TOME I
dit à Érasme fut de lui envoyer de temps en temps à Cambridge, provision du meilleur vin (F). Il y a de l’hyperbole dans là lettre où il lui marque qu’on brûlait tous les .
jours tant d’hérétiques , que cela avait enchéri le bois (G).
(A) lise serait apparemment avance en Angleterre , s'il eût vécu plus longtemps.] Ce ne sont pas mes conjectures, c’est le sentiment d’Érasme : Périt* , dit-il (il, et apud Câlins Faustin t et apud nritannos Andréas Ammonius , quorum a' ter diù regnavit Lutetia! y aller ad summam dï g ni talent emersurus eral , si vita diuturnior conligt.net. Il en jugeait de la sorte , non-seulement lorsque la plaie était fraîche, c’est-à-dire , lorsque peu après la mort d’ Amrnonius l’alllict ion le poussait à le louer ; mais aussi lorsqu’un bon nombre d années avait eilacé les
{>remiéres impressions du regret et de a douleur. Quàm multos , écrivaitil en l’année i£u4 (,Jt) Idc ex v clerc soda ht 10 desidero ! Primum André a ta Ammonium Lucensem. Dr uni iminor talent y quanta ingérai dexleritate , quant fi' le h memorid prædilum ! Tum animas quant erat excelsus , quant, alienus à livore , quant alienus a sordibus ! Hune et suis dotibus et omni pria cipunt applausu Jlorcntem maxinus rébus destination, subila mors intercemt natu rninorem aruiis quadraginlo . Cu jus equidem deccssitm non postant non do 1ère y quoi tes in mentent vend quàm mihi fuerit jutunda ejus familial Lias.
(I>) C’est par ses vers latins qu'il mérite principalement d'être mis au rang des auteurs.'] L’abrégé de la Bibliothèque de Gesner nous donyc ce catalogue des poésies d’Ammonius :
Scotici Confliclils Htstoria , Itb. I; Bucohca , sou L'clogœ , lib. I ; de Rebus nihili, lt b. /; Panegyriçus quidam y lib. I ; Fpigrannnata , lib. I ; Poëntala diversa , lib. I. On cite Balaeus. Ce qu’on nomme Pancgyricus quidam est un poème sur les victoires que les Anglais remportèrent l’an 1 5i3, à la journée des Éperons , à la prise de Térouenne , à la prise de Tournai , etc.
(*) Errnsmi FpUtoU XXIV, lib. II , p. i3>, tcripla ar.no i5i8.
(a) Idem, V , lib. XXIII, p. laio-
^ 53o AMMONIUS.
Érasme donne son jugement sur ce poeme dans une lettre (3) qu’on a datée du jour de Saint-Thomas i5io.
C’est une preuve incontestable qu’on a quelquefois ajouté la date à scs lettres , sans nulle attention : on les a d’ailleurs mal rangées. La réponse précède quelquefois de plusieurs pages la lettre qui est le sujet de la réponse (4).
(C) Les conseils qu' Erasme lui don na sont très-conformes aux manières frauduleuses dont il fautse servir pour se pousser dans le mondent N’ayez bon- » te de rien, lui dit-il; intriguez- vous u dans les affaires de tout le monde ;
■ Coudoyés un chacun, point du tout de quar-
» lier (S) ;
t » débusquez qui vous pourrez ; ré- » glez votre haine et votre amitié
sur votre profit : ne donnez qu’à » ceux qui vous le rendront avec » usure ; soyez complaisant envers » tout le monde çn toutes choses ; » ayez deux cordes à votre arc ; aposv tez des gens qui vous recherchent j » menacez de quitter, et nréparez- » vous au départ j montrez acs lettres » où l’on vous promette mille avanta- » ges ailleurs. » Principio perfrica frontem , ne quid usquam piulcat. Deimlè omnibus omnium negotiis te misce , protrude quemeunque potes cnbilo. Neminem nec âmes nec oderis ex anirno , sed omnia tuo compendia metiare. Ad hune scopum omnis uitœ ratio spectet. Pte quid des nisi unde speres fœnus : assentare omnibus omnia. At ista vulgaria sunt , inquis.
Age , quando ita vis , accipe peculiare consilium , sed heus in aurem. lYotti ts? Bpraruxkr Ç»>.ort/Ti'AŸ, hâc in tuum bonum abutere. Duabus sedeto sellis.
Suborna diversos procos qui te ambiants Pf inare et a p para dis ces sum. Ostende litteras quibus magnis pollicitis arnearis. Subducito te nunnunquam , ut subtracta copia dasiderium acuat (6). Alciat se servait île cette ruse (7).
f3) C est la XX* ■ du Elll*. lien.
(4) foret f article CilKiLuiiu.
(5) C'est un yers de Molière , dans son Rcmercîment au roi. V i»»*i tout le passage :
Jetei-vousdan* la fouir, et tranche* du notable; Coudoyés uu chacun , point du tout d« quartier, Presses , pousses, faites le diable,
Pour vous mettre le premier.
CiX T.
(D) Il mourut de la sueur anglaise Consultez l’Histoire du divorce de Henri VIII. composée par M. le Grand, vous y trouverez ce que c’est que cette sorte de maladie. On la nommait « la » suée ou le sutin , parce qu'on mou- » rait en suant. Cette espèce de peste » commença à se faire sentir pour la » première fois en i486. Auparavant,
» on ne la connaissait point. Tous les » remèdes y étaient inutiles , et elle » emporta beaucoup de monde avant » que les médecins sussent de quelle » manière il la fallait traiter. C’était » un fléau dont Dieu ne voulait d’a- » bord punir que les Anglais. En quela que heu qu’ils fussent, ils en étaient » attaqués, sans que les étrangers avec » qui ils vivaient en fussent incom- » modés (8). » Parmi les preuves que M. le Grand a produites (9), il y a des lettres de l’éveque de Bayonne , ambassadeur de France en Angleterre , qui parlent dece mal. Anne de Boulen en fut attaquée : cet ambassadeur en fut attaqué aussi. Il y avait déjà quelque temps que ce mal tombait sur d’autres que sur des Anglais ; car notre Italien Aramonins en était mort l’an » 5 1 7, nonobstant l’espérance qu’il avait eue de s’en préserrerpar sa grande sobriété. Voici ce que Thomas Morus en écrivit à Érasme : In hit , c'eslà-dire parmi le grand nombre de gens
aui étaient morts {quorl libi qunaue olori esse doleo ) Andrea nostro Am monta , in qun et lilierae et omnes boni magrtam fecére jacturam. Is valdc sibi viaebatur advenus contagionem vietüs moderalione munitus : quel factum putavit , ut quùm in nullum penè inctderel cujus non Iota familia lab araserai , neminem adhuc è suis ici malum.
aUigcril , id quodet mihi et muhis preetereà jactavit non admodüm muhts horis antequam exstinctus est ; nam hn* sudorc nemo nisi primo die périt, à Ego uxorque ac liberi adhuc intacti , r cliqua Jamilia tota revalait. Hoc tiiri af jîrmo , minus periculi in acie quant u% urbe esse (10).
(E) Il mourut tan i5ij. } La lettre de Thomas Morus dont je viens de ct-
(8) Le Grand, Hit Loir. du Divorce de Henri VH! , tom. /, pag. 94 • il cite Godev» m.
(g) foret, le II J*, tome de son Hiatoiee àm Divorce de Henri VIII, pag. , i$*.
(10) Mori Epi*t. If , lié- fll% inter Ervmianas , pag. <86.
À M MON I US. . 53i
ter un grand passage , e3t datée du 19 ducem deserere nolueris (1 ^). C’est ce
d’août i5ao. Il semble donc qu’Am- qu’Ammonius lui écrivit.
monius ne soit point mort l’an 1 5 1 7 ; (G) il y a de i hyperbole dans ce
rar onnn ro nro /rtto Uorne mt sifi'r/ /» Ait /iü'a».
“ — ” • -~ -w ponds que v».« — J v-m U étaient.
difficulté ne balance point les lettres ui de ces papistes ui de ces protextans où Erasme même a parlé de la mort qui couraient également risque d’être d’Ammonius. Il remarque dans la Ict- punis en Angleterre sous Henri VIII detre XXIVe. du 11e. livre, et dans la puisqu’il eut renoncé à la primatie du XXe. du IIIe. livre, toutes deux datées pape. C’étaient d’autres gens, puisque de l’an i5i8, que cette année-là fut la lettre qui fait mention de ces supfatale aux hommes doctes, à Musurus, pliccs est datée du mois de novembre à Paleottus , à Faust us Andrelinus , à l5i 1. Les bûchers n’extirpaient point Ammonius. Dans la XXXIe. lettre du ces dévoyés. Lisez ceci: Lignorum pre • III*. livre , datée du 9 de septembre tium auctum este non miror , mufti l5i7, il parle de la mort d’Ammonius quotidiè haretici holocaustum nobis
Îi 1). Cette lettre est bien datée j car praebeni , plures tamen succrescunt .
irasme y fait mention du départ du Qutn et f rater ^crmanus mei l'homcc1 roi d’Espagne comme d’une chose nou- stipes vertus quant homo , sectam ( si ▼elle. Or, on sait que ce monarque fit dits p lacet ) et ipso institua et discipuvoile au commencement de septembre los habel (i5).
1 5 1 7 . Disons donc que Baleus se troin-
5e d’un an , lorsqu’il met la mort ’Aramonius à l’annce i5i8 (ta).. Érasme a pu dire en i5i8 qu’on avait perdu cette année-là plusieurs grands hommes. L’une des lettres où il le dit est du mois de mars: il entendait par cette
(»4) f Ammoniui , Kpist. a>l F.ratm. inter Ermmian. ] Epiai. XL libri KIII.
(*) C Jouent des reitei des Wiclefiui. Voyes Bumrt , Hiat. de la Kcf. d’Ancl. K km ca»T.'
(i5) Ammon.ua, Epiai Kllllibri KIIIt inter Erasmianas , pag. 4«o.
AMMONIUS ( Lrvwus ) (a) se
SS* L1” d!x 0,1 douzc ”"i^cedenS. disti,lgUa parmi les chartreux de
Ceci se confirme par une lettre de Bom- i?i r , ,
basius (r3), bien datée du 6 de décem- * landJ’e » non-seulement par le
bre 1 5 1 7, où l’on trouve que Musurus caractère de doiu procureur, dont
était mort à Rome pendant le dernier il se vit honoré à Gand , sa patrie
automne, et que Paleottus l’avait pré- mais an«i nar 7
cédé de huit mois. . maiJ\ ?U,SS1 Par i°n sav01r e } Par
(F) il envoyait à Érasme , à Cam- sa piCte (0). Erasme 1 estimait
bridge , provision du meilleur vin. ] beaucoup , et il paraît par deux
Les lettres réciproques de ces deux lettres (c) qu’illui écrivit qu’il
propre à prouver qu’Érasme ne haïs- et des mauvaises passions
sait pas cette liqueur, et qu’il aimait des personnes de son rang (A). Ainmieux être dans un lieu pestiféré que monius lui avait fait confidence
des chagrins qu’il endurait, et de cor pi , stquidem Cantabrigiensem pes - resol UtlOIl CJU il avait prise de se temfugere te scripsisti. U nus tandem soumettre à la dureté de sacondi- Svxtinus rnihi dixit te qutdcm Canta- tion. Il n’est pas malaisé de devi-
rid laboraresy et eo carere qraviut peste peur CUlti\er Son esprit et pour duceresy Canta brigiam repetiisse utque inibi te nuno esse. O fortem Bassarei commilitonem , qui in summo periculo
(»i) Animon i m»rirm acerhimimè fero. Kra«* mi F.pi.tola XX XI hbri III , pag. iq8.
(l*) Ainid S mlrriiLH , in Kuitom. Cic.ntri.
La XXI I*. du II*. Livre-
pour cultiver son esprit et pour
(*' C est ainsi çu’È rasme te nomme. Va^ 1ère André dit lavtoui.
{h) Livinus Ammonius, oir eruditione juxtlt ac pietate insignis Lirasmi Kinstola XKllf tibii XXKIII % pag. 170^.
(r) La XCU’r du XX*. li re , cl la XX*. du xxr*. ’
53i AMPHARÈS.
faire de bonnes études : ses supérieurs ne s’accommodaient point de cela ; ils aimaient mieux qu’il fût ignorant, et qu’il s’attachât aux observances extérieures de l’institut. Il ne laissa pas de parvenir à la qualité d’auteur. On peut voir le titre de ses ouvrages dans Moréri ; mais il ne faut pas se fier à la citation deVander Linden (B).
• (A) Érasme le tenait pour bien guéri des préjugés et des passions des per sonnes de son rang.~\ Sans cela , il n’eAt pas pris la liberté de lui dire que l’ennemi du genre humain avait eu part à l’institution des cloîtres $ mais il aurait bien pu lui avouer que les ignorans y acquièrent plus de considération en établissant le vrai mérite dans l’observation exacte du cérémoniel :
Quum interdùm mecum reputo , Am moni charissime , cujusmodi ingénia premantur ac sepeliantur in islis ceremoniis , interdùm subit amnuim cogitatio forlassis huma n a , istiusmodi %>iiœ ergastula non sine instinctu satanœ fuisse inducta.... Ac ferè fit ut qu6 uisque indoclior stupidiorque est , oc in isto vitœ instituto pluris fiabeatur , tumidus fiducid ceremoniarum , et alieni spiritds iniquus evsliniator( i).
(B) Il ne faut point se fier à la cita tion de Fonder Linden. ] Cet auteur n’a point fait la Bibliothèque Bclgi-
2ue : on l’a mis là pour Valère André.
’est la Bibliothèque des médecins qu’il a composée.
(i) E ras ni. , Epiât. XX libri XXV , p. »36i.
AMPHARÈS , l’un des éphores de Lacédémone , fut le principal instrument de la mort tragique du roi Agis. Nous avons dit ailleurs {a) , comment , après le rétablissement de Léoniaas son collègue, ce prince se réfugia dans un temple. Ampharès fut un de ceux qui l’y visitèrent familièrement , et qui lui tinrent compagnie , quand il sortait de cet asile pour aller au bain , et
(n) Dans l'article Agis.
2uand il retournait au temple.
njour, en leramenantdu bain, Ampharès mit la main sur lui pour l’obliger à comparaître devant les éphores , et à leur rendre compte de sa conduite. Il le fit entrer par force dans la prison : les éphores et leurs assesseurs s’y transportèrent tout aussitôt pour faire le procès au roi. 11 leur déclara qu’il n’avait eu autre dessein que de remettre les choses sur le pied que Lycurgue les avait mises, et qu’il ne se repentirait jamais d’un si beau dessein. Là-dessus on le qondainna à la mort , et l’on ordonna aux sergens de le conduire au lieudu supplice [b). Lessergens trouvèrent si étrange et si inouï que l’on mît les mains sur la personne d’un roi , qu’ils témoignèrent de l’aversion pour cet ordre w : il fallut que Democharès, l’un des amis d’ Ampharès , fit luiméme cette fonction. Agésis— trata, mèred’Agis , accompagnée d’Archidamia sa mèhe , était accourue aux portes de la prison , et demandait qu’il fut permis à ce
Ï>rince de plaider sa cause devant e peuple. Cela fut cause que l’on hâta l’exécution. Dès qu’Agis eut été étranglé, Ampharès vint assurer Agésistra ta, qu’on ne ferait point de mal à son fils , et qu’elle pouvait entrer pour le voir, si elle le souhaitait. La même permission fut accordée à la grand’mère : ainsi elles entrèrent toutes deux dans la prison. Ampharès
(h) Il était dans la prison même, et s’appelait Decas.
(C) ' ATroç-ptÿofxisQue xai qttrynrm.ç *ri ipy ov, ci ç ou Qtpuràt ot/ii ttfa/utajuirev éa- <r»A«o*c aétfjLOJX » rdt A ver tente s se et refug tentes fax mus , ut farium et insolens , ut cor y or i regis quts admoverel manus. Plutarchus . m Açi-Je , p«z *ü3,Sc>4.
ÀMPHI
fit d’abord pendre Àrchidamia , et puis fit entrer Agésistrata où l’exécution s’était faite. La première chose , qui se présenta à la vue de cette dame, fut le corps mort de son fils étendu par terre , et celui de sa mère qui était encore pendu. Elle aida les bourreaux à le dépendre , et l’étendit auprès du corps d’Agis ; et baisant son fils , s’écria qu'il s'é tait perdu , et qu'il les avait attirées dans ce précipice par sa trop grande débonnaireté . Ampliarès , à l’ouïe de ces poroles , lui dit que puisqu’elle approuvait la conduite d’Agis , elle serait traitée tout comme lui. Agésis— trata j sans s’étonner , tendit le cou au bourreau , pour être pendue, et se contenta de dire qu’elle souhaitait que toutes ces choses tournassent au bien et à l’avantage de la patrie ( d ). Le peuple fut fort indigné d’une violence si extraordinaire : il en murmura; mais il n’en fut autre chose. On vit alors la vérité d’une maxime qui a lieu en cent sortes d’occasions : On fait du bruit, et puis on se console. Rien ne poussa tant Ampharès à ce crime que l’envie de ne point rendre ce qu’ Agésistrata lui avait prêté. Plutarque , de qui j’emprunte cet article , nous apprend ce qui fut dit sur le supplice du roi Agis (A). Je m’en vais le rapporter, comme je m’y suis engage (e).
(<f) MÔ»0», »<£» , O-UV trtyK&l Tatt/Tct TM 2£vetf'r»i. Tantum si/U /use, itujuii, ex usu rcipublicmspartana. Plutarch. m Agitfe, p. 80/}.
(e) Ci-dessus , à la fin de l’article A&is.
(A) Plutarque nous apprend ce qui fut dit sur le supplice qu Ampharès fit souffrir au roi Agis. ] Ces trois exécutions ne consternèrent pas tellement le peuple , qu’il n’osât faire paraître
ARAUS.
qu’il en était extrêmement affligé , et qu’il haïssait Léonidas et Ampharès.
On ne croyait pas que depuis que les Doriens étaient venus habiter au Péloponnèse , il sc fût rien fait de plus atroce ni de pins abominable à Lacédémone ; car les ennemis même avaient beaucoup d’égard dans les batailles pour la personne des rois de Sparte : ils se de'tournaient par la vénération de leur majesté, quand ils les voyaient venir à eux ; et de là vint qu'en tant de batailles que les Spartiates avaient données aux autres peuples de la Grèce avant le règne de Philippe , père d’Alexandre-le-Grand, il n’y eut qu’un seul rt>i de Sparte qui fut tué (1). On n'accordait pas aux Mcsséniens qu'Aristodème eût. ôté la vie à Théopompus : on avouait seulement qu’il l’avait blessé. Agis est le premier roi de Lacédémone qui ait etc mis à mort dans la ville : prince qui avait eu un très- beau dessein et très-digne de son pays, dans un âge
3ui fait que l’on excuse ceux qui font es fautes. Ses amis le blâmaient plus justement que ses ennemis : ses amis , dis-je, qui lui reprochaient d’avoir eu trop de bonté et trop de douceur, et d’avoir sauvé Léoniaas , et de s’être fié à d’autres. Les paroles de sa mère sont remarquables : *H îtoxàm n , S ira», léxoîCi» a kc ti to 7Tf)êLor xeti ^iXatvôfW'roy <tT»xnrt pnV i/uûy. JVimia tua te,fili , modestia , lenitas , ef humanilas , nobiscum perdidit. Voilà ce que nous apprend Plutarque dans la vie d'Agis.
Je l1 ai rapporté sans diminution et sans addition; mais j’y joins à présent cette remarque : c’est qu’en parcourant bien l’histoire, on trouverait apparemment plus de princes renversés du trône , parce qu’ils étaient trop bons et trop faibles, que parce qu’ils étaient trop médians. Ceux-ci trouvent plus de ressources dans leur propre méchanceté contre les machinations de leurs ennemis, que ceux-là dansla justice de leur cause et dans la fidélité de leurs peuples.. Voyez la remarque (F) de l’article (I’Édodakd IV.
(t) Savoir: Cleombrotui à ta bataille de Zeuclres.
AMPHIARAUS , l’un des plus grands prophètes du pagauisme , était filsd’Oïclès , et arrière-petit-
fils de Mélampus (A), qui avait reçu en don une partie du royaume d’Argos , pour avoir rendu un grand service aux femmes de ce pays-là (a). Ce partage du royaume fut une semence de discorde , dont on remarqua les grands effets au temps d’Adraste, roi d’Argos , qui se vit contraint d’abandonner ses états , ne se pouvant maintenir contre la faction d’Amphiaraiis ( b ). Celui-ci avait fait mourirTalaüs, père d’Adraste, et s’était sàisi de la couronne (c). On pacifia cette querelle par le mariage d’ Amphiaraüs avec Ériphyle , sœur df’Àdraste; de sorte que ce dernier fut rétabli. J’en - parle ailleurs ( d ) ; et cela sans oublier les nouvelles brouilleries où Ériphyle , qui fut choisie pour arbitre* décida en faveur d’Adraste, au préjudice de son mari. Le < tour qu’elle fit à son époux pendant les préparatifs de l’expédia tion de Thèbes fut une vilaine action. Amphiaraüs , averti par son esprit prophétique qu’il périrait dans cette guerre , ne voulait pas y aller, et se cacha : mais sa femme, gagnée par un présent, découvrit où il elait(e). Il fallutdonc que , malgré lui , il accompagnât . les autres princes à l’expedition de Thèbes. Elle fut très-malheureuse , et il y périt d’une façon étonnante, car la terre ayant été entr’ouverte par un coup de foudre , il fut englouti dans cet abîme , avec son chariot (B).
Ceux qui disent que ce malheur
(a) Voyez l'article rfc'MÉLAMPCI.
(/») Pindarua , Od. IX Nemeor. , p • 6o8l (c) Voyez le Commentaire de Benoit sur Pindare, là meme , pag. (k)8, 609.
{d) Dans la remarque (F) de l'article Adraste.
(e) Voyez V article d’AtCMÊox ,fils d’Amphiareuis.
AMPHIARAÜS
lui arriva le jour même que l’armée s’approcha de Thèbes (J~) se trompent : il ne mourut que le jour delà retraite; et le siège avait duré quelque temps. Cette funeste aventure a servi de thème à quantité d’écrivains; d’où il est venu que les circonstances n’en ont pas été rapportées uniformément. Il y a eu des réflexions assez mauvaises sur cette espèce de mort (C). On a cru qu’Am-
f>hiaraiis sortit des enfers (D) , et ’on a marqué la scène de sa résurrection (g). Il fut mis au nombre des dieux : on lui consacra des temples : sou oracle fût trèscélèbre (E) : les jeux qu’on institua en son honneur {h) firent du bruit. On. croit qu’il excella principalement à deviner par les songes (F); mais il ne se borna point à cela : il fut l’inventeur des divinations qu’on fait par le feu* II conçut un ressentiment si vif contre sa femme , qu’il ordonna aux enfans qu’il avait eus d’elle de la tuer , des que l’âge le leur permettrait (i). On lui a donne de grands éloges , et entre autres celui-ci, qu’il travaillait à être honnête homme, et non pas à le paraître (G). Grand sujet à réflexions (H). Apollodore , si je ne me trompe , est le seul qui l’ait inséré dans le catalogue des Àr-
Smautes (A) ; car Apollonius , ni ycinus , ni Valénus Flaccus , ne l’ont point fait. On le compte parmi les gens sages qui ont eu
(y) Charles Étienne, et T.lnyd , dans leurs Dictionnaires: Olivier sur Val. Max., /»*. VIII %*ers la fin , et plusieurs autres.
(g) Voyez dans la citation (45).
(h) Voyez Benoit sur Pimlarr , Ode Vil Olymp. , pag. l43.
(j) Cela fui exécuté par AixarÈo», son fi h. * Voyez son article.
\Jc) Apollôdorus , lib. I , pag . 53.
ÀMPHIARAUS. 535
le malheur d’être engagés à des entreprises dirigées par des étourdis (I). C'est sans doute un sort déplorable , et qui n’est que trop commun. La manière dont il consola une femme qui pleurait la mort de son fils (K) demande une note. Je voudrais savoir le détail du procès que les partisans firent à ses prêtres (L). J’ai montré ailleurs (/) la nullité d’un raisonnement par lequel on voulait prouver la certitude de ses prophéties* Il laissa bien des enfans (M), dont l’un fut le fondateur de Tibur en Italie. Pline fait cette remarque , en rapportant des choses fort singulières touchant la longue vie des arbres.
(/) Dans la remarque (F) de P article MÉ- LAMPl ,8.
(A) Il était arrière -petit -ji fs de Mêlant nus. } Voici la généalogie d’Arn-
Shiaraüs. Son père Oïclès était fils ’Antiphates , fils de Mélampus , fils d’Amythaoi^, fils de Créthéus et de Tyro , qui eTait fille de Salraonée . qui comptait Deucalion pour son bisaïeul paternel (t). (Test ce que vous trouverez dans Diodore de Sicile. Si vous consultez Homère (a) , il ne vous mènera* que jusqu'à Mélampus , père d'Antiphates , père d’Oïclès , père d'Amphiaraiis. Chacun de ces deux auteurs donne Mélampus pour le bisaïeul d'Amphiaraüs ; mais il n’est que son aïeul dans le scoliastc d’Eschyle , qui range ainsi les filiations : Amphiaraüs , fils d’Oiclès , fils de Mélampus , fils d’Arnythaon , fils de Créthéus, fils d .Eole, fils d’Hellen , fils de Jupiter (3). Souvenons-nous qu’Hypermnestra (4), fille de Thestius (5), était la mère d’Amphiaraiis , et qu’il y a des auteurs
S ni disent qu'il était fils d’Apollon (6).
otez qu’on trouve dans Apollodorc , aussi-bien que dans le scoliastc d’Ea-
ft) Tiré de Diodor* de Sicile, lit». IV, chap. J. XX , pag. *57, iSK.
(a) Homerns, Odys*. , Ub. XV, p. tjjôo, 4®»» ( S) Schol. Æ»ch. in Septem ed Tbeba», w. 575. (A) P»bm«. , lib. Il, pag. 63.
(5) U y tin , cap. LXX.
tf») là. ibid.
chyle , que Créthéus était fils d’Æole
2). 11 était donc frère de Salmonée , ; Sisyphe , etc. Avant qu’il épousât Tyro sa nièce, elle avait eu de Neptune deux jumeaux , Pélias et Néleüs (8). Il eut d elle trois fils : Æson, Amy~ thaon et Phères (9). L’aîné fut père de Jason. Consultez Apollrfnre , qiti vous apprendra qu’Amphflraits était parent de presque toutes les personnes illustres de la Grèce.
(B) H fui englouti dans un abîme f avec son chariot. ] Pindare et Apollodore sont de ceux qui disent qu’un coup de foudre entr’ouvrit la terre , et que ce fut un coup de grâce de Jupiter , car, sans cela , Amphiaraüs eût eu la honte d’être tué par Périclymène , qui le poursuivait :
0 /'AjU^ietpüï e^iVtv KtpauiS TraL’xClcL
Zti)c ràf /Zttùôç’tpyoi >
V & CLfX I7TJTÙIÇ ,
foup't TltptKXu/uLtrou Trp'ii rara t rvirtyra. /ua^arà?
6 vfAO't «iirXuv6»/uiii (10).
Àmphiarao nutem
difidit fulmine adeersus omnia violent»
Jupiter lato p retors ter ram, occulta^itque ilium cum equis , harld Periclrmeni priusquàttx terga perçu* rus , pugnacem aninuun pudefierel.
Vous voyez là , et dans un autre passage du même poète (1 i),qu'Araphiaraiïs et son chariot tombent tout à la fois dans le précipice. C’est la tradition la plus commune ( 1 a) ; mais quelques-uns ne laissèrent pas de dire qu’il tomba de son chariot pendant le combat , et qu'ensuitc le chariot fut transporté vide dans nu autre* lieu (i3). Ils se fondaient sur ce que le temple d’Amphiaraüs était un peu éloigné d’un certain village qui se nommait Harma , et qui ne portait ce nom qu’à cause de son chariot. Ils prétendaient que le temple fut bâti où le prophète mourut , et que le village Harma fut bâti où le chariot fut
transporté (i4)- Pausanias lui donne
(;) Apollod. , Ub. I, pag *7, 43.
CS) Id. ibid.
(q) Id. ibid., pag. 45.
(10) Pindari Nemeor. OA. IX, pag. 611,61). Voyes. ApoUodore, Uv. III, pag. 19 J.
( 11) Pmd. Od. FI Olymp. , pag. 98.
fia' Voyet Diodore de SieiU , Ur. IP. chap
( * 3) Slrabo, Ub. IX , pag. 378.
04) Id. tlnd.
536 AMPHI
le nom de ville, et marque précisément qu’on la bâtit où l’on prétendait que la terre avait englouti Am-
{(hiaraiis et son chariot (i5). C'était a prétention des Tanagriens ; car ceux de Thèbes indiquaient un autre lieu , situé sur le grand chemin de Potnies Thèbes, et environné de colonnes *et dont on contait deux beaux miracles : l’un , que les oiseaux ne se reposaient jamais sur ces colonnes; l’autre, qu’aucune bête ne touchait à l’herbe qui croissait en cet endroit-là (16). Etienne de Byzance, faisant mention de la ville île Harma, dit une chose entièrement opposée à la tradition, et à l’auteur même qu’il cite (17); car il assure que cette ville fut ainsi nommée , parce qu’on disait qu’Amphiaraüs , monté sur son chariot , s’y retira , et que les habitans ne voulurent pas le livrer à ceux qui le poursuivaient (18). N’est-ce point prétendre qu’il sauva sa vie, et démentir une infinité d’auteurs, qui content qu’il fut abîipc dans les entrailles de la terre ? Le grand Saumaise s’est imaginé qu’il manque deux ou trois mots à cet article d’Étienne : c’est-à-dirc , qu’arés avoir fait mention du chariot ’Ainphiaraüs on avait parlé de celui <1’ Adraste; de sorte qu’il faut rapporter à ce dernier ce qui concerne le refus des habitans (19). Cette conjecture est ingénieuse, et on la peut confirmer par un passage de Strabon, où il est dit que les habitans de Harma, dans la Béotie, sauvèrent Adraste, après que son chariot eut été brisé en ce lieu-là (ao). On ne peut point faire une semblable conjecture en faveur d’Eu&lathius. On doit dire sans hésiter, qu’il a écrit (ai) que celui que les nabitans de Harma sauvèrent était Àraphiaraus, et non pas Adraste.
Notez que Strabon est tombe dans une bévue que Saumaise n'a pas manqué de censurer ; ’Erretûô* St rrou> HA! TO »çà TOT*
(i5) Pauian, , lib. IX , pag. *g6.
(»6) Id. 1 bid. , pag- *88.
(17) Il cite le IXe. livre Je Pausania*.
(jR) Steph. Ryxantin. V oce Ap/uA.
(ig) Vojei les Note» de Berleliu» sur cet endroit de Strpb- Byxantin.
(30) Strabo , lib. IX , pag, >78.
(ai) Eastalliin» in ILad., l*b ■ II, pag. *66.