‹ Dictionnaire historique et critiqueChapitre 36 sur 134 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

trant qu’Argyropylus n’avait point fourni les matériaux de l’ouvrage , mais en disant qu’Acciaioli avait indiqué sa source (8). Quel aveu peuton demander plus authentique que celui-ci? Joannes Argyropybus Byzantins, ciim Florentiœ inter cœiera philosophiœ opéra Aristotelis libros qui ad Dlicomachum de moribus scribuntur , miri/icè esset compte xu s , eos tuo nomine latinos fccit , publicèque deindè explicuit , non sine magna audientium approbatione : fiaient cnim libri 1 summum dignitatem , admit abilemque doctrinam , ordinem vero propc singularem. 1 laque , si accurata et exquisita quœdam explanatio accédai , magnum audiloribus afférent frucium; quod ego jam indè ab initio mecum considérant una cum plerisque aliis , qui hujus quoque prœceploris disciplinant sequuniur, in iis audiendis prœcipuam curam diligenliamque ailhibuL... Poslea vero cum vidèrent ho s libros a te et ab iis omnibus , qui inge nio vehementer excellunt , libentissi me legi , ul tenus progrediendum ratas exvositionem hujcs DOCTor.is, accommodatam prœcipuè menti philosophe , lilteris mandare conslilui , ut ii , qui adosse non potuerunt,.... hœcquœ nos ex ejüs ore acceeimüs perciperc et ipsi pro arbitrio postent; quare traductionem illius ac ordinem explicandi pluribus verbis secuti sumus , laid inter dùm et dtffusâ orationc utenles , ut ea planatio aperta mugis magisque omnibus esset commuais (9). Si Vossius avait eu connaissance de ce passage , se serait-il contenté d’opposer aux accusateurs d’Acciaioli le silence de Volaterran ? il pouvait lire cela dans un ouvrage de-Gcsner (10). N’cst-il pas bien étrange qu'un pauvre auteur qui avait si solennellement déclaré dans sa préface qu’il ne donnait qu’une traduction paraphrasée des leçons d'Argyropylus ait été pendant long-temps accusé de plagiat r

(0) Outré les louanges .] Cela paraît par le parallèle du texte de Paul Jove avec la paraphrase de M. Varillas.

Erudit d et pereleganti commentatione

(8) Tonring. Introd. in Polit. Arist. pag. 6^9, 659. apuJ Taotnatiftm de Plagio litlerar. pag. iSi.

(y) Donat. Acciaioli Prêt fat. ntt Cosmum Me- Hic‘11 ComtnenUr. in Elhicâ Arist. ad Nicomacb.

(10) Ge*u. Biblioth.yb/. 116, verso,

u4 AGC I A

magnum lumen atlulisse judicatur Morahbus Anslotelis, cxplosis scilicet sophistarum interprctum ineptiis , quùrn Eustralii (h ceci placitn secutus , certiorc ubique v est i gin niteretur (il). Voilà le texte ; et voici la paraphrase.

Il ne laissa pas de traduire les Morales d‘ Aristote beaucoup plus exactement que ceux qui l'avaient précédé dans cette sorte de travail , ni de les purger des interprétations ridicule s, que les anciens et les sophistes nouveaux leur avaient données, par un admirable commentaire où il montra que quiconque s'engage dans ce labyrinthe , sans un autre guide que le fameux Eustachius , ne saurait éviter de s’égarer (ia). Il n’est pas besoin que j’avertisse que l’auteur des anecdotes va

Î>his loin que son latin , tant à l’égard l’Acciaioli qu’à l’egard d’Eustratius (i3); et qu’au lieu de louer ce dernier, comme il en a l’intention , il le ravale au dernier rang des interprètes} il devait dire avec un autre , et non pas sans un autie. Que dirait le père Bouhours de par un admirable commentaire ? Ces paroles sont si mal placées, qu'elles font penser que les sophistes ont donné des interprétations ridicules par un admirable commentaire.

(D) On trouvera ci-dessous un supplément considérable."] J’en puis parler avec cet éloge, puisqu’il s agit d’un mémoire qu’un fort habile homme (i4) m’a communiqué. « Le traité que » Matthieu Palmieri a laissé de l’ori- » gine de la famille des Aeciaioli peut » beaucoup servir à rectifier et à rem- » plir l’article de Donat Aeciaioli. Ce » traité , écrit en latin par Matthieu u Palmieri, a été traduit eu italien » par un Douât Aeciaioli , chevalier » de Rhodes. L’original jusqu’ici n'a » point paru ; la traduction seule a » été imprimée à Florence, in-4°-, 1 an » i588, chez Barthélemi Sermartelli , « à la suite de l’Hi-toire des l'baldini, „ et de la Vie de Nicolas Aeciaioli , » grand sénéchal des royaumes de Si- >j cile et de Jérusalem 11 y est dit que 3> notre Donat naquit en qu’il

(il) Jo*iu* , Flodor. erp. XVT.

(n) \«rill*», Anrolot dr Florence pag. 169. (ij C'est ainsi qu'il faut dire, et non pas,

£«nUcbiu».

( M de la Monnaie.

• Joly reproche h Bayle un mécompte. Hé en *4a8, dccuuoh au, aù eu plus de trente-neuf ans en ilp,*- Voye* le texte.

IOLÏ.

» fut enterré aut dépens du public ÿ « que Christophle Landin fit son orai- » son funèbre (*). Les autres particu- » larités seraient trop longues à rap- » porter.... Sabellic, dans son Dialo- » eue de Réparai ione Lingucc lut inet w (Dialogue, pour le dire en passant,

» qu’on cite ordinairement comme » a’un anonyme), et Vives, libro V » de Tradendis discip finis , ont parlé avec éloge de la Vie de Charlema- » gne par Uonat Aeciaioli. L'Histoire » Florentine de Léonard d’Arezzo , w traduite du latin en italien par ce » Donat , a été imprimée à Venise , «in-folio, en i4^3, au rapport du « père Lahbe, page 34* de son Sup- » plein. JYovœ Biolioth. MS S . «

(*) Porciantiiu , de Script. Florent, pag. 5s , observe cela.

ACCI AÏOLI * (Zénobius) , Florentin et moine de l’ordre de saint Dominique , s’est distingué f par les ouvrages qu’il a donnés au public. Il fallait qu’il eût de l’érudition, puisque, sous le pape Léon X, il fut bibliothécaire du Vatican. Il exerça cette charge depuis l’an 1 5 itt jusqu’à sa mort, qui arriva l’année 1620. Il vécut cinquante-huit ans. Il entendait le grec et l’hébreu, et il a traduit en latin quelques ouvrages des anciens pères : Oljrmpiodore sur rjEcclésiaste , le 'Vrai té d' Eu s'ebe contre H i éroclès , les XJI Livres de Vhéodoret , de Grce— carum affeclionum Curatione ; Justin martyr. Comme il était poète et orateur, il a loué le ciel et la terre, tant en vers qu’en prose. JNous avons de lui des poèmes et des sermons sur l’Epiphanie , et des vers et des harangues en l’honneur de Leon X.

On a publié quelques lettres qu’il avait écrites à Pic de la Miran-

• Joly le dit né en 1 462 . d’après Échard et Quel,/, et le croit fis d'Ange, qui était cousin de Donat.

À CCI US. 1 15

dole * ; un Traité de Laudibus urbis Romœ ; le Panégyrique de la ville de Naples , récité dans le chapitre général de Tordre ; et la Chronique du couvent de Saint- Marc de Florence II rassembla en un volume les Epi • grammes grecques de Politien , et les publia Tan 149$ (a).

Ambroise d’Altamura , que j’ai suivi pas à pas dans cet article, s’est apparemment dispensé des lois de l’exactitude ; car voici ce queJVI. de la Monnaie m’a écrit :

Des ouvrages de Zénobe Acciaioli nous 11 avons que la traduction du livre d’Eusèbe con*»

tre Hiéroclès , celle (T Olympiodore sur TEcclésiaste, et celle de Théodoret , de la Guérison des fausses opinions des Gentils. Les poésies dont parle Gyraldus , soit grecques , soit latines , n’ont jamais été imprimées. Quelquesuns croient qu il ne mourut qu en i537 , parce que Jérôme Aléandre , son successeur dans la charge de bibliothécaire du T'alican , ne commença que la meme année à remplir cette place , ainsi que Zenobe l’avait remplie Van i5i8, apres Philippe Beroalde le jeune , mort la meme année.

* Il n’y en a qu'une , dit Joly , et elle est adressée à Jean-François Pic de la Miran dote.

(a) Tiré {fAnaLroisc, d’Altamura. Bibliot. Ordin. Pnedicat. pag. 2^3.

ACCIUS (Lucius), poète tragique latin , fils d’un affranchi (A), serait né sous le consulat d’Hostilius Mancinus et d’Atilius Serranus, Tan de Rome 583, si nous en croyions la Chronologie de saint Jérôme. Mais nous montrerons ci-dessous qu’il n’y

a pas trop de lieu de s’y fier (B).

Il se fit connaître avant la mort de Pacuvius; car on représenta Tune de ses pièces la meme année que Pacuvius (C) produisit sur le théâtre une pièce de sa façon. Celui-ci avait alors quatrevingts ans ; l’autre n’en avait que trente. On ne sait point le nom de la pièce qu’Accius fournit cette année-là ; mais on sait celui de plusieurs de ses tragédies par le moyen de quelques auteurs qui les ont citées (a). Il prit les plus grands sujets qui eussent paru sur le théâtre des Athéniens : Andromaque , Andromède , Atrée , Cljrtemnestre , Médée (D), Mt léagre. Philoc — tète , la Phébaïde , Perée , les Proades , etc. Il n’emprunta pas toujours des Grecs la matière de ses pièces : il en fit une dont le sujet fut entièrement romain s elle s’appelait Brutus (E) , et traitait de la destitution de Tarquin.

S’il est vrai qu’il ait fait une pièce intitulée les Noces , et une autre intitulée le Marchand {b) , on aurait raison de croire qu’il faisait aussi des comédies (F). U ne se borna pas à faire des pièces de théâtre : il composa quelques au* très livres , et nommément des Annales , que Macrobe,Priscien , Festus et Nonius Marcellus ont citées. Il eut pour ami et pour patron Décimus Brutus, qui fut consul Tan de Rome 6 1 5 , et qui remporta en Espagne plusieurs victoires qui lui valurent l’honneur du triomphe quelque temps

(a) Noniui Marcellus , Varron , Aulu-.

G elle etc.

I b ■ Vo&sius. de Poet. lat. pag. y f cite ces deux pièces ; et la dernière sur l’autorité, de Varron: je n'ai point trouvé cela dans Varron

1 16 ACCIUS

après (c). Ce Brutus prit tant de plaisir aux vers où Accius l’avait loué, qu’il en orna l'entrée des temples et des monumens (G) ~ u’il fit construire de la dépouille es ennemis. On pouvait faire cela beaucoup plus par un principe de vanité que par un principe d’amitié ; et ce pouvait être moins une preuve qu’on aimât le poète qu’une preuve qu’on aimait les louanges : mais, en tout cas, cela faisait voir que Décimus Brutus trouvait beaux les vers d’ Accius. Or c’était un homme qui pouvait juger d’un ouvrage de cette nature (H). Je ne trouve point que Cicéron ait accusé- Accius d'une rudesse de style un peu trop affectée; cela regarde un autre poète (I) , comme M. Moréri l’eût facilement reconnu, s’il ne s’en fût point fié à ses précurseurs. Ce n’est pas que la dureté de style n’ait été jamais reprochée à Accius , qui d’ailleurs a été un poète fort estimé (d). On peut voir dans Aulu-Gelle la réflexion de bon sens

2 u’il opposa à ce reproche (K).

a réponse qu’il fit à ceux qui lui demandaient pourquoi il ne plaidait pas , lui qui réussissait si bien sur le théâtre , n’est pas moins sensée (L). Il était de petite taille ; cependant il se fit dresser une très -grande statue dans le temple des Muses (e). La considération qu’on avait pour lui fut telle, que l’on châtia un

(e) L'an 623. V oyez /«Fastes de Sigonius. (d) y oyez la remarque (N).

(e) Notation ab auctoribus et L. A ce non poetam in Camrrnamm tede tnaximd forma Statuam sibi postasse citm b revis admodUm fuisset. Ptinius , . Uist. Nat, lit. XXXI y , cap. y. Charles Etienne dit faussement nue Dec. Brutus lui dressa celle statue. Lloyd et Ilofman ont adopté cette faute.

comédien (M)qui n’avait fait que le nommer sur le théâtre. flous verrons dans les remarques si on

S iut lui attribuer ce que Valère axime raconte d’un poète Accius qui ne se leva jamais pour faire honneur à Jules César dans les assemblées des poètes. Cicéron a parlé avec beaucoup de méris d’un Accius qui avait fait une istoire ; et comme le poète tragique a composé des Annales, il y en a qui veulent que ce soit lui que Cicéron ait maltraité en cet endroit-là. D’autres ne le croient point (N). II y eut en ce meme temps un assez bon orateur nommé Accius, contre lequel Cicéron défendit Cluentius. Il était de Pisaure, et cela peut le faire passer pour parent de notre poète (O). Il n’est point vrai que Cicéron parle aussi d’un autre célèbre orateur de ce nom , surnommé Navius. M. Moréri a fait là une bévue s il n’a pas considéré aue cet Accius Navius n’est

Sas différent du fameux devin {f) ont il parle quelques pages après, dans l’article Acrius Aævius. Il ne se trompe pas moins lorsqu’il distingue du poète tragique celui qui a fait les Annales citées par Macrobe. Ce qu’il ajoute, qu yAu* lu-Guelle parle aussi d’ Accius V historien , distinct du poète ira g i que y au chapitre 9 du II Ie. livre, est doublement faux. Cet auteur ne parle d’aucun Accius en cet endroit-là; et partout ailleurs , lorsqu’il parle d’ Accius , c’est le poète tragique qu’il faut entendre. Il y a eu des gens qui se sont exposés à la raillerie pour avoir

<f) Cieer., lib. I , de Üivioationc , en conte l’/ustoiie. Moréri nfc 1 i )>. de DtTia. in Vcrr. qui est une fausse citation.

ACC

imité ou admiré le latiu de cet Àccius (P) dans les siècles d’une meilleure latinité.

(A) Fils d’un affranchi.] Plus je considère ces paroles de Moréri , A lardnus et Scrranus , que l’ancienne Rome avait vus élevés a la dignité du consulat, furent set proches parent , plus je trouve difficile de deviner une autre cause de ce mensonge que celle-ci.

11 avait lu dans Charles Étienne , natus parentibus libertinis , Marcino et Serrano consulibus; et , ne faisant pas assez d'attention au mot libertinis , ni à celui de parentibus , il crut devoir dire que le poète était proche parent de ces deux consuls. Au moins devaitil changer Marcinus en Mancinus.

Voici comme parle saint Jérome : Lucius Accius tragœdiarum scriptor cia rus habelur , natus, Mancino et Serrano consulibus , parentibus libertinis (i). Le père Briet attribue à Aulu- Gelle deux ou trois choses touchant Accius, t|u’il ne fallait attribuer qu'à saint Jérome (a).

(B} Qu’il n’y a pas trop de lieu de s’y /lerJ] Je parle ainsi sans avoir des raisons démonstratives contre cette chronologie : je n’ai que des embarras à montrer de part et d’autre. Cicéron avait parlé plusieurs fois avec Accius:

j’en apporte la preuve dans la remarue (H). Or Cicéron était né l’an 647 e Home ; et il n’y a guère d'apparence qu’avant. l\1ge de vingt ans il ait pu avoir de fréquentes conversations avec ce pocte : il faudrait donc qu’ Accius eût été encore en vie l’an 06; de home. Il aurait donc eu alors quatre-vingt -quatre ans, selon la chronique d'Eusèbc. J’avoue qu’il n’y a rien là d'impossible } mais il faut bien que la vraisemblance n’y soit pas, puisque Gyraldus n’a pu croire que le poète avec lequel Cicéron avait tant de fois parlé fût le même Lucius Accius dont on cite tant de tragédies. Il croit qu’il v a eu deux poètes nommés Accius. Joignez à cela que C.orradus , qui n’admet point cette distinction , n’ose laire concourir la vingtième année de Cicéron qu’avec la soixante-dixièraed’ Accius : de sorte qu'à cause du passage de Cicéron il

(»)/*» Chron. Eutebii , ad ann. nolymp. iCo.

l’j j ferictiu» , Je Pool. lut. pag. 5.

IUS. 1 17

place la naissance d'Accius quarante ans plus bas que saint Jérôme ne l'a placée (3). Mais ce n'est pas le tout : Cicéron, dans sa lerc. philippique, nous apprend mie l’on avait représenté une tragédie a Accius pendant la célébration des jeux que Brutus devait donner, et auxquels il n’assista point, à cause qu'il était sorti de home depuis le meurtre de Jules César. Cette pièce fut fort applaudie ; mais les applaudissemens eurent plus de relation à Brutus uu’à Accius. Ils seraieut revenus de loin sur ce poète, et par un saut de soixante ans: JYisifortà Accio tùm plaudi , et sexagesimo post anno palmam dari putabatis , non Brulo.

Si vous comptez ces soixante ans depuis la mort d’Accius (4), il faudra qu’il soit décédé l’an 65o de home , et par conséquent que Cicéron mente uand il raconte qu'il a souvent oui ire certaines choses à Accius. Si vous les comptez depuis le temps que cette pièce commença de paraître sur le théâtre, vous ferez raisonner l’ora-leur assez faiblement j car il supposera qu'on n’applaudit qu’aux premières représentations d’une bonne

Sièce de théâtre, ce qui est très-faux, vaut mieux néanmoins prendre ce arti que de mettre la mort d’Accius la troisième année de Cicéron. Si donc le passage de la Icrr. philippique ne prouve point qu' Accius soit mort avant l’an 667 de nome , prolongeons la vie de ce poète jusque-là : mais, comme nous n’avons pas lieu d’étre assurés de l’exactitude de saint Jérome (5) , ne faisons pas difficulté de dire qu’Accius pouvait être encore un homme de soixante à soixante-dix ans ; et que , s’il a vécu autant que Pacuve , rien n’empèche qu’on n’entende de lui et de César ce que dit Valère Maxime : Is (poéta Accius) Julio Cœsan , amplissimo ei florcnlissimo viro, in cotlegium poëtarum venienti nunquant assurrexit , non majestatis ejus imrncmor , sed quod in comparut ione communiant sludiorum aliquanto superio-

(3) Corrnd. in Brut. Cirer, pag- 198.

(4) P. Manuce, iu Pliilipp. !, sub lin cm, les compte ainsi , ayant oublié ce que Cicéron a dit de ses conversations avec Accius. Remarquez en passant que l'opinion rapportée dans le t Jugcmrn» de» Savan» sur tes Portes , totn. II . pag. i5 , est fausse ; savoir qu Accius mouiui. l'an GiS de Rome , en Vuljmp. x(ii.

(5) V oyez la remarque (O).

ACCIUS

rem se esse cnnfxderet. Quapropter insolentite crimine caruit , quia ibi voluminum , non imaginum certamina erercebantur (6) '. Cette dernière pensée revient à celle dont l’auteur (7) d’une satire contre l’académie française (8) 6e servit. J’avoue que ce n’est pas sans quelque difficulté' que l’on peut étemire la vie du poète Accius jusqu’à la grande prospérité de Jules César; et c’est ce qui a obligé Corradus à supposer quil s'agit ae Sextus Julius César dans ce passade de Valère Maxime. Mais pourquoi n’entendrait-on point ce Caius César, qui fut tué par les satellites de Marius, et qui, n’ayant été qu'édile , ne laissait nas d’avoir un si grand crédit, que ses disputes avec le tribun Sulpitius excitèrent la guerre civile (9)? Il était un des premiers orateurs de son temps , et bon poète tragique. Quoi qu’il en soit , souvenons-nous que César fut poète de fort bonne heure. Feruntur et à puer y et ab adolescentulo quœiiam teripta , ut Laudes Herculis, trageedia OEdipus (io).

(C ) La même année que Pacuvius ] Cicéron le rapporte sur le témoignage même d’Accius. Ut Accius lisdem ædiftbus ait se et Pacuaium docuisse fabulam , cùm ille octoginta , ipse triginta annns natus esset (lï). Il y a dans Cicéron itsdem œdiliùus ; mais quelques - uns ayant mal écrit ou mal lu cela , ont débité que ces deux

Iioétes publièrent leurs ouvrages dans a même maison, in iisdem œdibus , peu d’années l’un après l'autre , paucis qui dem annis interposais (12). Ce qui est visiblement une double falsiücation. Corradus croit qu’Acrius avait écrit cet te circonstance de sa vie

f6; V «ter. Mavim. lib. ITT , cap. VIT.

(”) Saint - F.vremomt , selon qurhjues-unj. Voyez Hliitnirc de l'academie française , pag.

mat » dans le C.hevrttana , pag. 3o* , on attribue cette satire au comte d'Étlan. [ Cette comédie est réellement de Saint-Evremond Joly reproche a Bar le de laisser le lecteur dans le doute. 1

(8) Intitulée , La Comédie des aradémistes. Là , Gcdrau ayant dit à Collelet ,

C.ollelet , je rou» trouve un gentil * inion , reçoit cette réponse :

Aon* sommes ions égaux , étant fil» d'Apollon.

(a) Aseon. Prdian. in Orat. pro M- Scanro. Cto) Suetnn. in <jus Vuâ, çap. T.VT.

(il) Cicero in Bruto.

(ia) Crmitns, d«* Poét lat. cap. V; Glandorp. f>nam»st. pog. 5.

dans ses Annales (i3) ; mais Vossius prétend que ce fut dans un ouvrage intitulé DidascaUca («4)- H en donne pour raison qu’Accius traitait de la poésie et des poètes dans cet ouvrage comme on le peut recueillir de ce que Charissius et Aulu-Gelle en ont cité.

Mais cette raison n’est nullement forte : Vossius se réfute lui-même en réfutant Corradus. Celui-ci a recouru aux Annales d’Accius, parce , disait-il,

3 u un poète ne parle pas de lui-même ans une pièce de théâtre . Les prologues de Térence font voir le contraire.

Comment Vossius qui s’est servi de cette raison, n’a-t-il pas vu qu’Accius pouvait fort naturellement faire réciter dans un prologue qu’une de ses pièces avait été produite sur le théâtre en même temps qu'une pièce de Pacuvius ? Joignez à ceci qu’outre les Annales et le Dtdnscafica , Accius avait fait des livres qui n’étaient point pièces de théâtre.

(D) Médée .] La conjecture du père Lcscalopier me paraît fort vraisfirtblahle , que les vers cités par Cicéron au JIe livre de la Nature des Dieux, appartenaient à la Médée de notre poète (»5). Ces vers décrivent l’étonnement où l’on supposait un bergerqui, n’ayant ; amais vu de vaisseau, découvrit du laut d’une montagne celui qui portait es Argonautes. Lebon Pierre Crin itus , en conséquence tic ce passage , se figure que Cicéron avait allégué une tragédie d’ Accius, intitulée les Argonautes (16). Quand même ce poète aurait composé une semblable tragédie, Crinitus ne laisserait pas d’être blâmable , puisqu’il l’aurait assuré sur un très-méchant fondement- L’auteur dont je viens de rapporter la conjecture ne devait pas nous prouver par le témoignage de Crinitus que les

Srammairiens font mention de la Méée d'Accius : il devait citer tout droit Nonius Marcellus. Je viens de voir dans les Cragmens des poètes tragiques, recueillis par Scrivérius , que les vers touchant le vaisseau des Argonautes appartiennent à la tragédie intitulée Médée .

(F.) Elle s'appelait Brutus ] Manuce

(i3) Corrad. in Citer. Rrut. pag. 34*.

(14) Vn.aius , de ffîator. lat. pag. Ho.

(i5) Voyez Letcalopier, Commrntar. in Cicer. de Nat. Deomm , png. ?8a.

(16) Ctinit. «le l’ont. lat. hb. /, cap. VU.

ÀCCIUS.

a ern faussement qu’elle fut représentée quand on célébra les jeux appoUinaires, auxquels le frère de Marc- Antoine présida en la place de Brut us, qui s’était absenté de Rome (17) ; mais il est clair, par les lettres de Cicéron, que la tragédie d’Accius , <jui fut représentée en cette rencontre, «tait le Terée (18). II est surprenant

2ue ja plupart des commentateurs de icéron aient ignoré cela. Matnrantius a cru qu’on représenta l’Atrée : Béroalde et Hégendorphin ont cru qu’on représenta le Brutus.

(F) Qui/ faisait aussides comédies .] Le grammairien Donat ne nous permet pas d’en douter ; car il met entre les perfections de Térence de s'être contenté de faire des comédies , sans avoir jamais succombé à la tentation de faire des tragédies : ce qui , avec d’autres choses , ajoute il, a etc au-dessus des forces de Plaute , d‘ Afranius et d’Accius , et de presque tous les plus grands poètes comiques. Comme je ne m’attache pas servilement à traduire mot à mot, il est bon de rapporter les propres paroles de cet auteur. Hase ciim ariificiosissima Terentius fecerii , tùm iltwl est admirandum , quntl et morem retinuit ut contcediam scribcret , et temperavit njfcctum ne in tragœdiam transif iret, quod cum aliis rebus minimi obtentum esse a Plautof et ah Afranio , cl ab Accio t et muftis ferc tnagnis comicis invenimus ( 19). On pourrait recueillir de la qu'Ae* cius au commencement ne faisait que des comédies; mais, comme les tragédies firent sa grande réputation , je ne sais si Donat a eu toute l'exactitude nécessaire , lorsqu’il l'a ainsi placé parmi les poètes comiques. M.Dacier a très-bien su que c’était un poète tragique , et il l'a dit expressément dans sa remarque sur ce vers d'Horace :

Nil camis tragici mutât Lucilius Atlt (90) ?

Néanmoins il a traduit ce vers en cette manière, Lucilius .... ne trouvet-il rien à changer dam les comédies d’Atlius?'

(G) Il en orna Centrée des temples (17) Panln* Minalw» in Pbilipp- t Cicer. tub

*7iV) n« ré*. Ep«i. ««t Auic. ub.xrr , ep.

Il et V.

(19) Donat. «t# Tragad. al Gomœd.

(*o) Moral, Sa!» X, Hb. /, vs. 55.

et des monument , etc.'] Cicéron et Va- 1ère .Maxime nous l’apprennent Deci mus qutdem Brutus , dit le premier (ai;, sommas il/e virel im/serator , Ai » cii amicissimi sui carminibus templo ram ac monumentorum aditus exornavit suorum. Voici ce que dit Valère Maxime. Simi/iter honorât us animus erga poëtam Accium D. Bruti , suis tempo nhut clariduci extitit, cujui familiari cultu et promptd laudatione delecialus , ejus versibus lemplorum aditus , quae ex manubiis consecraverat adomavit (a*). Scrivérius a cité un autre passage en ces propres termes ;

A malus etiamnùm in tantum Alt tus à Decimo Bruto fuisse dicitur , ut Attianis versibus templorum et monumentorum freintes et aditus exornare cornueverii (a3). Il le donne pour les propres paroles de Cicéron in Bruto ; mais je suis sûr qu’elles ne s’y trouvent point. Apparemment , quelque auteur moderne l’a trompé de cette façon, il avait cité Cicéron in Bruto touchant l’êge dePacuviuset d’Accius;, et puis il avait rapporté ce qui concerne D. Brutus et s était contenté d’exprimer le sens des paroles de Cicéron , et n’avait pas laissé de citer idem Cicero. Sur cela Scrivérius s’est imagine qu’on avait cité les propres paroles de Cicéron , et qu’on les avait tirées du même livre qui avait été cité auparavant, et il n’a point pris la peine de vérifier.

Voilà comment les compilateurs les plus laborieux et les plus habiles aiment à trouver besogne faite. Vowtius, ♦rompe sans doute par Scrivérius, cite Cicéron pro Archià et in Bruto , touchant cette action de D Brutus (a4)« L'illusion est peut être plus ancienne que je ne dis : Scrivérius pourrait bien ne 1 avoir pas eu de la première main. Quelque soigneux qu’il ait été de recueillir tout oe qui a été dit d’Accius , il n’a point cité le passage de Columella que nous verrons ci-dossous (a5).

(fit) Qui pouvait juger d’un ouvrage de cette nature.} Paterculos fait en peu de mots un grand éloge de ce Brutus par rapport à la vertu militaire (16) ; mais voici comment Cicéron le loue

(*t) Cicero, pro Arcbil porlt , cap. Xt .

(«) Vit, Maxim. Lb. failli cap. XIE".

f*3) in Teatinxm. de Altio.

(’a4> Vomiu* , de Poet. Ul. pag. 7. #

(a5) Pans la remarqu* ÇV),

(a6) Vell; palereoL Ub. II , cap. K.

ACCIÜS.

du côte de l'érudition. D. Brutus , M. films y ut ex familiari ejus L.

Accio pnëtd sum audire sohtus , et dicjtre non inculte solebal , et erat cùm litteri s latinis , litm etiam grœcis , utlemporibus illis , salis eruditus (37).

(I) Cela regarde un autre poète .] Savoir Attilius, dont Cicéron parle non -seulement dans l'une de scs lettres à Atticus, hocenim Attilius , poëta durissimus (28) , mais aussi dans un autre endroit. Cet autre passage mérite d’étre rapporté un peu au long, parce qu’il apprend de quelle ynanière il faut juger de ceux qui méprisent leur propre langue, et les auteurs de leur nation. A quibus tantum dissentio , ut cùm Sop/iocles vcloptimè scripserit Electram , iamen malè conversant Altilii mihi legendam putem, de quo Licinius ;

Ftrreunt (ag) scriplorem o pin or, verum serip • forent Iamen

t'i lr g en du s sil.

B u de m enim este omnino in nostris poctis , aut inertissimec segnitiœ est , aulfastidii delicalissimi. Mihi quidem nulli salis érudit i videntur quibus nostra ignota sunt (3o). Suétone fait mention de l’Eleclra d’Attilius, comme nous le ferons voir dans l’article de ce poète. L’Electra était sans doute une tragédie : cependant Attilius n’est compté qu'au nombre des poètes comiques dans le catalogue de Volcatius Sedigitus (3i); et, scion la remarque de Vossius , les morceaux que Cicéron, Varron et Macrobe(3a) citent de lui, sentent plus le comique que le tragique. Qui prétendrait faire de cela une difficulté serait daus une grande illusion. MM. Corneille et Racine ne sont-ils point des poètes tragiques simplement et absolument? neanmoins ils ont fait des comédies. Et si Molière s’était avisé de composer quelque tragédie , comme on dit que bcarron s’en voulut enfin mêler , eût-il cessé d’être tout court un poète comique ?

A major i parte sumitur denorninalio .

Voyez la remarque (F). Mais, pourre-

(a**) Cjcero , in Bruto, cap. XWIII.

(38) Idem, Epiit. XX, lib. XIV, ad Attic.

(•./g) Cest ainsi que Vomîos, de Poèt. lat. , pag . range les paroles de Licinius.

(3o) Cicero, de Finib. lib. T, circa init.

I (3i ) Apud A. Gdl. lib. XV , cap. XXIV.

(3a) Je crois que Vo**iu* , de Poèt. tel. vag. 8 , sc trompe touchant Ma croie.

venir» la prétendue accusation contre le style d’Accius , je dois dire que Cicéron a cité souvent ce poète, et que dans l'oraison pour Sextius il l’a traité de grand poète : Summi poetee ingenium non solùm mrle sud , sed etiam dolore exprimebat. L’endroit est curieux:

on y voit que le fameux acteur Esope se servait des vers d’Accius qui avaient quelque rapport à l’exil de Cicéron ; qu’il s’en servait, dis-je, pour faire sentir au peuple cette injustice. Les Romains étaient fort accoutumés à faire des applications au temps présent, lorsqu'ils entendaient certaines pensées à la comédie. Voyez Suétone (a3)etla 1er*. et la Xe. philippique de Cicéron : elles nous apprennent que , pendant qu'on jouait une tragédie d’Accius , le peuple ne cessait de témoigner par ses applaudis • semens l’amitié qu il avait pour Brutus.

(K) La réflexion de bon sens qu’il opposa à ce reproche .] Accius, allant en Asie, passa parTarente,ety vit Pacuve, qui s’y était retiré sur se* vieux jours. H fut le voir la tragédie d’Atrée en poche , et lui en fit la lecture. Telles gens ne séparent guère ces choseslà. Pacuvey trouva d'un coté beaucoup de grandeur et de cadence; et de l’autre beaucoup de dureté et de crudité. Accius avoua la dette avec joie, et en tira un bon augure pour ses productions à venir; les esprits étant semblables aux pommes, qui ne valent jamais rien , si elles ne sont dures et vertes avant que de mûrir. Mais il vaut mieux peser les paroles de l’original. Tune Pacuvium dixisse aiunt sonora quidem esse quæ seripsisset et grandia , sed vider i ea tamen sibi duriora paulùm et acerbiora . lia est , inquit Accius , uti dicis , neque id sanè me pœnitet, meliora enim fore spero quæ deinceps scribam. Nam quod in pomis est , itidem, inquit, esse aiunt in ingeniis , quæ dura et acerba nascunlur , pôst fiunl mitia et jucunda t sed quæ gignuntur statim vieta et mollia atque in principio sunt uvida ; non malura inox fiunl, sed putria. Relinquendum igilur visum est in ingenio

(33) Sueton. in Cxsar. cap. LXXXI V.

(3^) Aulus GeJlins , lib. XIII , cap. II.

ACCIÜS.

que Lipse donnait aux jeunes gens.

La passion énorme qu'il avait couçue pour je ne sais quel style concis, qui dégoûte ou qui fait rire la plupart de ceux qui lisent les lettres de ce grand homme , ne l'empêcha pas de condamner la jeunesse qui affecte la brièveté. H disait que c'était le chemin de la maigreur, et qu’il fallait avoir à cet Jlge-là plusieurs superfluités que Ton donnât à émonder aux années suivantes. Aden , dit-il (35 juvénilité m ad brevitalem non uoco , ut c liant aüslcrrcam , sivc quia tutu adsumere vix potesty et brevitatis imitalio j'acïllimé celaient banc decipit : stve quia nec ulUiter potesl , et juvenUi dlo brevitatis studio aridus plerumquè et exsuc eus Stylus evndit, nec facile ad laudatam illam tempericm venitur , ni si initia uberlas qmvdam et lu.ruries sit quant arias paulatim de pascal, Balzac était, dans le même sentiment. Antputanda plura sunt efflorescenii illiœtali quant inserenda; facileque est remedium ubertatis , slerilia nullo labore superantur (36:. Mais , pour revenir à Accius, on n’a pas eu tort de «lire dans le Dictionnaire de Charles Étienne, et dans ceux qui ont été bâtis sur le même fond , «pie Ouintilien l'a excusé sur le temps ou d vivait. Tragcedice scriptores Accius atque Pacwïus Claris si ntï gravita te sent eut iarum , verborum pondéré, et aucloritale personarunt. Cœterum nitor , et sumnui in €xco tendis o péri bus manus , maris t’ideri polest temporibus quàm ipsis defuisse.

f'irium tamen Accio plus tribuitur , Pacuvium uideri docliorem , qui esse docli affectant , volant (3~). On dirait que Quintilien copie ces vers d Horace:

A\ nbiguitur quolir.r uier utro tu prier , au fri

Patunus docli Jiitnam sertit, Accius alu (38).

il y a un passage d’Ovide , qui semble reprocher je ne sais quoi ue sauvage eide farouche au style de notre Accius , mais, tout bien compté, j'ai nierais mieux entendre par-là les actions cruelles dont il avait fait la description dans ses tragédies. La pensée «l'Ovide est que, si Ion jugeait des mœurs d’un homme par ses écrits, Accius

(35) I.ipv in limitât. Epiitol.

(36) Batuc. Epiât. >rltrc(x.

(î-) Quiatil. Institut. Orat. lib L , cap. I.

(38) iiorat. Epiai. I , lib- II , vt. 5o.

serait féroce; Térence aimerait la bonne chère ; ceux qui décrivent la guerre seraient braves :

Accius es set atrox, comüva Termliut es set.

Estent pugnaces qui fera bella canunt (39).

(L) DT est pas moins sensée ] C’est Quintilien qui nous a conservé ce petit fait. Aiunt Accium interrogatum eue causas non ageret , cüm apwi eum in tragœdiis tanta vis esset , banc red didisse ralionem, quàd illic ea dicerentur quœ ipse vellet , in foro dicturi adversarii essent quœ minime vellet (4°)- « Dans mes tragédies, répon- » dit-il, je dis tout ce «^u’il me plaît;

» mais dans le barreau, il me faudrait » entendre ce que je ne voudrais pas. » Je connais un homme d’esprit qui employa une semblable raison pour détourner son fils de l’étude de la jurisprudence , et pour l’encourager à letudc de la théologie. Quoi de plus commode , lui disait il, t jue de parler devant des gens qui ne vous contredisent pas ? c'est l’avantage des prédicateurs : Et quoi de plus incommode que d’etre obligé a entendre , dès que vous avez cessé de parler , un homme qui vous réfuté , et qui vous fait rendre compte sans quartier de tout ce que vous avez dite c'est la condition d’un avocat.

Cela me fait souvenir d'une pensée de Montaigne. « Au don d’éloquen- • » ce, dit-il i^\)t les uns ont la faci- » litc et la promptitude, et ce qu’on « dit le boute-hors si aisé , qu’à cha- >* que bout de champ ils sont prests :

» les autres , plus tardifs , ne parlent » jamais rien quelabouré et prémé-

» dité Si j a vois à conseiller de

» mesmesen ces deux divers avantages »> de l'éloquence, de laquelle il semble » en notre siècle «jue les prcscheurs et » les advocats fassent principalement » profession , le tardif scroit mieux » prcscheur, et l’autre mieux advocat :

» parce que la charge de celuy-là luy » donne autant qu’il lui plaistde loi- » sir pour se préparer ; et puis sa car- » rière se passe d’un Ci et d’une suite » sans interruption : là où les commo- » dit«*z de l'advocat le pressent à toute » heure de so mettre ea lice; et les

(3t))Oxid. Trîtt. lib. Il , vt. 35$.

(4o) Quintil. loit. Oral. lib. V, cap. XII t •

(iji) F.*»ai» de Montaigne , U». /, chap. X> au ivnuncncement , paget 5î,*5 i.

ACCIUS

* responses imprévues de sa partie » adverse le rejettent de son branle , » où il luy faut sur-le-champ prendre » nouveau party... La part del’advo- » cat , ajoute-t-il (4»), est plus diffi- *» cile que celle du prescheur : et nous » trouvons, ce me semble, plus de pa«- » sables advocats que de prescheurs, » au moins en France. »

(M) (J ue l'on châtia un comédien.] Se voyant traduit devant les juges, en réparation d’injures, il dit pour sa défense qu’il était permis de nommer un homme qui donnait ses pièces de théâtre â représenter. PubliusMutius, devant qui la cause fut débattue , le condamna - Le poète satirique Lucilius n’eut pas le même succès ; car on renvoya absous le comédien qui l’avait nommément offensé sur le théâtre :

tant il est vrai que les juges ne sont pas tous de la même humeur, ou qu’il y a des gens que l’on considère plus que d’autres. Celui qui nous apprend ces deux procès s’exprime ainsi : Mimus quidam nominatlm Accium poëtam compellavit in scend : cum en Accius injuriarum agit : hic nihit défendit, nisi liceri nominari cum , cujus rtomine scripta dentur agenda.... (43).

Caius Cœlius juder absolvit eum injuriarum, qui Lucilium poëlam in scend nomihatum lœserat : Pu b h us Mutiuseum, qui L. Accium poëlam nominaverat , condemnauil (44)* Clan* dorp n'a point su où l’on trouvait cette histoire : il ne la rapporte ($5) que sur la foi d’un auteur moderne dont il copie la fausse glose , savoir, que le défendeur fut condamné , parce qu’il avait prononcé tout simplement le nom d’Àccius , sans titre d’honneur, ni complimens, sine prœfalione honoris nominaverat ^6).

(N) D’autres ne le croient point.'] Si j'avais à prendre parti , je me rangerais au leur; car, outre que Cicéron, qui a tant de fois cité notre Accius, ou avec éloge, ou sans le blâmer, aurait mauvaise grâce de lui venir dire des injures dans le 1er livre des Lois,

je remarque que ces injures sont tout*à

(4*) î-d mfme , pag. 54-

(43) Aurtor Rhrtoric. «d flerenn. lib. /.

(44 Ibid. JH. U. „

(45) Olandorp. Onotnast. pag. 3.

(Cfi) CataniPM , dont Glandnrp ne eiU pat l’endroit ; mais on le trouve dans le Commentaire in Pli o. Epiât. III , lib. V , pag. agi.

fait opposées au caractère de celui qui fait le sujet de cet article. L’élévation, la grandeur, la force, étaient le caractère d’Accius, et nous avons ouï (4^5 le témoignage que Horace et Qnintilien lui ont rendu là-dessus. Joignons-y deux vers d’Ovide, et un arrêt décisif de Paterculus.

Ennitt t a rte tarent , iiiaoiiQüi Accius orit , Casurum nullo tempore nomen habent (48).

Clara ctiam per idem cevi spatiurn fuére ingénia y in togatis Afraniiy in tragœdiis Pacuvii atque Attii usque in (Jraecorum comparationem evecti , magnum que inter hos ipso s facienlis operi suo locum ; adeo quidem ut in illis linugy in hoc penè plus videatur fuisse sangcikis (49)- Si le nouveau témoin que je vais produire était delà force des précédens, ce qui suit enchérirait de beaucoup sur tout ce que j'ai déjà rapporté ; car voici Accius sur la tête du grand Euripide : Accius poêla junior suo ingenio prœcetluit Eunpidem , qui fuit allus et ingenio sublimis (5o). Un autre nous donne Accius et Virgile pour les deux plus excellens poètes de Rome : An Latiœ musœ non solos adyiis suis Accium et f^irgilium rccepére , sed eorum et proxintis , et procul a secundts , sacras concessére sedes (5i)? Quelle apparence qu’un tel homme ait fait une histoire digne de cette censure de Cicéron? Namquid Accium memorem , cujus loquacitas habel aliquid argutiarum , nec id lamen ex illd erudiUi Grauorum copia , sed ex librarifdis ta tinis ? In orationibus autem multus et ineptus , ad summam impudentiam (5i). Remarquez bien que les Annales du poète tragique Accius étaient en vers, et que Cicéron ne parle là que de ceux qui avaient écrit l’histoire en prose latine; car il ne dit lien d’F.nniiis. Nos meilleurs critiques pensent que ce passage de Cicéron e»t corrom-.

pu , et qu’il faut lire, non pas Accium y mais Macrum. Ainsi la censura tombera sur l’historien Licinius Macer. Voisins embrasse ce sentiment (53). Mais, lorsqu il apporte en preuve

(47) Dans la remarque (K).

(48) Oridiu», Amor. lib. /, elee. XF, es. iç,.

(4p) P»»erctil. lib- // , cap IX-

(5<>) Acron in Horal. Ep>st. 1 . hb. II.

(5i) Columella, de Re rn*l. , lib. /, prmf.

5a) Cicero, de Legiban, lib. I, initio Si) Vos», de Hi>l- l>t. hb. f , cap. X.

ÀCCIÜS.

is3

l'amitié mil était entre Sisenna et celui que Cicéron maltraite , lors , disje. qu’il en conclut que Cicéron n’a point parlé d’Accius , il se trompe; car, ne lui en déplaise, Arcius et Sitenna ont eu à peu près le même âge.

Sisenna était vieux après la guerre civile de Mar lus et de Svila f5q) , c’està-dire, vers l’an 67a »le Home, et Àcdu* n’était point mort en 665.

(O) Poster pour prirent de notre poète. ] Saint Jerome remarque , en parlant du poète Ardus , qu’il fut mené à Fisaure lorsque les Borna ins y envoyèrent une colonie; et qu’il y irait auprès de la ville une terre nommée Jurtdus Accianus (55). C’était la portion qui lui éciiut uans le partage que l’on üt des terres aux habitant de cette nouvelle colonie. Sur cela Scaliger observe que la colonie de Pisaure ne fut établie que quatre ans apres celle de Boulogne , c’est-àdire, i’ao de Borne 566, quinze ans avant la naissance d’Accius (56). Di- *00» donc que saint Jérome s'est trompé : Borne était un séjour plus propre qu'utie colonie à un poète qui était la gloire du théâtre en ce temps-là :

mais ne croyons pas que ce mensone soit sans aucun fondement. Le père 'AccÎ4S suivit peut-être ceux qui conduisirent la colonie de Pisaure; et peut-être que le patron auquel il de- Tait sa liberté fut un des principaux commissaires de ce nouvel établissement. £0 cas qu’il eût suivi son patron , il aurait pu être partagé de la terre que Ton appela dans Ta suite Jundus Accianus , et il aurait pu laissereotre autres enfans le père de l’orateur Accius. Voici comment Cicéron a parlé de cet orateur. T Acctum Puaurenscm , cujus accusatiom rts pondit pro A . Clucntin , qui et oa u raté dicebat , et salis copiusè , eraïque pratlerea doc tu s Hermagortt preeceptis , qui bu s elsi nrriamenta non salis OBi ma dtcemh , (amen ut hast ce velitibus amentaiat , sic opta quce iam et parxtUi singuüs c ausnrum generitus argumenta iraduntur (57). Scaliger ne censure pas saint Jérome d’avoir rois

(*4) TfU. Pilwel. , Ub. If, cap. IX,

tS5) In Cbroe. Eu*eb. num. i8'K.

(5Ct) Aoint. in Eu»eb. ibid. ex Pater-

r«l« * hfi. 1 , cap. X y.

(M Qmm, in Bn*to , cap. -8. Fofes autti formiùn pro Clorniio.

pêle-mêle îa grande réputation et la mort de Pacuvius sous la 3e. année de la 156*. olympiade (58), et la grande réputation d’Accius sous la a*. année de la i6oe olympiade. H ne peut sortir de là que des confusions pour ceux qui savent que Pacuvius avait cinquante ans plus qu’Accius. Car, si l’on supposait «pie Pacuvius mourut âgé d’environ quatre-vingt-dix ans, en l'année sous laquelle saint Jérôme parle de sa mort , il faudrait dire qu* Accius était âgé d’environ quarante ans la 3e. année de la i56e. olympiade ; et cependant il naquit , selon saint Jérôme, sous le consulat de Mancinus et de Serranus , qui tombe sur la ae. année de la i5ae. olympiade. H faut donc, comme je l’ai dit dans la seconde remarque, se défier ici un peu de ce chronologue.

(P) l^e latin de cet Accius."] Perse et Martial se sont bien moqués de ces gens-là :

E<t nunc Priuei (Jo) quem veno/us liber Acci,

S uni quos Pacuviu-que et verrucosa moretur

Aniiopa , aerumnis cor luctijicabile Julla (Üo).

Voici ce qu’en dit Martial, dans l’épigramme XC1 du IIe. livre.

Atlonitusque lepii terrai frugiferaî ,

Accius et qui tiquai P acuviusque vont uni.

Si l’on avait imité ces vieux auteurs, comme nos plus beaux esprits imitent aujourd’hui Marot et les autres poètes du XVIe, siècle, dans des contes, dans des ballades, dans des odes pindariques , clans des rondeaux , etc. , faits exprès en vieux langage , je ne vois pas que personne eût pu raisonnablement y trouver à mordre; mais apparemment, c’était tout de bon, qu on employait ce style moisi et suranné ; on le prenait pour la parfaite éloquence, soit qu’on le débitât tout pur, soit qu'on le mêlât avec celui de son siècle. Voyez les bons conseils que Phavorin donne à un jeune homme

(58) Pacuvius ’Brundutinus ira gardi arum scriplor clam > habelur, virtlque Romee quand pt durant exerçait et fabulai vend tel il. Oeir.dè Taienlum Iransgretrui , ptvpè nonagenaruts diem obu L Cliron Ku*eb. num. i863.

Cwmbw , mr cet endroit de Perse, conjecture qu'il faut lire Bruci», et que c'était la titre d'une tràgr'die tV hecitis . Scri*eriu« , in Tetlini «lr Ait>o , a tari de croire que Pe»'« parle pat du porte tragique.

Pcn. Soi. I. m. 76-

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