des maios le- il n'évita pas les reproches. On lui » vée , et l'autre sur ladite chaire , persuada de disputer un canonicat u le plus artificiellement qu'ils le (i3) dans l'église métropolitaine de » seurent contrefaire au naturel (9),» Séville, et il eut up concurrent qui J'ai fait ici comme ailleurs j je n'ai t'avisa de loi opposer des obj*îctions rien changé au vieux langage. personnelles , et qui ramassa soigoeu- L'auteur latin , que je cite dans les sèment tous les petits tours d'écolier remarques suivantes, reconnaît aussi dont on lut pouvait faire honte , et que Fontius éluda par ses réponses tout ce, en général, qui pouvait être subtiles les procédures de l'inquisi- critiqué dans sa première conduite , tion $ mais qu'enfin il abandonna tous certains mariages , certaines irréguses subterfuges après qu'on lui eut larités d'ordination. Competitor et montré son manuscrit. Haptus ad eruditione et authoritaie , et ipsd deinquisitorum arcem , etsi ex contror mùm gratiâ Capituli C mstanùno versus prœcedentibus omnium adver- nulio modo coitifnirandusy ad excepta rior uni animas habebal vchemenlcr donc s perso na le s eanatus omnes conexulceratos , lumen acutissimis suis vertens suscitavit ei ineptias omnes responsis omnes eorumcavUlos facilè, juventutis suce, contracta vide lice t , more suo , éludons , ad apcrlam fidei aniequam sacris initiaretur, matrimoconfessionem , ex qud periculum, ut nia , nequè rite sacris initiatum , ne* ipsi exoptabant , crearvtur , trahi que rectè atque ordine magistârii et non poterat : atque evasisset tandem, doctoratds insignia accepisse (i4). H ut sœpè antea y ipsorum ma nu s , m serait bon que les jeunes gens qui mirabiliquodamProvidentiassuœ ar~ pèrent de se distinguer un jour, se U/ïcio rotundam confessionem verita- souvinssent bien de pareils- exemples. lis suas , De us ab invito et modis om- Cela leur pourrait servir de frein ; ils nibus tergiversante extorsisset (10)... craindraient qu'au ' milieu de leur fiso hoc libro Constantinus interro- éclat , en ne vînt les chagriner et les gatus ab inquisitoribus , an proprùtm flétrir par les reproches des folies de manum agnosceret , quiim per mu/- leur jeunesse. Si l'on excuse ces détes dtest conquisitis undiquè sukterfu- faut* , on ne laisse pas de «lire qu'il giisy conatus illorum elusisset , agnos- vaudrait mieux n'avoir- pas besoin de cens porrb Dei voluntatem , quee ont- cette indulgeuce. C'est toujours on ne m tergiversandi amplius occasio- endroit fâcheux , un su jet de mortifinem sibi prœcidisset, agnasco(inquù) cation qu'un adversaire fait bien vamanum meam , ac proindèfaleor , me loir.
ista omnia scripsisse, quœ et vera esse (£) // mêla dans son refus un petit
ingénue profiteor trati de raillerie.'] Lis chapitre de To-
(D) // avait été assez déréglé dans lède lui envoya des députés, pour le
sa jeunesse A Voici les termes de Tau- prier de venir remplir la place de pré
teur latin : Juventutem quidem trans- die a te ur de l'église métropolitaine.
egit pro studios iorum juvenum liberd Constantin répondit qu'il était fort re-
educatione non jutmodùm hudatam , connaissant de cet honneur, et qu'il
sed quai, qud minids, quod wtatis sub- tâcheraitde faire paraître sa gratitude;
sequutum est, quam laudatissimum mais au'il ne voulait rien faire qui pût
ex nient , haud nnpedimenio fueril. troubler le repos de ses a. eux. Cajte-
Pmbatos enim satis mores , ut erat ràmparentdmavorumquesuornmossa
ingénia miré festivo , et in jocis pera-
° ( 1 a) Ibidem , pag. a53.
(9) Histoire des Martyrs , /Vt*o 807. (i3) Canonieatus Concionalis , *en ( Kl vocanl )
(10) H«p, Iwjui&it. Se*reti*ri „ peu*, m. ifn. magtUralù. Ibidem , pag. aSg.
(1 1) Ibidem , pag. M. (i4) Ibidem , pag. afii.
a48 PONCE.
antèmultos annos sepulta conquiesct- admirables , si Ton en croit mon aure, se verb nolle quicquam admittere, teur latin. Je citerai ses paroles afin occasione cujus h sanclâ iUâ quiete in- qu'on sache plus amplement les cirtcrturbarentur{\ 5) .Pour comprendre constances des écrits de cet Espagnol le fin de sa raillerie, il faut savoir qu'en réforme'. Acccpit primo Salomonis lice temps-la le chapitre de Tolède bros, Prouerbia, Ecclesiasten,etCanavaitdô grands démêlés arec l'arche- tiea Canticorum , atque his mîrabili véque Sflicéus, homme de basse eruditione erplieatis , librum Jobi est naissance et que la faveur avait élevé aggressus, quem ultra médium interà ce grand poste (16). Ce prélat per- protando perduxit. Exlant ipsius in «éditait les principaux des chanoines, hos libres prœlecliones omnes manu et les flétrissait publiquement, sous icriptee opéra Bab. diligentissimi euprétexte qu'ils étaient issus de familles jùsdam ex auditoribus excepta?, quas juives ( 1 y). 11 faisait faire dés recher- ciim vuleaverimus, deprehenso quanto ches ingnominieuses à la mémoire de inleruauo post se relinquat eos omnes, plusieurs personnes enterrées depuis qui hacteniis in eos libros quippiam cent ans , et troublait ainsi le repos ediderunt, de summâ viri eruditione des morts. C'est sur cela que roulait cevtiùs judicari poterit(*o). On faisait la raillerie de Fontius. Ed occasione espérer la publication de cet ouvrage, nequè à centum annis sepultis parce- comme vous voyez, et l'on s'acquitta batur, inquirente mùlo archiepiscopo. de cette promesse. Consultez la reet quidem sub pretextu religionis, in marque (B).
parentes , auos , atavos canonicorum , (H) Un conte qu'il fit à Cardan , et eosque ad originum rationes pessimè è qui concerne les fantômes /] Si ce que suis sepulchris revocante. Eas non Cardan raconte est vrai, notre Con » minus impias quam stultas contentio- stantin parlait des spectres , non sur nés, ex sud ipsius vocatione occasione des ouï-dire, mais comme témoin arreptâ, Constantinus tempestivè ad- oculaire. Visebat olim in Uispaniâ moditm Mo conciso laconismo per- hœc ars , (Necromantia) publicèque siringebat (18).' On ne sera pas fâché docebatur in Salatnanticd academiâ , de voir en passant cette partie de nunc verb publicis legibus sublata est. l'histoire de Silicéus. Undèàbi àliqua adhhc artis experi-
(f) Il fut obligé défaire une chose menta supersunt. Narrabat mihidom qui n'avait jamais été vue."] 11 se fit Constantinus Fontanus Hispanus porter de l'eau; et du vin Une ou deux theologus , et ab exomologesi prinfois, et il but en chaire pour rappe- cipis Philippi Nispaniarum , dum in 1er ses forces. L'estime qu'on avait Vagliadolit civitate Hispaniœ , in, pour lui, et l'autorité qu'il s'était ac- domo typographi , quas malè ob if requise, firent excuser la nouveauté de pitus audiebat nocturnos diversaretur, ce spectacle. Dclatus in templum vi- primd notte incubum sensisse : sed ribusque adeo exhaustus , ut in medio cùm oliuas nigras in cœnâ comedisset, coneionis filo uno atque altero lim- naturale existimdsse , cùm incubus phati eininaustu vires ad pergendum inter morbos numeretur. Sequenti in concione reficeret , nouam neque nocte super lecto videt auditque fêles unquam antea \>isam licentiam summâ concertantes, quod quanquam durum viritùmgratià, tùm authoritate , qud videretur, quia tamen essepoterat, pollebat , excusante (19). et hoc naturale esse duxit. Tertiâ au-
(G) // eut la< charge de faire des tem nocte, cùmnondum dormitum eslecons de théologie, et s'en acquitta set, de hisque dissereret , tubœ vocem très-bien ] Les leçons <ju'il fit sur quasi in aure audivit. Existimans siquelques livres de l'Écriture étaient bili speciem esse , pueros videbat, qui ■ , î m ■ ibi astabant ridentes : tùm uox
Hisp. Inquuu. Secret,or., pag. *55. cubiculum drvumire cœpit , perfecto-
(16) Omi ex aratro et glebis , neque virtute , r *K.j( ...
JqJ eruditione ,sed(,iita dici licet) fortune que circmtu sub lecto se abdidit , ibi
potiiu temeritate ad summam totius Hispaniœ , diu Strepens, cùm nUlil videretur (al). teeundum regem ipsum , digniUitem convoldrat. Ibidem , pag . a56.
( 1 7) Ibidem. («) Idem , ibidem,
(t8) Ibidem, pag, *56. (ai) C»rd. , de Subtilit. , lib. XIX, pag. 691 ,
(19) Ibidem, pag. i58. . , 'dit. Lugd. , i58o , in-8».
PONCET. 249 Ce que Cardan dit des écoles de ma- Sa disgrâce ne fut point longue : gie qui avaient été en Espace futaf- n eut permission de retourner k hrmé par un magicien dont parle n . *\ , . 7 ** M. de Thou. Voyez la remarque (K) Far,s >,et d ï administrer sa cure de l'article Tire si as. tom. XIV. de Saint'Pierre-des-Arcis ; mais PONCET (Maurice), docteur # ne changea rien de son anen théologie dans l'université de tienne liberté de prêcher , et de- Paris (a), bénédictin profès en -meura dans cette ferme résolu- V abbaye de Saint-Père, à Melon *ion jusqu'au dernier soupir (/). sa patrie, et curé de Saint- Ksvkis ^ mourut le i'5 de novembre en la même ville , et puis h Saint- '^86 (g). Il publia quelque cho- Pierre-des-Arcis à Paris {b) , 8e (D) > et il y a beaucoup d'apfut un des célèbres prédicateurs parence que sa manière de prédu XVIe. siècle. Il prêchait avec cner tenait un peu du burlesque toute la hardiesse imaginable (E) » comme celle que le petit contre les désordres de la cour Pere André fit tant valoir au siècle Henri III. Nous avons vu ci- cle suivant, dessus (c) qu'on le fit conduire à J'ajoute que le feuillant Pierre Melun, à cause des invectives Sain t-Romuald. l'a fort loué qu'il avait débitées en chaire le d'une chose qui ne mérite aucu- 26 demars 1 583, contre une nou- ne. louage , c'est d'avoir déconvelle confrérie de pénitens ins- seillé la version de l'Écriture en tituée par ce monarque. Le pas- langue vulgaire (F). Le livre qu'il sage que j'ai rapporté de Pierre ^} là-dessus est bien méprisable, Matthieu se trouve dans les me- si *'on s>ea rapporte à M. Armes termes au journal de Henri nauld (G). III, avec la réponse que l'on (f) Làmémetpag.62S. verra ci-dessous , et que l'on pré- Là méme'
tend qui fut faite par Poncet au ^ La réponse que Von prétend
duc d'Épemon (A). D'autres di- VSL"*^? P*\ P°nc?j?ï dul *E~ fi \ c : c pemon.) Poncet ayant été arrêté, ce
sent qu elle fut faite au duc de duc l'alla voir , et en riant lui dit : Joyeuse en un autre temps (d) « Monsieur notre mat tre , on dit que (B). Cela me paraît plus vraisem- * VOU8 faiJes ïire 1« gens à votre serblable (C). Pbncet eut peur qu'on . " T*\ cela n C8t guère b?": uVlé'
w v vw^u^^u. muvu » dicateur comme vous doit prêcher
ne le menât au château de Lo- » pour édifier, et non pas pour faire
ches, comme on l'en avait mè- » rire.Monsieur, répondit Poncet sans
nacé quelque temps auparavant * «'étonner autrement, je veux bien
(e) Il fut donc bien aise qu'on se ^^^S^St
contentât de le reléguer a l ab- » vient point de gens à mon sermon
baye de Saint— Père de Melun. * pour rire, s'ils ne sont méchans ou
» atheistes : et aussi n'en ai-je jamais
(a) Du Yerdier Vau-Priras, Bibliothéq. » tant fait rire en ma vie comme vous
» en avez fait pleurer. Réponse hardie W Roulhard, Antiquités de Melun , paç. » pour UTJ mo{ne à un s^gneur de la
!f)l>anslaremaro.(0)d* f article Htlf - » £^ V V°7^
il 111. tom. Vin, pag.txL * temps fut trouvée fort a propos( 1 ). »
{d) Au temps des iwcet du duc de Joyeuse, (B).*.. D'autres disent qu'elle fut ^ dfx i^Hi *
U\H^ il- a t • . . , . (0 Journal de Henri IH ,« Tann. i583 , »og.
l«) KOttUwra , Antiquités dt Melun , pag. m. én. Voyez aussi Pierre Matthieu , des dernier»
*/• Trouble», pa§. i5.
a5o PONCET.
faite au due de Joyeuse en un autre » fortune particulière , et qui prend
temps]. Voici un passage où M. le La- » part à celle du public , est un che-
hoareur rapporte le fait, et l'accom- » val indompté qui ne s'éblouit de
pagne d'une réflexion qui n'est pas » l'éclat de la grandeur que pour en
moins bonne que la répartie de notre » être plus furieux, et duquel il faut
bénédictin, ce En ce temps-là (a) il y » approcher avec précaution decrain-
» avait des prédicateurs assez libres, » te qu'il ne rue. Tout le monde rit
» et qui n'exceptaient pas du nombre » de cette rencontre, et les meilleurs
i» des péchés les maximes cruelles ou » amis du duc ne l'en plaignirent pas
» libertines du cabinet. Le docteur » sans le blâmer d'à voir ainsi cherché
» Poncet entre autres, homme élo- » à se commettre dans les rues avec
» quent et de grand zèle, compre- » un simple ecclésiastique, lui qui
» naithardiment les rois et les grands » avait tant de grands bénéficier» à
» dans l'étendue de sa mission ; et le » sa disposition , qui auraient tenu à
u sieur de Brantôme remarque de lui » honneur de servir à sa raillerie, et
» quil s'échauffa un jour de telle » qui s'en seraient promis quelque
» sorte sur l'axiome politique, qui ne » profit (3). »
plus vraisemit qu'au temps appréhenda qu'on
» vrayatheiste, et qui ouvroit le droit ne l'envoyât à Loches , selon les me^
» chemin aux roys et aux princes nace8 précédentes. Cette crainte, qu'il
» pour aller a tous les diables et les avoua lui-même 0{) lui eût-elle per~
» rendre vrays tyrans. CPestoit , mjs de répondre si brusquement et
» ajoute encore le sieur de Brantôme, û désobligeamment au favori de son
» le prescheur autant hardy à près- prince. Il est infiniment plus proba-
î> cher qui jamais a entré en chaire. ble qu'il usa de cette réponse pendant
» Et par cas un Jour M. de Joyeuse, une pleine liberté et au milieu de la
» du temps de la grande /este , dé- rue où il voyait bie n que les habi-
» pense et magnificence qui se fit en ta,,, de p^g eussent repoussé haute-
» ses nonces, le rencontrant par la ment l'insulte qu'on aurait osé lui
» }*T fort ouy parler de vous, et ^ souvenir de cette espèce d'événe- » comme vous faites rire le peuple en meBt et qn{ produit des variations * vos sermons. £1 lui repondit froide- dans les écrivains.
» menteomme l autre luyavoit parle (D) lipubVm quelque chose.] Trois
* ^foUre.Momieur,cestrmsonque ifvres deTOraison ecclésiastique, en
i> je le fasse nrepuisaueje faites >tant forme deccnitemplation, à Paris 1 568,
» pleurer pour les subsides et dépen- . g0 Rcmontrance à la Noblesse de
» ses grandes de vos belles nopees, Fr{mce, de Putilité et repos que le roi
* pffePfuPle'0Hfrepour vous. Ce te à son , et^e Finstruc-
»fut a M. de Joyeuse de se retirer, ^ «j doit avoir pour le bien *>u-
M hjenquileusteu grande envie dele vcroer, à Paris 1 5^ , in-8° Oraison
», frapper; mais s il leust touché le t-^À pr0B0Ilceeie 3, d'août i5tf
» moins du monde le peuple, qui en Vé*& de Brecy.le.Buisson aux
» est mutin pour tels sujets de leurs funeV *illcs de M. Eustacc de Conflans,
» prêcheur* libres , car ils les aune Ticomte d'Ànlchv, à Paris i^M*-
» naturellement tels , s assembloit Discours de l'avis donné à M. Pierre
*> quieustfaitquelque vilain scandale de Gond M de paris, sur la n sur lui et sa smte; car U estait fort ition ^ fit aux théolopeas
aime dans Pans Voila une hotte {oucW la traduction de la Bible en
* f??A? ^"jjant.micaf 1u> ^ langue vulgaire , à Paris i578, » che dans 1 histoire , et <jui apprit MëJitation?famUière»sur l'histoirede » au duc de Joyeuse qu'un prêtre ,UCUIU" w "* » homme de bien , qui renonce à sa (3) Le Laboureur, Addîti on* aux 31«a»»,r-s
CtstolnAu , ton*. //, p*g- 58 , 59. ^ (3) C'esl-k-dtre sous le règne de Henri III. (4) Voja les Antiquités de Melun , p«g • 0î < '
PONCET. 25i
l'incarnation,* Reims 1 574, U-8°. (5). Ce feuillant qui le préconise là-dessus (£) Il y a beaucoup d'apparence a trouvé admirable principalement que sa manière de prêcher tenait un la raison fondée sur ce que Ton peut veu du burlesque. J Trois raisons me abuser de l'Ecriture, de quoi il aple persuadent; car, en premier lieu , porte deux exemples bien étranges., les termes dont on assure qu'il se ser* « Maurice Poncet , dit-il (8) , fut advit dans le sermon qui fut cause que » miré en son temps pour sa profonde le roi le relégua (o) , n'ont aucune » doctrine, rare piété et zèle singulier gravité. Ce petit tendron qu'on tenait » à reprendre les vices, non-seuletoot prêt pour la collation de nuit a ment par ses ferventes prédications, aux pénitens,est un langage tout-ù-fait » mais encore par ses écrits contre les comique. En second liou, on s'accorde » libertins et les hérétiques, ainsi à remarquer que le favori dont la » qu'on peut voir très-particulièreremontrance fut si fortement repous- » ment par l'avis qu'il donna à l'Usée par Poncet , le censura de faire » lustrissime Pierre de Gondi , évêrire 9es auditeurs. Enfin , la manière » que de Paris , touchant la traducdont Jacques Roulliard , son compa- » t ion de la sainte Bible en langue triote et son panégyriste , élude le » vulgaire , soutenant qu'elle ne decoup, me fait juger qu'il était ques- » vait être permise pour plusieurs tion de répondre à ceux qui trouvaient » considérations , et entre autres étrange que Poncet donnât un tour de » pour éviter le danger que l'Écriture plaisanterie ou de goguenarderie à ses » Sainte ne soitimpugnée et méprisée, pensées. Oultre sa doctrine et pieté » à cause de l'ambiguité, obscurité et recongneued'un chascun, c'est Roui- » variété des dictions en chaque lanliard qui parle (7) , il avoit ce talent » gue, dont les sensuels etles ignorans . particulier, que de prescher librement „ pourraient prendre occasion de se contre les vices de son siècle : postpo- » perdre , ainsi qu'il arriva l'autre sant les menaces des grands , et le » siècle à un peintre de Prusse , leperil journalier de sa vie a l'asseurée » quel ayant acheté la Bible traduite vérité de la parole de Dieu. Vray est; „ en allemand par Luther , et lu ce qu'il y appariait une grâce telle , que „ qUe Loth avait fait avec ses filles, ce que les mal sensez tournoient en „ fit le même avec les siennes; etainsi forme de risée , les plus sages l'impu- „ qu'il advint à une femme de la ville toient a un grand artifice dont usoit » Je Munster, lors assiégée par l'évêce brave predictMur, pour faire plus » que, qui en est le seigneur, laquelle doucement savourer l'aigreur de ses >, ayant lu l'histoire de Judith trace usures , et pour se conserver plus „ duite^en sa laugue, se mit en fantailonguement en son ministère si utile „ 8ie d'aller tuer cet évêque , afin de a l'église : au lieu que sans cela, tout „ délivrer du danger de la mort ceux du premier coup, ou l'impétueux cour- „ <je sa secte qui s'était emparés de ti san, ou quelque aultredu sot monde, „ cette ville , mais elle fut appréheneust tasené de le perdre. Vous voyez „ ^ée, et connut aux dépens de sa vie bien que cet avocat n'ose nier que l'on „ ja lettre de l'Écriture sainte tue ne rît aux sermons de son Poncet. „ et qae Pesprit vivifie. >• Peut-on douter après cela que ses ser- (G). ... Le livre qu'il fit la-dessus mons ne tinsssent une peu du bur- estbien méprisable, si Von s'en raplesque? S'il eût censuré hardiment les pQ^g à M. Arnaud.] On a vu aildésordres de la < ouiLgpais d'une ma- leurs 9) ce qu'il juge d un pareil écrit nière grave, le plaisif^u il eût donné compoSé par Pierre Lîzet. 11 n'a pas à ses auditeurs, quelque grand qu'il meilleure opinion de celui de notre eût été , n'aurait faire rire personne. Maurice; car en parlant du recueil (F) Pierre de Saint-Romuald le intitulé : Collectio quorumdam graloue...;. d'avoir déconseillé la version ylum Authorum, qui ex professo, vel de V Écriture en langue vulgaire."] ex occasioneSacrœ Scriptune, aut di-
vinorum ojficiorum in iflgarem lin-
(5) Tir* de da Verdier Yao-Prirt», Biblioth. fr*nç. , pag. 86a. (8) Pierre de Saint-Roinuald , Journal chron.
(6) Voyex, tom. VIII, p. citation (68) au a 3 novembre, pag. 5»S . 5-t6.
de l'article Heh»i III. (9) Dans la remarque (H) de l'article Lin. : ,
(7) A la pag* 6*7 des Antiquité» de Melun. tom. IX, pag. 090.
a5a ' POQUELIN.
ram translationes damndrunt (10) , manités tous les jésuites, au coldit que « c'est un fatras des plus lége <je Clermont. On le destinait
» impertinens auteurs qui aient écrit °, ^ . • • »,
» sur cette matière, mêlés avec quel- au barreau; mais au sortir des
» seul titre peutiaire juger de ce qu'on étude et son application ne fu-
» qui apporte, ainsi que nous avons trouvé quelque temps après
» déjà dit , comme une des plus en Languedoc % il alla offrir ses » grandes raisons de ne pas soufirir • « •»# i t> • j r« »•
» que la Bible soit traduite en fran- services a M. le Frince de ï^onti,
» çais , que la langue française est qui le reçut avec des marques » une langue barbare qui ne peut être bonté très-obligeantes , donna
» assujettie à aucune règle de grain- & appointerons à sa troupe, » maire (i3).... Comment M. 1 arche- y, rr % 1
» vêque de Paris, qui a fait l'honneur et l engagea a son service tant
» à l'Académie française d'être de auprès de sa personne que pour
■» jugement d une des plus Délies lan- ■ i «-* » t-*-**^**' «~
» gues de l'Europe (i 4)? » J/j* séjourna pendant l'été; et
(io) Il fut imprimé aux dépens du cierge, l'an après quelques VOyOgeS qU U fit
(xi) Arn.uïd, Défense des Venions, p. 160.161. à Paris secrètement, il eut Va- (») Lh mê,ne,pag. 16*. vantage de faire agréer ses ser-
( 1 3) La même, pag. 16a. • . j £ j
\A)Lhmfme,{><te.xO*. vices et ceux de Êts camarades
« Leclerc observe sur Monsieur y qui lui OTant OCde cet article, que Arnauld, vif a 1 excès, n est ' z
point un témoin a alléguer sur le mérite d'un cordé Sa prOteClion9 et le titre
ouvrage dont U doctrine était opposée à .es idées. ^ ^ e ? fc ^ ^
POQUEL W (a) ( Jean-Baptcs- ^atae au roi et à la reine-mère. te ) , comédien fameux connu obserTe : (0 qu/dâns u plus grandc piirtic
SOUS le nom de MOLIÈRE , était des actes de ce temps portes sur les registres
fils d'un valet de chambre ta- ?« .}* Paroisae ^i^'îf. la leAiUlÇT pissier du roi , et naquit à Pans , ^ \eltre uU ou plutôt sa substitution • la îet-
environ l'an 1620 *. Il fit Ses llU- t« c dans la Première syllabe du root , est
une faute qui ne se trouve pas dans plusieurs
(a)Et non pas Poclain, comme tf<wMoréri. autres actes qui son! sur les mêmes registres.
* M. L. F. Beffara, dans une Dissertation On voit par 1 actdfeporlé ci-dessus que Mo-
sur J. B. Poquelin Molière , etc., 1821 , in» Hère est nérwe SaW-fionoré, et non sous Us
8% rapporte page 6, l'extrait de baptême piliers des haltes rue de la Tonnellerie,
de Molière,extrait des registres de la paroisse comme l'indiquent le buste et 1 inscription
Saiut-Eustacbe, et ainsi conçu : «Du samedi placés en 1709 dans cette dernière rue; à
• ré; le pai rafe Jean Pouguelin , porteur de avaient une boutique pour leur commerce ,
. crains, la marraine Denise les Cacbcux , dans une maison qu'on ne connaît pas ,
» veuve de feu Sébastien Asselin , vivant rue Saint-Honorê ; ce qui ne parait pas vrai
- marchand tapissier. • Sur la manière dont semblable. «si écrit le nom de Pouguelin, M. BefTaia {b) Voyez la rem. (G).
Cette troupe commença de pa- ses comédies surpassent ou éga-
raitre devant leurs majestés et lent tout ce que l'ancienne Grèce
toute la cour , le 24 d'octobre et l'ancienne Rome ont eu de
i658, sur un théâtre dressé ex- plus beau en ce genre-là (B). Il
près dans la salle des gardes du ne faudrait pas s'étonner qu'il
vieux Louvre 1 et eut le bonheur ait si bien réussi à représenter
de plaire, de sorte que sa ma- les désordres des mauvais mé-
jesté donna ses ordres pour Té- nages , et les chagrins des maris
tablir à Paris. La salle du petit jaloux , ou qui ont sujet de l'ê-
Bourbon lui fut accordée , pour tre ; car on assure qu'il savait cela
jr représenter la comédie alter- par expe'rience autant qu'homme
nativement avec les comédiens du monde (C). Je m'en rapporte
italiens. On lui accorda la salle à un livre qui a été imprimé
bre
pension
i663. Sa troupe fut arrêtée tout- femme était sa fille (e). avait à-fait au service de sa majesté , une facilité incroyable à faire l'an i665, et il continua jus- des vers (/); mais il se donnait ques à sa mort à donner des piè- trop de liberté d'inventer de nom ces qui eurent un grand succès. Veaux termes , et de nouvelles La dernière de ses comédies fut expressions (D) : il lui échappait le Malade imaginaire. Il en m|me fort souvent des barbarisdonna la quatrième représenta- mes (E). Vous trouverez dans tion le 17 de février 1673, et M. Baillet (g) ce qu'il faut juger mourut le même jour (A). Voilà ô*e son talent, ce que j'ai tiré de sa Vie, impri- Quelques-uns prétendent que mée à la tête de ses OEuvres. Ja gi0;re je l'invention n'appar- J'eusse peut-être bien fait de tieut pas à Molière , et qu'il pron'en rien tirer; car ce livre-là nta beaucoup des comédies que est plus connu et plus manié, ies Italiens avaient jouées à Paris que ne le sera jamais mon Die- (F). On a tort de dire que M. tionnaire , et ainsi je n'apprends Despréaux changea de langage rien de nouveau à qui que ce après la mort de ce grand comisoit , en copiant quelque chose que . il pava;t |oue- vivant f fl lc de ce qui se trouve dans cette blâma mort si l'on en veut croi- Vie de Molière. On n'y a point re certains censeurs iguorans. La rapporté un fait que bien des vérité est qu'il ne cessa point gens m'ont assuré, c'est qu'il ne <je ie iouer quanj [\ \e vit dans se fit comédien que pour être au- \e tombeau : il lui reprocha seunrès d'une comédienne dont il lement d'avoir eu trop de cometait devenu fort amoureux. Je plaisance pour le parterre; cenlaisse à deviner si l'on s'en est tu parce que cela n'est pas vérita- $ — «=>•
ble , ou de peur de lui faire tort. (/) Voyex la n% «.tire de M De$- Plusieurs personnes assurent que Pre>ux.
* (g) Jugement sur les Poètes, tem. Jr% num
(fi) Voyez ta rem. (H). x520.
a54 POQU
sure raisonnables certains égards, injuste à tout prendre (G). Les vers que le père Bouhours composa à la louange de Molière (h) sont les meilleurs qu'il ait jamais composés , si Ton s'en rapporte au jugement de M. Ménage (i). Je ne sais si les Italiens trouvent à leur goût les comédies de Molière traduites en leur langue * par un homme de leur nation transplanté en Allemagne (A). Il est plus difficile dans un ouvrage de cette nature que dans d'autres de communiquer à une version toutes les beautés de l'original.
Au reste, ce que j'ai rapporté du penchant de notre Molière pour la comédie se trouve avec de nouvelles circonstances dans un livre de M. Perrault (H). On sera bien aise d'apprendre ce que devint après la mort de Molière la troupe de comédiens dont il avait été le chef (I) : cela peut fort servir à faire connaître le mérite de cet acteur.
(h) Vous Us trouverez au IIe. tome des Observations de M. Ménage sur la langue française, pag. i5.
(i) Là même, pag. 12.
* Cette traduction italienne de Molière, par Castelli, contient, dans le Festin de Pierre , des passages que Ton avait fait retrancher après l'impression , dans l'édition les Œuvres de Molière de 1682, contenant la première e'dition du Festin de Pierre. Depuis lors les réimpressions faites en France ont toujours été mutilées , et l'édition des Œuvres de Molière avec un commentaire par M. Auger est la première où le texte primitif ait été rétabli. J ai donné quelques détails au sujet du Festin de Pierre dans la Bibliographie de la France, année 1817 , pag. 362 ; et 18 19, pag. 175.
(k) Il se nomme Nicolas di Castelli, et prend qualité de secrétaire de l'électeur de Brandebourg. // a fait imprimer à Leipsic cette traduction à ses dépens, fan 1698, en l\vol. m-ia.
(A) Et mourut le même jour. ] Le principal personnage de la dernière comédie de Molière est un malade qui
ELIN.
fait semblant d'être mort. Molière représentait ce personnage, et par conséquent il fut obligë dans Tune des scènes à faire le mort. Une infinité de gens ont dit qu'il expira dans cette partie de là pièce j et que lorsqu'il fut question d'achever son rôle , en faisant voir que ce n'était qu'une feinte , il ne pat ni parler , ni se relever, et qu'on le trouva mort effectivement. Cette singularité parut tenir quelque chose du merveilleux, et fournit aux poètes une ample matière de pointes et d'allusions ingénieuses : c'est apparemment ce qui tir qu'on ajouta beaucoup de foi à ce conte. Il y eut même des gens qui le tournèrent *du côté de la réflexion , et qui moralisèrent beaucoup sur cet incident. Mais la vérité est que Molière ne mourut pas de cette façon :
il eut le temps, quoique fort malade , d'achever son rôle. Voici ce que l'on conte dans sa vie. « Le 17 février » 1673 (1), jour de la quatrième re- » présentation du Malade imaginai - » rc * , il fut si fort travaillé de sa » fluxion qu'il eut delà peine à jouer » son rôle : il ne l'acheva qu'en souf- » frant beaucoup , et le public con- » nut aisément qu'il n'était rien » moins que ce ôu'il avait voulu » jouer : en effet, la comédie étant » faite, il se retira promptement chez » lui; et à peine eut-il le temps de » se mettre au lit, que la toux con- » tinuelle dont il était tourmente' » redoubla sa violence. Les efforts J> qu'il fit furent si grands , qu'une » veine se rompit dans ses poumons.
» Aussitôt qu'il se sentit en cet état, » il tourna toutes ses pensées du cô- » té du ciel : un moment après il » perdit la parole , et fut suffoqué en » demi-heure par l'abondance du » sangqu'ilperditparla bouche (a).»
(1) Corrige* dans Moréri 167a. Je dirai par occasion au' au mime article il faut Poli xi ne et non Polixcme.
* Voici an extrait des registre* des décès de la paroisse de Saint-EosUche , donné par M. Beffara : - Le mardi ai février 1673, défunt Jean Bap-
- tiste Poquelin de Molière, tapissier valet de
• - chambre ordinaire du roi , demeurant rue de
• Bichelieu , proche l'académie des pintres
• (peintres), décédé le 17 du présent mois, a été
- inhumé dans te cimetière de Saint-Joseph. » M. Belfara pense que la maison où est mort Molière est celle qui est numérotée 3 4 , v is-à- vis la fontaine qui lait le coin de la me Traversièrc.
(*) Vie de Molière , à la tête de ses OEuvres : je me sers de l'édition de Bruxelles , 169/,.
Pour ne rien dissimuler , j'avertis ici mon lecteur que , si Ton en croit d'autres écrivains , Molière n'eut pas la force d'assister a la représentation jusques à la fin ; il fallut remporter chez lui avant que toute la pièce eût
été jouée. « La mort de Molière
» arriva d'une manière toute surpre- » nante. Il y avait long-temps qu'il >» se trouvait fort incommodé ; ce » qu'on attribuait au chagrin de son » mauvais ménage, et plus encore » au grand travail qu'il faisait. Un » jour qu'il devait jouer le Mala- » de Immaginaire , pièce nouvelle » alors , et la dernière qu'il avait » composée , il se trouva fort mal » avant de commencer, et fut prêt » de s'excuser de jouer sur sa ma- » ladie ; cependant comme il eut » vu la foule du monde qui était à » cette représentation , et le chagrin » qu'il y avait de le renvover, il s'ef- » força, et joua presque jusqu'à la » fin , sans s'apercevoir que son in- » commodité fut augmentée : mais * dans l'endroit où il contrefaisait le » mort , il demeura si faible qu'on » crut qu'il l'était effectivement , et » on eut mille peines à le relever.
» On lui conseilla pour lors de ne » point achever , et de s'aller mettre » au lit : il ne laissa pas pour cela de m vouloir finir ; et comme la pièce » était fort avancée, il crut pouvoir » aller jusqu'au bout sans se faire » beaucoup de tortj mais le zèle » qu'il avait pour le public eut une » suite bien cruelle pour lui ; car » dans le temps qu'il disait de la » rhubarbe et du séné , dans la cé- » réraonie des médecins , il lui tora- » ba du sang de la bouche ; ce qui » ayant ex trémemeut effraye' les spec- » tateurs et ses camarades , on l'em- » porta chez lui fort promptement, » où sa femme le suivit dans sa cham- » bre. Elle contrefit du mieux qu'elle » put la personne aflligée ; mais » tout ce qu'on employa ne servit » de rien : il mourut en fort peu » d'heures, après aToir perdu tout » son sang , qu'il jetait avec abon- » dance par la bouche (3). » Les poètes , comme je l'ai déjà dit , ne laissèrent point tomber cette occa-
sion de pointiller i ils firent courir quantité de petites pièces : mais «c de » tout ce qu'on fit sur cette mort , » rien ne fut plus approuvé que ces » quatre vers latins, qu'on a trouvé » a propos de conserver :
- Boscius hic situs esttristi Molùrus in unuf -Cm genut kumanum tudere, ludus erat. '
Compit, etnumumfingeresœva negat (4).
Joignons à ces vers latins cette épka-
phe française (5) : *^
(3) Voyc% le
tlilulé : La fa menas Comé-
, v. Histoire de le Guerin, auparavant et veuve de MoWre , pag. SU , 3<J.
Ci gît qui parut sur la seine Le singe de la vie humaine , Qui n'aura jamais son /gai.
[ut voulant de la mort, ainsi auedelane, ^tre i imitateur dans une comédie , Pourfrop bien réussir, y réussit fort mal - Car la mort en étant ravie Trouva si belle la copie , ' Qu'elle enjit un original.
(B) Plusieurs personnes assurent que ses comédies surpassent ou égalent tout ce que l ancienne Grèce et l'ancienne Rome ont eu de plus beau en ce genre-la. ] M. Perrault s'est attiré beaucoup d'adversaires, pour s'être opposé fort vivement à ceux qui disent qu il n y a point aujourd'hui d'auteurs que l'on puisse comparer aux Homère et aux Virgile , aux Démothenes et aux Ciceron , aux Aristophane et aux Térence , aux Sophocle et aux Euripide. Cette dispute a fait naître de part et d'autre plusieurs ouvrages où l'on pent apprendre de très-bonnes choses. Mais on attend encore la réponse au parallèle de M. Perrault, et l'on ne sait quand elle viendra *. Je crois pouvoir di-
(4) Vie de Molière , folio 3.
(5) EH« «< dans le '/•'. tome du Mercure Ga- UnX.de 167 3. On y trouve plusieurs autres pièces semblaliles, avec une oraison funèbre en prose un peu badine.
* Bayle Int-mémc a donné le sens de cette phrase que P. Marchanda mal interprétée : « je n'ai rien
• changé (dit-il dans sa lettre à Marais, do L « août 1704), je n'ai rien changé à l'article M<>-
• liées en le faisant réimprimer ; et cela parce
• que non-seulement je n'avais point va les re- » marques de l'illustre M. Despréaux en faveur des - anciens; mais encore parce que les raisons qui
• m'avaient fait dire dans la première édition que ■» l'on ne savait encàre quand viendrait la réponse
• au Parallèle de M. Perrault, sont encore au-
• joard'hni dans le même état. J'avais en vue un
• ouvrage qu'un de nos plus «a vans hommes (Pé- » ritonius) faisait espérer depuis long-temps
• Il ne vit pas plus tôt l'ouvrage de M. Cliarpen-
• tier sur Y Excellence de la langue fronçai te
• qu'il témoigna être résolu à le refWr. Il témoi-
re qu'en fait d'ouvrages de plume , il facilement s'il peint le ridicule de n'y a guère de choses où tant de gens notre siècle : rien ne nous échappe aient reconnu la supériorité de ce de tout ce qui lui réussit. Il semble siècle que dans les pièces comiques, même qVa 1 égard de ses pensées , et Peut-être cela vient-il de ce que les de ces imes railleries à quoi tous les grâces et les finesses d'Aristophane siècles et tous les peuples polis sont ne sont pas à la portée de tous ceux sensibles , il soit plus fécond qu'At qui peuvent sentir le sel et les agré- ristophane et que Térence. C'est mens de Molière ; car il faut demeu- une prérogative de grand poids ; car rer d'accord que pour bien juger des enfin l'on ne peut pas accuser ce siècomiques grecs, il faudrait connaftre clc de manquer.de goût pour les enà fond les défauts des Athéniens. Il y a droits relevés des poètes latins. Monun ridicule commun à tous les temps trez aux dames d'esprit certaines penet à tous les peuples, et un ridicule sées d'Horace, d'Ovide , de Ju vénal , particulier à certains siècles et à cer- etc.; montrez-les leur en vieux gautaines' nations. 11 y a des scènes d' A- lois; faites-en la traduction la plus ristophane qui nous paraissent insi- plate qu'il vous plaira , pourvu pides , qui charmaient peut-être les qu'elle soit fidèle , vous verrez que Athéniens, parce qu'ils connaissaient ces dames conviendront que ces penle défaut qu'il tournait en ridicule, sées sont belles, délicates, fines. Il C'était un défaut rjue peut-être nous y a des beautés d'esprit qui sont â ne savons pas ; c'était le ridicule ou la mode dans tous les temps. C'est en de quelques faits particuliers , ou de celles-là que l'on dirait que notre auelque goût passager et commun Molière est plus fertile que les co~ dans ce temps-là mais qui nous est miques de l'antiquité. Il a des beau* inconnu lors même t[ue nous pou- tés qui disparaîtraient dans les vervons consulter les originaux. Voilà sions , et à l'égard des pays où le des obstacles qui ne nous permettent goût n'est pas semblable à celui de point d'admirer ce poète selon son France ; mais il en a un grand nommérite , ni en grec , ni en latin , ni bre d'autres qui passeraient dans dans les versions françaises les plus toutes sortes de traductions , et de fidèles et les plus polies qu'on nous quelque goût que les lecteurs fusen puisse donner. Molière n'est pas sent , pourvu qu'ils entendissent l'essujet à ce contre-temps : nous savons sence des bonnes pensées. Voyez Parà qui il en veut *, et nous sentons ticle Amphitryon. (6).
. go» la mêm* chose a l'égard du Parallèle de ,<9 0n fSSU™ Savait par CX-
» M. Perrault. Cependant tous ces desseins sont penence les^ chagrins des maris ja-
- encore en herbe. • Joly prend occasion ponr loux , OU qui Ont Sujet de l'être. 1 J'ai
i";rbï.?^»r^^te,U^ ,«dan, un petit tf™ imprim/ 1',»
réponse au débutdnIV*. chant de V Art poétique; 1DOO, que (7; l On a donne moins de
Jusqu a présent les éditeurs de iJoileau ont néglige, J , * • /•••»/•
ounWpas connu cette' fable ; on la trouvera dans »e «« campagne qui faisait la fortune
l'édition des Œuvres de Boileau , donnée par M. de plusieurs jeunes gens de Langue-
Viollet le Duc, Paris, Desoer, i8ai quatre vo- doc dan$ |tf de ? heureuse
lutnes in-18, ou 1823, un volume in-80. , a la suite • » J211 rv
de la lettre de Boileau au maréchal de Vivonnc. naissance de sa plie. G est pourquoi ,
* Joly dit que quelques personnes ont cru qae ajoute 1 auteur , il Serait très-difftci-
Tartufe Molière avait eu en vue Port-Royal, le dans une galanterie si confuse, de
et en particulier M. Arnauld, qui dit-on , est qui e£ etait le père i tout ce
joue dans la scène ou il est dit que Tartufe man- i c , tvut. ce* gea fort dévotement deux perdrix avec une moi-
tieî de gigot en hachis. On ajoute même que ce fut cette épigramme de Marie Joseph de Chenîar,
à l'instigation de Port-Royal que le président non imprimée dans ses OEuvres.
Lamoignon défendit la pièce. Si ces faits étaient De Roquette en son temps , Tallcyrand dans le
vrais , continue Joly , ils détruiraient nn autre notre
bruit, aussi peu prouvé, qui a couru , savoir que Furent tous denx prélats d'Aatun :
Port-Royal et surtout M. Nicolle revoyait et cor- Tartufe est le portrait de l'un,
rîgeait lu comédies de Molière. Joly finit par dire Ah ! si Molière eût connu l'autre !
Îu'on a cru que ce poète avait voulu jouer dans le (6) "Remarque (B). loin. f, pag. 55a.
artuf» M. de Roquette, évéque d'Autun. La (7) Histoire de la Guéri», auparavant fe
ImdUion venue jusqu'à nous est confirmée par veuve de Molière , pag. 6.
qu'on en sait-est que sa mère assurait que dans son dérèglement , si on en exceptait Mo Hère , elle n'avait jamais pu souffrir que des gens de attalité9 et que pour cette raison sa fille était d'un sang fort noble ; c'est aussi la seule chose que la pauvre femme lui a toujours recommandée , de ne s'abandonner qu'à des personnes d'élite.
On ta crue fille de Molière * , quoi'
* On sait bien que la femme de Molière était une Brjard ; mais on n'est pas d'accord sur ses prénoms, ni même sur les noms de ses père et jnère. Les uns U font lille , les autres petite-fille de Joseph Béjard et de Marie Hervé.
Dans l'acte de mariage de Molière, du 20 février 166a , sa femme est appelée Armande Grésinde Béjard, fille de feu Joseph Béjard et de Marie Hervé'.
M. BctTara n'a pu trouver l'acte de naissance de cette Armande Grésinde ; mais il rapporte (page i3) celui de Françoise, née en juillet i638 , fille de messire Esprit de Reymond, chevalier, seigneur de Modène , etc. et de damoiselle Madelaine Béjard , sa mère ; la marraine fut Marie Hervé , femme de Joseph Béjard,
Cette Madelaine Béjard était la soeur de madame Molière, et tint sur les fonts de baptême, avec Reymond de Modène , l'un de ses enfans. L'acte transcrit par M. Beffara Ç page i5 ) porte : du mardi 4 août i665 fut baptisée Esprit Magdelejne,fiUe de Jean Baptiste Pauquelin Maulier , bourgeois, et Armande Gresinde , sa femme; le parrain messire Esprit de Bemon, marquis tle Modène ; la marraine Magdel. Bcuxrd, fille de Joseph Baart , vivant , procureur.
Ce ne serait donc ni la fille , ni la femme du chevalier ou marquis de Modène , qu'a épousée 31olière.
Mais M. de Fortia d'Urban , dans une Dissertation surlc nutriage du célèbre Molière, imprimée à la suite de la troisième édition de sa Dissertation sur le passage du Bhône et des Alpes, par Annibal, Paris, novembre i8ai , in-8°. , page i4a , dit que Molière,, qui avait vécu depuis iG45 avec Magdelaine Béjard, épousa en 106a Françoise. qui alors changea de nom, et fut métamorphosée en Armande Gresinde Béjard. La vieille madame Béjard , Marie Hervé, la reconnut pour sa fille , quoiqu'elle fût véritablement son aïeule et sa marraine.
Cette conjecture de changement de nom n est appuyée sur aucun acte. Peut-elle alors détruire «•«lui du ao février 166a? Mais dans la supposition de M. de Fortia , comment qualifier la conduite du marquis de Modène, qui , en i6G5 , à U naissance du second enfent de Molière , consent à être le compère d'une femme qu'il avait abandonnée, et se serait prêté à ces changemens d état , qu'il devait connaître :
que personne. C'eût été de sa" part ne pas être délicat ; et Molière, à ce qu'il paraît , ne prenait pas sans choix le parrain de ses enfans. Louis XIV «madame Henriette d'Angleterre, duchesse d'Orléans, avaient tenu son premier enfant en 1664. Le troisième , né en tGja , eut pour parrain Pierre Boileau , l'un des frères de uesprcaux , et pour marraine Catlicrine Marguerite Mignard , fille du peintre «le ce nom.
Mais dans la version môme de M. de Fortia , Molière n'aurait toujours pas épouse sa propre lille , puisqu'il ne connut la mère ( Magdelaine) qu'en iG45, c'est-à-dire sept ans après la naissance de Françvtst'.