‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre BayleChapitre 6 sur 142 · PHIL · texte numérisé non relu

PHIL

l'exil des rois impudiques n'est pas un remède d'amour. Au reste ce passage de Prudence n'est point conforme aux vers qu'on va lire :

Credo pvdicitiam Saturno rvge rnoraiam

la ttffit visanuju* di'u : cum frigida parvas Prtebtrtt rpelunca dornos , ignernque larrrrujue Et peetu et dominos communi ctauderet uin-

(C) Le regret... l'obligea à prier les dieux de la changer en quelque autre chose.] Hvgin pre'tend qu'elle s'adressa à Jupiter ; mais comme Apollonius remarque que Chiroa naquit pendant l'enfance de Jupiter , il vaut mieux dire que ce ne fut point à lui nommément que Phil yra eut recours , car il n'y a nulle apparence qu'elle ait attendu qu'il fût devenu le maître du ciel par l'expulsion de Saturne.

Philyra postquam inusitatam speciem se pe péris se uidit , petit ab Jove ut se in aîiam speciem commutarel , quœ in arborent philyram hoc est ti- Uam commutata est (i3).

(13) Jureul. , ut VI, init.

(lî JJyjioia, cap. CXXXVIU.

PHI LIS TUS, historien grec natif de Syracuse , eut beaucoup de part à l'amitié du tyran Denys, et l'aida considérablement à établir sa domination (a) Il obtint de lui le gouvernement de la citadelle de Syracuse. On croît même qu'il jouissait de la mère de ce tyran au su du fils. Il déchut de sa faveur après s'être marié sans la participation de ce prince avec la fille de Leptines, son frère {b) \ et ayant été banni, il choisit la ville d'Adria pour sa retraite. Il fut rappelé après la mort de ce ty ran : ceux qui persuadèrent au jeune Denys de le faire revenir étaient contraires à Dion (c) , et craignaient que Platon ne changeât l'esprit du tyran , et ils jugèrent que personne ne serait plus propre

(a) Plutarch

(b) Cest-àrdire frère de Denj-g.

(c) // était frère de la seconde femme du '•eux Denjs

STUS. 23

que Philtstus à traverser ce philosophe. Ils ne se trompèrent poiat ; car dès que Philistusse vi t rétabli , il s'appliqua à être contraire à Platon , et il porta le tyran à chasser Dion (d). Celui-ci se trouva bientôt en état défaire la guerre à Denys , et il l'assiégea enfin dans la forteresse de Syracuse, et battit la flotte que Philistus avait amenée au secours des assiégés (e) , la première année delà 107e. olympiade {/). Les uns disent que Philistus ayant perdu la bataille se tua soi-même , les autres qu'il tomba au pouvoir de ses ennemis qui le firent mourir cruellement (A). C'était un homme de mérite à ne le considérer que du côté de l'esprit, et de la science, et de la plume , et même de la bravoure (g); mais les qualités de son cœur n'étaient pas dignes d'estime , puisqu'il employait ses talcns à cacher sous de beaux prétextes les injustices de la tyrannie (h). On trouverait quelque sorte de générosité dans sa conduite, si l'amour— propre n'y eût pas été mêlé (B). Entre plusieurs livres qu'il composa (C) , on fit cas principalement de son Histoire de Sicile (D). Il imita le style concis de Thucydide , et il évita jusqu'à l'excès les digressions (E).

L'historien Timpe l'a fort mal traité. Plutarque l'en censure, quoique d'ailleurs il blâme Éphore d'avoir donné des éloges à Philistus (F).

ifl) Tiré de Plutarque , in Dione , pag. 962, 963.

(e) Idem, ibidem, pag.Q'jo, 073.

(/ ) Diodor. Siculus, lib. XVt, cap. XVI . y*>jr** la rem. (A) vers la fin.

(h) Plut., in Diana , pag. &]\ , C. Voy** la remarque (B).

(A) Les uns disent que Phiiistits

24 PHILISTUS.

se tua soi-même , les autres que ses imaginables pour le prendre (5). Le ennemis le firent mourir cruelle- même historien rapporte que l'on fit ment.] Je ne saurais mieux faire que à son cadavre toutes sortes d'indide rapporter la narration de Plutar- gnités , et qu'on le laissa sans sépulque (i) : Ayons vaincu Philistus , ture (6). 11 observe , i°. que Pbilistus i's se portèrent cruellement et barba- rendit de très-grands services aux rement envers luy. Il est bien vray, deux Denys , et avec une fidélité que Ephorus escrit qu'Use desfit luy- beaucoup plus grande que celle de même quand il vid que sa galère es- tous leurs autres fauteurs. a°. Que le toit prise : mais Ttmonides qui fut tyran , ne trouvant personne qui pût tousjours quand et Dion , depuis le remplir dignement la place que la commencement que ces choses se fi- mort de Philistus , le plus brave de rent , escrivant au philosophe Speu- ses amis, laissait vacante , se déoousippus , dict qu'il fut pris au vif, ragea, et offrit à Dion la moitié' de parce que sa galère donna en terre, son royaume , et puis toute sa conet que les Syracusains luy osterent ronne. 3°. Que Philistus avait fait premièrement sa cuirasse et le mirent paraître beaucoup décourage dans tout nud , et après luy avoir faict et une expédition de terre , et que le dit plusieurs vilenies, luy coupèrent jeune Denys lui avait donne' le comla teste , puis en baillèrent le corps mandement de toutes ses forces naaux jeunes enfans, leur commandons vales , dès qu'il avait su que les haq t'ils le tramassent tout le long du bitans de Syracuse avaient élevé Héquartier de la ville nommé Acradine, raclide , grand ami de Dion à une et qu'ils l allassent puis après jetter semblable charge (7).

dans les quarriercs. Et Timœus l'ou- (B) On trouverait quelque gc-

trageant encore davantage , dict que nérosité dans sa conduite, si l'amourles petits enfans en attachèrent* le propre n'y eût pas été mêlé."] Le tycorps mort par la jambe dont il es- ran Denys Pavait honoré de son toit boiteux , et qu'ils le trainerent affection et de ses bienfaits , et cnpar toute la ville , où il fut injurié et suite il Pavait banni. On voit presoutragé par tous ceux de Syracuse , que toujours qu'un historien suit estant bien aises de voir trainer par plutôt le ressentiment présent d'une la jambe celuy qui avoit dit qu'il ne injure , que le souvenir des fuveursf allait pas que Dionysius s en fuis t passées ; c'est-à-dire que s'il compose de la tyrannie sur un cheval léger son ouvrage pendant l'exil à quoi sort (a) , ains qu'il falloit qu'on l'en ti- patron et son bienfaiteur l'a condamrast par la jambe , plutost que d'en né, il dit plus de mal de lui que desortir volontairement. Et toulesfois bien. Philistus en usa tout autre-

vant dans les mains des ennemis , et dans Syracuse , sous la faveur de ce

pour s'épargner les tourmens et Pi- prince, et au milieu des beaux em

enominie qu'ils lui eussent fait souf* plois qu'il en avait obtenus. Si les

irir (4). Hotez que le combat fut bons offices que les monarques reçoi-

opiniâtre , et que la valeur de Phi- vent de la plume d'un historien

listus mit l'avantage dans son parti préjudice de la vérité , pouvaient

au commencement ; mais enfin il se être quelquefois louables , ce serait

vit environné de plusieurs vaisseaux sans doute lorsqu'il les rend aux per-

ennemis qui faisaient tous les efforts sonnes mômes qui l'ont banni. Il y a

v de la grandeur d'âme à conserver

(i)Pîutapcbus, in Dionc, pag. 973 .je me sert pl„s soigneusement le souvenir (l'un

de la version a Amrot. £• r i -n

(a) Confère,, ce que desszu , citation (3i) de ™enfait, que le SOUVetlir d line in-

Varticle {^kriandak , totn. XI. pag. 586. ]ure i W»3" puisque PhiUstUS flatta

(3) Diodore de Sicile , ftV. XIV, chap. VIII, /t, TJ

pag. 571 , suppose que Philintus dit cela. (5> itiem > widem.

(4) Diodor. Siculu», lib. XVI, cap. XVI, (6) Idem , ibidem.

p*g. m. 748. (7) Idem , ibidem , pag. 747.

PHILISTUS. 25

Denys par l'espérance d'être rappelé (D) on fit cas principalement*

et intérêt personnel , de son Histc"

'amour-propre , gâte divisée en d<

gardons-nous bien de comprenait,

dire comme a fait Pausanias que ce- tait fait pendant plus de huit cents

la l'excuse (8). ans, et finissait a la prise d'Agri-

(C) Entre plusieurs livres qu'il gente , c'est-à-dire a l'an 3 de la 93".

composa ] Suidas (9) lui attribue olympiade : car ce fut alors que cette

un Traité de l'Art oratoire j sEgy- ville fut subjuguée par les Carthagi-

ptiacat en douze livres ; Res Siculce, nois L'autre partie, en IV livres,

en onze livres ; quelques harangues , commençait au règne du vieux Dc-

et une entre autres touchant la ville nys , c'est-à-dire où la première fi-

de Naucratis $ l'Histoire de Dcnys-le- nissait j car ce Denys se rendit maî-

Tyrau ; trois livres sur la théologie tre de Syracuse l'année d'après la

des Egyptiens ; un Traité sur la Ly- prise d'Agrigente (i3). Voilà les onze

bie , et sur la Syrie. Il observe d'à- livres Rerum Sicularum , que Suidas

bord que Philistus était de Naucra- donne à Philistus; mais de plus il lui a

tis , ou de Syracuse : cela me fait donné l'Histoire particulière du tyran

craindre qu'il ne réduise deux au- Denys , en six livres. Vossius prétend

teurs à un. Il y a dans son Catalogue que Cicéron , dans le passage que je

bien des ouvrages qui ne conviennent vais citer , ne considère que la divi-

gaère à notre Philistus , et que j'at- sion que j'ai rapportée ci-dessus ,

tribuerais volontiers à quelque Phi- savoir celle de l'Histoire de Sicile en

listus né à Naucratis. Le jésuite Ra- deux parties j l'une de sept livres ,

gusa (10) citant Constantin Lascaris et l'autre de quatre. Siculus illc

admet deux Philistus, l'un de Syra- ( Philistus) capitalis , creber, acutus,

cuse ou de Naucratis , et l'autre de brevis : penè pusiîlus lliucydides ;

Syracuse. Le premier , dit-il , était sed utros ejus habueris libros ( duo

allié du tyran Denys, et mourut dans enim sunt corpora) an utrosgue , nés-

une guerre contre les Carthaginois : ci'o. Me magis de Dionysio délectai :

il écrivit plusieurs choses touchant ipse est enim veterator magnus et

la Sicile. Le second fut exilé par le perfamiliaris Philisto Dionysius(%%\.

vieux Denys , et composa dans sou Ce sentiment de Vossius est peut-être

eiil une bonne partie de son Histoire, fort raisonnable ; mais peut-être aussi

Plura scripsit de rébus JEgyptiacis , que Cicéron mettait d'un côté les

lib. 12 ; de Sicanicis , lib. 11: item deux parties de l'Histoire ge'néralc de

de Baccho ; de Theologiâ jEgyptio- Sicile , et de l'autre l'Histoire parti-

rum, lib. 6; de Syridet Libyd. Tout culière du tyran Denys, de laquelle

cela ne peut servir qu'à augmenter Suidas a fait mention. Il semble que

la confusion , puisque après avoir Denys d'Halicarnassc favorise un peu

donné deux Philistus , on coupe ce plus ceux qui voudraient assurer que

qu'il fallait laisser entier pour l'un l'Histoire au tyran n'est point diflë-

oq pour l'autre , on change les cir- rente de la IIe partie de 1 Histoire de

constances (1 1) , et l'on attribue au Sicile, que ceux qui diraient le con-

Syracusain ce qu'il valait mieux at- traire (i5). Quoiqu'il en soit, notre

tribuer à celui dont la patrie est Philistus , considéré comme histo-

douteuse. rien, ne déplaisait pas à Cicéron, et

f«r» K < » / k / Par conséquent on peut regarder

W Ei /, x*i «m*» JWv commc de8 personnc8 dégoûtées , ou

»jpn , «ntortm t*t » zv,«xoi**ic t délicates , ceux qui le mépri-

^xpu^crêcu rr^ Aion,„ouT* 8aierQt Dionysii mater ejus qui S yra>

ctT'jyiaTatTat. iVWi si Philistus venus disnut / * J . ' J .

hahrtur li. c cusanorum tyrannus fuit, ut senp-

naonur qui cum Ajrracusas se restitutum irs - /<».». j

mraret multa Dionysii Jlagitia dissimulant. tum apUCl àyhUlStum est , et doctum

raasaaias, lib. I . pog. \ï. „

v c ., . >. ~? „ (ia) Hiodor. Siculus, lib. XIII. cap. CIII.

0) Suidai, m «iXJC&f. ' ' ' r '

(10) HierotJTmos Kagusa, in Elogîis Sicolornm, (i3) Idem , ibidem. P*g- "a , a33. (,*) Cicero , ad Quintum fratTfm , fpist. XII ,

(u) Philistus, mort a la guerre , ne se battit lib.^lf.

contre les Carthaginois, mais contre les (i5) Voye% Denrs d'Halicarnassc, eput. ad troupe de Dion de Sjracuse. Pompeium , pag. m\ a(ii.

26 PHIL1STUS.

hominem et diligente m et œqiudem coeilli les fautes des grands nersontemporum illorum, quum prœgnans nages , s'est imaginé que Cicéron hune ipsum Dionysium alvo conline- avait parlé de Thucydide avec beauret, somniauit se peperisse Satyriscum coup de mépris, et Pavait nommé (16). Ceux qui pèseront les louanges petit Thucydide. Voici la réfutation que Cicéron a données à Thucydide, de cette bévue. Isto ferè paclo hallucompteront pour beaucoup que tout cinatum fuisse virum doclum, qui de aussitôt il aitaéelaré quePLilistusimi- erroribus magnorum virorum scripsit, ta très-bienThucydide '.Hune consecu- illico sens i , ut hic istius liber in matus ' estSyracusius Plùlistus, qui quiim nus meas incidit. Is pagina no nage- Dionysiityrannifamiliarissimus esset simâ extremd ait , Thucydidem hisotium suum consumpsit in historié toricum videri ne enarratorem quidem scribendd , maximeqce Thucydidcm interdum , idebque paenè pusillutn est ? sicutmihi uidetur, imitatus(i7). Ciceroni dictum. Non animaduertit Quintilien assure que Philistus est scriptor , tùm prqfectb aliud agens , plus clair que Thucydide (18). C'est neque quemquam ab ullo vocari solere un bel éloge : car enfin l'obscurité pœnè paruum , a ut pœnè magnum , est un grand aafaut, et qui peut bien sed omninb pan'urn, aut magnum ; balancer les grands avantages que neque ibi apud Tullium , ubi pœnk l'on donne à Thucydide sur Philis- pusillus Tliucydides dicitur, usurpatas. Peut-être trouverions-nous, si ri hoc de Thucydide (ai ). Le père nous pouvions comparer les écrits Vavasseur fait voir ensuite que Cicéde celui-ci avec ceux de Thucydide, ron parle de notre Philistus. que Denys d'Halicarnasse a placé II me reste encore une chose à ob Philistus un peu trop au dessous de server. Cicéron témoigne que l'hisl'autre (19). Au pis aller ce sera tou- toire de Denys lui plaisait bien plus jours pour Phili&us un titre hono- que l'autre ouvrage de Philistus "'avoir été c e par Cicér îloge de p«

un comédien de Paris , ne crurent craignant que cela ne pût servir de ss le louer médiocrement. prétexte pour médire de Cicéron , Notons deux fautes que l'on a corn- prend soin d'éclairer la chose. Cicémises sur le penè pusillus Thucydi- ron , dit-il, ne loue pas le cœur de des de Cicéron : l'une a été critiquée Philistus , il ne cherche dans cette par Vossius, et l'autre par un jésuite, histoire que l'utilité qui peut revenir Un savanl commentateur a cru que de la connaissance des fourberies du Philistus n'ayant guère écrit en com- tyran . Non animum Philisti laudauil pa raison de Thucydide, a été qualifié Tullius, sed utilitatem libripnrtlicadc la sorte par Cicéron. C'est, un abus, vit ; atque id imprimis quidem propter Id referri eo minime débet quod prœ prudentiam quam ex uafri adeb ty- Thucydide pauca admodum scripte- ranni vilà capere esset ; sed et propter rittquce(*%) Paulli Manutii sententia dictionem quam Thucydideœ œ muest (nain longé aliud apparetex Us lam fuisse e liant ex secundo de Oratore quat ex Suidd et Diodoro adduximus), cognoscimus , ac proplerea idem in spd quia non paullb quidem infirmior Bruto, etc. (a?). Ces dernières parosit Thucydide, ut Fabius (*") quoque les sont très-inutiles, pour ne rieo censet, attamen imitetur eum non in- dire de pis ; car il ne s'agissait pas de féliciter ( ao ). Un auteur , qui a re> disculper Cicéron sur le plaisir qu'il . r 3 rv- • prenait à lire Philistus , mais sur ce

(ibl l -irero . un. I de. Uivinat., cap. .\\. vi •» i » < i* i»u*

U tdem. lib. il, de Or.tore , folio jj, D. <{". il«J prenait davantage a lire I Hh-

(18) Pkiluitu auoque menturqm utrbaquam- toire du tyran Denys. Il ne sert de

vùbontmimposthos authorumeximalur, imitator rien pour justifier Ce goût de dire

J^^^^Apj^i^^^u que Philistus écrivait bien. Nous ne

iuciator. (^uiDtil., lib. A, cap. /, pag. m. 40$. » . . . , ,

(19) Diony». Halicam. , epiit. «a Pompcium , savons pas que ce talent ait ete plus

vas, a6i et a6a. Voyez aussi pat. iqo. T*«) Notis ad eum Ciceronis locum. (*0 FrancUcus Varajsor, de ludicrâ Dictionc,

C1) Lib. 10 , cap. 1 P*g- »66 , 167*

(ao)VoMiiu, de Hiator. graeii , lib. I , cap. (aa) Voasitu , de Hiator. grecis, lib. 7, cap.

PHILISTUS. ?7

Histoire de De- (E) // évita jusqu'à l'excès les dinys <jue dans l'autre. Disons donc que gressions,"] C'est un défaut que de se Vossius a mieux aimé se préparer une plaire à s'écarter de son sujet : l'histransition , que de raisonner comme torien Théopompe en a été censuré il fallait. Ceux qui savent combien il avec raison (a3) ; mais il ne s'ensuit est difficile de composer d'une ma- pas qne ce soit une vertu que de se nière liée, je veux dire en ménageant plaire à ne quitter jamais sa matière bien les transitions , et d'observer principale j c'est outrer une bonne néanmoins très-exactement les préci- chose, c'est la gâter (ify. 11 y a un rions de la dialectique , ne s'etonne- milieu entre ces extrémités , comme ront pas tant que les fautes de la Théon l'a remarqué judicieusement, nature de celle que je viens de re- Où y*.p àta«ç Xf" ( *reLpi*0&m ) ^remarquer soient si fréquentes dans irap&iTtlr&ttt , x.etQciir*p ô •<x»ç'o<* les auteurs. ÀvttTct.ûtt y&p t*» /iavoiatir t£y àxpoat- Quant au reste, l'apologie de Cicé- *r»r «xx«t «m t»mx*£tiiip tojuÎxoç , Jkiç ron par Vossius est très-belle. Tout **r«xx©«rfioî <r»y /iifoi*? t«» «îx^oa»homrae curieux , et principalement jutivon , »ct cTiîrô*» nrttxir i/To/*T»V«a»c •'il se mêle des affaires de la républi- t«» 7rp oup>»/ui»»y , oîc 0io?royU9roc •» t*<; que , sera du goût de cet illustre Ro- QitoTmK&ïs. Neque enim opovtet simmain , sans choquer la probité. 11 pUciter J'ugere digressiones , quod aimera mieux lire l'histoire particu- Philistus fecit : quia in Hdc animus lière d'un fin politique , grand scelé- audientium acquiescit. eruni illas , rat , hardi et subtil usurpateur , que quœ adeb sunt pivlixœ , ut abducant des histoires générales , et sur tout auditorum animos , ut necesse sit ea , lorsque ceux qui l'ont composée ont quœ antè dicta sunt , in memoriam revécu dans la familiarité du tyran. Ils vocari t cujusmodi digressionibus utideguiseront les choses , m'allez-vous tur Theopompus in Philippicis (a5). dire , ils donneront un bon tour aux Vous voyez qu'il blâme Philistus de crimes de leur héros. C'est ce que ne point faire de digressions , et qu'il Philistus pratiqua. Je vous répondrai dit cru'il en faut faire quelquefois , et qu'un lecteur intelligent démêle ces qu'elles servent de reposoir. 11 a raiartifices et qu'il en sait profiter. Je son : un peu de variété est nécessaire ne doute pas que plusieurs personnes dans tous les ouvrages d'esprit , et l'on ne donnassent, pour recouvrer ce seul remarque que les écrivains les plus livre de Philistus, quatre ou cinq des réguliers ne sont pas ceux qui se font anciens auteurs qui sont parvenus lire le plus agréablement. Je pourrais

t'usques à nous. Il nous apprendrait indiquer des histoires qui font bâiller >ien des choses inconnues- Nous ne souvent les lecteurs, et même dorcon naissons guère Denys le tyran que mir , quoique l'auteur les ait écrites par des actions de cruauté et de dé- avec une observation exacte des règles tiance. Ce n'est là qu'une très-petite de l'art , un style grave, serré , ccrpartie de son portrait. Un homme rect , sentantieux , une narration déqui se rend maître d'une puissante chargée d incidens et de minuties ; république, et qui se maintient plu- aucun détail , aucun écart ; toujours sieurs années dans l'usurpation mal- sur la ligne droite , parce qu'elle est gré cent obstacles, est ordinairement la plus courte (*6). D'autres écrivains d'un caractère où il entre plusieurs sortant quelquefois de la gravité , bonnes qualités physiques. Nous igno- soit à l'égard du langage t soit à l'érons ce mélange à l'égard de ce De- gard des matières, et ne faisant point nys , et le détail de sa conduite , et scrupule de s'écarter de leur chemin plusieurs défauts des Syracusains. Il pour faire place à un épisode , font serait utile de voir de quelle manière y VnfUU Th ■ 0F0„, tom. „ v ,

PhlllStUS peignait Ces choses. La aux remarques (E) et (F).

maxime , mterest reipublicœ CQ£Ç nOSCl 0>4) fnsani sapiens nomen feraty cetjuus iniqui

malûs, Se doit étendre j IJSque-là. Qui Ullra quant sdtis est , virtùtem si petat ipsam.

n'entend qu'une partie n'entend rien, Ho™u' "P"1* Vl» Ub' *> v'' *5-

ou ne peut pas bien juger ; et s'il ju- J^.' ProW«™«., caP- lv > *•*'

gait bien , ce ne serait que par un (a6)' A imnelo ^ punctum Unsa wto tst on

coup de hasard. niumbrevissima.

28 PHILISTUS.

une histoire qui tient perpétuelle- d'ouvrage qui les demande , ou qui ment en haleine le lecteur. Il se trou- les souffre naturellement. C'est une

c est une preuve de l une de ces deux sence de ces sortes de compositions

choses plutôt que de l'autre , ou que et doit être principalement permise à

les règles sont fausses , ou que l'es- ceux qui n'espèrent pas de prévenir

prit des lecteurs est faux. Je m'arrête autrement l'ennui du lecteur (18).

au fait , et je m'en rapporte à la re- Notez que pour dire justement qu'une

marque d'un homme de très-bon digression est trop longue, il ne su f-

gotit.Quelle prodigieuse dis lance, dit- fit pas d'alléguer qu'elle remplit plu-

il (27) , enliv un bel ouvrage , et un sieurs pages , il faut de plus que cha-

ouvrage parfait ou régulier; je ne que chose y occupe trop de terrain ;

sais s il s en est encore trouvé de ce car quelque court que vous soyez sur

dernier genre. Il est peut-être moins chacune, la jonction de plusieurs vous

difficile aux rares génies de rencon- rendra prolixe. Solet enim esse quœ-

trer le grand et le sublime , que d' évi- dam partium brevitas quœ longam

1er toute sorte de fautes. Le Cid n'a tamen efficit summam (aoj. Je me sers

eu qu'une voix pour lui a sa naissan- de cette pensée de Quintilien dans un

•ce , qui a été celle de l'admiration ; autre sens que lui. il s'est vu plus fort que l'autorité et (F) Plutarque censure Timcc, quoi-

la politique qui ont tenté vainement que d'ailleurs il blâme Ephore d'a-

de le détruire ; il a réuni en sa faveur voir donné des éloges a Pliilistus. ]

îles esprits toujours partagés aVopi- « MaisTimœus, prenantpourcouleur

nions et de sentimens , les grands et » et occasion non injuste de mesdire,

le peuple ; ils s'accordent tous h le sa- » l'affection , la diligence , et la (ide-

voir de mémoire , et a prévenir au » Rte que Philistus avoit tousjours

théâtre les acteurs qui le récitent. Le » monstrées à l'entretencment et def-

Cid enfin est l'un des plus beaux poe- * fense de la tyrannie, s'em plit à cœur

mes que l'on puisse faire ; et l'une des » saoul d'outrages et de vilenies qu'il

meilleures critiques qui ait été faite » luy dit en cest endroit. Or quant

sur aucun sujet est celle du Cid. „ à ceux qu'il avoit de fait outragés ,

Voilà le plus bel exemple qu'on puisse » s'ils furent inhumains jusques à

citer de l'insuffisance des règles. L'au- » perdre par couroux le sentiment

tcur du Cid n'en observa presque au- M des cruautez qu'ils lui faisoient , à

cune. L'académie française l'en dé- » l'aventure leur estoit-il pardonna-

clara infracteur, et cependant il char- » ble : mais ceux qui depuis sa mort

ma et il charme encore le public. Il » en ont escrit les gestes , qui ne fu-

perdit la cause devant les maîtres, et » rent oneques offencez de luy en sa

il la gagna partout ailleurs : il en ap- >, y{e f et qui doivent en escrivant

pella au peuple comme l'Horace qui » user de raison , il me semble que

avait tué sa sœur , et qui fit casser à » ]e soing de leur estime et bonne

ce tribunal la sentence des juges d'of- » réputation requerroit qu'ils ne lui

peubeaucoup de méthode, l'on en ôte- » vent'parfortuneaussitost advenir au rait les principaux agrémens. » plus homme de bien du monde qu'à

Au que

gressions : car la partie historique de «bien qu'

cet ouvrage est mille fois plus confor- » pallier de belles excuses beaucoup

me aux manières de Philistus qu'à » de meschans actes et de mauvaises

celle de Théopompe: et pour ce qui » mœurs, et si éloquent à inventer

*»of A* * : — „ i • /• i / * j i i

qi

(17) La Bruyère, Caractère* de ce «ccle , au periculumfugere. Plin., epist. XXI, lib. f/TT. chapitre Jet ouvrages de V esprit , pag. m. 76, 77. (29) Quintiluinus, lib. IF , eap. i7, p. m. i83.

PHILLA. 29

» nestes , ne se sçauroit-il lui mes- calomniateurs. Son habileté ne » me, encore* qu'il y emploiast tous fut pas le fruit de l'expérience ; » ses cinq sens de nature , sauver de >'innl. „i^„0 » *" A • • cestecfiarge, qn'U n'ait estël'hom- ™F n *lant ûl°r? q» «ne jeune » me du monde qui a le plus favorise nlle » elle se voyait consultée dans » les tyrans, et quia tousiours aimé, les affaires de la plus haute im— » surtout désiré et admiré principa- portance par Antipater , sou pè- » lement les délices, la puissance, * i»„„ j__ i * Mtt ^r*- 1 » les richesses et les alliances des ty- *e > 1 Un deS P1"5, f aPs P°l* iques » rans : mais celuy qui ne loue les de ce temps-là (0). JNous connaî- » actes de Philistus, ny aussi ne luy trions le détail de l'habileté de » reproche ses misères et calamités , cette princesse (c) , si nous avions » bentle vray moyen quil faut tenir t , livres de Diodore de Si- » a un historiographe (3o). » Ce que . rr ,

Plutarque touche de ces alliances des Clle; mais nous avons perdu les tyrans , se confirme par ces paroles endroits de son histoire où il le • de Cornélius Népos : Philistum histo- donnait. Philla en premières noricum Svracusas reduxit hominem t »\ ' *» // \ 1 •

J ■ . - „ (d) épousa Lraterus (e), ce ui oue

anucum non magis tyranno quam ty- \ ' r # *7* VW » * H*"7

ranniditft), et par celles de Denys les Macédoniens aimèrent le plus d'Ualicarnasse. Pkilistus Thucydidem entre tous les capitaines d'Asequitur moribus exceptis : hic enim lexaudre. Elle se remaria à Dé-

libtrestetanimimasnitudinis acgra- . j ^

vitatisplenus : Me tyrannorum et alio- ^etriUS (/) après la mort de Crarum cupiditaU plus nimio subservit terus , et tut bien la principale (3i). des épouses de son second mari

po) Plat. , in Diow, pag. 974. (A) ; mais elle n'eut pas beaucoup

POCwn. Nepos , in vu! Diony»ii, eap. m. de part à son amitié : c'était un

^Dio». Halicaru. , epist. .d Pompciu» . prince voluptueux (g), qui avait

en même temps plusieurs mai- PHILLA, l'une des plus illus- tressesdontquelques-unesavaient très dames de l'antiquité , était couru \es HeUx publics. Il eut du fille d'Antipater , gouverneur de <ygout pour phil!a ? sous pr<Jtex- Macédoine pendant l'absence te était pius :eune »el,e

d'Alexandre. Elle eut beaucoup (h) . et néanmoins il fut fou de d esprit et fut très-capable des la courtisane Lamie, qui était grandes affaires (a). Elle propor- sur je retour ^ Philla moutionnait si adroitement sa con- rut a>une manière tragique; car dmte aux humeurs diverses de ayant appris que Démétrius avait ceux qu'il fallait remettre ou per(îu ses ëtats ? elle n»eut int contenir dans leur devoir , quel- le courage de le voir comme un le empêcha qu'une armée toute mise'rable fugitif, et s'empoisonremplie d'esprits factieux et tur- naen maudiSSant la fortune d'un bulens ne se soulevât : elle ma- tel époux quiavaitété moins riait à ses dépens les filles pauvres, et s'opposait avec tant de (£) u. ibid. , pag. 1014.

force aux Oppresseurs de l'innO- (<0 Yoyez Diodore de Sicile . ibid.

cence , qu'elle mit hors de dan- # ™^ ,

ger plusieurs personnes qui al- (/) Diodor. Sïculus , ci Plutarchus, ;/>.

laient être accablées par leurs te)*^ *^«™ pag. 9& , j.

r (11) la. , ibid. , pag. 902.

(i) V oyez, VarlicU Lamie ( courtisane ) («) Diodor. Stculus, lib.XlX, cap. LIT, reinnrf/uc (C) , loin. IX, pag. fa. p- m. ioi3. (/., Plul. in Dcmetiio , pag. gît.

Page 1