TOME XII
338 PRISCILL1EN.
citerai bientôt, signifient que cette des assemblées nocturnes et impudiavantureconccmeProcula, tille d'Eu- ques avec des femmes, et qu'il se chrocia, je ne ferai point l'opiniâtre, mettait tout nu dans l'exercice de l'o-
)riginai. L'extérieur ae aevouou grossir sa troupe et qi que Priscillien affectait depuis long- sexe. C'est la pensée de M. Maimbourg. temps, ne lui avait pas faitoublier que Citons encore la paraphrase un peu la jeune Procula^tait préférable à sa trop amplifiée qu'il nous donne des mère. Voici le latin : lier eis prœter paroles de Sulpicc Sévère. « Depuis interiorem Aquitaniamfuit : ubi tiim » qu'on, est prévenu d'un homme ab imperitis magnijicè suscepti, spar- » qu'on croit être saint , on se sousere perjidiœ semina,maximèqueElit- » met aveuglément à tout ce qu'il sanam plebem , sanè tiim bonam et re- » ordonne, et l'on prend sans aucune ligioni studenterny praxis prasdicationi- M répugnance toutes ses décisions bus pervertere ; a Burdigald per Del- „ comme des oracles , particulièrephinumrepulsij lameninagro Euchvo- w ment quand elles sont favorables cùealiquantispermorati,infecérenon- n aux inclinations de la nature cornullos suis erroribus. Indè iter cœp- }> rompue. Ainsi ce scélérat n'eut nas tum ingvessi, turpi sanèpudibundoque M grand' peine de persuader à ses discomitatUy cum uxoribus atque alienis M ciples, que pourvu que l'esprit qui etiamfœminiSyinqiieiseratEuchrocia, 9 vient de Dieu lui soit parfaitement ac filia eius Procula ; de audfuit in M im[ par une certaine espèce d'osermone hominum, Prisciltianistupro M raison qu'il leur enseignait, on gravidam,panumsibieraminibusabe- w pouvait, et même on devait abangisse (4). Ce fut un bonheur pour Del- „ donner la chair à toutes ses conphidius de mourir jeune; car il n eut M voitises, sans que Dieu y prenne pas le déplaisir de connaître la débau- ^ intérêt et le trouve mauvais , puische de sa fille et le supplice de sa fem- w qu'elle n'est point de lui, et qu'elle me (5). Chacun sait qu'Euchrocia fut M ne vient que du méchant principe punie du dernier supplice en mjme ^ je même que le mariage. C'est sur temps que Priscillien (6). Un panégy- „ ce détestable dogme que les femmes riste de Théodose déclama éloquem- M qU{ n'aimaient pas leurs maris les ment contre cettecruauté : il ne par- M quittaient malgré qu'ils en eussent donna pbintàMaxime d'avoir fait mou- „ ^ y et |cs maris aussi ieurs fcmraes rirla femme d'un poète illustre, accu- „ de l'humeur desquelles ils ne s'acsée d'être trop dé vote. Devirorummor* n commodaient plus ; et que les uns tibus loquor, cùm descensum recorder M ei \es autrcs, comme tous ses disadsanguinemfœminarumtetinsexum „ ciples, faisaient à son exemple tous cui bella parcunt non parce sœvitum? >, ensemble l'oraison, comme s'ils Sednimirùm graves suberant, invi- M eussent été dans l'état d'innocence, . diosœque causœ ut unco ad pœnam „ et S€ souillaient ensuite de toutes claris vatis matrona raperetur. Obji- „ 80rtes d'impuretés. , Car c'est là ciebatur enim , atque etiam exprobra- » qu'aboutissent ordinairement ces batur mulieri uiduœ nimia religio , et „ n0UVelles doctrines , ces enthou-
(4) Sulpicias Severus, Hist. Sacr. , lib. II,
pag. i65. » (?) Latinu» Pacatus , in Panegyrico Theodosio
( 5) Minus malorum munere expertus Dei , dicto , cap. XXIX, pag. m. 5o5.
Medio qubd a*>i raptus es. (8) Nec difjxtrntem obsecenis se sluduisse doc-
Error* qubd non deviantis , Jîliœ. trinis , nocturnos etiam turpium fœminarum
Panaque Ursus conjiigis. egisse conventus , nudumque orare solitum , no-
Ausonius, in Profcss. , imrn. S , pag. m. 160. centem pronunciavit. Sulp. Severus , Hirt. sacr.,
(6) Snlpiciu» Severus, H ut. Sacr*, lib. II, M>. *,P«S- »7°-
pag. 170. (*) Sever. , 1. 1.
PRISCILLIEN. 339
» siasmes et ces nouveaux genres d'o- Satores displirere. Certc Ithacium
» raison plus fanatiques que mystrf- niliil pensi, nihil saHçtihabuisse defi-
» rieux de certains faux illumines et nio. Fuir enim audax , loquax , im-
» prétendus spirituels qui commen- pudens , sumptuosus , ventri et gulce
» çant par l'esprit pour tromper le plurimiim impertiens. Hic slultiliœ eb
» monde , ne manquent guère de fi- us que pixtcesseral , ut omnes etiam
» nir par la chair (9). « sanctos viros , quibus aut studium
(D) Je rapporterai le caractère inerat lectionis, aut propositum erat
d Ithacius, leprincinal promoteur de certarejejuniiSy tamquam Priscilliani
la mort de Priscillien.'] C'était un socios aut discipulos, in crïmen arces-
évèque Espagnol, impudent et dé- seret. A us us etiam miser est, edtem-
bauché, et qui sacrifiait toutes choses pestate Martino episcopo, uiro plané
à ses passions. Il fit bien connaître , dpostolis conferendo , palam objec-
que l'amour de la vérité ne l'animait tare hœresis i'nfamiam. Namque tùm
pas, et qu'il ne poussait à bout la Marlinus apud Treveros constitutus ,
persécution de ces hérétiques que par nondesinebat increpare Ithacium , ut
un principe de vanité. Ses premières ab accusatione desisteret ; Maximum
démarches l'engagèrent à mettre le orare, ut sanguine infelicium abstine-
tout pour le tout : il cherchait l'hon- ret : satis superque suffîcere , ut
neur du triomphe; il voulait montrer episcopali sententid hœreiici judicati
la force de son crédit et celle de ses ecclesiis pellerentur (10). L*interces-
intrigues; il n'eût pu souffrir que l'on sion de Martin fut si puissante , que
s'aperçût qu'il ne gagnait pas son pendant qu'il fut à Trêves on ne pro-
Srocès ; il remua ciel et terre auprès céda point au jugement de ces mal-
u tyran Maxime, afin d'obtenir la heureux; mais dès qu'il en fut parti,
victoire par la faveur du bras sécu- quelques évéques gagnèrent Maxime,
lier. Et comme il craignit les tra- et le poussèrent a violer la parole
mnes sages et judi- qu'il lui avait donnée (\ 0. Priscillien dence et la n user de prise qui lui dépl
saient. Dès qu'on s'appliquait à la qu'il ne parut pas contre lui devant
lecture ou au jeûne , on était décrié les juges, lorsqu'il fut question de
verses des personnes sages et judi- qu'il lui avait donnée (1 1). Priscillien
cieuses, il eut l'impudence et la ma- rut condamné au dernier supplice ,
ligne politique d'accuser de priscil- et alors Ithacius pleinement content
lianisme tous ceux qui lui déplai- désista de l'accusation , c'cst-A-dire
qui l'exhortait à se dépouiller du per- dens quant inuidiosum sibi apudepis-
sonnage de solliciteur de procès, et copos foret, si accusato, cliapi pos-
qui suppliait Maxime de ne point ré- tremis rerum capitalium judiciis asti-
pandre le sang de ces hérétiques, tisset ( etenim iterari judicium necessc
Voilà les ruses détestables de la plu- erat) , subtrahit se cognitioni frustra
part des accusateurs d'hérésie : on les cahdo jam scelere perjecto (13). Lati-
renouvelle dans chaque siècle, et le nus Pacatus traite selon leur mérite
mondes'y laisse duper encore aujour- ces éveques sanguinaires ; il exagèiv
d'hui, comme si elles ne faisaient que comme il faut le scandale qu'ils don-
paraître. L'historien que je vais citer naient , en portant leurs mains im-
ceux qui les accusaient. Secuti etiam accusatores Idacius et Ithacius épis- (m) Sulpicios Sevenw, Hist. Sacr., lib. II, copi : quorum studium in expusnan- * * / • ™ • + • •••
y' j ' . • • t S Jr , ( 11) QuoaaustjuèMarttnus îrevens fuit, dilata
dis hœreticis non îeprenendercm , si cognilio est . et mox discessurus egregia authori-
non Studio vincendi plus quant OpOr- talc à Maximo elicuit spoqsionem , nihil eruentuit cer tassent. Ac mca quidem sen- *" ™°* constituendwm Sed posleh impera-
lentia est , mihi tam reos qtùim accu- ^^£f*r*" M^£scorosJe?ravaUts'
* * et a mitionbus consuiis aejleiux t caiissam jtrœ-
fecto Evodio permisit , vint acri et sevtro. Idem, (9) Maimboorg , Histoire du Pontifient de sainl P*g> l^9' Léon , Uv. I, pag. 45 , 46. (13) Idem, ibidem, pag. i;o.
34o PRISCILLIEN.
rumgenus, qui nominibus antistites 7 qu'en les copiant ici, je suis assuré de rêvera autem satellites , atquc adeo remporter l'approbation de tous mes carnijicesj non contenli miseras avilis lecteurs.^ « Cette exécution fut la evolvissepatrimoniiSfCalumniabantur » source de plusieurs désordres : car m sanguinem, et vitas premebant » le supplice de cette hérésiarque ne i*eorum jam pauperum. Quinetiam » fit que fortifier son hérésie. Ceux chm judiciis capitalibus astilissent , » de sa secte lui firent des funérailcitrn gémit us et tormenta miserorum » les magnifiques, et l'honorèrent aurions ac luminibus hausissent , cum » comme martyr ; et ceux qui l'alictorum arma, chm tlamnatorum fre- » vaient fait condamner , abusant de na tractassent, pollutas pœnali ma nus » leur crédit et de la faveur de la contacta ad sacra rejerebant , et cœri- » cour , persécutèrent impunément montas quas incestaverant mentibus , » les gens de bien. C'était (*■) assez , etiam corpoiibus impiabant. IIos ille » pour leur être suspect , que de 04) Phaîaris in amicis habebat, hi in » jeûner et d'aimer la retraite ; c'éoculisej us, atq ue etiam inoculiserant: » tait un crime que d'être plus sage nec injuriat a quibus tôt s imulvotivave- » et plus reformé qu'eux. Ceux qui niebant, auaro divitum bona, cruento » leur avaient déplu étaient d'abord innocentium pœna , impio religionis » priscillianistes , surtout quand ils injuria. » pouvaient être des victimes agréa- Nous pouvons remarquer dausltha- » blés à la colère du prince, ou encius une autre chose , en quoi les ac- » fier son trésor de leurs (*a) dépouilcusateurs les plus véhémens lui rcs- » les ; car ilsôtaient la vie et les biens semblent. Il n'y avait point d'évêaue » selon leur caprice, et ils conservaient qui eût été plus embarrassé que lui » l'amitié du tyran par des calomnies, à rendre raison de sa conduite , et » des cruautés , et d'autres actions néanmoins il était le plus ardent à » semblables aux siennes (16). » ditiàmer et à poursuivre les autres. (F) // y eut d'autres évéques qui Ce désordre est prodigieux, comme imitèrent saint Martin.] Continuant les païens Font remarqué : ils ont dit à montrer les mauvaises suites du que Finnocence est la qualité la plus supplice de Priscillien , je me sers ici nécessaire à ceux qui accusent (i5). des termes de M. Maimbourg. Ils va- Mais ordinairement c'est de quoi les lent mieux que la traduction que accusateurs se mettent le moins en j'en pourrais faire. « Ce qu'il y eut peine. Il y a tel homme dont les livres » en ceci de plus déplorable , c'est sont, tout remplis d'absurdités, de » que cette action d'ithacius fut contradictions, de profanations, de » cause qu'il se fit pour un temps nouveautés , de paradoxes très-dan- » une espèce d'assez dangereux schisereux et d'hérésies, qui n'a pas laisse » me dans les Gaules. Car d'une part
tendu parler que de personnes dépo- „ me ensuite séparé de sa communion,
sées, proscrites, anathématisées, pour „ fut suivi en cela de la plupart des
ne rien dire de pis. Ces irrégularités » évéques, qui crurent comme lui
et ces injustices dureront apparem- » qu'ils ne pouvaient communiquer
ment autant que le monde. » avec un nomme qui avait désho-
(E). . . Et quelles fuient les suites „ noré et son caractère et l'église,
(i3) Latinus Pacatus, m Panegyrico Tbeodosio >» ense souillant du sang de ceux des-
àîc}o x<.-ap. XXIX,T>ag.m.5o^. M qucU il avait procuré la inort.
h£) C'est-a-dire le tyran Maxime que Théo- j?f . j, . \ , , ,
do*e avait vaincu. » Mais d autre Part> plusieurs gagnes
(i5) Cosnosce qu'a m mal la esse opporteat in eo rte t wr- * e »r
qui alterum acciset... Primhm integrttatem at, (M Sulî>U' Sever- > d* * lld S' MarU que innocentiamsingularem. Nihile tt enimauod (*3) Pacat. m Paiiegrnc.
minus ferendum sil, quiun rationem ab allero (i6) Flécliier , Histoire de Théodore , liv. III ,
viiœ repescere ewn , qui non possit suce reàdere. ô l'ann. 385, pag. m 3o3, édition de Paris y
Cicero , in Ver rem, lib. I , folio aa , S. in-ia, 1680.
PRISC1LLIEN. 34c
» par Itfaacius , dont ils étaient ou les (G) Le pape Léon approuva fe
» complices ou les approbateurs , se supplice de P.riscillien. ] M. Maim- » joignirent à lui , et se voyant forte- bourç (ai) reconnaît que jusqu'alors » ment appuyés de la faveurdu prin- les hérétiques n'avaient point élé pu- » ce, qui soutenait Ithacius , ils s'as- nis de cette manière; mais il sou m semblèrent tous à Trêves en une tient qu'on peut très-justement user » espèce de concile, ou plutôt en contre eux de cette rigueur, comme » un conciliabule, où il fut absous on a depuis souvent fait. Et sanspar- » et déclaré juridiquement innocent, 1er, continue-t-il , « de ceux qui » par la sentence qu'ils rendirent en » ont prouvé dans cet écrit qu'il » sa faveur (17). » On raconte ensui- » était non-seulement permis , mais te comment saint Martin refusa de » aussi très-bon d'en user ainsi : il communiquer avec eux, jusques à » ne faut que voir ce qu'a écrit sur ce qu'il eût compris qu'en se rela- » cela saint Léon, lorsque donnant, chant il obtiendrait de Maxime la ré- » comme nous le dirons bientôt, les vocation de l'ordre défaire main-bas- «ordres nécessaires pour agir en se sur tout ce que Von powrait dé* » Espagne contre l'hérésie de Friscilcouvtir de priscillianistes (18). Saint » lien, il loue Maxime de cette ac- Martin n'aimait pas qu'on punît de » tion , et dit : (*• ) Que la rigueur et mort les hérétiques, et il craignait que » la sévérité de sa justice contre cet plusieurs catfioliques des plus gens » hérésiarque et ses disciples , que ce de bien ne fussent enveloppés dans ce » prince fit mourir , a été d'un foit massacre , parce qu'on prenait pour » grand secours a la clémence de des piiscillianistes ceux qui, par leur » l'église. Car bien quïcllc se contenait' modeste et mortif ié , paraissaient » te de la douceur au jugement que être d'une vie plus régulière et plus » les évéques portent selon les canons réformée que les autres , sans faire » contre les hérétiques obstinés , et aucun discernement de ces hypocri- » qu'elle ne veuille point de sanglantes priscillianistes dî'avec les vrais et » tes exécutions (**) : elle ne laisse solides dévots (19). Croyant donc que >» pas d'être beaucoup aidée et bien de deux maux il devait prendre le » soutenue par les sévères constitumoindre (ao) , il céda pour un peu de » tions des empereurs , puisque la temps à la violence qu on lui faisait, et m crainte d'un si rigoureux supplice il assista avec ces évéques h la céièmo- » fait quelquefois que les hérétiques nie de V ordination de Félix , évéque » recourent au remède spirituel ,
de Trêves Dès le lendemain il » pour guérir la maladie mortelle de
s'en retourna fort triste , et se repen- » leur hérésie par une vraie convertant bien fort de V avoir faite ; et sé- » 510/1. » Le même Maimbourg soutant aperçu que ce don de miracles , tient (aa) que la principale faute dont (*x) Dieu l'avait avantagé , rfo- d'ithacius tut de s'adresser à un pérait plus en lui si souvent qu ilfaisait tribunal séculier dans une cause puauparavant, il tacha de réparer par sa rement ecclésiastique, et de procurer pénitence la perte qu'il venait de fai- la mort de ces hérétiques autant re. Pour le scliisme d' lûiacius, d ne qu'il put, ce qui est contraire aux
dura plus guère . parce que Maxi- ,.,».. «- . • , n . r . j
* " ' * / f j .f -, (ai) Maimliourtt, Histoire du Pontificat de saint
me son protecteur ayant ete défait L^n' Uv f p^ ^
quelque temps après par le ( a) grand p,^fult di« districtio ecclesiastica- Ic-
Théodose , et tué dans uiqililée par nitati , qua; cts» sacerdotal» contenta judido
Ses SOldatS , U fut abandonné de tOUS cruentas refugit ultiones : severis tamen ebristia-
... 1 , J . • » norum principum conslitutioiuhus adjuvatur,
les évéques de SOn parti , et puni de Aum ad%»iritale nonnunquàm recurrunt reme-
Cexil , OÙ il mourut, dium , q«i liment corporale supplicium. S. Léo ,
(1-) Maimbourg, Histoire du Pontificat de saint T'^'" .
¥ L*' 1 7 — e zq ( ) Dans les pays d inquisition le supplice des-
ThntâP'iS: *"* heritiqu** «* ^lui du feu. Or comme
liol i^a même. pae. do- . . . v m » • u - ■
( iq) Là même. d«M "n lel 5MPPhce ,l n Y. a nî os b
{10) Là même , pas. 60 , où il cite ers paroles répandu, .1 s agit de savoir s. bv maxime ecclesia
d* Sulpice Sévère, dial. III , Satiiis «sUmao* non nova sançuniem , conçue ici en termes equi-
ad boram cedere , quam bis non consulerc quo- valens par saint Lçon est a cet égard observée ,
rum cervicibus aladius imminebat. ou s^™**1 c,udce- Rt*' CR,T-
(*') Sever ibid (") Maimbourg, Histoire du Pontificat de saint
(•>) Isid. , \le Vît. M. t c. . lion , liv. I, pag. 57.
lois de l'église. C est pourquoi, ditil , quand les ecclésiastiques implorent ëojitre eux le secours des princes et des magistrats y ils protestent toujours qu'ils souhaitent tellement leur correction que néanmoins ils ne demandent point qu'on les punisse du dernier supplice , mais plutôt qu'on leur fasse miséricorde , laissant toutefois les juges en liberté d'agir selon les lois pour le bien de l'église et de l'étal. C'est ce qu'on peut appeler une distinction touta - fait illusoire. C'est une pure momerie : c'est du moins une conduite si éloignée de la gravité d'un tribunal qui agit sérieusement, qu'on ne peut trouver étrange que l'inquisition soit tournée en ridicule à ce sujet. Vous demandez aux princes qu'ils fassent des lois contre l'hérésie : vous les louez à perte de vue lorsqu'ils établissent la peine de mort contre l'hérétique : vous leur livrez celui que vous avez déclaré hérétique : c'est donc vous proprement parlant qui êtes cause de sa mort. Quand vous dites aux magistrats que vous ne demandez pas son supplice , vous donnez la comédie (a3.) Et au reste, pourquoi ne demandez-vous pas la même faveur pour les assassins ? car selon vous un hérétique est pire qu'un empoisonneur, et au'un meurtrier. Jamais la maxime a'Aristote, posito uno absurdo multa sequuntur, n'a été plus véritable quen cette matière-ci. L'absurdité de soumettre les opinions au glaive des magistrats entraîne après soi mille absurdités, et jette dans mille contradictions ceux qui la soutiennent. Notez que l'inquisition condamne à la mort , et ne se contente as de déclarer qu'on est hérétique
(H) Il semble qu'on ait condamné dans les priscillianistes mn sentiment que l'on a canonisé en la personne de saint Augustin.'] Voici trois choses certaines : i0. saint Augustin croit que l'homme est déterminé invinciblement, ou au mal par sa corruption naturelle, ou au bien par le Saint- Esprit $ a°. cette doctrine ôte à l'homme le franc arbitre, en preuant ce
(a 3) V ojrez Jurictt , Apologie pour la Réforaïation , tom. II pae. iLi , i5- , édition in-A°. (a4) yOJe%furTmtt lh,
PR1SGI LLIEN.
mot pour la liberté d'indifférence ;
que les priscillianistes furent condamnés pour avoir détruit le franc arbitre , en soumettant la volonté de
l'homme a une fatale nécessité qui
v 4 > II > 1 •
l entraîne sans qu elle puisse s y opposer (iS). C'est-à-dire qu'on les condamna parce qu'ils ruinaient le francarbitre , en prenant ce mot non pas pour la faculté d'agir volontairement (a6) et par une pente très-agréable, mais pour la puissance de'choisir entre deux contraires. Il -furent donc condamnés pour une doctrine qui a été approuvée dans saint Augustin.
Considérons bien de quelle manière le pape Léon les réfute. « (*) S'il est » permis de croire et d'enseigner » cette doctrine , on ne doit plus ni » récompenser la vertu , ni punir le » crime j et toutes les lois, non-seu- » lement humaines , mais aussi divi- » nés, n'ont plus de force, et peuvent » être violées impunément; parce » qu'on ne pourra jamais prononcéf ' » en jugement, ni en faveur des bon- » nés actions , ni contre les méchan- » tes ,* si une fatale nécessité pousse » et emporte par son mouvement ce- » lui de la volonté. » (37) Peut-on douter après cela , je continue â me servir des expressions de AI, Maimbourg (28), sans adopter tout ce qu'il dit , que saint Léon ait cru ce que la foi nous oblige de croire , savoir que la grâce efficace nous fait tellement agir, quelle ne nous impose aucune nécessité , mais qu'elle nous laisse inviolable notre libre arbitre , ou la liberté d'indifférence , par laquelle nous pouvons prendre
(25) Maimbourg , Histoire do Pontificat de saint Léon , /ii'. /, pag. 65.
{26) II est impossible de supposer qu'aucun hérétique ait jamais ô té à l'homme cette faculté.
(*) Quùd si id credi liceat, etdoceii, nec virtutibus praraium , nec vitiis poena debebitur. Omniaque non solum bumanarum legum , sed ctiani divinarum constitulionum décréta solventur. Quia ncque de bonis , ueque de malis aelibus ullum poterit esse judici uni , si in utramque partent fatalis nécessitas inotom racuti* iinpellit. S. Léo, epist. t)3.
(a;) Maimbourg , Histoire du Pontificat de saint Léon , lii: I, pag. 06.
(28) Je me suis servi de la traduction qu'il a faite du passage de saint Lcou , la même , pag. '65,60.
lequel il nous plaira des deux partis, Athènes , encore qu'il y fût avec et faire ou le bien par lagrdce, ou le je carafctere d'ambassadeur de la mal de nous-mêmes. Je crois sans - . ...
peine qu'ils différaient de saint Au- Par.1 de se* compatriotes , qui lui gustin dans l'explication des causes avaient déjà conféré plusieurs qui déterminent la volonté ; mais il autres emplois public» (f)y et fallait nécessairement qu'ils fussent encoreque la grande approbation d accord avec lui sur ce point de fait, *, 0 K f .
c'est que le principe qui'la pousse ne que sa harançue avait obtenue kii permet pas ou de s'arrêter, ou des Athéniens le jour de son aude reculer, ou de s'écarter a côté, dience publique , semblât devoir Ow c'est sur cela que tombe les rai- l'engager a n'exercer son talent
sons du pape Léon , quand il réfute , & b ... , ni
ces hérétiques : il est donc certain <*u.en pareilles occasions. Platon qu'en leurs personnes il réfute saint qui parle de lui assez souvent ,
n'examine point s'il raisonne bien, Socrate, son grand interlocuteur,
je dis seulement que toutes lespreu- insinueque l'envie de gagner de
ves qu'il tire, soit des peines et cîesré- l>arfient porta Prodicûsà tenir éco-
compenses soit des loix et des juge- . «J «Menaeflcctivement beau-
mens , seraient mauvaises contre cet- ie- 11 en gaDuaenecuvemeni oeau-
te secte , si elles n'étaient pas bonnes coup à ce métier. Philostrate (h)
contre le système de saint Augustin, nés éloigne point de cette pensée
Remarquez bien que saint Léon ar- p|aton car i{ attriDUe â Pro-
cumcnte parles suites que pouvait ,. t ... ,
Ivoir le dogme de la fatale nécessité, djcus ces deux qualités, lune
et qu'il ne dit pas que ces hérétiques d avoir aime 1 argent , 1 autre de
enseignassent ces conséquences. Cela l'avoir employé à se divertir. Il
montrequ'il en veut au dogme même, allait de ville en ville faire pa-
îndcpendamment du principe sur Je- 1 j m 1 •
quel ils le fondaient , et des conclu- s°n éloquence , et quoi-
sions qu'ils en tiraient actuellement, qu il le fit d une façon merce-
J'ai^dû ajouter cette note, parce naire (B) , il ne laissa pas de rece-
qu'elle fortifie mon texte. voir <]e grands honneurs à Thè-
PRODICUS, natif de Julis (a) tes , et de plus grands encore à
dans l'île de Céa (A), l'une des Lacedemone. On a fort parle de
Cyclades , contemporain de Dé- sa déclamation à cinquante dra-
mocrite et de Gorgias Léontiu , chmes (C) , TrmrjxovTà^pa^oç , qui
et disciple de Protagoras , a été fut ainsi nommée, à ce que disent
l'un des plus célèbres sophistes quelques savans, parce que chaque
de la Grèce. 11 florissait dans la auditeur était oblige de Impayé
86e. olympiade (b) , et il eut en- cinquante drachmes (i) , qui font
tre autres disciples Euripide , Se- plus de quatre écus de notre mon-
crate(c), Théramcne (</) et Iso- naie- 11 fa,la,t que Prodicus eut
crate (e>). Il ne dédaigna point un style bien éloquent (D), puisd'enseigner en particulier dans
(//) Euscb., in Cliroo,
(jg) Denys d'Halicarnasse , dans sa lettre à Pompée blâme Platon d'avoir médit de Pro-
ie) Plato , in Meone , pag. tp5. dicus ct je plusieurs autres,
{d) Suidas. , ^ /n Vilâ Sopliist ., tib /, pag. 5oo.
(e) Plutarque, et Deny s d'IIalicarnassc, («) Hofmau , in Prodico , ne parle que d*
dans la Vie d Isocrale. cinq drachmes.
qu'il était fort couru quoiqu'il (a), Plutarque (3) Diogéne Laërce eût la voix désagréable (k). On W> etc. De Kftoc vient K*,oc, et par
d-» ^ v ' i ». . • contraction Ktioc , d ou les Latins ont
■ tqueXenophon étant prison- fait CeuSf ou ^ei|| ou ^ïï?
nier dans la Beotie (E) , et sou- M. Ménaçe (6) censure avec raison
haitant de l'entendre (/), chercha Marcile Ficin, qui a traduit par Pro-
et trouva une cautiou , et fut sa- dicus c,hius le n^xoc k«?oc de Pla- *• c ' ~ „~ - • ' ii 9 „ J.,« ton : c est ce qu a fait aussi Amvot . tisfaire sa curiosité. H n y a gue- dan8' u traduc{ioil de la Vie d,fa
re de harangues qui aient ete te. Le traducteur latin de Philostra-
pl us citées , ou qui aient plus te a fait une pareille faute ; car il ap-
donné lieu aux applications, que Pele Pro^cum CMum celui que Phin . . rr i • . c - •* lostrate nomme mUncci Kioy (n). Le celle ou notre sophiste feignit traducteur franca/s eut 8ansXite
que la Vertu (F) et la Volupté plus de soin de consulter la version
déguisées en femmes se présen— latine de Philostrate , que d'exami-
tèrent à Hercule , et tâchèrent ™r J? ^te grec, puisqu'il tourna * i» • j i> -,• » a*i ' frodicus natif de Chio. Laseneuve
a 1 envi de 1 attirer. Les Atlie- qui ren blâm^ ct qui le censureud^ mens le firent mourir comme quelques autres méprises (8) , lui en
laisse passer deux qui méritai* d'être relevées. Voici le grec .; tye
dans lune de ses comédies (tî), Bo#«toîc <f«ô«vr<* eUpoM*,t ft&xtyoptvoui lorsqu'il disait , cet homme a été **&**i**tyyun*h voùoiipuirtc.EtYoigâté iwr les livres, ou par «J^françws Pn>^, natif de Chio n j- i ef Jus de Gnllus ,fut en telle reputa- Prodicus, ou par la conversa.- tion, qu'estant en prison en Béotie , lion des grands parleurs , la pei- Xenophon donnant plege pour sa ne eût été un peu excessive, personne , le voulut entendre. i°. Ce
Mais il va quelque apparence \ fst Pas * £™d.icuL8> mai? » x«?.°-
, i,^ n j»^ • rr , pnon , qu'il fallait donner la qualité
quon 1 accusa d enseigner a ses 5e fils 3e Gryllus. Caseneuvele dit
disciples l'irréligion (G). Je ne lui-môme dans la page 43 , et néan-
sais si d'autres auteurs que Plu- m°ins lorsqu'il censure la version ,
tarque ont dit que sa complexion ?an*la £aSe> ' il Pr;'te"<? ,x \ • n \ * « i j • ^ «<re Prodicus natif de Cio et fils de
était infirme et tres-maladi- Gryllus , etc. a°. C'est Xénophon, et
ve (H). non Prodicus , qui était emprisonné;
ji\ » / > r. ~ ' ct néanmoins il n'y a personne oui „ .. . , . «r /' . enlisant cette version, ne se figure Pag. 5oo. Voyez aussi Platon , te Protag. , Xénophon s engacea a représenta^. 2&o. ter le prisonnier Prodicus. Si Case-
(/)PhilM pag. 499. neuve n'a pas ignoré que ce sophiste
{m) 'Et 'A9»?etiç x»»«o? îriàv **-«9*w n «tait point de l'île de Chio , il n'a
«ç ^Ô<i>»v toÙç not/ç. ^/Ac/ii* Pas mieux su pour cela d'où il était 5
c/c«^î martuus est quasi juvenes corrumpe- car *e fait natif de l'Ile de Cio , que
ret. Suidas. nous nommons à présent Standia ,
(n) Idem, Suidas. dit-il. Cela est faux j il était natif de
tk\ n 7 i^- -1 c j l ^ de Céa , ou Céos , qu'on nomme
(A) Vans lue de Cea.J Suidas A
marque expressément que Prodicus ,v? 7,u Isocratis*
». »» *i • v ,7/ ~ ( (3) Ibidem.
était de cette île , **ro K8W t»c r»f , 4) 7„ Protogorâ.
et il le nomme K,!ov comme avaient (5) Vo,n WolCus ^ in Im>cwU ViUm <4
tait Platon (1 ) , Denys d'Hahcar nasse nage , in Diog. Laërt. , pag. 419.
(6) Ibidem.
(x)In ProUgor* et passjm alibi. Il dit in Hip- {tj) In yiti S bigU 4 .
STiS Vaî "r ^ ' 7W Cas— ' Conçut. le ÉpisU de
présentement Zéa. Moréri en le fai- la chose; car ils donnent à cnten-
Coum dans la page 3o: ces. delà est venu que les harangues duplus
Autant en fait Charles Étiennc dans grand éclat, qui sont celles où Von son dictionnaire j ce qui n*a point fait un panégyrique ou une invecété corrigé ni par M. Lloyd , ni par tive, ont été attribuées par les rhéto- M. Hofman. Ils n'ont point corrigé riciens au genre de cause qu'ils apnon plus ce qu'il impute faussement peilent démonstratif , tmfuKnxov. à Suidas ; c'est d'avoir fait Prodicus Quoi qu'il en soit ,.il y a quelque diflide l'île de Chio. M. Ménage (10) pré- culte sur YintfuÇiç <7rtvr»wrttSp&Zixoç tend qu'il s'est glissé une faute dans de Prodicus. Suidas dit que Prodicus le Ier. chapitre du 3e. livre de Ou in- est le premier qui l'a faite : il nous tilien , où Prodicus est appelé Chius. laisse là , et ne nous explique point Je n'ai point trouvé cette faute dans ce que c'est. Vossius lui attribue pourles éditions que j'ai consultées. M. tant d'avoir dit que tons ceux1 qui Maucroix,dans sa traduction du grand voulaient entendre cet orateur, lui Hippias, imprimée à Paris l'an i685, payaient cinquante drachmes , c'estfait Prodicus de l'île de Cos. Le père a-dire quatreécusde France, et deux Goulu avait fait la même faute dans réaux d'Espagne (î.j). Il est fort apla traduction française de l'Apologie paient que Vossius s'en fia à Crésolde Socrate (11). lius (i5) , et ne passa point plus loin.
( B ) D'une façon mercenaire. ] Il se sert précisément de la même Voyez Philostrate (12) et Platon. Ce- évaluation de monnaies dont ce jésuilui-ci ditque les jeunes gens des plus te s'était servi; mais au lieu que dans riches et des plus nobles familles, at- le livre du jésuite , cette somme de tirés par Prodicus , par Gorgias , quatre écus et deux réaux , payée à par Pol us, par Hippias, qui allaient Prodicus par chaque auditeur, n'est de ville en ville , leur donnaient de qu'une explication du texte de Suigrandes sommes d'argent , et leur das , ou une conséquence qu'on en promettaient outre cela beaucoup de tire , c'est dans Vossius le témoignareconnaissance, pendant qu'ils négli- ge formel de Suidas. Jugez quelles geaient de se faire instruire par leurs précautions on doit prendre contre concitoyens., qui les eussent ensci- le commun des auteurs en fait decignés gratuitement (i3). ter, puisqu'il échappe de tclleslicen-
(C) De la déclamation a cinquante ces a un homme comme Vossius. ilrachmes. ] Je me suis servi du ter- Voyons ce qu'il avait dit en un autre me de déclamation, sans m'ôter le livre (16). 11 avait rapporté , comme droit d'en substituer un autre , si la un fait tiré d'Aristote , que quand raison le demande. Le mot grec iwi- Prodicus s'apercevait que ses audi-
if h dont Platon et Suidas se sont teurs ne I'écoutaient pas , il avait acservis , me paraît signifier une haran- coutume de leur proposer quelque gue semblable dans ses circonstances chose de son art, lequel d'ailleurs il à ces plaidoyers qu'on appelle d'ap- n'enseignait qu'au prix de cinquante parât, c'est-à-dire une harangue où drachmes. Le passage d'Aristote (17) l'auteur étale toute sa rhétorique , et QuanU orationtfs w/<?r. /oW {UuJ
se propose de se signaler tant a cause arguit, nuôd qui audire eum vellct, is, Suida
de l'importance de la matière, qu'à teste, auinquagintadrachmaspersolveret, hoc est
Cause de l'affluence des auditeurs, quatuor coronatos G allicos ac duos ' insuper regar
~ • . 1 • .) ». e, ~ les ni svniiicos. Vossius, de nnctor. I>atura, p. on.
CeUX qui traduisent i7T$fugn fl-CHIV par (,5) Ciesol. , Theatr. Rhetorum, lib. III, cap.
spécimen edere, n'entendent pas mal y, pag; 178.
/ % il i>jj .- 1 zr 1/ j • r 1 (>*>) Vossius, Instit. Orator.. lib. III , c. II.
(9) Vans l édition de Hollande on a mis Col : v ' „ ' , , „ 7 „ '
c'est une faute d'impression. (i7) Tot/TO «T «ç-<y,a>«r«f Ifyo<fixoç
(10) Ménage, in Laërt. , pag. 4iQ. OT* »l/Ç-fll£o»«V (il ûtXfOfltTetl 'XttfiifÀ0cthhtiy (n) Elle est dans la IIe. partie des Lettres de rr$ç TreVTetxoVTateîjpal^UOy atl/TO/r. Hoc au-
Phyllarquc. Vojez-y , pag. 58 1. f,m est, utdixit Prodicus, citm ilormitant atidi-
(îa) In Vitâ Sopliist. , pag. 488. tores , inferre aliquid démonstration is quiiujua-
(i 3) Plato, in Apolog. Socr., pag. i5 et 16, et ginta d'rachmarum ipsis. Arist. Khctor. , lib.
in TheaKe , pag. rtf. / 'A cap. XI V.
paraît susceptible de deux sens : l'un elle , était le plus vain de tous les que Prodicus avait une certaine lia- hommes, et il avait si bonne opinion rangue toute remplie de traits si vifs, de son savoir, qu'il n'enseignoit ja-
rique où étaient contenus plusieurs (D) Un style bien éloquent. ] C'est
secrets particuliers, propres à ré- ce qu'on peut prouver par le témoi-
veiller l'attention des auditeurs , gnaçe de plusieurs graves auteurs,
quelque distraits ou quelque las qu'ils Maxime de Tyr (ai) donne à Prodi-
pussent être. Selon Te premier sens , eus la beauté de l'expression , xatxxi-
ît avait une harangue qu'il gardait xo^i4»,commesonvéritab}ecaractère.
pour les grandes fêtes, c'est-à-dire Marcellin (aa) lui donne le choix
pour les auditeurs qui en payaient exact des paroles. Thémistius dit que
cinquante drachmes; et selon l'autre, ses harangues étaient pleines d'or-
il avait contre le sommeil des audi- ncmens et d'agrémens, îr&xwf«x«iç t»
teurs un recueil de bons remèdes, xcù yt/xonctç »<fov»ç. Je ne crois pas que
qu'il ne communiquait qu'^ ceux qui Kaudé (a3) ait eu raison de le mettre
lui en payaient ce prix. Ceci me fait parmi les sophistes qui , sans s'être
souvenir d'un (18) professeur en phi- préparés , haranguaient sur quelque
losophie, fameux parmi les protestans matière qu'on leur proposât. Philode France sophismes t la taxe qu'
vi le premier de-ces deux sens dans seulement Gorgias fut le premier qui l'un de ses livres , et le dernier dans s'exposa à cette épreuve , mais aussi un autre. Il serait assez malaisé de <Iu'il Ie fit afin d'eJTacer la gloire que déterminer lequel est le plus vérita- Prodicus acquérait en allant de ville ble , vu la brièveté qu'Aristote et en ville réciter des harangues bien Suidas ont affectée en parlant de ce travaillées. Voulant renchérir sur un sujet; cela , dis-je, serait assez mal- orateur qu'il raillait de la répétition aisé , si Platon ne nous faisait pas des mêmes pièces usées (?4) > il yrit eonuaître que r«W<Tn^iç -T«»T«jto»Tct<rpat- le parti d'abandonner son éloquence Xfxoç de Prodicus était plutôt une au hasard des occasions. Il ne faut leçon qu'une harangue. Socrate avec pas douter que la subtilité des peuson air moqueur se plaint de n'être sées ne secondât le beau style dans pas en état de bien discourir sur la les harangues de Prodicus , et qu'il nature des noms , parce qu'il n'avait n'ait contribué, autant pour le moins pas ouï ViirtfaÇtt à cinquante drach- qu'aucun autre, à faire que les Athénien, qui selon Prodicus instruisait niens défendissent aux sophistes de de tout ce mystère ; il n'avait ouï que plaider des causes. On ne voulut plus celle d'une drachme tmv J^at^iatiA? souffrir que les subtilités de ces gens- (19). Crésollius n'a point entendu ce là fisseut paraître juste ce qui était dernier mot ; il s'est imaginé fausse- injuste (a5). Voyez le proverbe ripoJ»ment qu'on le doit prendre dans *of <ro<$>»T«j;oç , plus fia bile que Pro- Platon pour la même chose qui avait dicus. Érasme y a fait un taux pas , été nommé auparavant ?ri»TJtxo»Tet.- , » n. . ,,ir .
* „ #», , 1 . , (-il) Disert. VU, mit.
J>«^*oc Plato, qui rem earulem me- („, Dans la Vie (le Thwyâiae , auquel ,7 *t-
inorat , eu causa dW^«*i*v tribue d'avoir imité t»v ™ nf o<fïxoi/ irt ™«
«o//u/im^ao).MadcmoisellclcFèvrc, W^tiv d^ox^ixr.
dans ses reman[ues sur les Nuées d'A- (*3) Synt. «le Siudio Liber. , pag. 87 , dans U
rîstopliane , à la page a35 , a mieUX recueil de disserUilioits de Studiis instiluendi.*. ,
rAinnrïe „u.» Y.t un/frime l'an ifi/i5 . où l'un wit Prodirliuiu
compris ce que ce^t. Prodicus, dit- r,;nmi La deniî^ faute ,it saiu doute ile
(18) David DeroJon. Naud*. # , „ „
(«0 N5y A oÙk cixnKoct , *xx<£ S?*X- ™ E™07rr"' ™ rWixov *c «*x* Ti
fucùxu Phto, m Critylo,***. 2«5. **' f *>op«ro»T* HT***-
(™) Crcsol., TUealr. KLvt. , lib. III, cap. V, *«» iAUT(,v Tût actif». Philo.tr., pag 4«8.
PUS' (*i.r») Idem, ibidrm.
en croyant qu'il s'agit là, non de Pro- qui en parle dans l'exhortation qu'il dicus le sophiste , mais d'un autre, a mise au-devant de sa version grec-
Voyez aussi les Nuées d'Aristophane, eus le compte parmi les athées (3a) :
Que le poète raille tant qu'il voudra, Cicéron le fait aussi; quoiqu'avec plus
on peut recueillir de son discours que de détour; car il lui attribue d'avoir
notre sophiste passait pour un homme enseigné que la gratitude humaine a
de beaucoup d esprit et de beaucoup été cause que l'on a cru qu'il y a des
de savoir. dieux. Cela est aussi contraire à la
{V.)Xénovhonétantprisonnierdans bonne théologie, que *i l'on disait
la Béotie.] Charles Etienne n'a rien avec d'autres,
entendu dans ce passage de Philostra Primus in orbedeos feeittimor,
te. il l'explique comme si cet auteur c'est la crainte qui est l'inven-
avait dit que Prodicus était un hom- trice de la religion j ou avec d'au-
me d'une si grande autorité, que Xé- très, c'est la prudence des politi-
nophon ayant été pris dans la Béotie, ques qui l'a inventée, pour tenir
et l'ayant donné pourcaution, obtint en^ bride la populace. Cicéron fait
la liberté d'aller chez lui. M. Lloyd v°ir que l'opinion de Prodicus ruine
et M. Hofman ont retenu cette faute en effet la religion Quid ? ii qui
de Charles - Etienne , mot pour mot. direrunt totam de diis immortalibus
(F) Que celle où Prodicus feignit opinionem Jictam esse ab hominibus
que la y srtu. ] Je me suis servi du sapientibus reipublicœ causa, ut quos
mot de harangue , tant parce que ratio non posset , eos ad officium re-
Philostrate m'a conduit à cette idée, l*gi° duceret9 nonne omnem relisio-
ipparent qu'
ture ne lui ait servi de sujet de décla- bita esse dixit , quant tandem religio-
mation. Il est pourtant vrai que Xé- n«m reliquit (33) ?
nophon (26), qui nous en donne le pré- (H) Sa complerion était infirme. ]
cis , l'a donné comme l'extrait d'un Plutarque observe qu'il faut se régler
ouvrage composé touchant Hercule , a la vigueur des personnes, et non à
h t£ a-vyypâiujxet'ri ta irtf* tw 'H/>a- leur âge, quand on veut les engager
xxiot/ç. M. Charpentier en parle d'une aux. emplois publics ; et qu'ainsi un
façon plus déterminée dans sa tra- vieillard robuste n'en doit pas être
duction française, au livre que le doc- dispensé, comme il était juste d'en
'empêche pas
qu'on ne puisse appeler harangue cet si maigre et si foible (34) , que cela
ouvrage de Prodicus. J'ai dit que cet- mérite d'être rapporté. Je me sers de
te fiction a été souvent citée et appli- la version d'Amyot. (35) Comme donc
quée, et j'ai eu raison de le dire, celui qui voudroit suadera Prodicus
Cicéron (07), Quintilien (a8), et le sophiste , ou h Philetas le poète ,
Maxime de Tyr (ag) en parlent; mais 7MI esloyent tous deux jeunes, mais
Silitis Jtalicus cité par Moréri n'en (3,( îWçhet, dans ses «colics sur ce passer
Parle point. Il feint quelque chose de Henri Etienne,. fait Prodicus ou de l'île de
de semblable en l'honneur de Scipion Cos, ou tl* vile Chiot; et puisqu'il, dit que
1 ' 4 r • ; | . „ • • . • 1 c était un homme Miinmse auctonUtis, il montre
1 Africain Lucien a imite aussi cette ul av,ait l[onnir (Utlls véeu€U des ^aioimaitvs
fiction (Jo). tntrft les modernes je me de Charles Ktieuue.
contenterai de citer Henri-Etienne , St'xt* E»p»«". «dv. Mathem.
(16) Lib. II de Memor. Socralis. (33) > de Natwrà Dcorum , lib. I , etrea
(ir) Ciccro, Officior., lib. /, cap. XXXII, fi»., pan', m. i;o.
epst. XII ad l'amil., lib. V. (34) f^ojez l'article Philkta» , dans ce volu-
(28) Qnintil., lib. IX, cap. II. pag. u>
(nj) Maxim. Tyr. , orat. IV, init. (35) Plut., au seni sit gerenda Kcspublica, pa%.
(in) Lucian. , in Sotunio. 791 ,
gresUs , foibles , maladifs (36) , et la rendissent leurs hommages aux
pluspart du temps attachez au Uct a„ges qm" avaient créé le monde pour leur maladie qu'ils ^entremis- «J L sectateurs de Prodicus
sent des affaires publiques, seroit une \rJ . . , ,.
fe*e sans jugement : aussi serait ce- se vantaient d'avoir les livres se-
/i« qui défendrait h tels vieillards crets de Zoroastre {d) ; et ils SOU-
comme estoyent un Phocion , un teaaient qu'il ne fallait point in- Massinissa Africain et un Caton ^ (e) ni Exposer au
Romain d exercer office publique. ™pM^ ^ ^ ^ ^
(36) Ktouçpth , {crXvovç <T« xi) yoerwAiç y^rité ( /*).
TstÇ. Intcgrd quidem œlale veritm graciles et ob (c) J<i<?m , lib. V , cap. * tl XX. infirmitatem valeludinis erebro decwtibentes. Id., Clem. Alcxaadr. , Strom., lib. I , pag.
ibidem. ^oll. T observerai tom. pag. dans la rernar-
oue (H) Je f/irtic/e Zoroastre, ^ue les PRODICUS , hérétique du IIe. paroles de Clément d'Alexandrie sont tv/ut-
siècle (a) , fondateur de la secte ■
j j i •* • aum; (e)ri>id.jib. m, pag. 722.
des adamites , suivit les abomi- ^ Tertull l7iscorPiac., «ft.
nables pensées de Carpocrate, . ,
et y ajouta du sieo l'impudence ^JjSÎ^
des copulations en public entre 5Cjres. 1 Voici les paroles de
les deux sexes (A) j car il ordon- Théodoret : Outoç ^po<^at»»c x*.yn6w
na la communauté des femmes : <roïç K*/>*-oxf £toi/ç îrpoç-éôtiw jyypctn.
de sorte que, dans .es festins pu- ^^^^ÉS
blics, chacun se jetait sur la preuve gUC Théodoret en apporte est
première qui lui échéait , après que Prodicus ordonna la communaa-
qu'ou avait ôté les chandelles ; et té des femmes , c'est-à-dire qw. dan»
7, f. j . * • <v»s renas crue les anciens chrétiens
l'on prétendait que cette .mpu- « ^et" I f cliacun • it de
dicite était la cérémonie mysti- s*r chaCunc sans choix m règle , que de l'initiation (b). Les âmes mais selon que le hasard la lui faisait les moins pieuses frémissent, rencontrera tâtons parmi les teoebre* 1 », 1 • -.j. « ,îp 1.1 chambre. C est cela qu ils ap-
quand elles voient que , s.tôtapres ^c *'™mraunicr, et Être initié au
la mort des apôtres , la doctrine J^g^rc je ne vois point que Theode l'union mystique qui doit doret ait raison d'attribuer à Prodi-
e participation aux mystère
. * ^ r 1 r\ *♦ ouï-dire , cette infâme coutume d o-
consistait en cela. Que pouvait- ch'andftlles et dc s'accoupler ,
onk attendre d'un homme qui, ^ ^t que Carpocrate devait établir
comme notre Prodicus, croyait ces lois pour des chiens , pour des
que les âmes étaient envoyées pourceaux et Pou' .^c» ^c|; Ilcln^
1 » c J'., crovait donc pas ( ]e parle de i>ie-
dans les corps , non pas afin d y d> Alexandrie ) que Carpocrate
êtres punies , mais afin rjue par eut iaiSS(i ce beau règlement à faire
toutes sortes de voluptés elles à quelqu'un de ses successeurs , à
Prodicus par exemple. Ainsi lhco-
(a) Voyez la remarque (A) de l'article doret se sert d'un témoin qui dépose Adamites. tom. I , pag. 22.
(b) Theod., Hœrel. Fab., lib. i, cap. Vf, (») Thcod. H.xret. Fab. , Ub. J, cap. Kl. et lib. V, cap. XXV lï. <») W, lib. Ul, ^0.
contre lui. Ce témoin remarque qu'a- (C). Il fallait se contenter de dire vant que d'aller à ces festins on corn- »;j fut honoré d'une charge mumcruait a celles qu'on souhaitait / » . , , , , , T1 -°
d'embrasser, le choixqu'on faisait de Ires-considerable (a). Il ne s'aleur personne (3). Cela est vraiscm- visa d exercer ses muses sur des blablc : les passiops sont trop ioge- matières de religion qu'à l'âge de nieuses pour ne faire pas des parties cinquante-sept ans. Il avait été en ces occasions, et pour abandonner 1 1 .
tout au hasard. Les carpocratiennes avocat , et puis juge , et ensavaient donc à peu près où serait suite homme de guerre , et leur chance, et n étaient pas entière- enfin attaché à la cour par un ment dans le cas dont parle un poète M emploi (D) n ne nie point
Romain. e ga jeunesse n'eut été plongée
Mox juniores auœnt adullrros ^ang |a débauche (b). LeS poésies Inter manu vina : neque tliffU . \' r
Cui donet impermissa rapùnt qU on 3 OC lui SOOt pluS remplies
Gaudia Itvninibus retnotis : j « 1 ' • „
Srdjussa coram non sinh contao. «e zele de religion que des or-
Surgu nuiriio : s™ vocatinuitor, nemens de l'art (c). On y trouve
Seu navis Ihspanœ iMgister, , , » ' ^ ,
Dedecorum pretiosus emtor (4). bien des fautes de quantité :
.... « . d'ailleurs l'orthodoxie n'y est pas
Je dois ajouter que sur une autre . ; J 9 r
circonstance Théodoret n'a pas eu toujours ménagée (E) ; 1 on ne
toute l'exactitude nécessaire dans la souffrirait pas aujourd hui la li-
citation de Clément Alexandrin. On berté qu'il a prise de réduire les
fait dire de Prodicus ce qui est dit damnés ft UQ j nombre. Gela proprement et directement de quel- I . .
înies autres , et qui ne peut âtre ap- 1™ pouvait servir de quelque
pliqué à Prodicus qu'en général, et chose pour se tirer des objections
avec plusieurs détours de raisonne- des marcionites, contre lesquels
ment- il a fait un poëme ; mais au fond
(3) m«x«t»V*vt*c cT« èv Toiflti/T» il ne pouvait point résoudre par-
rrh xmvuvUv, /*«Ô' f^lf»*» ™f »» ia jes difficultés de l'origine du
lU/wro^Tii^. ou y*.? B^tç 0,o««. ^ ouvrages (G) Ses livres
VÎ>U0U ùrrctiLM. Meditatos autem in rjusmodt ae ses Ouvrages {Kj). OeS IlVieS a^ape communionem, interdih jnm, à^uibus^e- contre Sîmmaque flireilt COm-
linlmulieribusexisefeCarpocraW(r(dn'iruvenun , . * . ,
™fas est dicere) %i* obedicniianu ci. Aicx. poses avant la victoire remportée séromat., w*. ///, pv. 43«- sur Radagaise , l'an 4o5 , et après
l£) Robert et Antoine le chevalier il Agneaux n c*m* „
•mt iiitri i««fc«-« celle que Stihcon remporta sur
Puis de plus jenne» amoureux Alaric, auprès de Pollentia , l'an
Cherche entre les banquets vineux ? .1 7
Du mari : ni ne faiteslite 402* ^ *ait nientlOU de Celle-Cl
A qui emblement de son corps. ... . j-. • i r<*llA-lâ
Quand les chandelles sont dehors W» cl Ilc Ull Tien QÇ CClie-ia,
Elle offre l'csbat illicite etc qUOlOfie SOn Sujet le d^Uail-
Horace, od. V I.liv. III. dât
PRUDENCE , en latin Jure- {a) roy.ez la r,OT (D). lius Prudcntius Clemens , poète (d)id.,Und.
, , . i» Q/Q f A\ (c) Melior ornnino christ ittntts nuàm pné-
cnretien, naquit I an 040 {A). ta meo judicio Li,ius Grcgor. Oyrahias, Ce fut en Espagne , mais on dis- Diaiogismo xxv, Pag go6.,tomi 11, Opepute si ce fut à Calahorra , ou à ^ *« ^t. Hisioriâ, pug.
Sarragosse, ou dans une autre *^'d) prudent.t in Symmach., lib, a , vs* ville de ce pays-là (B). Ceux qui 6o5. eise7.
disent qu'il fut élevé au consu- (A) // naqah Van 348.] On le prou- Ut , se trompent grossièrement vc par ces paroles :
Heec Sun vita vol ans agit Inrepsit subitb canilies seni , Oblitum veteris me Saliœ consulit arguens Sub quo prima dits mihi (i).
Cela veut dire qu'il naquit sous le consulat de Salia : or nous trouvons que les consuls de Tan 348 s'appelaient Flavius Philippus , et Flavius Sallia ou Sallëa (*). Notez que ceux qui le font fleurir Tan 38o (3) ne se trompent guère moins que ceux qui le font fleurir Tan 4"*° (4)-
(B) On dispute si ce fut h
Calahorra ou h Sarragosse , ou dans une autre ville de ce pays-la. ~\ Aide Manuce , Sixte de Sienne, Posseyin , et quelques autres le font natif de Sarragosse ; mais Mariana soutient qu'il ëtait de Calahorra (5). On allègue pour la première opinion l'hymne in honorent sanctorum decem et octo martyrum Cœsaraugustanorum \6) , qui commence ainsi :
Pis novem koitek populus sub uno Martyrum servat eineres sepulchro Cœsaraugustam vocitamus urbem Res cui tanta est.
Nous lisons dans la même hymne cet autre passage :
[S'oit eu est quamvis procul hinc in urbe Passas ignola dederit sepulcri GLoriam victor, propè litus altos
Forte Sagunti.
IVojter , et hostra puer in palœstrd , Arle virtutis ,fideique olivo Unctus, horrendum didicit domare
Viribus hostem (7).
Il parle de saint Vincent qui e'tait né à Sarragosse. On allègue une preuve toute semblable en faveur de la seconde opinion ; car nous trouvons ces deux vers dans l'hymne in honorent sanctor%ji martyrum JJemiterii et Chclidonii Cala gttrritanor uni (8).
Hoc bonum salvator ipse , quo fruamur, pr<estitit
Martyrum cum metnbra j»o»tro consecravil A opp'u
Et dans 1T, de Sarragosse on lit ceci
(1) Prudent., in prologo Opcriim.
(2) Onupbre, au Ht*. livre dus Fastes, prouve par une inscription qu'il s'appelait Salléa.
(3) Sixtus Senensis est censure de cela par le père Labbc , de Script, ccclcs. , tom. II, p. 794.
(4) Biblioth. bispan. , pag. io5.
(à) Mariana, Histor. bispan. , lib. IV, cap.
-X r II.
(G) C'est la IF*, du livre TTtft 2*t$atVû>». <7) Prudent., ibid. , Hytnn. IV, vs. 97. (R) C'est la du livre ITifi Ir^sLvm. (9) Prudent., ibidem, Hyiun. I , vs. 1 15.
No»trà gestabit Calagurris aml>os Quos veneramur (to).
Mariana s'est servi de ces deux passages ; mais son critioue (i i ) lui a montré que par cela même qu'ils fourniraient une bonne preuve , il»
ne vaudraient rien , puisqu'ils ne peuvent être solides sans rjue les passages allégués pour le sentiment contraire ne le soient aussi. En un mot, ce sont des raisons qui prouvent trop, et par conséquent qui ne prouvent rien. Il ruine réciproquement les uns par les autres, et les argumens de Mariana , et les argumens d'Aide Manuce ; et il prétend que Prudence, sans être né ni à Sarragosse, ni à Calahorra , a pu les nommer noslra , parce qu'elles étaient situées dans l'Espagne tarragonaise , le pays de sa naissance. Il confirme sa^ pensée par deux remarques (12) : l'une est prise de ces paroles touchant Tarragone :
O triplex Iionor, o tri forme culmen , Quo nostr* caput e'xcitatur urbis Cunclis urbibus eminens Eiberis (i3).
L'autre est prise de ce que Prudence disant mille choses de Mérida, la patrie de sainte Eulalie , ne la nomme point noslra; c'est, dit-il, à cause qu'elle n'était point dans PEspagne tarragonaise , "mais dans la lusitanique. Notez qu'il se trompe sur ces paroles nostrd puer ùi palœstrd ; il prétend (lij) qu'elles désignent Valence (i5) où saint Vincent fut martyrisé ; mais il est clair qu'elles désignent Sarragosse sa patrie, et le li^u de son éducation.
Ce critique de Mariana détruit mieux qu'il ne bâtit ; car auand il tâche de prouver que Salia dans les Asturies est le lieu natal de Pruden-
oppido (9).
'hymne même des martyrs
ce, il n'allègue rien de bon, quoiqu'il étale une ingénieuse littérature. Son principal fondement est dans ces paroles, oblitum veteris me Saliœ consulis (16). Il prétend (17) que si t>ete-
(10) Idem , ibidem , Hymn. IV, vs. 3i.
(11) Pedro Mantuano , Advertencias à la Historia de Juan de Mariana , pag. 8* et suiv.
(ta) Idem, ibidem, pag. 85.
(13) Prudent. , Hymn. VI, vs. îfr.
(14) Pedro Mantuano, Advertencias à la Histor. de Mariana, pag. 8*.
(15) Ville de l'Espagne tarragonaise.
(i(î) V, oyez la remarque (A).
(t-) Pedro Mantuano, Advertencias à la Hist. de Mariana , pag. 8;.
ris se rapportait à consulis il faudrait consulat de Massalia : il montre qu'il qu'il y eût eu deux Salia consuls Pun n'y a point eu de consul de ce nomavant l'autre, et que Prudence fût ne' là depuis le commencement du règne sous le consulat du premier. Or il est de Dioctétien jusques à l'empereur faux qu'il y ait eu un Salia major et Anastase, 11 re'futc Aldus qui a cru que un Salia minor , comme un Scipio Prudence a été' consul de Messalia (a6) : af ricanas major , et un Scipio aj ri- il montre que les fastes consulaires ne canus minor. Cette objection aurait contiennent point un tel cousul , et quelque force si Prudence était un que les anciens auteurs n'ont jamais auteur rigoureusement exact dans le parlé d'une ville nommée Massai ia. Il choix des termes. Mais enfin en rap- y a bien eu une ville nommée Massinortant avec Pedro Mantuano veteris Ha, c'est celle que nous appelons a une ville, que deviendra le mot Marseille. Mais, dit-il , depuis la diconsulis ? Qu'on dise tant qu'on vou- vision de l'empire sous Constantin, on dra(i8) qu il signifie une année, on avait accoutumé d'élire un consul à ne satisfera point l'esprit. Rome et un autre à Constant inople ,
(C) Ceux qui disent qu'il fut élevé ou bien tous deux à Rome , et puis au consulat , se trompent grossies- tous deux à Constantinople, et quel» ment. ] Aide Manucc (tq) l'appelle quefois deux à Rome, et deux à Convir consularis et Afassaliœ Consul, stantinople en même temps j mais on Son erreur vient de ce qu'il entendit ne trouvera point qu'aucun consul mal les lettres V. C. ajoutées aux d'Occident ait résidé à Marseille. 11 noms de Prudence, et de ce que son suffit de dire que si Prudence avait été manuscrit portait obfitum vèleris consul, il l'aurait marqué dans le pasiïfessaliœ consulis arg tiens , au lieu sage que l'on verra au commencement qu'il fant lire , me Saliœ. Les deux de la remarque suivante.
lettres V.C. signifient vir claràsimus, (D) // ne s'avisa qu'à Vdge de
comme Alciat Va observé {io) , et non cinquante-sept ans. Il avait, été a\>opas vir consularis, titre qui n'était cat.. et enfin attaché a la coitr par un plus en usage en ce temps-là (ai). Ci- bel emploi. ] Il nous donne lui-même tons un passage de M. du Pin. « (11) unabrégédesaviesansoublieri'impu- » La plupart des auteurs n'ont point dicité desajeunesse. Lisez ce qui suit: » entendu ce passage (xJ), et quel- p,r aui,u,uennia jam deeem ,
Ni fallor ,fuimiu ; septimiu insuper Annum carda rotat, dum Jhtimur sole volu-
» ques-uDST,'* comme Aide, Sixte de >» Sienne , Possevin , et même le père » Labbe , se sont imaginé qu'il avait » été consul d'une ville appelée Mas- » salia, que le père Labbe ix{)acrue » être Marseille. C'est une bévue. Ils » ont pris le nom* du consul Salia, » qui était consul avec Philippe en » 348, pour le nom d'une ville, et u ont attribué à Prudence la qualité.
» de consul, qui convient à Salia, sous » le consulat duquel Prudence est » venu au monde. » Le critique deMariana (a5) réfute Antoine Nébrissensis, qui croit que Prudence est né sous le
(18) Idem, ibidem, pag. qo.
(u)) Aldus , in Vit» Prudcntii. t
(20) Voyet, le père Chamillard Scoliaste Dauphin , pag. 1.-
(21) Idem, ibidem.
(22) Du Pin , Bibliothèque de* Auteurs ecclésiastiques, tom. III, pag. G, e'dttion, le Hollande.
(i3) Oestr-'a-dire oblitum vetefis me Salix, etc.
(a4) Voyei sa Dissertât, de Scriptor. ecclesiast., tom. II. pag. 793.
(25) Pedro Mantuanu , Advcrtencias à la Hist. de Mariana , pag. 8*3 , 87.
hili
Instal terminus , e( die m Vicinum senio jam Peus adplical.
Quid nos utile tanti spatio temporis egimus ? JE las prima crepantibm
Flevit sub ferulis
mox docuit loga Infectum vitiis falsa loqui , non sinè crimine .
* Tiim lascivà protervitas , Et ItLvus petulans {heu pwlel ac piaetl) Fcedavit juvencm netjuitiœ sordibus ac luto.
Exin jurgia turlndos Arnulrunt animos , et malb pertinax Vincendi sludium subjacuit casibus asperis.
Bis legum moderamine Frenos nobidum reximus urbium:
Jus civile bonis reddidimus , torruimus reos.
Tandem militias gradu Evectum pietas principis extnlit , Adsumytum propùis starejubens ordine proximo (2-).
Il s'avisa un peu tard , mais non pas trop tard (iS) , de renoncer aux
(16) Il fallait, dire Massalia.
(2«) Prudent. , in prologo Operum.
(28) Nam sera nwuftmm est ad bonos mores via ,
Quem panitet peccasse penè est innacens.
Sen m. 262.
in Aga
, acl. II, vs. 34*, pa-.
vanités de la terre , Ct de faire des Esto • cavernoso , quia sic pro lobe necesse est
vers chrétiens. On peut douter s'il est SETÏ V?"" "* 'Ï^T TÏnZ™ '
*i | , i vi il» Aaltem mtttficos incendia tenta vapores
Utile U tOUSSes lecteurs (|U il public Exhalent, œsluaue calor languente tepescat.
les débauches de Sa jeunesse. Un J-«-r immensa aiios , et tempora vineta coronis
ICUne débauché qui peut répondre Glorifieent: me petna levis clementer adu- •\ n . i • rat (33).
à scs censeurs, Prudence , ce poète si
chrétien et si dévot , faisait comme Perkins, théologien protestant, asmoi quand il était jeune; je serai corn- sure que cette prière est impie, et me lui quand j'aurai cinquante - sept <JU " "e wut point l'attribuer à Pruans, ne dit rien qui vaille , et néan- ««"ce (34). U n'est point le seul qui moins sa réponse lui paraît solide , et croie q«« c'est une pièce que l'on a l'endort dans son péché. cousue à l'Hamirtigénie. Quoi qu il
(E) L'orthodoxie n'y est pas tou- en soit, Victor Gisclin, auteur cathojours ménagée.] 11 avance comme Hque romain,a condamné hautement un fait certain que les damnés ont cette prière dans un ouvrage (35) que tous les ans un jour de repos , et que Possevin loue beaucoup (36). Notez c'est le jour où Jésus-Christ sortit de que les éditions les plus exactes (3?) l'enfer. De qui avait-il appris ces la donnent pour légitime; ce qu'elles anecdotes? ne font point à l'égard de quelques
Sunt et tpirilibus safpè nocentibus
vers
qui passent pour supposés. Vous
Pœnarum célèbres sub 'Styge feriœ, ™ ™VCZ pas dans Pédition d'Hein-
Illd nocte , sacer qud rediit ï)eus sius , comme dans celle deSichard,
Stagnuadsuperos ex Jcheronticis(*$ ■. \a troisième strophe de l'hymne faus-
* Matent supplie! jTartarVnàdbis] ' *lm*f ^ ^J*™
Exsultaujue sut carceris otio JJasctialis (.58). Ce titre et cette stro-
Urnbrarum populus liber ab ignibus : phe ne Se trouvant point dans les
Nec ferrent solitojlununa sulphure (3o). meilleurs manuscrits , on les a trai-
Aillcurs il assure que Dieu ne damne tcs cAommc ,df Pièccs supposées. On aue peu de cens /en eût use de la sorte envers la prière
* 1 » ' qUi est ^ ]a Qn <je PHamartigénie , si
Quasitor itle solus pQn cQt eu raisons Je ne la pas
Aninta-que cvrpom uiue , • i r» i »r • • •
Ensisque bis Umenius , croire de Prudence. Mais voici une
Prima ac secundo mors est. hérésie dont on ne peut pas le justifier
Idem tamen benignus en niant Je faJt \\ a cru quc fame de Vltor retuiulil tram , ni . n
Paucosque non piorum 1 homme est corporelle :
Patitur perire in a-vum (3i). Pescissa sed ista (3g) seorsiun
, î i i a a Solvunt hominem perimuntque ;
Quelques-uns le blâment extrêmement Humus exàpit arida corpus
d'avoir souhaité , non pas la gloire du Anima! rapu aura liquo&em (4o).
paradis , mais l'état d'une souffrance Qu'il entende par animœ liquorem
médiocre. Il se déclare content pour- une substance corporelle , on n'en
vu aue son 3me ne soit pas mise dans peilt douter quand on examine ce
le plus profond cachot des enfers, ct qu'il dit ailleurs :
il ne demande pas un meilleur sort occi(Jet in m.
après la résurrection (3i). Interior quLpTrathom^Tldet Me perenne
Multa in thesauris pains est habUatio, Chris- fe^^^ subîe,CtOS "mle rexerit artt,u' te r Jyec mihi difficile est liquida* circutndare
Disparilius discreta locis non posco beatd . fiammis
In regione domum : sint illlc casta virorum 1*a?ram> 1tuunvu faferatur
Agmina , pulvereum quœ dedignantia censum Notl uutar: eapuun tamen , et tonnenta ad- Divilias petirre tuas ; sit flore perenni htbebo (40-
Candida virginitas , animtim castrata recisum. (33) Pradeutius, in Hamartigeai , ntb fin. ,
At mihi Tartarei salis est si nulla ministri pag. ai-.
Occurrat faciès , avid* necJlanuna Gchennœ ^ lïictum impium et non tribuendum Pn»-
Dewret hanc anvnam , menant fornaetbus denlio rtjt nostrr KrAiVuiiM. Rivet. , Crit. S«*.n ,
unis.
Ui>. III, cap. XXVI, pas. na3 tomi II Oper.
, (35) Dans ses Notes sur Pnulence.
(39) Prudent., Hymn. V Catbenaer. , i>s. ia5 , (36) Voret Rivcl > operUm tom. II, p. 1 ia3.
VaS- ^ (37) Par exemple celle de Nicolas Heinsiiu.
(30) Idem , ibidem , vs. i33. Cest la ye, du Cathémérinon.
(31) Idem, ibidem , Hymn. VI , v s. 89 , p. 2$. (3^) C'est-à-dire lecorps et l'dtne.
(3*) Voyez la Bibliotbi'quc nnivcritlk- , tom. (V») Prudent., Hymn. X Cathemerinon , i>s. (>.
Xll,pag. i8T>, 187. (40 Idem, contra Symmach., lit. vs. i%\
AL le Clerc (4^) observe que ces paroles de Prudence t
Animas rapit aura liquorem
signifient très-naturellement la mortalité de l'Ame, et qu'un épicurien ne saurait mieux s'exprimer. Il est sûr que ces vers-là et les trois qui le précèdent expliquent un dogme qnii se trouve dans les livres de plusieurs païens, et qui concerne les caractères de la mort ({3). Elle est , disaient-ils, la résolution d*un composé en ses principes, dont chacun retourne d\>ù il était venu > le corps dans la terre. Pâme dans les airs , ou dans l'éther. Voyons comment Lucrèce s'est exprimé là-dessus, nous verrons que Prudence pourrait passer pour son abréviateur :
Dénia uè ccelesti sutnut omnes semine oriundi ; Omnibus Me idem pater est, undè aima liquenteis
Humorum gultas mater ciun terra recepit, Farta parit nitidas fruges , arbustaque lata , Et genus humanum (44)
Cedit item rétro dé terré quod fuit antè , In terras ; et quod missum 'st'ex jEtheris oris, Id rursiun caii rcllalum tcmpla receptant : Nec sic intwimit mors res , ut Materiaï Corpora conficiat, sed cœtwn dissupat Ob' lis (45).
la conformité dans les expressions n'ôte pas ici l'opposition diamétrale des sentimens. Ce retour de l'Ame à son principe était une vraie mort selon Lucrèce (46) j mais non pas selon tous les autres païens, et moins encore selon le poète Prudence , qui s'explique peu après (47) d'une manière si précise, qu'on ne peut douter qu'il irait enseigné l'immortalité de l'âme.
Qu'il me soit permis de dire que le jugement de Perkins paraît trop dur à ceux qui consultent d'une certaine manière l'équité et la charité. Ils se persuadent que ce poète ne se résignait à la privation du paradis , et à la souffrance d'une peine mitigée,
(4a) Leclerc , Bi bliothéque omyersellc, tonu XII , pag. 166.
(43) Voyez dans l'article Amphiâbiui , tom. r. pag. 538 , citation (35) , ce que j'ai cite' t/'Epicharme.
(44) Vous trouverez la suite , tom. VI II, pag. 537 , citation (58) de l'article Juprrta.
(45) Lncrct. , lib. II, vs. 990.
(46) Voyet , tom. IX, pag. 53o , la remarque (B) de l'article Loch ter., philosophe.
(4~) Et dans d'autres livres aussi. Voyez M. Leclerc , Bibliothèque univer^llc, loin. XII, a^. 16H.
TOM. XII
que parce qu'il se sentait trop indigne de la souveraine béatitude , et trop digne de châtiment. Cette humilité est-elle impie ? En donnant un bon tour aux choses , ne Ta nommerait-on pas une oblation de sa personne a la justice de Dieu ?
(F) // ne pouvait point résoudre parla les difficultés de l'origine du mal.] Je les ai proposées en divers endroits de ce Dictionnaire (48) j mais afin qu'on voie que ce ne sont pas seulement les philosophes qui en parlent, je m'en vais citer un long passage d'un habile théologien. « (4g) Les » manichéens et les marcionites fai- » saient une objection aux ortho- >» doxes , que Prudence rapporte (5o) a sans rien diminuer de sa force.
» C'est que si le Dieu qui gouverne » le monde ne se plaisait pas au vice, » il l'empêcherait, puisqu'il n'ignore » pas la corruption des hommes , et » qu'il la peut empêcher. Ils préten- » daient que c'est la même chose » que de faire le mal et le souffrir, » quand on y peut remédier. Pru- » dence répond premièrement, qu'il » paraît bien que Dieu ne se plaît pas » au vice , puisqu'il y apporte du re- » méde , et qu'il sauve ceux qui s'en » détournent. Mais enûn , répli- » quaient les hérétiques, on ne peut » pas pécher malgré que Dieu en ait, » lui qui est maître du cœur de » l'homme, et qui le tourne comme » il lui plaît. Notre poète ne résout » pas autrement cette difficulté, » qu'en recourant au libre arbitre , » sans lequel il ne peut y avoir ni
^48) Dans les articles Maiciouites , cbkens , PiuLiciufs. tom. X et XI.
(4q) Bibliothèque universelle , tom, XII , pag. 181 et suiv.
(56) Voici ses paroles :
Si nou vult Deus esse malnm , car non veut ? inquit.
Nil refert aactor faerit bctorqae malornm. Anne opéra in vitiam sceleris pulcherriina verti,
Cum posait prohibere, sinat? qnod si velit omnes
Innocuos agere OmnipotenSj nec sancta volnn-
tas.
Degrneret, facto nec se manns inquinct ullo. Condidit rrgf» malum dominas , quod spectat ab alto,
Et patitnr , lleriqne probat , Unqnàm ipse creârit.
Ipse creavit enim , quod , cùm discludere poswt,
Non abolet , longoque si ut grassaricr usu. Prudent. , in Hamartig. , vs. C4o, pag. m. 317.
» vice, ni vertu. Il sYlcnd beaucoup réponse n'eût pas satisfait les mani- » là-dessus et le prouve par les excm- chéens , et n'eût pas même passe pour » pies, non-seulement de nos.pre- un remède palliatif; car voici ce » miers parens , maïs de Loth et de qu'ils auraient pu répliquer. Vous re- », sa femme, des belles-filles de Noé- connaissez que notre objection serait » rai , et des frères dont on voit tous bonne si les deux tiers , ou si la moi- » les iours l'un embrasser la vertu et tié du genre humain étaient damnes ». l'autre s'adonner au vice , à quoi éternellement. Vous avouez donc que » il ajoute cette maxime générale : le bon principe ne peut pas choisir un J plan où la damnation de la plus
• Omnibus una subest natura ; sed exiius om- grande partie des hommes soit renferne* , . r mée. Vous avouez donc que la sbuve-
. Non «nus peragit, placitorum segrtge for- ^.^ ^ iaCompatible avec le
malheur éternel de tant de gens. Par m Tous les hommes sont d'une même cet aveu vous ruinez tout votre sys- » nature , mais tous n'ont pas un tême ; car vous ne pouvez convenir » même sort, parce que tous ne <Je cette incompatibilité sans recon- » veulent pas la même chose. Il pa- naître que le malheur éternel d'un » ratt , par ce qu'on a dit ci-dessus , très-grand nombre de créatures sc- » que Prudence croyait que les rait une marque de cruauté dans ce- » hommes naissent corrompus ; mais lui qUi les punirait. Vous savez bien » on voit , par ce qu'il dit ici, qu'il que la bonté infinie ne peut pas être » ne croyait pas que cette corruptiou mêlée do cruauté ; et si vous pouviez » les déterminât invinciblement à comprendre que sans nul mélange de » mal faire. Il ajoûte à cela que c'est Ce vice le maître de toutes choses » à cause que les hommes peuvent pourrait condamner aux flammes les ;> être bons ou mauvais, selon qu'ils deux tiers ou la moitié du genre hu- » le veulent , que Dieu à établi des main , vous cesseriez de trouver in- » récompenses et des peines. Si les compatible la souveraine bonté avec » manichéens lui avaient encore ob- cette damnation. Voici donc la base » jecté qu'il semble qu'il valait mieux de votre réponse : le bon principe se- » qu'il n'y eût point de liberté , ni rait cruel si un très-grand nombre » de bonheur donné comme une ré- de gens étaient damnés ; mais parce
- ~ . „ /r>m Iac Immmps s1 an- y. n non A » mi oc ennt /Inmnppe
» com » nliq
» lussent 7
» que de faire aux hommes un pré- Prenez bien garde à quoi vous vous » sent aussi funeste que la liberté , exposez. Vous devez nous avouer que » qui précipite la plupart d'entre eux la damnation de tous les hommes se- » dans le malheur éternel : si , dis-je, rait l'effet d'une cruauté extrême , » les manichéens lui avaient fait une actus sœvitiei ut octo , comme par- » semblable objection , il se serait leraient les scolastiques qui me- » peut-être servi de son principe que surent toute Fétendue d'une qualité » nous avons déjà rapporté j savoir , par huit degrés. Par conséquent la » que peu de gens tombent dans ce damnation de la moitié du genre » malheur : et qui sait si Prudence humain serait l'effet d'une cruauté » n'était point tombé dans cette pen- de quatre degrés , d'où il s'ensuit que j> sée à cause de cette objection , qui la damnation du quart des hommes » pouvait aisément lui être venue marquerait en Dieu une cruauté de >» dans l'esprit ? » deux degrés. Faites aussi petit qu'il Ces dernières paroles de M. le Clerc vous plaira le nombre des âmes damne contiennent rien qui ne soit très- nées , il marquera toujours en Dieu vraisemblable ; je crois avec lui que un deçréde cruauté qui, quelque pesi notre poète se fût vu poussé, il eût tit qu'il soit, ne peut compatir avec répondu que le nombre des damnés la bonté infinie, puisque cette bonté est fort petit , et qu'ainsi l'on ne doit exclut nécessairement tout mélange pas tant crier contre les rigueurs de de la qualité contraire (5i). En un
la justice divine qui exposent le (5l) Confr'rei avec ceci la section VU du
genre humain à la misère. Mais cette Traité lit du Janu ~
mot, s'il y a de la cruauté* à damner que les manichéens attaquent direc-
mille millions d'âmes , il y en a à tement l'hypothèse d'un homme libre
damner neuf cent millions, et ceci qu'un bon principe Yeut laisser pé-
prouve qu'il y en a à damner huit cher.
cent millions , et ainsi de suite ; car (G) On a plusieurs éditions de ses la différence ne sera que du plus au ouvrages. ] Celle d'Aldus , à Venise moins, et jamais cet espèce de rabais i5oa , in-^°. n'est pas la première , ne vous mènera de la cruauté à la comme il l'a prétendu. Elle avait été? ' bonté infinie, mais tout au plus à précédée par celle de Déventer (55). une bonté moins mêlée du vice con- Quelques-uns disent qu'il en a fait traire, bonté incompatible avec un deux, et l'on a sujet de croire qu'ils principe éternel et non essentielle- le disent sans fondement (56). M. du ment (5i). D'autre part , s'il n'y a Pin (57) parle de Y édition d'Anvers point de cruauté à damner cent mille de 1 54o, t/i-8°. , qui contient les noies personnes, pourquoi y en aurait-il à d'Antoine Nébrissensis et de Sicharcn damner deux cent mille? Et si dus J'ai une édition d'Anvers, in-80., la souveraine bonté se conserve toute avec les notes de ces deux auteurs * entière dans la damnation de deux mais elle est de l'an 1 546. L'épître décent mille hommes , elle ne perdra dicatoire par Sichardus est datée de rien par la damnation de trois cent Bâle au mois de mars 1537. La bibliomille, et vous ne pouvez marquer théque de Gesner (58) marque une aucun nombre gui puisse donner at- édition de Bâle chez Cratander, 1537 , teinte à sa plénitude , dès que trois avec les scolies de Sichardus , et cent mille ne l'empêchent pas de la une édition chez Henri Pierre , à la conserver. Reconnaissez donc ^ que même ville. Le père Labbe (5g) a suivi voire système périt , si vous préten- l'édition d'Anvers, chez Plan tin, i564, dez répondre à notre difficulté en ap- accompagnée tant des notes et de» petissant le nombre des âmes dam- corrections de Théodore Pulman (60), nées. On peut appliquer ici une pen- que du commentaire de Victor Gisesée d'Horace (53) avec toutes les sub- lin. Les deux livres contre Symmaqne tilités du sorties (54). La vraie réponse furent imprimés à Paris , l'an 1614 > est de soutenir que la damnation de avec les notes de Grangœus , que tous les hommes ne serait qu'un acte M. du Pin nomme mal Gansrœus. 11 de justice , sans aucun mélange de donne pour la dernière édition de cruauté petit ou grand. La métliode Prudence ceUe d'Amsterdam 1667 , de notre poète aurait donc été dé- avec les notes et les corrections fectueuse. d'Hcinsius. Il eût fallu dire Nicolas
qui ne l'empêche point , le veut. Celte usum delphini, par le pere ChamiUard
notion est évidente. A quoi sert de â Paris 1687. M. Moréri débite qu'il
dire , comme fait notre poète , que y a une édition de Prudence, à Ams-
Dieu a donné à l'homme un plein terdam, 1670, avec les notes de Nico-
}>ouvoir de faire le bien, et que las Heinsius, et la Vie de l'auteur,
'homme est la seule cause du péché Je n'ai pu encore déterrer si cela est par l'abus du franc arbitre? Cela
n'affaiblit pas l'objection ; c'est don- (55) Nieolaûa Hensius, in prafau Prudentii.
ner sa thèse pour réponse , Yisnora- ffl. IJem..*