‹ Dictionnaire historique et critiqueChapitre 2 sur 134 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

ij DISCOURS PRÉLIM INAIRE

» tissu alphabétique de crochets , où il suspend ce qu’il » trouve à propos. »

« Il avait, dans ses digressions ou remarques, l’art de » rappeler, dit Jean Leclerc, ce qu’il voulait et qui valait » souvent mieux ou qui était plus curieux ou plus singulier » que la matière principale. »

Maigre le mérite reconnu du philosophe de Rotterdam, aucune couronne académique n’a cependant, jusqu’à présent, été décernée à un Eloge de Bayle . Mais, il faut le dire, lorsqu’on 1775, l’académie de Toulouse proposa pour sujet de prix de 1773 l’éloge de Bayle, une lettre de cachet fit défense de le traiter, et l’académie substitua au nom d’un proscrit pour cause de religion , le nom d’un canonisé , saint Exupère , évêque de Toulouse au IVe. siècle.

Les Toulousains 11’avaient, au reste, pas attendu jusques-là pour honorer « un des plus grands hommes que la France » ait produits. Le parlement de Toulouse , dit encore Vol- )> taire (1) , lui avait fait un honneur unique , en fesant va- » loir son testament qui devait être annulé comme celui » d’un réfugié , selon la rigueur de la loi , et qu’il déclara » valide comme le testament d’un homme qui avait éclairé » le monde , et honoré sa patrie. L'arrêt fut rendu sur le » rapport de M. de Seneaux , conseiller. » A ceux qui arguaient de la mort civile prononcée contre tous les réfugiés, Seneaux répliquait : C'est pendant le cours meme de cette mort civile que son nom a obtenu le plus grand éclat dans toute /’ Europe,

Bayle était mort le 28 septembre 1706. Un siècle après , il fut question de lui élever un monument. On ne recevait pas de souscription à moins de dix francs (2). Le moment n’était pas favorable, et le projet n’eut pas de suite. Le gouvernement d’alors n’eut pas besoin d’arrêter un zèle qui n’existait pas; Bayle, trop peu lu , ne pouvait exciter l’intérêt que d’un très-petit nombre de personnes.

Il paraît qu Antoine Bret, connu par son édition de Molière, avait eu vers 1760 le projet de donner une nouvelle édition du Dictionnaire de Bayle (3) ; mais Bret est mort en 1792 , sans avoir donné suite à ce projet.

Feu M. Desoer, qui en 1817 donna un grand élan à la librairie française par la publication de son prospectus des

(1) Notes du ti'oisièmc Discours sur Tliomme.

(a) Voyez Journal de Paris du 19 février 180C.

(3) Lettre de Voltaire à Bret du 10 octobre 1761.

DE LA ONZIÈME ÉDITION. iij

OEuvres de V oltaire , eut presqu’en même temps l’idée de réimprimer Bayle. Lorsqu'il m’en parla , je venais de m’engager à donner des soins à une édition des OE 'livres de Voltaire (4) ; et nous ajournâmes le Bayle à trois ou quatre ans. Le prospectus n’en fut donc publié qu’en août 1820-, et le premier volume parut en octobre de la même année.

C’était la onzième édition du Dictionnaire de Bayle . Mais, avant de parler des travaux que j’ai faits pour cette édition, j’ai à jeter un coup d’œil sur celles qui Vont précédée.

Je n’ai toutefois fait entrer en ligne de compte, ni le Projet et fragments d'un Dictionnaire critique , Rotterdam , chez Reinier Leers, 1692, in-8°. (5) , ni Y Extrait du dictionnaire historique et critique, 1767 ou 1780. 2 volumes in-8, av„ec nn Avant-propos qu’on sait être du roi de Prusse.

1697. Première édition.

La première édition est celle de Rotterdam , 1697, deux volumes en quatre parties in-folio. Chaque volume a sa pagination. L’impression n’en était pas achevée que le libraire en avait vendu tous les exemplaires. Il augmenta le tirage des feuilles qui n’étaient pas encore imprimées , et réimprima tout ce qui précédait , c’est-à-dire , depuis la lettre A

(4) Je n’ai point fini cette édition entreprise par madame Perroneau et compagnie ; les premiers volumes avaient été très-bien accueillis , et l’on augurait si bien ae cette édition, que M. Brunet la recommande dans la troisième édition de son Manuel du libraire , tom. 111, pag. 5 76. Je n’avais encore publié que vingt-neuf volumes sur cinquante qu’elle devait avoir, et je n’en ai en tout donné que trente et un ( savoir les tomes I à XXI II , et XXV à XXXII). Les entrepreneurs ayant, san3 raison plausible, rompu notre traité , et chargé un autre homme de lettres de finir l’édition , furent condamnés à me payer des dommages - intérêts. Je ne puis dire si le continuateur choisi par madame Perroneau a fait mieux ou pire que je n’aurais fait : mais je puis assurer que j’aurais fait autrement que lui. Je n’aurais pas supprimé le conte du Crocheteur borgne qui est dans l’édition de Kehl ; j’aurais rétabli plus de vingt pages dans le volume des Elcmcns de la philosophie de Newton; je n’aurais pas oublié de donner dans les derniers volumes les pièces promises par des notes des premiers , etc. , etc. J’aurais eu l’attention de mettre les difîerens morceaux dans les volumes où j’avais promis de les donner. Sans doute j’aurais commis quelques fautes ; mais il m’eût été impossible, je le reconnais, d’y être aussi plaisant que mon continuateur, qui , page qj de son 4o*. volume, cite des vers de Voltaire ( mort comme chacun sait en 1778) sur la mort de mademoiselle Clairon y qui n’est morte que vingt-cin<| ans après le poète. Je ne sais si j’aurais mérité les éloges , en partie anticipés , que fait de mon travail le Manuel du libraire; mais ces éloges mêmes me fesaient un devoir de donner l’explication qu’on vient de lire.

(5) Voyez ce qui est dit de ce Projet dans la Vie de Bayle par Desmai • zeaux , que j'ai placée dans le tome XVI.

iv DISCOURS PRÉLIMINAIRE

jusqu’à environ la lettre P (6). Cette seconde composition, faite rapidement et sans que l’auteur en revit les épreuves, fourmille de fautes. Bayle la désavoua et signala quelquesunes des erreurs grossières qui la déparent (7). Il u’est donc

5 oint indifférent pour ceux qui recherchent l’édition de 1 697 'examiner de quel tirage sont les feuilles des exemplaires. Mais comme on n’a ni de signe de reconnaissance pour chaque feuille , . ni la certitude que l’assembleur ou brocheur n’ait pas mêlé les feuilles des deux tirages, on ne

Ï>eut guère s’en rapporter à cette édition pour le Ier. voume et la ire. partie du second. Cependant quelques personne tiennent encore à cette première édition , que recommande en effet un journal qui s’imprimait en Hollande.

« Quelques simples curieux , plus satisfaits de quelques » plaisanteries un peu vives que de quelque bonne et judi- » cieuse remarque de littérature et de critique , la recherchent » avec grand soin , parce que ces plaisanteries ne se trouvent » plus dans les articles Diogène, Hipparchia, Lais, Màl- » herbe , Mariàna et Le Pais des éditions suivantes. » Voilà ce qu’on lit dans la Bigarrure , tome XIX , page 84*

Reste à savoir jusqu’à quel point ces remarques sont exactes ; c’est ce que je vais examiner.

i°. L’article Diogène ne m’a présenté aucune différence; et il suffit de lire la remarque L , telle qu’on la voit dans toutes les éditions , pour se convaincre qu’on n’a fait dans cet article aucun retranchement.

20. Sur l’article Hipparchia , il y a quelques observations à faire: i°. dans la remarque A on lisait, en 1697 : inférer de ce quil dit ; depuis , l’auteur a mis : inférer de ses paroles. a0. Dans la même remarque A on lisait, en 1697 : ce

(6) Œuvres diverses de P. Bayle , IV. 75a. On y lit : « Avertissement aü » lecteur. Puisau’il me reste un peu de papier, je me sers de cette occasion n pour avertir le public que les feuilles de mon Dictionnaire , depuis la » lettre A jusques environ la lettre P , ayant été réimprimées , sans que u j’en aie vu les e'preuves , il y est demeure' beaucoup de fautes dont quel- » ques-uues me font dire des absurdités. Par exemple, à la page 846 du » 1er. volume , ligne 10 de la remarque G, on a mis Charles VII, au lieu >> de Charles VI , ce qui rend la suite un galimatias ridicule. A la page »• i38 du IIe. volume, ligne ir*. de la première colonne , on a mis curieux » au lieu de sérieux. Cela renverse le raisonnement et me jette dans la » fausseté ; car il s’agit là d’uu livre qui n’a rien que de commun. Cette » faute , et plusieurs autres, ne se trouvent qu'aux exemplaires réimpri- »- inés. »

Les deux fautes signalées dans cet avertissement ont été corrigées dans les éditions de 170 a, etc. Voyez dans l’édition in-8°. , tome V, pag. ta3, colonne a , ligne 9 ; et tome VIII , page 378 , ligne 37 de la remarque G.

(7) Voyez tome XVI , pages ao et 191. .

DE LA ONZIÈME ÉDITION. v

poème a pour titre ; depuis , Fauteur a mis : ce poème est intitulé . Jusqu’ici, je nai aperçu aucune phiisanterie un peu vive. 3°. Dans la remarque D on ne trouvait pas, en 1697 , la phrase sur les Mosyniens. Les éditions postérieures sont donc augmentées et non diminuées. Cependant, dans cette meme remarque D, après ce qui est dit de la pratique des Lydiens (voyez VIII , i44)> on Usait les phrases que voici , et les citations indiquées par des lettrines qui s’y rapportent.

« Ces misérables destinaient une heure en plein jour à » cette mollesse (a). Je ne sais point si c’était à la cynique » devant tout le monde, comme le prétend Orasius Tubero, m c’est-à-dire La Mothe-le-Vayer dans la page 1 44 du Ban~

» quet sceptique . En ce cas-là, ils ont mérité une infâme » distinction; autrement, si on les eût distingués, on aurait » donné à connaître que les anciens peuples n’étaient pas » si généralement corrompus que l’ont été les siècles sui- » vans, où toutes heures ont été bonnes pour cette bru- » talité , et où presque aucune nation n’a eu rien à re- » procher aux autres. Toute chair a corrompu sa voie ;

» c’est le pis aller (b) continuel des jeunes gens. Les » confesseurs en sauraient que dire,* voyez la 7e. satire » de Juvénal (c). Le ministre Pierre Cayet ( d ) fut déposé » parce qu’on le crut auteur d’un livre où l’on exhortait les » magistrats à tolérer les bordels, afin d’éviter le péché de » mollesse qui régnait partout, et qui était, selon lui,

» le péché que Dieu défend dans le Décalogue; au » reste , etc. » (8).

(<j) Érasme explique le proverbe A uSU tv Lydus in mendie in

hominem insatialæ ant etiam inlempeslivœ tibidinis. Et il ajoute : Narrant Lydos adeb libidine perdito9 fuisse, ut non tantum noctu vaoarcnt voluptati venereæ , verùm etiam ipso meridie lascivirent, manihus fœdum opus peragentes. Chil.-a, centur. 6, n°. 94.

(b) L\lne ne pouvait pas se subvenir a soi-méme , comme Jonl beaucoup. .. de personnes , lesquelles dans ces fâcheuses contraintes ont recours aux armes naturelles ,

et. quod restât in rebus egenis Sæpé manu liquide distendant nectarc collas.

Orasiüs Tubero, Dialof'. sur les ducs , page 399.

(c) Non est levé tôt puerorum

Observare inanus oculosque in fine trementes.

Jüven. Sat. 7, v. a4°*

{d) Voyez son article , remarque D.

(8) Bayle, non-seulement n’a pas distingue pour l’ordre alphabétique de ses articles, les V des U, il a considéré l’Y comme un I, et les articles appartenans aux lettres I, J , Y , sont rangés comme s’ils s’écrivaient par un I. Ainsi l’article Yse se trouve au tome VIII , page 4ai > et précède

vj DISCOURS PRÉLIMINAIRE

3U. L’arlicle Lais contient, dans les dernières éditions , plusieurs additions, et entre autres trois remarques entières (D. M. O), qui ne sont pas dans 1697. Dans le texte, Bayle avait mis d’abord : quelque charmante quelle fût ; depuis il a corrigé, et on lit aujourd’hui : de quelque charme quelle fût pourvue . Bayle avait, en 1697, imprimé trois fois, dans cet article Laïs , un mot grossier que Pourceaugnaç emploie quand il veut qualifier les mères des petits enfans qui le poursuivent en l’appelant papa ; un mot que Ver-vert apprit des bateliers de Loire, et qu’il répéta à la sœur Saint- Augustin, lorsque

Le très-cher frère , indocile et mutin ,

Vous la rima très-richement en tain.

A ce mot Bayle a substitué non une périphrase , mais un synonyme.

Au reste , ce mot que Bayle a supprimé ici , il l’a conservé ailleurs dans l’article Cardan , IV, 489, (remarque B), et dans l’article Poitiers, XII, 198, (remarque Q). On peut voir ce que Bayle lui-mème dit de ce mot dans son Eclaircissement sur les obscénités , tome XV, p. .

4°. Dans l’article Malherbe, remarque B, Bayle a remplacé une citation par une autre; ce n’est pas un retranchement, mais une substitution. Pour ne rien laissera regretter aux curieux, je rapporterai encore ici ce qu’on lisait dans la première édition.

« Il ne sentait que trop sa faiblesse et il s’en plaignait bien » tristement. Du côté des bergeries , disait-il (a) , en parlant » de lui , son cas va le mieux du monde ; pour ce qui est » des bergères , il ne saurait aller pis. Cette affaire veut » une sorte de soin dont sa nonchalance ri est pas capable. » S'il attaque une place , il y va d'une façon qui fait » croire que s'il l'avait prise, il en serait bien empêché ; » et s'il la prend y il la garde si peu qu'il faut croire » qu'une femme a été bien surprise quand elle a rompu » son jûne pour un si misérable morceau. Joignez à ce pas- » sage celui qui est rapporté dans la Suite delà (b) Critique

Islebiens; Ayraült vient avant Aitzema ; Amvot , Amyrault, Amyrützes , Cayet, etc., sont placés comme s’ils étaient écrits Amiot , Amirauit, Amirütze , Caiet. Bayle lui-mème avertit brièvement les lecteurs de cette disposition. Voyez à la lin de son Avertissement de la première édition , tome XVI, page 17. <

(a) Malherbe , lettre à Balzac.

\b) Nouvelles lettres de l’auteur de la Critique de Maim bourg, lettre ar , n°. 8 , page 665. [ Ce passage , auquel il rcn\oyait alors, est précisément celui qu’on lit à présent sous les numéros 8 et 9 dans la remarque B. ]

DE LA ONZIÈME ÉDITION. vij

» générale , et considérez cette réplique : Malherbe dit un » jour à M. de Bellegarde, etc. »

5°. Quant à Mariana , j’ai aperçu beaucoup d’additions , pas la moindre suppression , et une seule correction. Dans une phrase de la remarque H , Bayle nomme Henri IV, le monarque qu’en 1697 il appelait Ilenri-le- Grand. Ce changement n’a peut-être été fait que pour éviter le contraste que cette expression pourrait avoir l’air de faire avec l’épithète de prince fort impudique que l’auteur donne au même monarque dans la remarque C , à l’occasion du P. Coton son confesseur. Il ne faut pas conclure de ce changement que Bayle ait refusé de rendre justice à Henri IV. Dans le long article qu’il lui a consacré, il 11’hésite pas aie proclamer l'un des plus grands princes dont f histoire des derniers siècles fasse mention.

6°. Enfin, l’article Le Païs avait en 1697, à la fin de la remarque D , une petite phrase et une citation de plus qu’il n’a dans les éditions subséquentes *, l’une et l’autre sont relatives aux Hollandaises. Serait-ce par égard pour les habitans du pays où il avait obtenu un asile que Bayle a supprimé la citation? Cela peut être-, mais je croirais

Ïdutôt que c’est parce qu’il a trouvé lui-même ridicule a phrase qui amenait la citation. Pour que le lecteur puisse prononcer, les deux versions sont conservées tome XI, page 33s. Si je n’ai pas pris le même parti pour les articles Laïs et Malherbe, c’est qu’il m’était impossible de disposer clairement ces deux morceaux à cause des notes qu’ils ont.

1702. Seconde édition.

La seconde édition , donnée à Amsterdam , est en trois volumes in-folio en une seule pagination. Quelques passages de la première avaient attiré à l’auteur des désagrémens dont Desmaizeaux parle avec détail dans sa V ie de Bayle. L’auteur promit de faire quelques suppressions. On a vu en quoi ces suppressions consistaient pour les articles Laïs, Malherbe et Le Païs. De plus importantes eurent lieu dans l’article David. De la manière dont j’ai imprimé cet article ( tome V , pages t [00 et 4°8 ) , on aperçoit d’un coup d’œil quels étaient les passages qui avaient blessé le consistoire de Rotterdam.

Une autre suppression fut faite par Bayle sans qu’il y eût aucune plainte , et sur la seule représentation de quelques amis qui trouvèrent déplacé l’éloge que Bayle faisait

viij DISCOURS PRÉLIMINAIRE

de Cli. Drelincourt dans un préambule de l’article Achille. Bayle supprima ce préambule; mais tout en le supprimant il y renvoie (Voyez XI, n ). De pareils oublis ri arrivent que trop souvent à ceux qui corrigent un ouvrage ; ils ôtent certaines choses en un lieu et laissent ailleurs la citation de ces mêmes choses , dit quelque part Bayle (9) lui-même. Mais ce qui est plus étonnant, c’est qu'aucun autre que l’éditeur allemand de 1802 n’ait songé à rectilier, ou tout au moins à signaler cette faute.

Dans l’édition de 1702, les additions dans le texte sont précédées d’un gland , signe typographique inusité aujourd’hui ; et les remarques , après leur lettre de renvoi, portaient un delta.

17 1 5. Troisième édition.

Entre la première et la seconde éditions, il ne s’était écoulé que cinq ans. Bayle était mort en 1706, laissant des augmentations pour une nouvelle édition. En attendant qu’elle parût , des libraires de Genève en publièrent une quils intitulèrent , Troisième édition à laquelle on a ajouté la vie de T auteur et mis les additions et corrections à leur place. Cette édition de 1715 est en trois volumes in-folio, dont chacun a sa pagination. À la suite des préfaces des éditions de 1697 et 1702? on y a ajouté en treize pages une Histoire de M . Bayle et de ses ouvrages.

Deux articles ont été ajoutés dans le corps du Dictionnaire, Lefort, compatriote des éditeurs , et Villahs. Ce dernier n’avait encore été réimprimé que dans l’édition de 1734. Je l’ai conservé dans l’édition in-8°. Quoique n’ayant pu trouver les motifs qui ont engagé les éditeurs de 1734 à ne pas comprendre l’article Lefort , dans leur réimpression, j’ai fait comme eux; et peut-être ai-je eu tort. Du moins , je donnerai ici ce morceau avec ses notes qui seront désignées par des lettrines.

LEFORT (François) (a), clination pour les armes, qu'à général et amiral sous Pierre quatorze ans il les porta en Alexiowitz , czar et grand-duc de France , dans les Suisses. Peu de Moscovie , était de Genève, d’une temps après, il passa en Holfamille patricienne. Il naquit le lande et se trouva (b) aux sièges 2 janvier it>56 , et fit paraître de Grave et d’Oudenarde sous le dès son bas âge une si forte in- prince de Courlande, qui perdit

„ . , tout son régiment à ces deux

(a) Mémoire manuscrit communique au °

libraire à cette troisième e'dition [171.')]. (b) Eu 1674 et 1675.

(9) Remarque A de l’article Tabocé, XIV, a

DE LA ONZIÈME ÉDITION

sièges. Lefort, embarrassé de sa personne après cetle déroute et la perte de son équipage, accepta , sans beaucoup hésiter , une lieutenance dans le régiment de Werstein, au service de sa majesté czarienne , et s’embarqua (c) pour Archangel , d’où il alla ensuite à Moscou. Comme il était bien fait de sa personne , qu’il avait la physionomie heureuse, qu’il était hardi et entreprenant , généreux et désintéressé , parlant d’ailleurs assez bien quatre ou cinq langues différentes, il ne fut pas long-temps dans cette capitale sans s*y faire connaître à plusieurs officiers et autres personnes de distinction. Il gagna en particulier l’affection de M.

Horn, résident de Danemarck , et celle de divers princes et boyars.

Peu après ( d ) il obtint une compagnie d’infanterie , et, songeant ♦ à se fixer en ce pays-là , il se maria en 1678 , avec la fille du colonel Souhay. En 168 3 , il fut fait major, ensuite lieutenant colonel. Sa majesté czarienne reconnaissant en Lefort plusieurs belles qualités , et surtout un parfait attachement à son service, lui confia en i685 le commandement des troupes et de l’artillerie pour une expédition (e) considérable. En 1696, il eut i a conduite du siège d’Azoph(/'); et dans cette occasion il donna des preuves si éclatantes de son

(c. Le a5 juillet 1675.

(*/) Au commencement de 1677.

(e. Pour s'opposer aux irruptions que les Tartares faisaient dans le pays.

Le siège commença le 2 juin et finit le 30 juillet de la même année, que la place se rendit après une dc'fense des plus vigoureu- Le exar Pierre Alcxiowita se trouva en personne à ce siège , et y donna des marques ■Tune intrépidité tout héroïque.

habileté dans l’art militaire , que sa majesté czarienne dès lors l’estima beaucoup , le choisit pour son favori, lui remit la direction des affaires les plus importantes , et l’éleva enfin à un si haut faîte de grandeur et de gloire , qu’il lui donna le commandement général de toutes ses troupes , tant sur mer que sur terre , l’honora de la vice-royauté de Nowogorod, et le fit son premier ministre d’état , avec la qualité d’ambassadeur et plénipotentiaire dans toutes les cours étrangères (g). Jamais fortune n’a été plus rapide que celle de ce général. Il a joui de tous ses titres et honneurs jusqu’à sa mort , qui arriva à Moscou le 12 de mars 1699. Le czar, pénétré de la perte de ce fidèle eÇ zélé ministre , donna une preuvebien authentique de l’estime qu’il en faisait en ordonnant lui-même ses obsèques , el les honoraut de sa présence. Elles se célébrèrent le 21 du même mois , avec tous les honneurs imaginables ( h ).

Henri Lefort son fils, capitaine de la première compagnie des gardes du czar, aurait sans doute marché glorieusement sur les traces de son père , si la mort ne

(^) Il y avait à la tête de celte célèbre ambassade de Moscovie , dans les principales cours de l’Europe, en 1697 et 1698, trois ambassadeurs. Le général Lefort était le premier {Théodore Alexiowitx Lolowin, commissaire général des guerres et vice-roi de Sibérie, allait après; et le troisième était Procope Ilogdonomtt AVotinicin, chancelier du couscil privé , vice-roi de Bolchou. Ils partirent de Moscou avec une suite de près de trois cents personnes au mois de mars 1697 » et furent de retour à Moscou vers la miseptembre 1(598'

(A) Ou en voit une relation très-curieuse dans le Merrure historique du mois de mai

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