‹ Dictionnaire historique et critiqueChapitre 24 sur 134 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

abéliens. \

blable ne 9e trouve dans la longue déduction qu’Abèlard nous a laissée des raisonnemens d'Héloïse contre leur mariage. Voyezl’article cI’Héloïse (7a).

70. Il ne dit point qu'il l’ait épousée pour le repos de sa conscience : pourquoi M". Moréri veut-il mieux savoir les motifs de ce mariage qu’Abélard même ne les asus ? 8°. 11 ne fallait pas joindre ensemble les noces et le couvent d’Argenteuil : il y eut tin milieu entre ces deux choses. Héloïse ne fut envoyée dans ce couvent que parce que son oncle la maltraitait , fâché de ce qu’elle niait fortement son mariage.

90. C’est donc une étrange fausseté que de dire qne ce mariage ne fut pas si secret que Fulbert nen fût averti; car ce fut en sa présence qu’on bénit les noces dans une église. Posl pauens dies nncte secrelis orationum vigi/iis in quddam scclesid célébra tisy ibidem summn ma ne , avunculo cjus ûtque qui bu s dam nosiris vel ipsius ami cis assistentibus , nuptiali bcnedictione confœderamur (73). to°. Il n’est pas vrai qu’Abélard ait fait leçon à un grand nombre d’écoliers en Champagne, depuis que la mauvaise vie des moines de Tuiis l’eut contraint d'y retourner, et dans le temps que l’abhé Sugcr fit sortir les religieuses d’Argenteuil. Le père Lenfant a copié quelques-unes de ces fautes (74)*

(7a) A la remarque (X).

£73) Abwlirdi Oprr., pag. 16.

(74) I.tnUnt , religieux dominicain , Hiit. générale’ de tous leu siècle*, au o i avril. C'est un ouvrage en 6 vol. in- la, divise selon les jours de l'ann/e, et imprime' à Pasis Fan 1684*

ABÉLIENS ou Abéloniens, secte d’hérétiques qui s’était formée à la campagne , proche d’Hippone, et qui était déjà éteinte du temps de saint Augustin. Elle avait d’étranges principes, et peu propres a la faire durer (A). Elle ordonnait à chacun d’avoir sa chacune ; elle ne trouvait point bon et ne souffrait point , que l’homme fût seul ; il fallait , selon les statuts de l’ordre , qu’il eût une aide semblable à lui ; mais il ne lui était pas permis de s’appuyer sur cette aide; je veux

direde s’unir corporellement avec sa femme : c’était pour lui l’arbre de science de bien et de mal, dont le fruit lui était sévèrement défendu. Ces gens-là réglaient le mariage sur le pied du paradis terrestre , oit il n’y eut entre Adam et Ève que l’union du cœur : ou plutôt ils se réglaient sur l’exemple d’Abel ; car ils prétendaient qu’Abel avait été marié , mais qu’il était pourtant mort sans avoir jamais connu de femme. C’était de lui que leur secte avait pris sort nom (a). Quand un homme et une femme étaient entrés darts cette sorte de société , ils adoptaient deux en fans , un garçon et une fille , qui succédaient à leurs biens , et qui se mariaient sous les memes conditions de ne faire point d’en— fans , mais d’en adopter deux qui différassent en sexe. Ils ne manquaient pas de trouver de pauvres gens dans le voisinage qui leur fournissaient des enfans à adopter. Voilà ce que saint Augustin nous en apprend (b); et comme il est presque le seul qui en parle, il faut croire que cette secte ne fut connue qu’en peu de lieux , et qu’elle ne dura pas long-temps. On croit qu’elle commença sous l’empire d’Arcadius , et qu’elle finit sous celui de Théodose-le-Jeune. Tous ceux qui la composaient, réduits enfin à un seul village, se réunirent à l’église catholique.

(a> Voyez Bochart, Gcogr. sacr., hb. II y cap XVI . qui croit que la fable de la continence d'Adam pendant i3o ans après la mort d'Abel a donné heu au nom de ccs hérétiques.

(fi) Àugust. , de Hær., cap. LXXXVII.

Vide ibi Lambert. Dana;ura.

(A) Peu propres à la faire durer.1

ABELLI.

C’était un état trop violent que celui de continence entre un homme et une femme qui avaient d’ailleurs toutes choses communes , et dont la société était censée un vrai mariage; c’était , dis-je , un état trop violent pour durer beaucoup ; nulium violcnium durabile. Les abéliens n’étaient que des encratites et des novatiens mitigés :

ceux-ci condamnaient hautement le mariage ; les abéliens le louaient et le retenaient. Il est vrai que ce n'était presque que de nom : ils en avaient l apparence ; mais ils en reniaient la force. Hi nomen quidem eonjugii et nuptiarum retinuerunt , vint autem et ejjfectum earum prorsùs sustulerunt (i). S’ils avaient cru que le mariage était un sacrement, ils auraient été sur cét article ce que les zuinglicns ont été sur celui de l’eucharistie : ils n'eussent admis que la figure , et point du tout de réalité. Or, c’est ce gui a dît contribuer à l’extinction de la secte. Vous trouverez, dans le dictionnaire de Furetière (a), que

Poire et manger , coucher ensemble , C'est mariage , ce me semble.

Voilà l’idée naturelle qu’on se forme de cet état ; et , dans cotte idée , le dernier des trois attributs passe pour le principal, et pour la différence spécifique. C'est celui-là que l’on nomme la consommation du mariage : sans celui-là le contrat le plus solennel , les fiançailles, la bénédiction nuptiale, ne passent que pour des préliminaires dont on se dégage facilement. C’est celui-là qui serre le noeud et qui le rend indissoluble. C’est la fin , le but et la couronne de l’œuvre; c’est le non plus ultra. Il y avait donc peu d’apparence que beaucoup de gens, même apres que la nouveauté du dogme serait passée, voulussent avoir le nom et le lien de gens mariés , et se priver de ce que le célibat avait dés lors de

{>lus éclatant , sans goûter les fruits et es délices du mariage. 11 n’a donc pas été nécessaire, quand j’ai dit que les principes de cette secte étaient peu propres à la faire durer , que je fisse quelque allusion au bon mot qu’on attribue à Sixte V : Non si chiava in quesla religione , non dur ara (3). Les

( t) Danica« in lib. Aaanstim de Hsrti., cap. J.XXXVII.

(i) Furetière, au mot Mariage.

(3) Coofeas. calhol. de Sancy , liv /, chap. I.

adoptions y tenaient lieu de générations ; et, à cause de cela , on ne pouvait pas dire des abéliens ce que rlorus remarque touchant les premiers habitans de Home : Res eral unius œtatis, popufus virorum (4). Si d’autres causes ne s’en fussent pas mêlées, cette secte aurait pu durer éternellement t Per sœculorum milita ( incredibile dicta ) gens œterna est in qud nemo nascitur. C’est ce que Pline a dit des esséniens (5) , et ce que l’on dit tous les jours des moines.

C4) Floru» , lib. , cap. /.

(5) Pliniut, lib. P, cap. XVII.

ABELLI (Antoine), docteur en théologie , jacobiu , abbé de Notre-Dame de Livri en PAulnoi * confesseur de la reine mère , et auparavant son prédicateur , fit imprimer des Sermons sur les lamentations de Jérémie, à Paris, Tan i582. Je ne fais que copier la Croix du Maine et du Veraier- Vau-Privas; et si je ne corrige point les fautes qu’ils peuvent avoir commises , au moins pro-

Siserai^je mes doutes (A). Si M.

oréri en avait fait autant, peutêtre saurait-on aujourd’hui la vérité ; car rien ne pousse davantage les curieux à faire part au public de leurs éclaircissemens que l’aveu que font les auteurs qu’ils ne savent pas toile ou telle chose. C’est ce qui m’obligera à proposer souvent mes doutes. M.

Moréri avait tant d’occasions , que je n’ai pas , de consulter ceux qui pouvaient rectifier ces sortes de choses , qu’il devait plus faire ici que copier la Croix du Maine.

( A ) Proposerai-je mes doutes. ] Il me parait un peu étrange qu’un jacobin jouisse d'une abbaye , et qu on lui en donne le nom. Je ne connais point de pays en France qui s’appelle l’Aulnoi. ai l’on a voulu aire le Lan nais , c’est une autre chose : mais d’ailleurs , je ne trouve aucune ab-

ÀBELLY.

baye nommée Livri dans le diocèse de Laon (i). L’abbaye de ce nom est au diocèse de Paris. Enfin je trouve dans l’acte par lequel l’université de Paris prêta serment de fidelité à Henri IV, le aa d’avril i5<)4 » j’y trouve, dis-je , entre ceux qui le si-

Snèrent , un François Abe'ly , abbé ’îvri, prédicateur et aumônier du *oi (a). C’est à ceux qui en auront les occasions sous la main à vérifier si l’on n’aurait pas ici assemblé sur une seule personne ce qui ne convenait qu’à plusieurs (3).

Mes doutes m’ont procuré un bon éclaircissement , que j’insère ici.

« L’ Aunoi , ou l’Aulnoi , est fort bien.

» C’est l’abbaye de Notre-Dame de Li- » vri , en l’Aunoi , in A Incto (4) , de » l’ordre de saint Augustin , dans le » doyenné de Chelles , diocèse de Pa- » ris. Il faut supposer que, pour nar- » venir à cette abbaye, Antoine Abelli » passa de l’ordre de saint Dominique » dans celui de saint Augustin, ce qui » est une chose fort aisée , et qui se » pratique tous les jours. A 1 egard de i) François Abely, abbé d’ivri, je crois u qu’il y a faute, et que ce François,

« qui fut apparemment successeur * d’Antoine, doit être qualifié abbé de n Livri. » Cet éclaircissement m’a été communiqué par M. de la Monnaie.

M. l’abbé Baudrand m’a fait savoir que cette abbaye de Livri est a trois lieues de Paris , en allant vers Meaux , dans un petit quartier qu’on appelle V A ulnoy , où il y a dix ou douze villages , et dont on ne sait plus les confins. Ces deux éclaircissemens lèvent suffisamment mes difficultés.

(0 VvJ** rÉtot de la France, imprimé en »68o, tom. //. pag. 3n, 3ia.

(a) Voye* THiai. du college de Navarre, par VL.it Launoi, pag. 37a.

(3) Cela n’nmVe que trop aux bibliographes. (4) Claud. Robertiu , in Nomenclature abbatiarum Galliac.

ÀBELLY (Louis), évêque et comte de Rhodez , mort le 4 octobre 1691 , âgé de 88 ans (a) , était de Paris , et il y fut curé de Saint-Josse. Il a composé divers ouvrages , et entre autres un Traité de Théologie , intitulé

(a) Mercure galant d’octobre ifyl.

Medulla théologien (£), qui a été cause que M. Despréaux lui adonné l’épithète de moelleux (A) , et

3ui est fort éloigné des maximes es jansénistes (B). Il a fait aussi la Vie de Vincent de Paule , instituteur et premier supérieur général de la congrégation de la mission ; un livre sur les Principes de la morale chrétienne ; un autre sur les Hérésies : Un autre sur la Tradition de ï Kg li re touchant le culte de la sainte V icrge, etc. Ce dernier ouvrage, imprimé pour la seconde fois à Paris , l’an 1 8*7 5 , fit un grand plaisir aux pro tes tans , parce qu’il leur fournit de bonnes armes contre les convertisseurs , qui voulaient leur faire accroire que, s’il y avait quelque chose d’excessif dans cette espèce de dévotion , ce n’était que aes pensées monacales ou des abus que les évêques corrigeaient journellement. Ce meme livre servit à ceux de la religion contre celui de M. l’évêque de Condom (c). En effet , M.

Abell^ se rendit le protecteur des pensées les plus outrées concernant la dévotion envers la vierge Marie. C’était ruiner les efforts de l’autre prélat , et les vues de ceux qui ont publié ou approuvé les Avis salutaires de la sainte Vierge à ses dévots indiscrets .

M. Abelly était docteur en théologie de la faculté de Paris ; il fut fait évêque de Rhodez lorsque M.

de Péréfixe , précepteur du roi r monta à l’archevêché de Paris , et il résigna son évêché à un autre lorsque son grand âge ne lui per-

(6) La première édition est de Paris , est l65i. On y en Jît une sixième en deux volumes in- 12 , l’an i65q.

; c) Intitulé Exposition de la Doctrine de l'Église catholique.

ABELLY

mit pins d’en exercer les fonctions , et se retira dans la maison de Saint— Lazare. Il révéla dans la V ie de M. Vincent un secret qui plut à beaucoup de monde (C).

( A ) L’épithète de moelleux. ] Ne faisons pas difficulté de remonter un peu haut, en rapportant ce passade ; car , outre qu’il ne faut pas craindre que la longueur delà citation déplaise à personne , elle servira à confirmer ce <jue je dois dire dans la remarque suivante.

Ataw iourte et xe live, Alain (i), ce savant homme ,

Qui de Banni vingt fait a lu toute la Somme,

Qui pottide Abetfr, qui tait tout Baconit,

El. même entend , dit-on, le latin d'A Kempit.

JV en doutes point , leur dit ce savant canom <le ,

Ce coup part, j’en suis sur, d'une main jansenit te.

Mes yeux en sont témoins : j'ai vu moi-mrme hier

Entrer ches le prélat le chapelain Garnier.

Arnaud, cet h/rélique ardent à nous détruire.

Par ce ministre adroit lente de le séduire.

Sans doute il aura lu dans son taine Augustin

Qu autrefois saint Louis érigea ce lutrin.

Il va nout inonder dei torrens de sa plume :

Il faut , pour lui répondre , ouvrir plus d'un volume.

Consultons sur cepointquelque auteur signalé;

Ployons si des lutrins Bauni n'a point parlé.

Etadion i enfin , il en est temps encore ;

Et pour ce grand projet , tantôt , dis que l'aurore

B ail w nera le jSur dans Fonde enseveli ,

Que chacun prenne en main le xoillkux Asellt (a).

Quand ces vers ne contiendraient autre chose que l’accolade de Batfbi et d’Abelly, ils signifieraient assez l’anti-janseuismc de ce dernier j mais ils contiennent plusieurs autres traits qui vont au même but, et qui portent coup. L’auteur a mis en marge une note qui explique la raison de l'épithète , et il a bien fait. Quand je songe aux conjectures que formeraient les critiques si la langue française avait un jour le destin qu’a eu la tangue 1ktine , et que le» œuvres de M. Dcspréaux se conservassent, je me représente bien des chimères. Car, supposons que la Mcdulla theofogica ac

(i) On désigne l’abbé Auberi, chanoine de la Sainte-Chapelle, fameux mo Unis te , frire de ce St. Auberi qui a fait l'histoire du cardinal SJauxrin. Suite du Ménagiana, pag. 8, édit, •le Hollande.

(a) Œuvres d* Despréaux, Lutiin , chant IV,

1C9, tic.

M. Abelly fût entièrement perdue , et que presque aucun auteur qui en eût parle ne subsistât , et au’fl n’y eût point de note à la marge au Lutnn visà-vis de moelleux , quels mouvemens les critiques ne se donneraient-ils point pour trouver la raison de cette épithète ! et combien de faussetés ne diraient-ils pas (3) ! Je m’imagine que quelqu'un , mal satisfait des conjectures de tous ses prédécesseurs , dirait enfin que l’écrivain Abelly avait été caractérisé par cette épithète à cause qu’on avait voulu faire allusion aux offrandes d'Abel , qui ne furent point seches comme celles de Caïn , mais un véritable sacrifice de bêtes. Il citerait sur cela le sacrum pingue dabo , nec macrum sacrificabo : il dirait que les parties des victimes n’étaient pas toutes également considérables , et que la graisse , sous laquelle il faut aussi comprendre la moelle , était d’un usage singulier. Plus il serait docte, plus le verrait-on courir a’extravagance en extravagance, et accumuler des chimères. En cet endroit, comme en plusieurs autres , verrait-on vérifiée l'espérance dont il est parlé dans la IX*.

satire de M. Boileau :

drïà vous croyet, dans vos rimes obscures ,

Aux Saumaiscs futurs préparer îles tortures.

Quelqu’un a dit qu’il serait à souhaiter qu’on fit déjà un bon commentaire sur les satires de cet auteur (4)*. Il est certain que cette sorte d’écrits deviennent bientôt obscurs, quant à un grand nombre de choses. Le Catholicon d’Espagne , et laConfession catholique de bancy , en sont une preuve. Le public est fort redevable à l’auteur, qui publia des remarques sur la dernière de ces deux satires l’an 1693, et sur la première l’an 1696. Il est curieux et pénétrant , et fort propre pour ce travail. -

(B) Des maximes des jansénistes.’] Ub de ces messieurs s'est plaint fort

(3) Conférée ce que dit le P. Bnuhours dans

IV*. dialogue de la Manière de bien penser,

Pag. 899, au sujet de ces paroles de M. Despr. faux, proies dam l’ordre des Coteaux.

(4) Nouvelles de la Rép. des lettres , oct. 1684 , art. V.

* [Ce déssein a été exécuté depuis U mort de M. Bayle par M. Brossite. U publia en i*ji5 à Genève les Œuvres de Desprcaux avec des éclaircissemens historiques donnés par l’auteur même, 3 vol. in-lj. On les a réimprimées à Amsterdam en 1718, in-fol. et ; en 1-33 à la Hajre, en 4 vol. in- 13. Addu. de Céda. J'Amst-]

A HERDON.

amèrement de ce que M. de la Berchère, archevêque d’Aix, avait ordon* né au directeur de son séminaire de suivre A hefly, et de ne plus enseigner la Théologie morale (5) de Grenoble.

11 dit qu’on trouve dans la Medulla théologien de M. Abelly trois méchans principes, dont le i*r. renverse la plus certaine règle de la bonne conscience, reconnue par les païens mêmes , qui n’ont pas cru quilfUt permis de faire une chose dont l'on doute si elle est juste ou injuste. Le a*, réduit h rien le plus grand de tous les commandemens ,

Îui est celui qui nous oblige d’aimer )ieu plus que toutes choses. Le 3e. est directement opposé au soin qu’a pris JH. le canlinal Grimaldi de faire observer les règles de saint Charles dans le sacrement de pénitence , en marquant un grand nombre de cas dans lesquels les confesseurs doivent ou rejuser ou différer l’absolution. On accuse donc fll. Àbelljf d’enseigner , i°. que I on peut suivre une opinion moins probable et moins sûre en faisant ce qui est péché selon l’opinion contraire , qui nous parait plus probable ; a°. qu’il n’est point certain que le précepte d’aimer Dieu plus que toutes choses oblige jamais par lui-même, mais seulement par accident ; 3°.

qu’on peut sans scrupule absoudre toujours ceux dont la vie est une continuelle vicissitude de confessions et de cri mes. Voyez X Avis aux révérends pères jésuites d’Aixen Provence , sur un imprimé qui a pour titre , « Ballet v dansé à ta réception de monseigneur » l’archevêque tf Aix. » 0h publia cet avis l’an 1687, in-ia.

Il est aisé de connattre qu’il s’agit du livre de M. Abelly dans cet endroit du Ménagiana. « Comme on parlait » de la moelle d’A... , M. l’anbé le » Camus , à présent cardinal , dit : la » lune était en décours quand il fit a cela (6). » Nouvelle preuve du mépris des jansénistes pour cet ouvrage.

(C) Un secret qui plut h beaucoup de monde. ] 11 a fait savoir au public que M. Vincent ne voulut plus avoir

(5) Compose par M. Genrt, que lr cardinal Grimaldi , prrdrcesieur de M. dr la Percher* , avait fait venir dan* *on séminaire pour r enseigner lut meme %a Morale, et qui a depuis été fait évêque de J'ai ton.

(G) Mcnagiana , pap. 65 de ta irr. t dit. de

ftoll.ti.de .

de liaison avec l’abbé de St.-Cyran , après lui avoir entendu dire que le concile de Trente n’était qu’une cabale , et une assemblée des scolastiques et du pape (7).

Un homme qui serait persuadé de cela ne pourrait pas être catholique romain.

(*) Abelly, Vie de Vincent de Poule , lir. II, cbap. XII. Vore a les Préjugés légitime* contre le jan«éni*me, pag. i34>

ABERDON , ville épiscopale cVÉcosse , sous l’archevêque de Saint— André , avëc une académie. Les Écossais la nomment Aberdeen. On peut la considérer comme divisée en deux ; car il y a Aberdon , à rembouchure de la Done , et Aberdon à l'embouchure de la Dée. La première se nomme la vieille Aberdon, Old - Aberdeen , et l’autre la nouvelle Aberdon , New- Aberdeen. Elles ne sont éloignées l’une de l’autre que de mille pas. Le siège de l'évêché et l’académie sont à la vieille Aberdon : l’autre est plus riche et plus marchande. L’académie fut créée l’an 1480; l’évêché y est depuis l'an 1100 : il y fut transféré de Murtlac , comme nous l’apprend Hector Boéthius, historien écossais (a). Cette ville se nomme en latin indifféremment AberdoniO) Aberdonium et Aberdona M. Moréri a voulu raffiner sur cet article (A), et n’y a pas trop réussi.

(a) Aptid Baudrand , Lciici geograph.

Pag- 4-

(A) M. Moréri a voulu raffiner sur cet article. ] Il trouve mauvais que quelques-uns aient dit. qu’Aberdonne ou Aberdoen, A berdonia, Aberdona , ou Devana, est une ville. // n’y a point de ville , poursuit-il, qui porte ces noms en toute V Ecosse ; mais il y a deux villes , dont l’une est nommée New- Aberdon , et. l’autre Old- Aberdon : et si ce nom se rencontre , ce n’est qu’en quelques livres ou cartes peu exactes

ABYDE.

fl serait inutile de prouver , que nonseuleracnt dans le langage ordinaire , on ne se sert point de la distinction de s ieille et de nouvelle Aberdon ; mais aussi qn'on s’en sert trta-peu dans les livres. Car où sont les auteurs

3ui ont dit l'évéchc de ta vieille si berun, i academie de la vieille A b erdan?

Où sont les historiens qui ne sc contentent pas de dire Aberdon tout court , quand ils veulent designer cette ville épiscopale? M. Moreri ne se sonvenait pas apparemment de sa critique lorsque , dans l'article d’Écosse il disait , S oint- André a une université, et Aberdonne l'autre ; car, autrement, il aurait dft dire Old- Aberdon.

ABGILLUS (Jean ) , fils d’un roi des Frisons, mena une vie si exemplaire , qu’on le surnomma le Prêtre. Il accompagna Charlemagne à l’expédition de la Palestine, et, au lieu de s’en retourner en Europe , comme fit Charlemagne après la prise de Jérusalem, il poussa jusqu’aux Indes, y fit de vastes conquêtes , et y fonda l’empire des Abyssins, qui, de son nom , fut nommé l' empire du Prêtre Jean. Il a composé deux histoires , dont l’une comprend le voyage de Charlemagne à la Terre-Sainte , et l’expédition qu’il fit lui-même aux Indes. Ce dernier ouvrage contient la description du pays et celle des différens peuples qui l’habitent. Si Suffridus Pétri (a) a été capable de s’imaginer que ces histoires soient autre chose qu’un de ces médians romans qu’on faisait dans les siècles d’ignorance , et oii l’on faisait entrer Charlemagne avec autant de hardiesse que si c’eût été un héros imaginaire , un Palinerin d’Olive , un Huon de Four— deaux, un Geoffroi à la Grand* Dent ; si , dis— je , Suffridus Pétri

(a) Il parle de cet auteur et de scs deux livres dans son traita de Scriptor. Frishe.

a été capable de s’imaginer cela, il est digne de toutes les duretés que Vossius lui a dites {b) ; car que peut-on débiter de plus fabuleux que la conquête de Jérusalem par Charlemagne ?

(b) O hominem l ‘aidé simpheem . ac propi dixenm msipienlem , qui vanis adeo ac s luths conunentis habuerit Jidtm ! Vossiius , de Histor. lat. png. 3oo.

ABYDE, ville d’Égypte. Étienne de Byzance veut qu’elle ait été une colonie de Milesiens (A) , à laquelle un homme nommé Abyde ait donné son nom. Strabon en parle comme d’une ville fort délabrée; mais il dit qu’il paraissaitqu’elleavait été autrefois fort grande et la première du pays après Thèbes (a). Le fameux roi Memnon y demeura et y fit bâtir un magnifique palais (b). Le temple et le sépulcre d’Osiris servaient d’un grand ornement à cette ville , et la rendaient extrêmement recommandable. Les plus grands seigneurs d’Égypte affectaient d’y être enterrés , afin d’avoir leur tombeau au même lieu qu’Osiris avait le sien (c).

L oracle du dieu Bésa n’était pas un ornement médiocre à ce lieulà. Tous les peuples du voisinage avaient beaucoup de dévotion pour cette divinité, qui répondait par écrit quand on n’avait pas la commodité de la consulter en personne. Il suffisait alors de lui écrire ce que l’on avait à demander ( d ). Cet oracle subsistait encore sous l’empire de Constan—

{a) Strabo , hb. XVII, png. 55 g, édit, de 1587.

(b) Mermtonis regid et Osiris templo incly tum. Plin., lib. V, cap. IX; Slrabo, lib. XVII, png. 55q.

(c) PlutarcU. de Iside et Osir., pag. 35ü.

(d) Atnmian. Marcel., lib. XIX , cap. XII, pag. 227 , 228.

abyde.

tius, fils de Constantin-le-Grand, et causa bien des désordres (B).

Abyde était à 7600 pas du Nil , vers l’occident (<?); mais on y avait conduit un canal qui lui portait les eaux de cette rivière if)* Elle était au-dessous de Diospolis et de Tentyris (g) , et au-dessus de Ptolémaïde (À) , qui était la plus grande ville de la Thébaïde et aussi grande que Memphis. Les habitans d’ Abyde avaient en abomination le bruit des trompettes (C). On a fort parlé des épines qui croissaient dans leur territoire (D) ; on a dit

3u’elles étaient toujours chargées e fleurs qui avaient la figure d’une couronne. On croit qu’aujourd’hui elle s’appelle Abutich.

Jean Léon ne dit point ce que M.

Moréri lui impute; qu’elle soit au lieu où le patriarche Joseph fut enseveli (E). Il y avait sur la côte de l’Hellespont une ville nommée Abyde , dont je ne parlerai pas pour le coup, quoique le dictionnaire de Moréri ait besoin d’étre rectifié à son sujet.

(«) Plin. . lib. V , cap. IX.

(/) S'rubo , lib XVII pag. 5rq.

(g) Plin., lib. V, cap. IX.

(h) Strabo, lib. XVII , pag. 679.

(A) Une colonie de Milésicns. ] Cela n’est guère apparent. J’avoue qu’ils établirent des colonies en Égypte, mais ce fut proche des embouchures du Nil : leur puissance consistait alors en forces de mer , et leur Commerce ne demandait pas qu’ils eussent imposte si éloigné de la côte que l’était Abyde.

De plus , ils ne s’établirent en Egypte

3u’au temps de Cyaxarc, roi des Mces (1). Or Abyde était considérable avant ce temps là , puisque Memnon y avait non-seulement établi sa cour, mais encore y avait fait bâtir un palais magnifique.

(B) El causa bien des désordres."] (») Strabo , lib. XVI, pag. 55t.

Voici comment. Ceux qui consultaient par écrit l’oracle laissaient quelquefois leur lettre dans le temple, apré* avoir reçu la réponse (a), il y eut des gens malins qui envoyèrent quelques-unes deces lettres à Constantius; et comme c’était un petit génie , soupçonneux , crédule, vétilleux, il se mit dans une colère horrible. Qui ut erat angusti peetnris , obsurdescens in aliis etiam nimiiim seris, in hoc titulo imd , qund aiunt , auriculd mollior , et suspicax y et minutus , acri Jelle concaluit (3). Tout aussitôt il expédia une commission pour faire faire le procès aux coupables ; car on prétendait que plusieurs personnes avaient consulté ce dieu touchant la vie de l’empereur, et touchant le nom de la personne qui régnerait après lui. Le chef de la commission , homme violent et avare , trouva le moyen d’envelopper qui il voulut dans ces procès. Ce fut l’occasion d’une infinité de violences, comme vous pourrez le lire dans Ammiea Marcellin.

(C) En abomination le bruit des trompettes .] C’est Élien qui nous l’apprend, pourvu que nous le corrigions selon la conjecture île Berkélius (4).

Xa.\myy oç »Xov jèJ'tXuTTOVTeu Bouncireu, xeù ’a£Woc » A'çyu7TTitt {il y a dans les éditions d’ Elien "A Cu » Alyi/Trria. ) xeti A Cxon arôxiç. Husirilce, et Abixlus Æçyptia, et Ijy copolis , tubas sonitum delestantur (5). Strabon confirme cette conjecture lorsqu’il dit qu’il était défendu d’employer aucune musique, soit rie voix, soit d’instrumens , aux

Sréludes des sacrifices que l’on offrait Osiris dans son temple d’Ahyde (6).

(D) Des épines qui croissaient dans leur territoire."] Athénée nous apprend ceci (7) : mais il faut ôter de son livre le mof'ACi/xe; , et y substituer "ACt/JW.

C’est une conjecture très-raisonnable du meme Berkélius (8). Voici le fait dont parle Athénée. Les épines qui croissaient autour du temple de Tindium passaient pour être toujours fleuries ; mais , selon la remarque

(a)Amm. Marcel!., libro XIX, cap. XII , pag. 317 , aa8.

(3) Amm. Marcetl. ad ann. 35g.

(4) Berkel. in Strpban. de Urbibiu, pag.

(5) Ælian. de Anim., lib. X, cap. XXVIII.

(6) Strabo , lib. XVI. pag. 56a.

(71 Athenxu», lib. XV, cap. VII.

(H) Berkcliu.», in Stepb. de Urbibus, pag. 14.

ABIMELECH

«THeîlanicus (9) , cela venait de ce qu'il se faisait des assemblées en ce lteu-là, pendant lesquelles on jetait sur ces épines diverses sortes de bouquets. Démétrius rapporte qu’il croissait de cette espèce d’épines autour d'Abyde , et qu’il courait une fable parmi les Egyptiens, que les soldats d'Éthiopie que Tithon envoyait au roi Priam , ayant ouï dire que Memnon avait été tué , jetèrent auprès d'Abyde leur couronne de fleurs sur ces épines , d’où il arriva que les fleurs u’elles produisirent ressemblèrent à es couronnes (10).

(E ) Le patriarche Joseph fut enseveli.’] M, Moréri cite Jean Leon, p. 8. On croit d’abord qu’il indique la huitième page ; mais on ne trouve qu’au livre 8 ce qu’il faut chercher. Or, voici ce qu’on y trouve : que c’est une erreur de croire que la ville nommée Alesre Hatichie s t celle où demeuraient les rois d’Egypte du temps de Joseph et de Moïse, il réfute cette pensée, par, la raison que ces anciens rois demeuraient au coté occidental du Nil; ce qu’il prouve par deux raisons : i°. par la situation de la ville que l’Écriture dit que les Juifs bâtirent à Pharao ; a°. par la situation d’un édifice fort ancien qu’on dit être la sépulture de Joseph. Quelques paçes après , il remarque que la ville ou est cette sépulture est un bras du Nil , et s’appelle aujourd’hui El Fiium. Je n’ai point trouvé qu’il dise rien de notre Abyde.

(9) Tn Ægyptitci* , apnd Atben., lib. XV , top. Vil.

(to) Dcmetrius in libris Rerum Æpvptiâc»* rom, apud Athenacum, lib. XV, cap. VII.

ABIMELECH , roi de Guérar, au pays des Philistins , était contemporain d’ Abraham. Ce patriarche s’étant retiré avec sa famille au pays de Guérar, sa femme Sara , tout âgée qu’elle était de quatre-vingt-dix ans (a), ne s’y trouva pas en sûreté : elle futenlevée par Abmelech , qui la trouva assez belle pour en vouloir fai re sa femme. Abraham aurait évité cet accident s’il avait déclaré qu’il

(a) Voyei Us dernières remarc/ves de r article Sara.

était le mari deSara; mais, comme il craignit qu’on ne le tuât , il se mit à dire qu’elle était sa sœur , et il la pria de dire qu’il était son frère (b). Cétait la seconde fois qu’il employait cet expédient (c), qui sans doute ne mérite point les éloges que saint Chrysostôme lui a donnés (A). On croit que le roi des Philistins fut frappé d’une maladie qui le rendit impuissant (B) , et , quoi qu’il en soit , il est sûr que la providence de Dieu empêcha qu*il ne satisfit la passion qu’il avait conçue pour Sara. Il fut averti en songe qu’elle était mariée avec un prophète, et qu’il mourrait s’il ne la rendait à son mari. Il ne manqua pas de la lui rendre , ni de lui faire des reproches de leurs mensonges.

Abraham s’excusa, entre autres raisons , sur ce qu’en effet il était frère de Sara , né du même père , quoiqu’ils n’eussent pas la même mère. C’est ainsi que l’Écriture le fait parler. M. Moréri substitue mal à propos aux paroles du texte sacré celles de Josephe , qui suppose faussement qu’ Abraham dit que Sara était fille de son frère ( d ). Il a suivi le même auteur sur un fait dont l’Écriture ne dit jpas un mot; savoir , sur une prétendue alliance contractée entre Abimelech et Abraham lors de la restitution de Sara. L’Écriture s’est contentée de dire qu’ Abimelech fit de grands présens à ce patriarche, et lui offrit la permission de séjourner où il voudrait dans ses états. Il est vrai qu’il y eut entre eux une alliance; mais elle ne fut faite

(b) Genèse, chap. XX.

(e) Il Pavait employé , Genèse, chap. XK.

(d) Joseph. Auticj., lib. I , cap. XI.

ABIMELECH

Îue quelques années apres (e). Ce ùt le traité de Beerscebah. Josephe , comme s’il avait eu des mémoires préférables à ceux de Moïsg(C), ose mettre ce traité avant la naissance d’Isaac , au lieu que l’Écriture le met apres la rejection d’Ismaël, qui n’advint qu’après qu’Isaac eut été sevré. M. Moréri a suivi le même guide lorsqu’il assure que le même Abimelecli témoigna • beaucoup de bonne, volonté à Isaac , qui s’ctait retiré au pays de Guérar. Il ne serait pas impossible que ce fût le même Abiqieleck ; mais il y a beaucoup d’apparence que c’était le successeur de celui qui avait enlevé Sara(D). Ce qu’il y a de bien certain , c’est qu’une famine étant survenue , Isaac se retira en Guérar , où régnait alors un Abimelech. La beauté de Rébecca fut cause que son mari se servit des mêmes ruses qu’A— braham avait employées à cause de la beauté de Sara. Isaac ayant peur qu’on ne le tuât, si l’on venait à savoir qu’il fût lé mari de la belle Rébecca, la fit passer pour sa sœur. Abimelech découvrit à un certain jeu (E) qu’il aperçut entre eux deux, en regardant par sa fenêtre , que ce n’était point cela , et ayant fait venir Isaac :

Quoi que ce soit , lui dit-il , cest votre femme; comment donc avezvous dit , C'est ma sœur ? Quelle conduite avez-vous tenue ici ! Peu s'en est fallu que. quelqu'un du f>eu pic nait couché avec votre femme (F), et que vous n'ayez attiré sur nous un crime. En même temps il défendit , sous peine de mort, à tous scs sujets de faire la moindre injure à Isaac ni à

^ Geoète. chrtp. XXI . **.». 3i , 3a.

Rébecca. Cette remontrance et cette ordonnance ne pouvaient venir que d’un bon cœur, et méritaient bien que nos modernes prissent mieux garde à leurs paroles (/). La prospérité d’Isaac changea cette bonne amitié d’Abimelech. On lui déclara franchement , lorsqu’on eut vu qu’il acquérait de grandes richesses , qu’il eût à se retirer. Il obéit , et n’ayant pas laissé de prospérer malgré les traverses qu’on lui suscita en divers endroits, à l’occasion des puits qu’il faisait faire , il se vit recherché d’alliance ar Abimelech , à quoi il réponit favorablement (g-).

(/) TurseHin, dans son Epir. Hist., pag . 10, édit, de Franche r en 1692 , s'est fort abusé dans ces paroles : I>ajcu» Geraras aunonæ causa profrctus. Dci numine coojugis pudicitiam ab Abimrlecbi regis libidine iniactara servat.

{g) Tiré du chapitre XX Fi de la Genèse.

(A) Les éloges que saint Chiyso stôme lui a donnés .] Nous toucherons en un autre lieu (r) ce qu’il y a de blâmable dans cette dissimulation d’Ahraham. Chacun jugera ce qu’il lui plaira sur la rechute. Le péril que l’honneur de Sara avait essuyé la première fois semble d'abord devoir rendre moins excusable la réitération du mensonge ; mais , d'autre côté , ne semble-t-il pas que l’on est plus excusable lorsqu’on emploie un remède qui a réussi que lorsqu’on l’essaie ?

et n’cst-il pas hors de doute que le premier essai avait eu tout le succès qu’ Abraham avait espéré ? Non-seulement on ne lui ôta point la vie, mais on le combla de présens , et on lui renditsa femme sans qu’on l’eût touchée :

chose à quoi peut-être il ne s’était pas attendu. Je me sers d’un peut- être % car je n’oserais écrire ce que saint Chrysostôme osa prêcher : K ous savez, disait-il à scs auditeurs, que rien ne chagrine plus un mari que de voir sa femme soupçonnée d’avoir été au pouvoir d’un autre ; et néanmoins

(1) Dans let remarqua Jr l'article S» nu

ABIMELECH

a obéir? Qui pourrait jamais assez louer Sara de ce qu après une telle continence y et a son âge , elle a voulu s’exposer à l'adultère , et livrer son corps h des barbares , afin de\sauvcr

ce juste - ei emploie tous ses c forts pour que T acte d adultères1 accomplisse (a). On devait attendre, apres cela , que le prédicateur censurât le patriar* che ; mais , au contraire, on voit qu’il donne de très-grands éloges à son cou- la vie de son époux (5)? Je ne pense rage et à sa prudence r à son courage, p?s qu’aujourd’hui un prédicateur qui lui avait fait surmonter les mou- osât manier de la sorte une matière vemens de la jalousie , jusqu'à lui per- aussi délicate que celle-là : il donnemettre de conseiller de telles choses $ rait trop de prise à la raillerie des et à sa prudence , qui lui avait mon- profanes ; et je doute fort que les hatré cet expédient si sûr de se tirer des Litans d’Antioche, naturellement me* embarras et des périls qui l'environ- disans, eussent pu ouïr un tel sermon naient. Saint Cnrysostôme n’oublia sans s’émanciper à des réflexions mapas de représenter vivement la terri- lignes. Saint Ambroise n'a pas donné Die force de la jalousie , afin de faire de moindres éloges à la charité de Sa* comprendre le grand courage qui avait ra (6) , et nous verrons , dans l’article surmonté cette passion ; mars, d’autre Aciwdynds ( Scptimius ) , que saint Aucôté, il releva la prudence d’Abraham, gustin a été presque dans une semen disant que , comme il vit que Sara blable illusion. C’est une chose étranétait trop belle pour pouvoir échap- ge que ces grandes lumières de l’È-

per à l’incontinence des Égyptiens , glise , avec toute leur vertu et tout ....'-î 1 jm r„ .7. 'il. r — —Ai

soit qu’elle se dît femme , soit qu’elle leur zèle , aient ignoré qu’il n’est pas se dît sœur , il voulut qu’elle se dît permis de sauver sa vie ni celle d un sœur, parce qu’il espérait de sauver sa autre par un crime, vie par ce moyen, r oyez , s’écrie saint (B) D'une maladie oui le rendit ins- Chrysostôme , avec quelle prudence ce puriio/il.] Pour éteindre l’ardeur de juste imagine un bon moyen de rendre sa convoitise, Dieu lui envoya une vaines toutes les embûches des Êgyp - grande maladie qui mit à bout, toute tiens. Puis il l’excuse d’avoir consenti la science des médecins. Dieu l’avertit en songe de ne rien faire à la femme de cet étranger. Abimelech , se trouvant un peu mieux, quelque temps après déclara à ses amis d’où venait sa maladie, et rendit Sara à Abraham.

Voilà comment Josephe conte la chose

à l’adultère de sa femme , sur ce que la mort , qui n’avait pas été encore dépouillée de sa tyrannie , inspirait alors beaucoup de frayeur. ’Oti 0 vir»

*» tov 3-etveÎTOt/ n nupaiv'tf,

/ut T oDro xoj tÎ 'rie yuvatxot

àf stras xatyeniireu 0 /ïxeuoc xat ptststuux) (7) , peu soigneux, à son ordinaire, i/raft?itV*r6cLi t» pu»X.m tic rin rxç yu- de se conformer aux narrations de sautot vCptvha Toy Saiaroi ftctqôyn (3) : Moïse , ou plutôt assez hardi pour le Quia nondùm mortis erat soluta ty- démentir. Car Moïse ne dit - il pas rannis , proptereh in adulterium uxo- qu’Abimelech , après le songe , se leva ris consentit jus tus , et quasi servit de grand matin , et appela tous ses aduherio in mulieris contumeliam ut serviteurs, afin de leur communiquer mortem effugial. Après cet éloge du ce qu'il avait appris en dormant (8) ?

mon il naoeii n 1 A M 1„ C A 1 A ZI - 1 -V t •» y» /

medie (4?. Là -dessus il exhorte les l’autorité de l’Écriture , que ce prince femmes à imiter celle-là, et il s’écrie : ne communiqua son songe à ses amis Qui ri admirerait cette grande facilité , . ,

(5; Tiç xatT otçiflt y T et t/TM v tTretiUTfity, , , , , hTiÇ pvxà TCTett/TMT, xai iy aXixict TOIett/-

(*) O p y TC» /<*{ticic xa/ nrsi’Jx^u xat rj-*, ûritp 'rod T©y /ïxeuoy éiaariTAiy GToy iiç

îrotTTet iront y me* ne ipyov T»y /xoi^iiety *xCïrui. Ctirjsost. Ilomil. XXXII in Genet.

(3) Chryjost. ilomil. XXXII in Geaei.

(4) IletyTet rr ont met to Ipxua \aQi7r. Omrua faril ita ut fabula et ficha ilia lattant.

H. il».

cixiuty yvupti y «et» «iç /uoi;£t<etr tau- T»y iÇtSuxtx, xai trvnvslaç àyio-/;«T0 fiap- Captxtiç. Id. ib.

(6) Ainbr. de Abreh., lib. I , cap. II.

»-) Joseph. Antiq., lib. I , cap. XI.

(9) Genèse , chap. XX t v. 8.

76 AB I ME LE CH

que quand sa maladie fut un peu passée , quelque temps après le songe. II y en a qui croient qu’Abimelech ne fut point incommodé en sa personne, mais seulement en lu personne de ses femmes (9) ; et que, quand l’Écriture rapporte que Dieu le guérit , cela ne signifie , sinon qu'il leva le scellé qui avait été apposé chez lui sur toute matrice ( 10). Je ne me ferais pas fort tirer l’oreille pour approuver cette explication ; car je ne vois aucune trace de maladie pour Abimelech dans tout le chapitre XX de la Genèse, hormis dans ces paroles du verset 17 : Dieu gu*- rit Abimelech , sajcmmcct ses servantes ; puis enfantèrent . Mais comme le verset suivant ne fait mention que de l’incommodité de ces femmes, il est assez probable que c’était en cela que consistait tout le mal que Dieu avait envoyé à Abimelech. Je donne ailleurs (11) la réponse à la question que l’on me peut faire : Pourquoi ce prince , s'il se portait bien , ne satisfit pas la passion qui lui fit enlever Sara r Je ne m’étonne pas des rêveries que les Juifs ont débitées sur cette aventure ; je m’étonnerais beaucoup plus de leur conduite , s’ils n’avaient pas forgé cent chimères concernant notre Abimelech. Ils disent que tous les conduits du corps furent bouchés dans sa maison, tant aux hommes qu'aux bêtes , tant aux mâles qu’aux femelles ; de sorte que rien ne pouvait y entrer, ni en sortir (1 a). On ne pouvait plus ni manger ni boire 5 on ne pouvait plus rien chasser du veutre , etc. Les hommes furent d’ailleursfrappés d’une si grande froideur , qu’ Abimelech fut hors d'état d'exercer aucune fonction virile, tant envers Sara qu’envers toute autre. Un célèbre théologien protestant (i3) adopte cette tradition , quant à la dernière partie, et rejette tout le reste comme ridicule ou superflu. Il dit que , comme le diable empêche quelquefois par ses ligatures 04) que les personne mariées ne puissent se rendre le devoir conjugal , il

(o) Saliani Annal., loin. T,pag. 4t>9-

(10) Genice , chap. XX, v. 18.

(11) Dans la remarque de l'article Sili.

(n) Apud Mercerura. Vide F.xercit.

iu Genêt., Opernm lom. I , pag. 3t)£

(1 3) Rivet, là-même. Heidegger le ma pas à par , niât. Patriarch., lom. JJ, pag. |G5.

04) On appelle cela vulgairement nouer l'aiguillette.

n'est pas hors d’apparence que Dieu ait envoyé une pareille affliction à la famille d’Abimelech , pour une bonne et sainte fin , qui étant de conserver la pudicité de Sara , et de faire paraître très-certainement qu’elle n’avait reçu aucune atteinte dans cette maison. 11 croit donc que tous les domestiques d'Abimelcch furent frappés du mal de stérilité : les hommes , par une impuissance semblable à celle qui vient des sortilèges ; les femmes , par une entière fermeture.des portes de la vie , ou par un rétrécissement qui les rendit inhabiles à concevoir En voi la trop de la moitié , dira-t-on ; et U suffisait aux desseins de Dieu que les hommes fussent maléciûés : mais il faut répondre que la clôture des parties féminines étant un fait dont Moïse parle nommément , il n’y a pas moyen de le renvoyer comme superflu. Voici deux explications de ce fait qui n'aplanissent pas entièrement le chemin. Les uns veulent que Moïse ait voulu dire que la femme et les servantes d’Abimelech ne purent pas accoucher quand le terme fut venu : elles eurcut bien des tranchées et bien des douleurs ; mais ce fut comme au temps dont parle le prophète Ésaïc ,

1 encrant filii usque ad os matricis , et vis non est ad partum (i5j. Les autres disent qu’il a voulu dire qu’elles ne concevaient plus. La première explication ne peut s’accorder avec la Genèse , à moins qu’on ne suppose que toutes les femmes qui appartenaient à Abimelech se trouvèrent grosses au temps de l’enlèvement de Sara (16) : ce qui n’est point vraisemblable. La seconde demanderait que Sara eût demeuré plus long-temps qu’elle n’a fait dans la maison de ce prince; car il ne faut pas peu de temps pour savoir si tout un grand nombre de femmes a nerdu la faculté de concevoir. Ces embarras ont obü-

f;é un très-savant interprète à dire que a punition que Dieu envoya sur la famille d’Abimelech fut connue d’une manière qui ne nous est pas connue.

(17). Au reste , les rabbins ne mettent

(i5) K»aïe, cap. XXXKIIJ , vs. 3.

(16) L'Eternel avait entièrement retserré toute malrtc'- de la maison tT Abimelech. Geoes. , chap, XX, vs. 18.

(t-> Merctrus apud Rivctum , Opcr. tom. I , pas- 3<)5.

AB IMELECH.

pas une grande différence entre l’afflirtion personnelle d’Abiraelech et TaOliclion personnelle du premier ravisseur (18) de Sara. Ils disent de celui-ci qu'il fut atteint de la maladie ratan , qui est le plus incommode de tous les ulcères , et celui particulièrement qui est le plus oppose' aux corvées amoureuses (19). Salomon larebi veut que la plaie de ce roi d'Egypte ait été un mal de tète, causé par un ver, qui s'était formé dans •on cerveau : Morbus perturbait cerebri ob innalum ipsi vermiculum , quo qui labomnt, iis concubitus gravis fit, et liberi gignuntur uteerosi (20).

Quelques-uns croiront que ces dernières paroles gâtent tout; car ils s’imaginent qu’il faut, pour l'honneur de bara , que la plaie de Pharao l’ait rendu absolument impuissant. Voyez nos remarques sur rarticle de cette sainte femme.

(C) Des mémoires préférables a ceux de Moïse.] Il y a long-temps que j’ai conçu de l’indignation contre Josepbe, et contre ceux qui l'épargnent sur ce sujet. Un bomme qui faisait profession ouverte du judaïsme, dont la foi était fondée sur la divinité de l’Écriture , ose raconter les choses autrement qu’il ne les lit dans la Genèse : il change, il ajoute, il supprime des circonstances; en un mot , il se met en opposition avec Moïse , de telle sorte

Î[u il faut quc^l’un des deux soit un aux historien. Cela est-il supportable ? et n’en faut-il pas conclure , ou qu’il ne s’est guère soucié de scandaliser sa nation , ou qu’il a cru que le sentiment particulier qu’il avait sur la faillibilité , et par conséquent sur la non - inspiration de Moïse , était commun parmi les Juifs? Il méritait bien que Théodore de Bèze lui donnât ce coup : hoc ego semel pronuncio , quixllu numjuam J'alsum esse ostcndes1 si verus est multis locis Joscphus , mentitum esse multis locis Mosem et sacros omnes scriptores. Sed nos potiiu islos prn veris ipsius D ci inter preltbus, ilium ver 6 pro saccrdote rerum sacra rum valdè imperito, atque etiam négligente et prophano scriptùre habebi -

(18) Phare», roi tT Egypte.

(«9; Apud Mercerum, tn RivetiOper. , tom.

J , pat Ujü.

(*°) Afud Heiitfgs Hi*t. patmreb., tom. U . pag. 154.

mus (ai). Je crois que tous les anciens historiens ont pris la même licence à l'égard des vieux mémoires qu’ils consultaient. Ils ont cousu des suppléraens; et, n’y trouvant pas les faits développés et embellis à leur fantaisie , ils les ont étendus et habillés comme il leur a plu : et aujourd’hui, nous prenons cela pour histoire.

(U) C était le successeur de celui qui avait enlevé Sara .] Je ne me fonde point sur la longue vie qu’il faudrait douner à Abimelech , s’il avait été encore au monde lorsque Isaacs’en alla en Guérar. Ce voyage est postérieur à l’achat que lit Jacob du droil d’aînesse : on peut donc supposer qu’Isaac avait alor^quatre-vingts ans, car il en avait soixante lorsque Ësaü et Jacob naquirent: et Esaü était déjà grand chasseur

Ïuaud il vendit son droit d'aînesse.

autre coté , Abimelech, qui enleva Sara , était roi et marié avant qu'isaac vînt au monde : il aurait donc eu cent bonnes années pour le moins , lorsque Isaac fît le voyage de Guérar. Mais estce une aff aire ? Eu ce temps-là les hommes ne vivaient- ils pas plus de cent cinquante âns (aa)?On a peine à croire, <juand on le lit, que des personnes habiles (ï3j soient capables d’objecter ces paroles de l'Ecclésiastique, om~ nis potentatüs vita brevis (aj) ; comme si, en supposant la canonicité de cet ouvrage , il était contre la révélation que le règne d’un homme eût duré cent ans. Qui ne voit que , si ce passage avait la force qu’on lui attribue , il faudrait nier toutes les histoires qui apprennent uu’il y a eu des régnes qui ont duré plus de cinquante ou soixante ans ? Qu’est-ce donc qui me porte croire que 1 Abimelech qui enleva Sara fl est point le même qui traita alliance avec Isaac ? Le voici. Ce dernier Abimelech crut bonnement, sur la parole d’isaac , oue Rébecca n’était que sa sœur; et lorsqu’il en fut désabuse , non pas par les paroles , mais par les actions d’isaac, il le reprit doucement deson mensonge , sans lui dire, vous chassez de race ; Àbra-

(si) Th. Rm , Rrsponi. ad Balduinunt , Oper. tom. Il , pag. aso.

(aa) 'Abraham vécut i~5 ans , et I taac 180. (pi) Pereriua, in Gcn et., cap. XXVI , Prtef. Saliani Annal., tom. /, pag. 5ao.

(?4) Aa version de (lenève porte : Toute tyrannie e«l de petite durée. Chap. XI, vt. n

78 AB IMELECH.

ha/n votre pire m’avait déjà joué le même tour. Or, quelle apparence que, s'il eût été déjà attrapé par Abraham , il eût donné encore une fois dans le même piège j ou qu’j ayant donné, il n’eût pas fait une aigre censure à Isaac, tant sur les mensonges de son père que sur les siens propres ? 11 n’aurait pas oublié ceux d’ Abraham ui lui avaient causé beaucoup de ommage. Saint Chrysostôme trouvait ei vraisemblable ce que je viens de dire, qu’il avança courageusement en chaire qu’Abithelech fit des reproches à Isaac sur la sujpercherie d’A&rahara. Rex mlhuc haie ns recentem rnemoriameorunt quce tempore patriarches rapta Sara tulerat, increpabat .eum reumque arguens dicebat , Cur hoc fe-

cisti ? Hanc deceptionem et olim

sustinuimus h pâtre tuo (a5). Mais tout cela n’a point d’autre fondement que les privilèges de la rhétorique, lesquels on ctend quelquefois presque aussi loin que ceux des poètes et des peintres.

Picloribut aUjue poétis

Quidhbet audendi semper fuit twqua potei- Uu (a6). .

Deux choses semblent favoriser le sentiment que le sieur Moréri a suivi.

i°. Le roi deGuérar, au temps d’Abraham , à le même nom qu’au temps d’isaac , et il a un général d'armée qui s’appelle Picol en l’un et en l’autre temps. a°. Kébecca , quelque belle <^u’elle soit , n’est pas enlevée , comme lavait été Sara; c’est qu’Abimelech avait eu le temps de vieillir, et se souvenait des mauvaises suites de l’enlèvement de Sara. Je réponds, i°., qu’il y a eu des noms affectés à tous les rois d’un certain pays , comme celui de Pharaon aux rois d’Egypte. Pourquoi celui d’Abiraelech n’aurait-il pas été commun à tous les rois de Guérar ?

Picol était peut-être un nom de charge. Peut-être aussi que la charge avait passé du père au fils. Je réponds , a®. , que l’Abimelech d’isaac pouvait n’être plus un jeune homme , quoiu’il ne fût pas celui qui avait enlevé ara. Je crois franchement que c’était un bon vieillard, puisqu’il ne forma aucun dessein sur la belle Kébecca , laquelle il ne croyait point mariée; et

(»5J Clirynott. Tl omit. I.I et LU.

(abj Moral, de Ane poélici , r. g.

puisqu’il ne dit point à Isaac qu’elle avait été en danger de sa part , mais seulement de la part de ses sujets : et , comme ceux-ci vivaient dans un tel débordement , que toute belle femme étrangère qui ne passait pas pour mariée courait grand risque, je ne vois

f joint de cause plus vraisemblable de a continence d’Abimelech envers Rébecca que la vieillesse. Il vient un temps qu’on est trop sage , disent les jeunes libertins.

(E) A un certain jeu.] Quelquesuns se sont imaginé que l'Écriture avait voulu exprimer honnêtement .

sous le mot de /eu, le devoir conjugal qu'Isaac rendait à sa femme lorsque

Î>ar hasard Abimelech , regardant par a fenêtre , rencontra sous ses yeux un tel objet. Putant quidam honestè sienificari eo vocabulo coputam carnatem. Sed non fit verisimile Isaac pru dentissimum et sanctissimum virum tam inc au te rem habuistc cum uxore , ut id per Jenestram prospicere , ut Scriptura inqnit , rex posset Abimelech. Credibilius igitur est eo vocabulo significatns esse taies jocos et blanditias in amplexando et osculando , quales inter conjuges agilari turpe non est : extra conjugium vero nef as est (27). D’autres ne veulent point ouîrjoarler de cette sorte d’interprétation : ils disent qu’Isaac était trop sage et trop réglé pour avoir si mal pris ses mesures, et que , dans ces occasions, il se gardait bien d’être en lieu où les voisins le pussent voir par les fenêtres. Il faut donc , disent-ils, entendre , par le mol de jeu , certains passe-temps qui , pour n'étre pas le dernier acte de la comédie , ne laissent pas d’être trop forts entre des gens qui ne sont point mariés , quelque parenté qu’il y ait d’ailleurs entre eux. Ces passe-temps doivent signifier quelque autre chose que causer familièrement, que railler, que rire ensemble; car un frère et une sœur font tout cela très-honnêtement, et sans qu’on en puisse conclure ce qu’Abimcleeh conclut du jeu d’isaac et de Rcbecca. Cette explication me paraît incomparablement plus raisonnable que la première : et néanmoins, il faut avouer que la tendresse empêchait quelquefois Isaac d’avoir cette grande précaution

(17) Pcrcritu in Genes cap. XXVI.

ABRABANEL.

Sue les moralistes rigides exigeraient 'on patriarche : car enfin, on ne peut nier qu’Abimelech » regardant par les fenêtres, ne l’ait surpris se divertissant avec Réhecca à un certain jeu d’où l'on pouvait conclure certainement qu’ils étaient mari et femme. Prenez garde qu’ils étaient mariés depuis quarante ans: I«aac était donc .Igéde quatre vingts ans. Saint Augustin, dans ses livres contre Faustus le manichéen,

End frondeur des patriarches , fait >ologie d’Jsaac d’une manière solide (xéj; et dans le fond, c’est être trop rigoureux que de vouloir qu’un patriarche ou qu’un prélat marié ne puisse prendre de petites récréations avec sa femme sans fermer tous les volets des fenêtres. Car il faut avoir cette bonne opinion de leur prud’homie , que , si la nature voulait passer des petites caresses aux plus grandes , ils se soutiendraient assez sur un chemin si glissant pour donner ordre que I on ne vît rien des fenêtres du voisin. Cornélius à Lapide ne sait ce qu’il réfute

auaod il s'emporte contre les auteurs e la première explication. Judœi impuri , dit-il (29), jocum hune intclligunl cnpulam conjuraient, Sed a page hos cynicos.Quis credat Isaac publicè , et speclante rege , tam inverecundum , lubricum , et cynicum fuisse ? Ce n’est pas de quoi il s’agit : personne ne prétend qu isaac fût alors au milieu des rues ; il était dans sa chambre , et n’avait pas bieo ferme les fenêtres : voilà tout ; et si c’est trop , vous serez vousmême obligé de condamner le patriarche, et de faire le Caton envers lui.

On sait que Caton chassa du sénat tm Manlius , parce qu'en plein jour, et en

Erésence de sa fille, il avait donné un aiscr à sa femme (3o). Ce Manlius aurait été consul apparemment à la prochaine élection. On cherche des mystères allégoriques (3 « ) dans ce jeu d'Isaac et de Réhecca, auxquels, sans doute, ni eux, ni l’historien, sacré, ne songèrent point. Je ne mets pas ces sortes d'erreurs au nombre de celles que je compile : ce serait la mer à

(A) Anjpist. rnntr» Tant., lib. XXII , ettp. In. Thiff» cil* un* parti* fi* r* pa*- ?<*£* 4 rvn T *•»!* «te* jeux et de* «lirertiwf mi.

( Cornet, à Lapide in C.enes. , cap. XX VI y et. é.

(3o) Plutarrh. in C»t. Majore, pap. ÜA6.

(t«) V oyct Pcreriu», in Orne*. , cap. XXI V.

boire. Il serait à souhaiter que la plupart de ces imaginations mystiques fussent inconnues à tout le inonde.

(F; Peu s'en est fallu que quelqu’un du peuple naît couche avec votre femme.] Il fallait que les Philistins fussent de terribles gens sur le chapitre de l'amour, puisque Abimelech leur roi est surpris que personne n’eût couché avec Réhecca, qui ne passait que

I»our soeur d'Isaac Nous apprenons de à en même temps qu’ils respectaient le mariage. Quant aux filles , on croyait assez en ces pays-là qu’elles étaient pour le premier occupant. Témoin Dîna , la fille de Jacob , quand elle voulut s’aller promener : on Fempauma tout aussitôt , on jouit d'elle , et puis on lui parla de mariage (3a).

(3a) Gènes., chap. XXXI F.

ABLANCOURT ( Nicolas Pfrrot , sieur d’). Cherchez Perrot.

ABRABANEL(tf) (Isaac), rabbin célèbre , naquit à Lisbonne (A), l’an 1437 , d’une Famille qui se disait descendre du roi David (B). Il se poussa beaucoup à la cour d’Alphonse V , roi de Portugal , et y fut honoré des plus grandes charges , ce qui dura jusqu’à la mort ae ce prince; mais il éprouva un étrange changement sous le nouveau roi. Akrabane!

étaitôgédequarante-cinqans lorsque Jean II succéda à son père Alphonse. Tous ceux qui avaient gouverné les affaires sous le règne précédent furent chassés ; et si nous ajoutions foi à notre rabbin , nous croirions qu'on machina sourdement leur mort, sous

Ï»ré texte qu’ils avaient dessein de ivrer au roi d’Espagne la couronne de Portugal. Il ne savait rien de cela lorsque , pour obéir à l’ordre qu’il avait reçu de se rendre auprès du roi, il s’en al—

(a) On le nomme aussi Abrabaniel . Abar- ]>»ncl . Abarbinol, Abravanel f A vruan*-!. Aharheprtf .

So ABRABANEL.

lait à Lisbonne en diligence; mais, ayant appris en chemin ce que Ton brassait contre sa tête, il se sauva promptement dans les états du roi de Castille. Tous ses biens furent confisqués dès le retour des soldats qui avaient eu ordre de l’amener mort ou vif. 11 perdit alors avec tous ses livres un commencement de Commentaire sur le Deutéronome , à quoi il eut beaucoup de regret. Quelques auteurs chrétiens (D) ne conviennent pas que la cause de cette disgrâce soit auSsi peu fondée sur sa mauvaise conduite qu’il le dit.

Ils font le même jugement de ses autres persécutions (E). Quoi qu’il en soit, s’étant établi dans la Castille, il se mita enseigner et à composer. Il fit , en 1 4^4 » son Commentaire sur le livre de Jo sué , sur celui des Juges et sur ceux de Samuel ; puis il fut appelé à la cour de Ferdinand et d’Isabelle, et il y eut des emplois pendant huit ans , c’est-à-dire jusqu’à ce qu’on chassât les Juifs des états du roi catholique, en 1492. Il fit tout ce qu’il put par ses prières et ses lamentations (F) pour détourner cette terrible tempête; mais il n’obtint rien , et il fallut qu’il sortit , comme tous les autres, avec sa femme et ses enfans. Il se retira à Naples, et y composa, en i4q3 , son Commentaire sur les livres des Rois. Comme il était courtisan , il n’oublia pas de se faire bien valoir par la connaissance qu’il pouvait avoir acquise de la cour de Portugal et de celled’Aragon ; de sorte qu’il s’insinua dans les bonnes grâces de Ferdinand , roi de Naples, et puis dans celles d’Alphonse. 11 suivit la fortune de

ce dernier lorsque Charles VIII , roi de France, le chassa de Naples ; car il fit avec lui le trajet de la Sicile (G). Après la mort d’Alphonse , il se retira à Corfou et y commença son Commentaire sur Ésàie , l’an i4p5. Il eut la consolation de recouvrer , par je ne sais quelle aventure, ce qu’il avait autrefois écrit sur le livre du Deutéronome. 11 repassa en Italie l’année suivante , et s’alla confiner à Monopoli , dans la Pouille (b) , où il écrivit plusieurs livres. Il acheva son Deutéronome , et il composa son Sevach Pesach (c) , et son Nachalath Avoth (d) y l’an 1496. L’année suivante il composa son Maiene Hajes — chua (e) , et , en 1 490 , son Maschmia Jeschua (/'), et son Commentaire sur Ésàie. Quelque temps après , il fit un voyage à Venise pour y terminer les diflerens qui s'étaient émus entre les Vénitiens et les Portugais au sujet des épiceries , et il fit paraître tant de prudence et tant de capacité , qu’il s’acquit l’estime et la faveur des puissances.

Il composa à Venise son Commentaire sur Jérémie , l’an 1 5o4 * Quelques-uns veulent qu’il ait aussi composé alors le Commentaire sur Ézéchiel et sur les douze petits prophètes. Il fit en i5o61e Commentaire sur V Exode , et il mourut à Venise l’an i5o8(fl), à l’âge de soixante et onze ans. Il laissa trois fils: Juda, Joseph et Samuel (I). L’aîné a été me'decin et grand poète, et a composé plu-

( b ) Notez qu’il y séjourna sept ans. Partolocci, Bill, rabbin., tom. lit , pap. 8"5.

(c) C’est-à-dire , lo Sacrifice de Pâques.

(d) C'est-à dire , l'Héritage des père*.

(e) Cest-à dire, les Fontaïues du salut.

{/) C'est-à-dire , le Prédicateur du salut.

ABRABANEL.

fii

sieurs vers à la gloire de son père.

On dit que Samuel embrassa le christianisme à Ferrare , et (ju’il reçut le nom d’Alphonse, qui était celuiduduc. Abrabanel a fait plusieurs autres livres (K) dont on ne saurait marquer la date , et dont quelques- uns n’ont pas encore été imprimés. Plusieurs nobles Vénitiens et les principaux des Juifs célébrèrent ses funérailles avec assez de pompe. Son corps £ut enterré à Padoue dans un cimetière qui était hors de la ville.

Ou enterra peu après au même lieu le rabbin Juda Menz , qui avait été recteur de l’académie.

Le siège de l’an 1 509 ruina de telle sorte les environs de la place, qu’on ne saurait plus discerner ce cimetière. Abrabanel avait de grands dons : il va de pair avec le fameux Maimonides, et il y a même des cens qui le mettent au-dessus de lui. Les Juifs prétendent qu’il a ruiné de fond en comble toutes les raisons et toutes les objections des chrétiens. Ceux-ci, méprisant avec raison tout ce qu’il a dit concernant nos controverses judaïques, font beaucoup de cas de ses autres interprétations. Ils le trouvent subtil , clair , savant , sincère. Il ne canonise point les opinions de ses maîtres , et il ceusure assez librement le plagiat et les autres fautes dont il les trouve coupables. Son grand défaut est d’avoir été trop sensible aux persécutions que les Juifs avaient souffertes, et auxquelles il avait eu sa bonne part. Le souvenir de cette infortune l’animait d’une telle fureur contre les chrétiens , qu’il les traite avec le dernier emportement. Il n’a presque point

fait de livre où il n’ait marqué les traits de son désir de vengeance et de son indignation , et il ramenait à force de bras et de machines toutes sortes de matières à l’état misérable où sa nation était réduite. Il espérait de ranimer par ce moyen la synagogue mourante (^); et je crois aussi qu’il trouvait là un soulagement à l’oppression de sa bile, qui l’aurait étouffé peut-être, s’il ne s’ea était déchargé sur le papier. Il ne serait pas le seul qui se serait bien trouvé de ce remède. On connaît des gens qui en ont eu grand besoin , quoiqu’ils n’ignorassent pas comme lui les préceptes de l’Évangile. Je ne trouve point son professorat de Padoue (L) , ni son voyage d’Orient (M). Ce sont des faits où M. Moré ri s’est lourdement abusé. Je n’en dis guère moins du voyage d’Allemagne (N).

Abrabanel était un homme infatigable dans le travail de l’étude : il y passait des nùits entières , et il pouvait jeûner fort long-temps. II écrivait avec une grande facilité : la haine implacable qu’il témoignait contre les chrétiens en écrivant (O) ne l'empêchait pas de vivre avec eux d’une manière civile, enjouée, douce et flatteuse (h).

(-■' Ex Acti* Eruditorum f.i païens, mentnovtmb. 1686’ pag. et setjq.

(h) Bartolocci-, Biblioth. Rabb., tom. TTf

pag. %■]*>.

(A) Naquit a Lisbonne, ] Ses ancêtres étaient de Castille. É major ibus Castellam Liispaniæ , ex parentibu * Ûlyssiponem Lusitanice agnovit pa • triam. C'est ainsi que parle le journal de Leipsick (i). Don Nicolas Antonio

(t) Acta Lipiicn*. menj. nor. 1686 ,

S JQ.

TOMF. I.

veut que la famille d’Abrabanel ait eu son établisse ment à' Séville pendant plusieurs si/cles (a^. 11 l'avait appris de Bartolocci, et licite (3) le rabbin Salomon ben Virga , qui a dit à peu près la même chose dans son histoire des Juifs , traduite en latin

par Gentius , et citée ci-dessous.

(ti) Qui se disait descendue du roi David. ] Abrabanel a dit quelque part (5) qu'au temps de la destruction du premier temple, il passa deux familles de la race de David en Espagne , dont l’une s’établit à Lucéne et l’autre à Séville , où elle laissa postérité, il' fait en un autre lieu (6) l'histoire de cette transmigration. Le rabbin Salomon ben Virga introduit un certain Thomas qui fait une longue déduction de la môme histoire à Alphonse , roi d'Espagne, et lui débile que la famille des Abrabanel descendait des rois de Juda ; mais Alphonse n'en veut rien croire, et forme des difficultés insurmontables contre ces généalogies (7).

Les Juifs , pour se tirer d'embarras , supposent qu’Abrabancl perdit ses livres généalogiques dans le tumulte de ses détnénagemens (8). M. Huet rapporte (9; que Manassé ben Israël assure dans son Conciliator que ces deux familles issues de David se retirèrent en Espagne après la ruine du second temple Ce rabbin avait un intérêt tout particulier à ce conte ridicule ; car sa femme était de la famille des Abrabanel (10.) Au reste, il n’est pas aisé de savoir qui est cet Alphonse qui s’entretient si longtemps avec ce Thomas dans le livre de Salomon ben Virga. Quelques-uns l’appellent roi de Portugal (11); et comme ils veulent que l’Abrabanel dont Thomas luiparlesoit notre rabbin , on ne doit pas douter qu'ils ne le

B retirent pour le roi Alphonse V.

on Nicolas Antonio croit qu’il s'agit là d*un tout autre Abrabanel , et que

(s) (3) N. Ant. Bihl. Hup , tom. I , pag. 637, «I t cm. Il , pag. 686.

(4) Ou Scheveth Jrliuda. '

(5) (0) Comment, in Z*rh*r., cap. XI, fol. et tn II Reg., cap. XX V, fol. 3o5; apud Aeu Lips. tiov. iGStG. pag 5a8-

(7) ft. Schwrtli Jtbudi, f il et seq. apud AcU Lipt. Nui-, it>86, pag 5a8.

(8) Acta Lip». A’o*. 168 6, pag. 5ag.,

(9) Huetii I itmon.tr . Evangel. pag. 708. edil. Lips. Jn. 169$, in>4-

(10) Idem , ibidem

(i j j AcU Lip*. 1 086, pag. 5?q

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