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bon logicien. Je ne parle point des emplois qu’il eut avant que de devenir bibliothécaire du pape; et je n’ai pas même examiné si M. Moréri , qui en a fait mention assez amplement , a eu toute l’exactitude qu’il fallait. Si j’ai quelque chose à dire là-dessus , ce ne sera que dans les remarues (A). M’abstenant donc de ire ici ce qu’on peut trouver dans son Dictionnaire, je ne toucherai que certaines choses qui n’y sont point. Allatiusa été d’un grand secours à MM. de Port- * Royal dans la dispute qu’ils ont eue avec M. Clauae, sur la créance des Grecs à l’égard de l’Eucharistie. M. Claude le nomme souvent le grand auteur de M. Arnaud , et nous en fait une peinture très -peu honorable (B).
M. Simon ne lui donne guère de bonne foi(C). Jamais Latin de naissance n’a été plus emporté contre les Grecs schismatiques , qu’Allatius , ni plus dévoué au siège de Home. Il ne s’engagea ni au mariage ni aux ordres ecclésiastiques ; il en donna une raison qui mérite djêtre sue (D).
II serait difficile de trouver dans l’histoire des auteurs une singularité plus notable que celle qui concerne une plume dont il se servait (E). Il a donné au public quantité de livres , soit en faisant imprimer des manuscrits , soit en traduisant des auteurs grecs , soit en composant de son propre fonds. La liste qu’on voit dans le Dictionnaire de Moréri ne distingue point ces trois espèces d’ouvrage , et ne comprend pas tout ce qu’Allatius a publié. On peut remarquer dans $e$ productions beaucoup plus de
lecture et d’érudition que d’esprit et de jugement. 11 découvrait assez bien les fautes de ceux contre qui il écrivait ; mais il mêlait à sa découverte trop d’aigreur et trop d’insulte. C’est ce u’on peut voir principalement ans les Dissertations qu’il a publiées contre M. Creygthon , au sujet du concile de Florence (a).
On peut connaître son génie et celui de sa mémoire , par les sauts qu’il faisait d’une matière à une autre dans un même volume. M. de Sallo n’a été rien moins que son admirateur en cela (F). Allatius mourut à Rome, au mois de janvier i66c>, âgé de quatre-vingt-trois ans (Æ).
Il avait fait souvent des poèmes grecs. Il en fit un sur fa naissance de Louis XIV, ou il faisait parler la Grèce. Il le fit réimprimer à la tête de son livre de Perpetud Consens ione , etc., qui est dédié à ce monarque. J’oubliais de dire que MM. de Port- Royal n’ont pas manqué de ré-
Sondre quelque chose à M. Claue , en faveur d’Allatius (G).
(a) oyex le Journal des Savans, du i5 de novembre 1666.
(b) Henn. Wîtte , Diarium Biograpli. ad ann. 1669. Moréri met sa mort en 1670.
(A) Si j’ai quelque chose à dire de ses premiers emplois , ce ne sera que dans les remarques .] Je trouve dan* Lorenzo Crasso (1), que Leone AUacci (c’est ainsi qu’il le nomme) n'avait que neuf ans lorsqu’il fut porté de 1 île de Chio dans la Calabre, où il trouva la protection d’une puissante famille (a). Au bout d’un certain temps il fut envoyé à Rome , où il étudia les humanite's , la philosophie , et la théologie , dans le collège des Grecs.
(t) Lorenzo Crauo % Iztoria de’ Poeti Greei , pag. 3 06. y ore% au ut sas F.logii d’Hnenùni Letterati, tom. t , pag. 397 et sut 0.
(a) Celle des SptnelU ,
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11 fut élu à Naples grand-vicaire de Bernard Justiniani , évêque d’Anglona 11 retourna dans sa patrie; et, n'y trouvant rien à faire selon ses désirs, il revint à home où il étudia en médecine sous Jules César Lagalla , et voulut recevoir le doctorat en cette science. Il tourna ensuite ses études du côté des belles-lettres, et enseigna le grec dans le collège de sa nation.
La mort de Grégoire XV lui fit perdre la récompense de la commission qu'il avait eue, de faire transporter à Rome la bibliothèque de l'électeur palatin (3). li entra quelque temps apres chez le cardinal Bichi* ; puis chez le cardinal François Barberin : enfin il reçut du pane Alexandre VII la garde de la bibliothèque du Vatican. Lorenzo Crasso ne dit que cela dans le livre que j’ai cité. J’y ajoute qu'Allatius avait été long-temps bibliothécaire du cardinal Barberin.
(B) M. Claude en fait une peinture très-peu honorable. ] Allatius « était * un Grec qui avait quitté sa religion » pour embrasser la Romaine ; un » Grec, que le pape avait fait son bi- » bliothécaire ; l'homme du monde » le plus attaché aux intérêts de la » cour de Rome; l'homme du monde y* le plus malin , et le plus outrageux m contre les personnes ; l'homme du » monde le plus animé contre les a» Grecs , qu'on appelle schismati~ >* ques , et en particulier contre Cy- » rillc ; et au reste , un vrai vendeur » de fumée (4)...* Son attachement à a» la cour de Rome parait dès l'entrée » de son livre de Perpclud Consenti* sione ; car voici comme il parle en n faveur du pape (*) : Le pontife ro - » main , dit-il , ne relève de personne; » il juge tout le monde , et n’esl jugé » de qui que ce soit : il lui faut rendre » obéissance , encore qu’il gouverne » iniquement ; il tlonne les lois sans » en recevoir ; il les change com - ** me il lui plaît ; il crée les magisn trats , il déterminé les choses de la » foi , il ordonne comme bon lu$ sem- » ble des grandes affaires de l’Eglise ,
(3) Mo» «ri met cela à l’an iGïi ; mai s Heidelberg ne fui pris qu'en *6av
* Leducnat remarque qu'U fallait écrire Buria au lieu de Btchi.
(4) Claude , Réponse an livre de M. Arnaud , lie. III , chap. XII , tom. / , pag. 45a , édit. in-S0.
C) Allai, de Perpcl. Cous., Lb. I , cap, II.
» Quand il voudrait errer , il ne lo » peut ; car il n’y a ni infidélité ,
» ni illusion f qui puisse aller jusqu’à » lui : et quand un ange dirait autre- » ment , étant muni comme il est do » l’autorité de Jésus - Christ , il ne » peut changer. L’aigreur avec la- « quelle il traite ceux contre qui il m dispute , comme Chytréus , Creyg- » thon , l’archevêque de Corfou , et » quelques autres , qu'il attaque de » gaieté de cœur , se découvre par » la simple lecture de se$ écrits : cha- » que période les honore de quelqu'un u de ces beaux titre , sots , menteurs , » hébétés , champignons pouris , bou- » ches infernales , garnement , impu - » de ns , et autres termes sevnbla- » bles3 4(*') , qui ne marquent pas un » esprit extrêmement modéré. Pour » nous prouver la conformité de l’É- » glise grecque avec la romaine dans » les choses essentielles, il prend pour » principe de ne reconnaître pour la » véritable église grecque , que le » parti soumis au siège de Rome ; et ,
» à l'égard des autres Grecs , qu’il ap- » pelle hérétiques et schismatiques , il » soutient fièrement qu'on fait bien , » quand on peut , de- les réduire à » lobéissance par le fer et par le feu ; » qu’il faut proscrire , exterminer , » punir les hérétiques , et, s’ils sont » opiniâtres , les mettre a. mort et les » brûler f*‘) : ce sont ses termes. »
M. Moréri n’avait-il pas beaucoup de raison de le traiter de bon homme ?
Cet éloge méprisant est-il dû à ceux qui ne parlent que de lois pénales , que d'extirpation , que de droit du glaive , que de fer et que de feu ,
Î[uand il s'agit de savoir ce qu'il faut aire aux hérétiques ?
(C) M. Simon ne lui donne guère de bonne foi. ] Tout le premier chapitre de l’Histoire Critique du Levant a pour but de faire voir que Léon Allatius s’est emporté sans raison contre Caucus , archevêque de Corfou ;
Sue Caucus n'a point imputé aux recs des opinions , ou des pratiques qu’ils n'aient pas ; et qu’Allatius , pour être agréable au pape Urbain y LU , qui avait alors formé le des -
(*•) Vide Allai, d « PerpetnS Cnna., lib. lit % cap. XV, XVI , XVII, XVIII , «ladre».
Creyglli. pat sim.
(**) Allât, de Perpet. Con*. .lib. II, cap- XIII , cl lib. III , cap XI.
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sein de réunir les Grecs avec l'église une plainte de la Vierge. « Cette romaine , par des voies d’ adoucisse- » plamte , dit-il (g) , a été composée ment , a adouci beaucoup de choses » par Métaphraste , d’où Léo Alfiidans lessentimens des Grecs. C’estdire >» tius a pris sujet de nous donner un assez clairement qu’il a été de mau- » éloge de Métaphraste , écrit par vaise foi ; car , si Caucus a raison , » Pselius. Et , comme Métaphraste on n’a pu le contredire par comptai- » s’appelait Siméon , il a aussi pris sance pour le pape , sans sacrifier la » de là sujet de faire une très-longue bonne foi à la maxime d'état. » dissertation sur la vie et les ouvra-
(D) IjO raison qu’il donna , pour- » ges des grands hommes qui ont en
quoi il ne s'engagea , ni au mariage , » le nom de Siméon. Des Siméons , il ni aux ordres ecclesiastiques , mérité » a passé aux Simons : de ceux-ci , d'étre sue. ] Le pape Alexandre VII » aux Simonides ; enfin , de ces derlui demanda un jour pourquoi il n’em- » niers , il est venu aux Simonactibrassait pas le sacerdoce. C'est ajin ,. » des. Ce genre d’écrire est du goût de lui répondit-il , d'étre toujours prêt h » Léo Allatius; car il a déjà fait d'aume marier. Afais pourquoi donc , re- » très dissertations sur la vie et les prit le pape , ne vous mariez-vous >» ouvrages de quelques auteurs qui pas ? Cest ajin , répondit Allatius , » ont porté des noms équivoques ,
d’avoir toujours pleine liberté de me » comme celui de George , celui de faire prêtre { 5). Il passa ainsi toute i> Méthodius , celui de Nicetas , celui sa vie à délibérer entre une paroisse » de Philon , et celui de Pselius, sur et une femme : il se repentit peut-être » tous lesquels il a fait divers écrits, en mourant de n’avoir choisi ni l’une » Ces sortes de desseins sont d’une inni l’auire ; mais il se serait peut-être » vention nouvelle : au moins, ne nous repenti trente ou quarante ans de » reste-t-il rien de semblable dans les suite d'avoir choisi ou l’une ou l’au- » ouvrages des anciens. » Diogène tre *. Laérce n’oublie guère de marquer,
(E) Cest quelque chose de très-sin- à la fin de chaque Vie des Philoso-
g u lier , que ce qu'on dit d une plume phes , ceux qui ont porte le meme dont il se servait.] Celte particularité nom qu’eux , et il cite Démétrius vient du même lieu que la précédente, Magnés , qui avait écrit un livre xifi savoir de Jean Pasti icius , bon ami iy-nyogotr Trouer Si t« x«ti <rvyyfa.qt*r , d’Allatius , héritier de scs livres , et de Homonymis poëtis ac scriptoriprincipal du college de propagandd bus (10). Voyez la remarque (H) de jide. Il raconta à dom Mabillon (6) l'article Apollonius de Tyane. Allatius qu’Allatius , s’étant servi d’une même n’est pas même le restaurateur de ces plume , pendant quarante ans , desseins : Meuraius , avant lui , avait pour écrire en grec , et l’ayant en- publié divers traités de cette nature, tin perdue , en pensa pleurer de dou- Voyez M. Teissier, dans sa Bibliothélcur. 11 écrivait avec une extrême vi- que des bibliothèques , où il donne la fesse ; car il copia dans une nuit le des auteurs qui ont exercé leur
Diarium Homanorum Ponlificum , plume sur ce sujet (i i). Il les appelle qu'Hilarion Rancatus , moine de Ci- ocriplnres de Hnmonymis. Selon M.de teaux , lui avait prêté (8). On ne vou- Sallo, il faudrait traduire Uomonjrmi lut point permettre à Allatius de le par ceux qui portent des noms r qui donner au public. voques ; mais , ne lui en déplaise , ce
(F) Il sautait d’une matière à une 8erai,t mal traduire. On n’a jamais dit
autre... On ne l’a pas admiré en ccla.j q»e \es Pinces de meme nom , les Voici comme M. de Sallo en parle, Charles, les Louis, les Henns, aient après avoir observé que la principale eu des nom9 &pbvoques. H* "<>“» de pièce d’un ouvrage d’Allatius était cette nature sont ceux qui se peuvent 1 prendre en diflérens sens ; c est la
(5) Mabillon , Mosrum lui. , tom. J, p. Gi. leur espèce et leur usage , tant en lo- • Jolr dit if u 'Allatius avait prit les ordres gique que dans le langage ordinaire.
mineurs.
(6) Ibidem.
(.) V or et ce qui sera dit dant l’article de Lax- CtLOT, moine Olivetan. (Ot article n’e*i>te pas.) (8; Mkb.lloa , Muni- uni liai- , png. 77.
(9) Journal de» Savans , du 19 janvier 1065.
( 10 ) Diog. Lacrt. in Epimeuidt, Ub. /, num. lia.
(ti) Tciuerü Calai. caUlogor., png. 35 S.
Mais , pour revenir à Leon AUatius , je dois dire qu’il était fort propre à dresser des listes ou des catalogues. Il le fit paraître lorsqu’il publia ses A pes urbanœ : c’est un livre qui devient rare , et nui est déjà bien cher en Hollande (la). Il contient une liste de tous les hommes de lettres qui narurent à Rome , depuis l’an io3o jusqu’à i63a , et une liste de leurs ouvrages. La raison du titre est tirée des abeilles que le pape Urbain VIII portait dans ses armes *. Il y a une autre liste d'Allatius , qui est moins connue que celle-là , et qui a pour titre Dramaturgia. Elle regarde les
Eièces de théâtre et leurs auteurs.
e livre qu'il publia à Rome l’an i636 , De Erroribus magnorum virorum in dicendo , contient plusieurs remarques dérobées à Claude du Verdier.
M. Morhof le lui reproche (i3).
(G) Messieurs de Port- Royal n'ont pas manqué de répondre quelque chose à M. Claude , en faveur d’Allatius. ] Us rapportent premièrement une partie de ce que M. Claude dit de lui $ et puis , il continuent de cette manière : « Mais , outre que ces repro- » ches en l’air sont toujours de mau- » vaise grâce, que les écrits d’Allatius » donnent tout une autre idée de lui, » et que scs confrères (*) en ont parlé » tout d’une autre sorte , en le citant » avec éloge ÿ ils sont encore contre » le bon sens : car il y a si loin d’é- » tre intéressé ou aigre contre les au- » teurs que l’on réfute, à être fourbe » et capable de supposer de faux pas- » sages et de fausses histoires , qu’il » n’y a nulle conséquence de l’un à » l'autre. Il n’en est pas des vices » comme des vertus des hommes : ils » n’ont nulle liaison entre eux ; ils sont » même souvent contraires : et des
(n) On ne tjr trouve voint che i let librairet; mais on l’j trouve quelquefois dans ce qu'on appelle Auctions en s h le ,« alon. Ce sont les ventes publiques des biblioth/ques.
* Jolr note que les Aiies urbaïur ont /te r/imprim/es par tes soins de J -A. Fabrtcius en »"ii II donne au ut i°. le titre de deux écrits il’ Allatius , omis par le père Nic/ron, aux Mémoire, desquels U renvoie ; a0, ta liste des ouvrages promis par AUatius , et non imprim/s.
(i3) Morb. de Patavin. , pag. 86. Pulybut. , yag. 179.
(*) Drelinconrt. DialoR. de 1a Descente ans Fnfer», pag. ayo et suie. Notes que dans mon /dstion , qui est la deuxième , il faut chercher à la page (fiti et aux suit antes ce qui concerne Allatius.