‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre BayleChapitre 79 sur 142 · TOME XII · texte numérisé non relu

TOME XII

choses, estimait infiniment ce l'histoire de ce méchant prince*, rhéteur. Voyez dans ses OEuvres Cet article eut pu être boa si jV poslhumes les vers qu'il en- vais eu les Annales Quintilianei voie à M. Tévéque d'Avranches de M. Dodwel (Ar) ; mais par une en lui donnant un Quintilien de infortune dont je me plains si la traduction d'Hvratio Tosca- souvent, qui est que je suis desnella. M. Nicole le père * , et M. titué des livres qui me seraient l'abbé de Pure l'ont mis en frau- les plus nécessaires , il m'a été çais. L'édition la plus correcte impossible de consulter cet ouque nous ayons de Quintilien vrage-là.

est celle de M. Obrecht (H). * Gibert qui observe que Bayle aurait pu On y a mis, Comme dans tOU- aussi renvoyer à la préface du livre IV de

tes sis

pas pourtant l'opinion de

t 1 . . n • *» F33 impossible que ce mauvais prince Fut

les Critiques que Quintilien ait fouable par quelque endroit. Voilà l'excuse fait Ce dialogue : plusieurs Tattri- de bi«» des bassesses , si quelque chose peut

buent à Tacite , et on l'imprime "2*/^^ à ox/bni , ra* 1698.

ordinairement avec les œuvres de

â. *^ ra „nK\ „ « A* W II eut a souffnr plusieurs afflic-

cet historien. Ce quil y a de tions domestiqueft ? Vo^ligè. bien véritable est que notre an- rent a se plaindre de la cruauté du teur avait fait un livre de Causis destin. ] Il vit mourir sa femme , oui

corruptœ Eloquentiœ{ h ). Je le ?'aTait 5»? dk;n1euf1 ans vil *ut

• r a :U «A A~„i* „„iu inconsolable. Il la loue beaucoup, crois perdu , et ne doute nulle- Qmni uirtute Quœ in fœndnas cJlt

ment qu il ne fût de la même functa, insanàbilem attulit marito force à proportion que ce qui dolorem .... illi dolori quem ex nous reste de cet écrivain . Je matn op"™* laudem omnem

... r . . i supevçressa , paucos ante menses ce-

n'ai pointmarque toutes les par- J^Jf Elle lui laUsa

ties de son mente ; il faut que deux fils , dont l'un mourut âge' de ie dise encore qu'il paraît très- cinq ans, et l'autre à l'âge de dix. honnête homme dans ses ouvra- Gejui-ci était Patnë et avait des dons ,, , extraordinaires : Ja fortune d ailleurs

ges, et que 1 on y trouve beaucoup lui ou7rait ddja la porte larse des di

de mœurs. On le blâme d'avoir gnités \ un homme qui avait été' controp loué l'empereur Domitien ; sul l'avait adopté , un autre qui était et quoiqu'il ne l'ait fait qu'en P^teur et son oncle maternel en 1 l » voulait faire son cendre. Tene con-

passant , et d une manière très- sulaH nuper ad*ptione ad omnium

fine(i)»on ne lui pardonna pas spes bonorum patris admotum, te cette faute , qui paraît sans dou- auunculo prœtori generum destinate très-grande à ceux qui ont ln tum te omnium spe attied éloquente ° * candtdatum superstes parens tantum

'g) A la page 5z de l'édition de Hol- ad pœnas , ami si ? L'affliction de lande. Quintilien à la vue de tant de pertes

* La traduction de Quintilien par Nicole , fut très-grande ; il voulut cesser d'équoîque citée par Bayle et par Fabriciu*, crire f et jeter au feu ^ „a^\ avaît nWsle pas . et, suivant D. L.ron cite par dd«a composé : il craignit qu'on ne Joly on soutient a Chartre, que M. Nicole T J ^ ^ > d t <J ^ ^

n a donne aucun ouvrage au public. , ^«vpu uv h, iui^ .*iv

(/,) Quiniil., In.tit., tih. VI init., et Ubr. ployait désormais sa langue a autre fi il in fine. chose qu a invectiver contre le ciel.

(i) Idem, ibidem, lib. X, cap. /. (,) Qui nttl. , prafat. , lib. VIy pag. m. 36-.

tJUlNTILIEN. 4o3

ïl n'oublia point de dire qu'il y a un un motif -de curiosité : l'avarice les y être malin et jaloux , qui ne souffre poussait quelquefois ; ils voulaient point que les enfans qui promettent avoir de bonnes pièces pour en tra-

personnes les plus sages du paganisme oublie' de bonnes choses- ils ne se laissaient aller les mouvemens de voyaient qu'imparfaitement dans les

quid hoc est in me infelicium littera- tihen , comme il nous l'apj rum t super immaturum funus con- même après avoir fait mention d'un sumpluris viscera mea jlammis inji- plaidoyer qu'une ambition de jeune <?ere, neque hanc impiam vivacitatem homme l'avait porté à communiquer no vis insuper «arts fatigant. Quis au public. Id est in causa JYœvii enim mihi bonus parens ignoscat , si Apruniani solum quœsitum, prœcipistudere ampliiis possumr ac non tatane esset ab eo uxor; an se ipsa vderit hanc animi mei firmitatem , si sud s ponte Jecisset. Quam actionem quis in me est alius us us uocis , quam equidem solam in hoc tempus émiseut incusem deos , superstes omnium ram, quod me ipsum fecisse seductum meorum ? nullam terras despicere juvenili cupidate gloiiœfateor. JYam providentiam tester? si non meo ca- cœterœ , quœ sub nomine meoferunsu , cui tamen nihil objici , nisi quod tur, negligentid excipientdm in quœs~ v 'wam , potest : at illorum certè , quos tum notariorum corruptœ, minimam utique immeritos mors acefba damna- partem mei habent (4).

pit (a) Juro per mala mea,perin- (C) Quelques-uns croient qu'il fut

felicem conscientiam9 per illos mânes consul,"] Us se fondent sur ces paroles numina doloris mei ; has me in illo d'Ausone : Quinlilianus consularia vidisse virtutes ingénu , non modo ad per Clémente m ornamenta sortitus , perspiciendas disciplinas, quo nihil honestamenta nominis potiùs uidetur prœstantius icognovi , plurima exper- quam insignia potestatis habuisse (5). tus, studiique jam tum non eoacti Vinet nous dit là-dessus que Marc- {sciant prœceptores); sed probitatis , Arricinius démens, et Titus Flavius pietatis , humanitatis , liberalitatis ; Clémens, avant eu beaucoup de part ut prorsùs possit hinc esse tantiful- à la faveur de Domitien pendant quelminis metus ; quod observatum ferè crue temps, tombèrent de telle sorte est , celerius occidere festinatam ma- dans sa disgrâce qu'il les fit mourir. luritatem ; et esse nescio quam , quœ II ne sait pas qui de ces deux Clémens spes tantas decerpatt invidiam ; ne obtint à Quintilien l'honneur dont videlicet ultra quam homini datum Ausone parle : mais , ajoute-t-il , ce est, nostra provehantur (3). Il ne ne fut pas le consulat ordinaire ; car laissa point de changer d'avis à.l'é- les fastes n'en font aucune mention, gard de son ouvrage. Il le continua , Il faut donc dire que ce ne fut qu'un et il l'acheva. consulat subrogé (6). Vinet aurait pu (B) L'on écrivait ses plaidoyers arrêter ses conjectures sur Flavius afin de les vendre aux libraires.'] Il y Clémens, comme on le verra ci -desavait alors à Rome certaines gens qui, sous. On fortifie le passage d'Ausone par le moyen de quelques notes d'à- par ces vers de Juvenal : bréviation, emportaient toute une ha- Unde igitur tôt

raneue quelque rapide que pût être Quintilianus habet taltus? exempta novorum

la prononciation de l'orateur. Cet art ^"V^L^ ÏFlchfr' " flMr'

* . , . ,,. . r eux , et sapiens , et iiobilu , et rcncrosus

est Connu et pratique aujOUrd UU1 en Ajmositam nigrœ Iwiam siihtexit alulœ : Angleterre miCUX qu'en aucun lieu Félix , orator quoque maxîmus , et faculator,

dll monde. Ceux qui prenaient la Etjiperfrixit,cantatbenè;distatenim,quœ -,« , . j f. * . i-i Jidfia te exctpianl modo pnmos incipientem

peine d'écrire de cette sorte ce qu ils * H p**niem

entendaient prononcer dans le bar- m J^1'' Imt,t*' ,*' ^' W

reau, ne le faisaient pas toujours par \^ Amoniu*, in GnU«r. Actione, pag. m.

(3) Idem , Ibidem , pag. a68. (6) Vinet. , in Auson. , pag. 71 3.

4o4 QUINTILIEN.

Edere vagitus, et adtàu à matre rubenlem. des autres rhéteurs, et Pline pOUTait

S ST^i^t^X'^rb,. le considérer comme médioere.nent

J pourvu de biens en comparaison de

Pour le moins nous apprenons dans la famille où la jeune Quintiliana al-

ce passage que Quintifien acquit des lait s'allier. Notez qu'il est sûr qu'il a

richesses et des honneurs- mais Juvé- été l'un des disciples de Quintilien

nal insinue que le bonheur y contri- (i3); mais il pouvait bien lui écrire

bua autant ou plus que le me'rite. Si sans faire mention de cela.

la XXXIIe lettre du VIe livre de Pline (D) Il fut précepteur des petits-fils

fut écrite à notre Quintilien , nous de la sœur de Domitien.] Il le témoi-

n'avons pas lieu de croire que Juvé- goe lui-même par ces paroles : Cùm

nal ait eu raison à l'e'gard de lopu- mihi Domitianus Auguslus sororis

lencc qu'il attribue à ce régent de rné- suœ nepotum delegaverit curam, non

torique. Pline assure que celui à qui salis honorent judiciorum cœlestium

il écrit n'avait pas beaucoup de bien intelligam , nisi ex hoc quoque oneris

(8) ; il ne le croit pas en état d'éaui- magnitudinem metiar (i.j). M. Morcri

per sa fille comme elle le devait être ne rend pas bien ce passage, quand il

en se mariant à un homme d'impor- dit que cet empereur donna à Quin-

tanec. C'est pourquoi il la gratifie tilien le soin de l'éducation de ses ne -

d'une somme considérable (9), afin veux. Barthius ferait la même faute,

qu'elle puisse entrer dignement chez si par le terme nepotum, il n'enten-

son mari. Cum tamen sit nuptura ho- dait pas petits-fils, comme il y a bcau-

nestissimo wro, Nonio Céleri, cui coup d'appareuce qu'il fait (1 5). U se

ratio cifiliumq fficiorum necccsùtatem trompe néanmoins. Celui qui a fait le

quandam nitoris imponit, débet se- sommaire des chapitres de Quintilien

cundum conditiones niariti, veste, co- assure que ce rhéteur instruisit les

rnitatu augeri : quibus non quidem fils de la sœur de Oomitien. C'est ce

augetur dignitas , ornatur tamen , et mêler de régler les qualités des disci-

instruitur{\6). On pourrait prétendre pies mieux que leur propre précep-

que le père de cette fille n'est pas teur ne les a réglées. Mais, dira-t-ou,

notre Quintilien : car il semble que où trouverons-nous ces petits-fils de

• x .-t. i \.a 1 — 1 1 „ i„ i„ rv : o 1. . ; 1 11%

ci pie ,

Outre cela l'on pourra dire que Quin- cousin germain de ce prince. Dès leur tilien ayant perdu son épouse et deux enfance il les désigna publiquement

tif. Quintilien se remaria peut-être , et par conséquent que ses fils n'étaient

et eut de son second mariage la fille pas les petits- fils de la sœur de cet

dont Pline parle. Son bien avait midi- empereur. On me citera Philostrate

jnin uer depuis la VIIe. satire dejuvé- qui assure que la femme de Flavius

nal. Ce poète même avait pu le considé- Clémens était sœur de Domitien (17).

rer comme fort riche en comparaison ,t3) pii0iu. —ut. xiv lib. II et cpUt Vf

lib. VI. r

(7) Jnreo., sat. VII, «. 188. (,4) Quintil., praf. , lib. IV Institut. Orator.

(8) Tevorrb animo bealitsimum, modicumfa- (i5) Sic Donutiànum tululatur Quinlilianus cidtalibiB scio. Plinius, épiât. XXXII , lib. VI, curœ nepotum ejus ail motus. Barltiiui, in Supag. m. 4*>o. tium, tum. III,pag. iScp.

Tanquiun parent aller puellm noslra* con- (»0) Suet. , in Domit., cap. XV.

fero quinqua$inta millia nummûin. Id«n, ibid. (,..) "EtuX* }-*f> K*i4ttfïT* XTtXTQ-

(10) Idem, ibidem. VÛJÇ#<> J cLfo\<Ç»v T*V UutxÛ if-SuHit.

(ïi) Quintil., pnrf. , hb. VI Institut. Orator. Cun CÙmentem... cui sororem suam nuptum de-

Nond'um exvleto wtotis undevice simo anno derat occiduset. Philostr., in ViU Apollonii , lib.

duos enixa Jitios. Idem, ibidem. VIII.

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