A N EL
cet Alphonse est le dernier roi d« Castille qui ait porté ce nom-là (laj.
Il pourrait avoir raison jusqu’ici; mais il a tort quand il met près de deux siècles entre ce roi et notre rabbin ; car ce dernier vint au monde l’an >437 , et ce roi mourut Tau i35o , à rüge de trente-huit ans.
(G) Agé de quarante-cinq ans.] Nicolas Antonio a inséré à la tin de sa Bibliothèque d’Espagne ce que le P Burtolocci loi avait dit touchant lsaac Abrabanel. Il a corrigé par-là quelques fautes qui étaient déjà imprimées dans l’article de ce rabbin ; mais il me semble qu’il n’a point parlé exactement lorsqu'il a dit : Juvenis adhuc , sed benè dnctus , in Castel! œ regnum translit , cùm Joanni //, Pn' tue allia régi , pariim esset grains (i 3) Il s’agit là d'un âge qui , pour l'ordinaire, n’ait pas pu donner le temps d'acquérirde l’érudition. C'est cequ’on ne saurait direde l’âge de quarante-cinq ans. Il est donc certain que l’auteur de la Biblothéque espagnole a cru que le rabbin était fort au-dessous de cet âge quand il s'enfuit en Castille : il s’est donc trompe.
(D) Quelques auteurs chrétiens, etc."} Ils disent qu'Abrahanel méritait bien le traitement qu’il soutint , et qu’il aurait été puni encore plus sévèrement lorsque sa malice eut été connue , si le naturel débonnaire du roi Jean ne l’eût porté à se contenter de le bannir- Ils ajoutent que les remords de la conscience tirent prendre à ce rabbin la résolution de quitter le Portugal , et de se sauver de nuit en Castille , avec une promptitude extraordinaire (i4).
(E) Us font le même jugement de ses autres persécutions. ] Ils disent qu’il se fourra à la cour de Ferdinand et d’Isabelle par le moyen de la banque qu’iL faisait dans le royaume de Castille; qu'il amassa de grands trésors en se servant adroitement de tous les artifices de sa nation ; qu'il tyrannisait les pauvres ; que ses usures rongeaient tout ; qu’il eut la vanité d'aspirer aux titres les plus illus-
(13) Nicol. Anton. Bibl. Hisp., tom. I ,pag. G37
(i3) Idem , 10m. If, pag. CSG.
(«4; h’x Acli» Lipiiem JSov. i(j#6, pag. 5*g; Voyez aussi te P. itartoloccj , Bibl. Rabbin., kw». III , pag. 874.
très , et les plus affectés aux maisons nobles d'Espagne, et qu’étant d’ail leurs ennemi juré de la religion chrétienne , il contribua plus qu aucun autre à la tempête qui l’accabla avec toute sa nation (i5).
(F) Pur te * prière* et ses lamenta tions. ] II raconte lui-même dans l’un de ses livres (16) ce qu'il ût en cette rencontre. Salomon ben Virga le rapporte dans son histoire des Juifs (*7), avec la description tragique des malheurs épouvantables qui accompagnèrent tes trois cent mille Juifs qui furent contraints de sortir dans un même jour des états du roi catholique.
avec lui le trajet de la Sicile. 3 Nicolas Antonio , corrigeant , sur les conversations qu’il avait eues avec le P. Bartolocri , son article d’Abrabanel , dit que ce rabbin suivit en Sicile le roj^ Ferdinand , que les Français avaient renversé du trône , et qu’après la mort de ce prince il se re tira a Corfou (i8; Voilà sans doute une faute j on prend Ferdinand pour Alphonse: c’est avec Alphonse (19) qu’Abrahanel passa en Sicile, comme le P. Bartolocci le remarque (ao), et non pas avec Ferdinand. Il demeura à Messine jusqu’à ce qu’AJpbonse lût mort , au commencement de l’année >495 » et puis il s’en alla à Corfou (a » ). C’est là que fut commencé le Commentaire sur Ésaïe. en 1 jo5.
S il n’était passé en cette île qu'après la mort de Ferdinand , on peut tenir pour très-certain qu il n'aurait pas pu y être en i4q5. Ainsi Y ApprnJix de Nicolas Antonio aurait eu besoin d'un autre Appendix qui le corrigeât.
(H) L'an i5o8. ] Le P. Bartolocci marqua cette année à don Nicolas Antonio , qui avait déjà fait imprimer que notre rabbin était professeur en langue hébraïque à Padoue , environ l’an i5io. Nous avons ici une preuve
(i5) Act. Lip». Nov. 1686, pag. 5io. Bartblocci Biblioth ftablmiica, loin. 1 1 1 , pag. 874 •
(16; Comment, in l.ibros ftcgum, tint, apud Nicol. Anton. Bibl. Hiip., ton». /, pag.61-.
(t«) dpud Nicol. Auton. Bibl. H isp., tom. I, P*S
(«fc; . S «col. Anton. Bibl. Hùp., tom. Il, pag.
^tq) Il riait le II*, de ce nom. Il succéda à Ferdmand le Bâtard , et eut pour successeur Ferdinand II.
(aoj Bartolocci, Bibl. Rabhin. , (9m. III.
' a » ) / dem , ibidem.
ABRABANEL. 83
de ta négligence de M. Moréri. 11 a\ait eu main la Bibliothèque d'Espagne île
cet auteur, et il ne prit point la peine de consulter les Appendix, qui en font une considérable partie, et qui éclaircissent et corrigent plusieurs endroits de l’ouvrage. Ainsi il nous a donné la faute concernant ce professorat de Padoue , sans savoir que • l’auteur l’avait corrigée lui même à la (in du livre , et s’en était excusé sur ce qu’il avait suivi Buxtorfe. f^eneltas tndi pmfectus ntemorulur , ex qud urbr in Germanium aut in profissioncm Patavinam hebraîcat lingtue, quod fiuxtor fùim et alios stqnuli nos lutcris in Bibliothecâ nosira mandavimus , p nuit confine se. Constat autem fieneïtis eum sepluaginta (ai) annos natum tuperioris sœculi anno octavo diern tuum obtisse. Quocum non benè convenu quo i circa annum decimurn projessorem , ut ibidem dix t mus, Palav inum egerit (i3. . C’est ce que dit Nicolas Antonio. Il nç nie nas absolument cette profession de Padoue; il se contente de dire qu’il n’en avait pas bien marqué le temps. 11 ne fallait donc point que M. Moréri nous v tut dire qu'en i5io Abrabanel enseignait la langue hébraïque a Padoue.
(I; Il laissa trois Jils : Juda , Joseph et Samuel ] 11 semble d’abord qu’il en aurait laissé quatre, s'il était vrai, comme le rapporte Nicolas Autonio (?4) , que ce Léon , qui a fait des D’aloguesue l'Amour, était son fils*. Mais il faut «avoir que l’auteur de ces dialogues pourrait bien être ie même
ÎueJuda, (ils aîué d'Abrabânel. Ce uda était n >mmé vulgairement li/rsser Leone (a5). Son livre de l’Amour est fort connu ; Denis Sauvage, et Pontus de Tiard, l'ont mis en français.
On en cite ordinairement l'auteur
(ai) Il fallait d •>f 7 I .
a S) Nicol. Anton. Bibl. Hi»p., tom. Il, pag.
(a4) N. Anton. Bibl. Hispan., tom. I , pag. 6io.
* Dans sa lettre à I.acrvte , du ier mars 1704, Bnrle dit t • Il n'v a plus Leu de douter
• que Leon t Hébreu ne Julie fils d' 4b rabanel;
• rt , puisqu' d a été c hréuen , d faut du e qu'il
• se convenu. Un de se< frères, comme je l'ai
• rapporté dans le texte de i article , fit la même
• chose; mais il est surprenant que su Barto- « locci . ni Nicolas Antonio liaient point parle' m Je la conversion de Léon C Hébreu. •
(a 5) fWljlocci, Bibl. Rabbin. , tom. ///, pag. 88*.
84 ABRABANEL.
sous le nom de Léo Uebrceus. Il est nommé maire Jjton A barbarie! , medic<> hebren , dans la traduction espagnole imprimée à Venise Tan (568,
in-4-
Juda àbrabaSel quitta son père lorsque les Français conquirent le royaume de Naples , et se retira à Gènes pour y exercer la médecine (26). Samuel Abiubakll vivait encore sous le pontiiicat de Jules 111, comme if parait par la requête qu’il présenta au cardinal Sirlct , protecteur des néophy tes (27). 11 se retira de Naples l’an 15^0, et emporia avec soi la valeur de deu* cent mille écus (28/. Son père lui dédia le Commentaire in Pirke Avoth, qu’il composa l’an 14&6 (29).
(K) Abrabanel a fait plusieurs autres livres 3 Voici ceux qu’on marque dans le joâinal de Leipsick (3o) : des Commentaires sur fa Genèse , sur le Levitique , et sur les Nombres ; Uns ch Amarra (3l ) ; Sepher Jeschuoth Mcschichn , qui est un ouvrage sur les traditions qui concernent le Messie j Zcdck Olamim; cela regarde les peines et les récompenses dfe Vautre vie j Seph er Jemnth Otam ; c est une histoire depuis Adam; Maamar Machase S ch ad d ai ; c’est un traité de la prophétie et de la vision d’Ézéchiel contre le rahbin Maimonides ; Sepher Aterelh S'kervm ; Miphnlnih Elnhim (3a); Sr plier Schamami Chadaschim ; Lahakalh Ntbhiim. Le sieur Théohile Spizélius remarque que Jean uxtorfe le fils lui a montré un grand nombre de dissertations tirées des ouvrages d’ Abrabanel, lesquelles il avait traduites en latin ^33;. Elles ne peuvent qu'êtTe semblables à celles du même rabbin , que le même Buxtorfe a traduites et publiées avec lé livre Cosri. 11 montra aussi d’autres tra-
(36) Bartolocci, Bibl. Rabbin., pag. 881.
(a-j Idem, ibidem.
(a8‘ Idem, ibidem, pag. 69B,exFeg. Dsvide Gant.
(ay) Idem, ibidem, pag 881.
(30) Acia Lips. 1 Vov. i68fi, pag. 53i.
(31) Ceil-à-dtrr , Ca^nt Fidei. Il a /</ traduit en laim par GuiUaum'' Vorstiu», it imprim / avec ses notes à tmsterdam , en i6i8. Nicol. Anton. Bibl. Hup., tom. T, pag. Gag.
3>) C’est-à-dire, Ouvrages de Dieu, Il j traiu doctement de la création du monde et examine d oit VoUe a pris tout ce qui est écrit dans le livre de ta Genese. Simon, Hi»t. crif. du V ieu* T« st., pag, 53-.
(23) S, jicIh Sprcimen. Bibl. Universal.
ductions qu’il avait faites de quelque»
livres de ce rabbin. Le Commentaire sur Happée a été traduit en langue latine par Adam Schfrzerus, et inséré dans le Tiifollum orientale , publié à Leipsick , Pan i663. On a publié dans la même viHe, en 1686 , in-folio, le Commentaire sur Josué , sur les Juges , et sur Samuel. Voyez ce que l’an a dit de cette édition dans le journal de Leipsick, d’où j'ai tiré cet article. En la même année 1 686, on imprima à Leide le Commentaire sur Osée , avec la préface sûr les douze petits prophètes ; le tout traduit en latin et accompagné de notes, par François ab Husen. M. de Veil , juif converti , publia à Londres, l’an i683, la préface d’ Abrabanel sur le Lévitique .
Voyez le journal de Leipsick , • au mois de janvier 1684. Nicolas Antonio vous donnera les titres de quelques autres ouvrages de be rabbin , avec le temps, et le lieu de l’impression quelquefois , selon que la Bibliothèque ranbinique de Plantavitapu le lui apprendre. M. Moréri ne devait pas dire qu'Abrabanel a écrit un Commentaire sur le Thalmud , mais seulement une pièce du Thalmùd intitulée Ritke Avoth Nicolas Antonio, son unique source, lui a pu si bien expliquer cela, qu’il ne devait point s’y tromper. Le père Simon , qui apprend beaucoup de choses curieuses touchant les livres d’Abrabanel , observe que le livre composé par ce rabbin , sous le titre de Nahaiat Avoth, pro- . fession des pères , est un Commentaire sur le Traite Pirke Avoth , et que l’un et l'autre ont été imprimés a r enise 9 in-quarto , en i585 ; qu’il y a une savante préface de cet auteur au commencement de son livre Nahaiat Avoth, où. il explique la succession de la tradition parmi les Juifs , ce qui est une chose fort embarrassée (3 4).
(L) Je ne trouve point son prnjesso rat de Padoue .] Voyez ci-dessus la remarque (H). Les savans hommes qui nous ont donné (35) un abrégé historique de la vie d'Abrabanel, et qui l’ont suivi presque d’année en annee , depuis sa sortie d’Espagne jusqu’à s»
mort , n'auraient pas laissé passer une
(34 Histoire critique du Viras Testament , pag- 53*.
(35; Vans les Acta Lipicns. Nvr. x68 G, pag. 5z8 , d stq.
A BRABANEL.
circonstance si remarquable : ainsi , je conclus que. puisqu'ils n’en parlent pas» lauteur n*-n a point parlé. Or , il n’y a guère d’apparence qu’ayant dit beaucoup de choses qui ne lui pouvaient pas faire autant d’honneur qu’une profession à Padoue , il n’eût rien dit de cette charge, s'il en avait été actuellement revêtu. Et si d’autres que lui en avaient parlé avec quelque fondement , je crois que messieurs de Lcipsick ne l'auraient pas ignoré, ni voulu passer sous silence.
C’est donc un fait un peu apocryphe, pour ne rien dire de pis.
Joignez à cela que le père Bartolocci, qui a donné une suite exacte des aventures de ce rabbin , ne parle point de cet emploi.
son voyage d’ Orient.] Je le tiens pour faux , par la raison que je viens de rapporter, tirée du silence de ces messieurs; mais, quand même ce voyage aurait été effectif, M. Moréri ne laisserait pas d’avancer une grande fausseté, il suppose , en premier lieu , qu’Abrabanel enseignait la langue hébraïque à Padoue , en i5io; et , eu second lieu , que l’envie de faire éclater sa haine contre les chrétiens l’obligea à passer en Orient pour y vivre avec ceux de sa secte , et que ce fat alors qu'il composa ce grand nombre d’ouvrages que nous avons de lui . Nous avons vu qu’il mourut l’an i5o8 ; c’est assez pour juger qu’on vient de nous dire des chimères.
(N).,,,.. Ce sont des Juils ou Morêri s’est lourdement abuse. Je. n’en dis
5 acre moins du voyage cT Allemagne,’} e n’osais le traiter de faux pendant que j’étais persuadé que don Nicolas Antouio avait bien cité Buxtorfe; car, en supposant qu'il l'a bien cité , on doit croire qn’Abrabanel a parlé de son voyage d’Allemagne dans son Coca* ment aire sur Pirke Avoth. Profugus ergo is in Germanium venit , qunü tpse ail in Coramcntarm adlibruin Talmu* dicum Pirke Avoth.., Huxtorfio teste in tractatu de Abre via taris H,ebracorum , petg. io o (36). Je me réduisais donc à dire, dans cette supposition, qu’il était du moins certain qu’Abrabanel n’alla pas en Allemagne dé-» qu’il fut exilé des terres «lu roi catholique, puisqu’en les quittant , il s’em bar-
Anton. Bîbt, HUp.
qua pour le royaume de Naples , et qu’il y arriva quelque temps âpre** Ainsi je ne laissais pas de trouver en» core en faute M. Moréri. Abarbinel , dit-il , fut du nombre des exiles . Il se retira en Allemagne , et puis en Italie. Et j’avais lieu d’être d'autant plus surpris de cette faute , que je savais que don Nicolas Antonio l’avait corrigée après avoir été mieux instruit par le père Bartolocci. Mais, ayant consulté le livre qu’on a cité, j’ai vu que l’auteur ne dit nullement qu’Abrabanel dise qu'il a voyagé en Allemagne. Voici ce que dit Buxtorfe : Mie titulus (Morenu, id est, doctor noster) novus est , infra ducentos annos natus in Germantd , indè in Ilaliam traductus , quod valdè miratus fuit don Isaac Abarbinel ex Uispanid in has terras veniens , ut ipsemet scribit in Commentario Pirke Abhoth, cap. 6
(3 7) . Je ne saurais plus douter’ que «Ion Nicolas Antonio n’ait mal entendu Buxtorfe ; et c’est une méprise dont il ne s’est pas rétracté dan» l’endroit où il nous apprend ce que le père Bartolocci lui avait dit concernant Abrabanel. Notez que ce père prouve démonstrativement la fausseté de ce voyage d’Allemagne, duquel, dit il
(38) , quelques-uns parlent en citant Buxtorfe. Je ne doute point que cela n’arrête la course de cette fausse citation.
(0) Qu’il témoignait contre les chrétiens en écrivant.'] Ses Commentaires sur l’Ecriture, et principalement ceux qu’il a faits sur 1rs prophètes, sont si remplis de venin contre Jésus-Christ, contre l’Eglise, contre le pape, contre les cardinaux et tout’ le clergé, et contre tous les- ehrétiens en général , mais plus encore contre les catholiques romains, que. le père Bartolocci aurait voulu que l’on n’en eût point permis la lecture aux Juifs (3g). Aussi remarque-t il que celle des Commentaires sur les. derniers prophètes leur a été interdite, et qu’ils n’osent pas les garder. In his etiani pluribus in „ lacis canino dente cht istianam rehgionem mordet et laccrat , ideoque mer a b
(37) Rnitmrf. de Abbrerut. Hebraor., png .
1 15. edtt. tecund.
(38) Bertoloc. , Bibtiolh. Rabbin., tom III .
pag. 688. ’ ’
(39) Bartolocci, Bibtieib. Rabbin., tom. UK ^.876,879.
ABRAHAM
il tarant tertio et retentir* Judœis intçrüicta est , nec eo$ apud se rettnere audent , publi'è snllcni et pa'àm, propter ntctuin chnstianorum (4<>;.
(4o) Idem , ibidem , pag. 878.
ABRAH AM*, le père et la souche des croyans, était fils de Tharé. 11 descendait de Noé parSem, dont il était éloigné de neuf degrés. L’opinion , qui le fait naître l’an 1 00 de Tharé ( a ) , me parait plus vraisemblable que celle qui le fait naître l’an 70 du même Tliaré. 11 y a beaucoup d’apparence qu’il naquit dans la même ville d’où l’Écriture Sainte nous apprend que son père se retira pour aller au pays de Canaan (£).- C’était une ville de Chaldée qui s’appelait Ur. Abraham en sortit avec son père et s’arrêta avec }ui à Cliaran jusqu’à ce que son père y fût mort. Après cela il reprit son premier dessein, qui avait été le yoyage de la Palestine. On peut voir dans l’Écriture les diverses stations qu’il fit dans la terre de f anaau ; son voyage d’Égvpte , où on lui enleva sa femme , qui était aussi sa sœur de père (c); son autre voyage en Guérar , où elle lui fut pareillement enlevéoet puis rendue tout comme la première fois; la victoire qu’il remporta sur uatre princes qui avaient pillé odome ; sa complaisance pour sa femme , qui .voulut qu’il se servît d’Agar leur servante afin d’avoir des enfans (</); l’alliance que Dieu
■* Chaufepiê a cru devoir donner un supplément à cet article.
(a C'est, selon les Hébreux , le 35a' depuis le déluge , et le 2(X>8r depuis la création du monde.
(b) Genèse . XI , 3l .
(c) Voyez r article de Sa K A.
(</) Voyez l’article d’ Ao A* .
traita avec lui, scellée du signe de la circoncision; son obéissance à l’ordre qu’il avait reçu de Dieu d’immoler son fils unique; la manière dont cet acte fut empêché ; son mariage avec Kétura ; sa mort à l’àgedecent soixante-quinze ans, et sa sépulture auprès de Sara, sa première femme , dans la caverne de Macpela. 11 serait inutile de s’étendre sur ces choses; ceux de sa religion les savent sur le bout du doigt ; ils vont les prendre à la source dès leurs plus tendres années ; et pour ce qui est des catholiques romains , ils n’ont pas besoin qu’un nouveau dictionnaire les en instruise; celui de M. Simon et celui de Moréri le font assez. 11 serait plus du caractère de cette compilation de s’arrêter aux faussetés ët aux traditions incertaines qui regardent Abraham ; njpis le nombre serait capable de rebuter les plus infatigables écrivains ; car que n’a— t-on point supposé touchant, les motifs de sa conversion (A) î Quels exploits ne lui a-t-on pas fait faire contre l’idolâtrie (fi) , soit dans la Chaldée , soit dans la ville de Charan (C) î Combien de sciences (D) , et combien de livres (E) ne lui attribue-t-on pas ! Les Juifs lui attribuent le privilège d’être né circoncis (e) et la même âme qu’à Adam (f). Ils croient que cette âme a été celle de David , et qu’elle sera celle du Messie , comme l’a remarqué Barto— loccidans sa Bibliothèque Rabbinique. Les mahométans se sont aussi mêlés de conter des rêveries concernant ce patriarche , com—
[e Apud Hottingerii Historiam OrûnUl. , lib. I , cap. VI.
(f) Entendez ceci de ceux qui , parmi les juifs , ont cru la métempsycose.
ABRAHAM*. 87
me on le peut voir dans l’Alcoran pierre au soleil après la mort et dans un des principaux au- d’ Abraham (/) ; 2°. que ce pateurs nommé Kessœus. Ils lui triarche enseigna la magie aux font faire le voyage de la Mec- enfans qu’il avait eus de ses conque, et ils prétendent qu’il y cubines (m)* commença à bâtir le temple (F). (() B„,oloccii Blbl Bibbm. ,om
Voyez la Bibliothèque Orientale pag 5Ca. ‘
de M. d’Herbelot, depuis la page ("» > Idem> ibidem , pag. 5$$, et tom. r, 12 jusqu’à la page i6 : on y trou- pa*'
ye mille Curiosités. Si nous avions (A) Touchant le» motifs de sa conle livre qu’Hécatée avait corn— version.] C’est une opinion assez composé sur Abraham (g) , nous y m“ne «T»’ ^r*hla/n avec ** !e
Terrions peut-etre bien des cho- ^on pire fai,ait des , e, ensci:
ses dont on n a pas ouï parler, gnait qu’il les fallait adorer comme Les chrétiens iront pas voulu des dieux (i). Quelques Juifs ont déêtre les seuls qui ne débitassent bit® qu’Abraham exrrça > assez lon?-
Comt de sornettes touchant Abra- â{rf ,fl fit <w idolM;e't quq, en am : ils lui ont fait planter des vendit. D’autres disent que l'impiété arbres d’une vertu bien singu— <?«» régnait en ce pays là étant radolière (G). ration du soleil et des étoiles, Abra-
4 ham croupit long-temps dans ce mal-
VoiCl encore quelques reveries heureux nourbier. lp*um longo tem - .
des rabbins. Ils disent que la ser- pore ChaUœorum Je.'irio de astrorum vitude d’Égypte fut la punition divinitate innuti itum fuisse f3j. Mai-
de quelques fautes qu’Abraham donne P?ur. ïn fa,it T' ?in
.* * 1. qu Abraham fut elevé dans la religion
avait commises ; car il avait con- Zabiens, qui ne reconnaissaient traint les disciples de la sagesse à d’autre dieu que les étoiles f|). Il s’en prendre les armes , et permis que tira Par 1** réflexions qu’il ht sur la
des personnes instruites en la loi "a,ure de* » f" >da.irait les
.JL. . , . mouvemena, la beaute. I ordre: mais
de Dieu se replongeassent dans {| y remarquait aussi des iraperftc-
l’idolâtrie. C’est ainsi qu’ils en— lions : et il conclut de tout cela qu’il tendent les paroles de l’Écriture y aTait ,ln supérieur à toute la
où il est dit qu’il arma 3.8 de ™ch'nc J.u™onJo>
* , . ni recteur de 1 univers. Suidascite bien
scs serviteurs nés dans sa maison philon pour prouver qu’ Abraham s’é- (A) , et qu’il rendit (f) les person- leva jusqu’à la connaissance de Dieu nés que le roi de Sodome lui re— Par ces *°rtcs de réflexions^ mais,
demandait (A). Le père Barto- «,»”»« « rapporte ...r la foi du niéi . f , » . nie auteur, qu Abraham , des 1 Age de
IOCC1 S echauiie beaucoup SUT cet- quatorze ans, avait atteint ce haut
te matière , et n’emploie pas une degré de lu nière, et avait eu le cou-
bonne réfutation (H). Ils disent raSc de «K» a > «mmr, « i, ce
aussi, i«. que la vue d’une pierre P*™'** "f*
precieuse qui pendait du cou d A- pas 'IC\ un délateur uniforme de la braham guérissait toutes les ma- longue idolâfric d* Abraham. 11 est ladies , et que Dieu peudit cttte cerîain que Josephe, sans avouer que
S) Joseph. Antùpnt.. libr. /, cap. Vit.
> Genoac, chap. XIV , v i^.
(0 La même . v. ai .
(k Bartolocci, iitbl. RabLm. , tom. III , pag. 52g.
(t) Suidas, in Xctp6V%.
(3) Apud Genehrard. in Cbroa.
(3) Philo, apud. Saliano, ivm. I, pag. 38*.
(4) Maimonide» , Moreb.N’evoeh.,<a//. XXlXf
ABRAHAM
ce patriarche ait été pendant quelque car quel fond y a-t-il à faire , eu temps infecté d'idolâtrie, soutient égard aux nombres et aux citations, que , par son esprit et par la considé- sur un auteur aussi estropié et aussi ration de l’univers, il connut l'unité falsifié que le Suidas d'aujourd’hui? de Dieu et la providence, et qu’il fut Peut-être avait il écrit , non pas quale premier qui osa combattre ln-des- torxe an* , mais cinquante ans. Il y a sus l’erreur populaire (5y*. 11 trouva une vieille tradition qui donne ce derune opposition assez redoutable pour nier âge à Abraham sortant du giron se résoudre à abandonner sa patrie, de l’idolâtrie. On conte (g) que son Yoilà peut-être la première fois qu’on père, ayant entrepris un voyage, lui s'est exposé au bannissement par zèle commit la vente de se» statues, et de religion. Abraham, sur ce pied-là, <ju'un homme qui faisait semblant serait, par rapport à ce genre de pci- d’en acheter lui demanda : Quel âge ne , sous la loi oe nature , ce que saint us-tu ? Cinquante ans, , lui répondit Etienoe a été, par rapport au dernier Abraham. Malheureux que tu e» , resupplice , sous la loi de grâce. 11 se- prit l'autre, tu adores, à l âge de datait le patriarche des réfugiés non quante ans , un être qui n'a qu'un jour! moins que le père des croyans. Je ne Cela confondit Abraham. Quelque vois pas qu'on puisse nier que son pè- temps après , une femme lui vint âpre n’ait été un idolâtre , puisque FÉ- porter de la farine, afin qu’il l’oflrlt criture sainte l'assure en le nommant aux statues $ mais il prit une hache et par son nom (6;: mais tout ce qu’on les brisa, puis mit cette hache entre pourrait inférer de là serait qu’Abra- les mains de la plus grande. Tharé, liam, avant l’âge de discernement, de retour, demande d’ou est venu ce aurait été de la religion de son père, fracas. Abraham lui répond qu’il s’é- C’est le sort inévitable des enfans d’ê- tait élevé une dispute entre ces idoles * tre en cela les fidèles sectateurs des à qm commencerait de manger Fof personnes qui les élèvent. A quatorze frande qu’une femme avait apportée j ans, comme le rapporte Suidas, il fit et là-dessus, ce dieu que vous voyez plus usage de sa raison : il connut l'abîme grand que tes autres, s’est /eue et les où son père était plongé, et il l’en reti- a brisés tous à coups de hache. Tharé ra $ de sorte que, quand Dieu lui com- hii répond tiue c'est se moquer de lui , manda de sortir de son pays, Tharé et que ces idoles n’avaient pas l'esprit voulut être du voyage- SaintÉpiphane défaire cela. Abraham tourna tout rapporte que l’idolâtrie ayant com- aussitôt contre le culte de ces faux mencé au temps de Sarug, bisaïeul dieux ces paroles de son père; mais du patriarche Abraham , les idoles ne Tharé n’entendit point raillerie : il liconsistèrent qu’en plate peinture, et vra son fils à l’inquisition. Kimrod, le
Îpie ce fut Tharé qui commença d’en grand inquisiteur, aussi-bien que le aire d'argile (7). ' conquérant du pays, exhorta d'abord
(B) Quels exploits ne lui a-t-on pas Abraham à l'adoration du feu ç ensuite , après quelques réponses et quelques répliques de part et d’autre, il
fait faire contre Lidoldlçic !] Je nevou* drais pas accuser Philon de s'étre contredit : encore qu’on vienne de voir 1* fit jeter au milieu des flammes : is l’un de ses ouvrages Que ton dieu vienne t’en tirer , lui dit-
qu’il débite dans
et de la religion d'Abraham , si le feu , ltb', r'rLCaI>' ne le brûlait pas. Abraham sortit sain
(G, y aspires, cotams Tha,r\ père dr Abraham ®t.safuf du milieu des flammes j et alors * ’t </• Nachur, ont habite jàdù au-delà du fleuve, Nimrod ayant demandé IVrc qui crois - ", UHi rrVtï d'auUet ,u,ux • tu à Haran, et reçu cette réponse,
(:) tpiph. «clver,. H rnrt*., Ub. i , pag. 7, 8. >e cto,s au dieu d abraham, le fit je-
(8) Xet>.<f*,r*ç pttLxpi Tiva ^ô»o?. Per (9)R.Mo.e* fl.dd.rtcb.n in Bere.chitR.bb.,
loneum lemput chaldano uttbulus dehrio. Pbi- aptld Heidegger, flwlor. P.lriarcb., lom. II . lo, «le Abi.batuo, pag. ibi. ’ 36.
ABRAHAM. 89
ter dans une fournaise. Haran y fut si ponillé de tou3 ses biens, et condamma! traite, qu'il en mourut peu de né au bannissement. Le roi craignit temps après , en présence de son père que l'autorité et l'éloquence d’un tel (loj. La raison pourquoi le feu eut tant nomme ne détournassent le peuple de prise sur lui, est que sa foi n'était d'adorer le feu. Cédrénus fait mourir pas aussi vive que celle d'Ahraliam , Haran pour une très-mauvaise cause, et qu’il n'était pas prédestiné à de puisque c’est pour avoir tâché de tirer grandes choses comme Abraham (n). du feu les idoles de Tharé qu’Abra- Cette tradition n’est pas nouvelle, ham y avait jetées. Ce fut en vain qu’il puisque saint Jérome la rapporte ; et y tâcha : il fut consumé lui-même il semble ménte l’adopter en ce qui par les flammes, concerne la conservation miraculeuse (C) Soit dans la ville de Chaifm."] d Abraham au milieu des flammes On prétend qu’il y devint convertis- (la ; car , pour la cruauté supersti- seur,etque, tandis qu’il travaillait à tieuse de T ha ré revêtant le person- faire des prosélytes parmi les hommes, nage de délateur au saint office contre Sara faisait la même chose parmi les son propre fils, il n’en parle pas Saint femmes (j8); et c’esf ainsi qu’il faut Epiphane, qui n’en parle point non entendre les paroles delà Grnèse, où plus .soutient au contraire que 1 ha ré il est dit qu’Abraham sortit de Chasurvecut à Haran son fils » en punition ran avec Sara sa femme, avec Lot , fils dç I audace qu’il avait eue de taire des de son frère , avec tout le bien qu’ils dieux d argile, et qu’avant lui aucun avaient acquis, et avec toutes les dates pere u avait vu mourir de mort natu- qu’ils avaient faites (19). On ne veut relie scs enfans (i3). L’énuivoque du point entendre par- là une génération mot Ur ( i4) a pu donner lieu à ces fa- d’enfans , mais tine propagation de blés. Ceux qui pressent les parojes où foi ; et on confirme (ao) cette explica- Dieu dit à Abraham : Je suis l’ Eternel tion par la métaphore dont l’apôtre qui t’ai retiré (tC/ rJes ChaUiéens(i5) t saint Paul s’est servi au verset 10 du s imaginent qu’il le sauva d'une gran- chapitre IV de son épttre aux Galates : de persécution , puisqu’il se servit de Mes petits enfans , pour lesquels enfanter je travaille derechef y jusauà ce que Christ soit formé en vous. Il est plus vraisemblable que ces âmes, qu’ils avaient faites , étaient les esdaves
3u’il$ avaient achetés et les enfans qui taient nés de ces esclaves, sans que peut mettre, à proportion, au même pour cela il faille douter qu’Abraham rang des pensées imaginaires le feu n’ait tâché d’instruire les infidèles au* qui ne fit aucun mal a Abraham, et ce tant que son zèle et sa sagesse le lui que Mairaonides emprunte (17) d’un suggéraient, et que, s’il en convertit certain livre qui traitait de l’agricul- quel< * * ...
la même phrase à la tête du Décalogue , pour signifier la délivrance d'Egypte (16) ; mais c'fest chercher des mystères sans nécessité. Nous ne ▼oyons aucune trace de cette persécution dans l’Écriture ; ainsi l’on
ture des
qui
Égyptiens.
On
igricul-
trouvait
aiielques-uns pendant son séjour a Charan , ils n'aient i>u le suivre au
- (v I — j — - viioi uu t no u aiçiu |)U au «uaviu «ta
3 u Abraham , ayant soutenu dans une pays de Canaan. Il y a des gens nui ispute publique contre les idolâtres veulent que sou père n'ait servi les que le feu n’était point digne des hon- faux dieux que depuis son arrivée à neurs divins, fut mis en prison, dé- Charan fa 1). Cela paraît absurde; car,
(10) Ils appuient celle circonstance sur la Gealsc. Xi , 38.
comme il est fort probable (aaj que cette famille abanaonua la Chaldée
O » apud Ljraoum «t To«utnm , ci- pour éviter la persécution qu’elle avait <" 1 Hiî'ôo. »"j«‘ dc "«"d™ ? “use de son dpi-
11 3) Ejjiph. de il *re»., lit. I, pag. 8. guement de I idolâtrie , il serait bien
*3) Fj>iph. de II*re»., lib. /, pag. 8.
*4/ C* e,t ^ nom propre d'une ville , et il signifiait aussi le feu. du II*, livre d’ £sdr««, t fui p IX, la version latine poile : Qui elefiali Abraham, (I eduxi«ti ruin de igné Cbaldaorum.
(15) Geni.e, XV, 7.
(16) Paulut Bargentû. in addit. ad Po»tillam Lyrani in Genct., cap. XI.
f*7) dpud Paulum Burgent. in Addit. ad Lyrani Po*tili. in Genêt- , cap. XI. P urn son 31orcb K crochus , part, lit , cap. XJLÎX
(18) y ores OnLeloe , paraphrasle chald/en , et Fagiut qui Va tradtut.
Îiçj) Chap. XII , v. S.
■sot Voje a Salian. Ann., lom. /, pag. l\ofi.
3i )T«»iat. apud Prrerium in Gene*., cap. XI. (33) Cela est fonde ' sur le témoignage de Jotephe et sur le livre de Judith , chap. V. Saint Augustin l'affirme, do tarit. Dei , Itv. XVI , chap. XIII 7
ABRAHAM
étrange que le chef ne sc fût corrompu que dans le pays où il se réfugia.
Mais il pourrait bien être que le culte des idoles, dont Abraham avait guéri Thaïe avant qu’ils sortissent de leur payÿ, ressuscita dans Pâme du bon vieillard^ car, en ces temps d'ignorance, il n'était pas donné à beaucoup de gens de maîtriser pour toujours le penchant naturel à l'idolâtrie. On croit même que Nachor, le troisième fils de Tharé , ue fut jamais bien converti , et qu’il se retira néanmoins de sa patrie, afin d'aller joindre son père a Cbaran (a3). Ce pourrait bien être lui qui retraça dans l'âme de ce vieillanl le culte idolâtre qu’ Abraham en avait ôte'- Il est certain que Laban , petit-fils de ce Nachor, servait les idoles. Quelques pères de l’Église ont cru que Tharé n’a été fidèle ni pendant sa vie, ni à l’article de la mort. Voyez les homélies XXXI et XXX VII de saint Chrysosfomc. Comment le prouveraient-ils? et comment leur prouverait-on le contraire? Il y a sur l’histoire d’Ahraham cent embarras où , ni ceux qui soutiennent le pour, ni ceux qui soutiennent le contre , ne manquent point de raisons. Mais le pauvre père Bolduc , qui a cru que ce patriarche érigea des monastères à Charan , et qu’il n’amena avec lui dans la Palestine que les moines les plus novices (aj), n’est poiut de ceux qui peuvent alléguer quelque raison.
(D) Combien de sciences."] Il savait, dit-on, l’astronomie. C’est ce que Bérose en disait , sans le nommer, si nous en croyons Josephe (a5). On veut qussi qu’il ait enseigné l’arithmétique et 1 astronomie aux Égyptiens. Josephe l’assure (a6), et Nicolas de Damas le confirmerait s’il disait qu’Abraham enseigna la géométrie et l’arithmétique aux Égyptiens; mais il ne le dit pas. M. Heidegger, à la page 1 44 son tome II, cite le livre IV des Histoires de Nicolas de Damas, comme si l’on y trouvait cela ; mais c’est avoir pris les paroles de Josephe pour celles de ce Nicolas, dans le chapitre XVI du livre IX de la Préparation evangé-
(>3) V oret *aint Augustin , là mfme.
04) Voret HeiJ., Hist, Patriarcli., tom. II, pag. 88.
a,**) Jo<epb. Antiq., libr. I . cap. Vit. afij Idem , ibidem , cap. VIH.
lique d’Eusèbe. Ce patriarche communiqua aux Phéniciens et aux Égyptiens l’astronomie, à ce que disent Eupolèraeet Art a pan (armais, après tout , ce ne sont point articles de foi. Les auteurs qui lui attribuent ces choses affaiblissent lé poids de leur témoignage par les faussetés qu’ils j mêlent. L’un dit qu'Abraham a régné à Damas (a8) ; un autre dit qu’il séjourna vingt ans en Égypte avec toute sa famille auprès du roi Pharéthon (39)} un autre lui fait l’injustice de penser qu’un des motifs de son voya-
f;e cT Égypte fut le désir de connaître es dogmes des Égyptiens touchant la Divinité, afin de les suivre, s'ils étaient meilleurs que les siens , ou de désabuser ces gens-là , s'ils avaient une croyance erronée (3o). Quelques modernes ne croient pas quil ait enseigné les mathématiques aux Égyptiens (3i). La raison qu’ils en donnent me
Saraît fausse : c’est , disent-ils , que la étention de Sara auprès du roi d'Égypte donnait tant de martel en tète à Abraham , qu’il n’était guère en état de donner leçon sur des sciences aussi abstraites que celles là , qui, tout comme la poésie, demandent le repos et la liberté d’esprit :
Carmin a seerssum scribentis et otia qvmrunt.
Mais il fallait prendre garde que Josephe a fort bien distingué les temps :
il dit que ce fut après la liberté de Sara qu Abraham eut des conférences avec les savans d’Égypte, et lorsqu’il gvait le cœur content, tant à cause
J|ue Pharao l’avait comblé de bienàits, qu’à cause' qu’il était persuadé que sa femme lui était revenue sans avoir souflert aucune atteinte à son honneur.
(E) El combien Je livres.'] Il y a un livre de la création qui lui est attri bué depuis long-temns (3a). Il en est fait mention dans Ici balmud (33) : le rabbin Chanina, et le rabbin Hoschaia
(i-)Mpud Alex. Polybi*!. citatum ah F.ombio , Pr»p., Ub. I. X, cap. XVII et XVIII.
(38) Nicol Oamasc. apud Jexcph. Antiq., lib. Ÿ. cap. VIT. Justin le dit aussi, lie. XXXVI . chap II.
(39’ •' rlapan , apud Euseb. Prwp. , libr. IX, cap XVII I.
(3n^ Jn»epb. Antiq , libr. J, cap. XIII.
(3i) Vos rt Stlian , tom. I , pae. 4*4- (33) Vo rrt la remarque (K) de i article Am»*. 03" l’îife* Heidegger, Hi»t. Patriarcb., ton». II , pag. «43.
ABRAHAM
avaient accoatume' d'y lire la veille du jour du h bat. L’auteur du livre
intitulé Cozrï dit que cet ouvrage d’Abrabam est profond . et qu’il a besoin d’une explication prolixe; qu’il ensei-
fne r unité de' Dieu ; qu'à certains gards , il semble dire des choses bien diitféi entes; mais qu'à d'autres égards il ne tend qu'a un même but. Tops les Juifs n'ont pas attribué ce livre à Ce grand patriarche. Il y en a qui ont déclaré hautement que c'est un ouvrage supposé , et qui condamnent la hardiesse du rabbin Akiba , qu’ils croient le véritable auteur de la pièce (34;.
Q‘il\ dédit potcrtatcni ft. A quibee sertbendi librum Jezsm , /tontine Abrahanti iMtm no»{ri 35 s ? Le supplément de Iforéri a sur ce sujet umarticle bien curieux, tiré de l’Histoire Critique du père Simon. Consultez -la , aux pages et 55ù de l’édition de Rotterdam* Aux premiers siècles du christianisme, les hérétiques Séthiens débitèrent une Apocalypse cl Abraham, comme saint Épiphane le remarque (36; . Origène a ci‘é un prétendu ouvrage de ce patriarche où un bon et un mauvais ange sont introduits disputant de son salut ou de sa per*e (S1}), L'Assomption d Abraham était aussi un ouvrage supposai (38' La bibliothèque du monastère de Sainte-Crofx , sur le mont d’Amara en Éthiopie, contient, dit-on U 1res qui furent composés par Abraham dans la vallée de Mambré , où il enseigna la philosophie à ceux par le moyen desquels U délit tes eùuj (4°) fois qui avaient pris Loth son neveu. Au reste, l’ouvrage de la création, supposé à Abraham, fut imprime à Paris l’an »55a, traduit en latin par Postel , et accompagné de notes.
Kittangcl , juif converti , et professeur àKonigsberg, en donna une traduction latine avec des notes* l'an iGia
(34) Abulum Zacbot, in hbro Jucliiiin , pag. S» » apuil Heidegger, ibid.
(35) Pt» fat. 11 Zobar Mantuani ,apud rumd. IleidegÇer, ibid.
(36) Ipiplmn, advers tf»re« , pag. 286.
(37) Origcn. liotail. XXXV; in I.ucam, apud Bridegger, i but.
(38) ln Svnopti Atfianasii , liber , qui As.ittjnptio Abraham 1 dicitur , mler rrjectas mimrraiur. M«i*lgjgg»r, ibid.
(3q) Kir.berui, dont le Galloi*, Traité des B,l.|.i»ibéij.te* , pa*. «4a, rdit.de Pari s.
(4°) Il fallait dire quatre.
,4») Spiseli» Speaim. B<bl.
< F) Qu U y commença à bâtir le temple*J Iis cootent qu' Adam , chassé du paradis , pria le bon Dieu de lui permettre de bâtir une maison, sur le plan de celle qu’il avait vue dans le ciel ; une maison , dis- je , qui fût le lieu où il dirigeât ses prières, et autour duquel il marchât par dévotion.
Dieu ût tomber une tente qui ressemblait à la maison qu’Adam avait vue.
Adam se servit de cette tente pour les usages qu'il souhaitait. Apres sa mort , Seth bâtit une maison de pierre et de boue sur ce modèle ; le déluge la ruina; mais Abraham et Ismaél la réparèrent par l'ordre de Dieu. D’autres l’ont successivement réparée à mesure qu'elle se ruinait; et enfin, Héjazns, l'an ?4 dé l'hégire, la mil en l’état qu’elle est aujourd'hui : et c'est l’oratoire du temple de la Mecque 'AaL Voyez la remarque (I) de Varlicle Agar.
(G) D'une vertu bien singulière.'] Gretser témoigne avoir lu, dans un manuscrit grec de la bibliothèque d’Augsbourg, qu'Abraham planta un cyprès, un pin et un cèdre , qui se réunirent en un seul arbre; chacun neanmoins retenant eu propriété ses racines et ses branches : que cet arbre fut coupé , Lorsqu’on prépara les matériaux du temple de Salomon: mais qu’il ne fut point possible de l’ajuster en aucun endroit : que Salomon, voyant cela, résolut de le faire servir de banc :
que la sibylle, y étant menée, ne voulut jamais s’y asseoir, et qu’elle prédit que le rédprapteur des hommes mourrait triompha mrnent sur ce bois :
3ue Salomon l’entoura de trente croix 'argent, et que cette situation dura jusqu'à la mort de Jésus-Christ (43).
C»-la me remet en mémoire le chêne de Mambré r sous lequel on prétend qu’Abraham ait quelquefois cherché la fraîcheur (44)- On a dit que ce chêne vivait encore sous l’empire de Constans (45). Drysy id est$ quercus M ambre jurta Hébron , in qud , usqtte ad œiaicm injantiœ meœ et Canstantii \
(4i) Ex Pocockü îYoti* in Spécial. Hi»t Arsfc, pag. »*5.
(43) Orcloer. de Crnce , Ub. I.
(44) I-a vrr-tondet S r plante t Gcnlse, XYtlI, v. t . f«*or»e cria.
(45) Uidor. , ub. xrn, cap. ni, «pA Bomfacium , ïfiitor l.tujirr., pag. 385. il eut mieux fait Pif eut eit/ ce que je cite de saint
ABRAM
regis imperium , terebynthus monstrabatur pcrvctus , et annns magnitudine in ü ica us , suù qud habitait Abraham. Mu o aulem cultu ab ethnicis habita estt et vclut quodam ingigni nomme consecrata (46).^ Et quelques-uns même ont pousse l'extravagance jusqu'à dire qu on l’a vu il ny a que trois cents ans. Il ne faut pas, disent ils , le distinguer de cette canne de Seth que le voyageur Mandeville ( ô quel témoin î) vit prochede la ville d’Hébron (47)-,
(H) F.t n’emploie pas une bonne ré futation.l II prétend que ces paroles du roi de ‘Sodome , donnez-moi les personnes , et prenès les biens pour vous (48), signifient, selon le sens littéral et véritable, laissez rentrer dans le culte des idoles ceux que vous avez instruits en votre foi ; mais qu’Abraham protesta devant tout le peuple qu il n’en ferait rien. L’auteur cite les versets a a et a3 du chapitre XIV de la Genèse , et puis il accuse d’impudence et de blasphème les Thalraudistes qui ont dit que le patriarche acquiesça aux demandes du roi de Sodome. Il a raison de les condamner, en ce qu’ils supposent que ce prince redemandait des personnes converties à la vraie religion ; car on ne redemandait point les domestiques du patriarche , on redemandait seulement les sujets que les quatre rois avaient pris en pillant Sodome (49). Mais le père fiartolocci a grand tort de supposer qu’Abraham ne les rendit pas. Ce qu’il cite de l’Écriture est visiblement sa condamnation. >
(46) Hleron. in Loti» Hebr. LiU. D. Vote* la remarque (G) de Carticle Baicocixbai.
(4:) Vorex Ronifacii Hi»t. Ludicr., pag. a8q. S on livre fui imprimé à Venise , chet Baleoniux, en 10.42, 1/1-4, el réimpi ira- à Bruxelles , ch es J. Mommartiu t, en i656 , aussi in-\.
(48) Ccnèsr, chap. XIV , ». ai.
4,1 d’* ou verset 16 qu Abraham ramena Lot , son frère , el ses biens , et aussi les femmes et le peuple.
ABRAM (Nicolas) , jésuite lorrain, né au diocèse de Toul * , Tan i58g, entra dans la société en 1606 , et fit profession du quatrième vœu en 1623. Il était bon
• Joly le fait naüre à Cherval. D . Calmet, dans sa Biblicrltàme de Lorraine, dit à Xaronval,pris de Charmes.
humaniste , et il parut à ses supérieurs assez grand théologien pour être élevé à la profession en théologie dans l’université de Pont-â-Mousson. Il exerça celte charge pendant dix-sept ans, et mourut le 7e. jour de septembre i655. 11 avait enseigné les humanités avant que de commencer la rofessionen théologie (a). Il pulia plusieurs livres (A). C’est une chose assez étrange qu’ayant été un auteur de distinction il ait été si peu connu dans les pays étrangers(B). ,
(a) Tiré de Nalban. Sotuel , Bibl. Societ. Je»u, pag. 622.
(A) Il publia plusieurs livres *'.] De* notes sur la paraphrase de l’évangile de saint Jean, composée en vers grecs par IVonnus : un Commentaire sur Virgile : un recueil de trailés théologiques, intitulé Pharus Veteris Tes tamenti , sive sacrarum Qucestionum Libri Xf/’ : les Axiomes de la vie chrétienne ** : et nne Grammaire Hébraïque, en vers latins. Il a traduit en français de l’italien de Bartoli la y te de Pincent Carajfa t l’homme de Lettres t et la Pauvreté contente (i ). Son Commentaire sur Cicéron est u« ouvrage d’un grand travail ; les analyses de logique y sont bonnes et exactes J les notes y sont remplies de beaucoup de littérature : mais comme il a versé là-dedans avec trop de profusion les fruits de ses veilles, il est tombé dans une longueur qui rebute les moins paresseux. Ce (Commentaire ne comprend que les oraisons du dernier volume, jusqu’à la ae. philippique
*1 De cinq ouvrages <T dbram dont Juif donne les litres et qu’il reproche k Bâtie d'avoir oublies, deux sont des manuscrits, et un autre (Dispoaitio «ualytica aliquot oralioaum Ciceronia brevibut Ubuli- comprelirn.ia } , de l'aveu de Joly , fait partie du LoamentiiM nurles oraisons de Cicéron , mention» / par Bayle.
*1 Joly remarque que ce livre est en latin t Axinmatâ vite Chri. liane, i654 , in-8*.
* S Bayle , dit Jolr , est excusable d'avoir attribue' ces trois traductions au P. Abram , puisqu'il n'a fait en cela que iwirr le P. Sotuel qui les donne ailleurs el avec raison au P. Thomas Leblanc.
(») Ex Nathan. Sotuel, Bibl. Scriptor. Secicl. Jeiu , pag. 620.
ABSTÉMIÜS.
son
inclusivement; et neanmoins , il est en le Mire et le père Oudin n’en disent deux tomes in-folio. Ils furent impri- pas davantage : celui-là t dans mes à Paris, J’an i63i. Le Commentaire sur Virgile est beaucoup plus court; ce qui est cause qu’il a rendu plus de service dan3 les écoles. On ▼oit à la fin de son Pharus Peieris Testamenli (a) , un long traité de
Auctarium de S cripinribus Ecclesiat * tici», imprimé l’an 1639; celui-ci, dans son Supplementum de Scriptnribns EccUsiasticis , imprimé l’an 1686.
De la manière que M. Simon cite plu-
. - . . sieurs fois cet ouvrage du père Abram
rent.de et Mendacio , ou il ne donne (6) , on voit bien qu’il en fait cas , et pas dans les maximes des casuistes mie ce n’est pas un livre qui méritât
nfi j ’ . a’étre inconnu. Mais voici un fait plus
M. de la Monnaie m a averti, i°. que singulier. Martin Schoockius, dont le ce jesuite a suppléé , en soixante et fort était une vaste et prodigieuse leconze vers grecs de sa façon , l’histoire turc , déclara sur ses vieux jours qu’il de femme adultère, qui manquait n’avait jamais ouï parler d’un auteur au VIH ; chapitre de la paraphrase de qui s’appelât Nicolas Abraham. liane Nonnus (3; : a . que Remésius parle si tuitus fuerit ne sein nuis NtcoLius de ce Nicolas Abram dans la page Abrahamus ( jam primitàs eum nosso
1 55 de ses lettres ad Htjfmannum et Rupertum. J’ai consultécet endroitlà , et j’y ai trouvé cet éloge : Si me eum tôt rationibus audire hic noies , vel huj us (Nie. Abrami ) auctoritali cédé. Est enim sani quant doctissimus , et maximè idoneus explicando Tullio.
Joignons à ce témoignage celui d’un autre savant du même pays. Ad in -
incipio ) proïixo examine haud opus fuisset (7).
(6y Hist. Crit. de» Comment, du Novieu Testament, chap. XXIII.
(/) Srhoockiun, de Fceuorc unciario. pae. jo-. Il est imprime l'an ititiâ.
ABSTÉMIÜS * (Laurent), né
- à Macéra la, dans la Marche d’An-
uWg'ndas .aJquc ad usum tranfe- cône, s’attacha à l’étude des
Comme niarius Jo. Thomæ Freigii , "®Jles-Iettres et y 'fit assez.de promût qui s addere malit prolixos Com- gres. Il les enseigna dans Urbin menlarins Nicolai Abrami jesuitæ mul- et y fut bibliothécaire du duc Unrumvarictcl'inumçto.U) Guido uba)do /» }
(b, Si peu connu dans les pays etran- j'j- .. i* ’ . V
gers.] Ses notes sur la paraphrase de un P^tit livre ou il expli—
Nonnus furent imprimées à Paris , quai* quelques passages difficiles chez Sébastien Cramoisi, l’an i6aa, des anciens auteurs {S) Ce fut
et U ne paraît pas qu Heinsius en eût S0Us le pontifiât d’Alexandre VI connaissance lorsqu en 1627 il publia >-1 r»,. 4
cette même paraohrase avec un grand qu " publia cet ouvrage, et un commentaire. C est ce qu’il nomme autre qui a pour titre Hecato - Aristarchus sacer. M. Cave n’avait mjrthium , et qui fut dédié à Oc-
point non plu» ouï parler des note» tavie„ Ubaldini , comte de Merde ce jésuite, puisqii il n en dit rien t • ’ » . J
dans l'endroit où il rapporte les difié- C. f ba raison de ce titre fut rentes éditionsde Nonnus (5). Aubert bree de ce que l’ouvrage était un
recueil de cent fables (c). Il en
» vMSAiv/ix via il laippwi te 11.3 UlilC*
rentes éditionsde Nonnus (5). Aubert
fa) Imprimé à Pari* en 1648, in-folio.
(3 ) C'est une erreur. François Nansiu» , qui donna une /dition de Nonnu«, Ton i58q, ett le véritable auteur de cet endroit suppléé. [H. rie la Croit m'a averti que M. Simon varie de cela a la page 33o de son Hial. critiq. de» Commentât e ur».J
* On voit dans Joljr que Nansius avait, en »6?9 , dans son édition de A ’onnut , suppléé 369 vers ; à son exemple , Abram suppléa par-i vers de sa façon C histoire de la femme adultéré.
(4 Job. Andreaa Bonus rie Prudenliâ et Eloquent)* coraparaodà , pag. 400.
(5> Hftor.a litteraria Scriptornm eccleiia.ticorum . pag. agg de l'édit, de Londres , en 1C88, in-folio.
doubla le nombre dans la suite.
On les a souvent imprimées (A) avec celles des anciens faiseurs d’apologues , Ésope , Phèdre , Ga-
• Son véritable nom , c ht le Mena glana, 1715, III ,4li. était Be'viUcqtia.
(a Voyct Gruteri The*. Crit , tom. I,
(b Opusculum de nonnullis Locis ol»»curi*. faille Epist. dédient, ejtts Hfcatomylb i«- (c) h ojes-en fepitre Uetliçaloire.