ALCYON I US
lologicœ de M. Almeloveeu. a0. Il fallait considérer que , selon M. Vari lias , ce prétendu Algionus, ayant déploré les ravages que l'armée de Charles-Quint fit à Rome sous Clément Vil , devait être donné au XVIe. siècle. 3°. Ce qu’on a tiré des Anecdotes n'a été purgé d’aucune faute.
(I) De savons hommes ont fort loue Alcyonius et ses traductions. ] Je me contenterai de rapporter ce qui fut écrit à Érasme par Ambroise Léon de Noie , l’an i5io. Cet ami , qui était un fort habile médecin , lui apprit que le sénat de Venise avait fait publier, à son de trompe, que tous ceux, qui aspireraient à la profession des lettres grecques , vacante par la mort de Marc Musurus , eussent à se présenter, et qu'on destinait deux mois à prendre leurs noms et à voir ce qu’ils étaient capables de faire sur les auteurs grecs : Slatutum est tempus duorummensium, quo competitores et nomina dent et legcndo et aperiendo grœcos auto res ostendant qui viri sint et quantum tingud et ingenio polleant (*4)* Ambroise Léon ajoute que plusieurs des disciples de Musurus se préparaient à disputer sa succession, et qu’Alcyonius , l’un des plus polis d’entre eux , s’etait fait connaître par des traductions admirables. Il vaut mieux exprimer la chose selon l’original : Inter eorum eleganliores unus retrus Alcyonius milita è grrcco in romanum sermonem elegantissimè ver lit. Nam orationes plernsque Isocratis ac Demosthenis tanUi Arpinitate expressit , ut Ciceronem ipsum nihilominüs legere videaris. Aristotelisque mufta vertit tant candidè , ut Latium glariabundum dicere possit : en Aristotelera nostrum habemus. Idem ipse juvenis , ut est litterarum optimarum utrarumque maximus alumnus , ila tui quoque amaniissimus , ac sludiorum luorurn Laudator summus (a5). Érasme , répondant à cette lettre le i5 du mois d’octobre de l'année suivante, fit faire des cotnplimcns à Pierre Alcyonius , et avoua qu’il n’avait jamais ouï parler de lui. Il serait à souhaiter, dans ce partage de senti mens sur la qualité des traductions d’Alcyonius , que le savant M Huet lui eût fait l'honneur
04) Frasait Epis loi. XX VI 11 lib. Xt pag. 53o- •
(a5) Idrm , pag 53t.
de se souvenir de lui quand il composa les dialogues de Interpretatione.
Joignons aujourd’hui à Léon de Noie un autre témoin. Je trouve que Gabriel Naudé loue beaucoup les versions d’Alcyonius. C’est dans son traite de Fato et Fitœ Terminor II dit que ce traducteur, ayant discuté trois objections que l’on peut faire contre cenx qui disent que le traité de Mundo est un ouvrage d’Aristote, se tourne ensuite de toutes parts pour n’ètre pas obligé de convenir que c’est un ouvrage supposé : Dijfficultates cjusmoth amoliri tentet ; atque ne supposititium hune fcelum , quem una cum legiiimis aliis elegajtissimè de grceco lalinum fecerat , agnoscere cogeretur , vertit se in omnes partes , tandemque his verbis concludit : sed morositatem ejus generis quæstionum grammaticis relinquamus (a6).
(K) On trouve quelque chose qui le concerne dans lef lettres de Longolius , et qui n’est pas honorable.'] On a déjà vu (27) qu’au sentiment de Longueil, le visage d’Alcyonius , à la nouvelle de la publication de l’écrit de Sépulvéda , serait un objet divertissant. Voici quelque chose de pis. Alcyonius , ayant souhaité passionnément de porter une lettre de Longueil à Marc-Antoine Flaminius , partit sans la prendre ; sur quoi l’on fit cette réflexion : Nàsti homims ingenium : il le enim et ccence quam ei opiparam hic dederamus , et laudum quibus à nobis ornatissimus discesserat , et litterarum quas surnmd contentione ut Jestinanter scriberem pervicerat , oblitus profectus esse dicitur. Quod vos idcirco scire volui „ul mets verbis hac de inhumanilate cum eo ex postuletis (a8). On ajoute qu’il y avait là un coup de bonheur, parce qu’on avait coulé dans cette lettre certaine»
choses que l’on souhaitait qu*il ignorât autant que tout autre. N’est-ce pî»s insinuer qu’on le croyait fort capable d’ouvrir une lettre ? Quanquam id ipsum de quo queror non omnmo incommode nobis cecidissc videri possit , ea enim iis*litteris inc au te commise ram , quœ ilium in prirnis ceintura essecupiebam. Per fecerat scilicet pris
(»G) Gabriel Naudscus , de Fato e» Vit* Termiuo , pag. 8a.
(37) Dans la remarque (B).
(a8) Cliriatoph. Longolius, Epistol. XXfltin II, folio ao3, verso.
tinœ noslrce consuetudinis usas ut ma gis quibuscum agerem in mentcm nu ht venir et, quant eut lituras dalurus es sem salis memtnissem ( 29, . S'il est le personnage désigné daus une autre lettre de Longoiius v3o), comme un habile homme le conjecture (3i) , quel portrait faisait-on de lui! quelle malhonnêteté, quelle rage de médire, ne lui attribuait-on pas ! quel rnépri' n'avait-on pas pour sa personne! Ce qui pourrait faire douter que Longolius parle de lui en cet endroit-là , est que peu après il nomme Alcyonius, sans aucun signe de mauvaise disposition ; mais ce sujet de douter n'est pas une preuve convaincante, puisque d'ailleurs ce portrait-là est conforme à celui qu'un autre auteur du même siècle a donné d’ Alcyonius On venait de dire que Pierius Valerianus était un homme sincère, et tout aussitôt on remarque : Diverses natures est Peirus Alcyonius P eue tus , mordax et male dtcus , nec p uilcns magis quant pru~
dens millo de hoc nebulone plura
qui bellum bonis omnibus indixit r Aigris et Juste coërcendus (3a). Notez qu'on avoue qu'il avait fait de bons vers lyriques et ïambiques , et qu'il se vantait d'avoir composé une tragédie excellente sur la mort de Jésus- Christ (33).
(oq) Idem ibid. folio 10$ .
(3o; C'est la XX*. du II*. lier*.
(3t) M. de la Moaaoie : c’est lui qui ma indiqué cms passag de Longoliui , ou Loogueil.
(3i) Liliu» Greg rius Gymldu» , de Poét. sai tempon» Dialogo I , pag. 54* , edit. i6g6.
{Si ) Idem , tbid .
. ALCMAN , poëte lyrique, florissait dans la 27e. olympiade {a).
Les uns disent qu’il était de Lacédémone , les autres qu’il était né à Sardes , ville capitale de la Lydie. Ce qu’il y a de bien sûr , c’est qu’il a eu droit de bourgeoisie daus Sparte (A), et que les Lacédémoniens se sont fait honneur d’avoir fourni à la Grèce un belesprit comme celui-là (B). Il avait fait quantité de vers dont il ne nous reste que peu de chose, cité par Athénée, oupar quelque autre
./l't SuiJas, in KXxpt&t .
ancien auteur. Il était d’un tempérament fort amoureux, et il passe pour le père de la poésie galante (C). Il semble même que l’on ait dit qu’il fut le premier qui introduisit la coutume de chanter des vers d’amour dans les compagnies {b). On nous a conserve le nom de l’une de ses maîtresses ( c ) : elle s’appelait Mégalostrata , et se mêlait de versifier. S’il s’en fût tenu là , on n’aurait pas eu tant de sujet de se plaindre ; mais on parle aussi d’un Chæeron , duquel il fut amoureux (d). Alcman a été l’un des grands mangeurs de son siècle (e). Cette qualité aurait eu de fâcheux inconvéniens, si la poésie avait été en ce temps— là sur le pied qu’on l’a vue souvent , peu propre à faire vivre son maître. Il mourut d’une maladie assez singulière ; car il fut mangé des poux ( f ). Il ne faut pas le distinguer du poëte Alcmæon (D) , et je ne vois point la nécessité de reconnaître deux Alcmans , l’un de Lacédémone, l’autre de Messène (E).
(6) A. 1 lien. , lib. XIII , pag. 600.
( c ) Id ibid.
(d) Idem. lib. X , pag. 416.
( e>Id . ibid , et ÆAiaa. Var. Histor. , lib. I, cap. XX ni
{/) Aristotel de Histor. Anim. , lib. V , cap XXXI , Piin. , lib. XI, cap. XXX I fl , Plutarcii. in Syllâ , pag 474-
(A) Il a eu droit de bourgeoisie dans Sparte. ] Cela paraît par une épigramtne que Plutarque a insérée dans son Traité de l’Exil (1). On y fait dire à Alcman , que s'il avait été élevé dans Sardes , la patrie de scs ancêtres , il serait un pauvre prêtre de la déesse Cybèle * destitué de ses parties viriles ; mais qu'il se voit à présent citoyen de Lacédémone, bien instruit aux lettres grecques , ce qui le rend supérieur aux rois de Lydie. L’inter-
(1) Opcr- Moralium pag. £99.
alcman.
prête la»in a mal traduit le premier ment ; mais il s’est fondé i shj- «ne
vers -de cette épigramme , . mauvaise raison. Ego , dit - il > s
vers i» > Lnconem fuisse ai bitror , quum Laco-
. . . JxpStK xpZxioç irtrip** ropoç. mcrf jiafecto usus sit. S’il se fût sou-
c- °J ma'onunque meorum palna venu de l’épigramme que Plutarque a
Sardet' rapportée, il n’eût pas manqué de
car il faudrait conclure de cette ver- voir la fausseté de cette raison. Aiesion , qu’Alcman était né à Sardes man n’ayant pas été elevé dans la (a) • ce que l’on ne peut conclure des Lydie , mais en Grèce , et demeurant paroles grecques : et voilà comment à Lacédémone, a dû se servir de la
a. ad! /«imlrf imfAW lltl St'- #1 • •> 1 u /ÎAfl/TtlP fltll 6t<ilt CIO
îiiuiiia. qui a mis en lann i epi- ne laissa pas ^
gramme grecque, ne songeait pas bons poèmes. *n rromo-arn qu’en ajoutant le mot mea , qu’il 0é<fi* ft âfoT** aînmi *Auft*»<tTo croyait être sans conséquence , il se- A*x»»a*» * yxmavx , iituç’x ■x-xpiX.tpMi* rait cause que plusieurs s’opiniâtre- «j-o *ù<petror (g). Oui in Canticis pan-
raient à soutenirqu’Alcman n’est point gendis nihil omnino Laconica lingua né à Lacédémone. Combien y a-t-il obfuit,etsi nihil ea in vocibus appel d’auteurs qili ne consultent que les tandis habet suavilatis. versions , et qui prennent dans les (B) Les Lacédémoniens se sont fait livres grecs toutes les preuves que les honneur d’avoir fourni à la Grèce un versions leur fournissent , soit que bel-esprit comme celui-là . ] Le pasl’original le souffre , soitqu’il ne lesouf- sage de Paterculus , que j’ai cité , le fre pas! M. de Saumaise a savamment prouve ; ces paroles de Stace : corrigé cette épigramme (3) ; mais je lHrieù ^man canuaus AmjcLs (10),
ne vois pas trop ce que veulent dire • .
ceux qui nous renvoient à lui , comme le prouvent aussi. Joignez à cela le à un jugf qui a terminé le procès de la sépulcre qu’ils dressèrent à Alcman , patrie u’ Alcman. Il s’agit clans ce pro- proche du temple él’Hélène (1 r). cès , si ce poëte est né a Lacédémone , (C) Il passe pour le père de la poésie
* r% \ 1 - !.. T ...il A CAII. f -M - 1 O 1 M A MA il nA *• aa r\«
ancêtres $ qu U a etc eieve a ia ma- omnium pnncipem ei aucem jnicmanière des Grecs , et qu’il jouit de la nem fuisse , erga mulieres petularütsbourgeoisie de Lacédémone? Cela peut simum , et ante nmnes in vulgus eam signifier également ces deux choses : musam et ea carmina edidisse , qui m
ou qu’Alcman fut transporté en Grè- hominum congressu ac convenlicuhs ce pendant son enfance , ou que son canerenlur.
père s’y fut établir avant que ce gar- (D) Il ne faut pas le distinguer da çon lui fût né. En ce dernier cas, „oële Alcmœon.] Saint Jérome, dans rien n’empêcherait qu’Alcman n’eût la Chronique d’Eusèbe , après avoir reçu le jour dans la ville de Lacédé- parlé d’Alcmæon sousla 3oe. olympia- Scaligcr a été dans ce senti- de, parle d’Alcman sous la 4^*., et se
sert de cette circonspection , ul quibusdam videtur. Scaliger a corrigé au
(3) Scalig. Animadv. in Euacb., num. *36»- (g) Pauaan. , Ub. lll , pag g0-
(10) Sut. SyW. IÏI , Ub. V . w. tS3-
(11) Pausan. , lib- II J , pag 96-
(ia) Allit-n., /*A- 600 Vide etiam
Suidam , in AtJtpxi.
raone.
(а) Araiot a fait Ut mime faute.
(3) Salma*. Eiercitat. Pliman. , pag. 885.
(4) U b fait naître a Mnsoa , qui était un quartier de Lacédémone , selon Strabon, corrige par Saumaise, Earrcit. Pliman., pag. 885.
(5) Àpud Suidam , in Akxpxi.
(б) Alcmana Lacones folio sibi vindtcanl. Patarcul. , lib. 1 , sub/in.
(7) Æliaoi Vac. Hiat. , lib. XII , cap. L-
ALCMÈNE. 4o5
premier passage Alcmœon par AUman. 11 est visible , par le règne d’Ardys , roi de Lydie , sous lequel Cratès a placé Alcman , que ce poète florissait environ la 3o*. olympiade, temps auquel on met Alcmæon dans la Chronique d'Eusèbe. Si cette raison ne suffit pas pour montrer qu’il faut réduire ces deux noms à une même personne , on vous prouvera invinciblement qu’Alcmæon , ’A^x/uct imi , et Alcman , , ne diilèrent que
de dialecte ; et que le premier se doit convertir au second , par les règles de la dialecte dorique. Voyez le Commentaire de Saumaise sur Solin , à la page 885. L’Alcman de la olympiade est une chimère. On le place là , parce qu’on avait lu des auteurs qui s’étaient trompes sur l’àge d’Alcman.
(E) Je ne vois point de nécessité de reconnaître deux Alcmans , l'un de Lacédémone y l'autre de Messène. ] Suidas est , je pense , le seul qui le fait. Or, son autorité n’est pas fort grande, lorsqu’il ne cite personne, et qu’il ne marque point de circonstances. Voilà le cas de son Alcman de Messène , il n’en dit rien.
Souvenons-nous qu’il a dit que le véritable Alcman était né à Messoa , atro Mtryéfltç. Ce lieu n’est pas autrement célèbre ; et c’est ce qui aura fait juger à quelques copistes , qu’il fallait lire civo , dans les au-
teurs qui avaient débité la même chose que Suidas. Leur prétendue correction aura forgé un nouvel Alcman , que l’on aura cousu aux centons de Suidas. Cette conjecture me paraît lus vraisemblable querelle de Lilius yraldus. 11 ne reconnaît qu’un Alcman ; mais il le veut natif de Messène, et il corrige dans Suidas «tvo Mire-oxf par otTo Scaligcr rejette avec
raison cette conjecture (i3).
(i3) Scalig. Animadr. in Enseb. , num. i36o.
ALCMÈNE , fille d’Électryon (A) , roi de Mycènes , fut femme d’ Amphitryon, et mère d’Hercule. Elle accoucha de ce fils pendant la vie de son mari; et cependant Hercule n’était point fils d’ Amphitryon , mais de Jupiter , qui , faisant semblant d’ô-
tre le mari d’Alcmène(B), fut admis sans nul scrupule aux fonctions matrimoniales. Le jeu lui plut de telle sorte , qu’il fit durer cette nuit-là trois fois plus qu’à l’ordinaire (C). Voilà d’oii sortit Hercule. La plupart des auteurs modernesdisentqu’Alcmène était déjà grosse du fait d’ Amphitryon ; mais Apollodore insinue assez clairement qu’elle était encore fille (D) ; et c’est tourner mieux la chose à l’honneur de Jupiter.
Quoi qu’il en soit , Amphitryon* revint chez lui le jour même qui succéda à la longue nuit que ce Dieu avait passée avec Alcmène.
Il ne trouva point que sa femme le reçût avec les empressemens qui accompagnent la première vue après une absence , et il en sut bientôt la raison par l’histoire qu’elle lui fit de la nuit dernière. Ceux qui se mettront à sa place pourront nous dire les pensées qu’il eut .là-dessus. Il alla d’abord au devin , et il sut de Tirésias que Jupiter , déguisé en Amphitryon , avait eu affaire avec Alcmène. Ce fut à lui à se consoler ; et il ne paraît pas que son chagrin ait été fort long , puisque dès la nuit suivante il fit un enfant à sa femme, déjà grosse du fait d’un Dieu (a). Junon, par un effet de sa jalousie ordinaire , traversa le plus qu’elle put les couches de cette femme ; et ce ne fut que par l’adresse d’une servante que l’on éluda les mauvaises intentions de Lucine (E) , ui empêchait Alcmène de se élivrer. Elle accoucha de deux garçons : celui dont Jupiter était
(a) Ex Apollodori Bibliothec. , 4ib . // , p. 97 et sequent. Hygin , chap. XXIX , dit qu'il ne coucha plus aitc elle , et ne parle que d' Hercule.
4o6 ALCMÈNE.
Îière fut nommé Hercule ; ceuiqui était fils d’ Amphitryon fut appelé Iphiclus(ô). Oifditqu’elle épousa Rhadamanthe , après la mort d’ Amphitryon , et que son tombeau se voyait auprès de celui de Rhadamanthe , proche d’Halirate , daus la Béotie (c).
D’autrfcs disent qu’elle fut enterrée à Mégare , et que l’oracle l'ordonna ainsi , lorsque les enfans d’Hercule le consultèrent sur le différent ou ils étaient : les uns voulant qu’elle fût portée à Argos , les autres soutenant qu’il fallait la porter à Thèbes ( d ). Elle mourut en chemin sur les frontières de Mégare , comme elle s’en retournait d’Argos à Thè— bes (e). Hercule était déjà mort :
elle avait eu le chagrin de lui survivre ; mais, d’autre côté, elle avait eu là satisfaction de tenir entre ses mains la tête du persécuteur d’Hercule, et de lui arracher les yeux (F). On a conté ue son cadavre disparut pen— ant la cérémonie des funerailles , et qu’on trouva une pierre dans son lit ( f ). C’est ce qui fait dire à Pausanias qu’elle fut convertie en pierre (g). Antonin Liberalis raconte que, pendant que les Héraclides travaillaient aux funérailles d’Alcmène , Jupiter commanda à Mercure de la dérober , et de la transporter aux îles des Bienheureux , afin de la marier avec Rhadamanthe. On exécuta cet ordre, et l’on mit une pierre dans le cercueil. Ceux qui
{b) ApoUod. Biblioth., pag Io3.
(c) Plutarc. in Lysandro , pag. ; Antonini Libérait» Metamoi phos., cap, XXXIII. (tf, Pau»an. , lib. /, pag. 3g.
(<0 Id. ibid.
(/) Plut, in Bomulo , pag. 35 [g) P.iuwn. , hb. /A", pag. 20^.
le portaient l’ayant senti fort pesant , l’ouvrirent , et y trouvèrent au lieu du cadavre , une pierre qu’ils déposèrent dans le bois sacré ou fut ensuite la chapelle d’Alcmène à Thèbes (h). Diodore de Sicile marque simplement qu’elle disparut, et que les Thébains lui rendirent les honneurs divins (i). Ils montraient encore sa chambre du temps de Pausanias (A). On voyait son autel à Athènes en ce même temps (/).
Le présent qu’elle reçut de Jupiter pour la longue nuit qu’elle avait passée avec lui, était montré dans Lacédémone plusieurs siècles après , comme une rareté singulière (m). On a raconté des choses bien merveilleuses touchant son tombeau (G). Consultez l’article d’ÂMPHiTRvoiv.
(h Antonini Libérait* Mctamorpbos., cap.
XXXJII , ex Pberecyd.
(i) Diod. Sic , hb. V , cap. IV
(A) Pausan. , hb. IX , fag. 290. Tl vivait environ i5o ans après la naissance de Jésus- Christ.
(/; Idem . hb. I . pag. 17.
I«î I oyei la remarque (D) de V article
Tunou.
(A) Fille Êlectry an. ] Le poète Asius la fait naître d’Ainphiaraüs et d’Éripbyle (1). D’autres disent bien qu'Électryon était son père ; mais ils lui donnent pour mère Anaxo , fille d’Alcée , fils de Persce (a) , et non pas Lysidice, fille de Pélops et d’Hippodaraie, que Charles Étienne, Lloyd, llofman , etc. lui*donneot (3). Le scoliaste de Pindare tient pourLy sidice(4).
(B) Jupiter , faisant semblant d'être le mari d" Alcmène , etc. ] Diodore de Sicile remarque que Jupiter prit ce parti , parce qu’il ne voulait point user de force j et que , par la voie de la persuasion , il n espérait rien d’une personne aussi sage que l'était Ale-
(1) Apud Pansaniam , hb. V , pag. i65.
(? > Apollodor. Biblioth. , hb. Il , pag . c/6- Scholiasl. Homeri in XIV , es. 3a3-
(3t Votes leurs Dictionnaire».
(4) In Olrmp. , Od. VII*
mène (5). Le meme historien observe nue Jujpiter , en cette rencontre, ne fut point agité de cette passion lascive , qu’il avait tant de fois sentie pour d’autres femmes , et qu’il n’eut pour but que de procréer un illustre enfant. C’est pourquoi il ne le fit point à la hâte, il y mit beaucoup de temps, trois nuits de suite. Nos médecins se moqueraient de cette raison. Je ne sais pourquoi Plaute fit parler ainsi Jupiter à Amphitryon :
en repos pendant trois jours , afin que Jupiter eût le temps qui lui était nécessaire pour produire Hercule , une nuit ne suffisant pas à la production d’un si grand guerrier. Tot/To»
ou» iv fjüd. vi/kti «t?roTiA*{r6l)ïv!»« atJuratTo». lgiiur unâ nocte absolvi non polest (10). Il parut que Jupiter n’y épargna pas l'étoffe ; car la pesanteur de l’enfant pensa faire crever la mère :
Tende b al graviiM uterum mthi , quodque ferebâtit
Tu cum Alcumend uxore antiquam in grattant
Red i : haud promeruit quamobrrm vitio verterri ,
Med ei j ubac la est facere (6) ;
car , puisque Jupiter avait pris la figure du mari , il n’était pas nécessaire d’user de force : et nous venons d’entendre qu'il ne prit cette figure que parce qu’il ne voulait point employer la force. Un auteur moderne s’est servi de cet exemple d’Alcmène, pour prouver que l'ignorance de bonne foi disculpe : et il a cité de trèsbeaux vers de Molière (7^. 11 y a mille choses à dire sur cela : ccst un grànd sujet de réflexions. Notez qu’il y a des gens qui veulent que la pensée de Plaute soit celle-ci : Alcmène a été contrainte de me laisser jouir d’elle , parce que j’ai eu la force de prendre votre figure. Si cela est, il faut aire que l’intention de ce poète a été beaucoup meilleure que son expression.
(C) Cette nuit -là dura trois fois plus qu’à i ordinaire. ] On lira peutêtre sans dégoût ce vieux gaulois :
Jupiter trouva une telle saveur en la dame , qu’il prolongea cette nuit du jour et de l’autre nuit en suivant , ce qui aurait mu I/ycophron (T appeler Hercule rpirimpoc xtetr , le lion de trois nuits , comme fait aussi Lucien (8). On a eu peut-être en vue ces paroles d’Hygin : Qui tant libens cum eâ concubuit , ut unum diem usurparct , duas noctes congeminaret (9). Le Dialogue de Lucien , où il est parlé de la longue nuit que Jupiter eut d'Alcmène , nous apprend que Mercure alla porter au soleil l’ordre de se tenir
f5) Di«J. Sica). , lib. V , cap. If.
(6) Pl»at. in Amphitr. , act. V ’, te. Il .
(7) Voyez les N. Lettre* contre le Calvin. de Meiralt. , vag a8o, etc.
(8) Vigenère, *ur Philoatr , loin. Il , folio 17, (dit. in- 4>
k9) H y gin , cap. XXIX.
Tantum erat , ut postes auclorem dicere teen Pondent esse Jovem (11).
11 y a bien des auteurs qui assurent que cette nuit ne fut pas triplée , mais doublée seulement (19). D’autres disent qu’elle dura neuf fois plus que de coutume. Saint Jérôme, qui avait pu lire cela dans les écrits de deux pères de l’Église (i$) , ne s’en servit point
Sourtant : il s’en tiot à la tradition e la double nuit : In Alcmenœ adultérin duas noctes Jupiter copulavit.
Jupiter prit alors congé des femmes :
Alcmène fut la dernière des mortelles avec laquelle il coucha. Niobé avait été la première ; il y avait eu seize générations de l’une à l’autre (ï4) :
telle fut la durée des amours de Jupiter pour les femmes. Or , comme le divertissement avec Alcmène était en ce genre-là le dernier qu’il devait prendre dans ce monde , n’était-il pas raisonnable qu’il le fit durer longtemps ? Alcmène admira la longueur de cette nuit (i5) : elle lui parut donc longue ; cela lui fait honneur. Aussi était -elle une très -honnête femme (16) , et qui n’aurait pas mérité , si elle eût perdu la vue , qu'on eût fait contre elle un distique tel que celui-ci :
Cum longas noctes Moreta (t~) ah nmore rogarel ,
Favit amor rôtis , perpetuatque dédit.
(10) Lucianu» , Dialog. Merc. et Soli*. Voyez aussi DioJorede Sicile, lie. V , chap. II.
(il) Ovid. Metam. , lib. IX, vt. 387.
(1a) Idem , Amor. lib. I . Klrg. XIII ; Pro- Mrt.. Ith. II, Elcf. XXII ; Capdla, lib. II, cap.
(»3) Clem. Alcxaodr. in Protrepl. , pag. ao ; Arnobios, lib. IV, pag. «45 , cujus heec tant verba : Qui» ilium in Alcraeni noum noctibua fecit pervigilâ»** continui» ?
(<4) Diodor. Sicul. , Ith. V , cap. II,
(i5) Hygin., cap. XXIX.
(16) Voyez la remarque (B).
(i") Li eomletse de Morel , maîtresse dt
Ife’tri-le- Grand-
4oS ‘ ALCMÈNE.
Sosie., valet d’ Amphitryon , s'avisa d’une remarque digne de lui , quand il s’aperçut que la nuit durait plus qu’à l’ordinaire. 11 félicita les galans qui n'avaient pas eu bon marche de leur proie.
VH il tnt isti scortalores. qui soit invili cubant? H me nox < cita’ si exercendo scorto conducto male (18 ).
JD) Elle était encore fille. ] Ar>olore raconte qu’Électryon allant venger la mort de ses ûJs , mit son royaume et sa fille Alcmène entre les mains d'Aranhitryon , anrès l'avoir fait jurer qu il se contiendrait envers Alcmène jusqu’à son retour (19).
Amphitryon , l'ayant tué par megarde peu après , fut obligé de chercher une retraite. 11 se retira dans la Béotie avec Alcmène ; et , parce qu’elle déclara qu’elle épouserait celui qui vengerait la mort de ses frères , il s’engagea à poursuivre cette vengeance j et, s’associant avec d’autres, il porta la guerre chez lesTéléboes qui avaient tue les frères d’Alcmèoe (ao). De retour à Thèbes , victorieux et triomphant, il apprit qu'un autre lui-méme avait couché avec cette dame. Il est visible que ce ne fut point lui qui eut la première faveur : Alcmène avait différé sans doute la cérémonie des noces, la consommation pour le moins de son mariage , jusqu'à cequ’Amphitryon eût vaincu les Téléboes. Jupiter sachant qu’Amphitryon revenait , et que , pour cueillir cette fleur de virginité il n’y avait point d’autre temps à prendre que celui qu’Arnphitryon emploierait à son voyage , le prima, et fit avant l’arrivée du mari ce qu’il y- avait à faire. Apollodore ajoute qu’Amphitryon, ayant couché avec Alcmène , lui fit un enfant , qui fut plus jeune d’une nuit qu’Hercule.
’ Akx/uuiv» <f» Suo «ymwcri 'rauJa.ç. A»i fjtty ’Hpxxxéx pu* vl/kti TrptrCurtpov , Aptqi- 'rp'ucen IqtKhtx (ai). Alcmcrta vero duos p e périt filios : Jovi guident Herc nient und nocte grandinrem , atque Amphitryoni Iphiclem. Nouvelle confirmation de ce que j’ai à prouver. Le scoliaste d’IIomerc est plus précis qu’Apollodore : il dit nettement que le mariage ne se fit qq’après le retour
f 18) PUuli Amptiitr., act . /, 'f, /, vers. i3i. f’9) Apnllod. Rtbiint. , Ub. II , pag. cjq.
(ao) Ibidem , pag. 10t.
j Idem, pag. io’i.
d’Amphitryon faa). Dans la comédie de Plaute , les choses vont autrement.
Amphitryon y laisse sa femme grosse en s’en allant à la guerre (a3 j. Grand ragoût pour Jupiter ! Ce serait bien pis , si Plaute a>ait observé l'unité de temps comme le veut mademoiselle le Fèvre II faudrait dire , en ce caslà , qu’en arrêtant le soleil Jupiter interrompit tout le cours de la nature, afin de se divertir plus long - temps avec une femme grosse de oeux enfans , et si proche de son terme . que
f>our peu qu’il eût difleré sa retraite , a sage femme aurait été obligée de lui dire, cédez-moi la place. C'est une fâcheuse alternative pour Plaute : il faut , ou que sa pièce dure plusieurs mois , ou qu’il fasse d’une femme toute prête d'accoucher de deux jumeaux , un des plus friands morceaux du monde pour le plus grand de tous les monarques ; et cela , en supposant que ce maître des Dieux et des hommes a déjà produit l'un de ces jumeaux. Prenez bien garde que ce poète ne feint pas que Jupiter se déguisa en Amphitryon , pour venir en bon mari au secours d’Alcmène pendant le travail d’enfant : c’était la visite d'un homme bien amoureux. Voici comme parle Mercure dans le prologue :
Et meus paler nunc inûis hic eum ilia cubât ; Et h arc ob ram rem nox est facta longior , Pitm ille quel cnm volt voluptatem cap il.
Et pour ce qui est de ces paroles de Sosie,
Marc nox scita'st exercendo scorto conducto male (*4),
voici comme il les relèveb
Meus paler nunc pro hujus verbis recto et tapie nier facil ,
Qui comptexus. cum À le unie nd cubât amaoi anima obsequens.
Il se félicite d’avoir écarté tout ce qui pouvait interrompre la joie de Jupiter , et il se prépare à continuer ses bons offices , jusqu'à ce que le galant n’en veuille plus.
Benè et prosperi hoc hodiè operis processit mihi :
(aa) Scbol. Homeri in Iliad. XIV , es. 3a3.
(a3) Gravidam ego illam hic retiqui citai abe*. Plaotux, Ampbitr. , act. II , *c. Il , »a. 35.
Et cum te gravidam , cùm pulchrè ple-nam ad tpi cio , gaudeo.
Ibid. es. 4g.
Mercure avait assuré te mime fait danj te
P'vtogue.
(a,i) Haut. Avpbitr., act. /, sc . /, es. i3s.
. Amovi à foribtu maximaux molestiam ,
Patri ut liccret luto illam ample xarier.
Errant ambo ego illot et démenti et Complebo , aique omnetn Amphilruonie fami- Uam ( *
Adeo , in que talielaiem d'nm capiet paler Illitu quain a mal (a5, .
(E) L’adresse dune de ses servantes.... éluda' les mauvaises intentions de Lucine (26 ) ] Je me suis réglé sur la narration d’Ovide. Il y avait sept jours qu’ Alcmène était en travail d’enfant , avec des douleurs horribles.
Galan tins , l’une de ses femmes, entrait et sortait; et, se doutant d’un maléfice en voyant une femme qui marmottait , assise ù la porte , les mains jointes sur ses genoux (*) , elle lui alla dire qu’Alcmène était accouchée.
Lucine (car c’était elle qui se tenait en cette posture) n’eut pas plus tôt ouï ces mots , qu'elle sépara ses mains et se leva ; ce qui fit accoucher Alcmène •
S ub <edit in illd
Ante foret ard , dexlroque à poplité Iterum Pretta genu , digitit inter te pectine juiiclit, Su’tinutt partus. Tacild quoque camuna voce Dix tl , et inceeptos lenuerunt car mina partus.
. Una mmulrarum medid de plebe Galanthir , Flava comat, aderat faciendit slrenua jtusis , Offian dilecla tais. Ea sensu truqua ffrscio quid Jurtune g en, dtunque exil et intrat Serpe fores , Divam residentem vidii in ai d , Brachiœ/ue m genibus , digitii c annexa , le nentem ;
El , qumcunque et , ait , dominée gratare i levain est
Argolis 4lcmme , potiturque puerperà voto. ExsiluU , junclasque inanus palefacla remuit Diva potens uleri; vinclis levor ipsa remistit (37).
Pausanias ne raconte point la chose avec les mêmes Circonstances. Il dit qu’on voyait à Thèbes la figure de certaines femmes (28) , que Junon avait envoyées empêcher les^couches d’Alcméoe. LaûlledeTirésias (29) les trompa , en criant qu’Alcmène était délivrée (3o). Du temps de Pline, on prenait encore pourun maléfice la posture dont j’ai parlé. S’asseoir auprès des
. (iS) Plant. Ampbit. , act. t, se. //, ci. i, a, 3,5 et teq.
(36) C' était ta déesse des accouchement.
(*) Rtiiuii, I. 3, ch. 48, » fort bien rendu
le (rite d'Ovide et de Plinr. Si M- B«jle l'avait au , c’était un partage à alléguer ici. Hem. caiT.
(37) Ovid. M(Um. , lib ■ IX, vs. 7tJ& el seqq (38 On tes appelait qetppcLxi fit. Nous les
xpprllri ions aujourd'hui vorcières.
(?g) Elle s'appelait H i, loris.
(3o) Patuan. , lib. IX, pag. 390.
femmes grosses , ou quand l’on médicamente quelqu’un les doigts entvelassez en forme de pigne , c’est un charme nuisible , et dit-on que de cela l’expérience s’en put voir lors qu’ Alcmène enfanta Hercule : .pire encore est-il , si l’on tient les mains accouplées contre l’un de ses genoils ou les deux.
C’est ainsi que Vigénère (3i) traduit ces paroles ae Pline: Adsidere gravidis , vel càrn remedium alictti adhtbttur , digitis pectinatïm inter se implexis , veneficium est : idqtte compertum traàunt Alcmend Herculcm pariente. Pejus si circa ununt ambove genua , item poplités alternis genibus imponi (3a). Nous verrons ailleurs (33) la liberté uue Plaute a prise de supposer qu' Alcmène accoucha sans nulle douleur.
(F) On lui livra la tête du persécuteur d' Hercule , et elle lui arracha les yeux ] Apollodore nous apprend que les fils de ce héros trouvèrent un bon asile dans Athènes contre Eurysthée; et qu'Hyllus, l’un d’eux, Payant tué , lui coupa la tête, et la donna à Alcmène: Kxi T»V (A» T Xi^fltxàv cÙTOTt^coi»
'AXx/tfii?» fii o»oiï. x <fi xtpxiVi Tot/ç oqB stApttiùç iÇoipu!' t» ctirnt/ (34). Ejusque caput ampulatum Atcmenœ dédit. Hœc autan illitextoriis radiis oculos effodit .
(G) On a raconté des choses bien men'cillcuses touchant son tombeau.'} Agésilaüs , roi de Sparte , voulant faire transporter les reliques d’Alcmène à Lacédémone , envoya des gens à Haliarlc, qui ouvrirent le tombeau de cette femme. On y trouva deux va«es de terre , un brasselet d’airain , et une' table de cuivre sur laquelle il y avait des lettres gravées, que personne né connaissait. Comme elles étaient semblables, à l’ écriture des Egyptiens, Agésilaüs les fit copier, et envoya cette copie au roi d’Egypte; et le pria de faire expliquer à ses prêtresse que c’était, s’ils le savaient (35). Plutaruue ajoute qu’Agétoridafc , député d ^Agésilaüs, alla à Memphis, où le prophète Chonuphis déchiffra cette inscription. Elle contenait un ordre
(3t) Vigénire *ur Pbilostrate, iom. II, fol. 17.
(3a Plinitu, lib. XXVIII cap. VI, p ■ 5'g.
(33) Dans la remarque (E) de rarticlc Tata-