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point la force de les faire voler, il découvre d’ailleurs, non-seulement les trésors, les métaux, les bornes des champs , les larrons et les homicides ; mais aussi les adultères de l’un et de l'autre sexe. Un grand philosophe , consulté sur une partie de ces faits en 1689, répondit que rien de cela ne se pouvait faire sans le secours de l'action d'une cause intelligente , et que celte cause ne pouvait être autre que le démon (*3). En écrivant ceci , j'apprends que le principal de ces devins à la baguette ( 1 4) • ayant fait l’cté dernier (»5) à Lyon des épreuves surprenantes de son art , a été mandé à Paris, et que sur ce grand théâtre il a fait tant de découvertes, qu’il a obligé bien des gens à dire que nous voilà plus en état qu’on n’y fut jamais, de décider, par aes phéoomènes incontestables, que les démons produisent cent choses , pourvu qu’on les y détermine par le jeu de quelques causes occasionelles, comme est l’application d’un certain bâton (i6). tria pourrait être d’une efficace rétroactive en faveur du dard d'Abaris ; car pourquoi n’y aurait-il pas eu anciennement une flèche comme celle-là , s’il se trouve aujourd'hui un bâton ui fasse ce que l'on conte de l’homme e Dauphiné ? Ce serait une matière à recherches métaphysiques que cette affectation du bâton; car l’ancien proverbe, virgula divina , notre phrase commune, le tour du bâton , et ce que les joueurs de gobelets disent à tous coups , par la vertu de ma petite baguette , semblent tirer leur origine de l’usage fréquent que la tradition commune donne au bâton dans les sortilèges. Quelles vertus n’attribuait-ou point anciennement à la verge de Mercure ? Les ailes d’or qu’il mettait à ses talons n'étaient point tellement le principe de son vol , que sa verge n’y concourût aussi avec une vertu très-
Eiuissante , et il semble même qu’elle ui ait servi de cheval :
El primhm pedibus talaria neclit Aurea , qinr subliment alts , sive trquora supra ,
(»3) Le P. Malcbrancliis , dans le Mercure Galant du mois de janv. 169?.
( »4) Jacques Aymar, paysan de Saint- f'eran en Dauphin /.
(i5) En 1699.
(16) t'ojex ti-aprè* la remarque (G).
ABARIS
S eu terrant , rapido pariler cum jl amine portant.
Tum Ttrgain capit : h de anima» ille evocat Orco
P <t II en le s , a lia « sub Irislia Tartara mitlil , Dut somiios , adtmtti/ue , et lutnina morte resignal.
nid ruTOi , agit eenlos , et lurbida traitai JNubtla (»").
Si nous avions le Traite sur la verge de Mercure , que l’art hi us avait promis (i8j , on y verrait assurément «ne compilation bien curieuse,et peutêtre plus instructive que le Traité du
a nique Antisthèncs sur le bâton de inerve. Cette déesse avait aussi son bâton , avec quoi elle faisait paraître les gens ou jeunes ou vieux, selon l’exigence des cas (tg). La sorcière Circc faisait bien plus que tout cela avec le sien (30) , puisque, d’un seul petit coup de sa baguette , elle transformait les hommes en bétes , et les bétes en hommes. Érasme , qui joint à tous ces exemples la verge avec laquelle Moïse ht tant de choses miraculeuses (ai), devait remarquer que le démon , le singe des œuvres de Dieu, a pris son modèle là-dessus pour ériger le bâton en l'une de ses principales causes occasionelles. M. Huet prétend que ce que les poètes ont chanté de la verge de Mercure, etc. , a son origine dans la verge de Moïse (au). Notez que le diable fut bien prompt à imiter ; car les magiciens de Pharaon ürent par le moyeu de leurs verges quelques miracles qui ressemblaient à ceux du vrai Dieu (u3). N’oublions point les brachraanes, qui portaient tou jours un anneau et un bâton, auxquels ils attribuaient de grandes vertus (u4). J’en dirai peut-être davantage sous le mot liabdomanùe *.
(17) Virgile, Éncitl. , liv. IV , v. 23g. Voye s ainsi Homère , Iliad. et Odyss. , lie. dern. ; Ovide, McUm. lie. I , v. ^5, au *ujet d’ Argus ; Horace, ode X, v. 18 , et XXIV , v. *6 du lie. /; Suce, Thebaid. lie. I. .
(18) De Virgw Mercurialis pôle s taie et polrntid peculiarem tractalionem salir mrsterioden damus in Supcrstitionum magno Commentario. Barlliiu* in Slat. T'ont. II , pag. 291.
(ig) Hoincr. , Ody**. N. et ü.
(20) Ibid. K. -
(21) Sur le proverbe virgula divin». Chil. *, eentur. 1 , n. 97.
(22) lluetii Demonstr. Evaog. Propos. IV ,
(a3) V o/et les chapitres VII et VI II de V Eaode.
(24) Pliilostrat. Vil* A poil. Lih. ITT.
* Dajlc n’a jamais donne d’article Ral»do* •nantit.
(C) En quel temps Abaris vivait.'} Son ambassade d’Athènes est placée par quelques-uns sous la 31e. olympiade; par Hippostrate sous la 3'. , et par Pindare au temps du roi Crésus (35). Eusèbe s’était rangé à ce dernier sentiment , puisqu’il avait situé le voyage d’Abaris et le commencement du régné de Crésus sous la seconde année de la 54e. olympiade: mais il donna peu après dans une honteuse variation ; car il fit fleurir ce devin la dernière année de la 8ac. olympiade. Abaris hyperboranus hatiolus agnnscitur (36). M. de Valois semble préférer à tout autre sentiment celui de Porphyre et de Jamblique (27), selon lequel Abaris aura vécu l’an a de la 54e. olympiade, contemporain de Pythagorc. On infère cela de ce que Porphyre et Jamblique rapportent que Pytbagore montra sa cuisse d'or à Abaris, prêtre d’Apollon l’IIyperboréen. Si les lettres qui courent sous le nom de Phalaris n’étaient pas un ouvrage fait à plaisir, on devrait être assuré qu’Abaris a vécu en même temps que ce tyran ; mais il n’y a nulle apparence qu’ils se soient jamais écrit les lettres qu'on trouve dans ce recueil. Cependant c’est une raison à alléguer pour montrer qu’Abaris et Phalaris ont été contemporains ; car il y a quelque sorte de présomption que celui qui a supposé ces lettres à Phalaris a observé fa chronologie, afin que ses fictions eussent plus de vraisemblance. Suidas met la tyrannie de Phalaris sons la 53e. olympiade. Le sentiment d’Hippostrate pourrait être fortifié par la raison que voici. Suidas observe qu’en la 5e. olympiade les Athéniens firent pour tous les Grecs les sacrifices qu’on nommait Ufotig.a-iau (38). Ils se faisaient avant que l’on labourât la terre, et dans la vue d’obtenir la bénédiction divine sur la prochaine moisson. Or, le Scoliaste u’Aristophane rapporte que, miand les Athéniens firent pour tout le monde le sacrifice nommé riponfooi*, il y avait eu une famine , ou même aussi une peste par toute la terre, qui axait oblige les peuples à recourir à l ora-
(i5) Apud Harpocrationem.
(2(1) Eusebii Cnron. n. 1668.
(2-) Hr.nr. Valrsii Noix in nota» Mautsact in Ilarporral. pag. 83.
(28) Au mot n^&a/)0<r»et».
ABARIS
de, et que l’oracle avait répondu que, si les Athéniens offraient un tel sacrifice, le mal cesserait (29). Ce fut donc alors que tant d’ambassades furent envoyées à Athènes , et qu’Abaris y fut envoyé de la part du peuple hy-
Serboréen. Hippostrate ne se serait onc guère éloigné de la vérité en mettant ce voyage d’Abaris sous la 3*. olympiade. Si les conjectures de Scaliger sur un passage de Firmicus Maternus , concernant le Palladium , sont bonnes, il y a eu des auteurs qui ont fait remonter prodigieusement le temps d’Abaris ; il faudrait , selon cela , qu'il eût vécu long-temps avant la prise de Troie. Nous verrons bientôt ce que c’est. D’autres l’ont fait redescendre jusques au siècle d’Alexandre-le-Grand ; il est vrai que ce n’est que par un enthousiasme d’orateur , à quoi si nous voulions prendre garde, nous nous taillerions trop de besogne.
La description que le sophiste Himérius nous a laissée (3o) de l’équipage avec lequel Abaris se présenta aux Athéniens , convient merveilleusement à un barbare; mais il ri était Scy the , dit-il , que dans son habit ; sa langue était grecque , et dès qu'il la remuait , on croyait entendre un discours sorti du milieu de t académie ou du lycée . Quelle absurdité! Platon et Aristote avaient-ils déjà fondé des écoles au temps d’Abaris? Quelqu'un (3i) a voulu concilier ces difficultés en supposant qu’il y a eu deux Abaris : mais sa supposition est insuffisante; il en faudrait cinq ou six pour bien réussir; deux n’ôtent pas les divisions : ce n’est pas la peine.
(D) y ariélé de sentimens qui a fait broncher quelques modernes. ] Vossius préfère à tout autre sentiment l’opinion de ceux qui font fleurir Abaris entre la 3o". et la 38e. olympiade. Ce lemps-la , dit-il (3a), est, selon Eu sèbe . celui de la tyrannie de Phalaris ; Priai 'iris tyrannidem exerçait ah olympiadis XXX ( il fallait dire XXXI ) an. II t mque ad olympiadis X X XI^IIl an. II t teste Eusebio : or Abaris a été contemporain de ce ty-
(ff>) ''choliMl. Amlopton. in Fquit.
f3o.t ,4pud Pho'ium, png. n36.
(itj Edward. Sitmonius, apud Konig. Bibl. ▼ et. et .Vo». , pag. 1.
< 3-» V Vouins, de PoeUs Grarcia , cap. III , p. >6.
ran. Il réfute par cette hypothèse ceux qui disent qu'Âbaris a été disciple de Pythagore; car il observe que Pythagore fleurit l’an Ier. de la 6o«. olympiade, et mourut vers la fin de la 70e. 11 remarque qu’un disciple de Pythagore n'a pu écrire des lettres à Phalaris. Enfin il assure que tous les anciens ont fait Abaris antérieur non-seulement à Pythagore, mais aussi à Solon, Antiqui omnes de Abari lo-
Suunturyut non Pythagora modo , sed olone eliam antiquinri (33). 11 n’y a
Sucre de solidité dans ces remarques e Vossius; car le môme Eusèbe,qui en est le fondement, a situé, en un autre lieu, Phalaris sous l’an 3 de la 53e.
olympiade , et le voyage d’Abaris sous l’an 2 de la 54e- Vossius devait prendre garde à cela, et se souvenir que le passage d’Eusèbe , ciu’il ne cite pas , a été préféré par Scaliger (34) à cel*i qu’il cite. Scaliger se fonde sur ce que le commencement de la tyrannie de Phalaris a été placé par Suidas sous l’olympiade 5a, outre qu’Orose remarque que Cyrus et ce tyran ont éfé contemporains (35). 11 est donc visible que les conséquences que Vossius a tirées de ce qu’Abaris et Phalaris ont vécu en même temps ne sont guère bonnes ; car Abaris aurait pu écrire à Phalaris après l’olympiade 5a , et voir Pythagore après l’olympiade 60 (36). Quoi qu’il en soit, on n’a pas dû dire que, suivant tous les anciens, Solon a vécu après Abaris; car nous savons qu’il donna ses lois aux Athéniens en la 46*. olympiade (37) , et qu’F.usèbe met Abaris sous la 8ae (38).
M. Moréri s’est mal servi des observations de *Vossi us. Il trouve de l’opposition en ceux qui disent qu’Abaris vivait avant Solon, et ceux qui disent que c'était du temps de Tullus Hosli lius y ou d’Ancns Marttus , roi des Romains. Ce ne sont pas deux senti-»
mens différens ; il n’y a point de chronologue qui voulût se taire un scrupule d'assurer que ces deux rois ont précédé Solon. Ce passage de Vossius,
(33) Id. ,bid.
(34) Scaligrri Anima dv. in Euaebiam , n.
(35) Id. ib. 11. «3<y>, />«*,?. f)4.
(36) Notez qu Àbarn , selon Jamblique , duùt *>ieux, quand il fut imti-uil par Prtkagor e. (37) Scaliger ubi xuprà , n. «4*3, Pn B- 86. (38) V or et la tenutrque précédente , Citation (16) ■
ABARIS
fuerit igitur ( Phalaris ) temponbus Tulli Hostiliiet Anci Martii (3<)), et le précédent , ont trompe M. Moréri. Disons en passant qu’il s est laissé abuser par ces paroles de Coelius Rhodiginus : hujus (Abaridis) et Gregorius theologus cnmmeminit in epilaphio ad magnum Basilium [\o). 11 a cru que saint Grégoire parle d’ Abaris dans une épitaphe quil adresse à saint Basile le-Grand (4i). Je n’ai rien trouvé touchant Abaris dans les vers de saint Grégoire de Nazianze sur la mort de saint Basile. J’espérais d’y rencontrer les cinq ou six lignes que le Giraldi rapporte comme tirées ex Monodiâ in divum Basilium ( 4 a )• Le mot de monodta est une adresse vers une pièce de poésie ; mais ici c'est une adresse trompeuse. Je me suis tourne vers la prose de ce grand théologien, c’est-à<iirc , vers son oraison funèbre de saint Basile, et je n’y ai pas trouvé le quart de la citation du Giraldi. Il V a une erreur particulière , en ce que M. Moréri s’est exprimé comme si cette épitaphe n’eût point été faite pour saint Basile.
(E) Un oracle ambulatoire. ] Clément d’Alexandrie met Abaris entre ceux qui se mêlaient de prédire l’avenir. ripoyieirtt < f* xeti Tluü<tyop*.t ô fAtycte ■Tfiorctvli'/tiT ati«i,vA*atpç Tt 0 YrtpCôptcc (43). Prœscienliœ auiem Pjrlhagoras quoque ma gmt s semper mentent adhibuit , et Abaris Hyberborcus. Nous avons déjà rapporté ( 44 ) 1 épithète d ’hariolus, dont on le régale dans la Chronique d'Eusèbe. Un commentateur de saint Grégoire de Nazianze a rapporté qu’ Abaris parcourut toute la Grèce, et y rendit des oracles (45). Apollonius assure le même fait ; et il dit de plus que ces oracles subsistaient encore. "Eyp&qt Si xeti Xpur/Aovt ntic X vrtpHpXÔMtioç, ci *»<n /utXp* rot/ lût ûrcipxôvrtç (46). Scripsit autem et oracula regionibus quas observons luit rabat, quœ ad hoc usque lempus
(3g) Vouiw, ubi supra.
(4o) Ctrlii Rbodig. Autiq. Lttt. Lib. XVI , cap. XXII , pag . 88i.
<4 1 ) Cette faute nesl point dam les éditions de Hollande.
(4a) OirilJui «le Poiti*, Dialogo III, circa
tmL p. 119.
(43) Stromal. Lib. J, pag. 334*
(44) Ct-dettut , citation \v6).
(45) NiceU» in Oral. XX. Gregor. Naiiaax.
pag. yA-
<46) Apollon. Ailüiir. I?i*t. Secl. I V
extant. Le Scoliaste d’Aristophane (47) dit aussi qu’on les avait de son temps. Abaris n’était pas le seul de son métier qui errât ainsi par le monde, et qui semât de toutes parts ses prédictions à tour de bras : c était le propre des devins; et c’est pourquoi Artéraidore prétend que , lorsqu’on songe qu'on devient prophète, c’est le plus souvent une marque qu’on voyagera , et qu’on se tracassera; car , ajoute-t-il, les devins ont accoutumé de mener une vie vagabonde, ♦tpn <f« xait ÀTTcSnpiaiç ‘roXKùutiç xeti xtrintç ri ôfôrri rcr ovticor. <hà rc nrovç /uétirut ?r*pticç-ùi : Portendit scepè etiam peregrinationes et motus hoc somnium ei qui vidity propterea qtiod votes vi lam errabundam agunt ( 48) . Us avaient cela de commun avec les joueurs de gobelets , et avec toutes sortes de charlatans. Abaris faisait plus que des prédictions : on prétend qu’il bâtissait des temples ; celui de Proserpine du Salut, Kopsç Xotnlpaç , dans Lacédémone, fut son ouvrage (49)* Platon en fait un vrai charlatan , ou plutôt un enchanteur qui se mêlait de guérir les maladies avec des paroles (5o).
(Fl Qui fabriqua le Palladium.] On doit cette découverte au grand Scaliger. 11 a corrigé en deux endroits avants par Abaris (5i) , dans un passage de Julius Firraicus Maternus (5a).
Voici ce passage ainsi corrigé : Pal ladii etiam quid sil numen audite. Simulacrum est ex ossibus Pelopis factum. Hoc Abaris Scytlut fecisse perhibetur ; jani quale sit considerate
Îuod Scytha barbants consecravil.
îstne aliquid apud Scylhas humand ralione compositum , et ilia efféra gens et crudeli atque inhumand semper atrocitate grassala , in constituen dis religionibus rectum aliquid potuit invenire ? Simulacrum hoc Trojanis Abaris vendidit , stultis hominibus vana promitlens. Scaliger a corrigé deux fautes presque semblables dans un passage du Scoliaste d’Aristophane (ü3). Au lieu de fia-pn , il fait lire
(4:) In E‘iuit-
(48) Artrmidor. Lib. III , cap. XXI.
(49) Païuâniâ». Lib. III , pag • 94* B dit aussi que d'autre t en aUribuaienl la construction à Orphée.
(50) Plato in C.l»arm. pag- 4^5.
(51) Scaligrri Notât in I n«rb. n. l4^4«
(5») H»; l.rrore Profan. Kclig.
(53) In Lquit-
ABARIS. 1 3
*ACstf»v ; et , au lieu de fléiptf&ç , il fait lire A»atpi/oç; ce qui fait un sens beaucoup plus intelligible. "Ot« Jx *ati*Aoctftt çclti rov 'YirtpCipuoi JaSovta $•* aqov Vf T»? 'EXXeLJ'A ’Aîro XXéMI S'XTlSxfitJ , xeti tira» ff-oyypei-j.au août tgi/c ****
T;oyaf) ofiwo^ivoî/ç ’ACstpKfsç. Le sens est, qu’ Abaris , étant allé clans la Grèce , pour consulter Apollon , ou pour lui faire des offrandes, s’arrêta à son service, etécrivitles oracles oui portaient encore le nom d’Abaris. M de Valois corrige (54) de son coté un endroit de Proclus (55), où Pythagore est cité *7 t» vpoç 'AC&pcv ihyt» i il croit qu’il faut lire ‘'ACatpti. Ainsi il y aurait eu un ouvrage de Pythagore (56) adressé à notre ’.Abaris. Ce qu’il y a de certain , c’est que Pythagore , si l’on en croit Jarabhque (57), expliqua son Traité de la Nature , et son Livre des Dieux à cet Hyperboréen. Plutarque fait mention d’un livre intitulé Abaris , et composé par Héraclide (58) , où l’on voyait, je pense , toutes les aventures vraies ou romanesques de ce fameux Hyperboréen. Au reste , je m’étonne que Scaliger, qui était en si bonne humeur ue nous découvrir des fautes , nous ait renvoyés au Giraldi, comme à une source de docte instruction touchant Abaris : car , quelque savant que soit le Giraldi , il n’a pas été fort exact sur cet article
(59). Il dit que Valérius Harpocration a parlé des merveilles de la flèche $ et qu’au rapport d’Hérodote , elle fit voler Abaris jusque sur les terres des Hyperboréens. Mais il est sûr qu’Harpocration ne parle point de la flèche , et qu’Hérodote ne parle point du vol d’Abaris, ni ne désigne aucun lieu particulier où cet homme fût allé. Charles Étienne et Moréri ont commis cette dernière faute : Legatus Alhenas venie as ad suos Hypcrborens rediit nihil comedens , dit Charles Étienne $ retournant de Grèce en Scythie , il fit ce long voyage sans manger , dit Moréri : et elle est plus digne d’excuse que la précipitation qui a poussé le premier à dire que nous avons enco-
(54) Valesii Vol* in nota» Man**, in Harpocration. , pag 83.
(55) la Timjeura Platonis . pag. *4*-
(ÿd) Confer que t Jamblich. ubi supra , cap XiX. pag. 9a.
(5-) Jambl. ibid.
(58) Plut. Quomodb audieodi Poet inilio.
(5y) V uy es la remarque (D) vers la fin.
rc les oracles d’Abaris. C’est avoir copié sans jugement , et sans considérer que depuis le temps qu’on pouvait
Sarler ainsi ces oracles ont été perus. Nous ferons ailleurs (60) line réflexion générale sur les bévues qui naissent de ce principe.
( G ) Prédire les tremblemens de terre , etc . ] Porphyre attribue cette vertu à Pythagore , comme aussi celle de chasser la peste , et d’arrêter la grêle , de calmer les orages , et de faire cesser les tempêtes sur la mer et sur les fleuves , pour procurer à ses amis un heureux trajet (61). Il ajoute qu’Ernpédocle , Épiménide et Abaris , ayant appris cela de Pythagore , le pratiquèrent en plusieurs rencontres , iroKX&Xn *7riT«Tix*x*»flti ToiatvTet. Un auteur moderne (6a) , ayant rapporté que Phérécyde , précepteur de Py thagore (63), et qu’Anaximaudre et Abaris (64) , prédisaient les tremblemens de terre , fait cette demande assez plaisamment : N’est-ce point, dit-il, quà considérer la terre comme un grand animal , ils avaient l’art de lui tdter le pouls et de reconnaître par-la. les convtslsions qui lui devaient arriver? Or, soit que la flèche d’Abaris fût l’instrument avec lequel il exploitait tant de merveilles, soit qu’elle n’y contribuât pas , il est sûr que les voyages de cet homme-là pouvaient être d’une grande utilité au genre humain. Voyez la remarque suivante.
(H) Qu’on attribue a la baguette de Jacques Aymar (65). J Jamais chose ne fit plus de bruit et ne donna occasion à tant de livres. Je viens d’apprendre que ceux qui s’en promettaient tant d'avantages et tant de victoires sur les mécréans , se trouvent bien loin de leur compte. La seule histoire de tout ceci mériterait un article ; et peut-être en toucheronsnous quelque chose sous le mot de Rabdnmantie * , ou en quelque autre occasion. Mais , quoi qu’il en soit , je
(60) Dans la rr marque sur l’article Balbos ( Jean ) , à la fin.
(61) In Viti Pylbagor.
(tn) La Molhe le Vayer, tome XI , pag. 137. (63) Il cite Diog. Lacrt. in Pberecyd. Cicéron. P. de Divin.
(64) Touchant Abaris , il cite Apollonius , surnommé Dyscole, cap. fr. C’est le mime que j'ai cite ci-dessus.
(65) Voyet ci-deisus la remarque (B).
* Voyes. la note*, pag. 10.
i4 À BAR IS.
ne me dédirai pas de ce que j’avance concernant Inutilité de cette baguette.
Entre les mains d’un aussi grand voyageur qu’Abaris , elle eût porté la réiormation des mœurs par tout le monde , beaucoup plus efficacement que ne l’ont pu faire tout ce qu’il y a jamais eu de missionnaires et ae prédicateurs. Car, si un tel homme revenait au monde , la jalousie , ce fléau de tant de maris , en serait bientôt chassée. Les Italiens et les peuples orientaux n'auraient que faire de donner des geôliers à leurs femmes , ou d’étre eux -memes leurs propres Argus. Chacun s’en fierait à leur bonne foi : on n’aurait qu’à les recommander à la baguette. Et non-seulement les hommes se délivreraient d'un soin pénible (66) et qui ne sert quelquefois qu’à hâter leur infortune ; mais ils se verraient eux-mêmes dans la nécessité de garder la foi conjugale , lorsqu'ils auraient besoin de cette réputation. La tenue des grands jours jetterait moins de terreur dans i'âme des criminels que l’arrivée d’un Abaris. Le plus grand nombre des crimes, les péchés les plus dangereux , savoir, ceux qui se commettent dans l’espérance que le public n’en saura rien , cesseraient entièrement au souvenir de la baguette j et ce serait alors que l’on pourrait dire :
Tutus bos rlenim prala perambulat ,
Ifutril rura Ceres , almaque FausUlat.
Culpari meluil F ides ,
JVulUs polluitur casut do mut stuprit-
Laudantur simili proie puerperæ.
Culpam pana premit cornes. (67).
J’avoue qu’il est difficile de comprendre que le démon , l’ennemi juré du genre humain , ait choisi de telles lois d’engagement avec l’homme ; et c’est à quoi ne prennent, pas assez garde ceux qui ne sauraient soufTrir, ni qu’on révoque en doute les vertus de la baguette, ni qu’on les explique mécaniquement.
(I) Le règne de cette baguette a été fort court. ] A peine a-t-il duré dans Pans autant de temps qu'il en a fallu pour composer et pour imprimer un
(66) Panicque graves in calibe vitd ,
El gravior caulis cuslodia vana maritis.
A u son m idyll. XV.
(67) Horatii Od. V . , lib. IF.
article de ce Dictionnaire. M. le prince de Condé, dont les lumières ne peuvent être que fatales aux imposteurs et aux crédules , vu l’éducation d’où il les a prises , a renversé tous les trophées Jes partisans de Jacques Aymar. Ce pauvre homme a échoué d une manière si pitoyable dans les essais qu'on a voulu faire de ses forces à l’hôtel de Coudé , qu’il y a perdu toute sa réputation (68). Le public a su comment les choses s’y étaient passées : il n’y a plus de lieu à chicaner sur l’incertitude ; puisque c’est par l’ordre de ce grand prince que le monde a été informé de ce détail.
Aussi ne se retranche -t- on point dans cet asile ; on tâche seulement de donner quelque raison de ces infortunes de la baguette , comme je le dirai ci-dessous. Ceux qui ont dit que les fauteurs de ces devins avaient mal choisi leur temps , et que ce n’est pas dans un siècle aussi philosophe que celui-ci qu’il faut produire ces genslà, ont eu, à certains égards, quelque sorte de raison ; mais , tout bien compté , ils ne raisonnaient pas juste. 11 y a plus de particuliers présentement qu’autrefois qui sont capables de résister au torrent et de combattre le»
illusions , je l’avoue ; mais , à cela près , je vous réponds que notre siècle est aussi dupe que les autres : et , après ce que nous avons vu au sujet d'une explication de l’Apocalypse , qu’on ne nous vienne plus dire , le monde nest plus grue. Il l’est, autant que Jamais; toutes les imposture»
qui flattent ses passions lui plaisent 9 il n’a point de honte d’ètre convaincu qu’on l'avait trompé; il n’en respecte pas moins le trompeur; il n’en crie pas moins contre la foi de ceux qui n’ont pas été trompés. Voici ce qu’un de nos nouvellistes (69) vient de nous apprendre en confirmation de cela :
« Les témoignages d’un grand prince » et la lettre d'un des premiers ma- » gistrats du Châtelet sont de si for- » tes preuves contre Jacques Aymar»
» qu’aucun de ceux qui ajoutent foi » aux effets prétendus de la baguette » n’a osé les contredire. Mais ce qui » fait voir le ridicule des esprits cré-
(68) Voyez Lettres Historiques, et le Mercure Politique du mois de mai i6g3.
(69) Mercure Historique du mois de mai i6g3, pag. 565.